SDEN - Site de jeu de role
Accueil > Appel de Cthulhu > Scénarios > Scénarios pour Cthulhu 1990 > Une moto pour le Paradis
Contribuer

Appel de Cthulhu

Une moto pour le Paradis

samedi 15 octobre 2005, par Ubblak

Tu sais tu où c’est la Gaspésie ?

La Gaspésie est une région du Québec qui s’étend sur la rive sud du Saint Laurent, de la rive sud du fleuve à la frontière états-unienne. C’est une des régions les plus belles du Québec, et une des moins peuplées (ce qui n’est pas vraiment difficile). C’est aussi une des régions les plus touristiques, attirant surtout des gens du pays. Mais comme toute la province, dès que c’est l’hiver, il faut creuser son chemin à la pelle dans la neige dès qu’on met le nez dehors. Et de la neige, il peut en tomber tous les jours. Et toutes les nuits aussi, d’ailleurs... le plus étonnant c’est encore que certains touristes reviennent dans ce maudit pays l’hiver suivant.

Les Investigateurs

Je dis « Investigateurs », par pure convention chtulienne. Parce qu’en fait, les PJ sont en l’occurrence des touristes au début de ce scénario. Ils sont en vacances chez un ami à eux, un certain Fred Boulogne, qui tient un hôtel - restaurant à la sortie d’une petite ville de Gaspésie près du Saint Laurent, Sainte Céline. Leur ami, nouvellement installé, a besoin de lancer son commerce, et les a invités en modérant ses tarifs. L’hôtel n’a pas vue sur le fleuve, mais la cuisine antillaise de Fred (qui est Guadeloupéen) compense amplement ce léger inconvénient.

Or donc nous sommes aux alentours de la fin mars, les PJ passent leur temps en randonnée à raquettes, ski de fond et autres motoneiges. Ils boivent du sirop d’érable ou une autre cochonnerie du même tonneau, en chantant du Céline Dion, bref...

Personnages non Joueurs (première partie)

Présentez ces personnages lors de l’introduction du scénario (i.e. les PJ font les touristes). Ils ne sont pas tous amenés par la suite à jouer un rôle dans le drame qui va suivre, mais posent l’ambiance.

Fred Boulogne

Les PJ ont connu Fred lors d’un voyage aux Antilles. Ou dans une virée parisienne nocturne. Ou ils ont fait leurs études ensemble... bref...

Fred est avant tout un mec qui ne tient pas en place. Pas possible de le toper deux années de suite dans la même piaule, ou dans le même pays. Il est né en Guadeloupe (et il ne le cache pas), mais il ne souffre pas du racisme anti-métropo qui est la norme chez les îliens.

Libéré, dragueur, il la joue volontiers Rasta (avec les accessoires), mais finalement on sait peu de choses de ses convictions.. si tant est qu’il en ait ! On ne sait pas trop où il a trouvé l’argent pour ouvrir son hôtel (et il esquive admirablement le sujet), mais ce qui est remarquable, c’est que c’est maintenant la deuxième année qu’il a une adresse fixe... à croire qu’il se plait par les températures négatives. Il n’a pas d’amis en ville, juste de vagues connaissances.

Fred a quelques graves défauts, hélas pour lui... c’est un fumeur invétéré de marijuana, ce qui a tendance à le rendre apathique (et à le faire rire niaisement) les jours où il en abuse. Et il en revend parfois à des p’tits gars du coin, qui fument le « Pot » comme ils disent (de l’herbe). Il l’ignore, mais la police le sait, et le lieutenant Laplante pourrait bien lui chercher des poux un jour.

En deuxième lieu, Fred a une peur affreuse du surnaturel, et il croit dur comme fer aux revenants et au vaudou. De ça, il ne parle jamais. Son grand-père était prêtre Vaudou, et ce qu’il en connaît l’a durablement traumatisé...

Franck Laplante, lieutenant de police (montée) !

Laplante est le lieutenant de police de la petite ville. Il tient le poste avec un sergent et un caporal, de jeunes recrues originaires du coin.
Laplante a la quarantaine bedonnante. Il est originaire de Montréal, et a déménagé ici pour vivre une petite vie provinciale rangée, cela va faire maintenant quinze ans. Il est aimé et respecté de ses administrés. Ses missions principales : retrouver les touristes égarés et faire respecter la loi aux chasseurs. Son accent québécois n’est pas très prononcé, mais il peut le forcer, de manière à ce que les étrangers ne comprennent plus rien de son discours.

