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Appel de Cthulhu

Chroniques d’un réveil annoncé (2/2)

Décor de campagne post-apocalyptique pour l’appel de Cthulhu

samedi 1er janvier 2005, par Lyagor

Les grands anciens s’éveillent et s’affrontent dans un joyeux chaos cyclopéen. Vivez les derniers épisodes de cette campagne éprouvante, et son final...euh, apocalyptique ?

Phase 5 : du rififi en Asie

A ce stade un petit point des situations à l’échelle continentale s’impose :
-  L’Amérique du nord est toujours sous la coupe d’Ithaqua et son armée de mort des glaces. La lutte sur la frontière Mexicaine continue entre les morts de glace et les prêtres de Yig. Les troupes Françaises et Anglaises envoyées régulièrement pour de vaines tentatives de reconquête se font invariablement massacrer. La mer bordant le continent s’est transformée en une banquise épaisse.

-  L’Amérique du sud est sous la domination complète du culte de Yig qui entreprend une éradication systématique de tous les cultes secondaires du continent. Les gouvernements en vigueur ont perdu tout pouvoir face à l’anarchie, et les masses d’immigrants venus d’Amérique du nord servent régulièrement de chair à rituel pour les adorateurs du dieu-serpent.

-  L’Afrique et l’Europe sont pour le moment encore assez épargnées. Des enlèvements perpétrés par des maigres bêtes de la nuit sont toujours signalés, cependant les agresseurs ressemblent parfois à des horreurs chasseresses ou à des Mi-go selon les descriptions. Au siège de l’institut des phénomènes dimensionnels le professeur Herbert Correl est retrouvé assassiné ; il était considéré comme le plus éminent spécialiste du voyage dans le temps au sein de l’institut. Y aurait-il quelques chose de pourri chez les sauveurs du monde ?

- C’est en Asie que de nouveaux événements dramatiques se produisent. Premièrement le brouillard d’Ithaqua commence à se répandre sur l’extrémité est du continent et l’armée des morts de glace déferle sur la Sibérie et la Russie, reproduisant le schéma de terreur survenu au Canada. Ensuite de gigantesques créatures souterraines sortent de terre pour perpétrer des ravages considérables, en plus des séismes qu’ils occasionnent. La Chine est particulièrement touchée. Il s’agit de Chthoniens, créatures mythiques et malfaisantes. Les indicateurs de l’institut présents sur place mentionnent également la présence nouvelle de créatures reptiliennes inconnues en Chine. Au siège de l’institut un vieil hindou aveugle du nom de Natashouan spécialiste de l’activité occulte en Asie avance l’explication suivante : "Les Chthoniens passent la majeure partie de leur cycle millénaire sous terre et ne viennent à la surface que pour pondre leurs oeufs. Cependant la prochaine période de ponte n’est supposée avoir lieu que dans quelques décennies, et l’émergence de ces monstres n’est jamais aussi spectaculairement dévastatrice. Les Chthoniens sont donc dirigés par une volonté plus forte. Son identité est probable : Il existe des textes anciens montrant que Yig, le dieu-serpent, possède la capacité de contrôler mentalement ces créatures. Etant donné le niveau de puissance que le dieu a atteint en Amérique du sud il est très probable qu’il commande aujourd’hui à tout le peuple Chthonien, un outil formidable de destruction capable de ravager la terre entière. La seule solution pour sortir les Chthoniens des griffes de Yig est de libérer le plus puissant des Chthoniens, le légendaire Shude M’ell aujourd’hui réduit à l’emprisonnement, afin qu’il reprenne le pouvoir sur son peuple et les ramène à une activité normale, c’est à dire souterraine. Certes c’est un pari risqué de libérer un grand ancien de la puissance de Shude M’ell mais nous n’avons guère le choix."
Aussitôt dit, aussitôt fait ; les occultistes de l’institut s’accordent à dire que Shudde M’ell serait emprisonné sous la cité préhistorique de G’harne en Afrique. Une expédition est formée à la hâte, avec à sa tête l’explorateur Anglais Richard Hamilton, choisi pour sa grande connaissance du continent noir. Leur mission : libérer la peste chthonienne pour lutter contre le choléra reptilien.

