Le monde magique
La Féerie et la Banalité s’opposent sur Terre. Les changelins sont des créatures duales qui vivent entre ces deux pôles. Pour eux, les combiner et réussir à les harmoniser est une tâche herculéenne, sinon impossible.
Cette section s’attache à explorer ces deux courants antithétiques de leur existence : la Banalité et les choses du monde, la Féerie et les merveilles qu’elle apporte.
Parfois, des règles alternatives à celles présentées dans le livre de base de Changelin, 2ème édition, sont proposées. Ces systèmes ont été testés et peuvent servir à un Conteur.
La Banalité
La Banalité c’est l’incroyance, purement et simplement – le scepticisme envers ce que les gens ne peuvent pas voir et entendre, envers la magie, les monstres et les faeries, envers l’extraordinaire. Elle coupe délibérément l’esprit de tout ce qui pourrait remettre en cause des préjugés. C’est la débandade de l’individualité et des caprices de l’enfance, qui tue la créativité et nie que quoi que ce soit existe au-delà de ce qui est évident et explicable. Conçue pour isoler les mortels des terreurs de ce monde, la Banalité efface la beauté et atténue les peurs.
Tout comme les croyances et les rêves de l’humanité ont créé le Songe (un don offert par les Tuatha de Danaan), son scepticisme a fait éclater la magie, arrachant le Songe au monde ordinaire. Cette même force étouffante continue de ravager les changelins. Elle peut éroder chez eux le sens de leur âme féerique, et blesser les objets et créatures faits de Glamour, les détruisant parfois entièrement. Les chimères inanimées possédées par un changelin (comme ses vêtements et ses armes) sont un peu mieux protégées. Celles qui ne font pas partie du bagage usuel d’un changelin, cependant, peuvent être détruites si elles sont exposées à trop de Banalité.
Parce que tant de personnes portent les graines de la Banalité en elles, les chimères animées évitent les humains dès que possible. La plupart disparaissent de la vue quand un humain se présente, espérant se préserver. Ces chimères peuvent être chassées par le toucher de la Banalité, qui les blesse, écorchant la Féerie dont elles sont faites.
Certains mortels n’ont aucune créativité. Ces êtres creux, dénommés le Peuple de l’Automne, aspirent la Féerie de tout ce qu’ils touchent, laissant dans leur sillage le grisâtre et la Banalité. Les Gens de l’Automne sont grandement redoutés par les changelins (et par les chimères intelligentes), car ils sont l’antithèse de tout ce que les Kithains chérissent. Des personnes avec une Banalité très forte, comme les Gens de l’Automne ou les Dauntains (des changelins qui ont rejeté leur nature féerique), peuvent parfois détruire des chimères rien qu’en s’approchant d’elles. Les chimères sont fragiles et éphémères face à la Banalité, car elles n’ont qu’une petite dose de Féerie pour se maintenir. Ceci est une autre des raisons pour lesquelles les chimères conscientes désertent souvent le monde ordinaire en faveur du Songe.
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La Féerie
En contraste flagrant avec la Banalité, la Féerie * donne son énergie au monde autour d’elle, apposant sa lumière sur tout ce qu’elle touche, transformant l’objet le plus ordinaire en une chose de beauté inimaginable ou de terreur indescriptible. Si la matière (ou ce qui passe actuellement pour telle) forme la base de construction du monde mortel, alors la Féerie est l’essence des créations chimériques, et investit les substances physiques d’énergie magique. Egalement connue sous le nom de "magie féerique," la Féerie permet aux changelins de créer des châteaux à partir de bâtiments en ruine, de tisser de grandes illusions qui sont "réelles" pour ceux qui touchent le Songe, et d’enchanter les mortels pour exécuter leurs ordres ou pour voir le monde comme le voient les changelins.
Les changelins dépendent de la Féerie pour sustenter leur moi féerique et pour lancer leurs charmes. Sans une dose suffisante de ce précieux élément, les changelins oublient bientôt leur rapport au Songe et retombent dans leur aspect mortel et leur vies ordinaires.
Dans le Monde des Ténèbres, la Féerie est un luxe rare. La Banalité en a grandement diminué les réserves, et les changelins passent le plus clair de leur temps à chercher de nouvelles sources ou à préserver celles qui existent encore. La plupart des changelins pensent que s’ils peuvent augmenter la quantité de Féerie dans le monde, ils réduiront les effets de la Banalité et rendront finalement le monde à son état magique originel.
Comme beaucoup de sources de pouvoir ou d’énergie, la Féerie est imperceptible aux sens normaux. Manquant de foi, les mortels ne peuvent pas la voir, ni quoi que ce soit qui en est créé. Néanmoins, elle est aussi réelle que les atomes, le vent ou la pensée. Les changelins, parce qu’ils savent que la Féerie existe, peuvent sentir sa présence. Tous les Kithain ont quelque aptitude à la vue féerique, ou acuité, ce qui leur permet de percevoir les courants de la magie féerique, mais ceux qui ont développé ce talent sont plus aptes dans sa pratique. L’acuité permet aux changelins de se voir entre eux au-delà de l’aspect mortel et de reconnaître leur moi féerique, autant que localiser les lieux enchantés et de percevoir les créatures et objets chimériques.
Il est très difficile de décrire la Féerie. Sous sa forme brute (comme celle qui alimente les charmes), elle apparaît le plus souvent comme de la "poussière de fée," une sorte de poudre scintillante dorée ou argentée, parfois avec toutes les nuances de l’arc-en-ciel. Cependant, le plus souvent, elle est sentie plutôt que vue. Dans ces cas-là, elle peut apparaître sous différentes formes. Ce peut être cette sensation d’être dans une réalité plus perceptible lorsqu’un orage se prépare en été et que l’électricité de l’air donne une sensation d’excitation et que l’humidité fait ressortir les odeurs de bitume ou d’herbe. La Féerie peut aussi être la sensation de plénitude à la vue d’un beau paysage au soleil couchant, ou encore la lumière dans les yeux de l’être aimé. Ce peut être le parfum suave des fleurs et des épices, un frissonnement agréable le long de l’échine à l’écoute d’une musique que l’on aime ou même, dans le cas de la Féerie issue des cauchemars, la délicieuse sensation de dominer un faible.
On le voit, percevoir la Féerie, c’est avant tout une question d’état d’esprit. Etre un changelin (ou être un humain enchanté), c’est faire preuve d’un esprit suffisamment ouvert pour percevoir l’imperceptible.
* en anglais Glamour (mot d’origine irlandaise, voir l’ouvrage de William Butler Yeats, The Celtic Twilight).
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