Il prend de plus un malin plaisir à compter les distances et toute chose en miles, en pieds, en pouces, en gallons, en furlongs quand on lui demande un renseignement (du reste il ne connait pas les correspondances en mètrique)

Lui même est d’une espèce de fausse jovialité très énervante, et il parle un peu fort. Il est rarement armé, mais il est entraîné.
Il aime avant tout le calme de sa petite vie rangée, et il entend vivre longtemps de cette manière. Si les PJ se mettent à faire des histoires (enquêter), il leur mettra joyeusement des bâtons dans les roues, leur expliquant tout de go de se mêler de ce qui les regarde.

Eckle et Jeckle, Sergent et Caporal de police

Ils aiment boire, ils aiment draguer les touristes dans leur bagnole de police déglinguée, et ils réfléchissent une fois par mois pour calculer le montant de leur loyer en retard. Ils obéissent scrupuleusement aux ordres de Laplante, et ils ont un quota de contraventions à respecter. Ils ne ratent donc jamais une occasion d’aligner des touristes (qui s’aperçoivent avec effarement que leur voisins les dénoncent à la police quand ils sont garés à contresens).

Laurent Lefebvre, hôtelier et loueur de motoskis

Sec comme un coup de trique, ses lunettes strictes surmontées par un impressionnant front dégagé, le regard incisif, Laurent est le concurrent direct de Fred. Enfin, concurrent... son hôtel est trois fois plus spacieux (et en haute saison il est complet), et il loue du matériel de randonnée. Il loue aux clients de Fred, mais de mauvaise grâce. Comme c’est un fieffé faux cul, il le fait avec le sourire.

Cependant, en ce moment la saison hivernale se termine, et son hôtel est vide, et ça le fait enrager d’autant plus de voir que Fred lui pique des clients potentiels. Il servira aux PJ venus lui louer du matériel de petites pointes d’humour acerbe dont il a le secret. Devinez qui est la cible de sa méchanceté ?

Lefebvre est très croyant, et protestant évangéliste. Dans sa tête, les tièdes et les païens sont voués à l’enfer. Il ne faut pas l’entreprendre sur des sujets comme Bush, Israël ou le jeu de rôle... Il n’hésite pas une seconde à dire que les ennemis de Bush et d’Israël iront en enfer (les homosexuels, les femmes adultères, les bouddhistes et les français leur tiendront compagnie).

Dominique Forest, gérante du couche-tard de Ste Céline

Dans un couche-tard (petite boutique avec une enseigne en forme de hibou), on vend tout, jusque très tard dans la soirée : du café, des cigarettes, de la bouffe, des glaces en été, du sirop d’érable en hiver, de l’alcool en toute saisons.

Dominique est une habituée des touristes. La cinquantaine avenante et gentille, elle est aimée et connue de tout le patelin. Elle connaît les légendes du coin (dont quelques histoires de fantômes), de bons circuits de randonnée, des points de vue... bref elle est un peu le syndicat d’initiative de Ste Céline. Eté comme hiver, si le temps s’y prête, elle ouvre une petite terrasse dans la ruelle attenante à sa boutique, où elle fait le service avec sa fille. Bien sur, ça ne vaut pas le bar de chez Fred ou chez Lefebvre, mais c’est sympa de boire quelque chose de chaud en revenant de randonnée.

C’est une des rares personnes a avoir un peu de sympathie pour Fred et à l’avoir aidé quand il s’est installé. Elle rend volontiers service, du moment qu’elle ne doit pas faire trop d’efforts.

Sa fille Agathe est très jolie, mais très courtisée, et de mœurs très libérés...

Denis Martineau, maire heureux et propriétaire d’un Jean Coutu

Jean Coutu, c’est à la base le nom d’une chaîne de pharmacie. Mais Coutu, au fil des années, a su diversifier son activité, et en plus des médicaments, on peut désormais tout trouver dans les magasins de sa chaîne, sauf l’alcool et les cigarettes. Les « Jean Coutus » font aussi office de bureau de poste, depuis quelques années [1].

Martineau est le gérant d’un de ces magasins. Il est très fier de son affaire, qui emploie une dizaine de personnes, caissiers, magasiniers, personnel d’entretien...
Lui même est très commerçant et très chaleureux, dès lors qu’il peut vendre quelques chose. En d’autres circonstances, il n’aime pas lier conversation avec les touristes.