- Enfin en Australie , on signale des batailles aériennes entre d’étranges créatures ailées. Ces créatures sont généralement indifférentes aux humains, au soulagement des autochtones. De plus les aborigènes semblent avoir déserté sans raison apparente la plupart de leurs territoires.

Phase 6 : Saga Africa.

- En Amérique du nord et en Amérique du sud c’est le statut quo ; Français et Anglais cessent d’envoyer des troupes à l’abattoir. Toutes les communications ou presque avec le reste du monde sont coupées. L’institut perd le contact avec ses derniers indicateurs présents sur place.

- Un message provenant d’ Afrique arrive au siège de l’institut ; il s’agit du rapport de Richard Hamilton, chef de l’expédition destinée à délivrer Shudde M’ell de sa prison Africaine : "La localisation de la cité de G’harne ne fut pas la principale difficulté de notre expédition. En effet nous nous rendîmes vite compte que le territoire sur lequel se trouvait la cité était défendu par une tribu de féroces guerriers veillant à ce que nul ne vienne tenter de délivrer le grand ancien ; ces guerriers étaient aidés par d’étranges créatures félines et des éléphants bossus. Nous n’étions pas assez nombreux pour espérer passer par la force, et notre première tentative d’incursion discrète se solda par un échec nous coûtant deux vies humaines. Il ne nous restait donc plus que la diplomatie pour parvenir à nos fins. Nous eûmes à engager des palabres avec Maorubtu, le chef de la tribu, un homme obèse jusqu’à ne plus pouvoir se mouvoir, hideux par son physique et sa moralité. Il nous autorisa à passer à la condition que nous lui remettions toutes les femmes de notre équipe pour compléter son harem. J’obtempérai de très mauvaise grâce, mais j’obtempérai. Nous pûmes alors entrer sur le territoire de la cité préhistorique ; d’anciens sortilèges et pièges placés là depuis des siècles nous causèrent encore trois pertes humaines, mais nous parvinrent finalement à nos fins : nous déplaçâmes les Pierres étoilées de m’nar qui retenaient prisonnier le monstre et les sorciers présents dans l’expédition se lancèrent dans l’incantation destinée à le réveiller. Quand ce fut fait les sorciers tentèrent d’entrer en communication avec Shudde M’ell mais la première action du grand ancien à son réveil fut de massacrer ceux qui l’avaient réveillé avant de s’enfoncer dans le sol, causant un formidable tremblement de terre au passage ; j’ordonnai la retraite, mais dans l’éboulement qui s’ensuivit nombreux furent ceux qui trouvèrent la mort. Nous n’étions plus que cinq survivants. Sur la route du retour je décidai de m’introduire nuitamment dans le village des guerriers pour délivrer nos femmes abandonnées là huit jours auparavant ; mais quand je parvins au harem de Maorubtu je fus suffoqué d’horreur : je pouvais à peine reconnaître celles que j’avais abandonnées tant elles avaient subi de sévices et de mutilations ; enchaînées là avec les autres femmes du harem elles formaient un ensemble hideux d’une trentaine de créatures emmêlées qui n’avaient plus rien d’humain. Elles étaient de plus incapables de parler, se contentant d’émettre des sons de souffrance inarticulés. Il n’y avait plus qu’une chose à faire : être miséricordieux et les délivrer de leurs souffrances. Quand la dernière se fut tue à jamais je me souviens vaguement m’être dirigé vers la hutte de Maorubtu, la machette encore rougie du sang écoulé à la main. Je ne sais pas comment je m’y pris pour éliminer les gardes mais je me revois chevauchant le cadavre de l’énorme chef, lui plantant frénétiquement ma machette dans le ventre et riant de façon hystérique au spectacle du sang noir nauséabond qui se répandait sur le sol, et de la chair pourrie de ce corps rempli de corruption dans lequel mon arme s’enfonçait sans résistance. J’ignore totalement comment je m’échappai du village, et je ne recouvrai la pleine conscience de mes actes que quelques jours plus tard alors que nous avions atteint une petite ville. Il me restait un devoir à accomplir : vous transmettre mon rapport. C’est chose faite. A présent permettez-moi de vous présenter ma démission ; que le diable vous emporte tous, vous, vos monstres et vos théories, ces créatures dégénérées qui se disent humaines et leurs atrocités. Autour de moi le monde est mort." La lettre continue mais dans une autre écriture "J’ai le regret de vous annoncer le suicide par pendaison de Richard Hamilton, chef de notre expédition. Je crains que Mr Hamilton n’ait été gravement affecté par la mort de sa compagne Margaret dans le village des guerriers-gardiens que nous avons rencontré. Moi, David Tarsky, me fait fort de revenir au siège de l’institut des phénomènes dimensionnels à la tête des quatre survivants sur les quarante-deux membres originels de l’expédition et me remettre à vos ordres."

