Baby


Article de Olivier - 13 avril 2006


Elle tremble en marchant derrière l’effacé, son sac serré contre son ventre. L’homme contourne l’énorme poste et elle doit se mettre à courir pour ne pas le perdre de vue. "Le salaud, il va vraiment rue de Berne ce con."

On ne se sent jamais aussi seul que dans la foule. Elle étouffe. Le front en sueur, la vue brouillée, elle ne distingue personne dans la gare routière. Tous les visages sont indistincts, gluants et fondus comme le maquillage qui lui dégouline du front. L’effort a réveillé la douleur dans le creux de ses reins. Elle sait que le cancer la tue. C’est lui son enfant, son bébé. Sa souffrance quotidienne. "Le coup de tournevis dans la chatte."

Elle ne veux pas s’évanouir dans la rue. Elle profite de l’ouverture d’une porte cochère pour s’engouffrer dans une arrière-cour craspecs. Elle s’effondre sur le bitume. Le monde chavire. Dans un coin, un junkie la mate tranquillement, le cul posé sur un carton. Le monde s’éteint. Après avoir regardé autour de lui, le junkie s’approche et lui remonte lentement son chandail jusqu’aux épaules.