Les petits gars du coin

A Ste Céline vivent une dizaine de jeunes désœuvrés, personnel saisonnier en été et en hiver, (mauvais) guides de randonnée, parfois, vivant du BS [2] (le RMI local) en toute autre circonstances. Pas méchants, mais bêtes, incultes et malpolis dans l’ensemble... (pour un tableau plus exhaustif de ce genre de PnJ, voir ici).

Le décor : Ste Céline

On se croirait au bord de la mer, car on ne voit pas la rive nord, qui disparaît derrière l’horizon. En été, le fleuve, bien que l’eau soit glacée, est baignable. En plein mois de mars, sa surface est gelée à perte de vue (même si l’épaisseur de la glace varie). On dirait un immense désert blanc, où les enfants jouent de la luge ou patinent. Il est déconseillé de trop s’éloigner de la rive, la glace est par endroits mince, et un accident mortel vite arrivé.

Si vous voulez situer cette ville sur une carte (elle n’existe pas), situez la non loin de Sainte-Anne des Monts, une ville bien plus grosse de Gaspésie, qui fait figure de métropole à côté de Sainte Céline. Sainte Céline serait qualifié de village en France (pas plus de 500 âmes, 1000 en haute saison), mais au Québec on appelle ça une ville. Les constructions sont en bois (en planche, pas en rondins) ! et il y a deux fois plus de résidences secondaires pour riches touristes anglophones que de réelles habitations. Il pousse plus de panneaux « Propriété privée, défense d’entrer » et « pêche gardée » que d’arbres aux alentours des berges du Saint Laurent, colonisées par les résidences à touristes. Les accès au fleuve sont souvent payants, comme du reste toute forme de loisirs dans le coin, même le plus anodin. Le grand nord sauvage quoi.

Le centre ville, situé près d’un des rares accès gratuits au fleuve (des quais), comporte une mairie, Une enseigne « Jean Coutu » attenante, le « Grand hôtel - location de matériel », propriété de Laurent Lefebvre, et le couche tard, point.

Une enseigne délavée sur le petit port propose aux touristes une excursion en canot à moteur sur le fleuve « à la rencontre des baleines », mais c’est fermé l’hiver, bien sûr.
Le poste de police est un peu excentré, à la sortie opposée de la ville par rapport à l’hôtel de Fred. Ah, il n’y a qu’une seule route icitte, elle longe le Saint Laurent d’est en ouest. Elle est d’ailleurs très mauvaise, car l’état du Québec réalise de considérables économies en les entretenant mal.
Pour tout autre service, il faut aller jusqu’à Sainte Anne.

Sinon, si on prend la peine de s’éloigner de plus de deux miles du centre, c’est la belle nature libre et sauvage, sans panneaux, sans payer, et sans route.

Laissez les PJ s’amuser un peu (une demi-heure de jeu) à faire les touristes, à lier connaissance avec les PnJ, ou d’autres de votre crû. On est en plein mois de mars, il y a en moyenne un mètre de neige dehors.

La tempête de glace

Les québecois ont l’habitude de dire « la marde blanche » en parlant de la neige. Vous allez comprendre pourquoi...

On découvre des choses inédites, quand on est en vacances au Québec. Notamment, il peut tout à fait pleuvoir par des températures négatives. La pluie gèle instantanément au sol ou au contact de votre manteau, des lignes électriques, et de la serrure de votre voiture. Outre le verglas calamiteux que cela engendre, de véritables congères se forment sur les lignes électriques et téléphoniques, et plient les gouttières. Or l’eau c’est très lourd, sous forme de glace. Me suivez vous ?

Voilà donc que quatre jours après l’arrivée des investigateurs, la pluie verglassante s’en mêle. Toute une partie de la nuit, elle tombe, surchargeant les lignes électriques de congères, jusqu’à ce que, vers 4h du mat, elles cèdent finalement sous le poids, privant d’électricité toute la Gaspésie [3].

Au petit matin, les PJ se lèvent, frigorifiés. Il fait encore nuit noire. L’électricité ne marche plus, et ils doivent chercher de la lumière à tâtons [4]. En bas, ils croisent Fred, qui essaie d’allumer un poêle au mazout. Il ne sait pas trop bien ce qui se passe. Il fait bien moins 2 dehors, et les PJ vont s’apercevoir que les baraques en planche à la mode nord-américaine, n’isolent bien du froid que quand le chauffage est à fond...
Au point du jour, plusieurs autochtones frappent à la porte. On cherche des gens pour faire le tour des maisons et secourir les éventuelles victimes du froid... Mme Forest prend la tête du petit groupe de secouristes improvisé : elle connaît bien le coin et les gens.

Solidarité, tabarnak !