Le réveil de Shudde M’ell a bien l’effet escompté et très vite les apparitions de Chthoniens à la surface se raréfient, les créatures souterraines retournant à leurs activités normales. Il y a fort à parier que Shudde M’ell lui-même soit parti demander une petite explication à Yig en Amérique du sud mais l’absence de communications avec ce continent rend toute certitude impossible.

Il était temps que les Chthoniens disparaissent car les dommages qu’ils ont occasionnés pendant leur bref passage à la surface sont considérables : des millions de morts à travers toute l’Asie.

- En Europe et plus particulièrement à Londres deux nouveaux membres de l’institut ont été retrouvés assassinés. Il commence à régner en ces lieux une atmosphère paranoïaque qui ne facilite pas la progression des différentes affaires en cours. Les choses commencent néanmoins à se préciser pour le projet de voyage temporel : un plan en 4 étapes a été conçu. Grossièrement simplifié à l’usage de ceux qui ne voient pas l’indicible cela donne :

1) Mettre la main sur le trapézoèdre rutilant, un artefact permettant de contacter Nyarlathotep, le messager des dieux.

2)Contacter Nyarlathotep pour le prier de transmettre un message à Yog-Sototh, le dieu extérieur maître de l’écoulement du temps.

3)Accomplir la faveur que Nyarlathotep ne manquera pas de demander en retour.

4)Attendre la réponse de Yog-Sototh, et ses éventuelles -mais probables- conditions requises en échange de son aide.


Pour accomplir la première partie du plan une équipe d’investigateurs est envoyée en Egypte près du Caire ; c’est là qu’un sanctuaire ancien est supposé contenir le légendaire artefact, le trapézoèdre rutilant. C’est une femme qui est nommée à la tête de l’équipe, une dénommée Lysa Kenogami. Cette nomination a fait les gorges chaudes de l’institut car de forts doutes planent sur la fiabilité de la demoiselle, qui a été libérée (sous condition par Ardith Domingham) d’un pénitencier Allemand où elle avait été condamnée à la prison à perpétuité pour diverses pratiques satanistes et autres crimes variés. De plus d’éminents spécialistes de Nyarlathotep auraient voulu participer à l’expédition mais se sont vus débouter. Ardith Domingham semble peiner de plus en plus pour maintenir la cohésion de l’institut autour de sa personne.

Par ailleurs, Ithaqua et ses troupes ont maintenant envahi la moitié nord de la Russie, et en Australie des témoins auraient vu apparaître sous leurs yeux un homme immense sur un char tiré par une licorne ; les experts en occultisme pensent qu’il s’agit d’une manifestation du dieu ancien Nodens.

Phase 7 : Les frasques de Nyarlathotep

Le monde poursuit l’escalade de son inexorable agonie. La situation empire aux quatre coins du globe. L’Asie est à feu et à sang après le passage des Chthoniens et la déstabilisation des pouvoirs politiques en place n’a fait qu’aggraver les choses. Ithaqua et son armée demeurent inarrêtables, la Russie entière est engloutie dans un brouillard mortel et tous les pays scandinaves et d’Europe de l’est sont désormais concernés par l’attaque. Sur la côte Africaine de monstrueux serpents marins ont débarqué, on murmure qu’ils seraient les créations dégénérées de Yig le dieu serpent. En Australie les forces magiques déployées lors d’affrontements entre créatures ailées monstrueuses touchent parfois mortellement la population. Les aborigènes, accusés d’être la cause de la venue de ces créatures, sont impitoyablement traqués et massacrés. Plus que jamais le seul espoir pour l’humanité semble résider dans l’accomplissement d’un voyage temporel...avant le début de l’horreur.

