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Miroir Article de Olivier - 13 avril 2006 - T’en penses quoi ? - Mauvaise image, éclairage de merde. Tu te recycles dans le court-métrage vidéo ? - La première séquence vient d’une caméra de surveillance, la seconde de la web-cam d’un bus. Tout est vrai. - Le meurtre aussi ? - Ouais. - Putain... - T’endors pas sur le joint. - S’cuse. - Tu sais quoi ? Ce type bossait depuis cinq ans pour une grosse boite suisse. Un beau jour, il tue un inconnu, éventre une journaliste puis rentre chez lui abattre sa femme. - Ca a dû faire du foin. - Non. Rien. L’info n’a pas circulé dans les journaux. Ce type est censé être recherché par la police, mais elle n’a déclenché aucune opération d’envergure. Rien de rien. - Tu cherches un scoop ? Je croyais que c’était fini, la télé. - Non, c’est son regard qui m’obsède. - Sale petite pédale ! Je parie que tu lui as consacré un petit autel avec icônes, bougies et photos couvertes de foutre. - Sale con. - Bon, tu me les montres ces photos... - J’ai pu choper son album de famille. Rien d’antérieur à cinq ans. Mariage, séminaire, vacances à la mer. Son expression change. Mais pas son regard. - Un vrai regard de pornostar : des yeux qui prennent tout et ne rendent rien. - On dirait l’horizon des événements d’une étoile effondrée sur elle-même. On ne perçoit pas sa présence, mais son manque. Il absorbe littéralement la lumière comme s’il déformait l’espace autours de lui... De près on ne remarque rien, mais regarde sur cette photo de groupe. - Ouais... T’es sûr de toi ? T’as encore du temps, tu as de l’argent de côté... - Je vais y passer tu sais. Peut-être pas maintenant. Peut-être pas dans un an. Mais je vais crever. Lorsque je me rase le matin, je lis la mort qui s’approche dans mes yeux. Je pensai qu’il n’y avait rien de plus terrible. Et puis j’ai vu son regard à LUI. C’est comme perdre un proche et s’apercevoir qu’il y a un génocide dans le pays d’à coté. Je veux faire un film sur lui et moi. Une sorte de reportage fiction. Déplier mon agonie sur la pellicule comme une fractale dont il serait l’attracteur étrange. Dans le fond, c’est ça notre boulot. Donner du sens à ce qui n’en a pas. Raconter une histoire. Etre vivant du début de la péloche jusqu’à la fin. T’en penses quoi ? - Trouve-toi un autre con pour financer ta merde. - On est d’accord ? Regarde-moi dans les yeux. |