Face à l’adversité, les réactions ne sont pas toutes angéliques ou solidaires. Nombreux sont les personnes qui refusent de partager leur fuel pour chauffer une éventuelle salle commune où se réfugieraient les plus démunis face au froid, d’autres le vendent carrément. Heureusement, la plupart des gens ont de bonnes réactions : ils donnent des renseignements sur leurs voisins, acceptent de faire pot commun avec leurs ressources en chauffage. Très vite, les gens sensés se regroupent dans les salles communes des deux hôtels du village.
Malheureusement, certaines personnes âgées (un homme seul et un couple) sont déjà mortes gelées pendant la nuit. D’autres vont les suivre rapidement, qui refusent toute aide et toute présence étrangère dans leurs propriétés, en dépit du danger.
Les PJ passent toute la journée à la tâche, à marcher en compagnie de Mme Forest ou des policiers, à faire le tour des popotes, à collecter du bois et du fuel pour chauffer les salles communes, où des dizaines de personnes se préparent à passer une nuit difficile.
Dans les grande salles de chez Fred et chez Lefebvre, l’ambiance est morose. Lefebvre tient absolument à organiser une veillée prière pour écarter la colère divine (sic), harcelant tous ceux que l’idée laisse froid. A la tombée de la nuit, deux groupes se sont constitués : ceux qui vont prier avec Lefebvre et qui sont dans son hôtel, et ceux que ça emmerde qui se retrouvent chez Fred.
Tout le monde se prépare à une nuit glaciale et pénible, espérant que les secours arriveront le lendemain sans trop y croire, et bâtissant des projets pour joindre Sainte Anne des Monts.

Aurore Boréale

Les PJ sont réveillés au milieu de la nuit, par d’étranges lumières dansant devant les fenêtres. Dehors le spectacle est magnifique : une aurore boréale étend ses immenses tentures irisées à travers le ciel nocturne, répandant une lumière irréelle sur les rues désertes de Sainte Céline. Alors que les personnages, subjugués, regardent le ciel (du dehors ou par les fenêtres), ils entendent un son familier, quoique incongru par une telle nuit ; des pas dans la neige. Impossible de savoir l’heure : les montres et les horloges sont déréglées par la puissance magnétique de l’Aurore (qui est un phénomène rarissime si loin du cercle polaire). Bientôt une silhouette apparaît. C’est un homme grand, habillé d’un vêtement polaire dont la capuche est baissée, laissant voir un visage dans la force de l’age, et des cheveux blonds coupés courts. Il a l’air avenant, et marche comme s’il se promenait le plus naturellement du monde par cette nuit de glace ! Si les PJ sont dehors, il les salue cordialement et exprime son désir d’entrer. Sinon, il vient frapper à la porte de l’hôtel. Fred, qui est levé, est un peu nerveux à l’idée de faire entrer l’inconnu (seul par une nuit où les esprits rôdent, c’est pas normal), mais refuser l’entrant, c’est le condamner à mourir de froid à courte échéance.
Dedans, tout le monde dort. Fred fait du café à l’inconnu.
Il se présente : John Leroy, il est américain (mais parle un français très correct), et il est promoteur immobilier. Il a un projet (dont il parle volontiers) d’aménagement d’une des îles sur le sait Laurent, à un ou deux miles au large de Sainte Céline. Quelque chose comme du tourisme vert, avec des cabanes en simili-rondins, des veillées au coin du feu, tout ça. Lui même est originaire de Chicago, et il parle volontiers de ses affaires et de sa vie, célibataire et errante. Sa motoneige est garée non loin, il rentre sur Sainte Anne avant le lever du jour. Il veut bien avertir les secours, si Sainte Anne n’est pas touchée aussi par la coupure.

Chassez le surnaturel...

John Leroy

John boit du café, rit beaucoup et souvent, un gars très cordial en somme. Dans la pénombre due à l’éclairage chiche (bougies et lampes tempêtes) du comptoir de Fred, on ne le remarque pas tout de suite, mais la coupe de ses vêtements est désuète et rappelle un peu les années 80. Questionné en politique, c’est un fervent adepte du « président », qui favorise les affaires. Sauf que John ne parle pas de Bush, il parle de Reagan... Pour une excellente raison : John Leroy est mort par une nuit glaciale de l’hiver 1982. S’il est si naturel, c’est qu’il ne s’en est pas aperçu ! et il se croit toujours il y a vingt ans. A vous MJ de jouer longtemps sur le quiproquo. Le mieux est que les PJ ne s’aperçoivent pas tout de suite que quelque chose cloche. MJ, n’hésitez pas à présenter John comme quelqu’un de sympathique (ce qu’il est), malgré ses opinions politique conservatrices, il est très ouvert aux idées d’autrui.