C’est avec une excitation non dissimulée que les dignitaires de l’institut des phénomènes dimensionnels reçoivent un homme noir porteur d’un message : une lettre contenant le rapport écrit de l’expédition partie en Egypte sur les traces du Trapézoèdre rutilant. En voici les termes :

"Lettre du Dr Fabiano Sanchez, médecin de son état. Objet : rapport des événements survenus durant l’opération "Rutilante" menée en terre d’Egypte.

La situation politique Egyptienne n’était guère brillante quand nous sommes arrivés en ces lieux. Elle l’est encore moins alors que nous nous apprêtons maintenant à les quitter. Ici comme dans beaucoup d’autres états la religion a pris le pas sur le gouvernement et possède le véritable pouvoir. L’activité de diverses sectes, militant pour le retour d’obscurs pharaons maudits et de dieux de l’ancien panthéon, a également profité de l’effervescence globale, mais nous n’avions pas de raison de nous y intéresser outre mesure à notre arrivée. Grâce au ciel les plans et manuscrits que vous nous aviez fait parvenir étaient assez précis et nous pûmes rapidement localiser le sanctuaire censé contenir le trapézoèdre rutilant. Mais alors que nous apprêtions à pénétrer dans le sanctuaire par une entrée dérobée une femme obèse assise à même le sol nous mit en garde contre les dangers du temple, en ajoutant que "le maître des faux-semblants est amusé d’avoir trouvé un pendant mortel." Mais Lysa Kenogami, qui nous dirigeait encore à ce moment-là n’a eu cure de l’avertissement, est entrée en première dans le sanctuaire et a ordonné à deux hommes d’arracher la langue de la femme et de la lui rapporter. Nous ne les revîmes jamais. Le temple de Nyarlathotep était aussi étrange que malsain ; un escalier sans fin aux arêtes irrégulières nous plongea vers ce qui me semblait être le centre de la terre. Les murs de craie rouge diffusaient une chaleur constante et émettaient une sorte de battement régulier, donnant l’impression de se trouver dans les entrailles d’une créature vivante et gigantesque. Au pied de l’escalier se trouvait un entremêlement de couloirs et corridors aux proportions bizarres. Des bruits étranges semblaient se mouvoir dans les ténèbres ; le courage de certains flancha mais notre meneuse était dotée d’une volonté d’acier et mena la marche, menaçant les éventuels déserteurs d’une mort immédiate. Les parois étaient désormais quasiment organiques et semblaient réagir au toucher, quoique je ne me risquai pas à des expérimentations trop poussées. Un vent surnaturel, chaud et putride, venait parfois éteindre nos torches, et chaque fois que les ténèbres se faisaient absolues nous perdions un homme. Finalement après des heures d’errance Lysa Kenogami elle-même disparut, attrapée par les bizarres créatures d’une tapisserie mouvante. Je pris les rênes des survivants pour rebrousser chemin, car il n’y avait rien à espérer pour nous en ces lieux maudits. Je ne sais par quel miracle nous parvînmes à retrouver le chemin de l’escalier mais il en fut ainsi. A l’extérieur la femme obèse était toujours là. Elle nous tînt ce langage "Maintenant que le ver est sorti du fruit nous seriez inspirés de bien vouloir m’écouter.". Elle nous somma d’aider un homme dans ses projets, un certain Abul-Abbas al-Beshani. Hagards comme nous l’étions à notre retour à la surface nous ne lui posâmes aucune question, et il nous fut impossible dans les jours qui suivirent de retrouver la femme boursouflée. Etant donné que nous avions failli pour retrouver le trapézoèdre rutilant il ne nous restait plus qu’à suivre son conseil en désespoir de cause. Nous nous mîmes donc en quête de Abul-Abbas al-Beshani ; il s’avéra être un individu louche, suspect de tremper dans des affaires d’occultisme peu reluisantes. Au cours de nos filatures nous nous rendîmes compte que nous n’étions pas les seuls à suivre ses faits et gestes. Nous entrâmes en lumière pour le sauver d’une tentative d’assassinat menée contre sa personne, ce qui nous permit de gagner sa confiance. L’homme était en fait l’un des dirigeants de la confrérie de la bête, une secte visant à réveiller un monstre destructeur sommeillant dans le sphinx de Gizeh, et les assaillants que nous avions mis en fuite appartenaient d’après lui à une association secrète Musulmane destinée à contrecarrer le projet de la confrérie. La bête, car tel est le nom du monstre, est censée être un avatar de Nyarlathotep, ce qui nous laissait entrevoir un espoir de communication avec le dieu. Nous décidâmes donc d’aider l’homme et sa répugnante confrérie dans leur quête insensée. Je vous passe les détails des immondes spectacles auxquels nous avons été confrontés, ainsi que le récit de notre affrontement sanglant avec les forces de police Egyptienne et les membres de l’organisation secrète musulmane précédemment citée. Toujours est-il qu’au terme d’un rituel au cours duquel plusieurs d’entre-nous perdirent tout ce qui leur restait de santé mentale la bête fut finalement réveillée sur le site de Gizeh. Le massif Sphinx de pierre se dota de vie et se mit à se mouvoir tandis que son visage, se fissurait et tombait, laissant apparaître un ovale de vide dans lequel apparaissaient des soleils tourbillonnants et des galaxies colorées. La bête commença immédiatement son ouvrage de destruction et nos tentatives pour entrer en contact avec elle restèrent vaines. Résignés et impuissants nous contemplions le spectacle de ses ravages quand un individu apparut à nos côtés : il s’agissait d’un homme au teint sombres et aux traits raffinés, vêtu d’un habit de pharaon antique. Nous étions devant le pharaon noir, l’une des multiples apparences du dieu aux mille visages, Nyarlathotep. Il s’adressa à nous d’une voix lancinante, nous disant qu’il connaissait parfaitement les raisons de notre voyage en Egypte et qu’il transmettrait volontiers notre message jusqu’à la volonté de Yog-Sototh. Il ajouta dans un sourire indicible, alors que la bête s’évanouissait de notre champ de vision : "Je demande généralement une petite rétribution en échange de mes services mais je pense faire exception cette fois-ci : vous m’avez déjà parfaitement servi n’est-ce pas ?".

