|
Cogito Article de Olivier - 13 avril 2006 Le désir fondamental de tout être humain est d’aller égorger son voisin et de lui prendre sa femme. C’est ce que nous pouvons constater à chaque guerre. Le spasme. La seule chose qui nous rende véritablement heureux. Non, pas heureux. Vivant plutôt. Moi, je ne suis pas assez vivant. Je ne désire rien. La vie coule sur moi. Je suis un homme civilisé. Je l’ai compris pendant mon service militaire. J’étais sténo à l’époque. Je prenais le compte-rendu d’interrogatoires. Les appelés font les meilleurs tortionnaires. Après tout, ils ont une revanche à prendre. Je bossais dans un endroit que l’on appelait « la ferme ». Une étable réaménagée constellée de photos porno. Je venais souvent au balcon, une bière à la main, même après mon heure de service. Pour regarder. Une fois, un type a résisté tout un après-midi. Alors, nous sommes allés chercher son fils pour qu’il applique lui-même les électrodes. Il avait 11 ans, je crois. Et alors, j’ai compris. Ils avaient tous le même regard. Le gamin, le père, les bourreaux, les photos. On en avait fait des instruments. Des noyés luttant pour remonter à la surface, ni vivants ni morts. C’est pour cela que les appelés étaient aussi infatigables à la torture. Ils ne parvenaient pas à s’assouvir. Parce qu’ils n’étaient pas torturés par la vie, mais par son manque. Et toi, tu vas m’enseigner comment vivre. Doucement, le tourmenteur caressait l’utérus boursouflé à travers la paroi du sac de sport en lui parlant à voix basse. Dans le bus, chacun avait fait silence, sans trop savoir pourquoi. |