Il y a vingt ans, même jour même heure

John a débarqué avec son projet et ses relevés de cadastre en septembre 1980. A l’époque, les principaux résidants de Sainte Céline étaient grosso modo les mêmes : Lefebvre avec son hôtel (modeste à l’époque), Franck Laplante et Martineau, les notables du village, étaient déjà en poste. D’abord intéressés par le projet de John et par une éventuelle collaboration avec lui, ils préférèrent un an plus tard faire cavaliers seuls et reprendre le projet à leur compte. Evidemment, Leroy, alors à Chicago, ne se laissa pas faire, et intenta un procès, et le gouvernement du Québec lui donna raison courant automne 1981. Il revint de Chicago en mars pour faire valoir ses droits. Mais entre-temps, les notables avaient eu le temps de se préparer une petite vengeance. Faisant croire aux jeunes désœuvrés du coin que ce projet ne leur serait pas profitable (Soi disant Leroy ferait appel à de la main d’œuvre étrangère), ils les montèrent contre lui.
Et alors que Leroy allait visiter les site (en passant en motoneige par dessus le fleuve gelé à mort, guidé par un gars du coin), ils commirent l’irréparable : ils le prirent à parti en un lieu désert (sur le fleuve) et lui firent si peur qu’il fuit dans la direction de la zone dangereuse, où la glace était mince. Son guide ayant pris fait et cause pour les mécontents, il partit seul, scellant son destin : la glace céda sous sa moto, et il se noya dans l’eau glacée.
Comme de juste, l’enquête du lieutenant conclut à un accident dû à l’imprudence, et Lefèbvre et Martineau continuèrent leurs affaires dans leur coin. Ils ne purent cependant jamais reprendre le projet malgré la mort de Leroy, car Leroy est porté disparu, n’est pas considéré comme mort, et il a toujours la loi pour lui si jamais il venait à reparaître.

...il revient au galop !

John est mort, mais il ne s’en est pas aperçu. En effet, son île à laquelle il tenait tant est située sur une zone de notre monde où le rêve et la réalité se mélangent allègrement, particulièrement sous l’effet de phénomènes comme les aurores boréales, et précisément c’est ce qui se passait en cet hiver 1982. Tandis que son « moi » physique perdait connaissance et se noyait dans le Saint Laurent, son « moi » rêvé, lui, continuait sa course vers l’île. John y vécut vingt ans, à l’extrême lisière entre les contrées du rêve et la réalité. Il vécut sans aucune conscience du temps qui passe, sans aucune prise réelle avec les évènements. Il est persuadé que seulement quelques jours se sont passés, et qu’il les a passés dans un abri de rondins construit sur l’île, à faire des relevés topométriques, à fantasmer sur son projet, en faisant des rêves bizarres de printemps fleuris...
Mais voilà que la barrière entre rêve et réalité est de nouveau tombée, et que le John onirique revient de son île. Il est très matériel, sa moto (le double onirique de l’originale) aussi... et lui bien décidé à reprendre le cours de sa vie là où il l’a laissé !

Des problèmes en kâliss

L’aurore boréale cesse un peu avant l’aube.
John revient au petit jour : sa moto, revenue du monde des rêves, est devenue un objet au sens subjectif du terme : quand il la perd de vue, elle cesse d’exister. Il ne peut pas quitter Sainte Céline à pied. Déjà tout le monde est réveillé chez Fred, en train d’organiser une expédition de secours vers Sainte Anne des Monts. Le Lieutenant Laplante est là, qui essaie de planifier une journée qui s’annonce laborieuse. On a des nouvelles par une radio qui fonctionnait à piles : tout les régions maritimes (les régions les plus orientales) du Québec sont touchées, le gouvernement fédéral organise les secours. On attend un avion à Sainte Anne avec des couvertures et des générateurs d’électricité dans la journée.

John Leroy, lui cherche pour l’instant un moyen de rallier les Etats-Unis. Mais Laplante tombe carrément nez à nez avec lui, alors que John entre chez Fred. Un PJ observateur peut constater un moment d’arrêt chez le policier, qui regarde Leroy bouche béante. Il change ensuite carrément de couleur, prétexte une urgence et file chez Lefebvre.