J’ai donc le plaisir de vous annoncer la réussite de notre mission, bien si les ravages de la bête constituent un bien lourd prix à payer et que nous avons eu à déplorer des pertes humaines au sein de notre expédition."


A la fin de cette lecture l’homme noir qui a remis la lettre aux membres de l’institut prend la parole à l’ébahissement général : "Ce fut un réel enchantement de faire la connaissance de vos hommes : leur efficacité est redoutable et vous pouvez être fiers d’eux. Ne prenez pas ces mines surprises, je suis assez déçu que nul ne m’ait encore reconnu. Oui je suis celui que l’on nomme le chaos rampant, et vous pouvez voir à mon aisance à évoluer sur deux membres combien ce surnom est injustifié. Réjouissez-vous messieurs les initiés car je vous apporte la réponse de celui qui fut, est et sera, le puissant et unique Yog-Sototh."

Sitôt Nyarlathotep disparu, l’institut entre en ébullition ; il faut immédiatement monter une expédition pour l’Australie, car le chaos rampant a été très clair sur les exigences de Yog-Sothoth, dévoilant du même une partie du voile de mystère planant autour de la situation Australienne. L’île-continent est en fait le théâtre d’une bataille rangée qui dure maintenant depuis plus de deux mois entre le dieu ancien Nodens et son armée de maigres bêtes de la nuit opposés à une race extraterrestre : les mi-go, de singulières créatures volantes insectoïdes. L’enjeu de la bataille : un groupe de quelques centaines d’humains que Nodens a patiemment rassemblés grâce à ses créatures depuis le début de l’apocalypse, et qui formerait "la quintessence de l’humanité" selon l’expression employée par Nyarlathotep. Nodens les a rassemblés dans un lieu "à l’abri de l’espace et du temps", et un portail vers ce lieu se trouverait en Australie, protégés par des aborigènes ayant reçu la bénédiction de Nodens il y a des millénaires. Les Mi-go tentent de s’emparer du portail et du même coup de la quintessence de l’humanité mais apparemment toutes leurs tentatives ont été enrayées jusqu’ici. Les consignes de Yog-Sothoth sont claires : il exige que l’institut aide les Mi-go dans leur tâche et ne fera cadeau d’un voyage temporel que quand la quintessence de l’humanité sera entre leurs mains. La dernière ligne droite est donc amorcée : une équipe composée d’une bonne partie de l’élite de l’institut, sorciers et aventuriers confondus, est envoyée dans les délais les plus brefs en Australie. Il est temps d’en finir.

Phase 8 : Dénouement

Ma respiration se fait courte...Un air moite et sirupeux s’immisce dans mes vêtements, sur ma peau, sous ma peau...Pour la centième fois j’essaie de défaire mes liens, pour la centième fois en pure perte. Les nœuds ont été mouillés par l’humidité ambiante, et mes poignets ensanglantés me supplient dans un murmure de souffrance de mettre un terme à mes tentatives. Les créatures et le dément se livrent à leur incantation sur la plage...des humains et animaux ont été amenés au centre d’un vaste pentacle, et ils commencent à les éventrer au fil de leurs poignards. Je ne veux pas regarder, je ne veux pas entendre. Fixer son esprit sur des souvenirs, s’échapper mentalement. Revenir à un temps passé, au temps d’avant. Il me semble que c’était il y a quelques siècles...Ironiquement ce sera dans quelques siècles. Je me souviens...Je me souviens d’une vie paisible, en Amérique du Nord, à étudier les insectes. Je me souviens de visages d’amis, de projets d’avenir, d’une fille que je voulais séduire...Et puis il y eut ce voyage dans le grand nord Canadien. Ce brouillard surnaturel qui était tombé, ce cri, ces morts qui se relevaient et nous harcelaient...Première rencontre avec la peur, avec l’angoisse qui allait devenir ma compagne fidèle...Et puis tout s’était enchaîné : la photo d’Ithaqua dans tous les journaux du globe, une gloire fulgurante et éphémère avant que les civilisations sombrent tour à tour dans le chaos et le néant...Le voyage à Londres, le recrutement à l’institut des phénomènes dimensionnels...Un zoo de créatures humaines bizarres, le dernier espoir de l’humanité, disait-il. Tu parles.

Sur la plage la cérémonie touche à sa fin. Ils ont aménagé une sorte de rigole et le sang répandu pendant le rituel s’écoule directement vers la mer. Le soleil est en train de se coucher, l’horizon est baigné de couleurs étranges, belliqueuses, semblant se doter de vie et s’entredéchirer dans une bataille cosmique mais dérisoire. Les astres sont propices...Je ne veux pas regarder. Je me souviens...de la vie à l’institut, de la mission en Afrique sous les ordres de Richard Hamilton, de ce ver colossal et hideux que nous avions libéré pour la cause et qui avait failli tous nous massacrer. Et puis je me souviens de ce jour au siège de l’institut où nous avions reçu pour la première fois des nouvelles de la mission de la dernière chance menée en Australie, message reçu par l’intermédiaire d’un médium de l’institut en transe. Les gars envoyés là-bas avaient réussi la mission, mais avaient connu les pires difficultés : Nodens leur était apparu, leur disant qu’il agissait pour le bien de l’humanité en protégeant un noyau pur d’humains dans son royaume des contrées du rêve, dans l’optique d’une éventuelle reconquête de la terre par l’espèce humaine après l’apocalypse, et demandait aux membres de l’expédition de se joindre à lui. une dissension avait éclaté dans le groupe suite à cette apparition mais finalement après force conflits et fourberies les membres du groupe étaient parvenus à abuser Nodens, se faisant conduire via le portail vers les contrées du rêve et la forteresse invisible qui détenait le fameux groupe d’élus, la quintessence de l’humanité. Il leur fallut alors organiser l’évasion de plus d’une centaine de personnes et mener une escapade dans les dangereuses contrées du rêve avec le dieu Nodens sur les talons avant de retourner brièvement sur terre le temps d’une bataille sanglante contre les maigres créatures de la nuit et les aborigènes bénis de Nodens puis d’être transférés par les Mi-go sur Pluton, base de leur civilisation. Yog-Sothoth pouvait être satisfait...et le voyage temporel allait enfin pouvoir se réaliser. Si j’avais su...