Le reste de la journée se passe comme celle de la veille, entre secours, expéditions chez des habitants isolés et à Sainte Anne. Au cours de la journée, Lefebvre et Martineau, sous des prétextes à la con, passent chez Fred. Leroy ne les salue même pas, les regardant d’un air goguenard.

Au soir les nouvelles ne sont pas très réjouissantes. Les personnes envoyées à Sainte Anne ne sont pas revenues.
John, lui, a passé son après-midi plongé dans les journaux, lisant même les entrefilets les plus anodins. Au bout d’un moment, sa conviction est faite : il lui est arrivé une chose extraordinaire, qui lui a fait traverser près de vingt ans sans qu’il s’en aperçoive. Ses souvenirs ne sont pas terriblement clairs là-dessus. Il ne sait pas à qui se confier, pensant qu’on va le prendre pour un fou, et conscient des problèmes que sa disparition de vingt ans va soulever.

Un jet de psychologie de la part des Investigateurs vont leur permettre de voir que John est dans un état de grande agitation.. Si ils agissent avec tact, John se confiera et racontera son histoire.

On ne nous a pas menti...

Martineau, Lefèbvre et Laplante, pendant ce temps, flippent comme des chiens. Leroy, qu’ils croyaient mort, a refait surface ! Mais, après un bref conciliabule, leurs cerveaux retors ont déjà imaginé une solution de secours. Prétextant le petit trafic d’herbe dont est coupable Fred, ils vont tout faire pour mettre Fred « et sa bande » (les investigateurs et Leroy) aux arrêts. Ensuite ils aviseront de ce qu’il convient de faire.

Ils font irruption, armés et épaulés par les deux autres gendarmes, dans le café de Fred, et essayent de faire sortir tout le monde pour procéder tranquillement à l’arrestation. Seulement Fred se défend (aidé ou non des investigateurs), fait valoir la situation exceptionnelle, l’arbitraire des notables, etc., tapant un véritable scandale. Les québécois présents prennent sa défense. L’atmosphère s’échauffe. C’est le moment pour les investigateurs de faire montre de leurs talents de persuasion et de crédit.

Devant la levée de boucliers générale, Martineau et ses complices reculent. Ils promettent cependant que l’affaire ne s’arrêtera pas là.

Planche de salut

Une fois les notables de Sainte Céline partis, Leroy prend à part les investigateurs et Fred. (sauf si les personnages proposent eux mêmes de fuir Sainte Céline, bien sûr).

Il leur explique que ces trois-là sont des crapules extrêmement dangereuses, et que les personnages et lui-même feraient bien de demander la protection de leur consulat. Le problème c’est que tant que l’état d’urgence demeure, ils sont les seuls représentants de la loi ici.
Leroy propose à la petite bande de se planquer sur une île toute proche sur le Saint Laurent, (qui est complètement gelé, rappelons-le), où il a une cabane et une réserve considérable de bois et d’essence, en attendant la fin de la tempête de neige, avant de rallier Sainte Anne des Monts et Montréal.
La nuit est sans nuages, et le moyen de locomotion est tout trouvé : Fred a une motoneige, John Aussi, et on peut y embarquer quelques passager. John connaît bien la région.

De toute manière, si les Investigateurs ne font rien, ils seront effectivement arrêtés à l’aube. John, lui sera parti seul, et on entendra jamais plus parler de lui. S’ensuivra un procès long, chiant et coûteux, qui verra Fred perdre son café au profit de Martineau, et nos amis expulsés du Canada.

La fuite

Les Investigateurs, embarqués sur les motoneiges, partent pour l’île sur le Saint Laurent, sous un ciel piqueté des constellations d’hivers. Leur destination ne se trouve qu’à deux heures.

Malheureusement, Laplante et consorts ne sont pas si bêtes : un des flics, planqué dans une habitation proche du café de Fred, les a observés. Aussitôt, il appelle ses supérieurs, et ceux-ci décident de donner la chasse aux Investigateurs, épaulés par Eckle et Jeckle. Ils se doutent bien de leur destination, vu comment ils sont partis, et connaissent un raccourci. Sur les motoneiges de Laplante, ils ont tôt fait d’être en contact visuel des investigateurs, d’autant qu’à un seul passager par engin, ils sont bien plus rapides...

Ils tirent de coups de feu « de sommation », mais les balles sifflent aux oreilles de PJs affolés.
MJ, organisez une course-poursuite effrénée et mortelle. Arrivés au niveau du Saint Laurent, les motoneiges adhèrent moins bien sur la glace balayée par le vent. La glace émet des bruits de craquements épouvantables. Demandez des jets en conduite au PJ (qui pourront se servir des compétences de Fred et/ou de Leroy). En cas de ratage, à vous de voir un effet dramatique approprié : crevasse qui manque d’engloutir la moto, chute, dérapage incontrôlé, impact de balle sur la moto ou un des passagers...