le dément et les créatures psalmodient face à la mer, les bras levés au ciel. Il n’y a aucun autre bruit dans ce paysage chapé de plomb, si ce n’est ce martèlement régulier qui semble émaner de la terre. Ah non, c’est le battement de mon propre cœur. L’eau de la mer semble s’agiter à quelque distance de la plage. De grosses bulles viennent éclater à la surface. Le dément exulte. Si seulement je pouvais te tuer, ordure...L’eau se trouble. Elle se met à bouillonner. Je ne veux pas regarder. Se fixer sur des souvenirs...La cérémonie du voyage temporel qui doit nous amener juste avant l’apocalypse, dirigée par Ardith Domingham en personne...Quelque chose cloche, les paroles et gestes ne sont pas justes...Ardith avait modifié le sortilège temporel. Je regarde les autres, mais personne ne comprend, personne ne réagit. Cela eut pourtant été une bonne idée. Le rituel se termine. Quelques secondes plus tard, notre arrivée sur cette plage inconnue. Ardith Domingham lance un sortilège, invoque des créatures humanoïdes aquatiques aux dents acérées et aux pieds palmés...des profonds. Nous luttons pour sauver nos vies, je vide mon chargeur sur un Ardith en pleine transe hystérique mais le sorcier dément semble être devenu invulnérable. Les profonds nous maîtrisent rapidement, quelques-uns uns d’entre nous parviennent à s’échapper...le reste est fait prisonnier. Et Ardith vient nous toiser, nous narguer et nous expliquer toutes les ficelles de son plan. Ses paroles résonnent encore dans ma tête "Comprenez-vous maintenant l’étendue de mon génie ? L’idée m’est venue dès le début de l’apocalypse, depuis l’arrivée d’Ithaqua : la création de l’institut des phénomènes dimensionnels, quelle glorieuse idée ! Tous les plus grands occultistes et sorciers du monde entier à ma botte prêts à me donner les moyens d’accomplir l’œuvre de toute une vie, de réussir là où tant ont échoué, faute de...temps. Car il fallait que les astres...que les astres soient propices, pour que puisse revenir le maître. Comprenez-vous l’intérêt que je portais au voyage temporel ?" Son rire transforme en une seconde ma peur en haine absolue. "Evidemment il fallut convaincre les autres de l’utilité d’un tel voyage et éliminer ceux qui avaient des doutes sur mes machinations. Une partie de plaisir. Le plus délicat, contacter le messager des dieux, restait à venir. Lysa Kenohami était ma sœur, c’est à elle que j’assignai la tâche de contacter Nyarlathotep en Egypte. Elle y laissa la vie, mais qu’importe ! Le résultat est là et mon succès est éclatant : je suis revenu au 12 septembre 1256, moment précis où les astres sont propices à la libération du seul vrai maître de cette terre !" Nous avions quitté une apocalypse sur terre pour en provoquer une autre quelques siècles auparavant, quelle brillante conclusion. Dans l’eau bouillonnante et trouble je commence à discerner quelques formes...une masse d’anguilles monstrueuses commence à émerger des flots en se tortillant...des tentacules. Se fixer sur des souvenirs. L’Amérique du nord, l’université...Le murmure des déments s’est transformé en litanie assourdissante "Cthu-lhu ! Cthu-lhu ! Cthu-lhu !"Une forme sphérique se dessine derrière la masse informe et grouillante des tentacules...S’échapper mentalement...C’est une tête ornée de deux yeux infiniment noirs. Je regarde mes vêtements avec étonnement : Quand donc ai-je vomi ? "des cités cyclopéennes surgiront des flots et les profonds marcheront sur le monde...". Un bruit visqueux émane des tentacules, une voix saline et menaçante. Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Des souvenirs. La tête hideuse me regarde. Je ne veux pas voir. Le monde d’avant...Deux bras verdâtres, musclés et immenses viennent percer les flots et des griffes noires s’élèvent dans un ciel vert et gris. "CTHU-LHU ! CHTU-LHU ! CTHU-LHU !". Le paysage se brise. Mes yeux vont sortir de leurs orbites. La chose fait bien trente mètres de haut. Elle avance. Je n’entends plus sa voix, je n’entends plus mon cœur, je suis sourd. Je ne pense plus. Le monde devient blanc, et la paix revient.

Enfin.

P.-S.

Je tiens à remercier les forumistes du forum Chtulhu du SDEN pour leur aide et suggestions ; je remercie également le site du TOC pour la mine d’informations sur les grands anciens dans laquelle j’ai pioché sans vergogne, ainsi que les forumistes du coin pour leurs suggestions. Just poulp it !



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