Au moment ou tout semble désespéré, une lueur fantastique se propage dans le ciel, tel un immense rideau irisé. L’aurore boréale est de retour.
L’aurore est d’une rare intensité, baignant les protagonistes et la scène dans une lumière étrange et irréelle.

C’est alors qu’une plainte épouvantable, inhumaine, impossiblement puissante, retentit dans l’espace. Le tissu de la réalité se déchire de nouveau au dessus de la Gaspésie, et Ithaqa le Wendigo chasse à la limite du rêve et de la réalité, attiré par la puissante énergie dégagée par la déchirure. Tous les Investigateurs perdent 1d6/1d20 points de santé mentale.
En levant la tête, ils aperçoivent une masse indistincte et colossale qui masque le ciel, avec des yeux brillants et lointains comme les étoiles.

En regardant droit devant eux, dans le prolongement de la lumière spectrale, le paysage semble éclairé par un doux soleil de printemps, et les conifères du Québec ressemblent à cet endroit, par quelque illusion incroyable, à des arbres merveilleux, exotiques et inconnus. Un délicieux parfum de miel envahit l’atmosphère.
« La porte ! La porte s’est ouverte ! » hurle John Leroy. « Son gardien est devant son seuil ! C’est l’épreuve de la foi ! »

Derrière eux, ils entendent des hurlements, tout à fait humains eux, et s’ils ont le malheur de se retourner, ils verront le Wendigo se saisir de deux motoneiges et de leurs occupants... soit 1d10/1d100 points de santé mentale perdus...

Leroy, de son côté, épaulé par un Fred halluciné (s’il est encore vivant), qui entonne un chant vaudou, fonce vers le paysage étrange.

Conclusion

Si les PJs ne cherchent pas à sauter en cours de route, ils sont partis dans les contrées du rêve. A vous d’organiser l’odyssée de leur retour dans le monde réel, sachant qu’ils arrivent non loin de Célephais.

John Leroy, lui, est revenu dans l’endroitidyllique où il vivait depuis vingt ans. Il ignore comment quitter l’endroit, mais il est trèsbiendisposéenvers les investigateurs, leur conseillera de s adresses etleur dispensera les conseils indispensables à leursurvie.

D’autant que la fissure de réalité derrière eux s’est refermée... les voilà coincés dans l’univers des rêves des hommes.

Si les PJs ont réussi, ou ont été forcés de rester sur le monde des hommes, le Wendigo ne semble pas s’intéresser à eux particulièrement (sauf si l’un d’entre eux est pris de folie, auquel cas le Wendigo l’emporte, hurlant, dans le ciel nocturne).

Il s’en va à l’improviste, comme il est venu. Cependant, l’Aurore boréale bientôt cesse, et avec elle la fissure dans le réel disparaît, ainsi que le paysage enchanteur.

Ils sont coincés, à proximité de l’île de Leroy, sur le saint Laurent. D’où ils sont, ils aperçoivent la cabane qu’il y avait construite, une maison de rondins conçue pour défier l’hiver (elle n’a ni eau ni électricité cependant). Elle suffira pour passer cette nuit glaciale, et même s’ils renoncent le lendemain à rentrer à Sainte Céline (ce qui prendra une randonnée d’une demi journée), l’expédition de secours arrive trois jours après l’aurore boréale.

Et Laplante et cie ? les PJs retrouvent le lendemain, accrochés aux arbres à près de trente mètres, plusieurs cadavres qui pendent comme des haillons. Lorsque les secours les récupèreront, on constatera qu’ils sont gelés, prostrés dans des positions de terreur insondable. Une chose a croqué leurs pieds et leurs mains, et les visages ravagés par le froid, sont méconnaissables. (1/1d6 points de SAN) On arrivera, malgré le gel qui a rendu cassants jusqu’aux os des cadavres, à identifier Martineau et Eckle, plus les camarades PJs si certains ont été emportés par le Wendigo.

Laplante sera retrouvé inexplicablement une semaine plus tard à proximité du Saint Laurent, bavant et titubant, en proie à un délire affreux, les mains comme des moignons, tous ses doigts tombés. Impossible de recueillir son témoignage et il finira sa vie dans un asile à Montréal, hurlant comme un damné à chaque fois que soufflera le blizzard.

Si les PJs interrogent Mme Forest, ou le consulat américain au Québec sur Leroy, ils pourront apprendre son entreprise malheureuse et son inexplicable disparition, il y a vingt ans, lors d’une nuit d’aurore boréale.

Fred, quant à lui, a disparu à jamais du monde des vivants. Mais, en rêve, qui sait ?

Caractéristiques

Frédéric Boulogne

FOR 16 INT 12 Pdv 13
CON 12 POU 14 PdM 14
TAI 14 DEX 11 SAN 35
APP 12 EDU 10

Compétences :

Baratin 66%, marchander 66, parler créole 75%, cuisiner 45%, connaissance de la région de Sainte Céline 20%, mythe de Chtulhu 5%, conduire (motoneige) 36%, se cacher 55%, bagarre 77%, rouler un pet’ 85%, botanique 77%, mécanique 42%

Armes :

Poing (67%) : 1d6+1d3
Schlass (45%) : 1d6+1d3 (empale)

Laurent Lefèbvre

FOR 11 INT 13 Pdv 10
CON 11 POU 15 PdM 15
TAI 9 DEX 14 SAN 55
APP 11 EDU 16

Compétences :

Baratin 45%, Eloquence 62%, Dogme protestant 65%, crédit 50%, conduire (auto) 35%, conduire (motoneige) 45%, mécanique 45%, connaissance de la région de Sainte Céline 60%, pister 41%
Armes :

Poing (33%) : 1d6
Fusil de chasse (34%) : 2d6*

Franck Laplante

FOR 12 INT 11 Pdv 16
CON 16 POU 10 PdM 10
TAI 16 DEX 13 SAN 45
APP 13 EDU 15

Compétences :

Baratin 55%, Eloquence 22%, crédit 55%, conduire (auto) 54%, conduire (motoneige) 40%, connaissance de la région de Sainte Céline 65%, pister 51%, trouver objet caché 35%, bagarre 66%

Armes :

Poing (60%) : 1d6+1d3
Fusil de chasse (44%) : 2d6*
Automatique (60%) : 1d10+2*

Mecs du coin (Eckle, Jeckle, Martineau)...

FOR 12 INT 9 Pdv 12
CON 12 POU 10 PdM 10
TAI 12 DEX 14 SAN 35
APP 10 EDU 8

Compétences :

conduire (auto) 30%, conduire (motoneige) 30%, connaissance de la région de Sainte Céline 45%, pister 31%, bagarre 60%

Armes :

Poing (50%) : 1d6
Fusil de chasse (34%) : 2d6*

John Leroy

FOR 14 INT 13 Pdv 18*
CON 12 POU 18 PdM 18
TAI 11 DEX 10 SAN 10
APP 16 EDU 18

Compétences :

conduire (auto) 40%, conduire (motoneige) 40%, connaissance de la région de Sainte Céline 65%, bagarre 62%, baratin 55%, éloquence 71%, crédit 26%, rêver 36%

Armes :

Poing (50%) : 1d6
Revolver (35%) : 1d10

*Ses points de vie sont égaux à son POUvoir, suite à sa réalité onirique. De plus, il récupère des blessures d’autant mieux qu’il rêve qu’il guérit, sans y penser...

Notes

[1authentique

[2BS veut dire « Bien être Social », traduction littérale de l’américain « Social Welfare ».

[3Ce genre d’incident n’est pas exceptionnel au Québec, et une tempête de glace a privé une fois tout le sud du Québec (dont Montréal) d’électricité cinq jours durant, en 1998, faisant des dizaines de morts, gelés pour la plupart

[4combien avez vous en trouver objet caché par une nuit d’un noir d’encre ?



Encadrement arrondi
Ajouter un commentaire
forum bouton radio modere abonnement

forum vous enregistrer forum vous inscrire

[Connexion] [s’inscrire] [mot de passe oublié ?]

Encadrement arrondi

Tous les éléments et personnages sont des marques déposées détenues par leur propriétaire. Ils sont utilisés ici sans autorisation particulière, dans un but d'information. Si l'auteur ou le détenteur des droits d'un élément quelconque de ce site désirait qu'il soit retiré, les responsables du sden s'engagent à le faire dans les plus brefs délais.

(c) 1997- 2017 SDEN - Site communautaire de jeux de rôle
Tous droits réservés à l'association loi 1901 Elfe Noir.
Les textes et les illustrations des rubriques, sauf avis contraires, sont la propriété de leurs auteurs.