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Ars magica

La Légende d’Ys

vendredi 10 septembre 1999, par JyP

La légende, telle qu’elle était racontée à l’époque et aujourd’hui.

    Malgven, Reine du Nord

Voici l’histoire du Roi Gradlon et de la ville d’Ys. Le Roi Gradlon habitait en Cornouaille.
Il possédait une flotte de nombreux bateaux qu’il aimait opposer à ses ennemis, souvent dans des
pays lointains où il faisait très froid. Il était excellent marin et stratège et gagnait
souvent ses combats, pillant alors les navires ennemis et remplissant ainsi ses coffres d’or et de trophées.

Un jour, ses marins, fatigués de se battre dans ces pays froids, se rebellèrent, refusant de monter
à l’assaut d’un chateau-fort qui leur était pourtant promis. Beaucoup d’entre eux étaient
morts durant l’hiver. Ils décidèrent de regagner leurs navires et de mettre le cap vers leur terre,
la Bretagne, pour y retrouver femmes et enfants et y vivre au calme. Le Roi Gradlon les laissa partir et se retrouva
seul, dans une nuit froide. Il était vaincu par ses propres hommes et, après l’exaltation des combats
et des victoires, connaissait maintenant une profonde tristesse.

Tout a coup le roi sentit une présence autour de lui. Il leva la tête et aperçut, blanche
dans le clair de lune et vêtue d’une cuirasse ruisselant de la lumière de l’astre, une femme aux longs
cheveux roux. C’était Malgven, la Reine du Nord, souveraine boréale régnant sans partage sur
les pays froids. Elle dit au Roi Gradlon : "Je te connais, tu es courageux et adroit au combat. Mon mari est
vieux, son épée est rouillée. Toi et moi allons le tuer. Ensuite, tu m’emmèneras dans
ton pays de Cornouaille." Ils tuèrent le vieux roi du Nord, remplirent un coffre d’or et, comme Gradlon
n’avait plus de bateau, enfourchèrent Morvarc’h, le cheval magique de Malgven. Morvarc’h veut dire "cheval
de mer", il était noir comme la nuit et soufflait du feu par ses naseaux. Le cheval galopait sur la
crête des vagues et ils rejoignirent vite les bateaux du roi qui avaient pris la fuite et regagnaient la
Cornouaille. Une violente tempête et un orage éclatèrent alors, éparpillant les bateaux
sur l’océan.

    La naissance de Dahut

Gradlon et Malgven restèrent une année entière sur la mer. Un jour,
sur un bateau, Malgven donna naissance à un enfant, une fille qu’ils appelèrent Dahut. Hélas,
la reine resta malade et mourut. Le Roi Gradlon et sa fille Dahut rentrèrent en Cornouaille. Mais le roi
était si triste qu’il ne sortait plus jamais de son château. Dahut grandissait, elle était
très belle, comme sa mère Malgven. Le Roi Gradlon aimait jouer avec les boucles de ses longs cheveux
blonds. Dahut aimait beaucoup la mer. Un jour elle demanda a son père qu’il lui construise une ville, une
ville au bord de la mer.

    La ville construite contre la mer

Gradlon adorait sa fille et accepta. Plusieurs milliers d’ouvriers furent mis au travail
et construisirent une ville qui semblait sortir de la mer. Pour la défendre des hautes vagues et des tempêtes,
il fut construit une très haute digue encerclant la ville, avec une unique porte de bronze qui y donnait
accès. Le Roi Gradlon seul en possédait la clef. On l’appela ville d’Ys.

    Les fiançailles de Dahut avec l’Océan

Les pêcheurs, chaque soir, voyaient sur la plage un femme qui chantait très
fort, peignant ses longs cheveux blonds. C’était la princesse Dahut. Elle disait "Océan, bel
Océan bleu, roule moi sur le sable, je suis ta fiancée, Océan, bel Océan bleu. Je suis
née sur la mer, dans les vagues et l’écume, quand j’étais enfants je jouais avec toi. Océan,
bel Océan bleu, roule moi sur le sable, je suis ta fiancée, Océan, bel Océan bleu.
Océan, toi qui retourne comme tu le veux bateaux et hommes, donne moi les navires somptueux des naufrages
et leurs richesses, or et trésors. Fais venir dans ma ville de beaux marins que je pourrai regarder. Ne
sois pas jaloux, je te les rendrai l’un après l’autre. Océan, bel Océan bleu, roule moi sur
le sable, je suis ta fiancée, Océan, bel Océan bleu."

La ville d’Ys devint alors un endroit ou l’on s’amusait, la ville s’emplit de marins. Chaque jour voyait de
nouveaux festins, des jeux, des danses.

Dahut profondément attachée aux Dieux Celtiques, accusait Corentin, évêque de
Quimper, d’avoir rendue la ville triste et ennuyeuse. Elle rêvait d’une cité où seules régnerait
richesse, liberté et joie de vivre. Aussi, Dahut donna-t-elle à chacun des habitants un dragon qui
s’empara de tous les navires marchands. Ainsi la ville d’Ys devint t-elle la plus riche et la plus puissante de
Bretagne. Dahut y régnait en maîtresse absolue, gardienne de l’héritage des Celtes.

    Le masque magique

Chaque jour, la princesse Dahut avait un nouveau fiancé. Le soir, elle lui mettait
un masque noir sur le visage, il restait avec elle jusqu’au matin. Des que le chant de l’alouette se faisait entendre,
le masque se resserrait sur la gorge du jeune homme et étouffait le fiance de la nuit. Un cavalier prenait
alors le corps sur son cheval pour aller le jeter dans l’Océan, au delà de la baie de Trépassés.
Ainsi, tous les fiancés de Dahut mouraient au matin et étaient jetés à la mer.

Le chevalier vêtu de rouge

Un jour de printemps, un chevalier étrange arriva dans la ville d’Ys. Il était habille de rouge,
ses mains étaient longues et fines, ses ongles pointus et recourbés. Dahut lui sourit, le chevalier
ne la regarda pas. Un soir cependant, il accepta de venir auprès d’elle. Il passa longuement ses longues
mains aux ongles pointus dans les beaux cheveux blonds de la princesse. Soudain, un grand bruit s’éleva
du côté de la mer et un terrible coup de vent heurta les murailles de la ville d’Ys. "Que la
tempête rugisse, les portes de la ville sont solide et c’est le Roi Gradlon, mon père, qui en possède
l’unique clef, attachée a son cou", dit Dahut. "Ton père le roi dort, tu peux maintenant
t’emparer facilement de cette clef", répliqua le chevalier.

La princesse Dahud aux longs cheveux d’or était sans doute moins bonne et moins juste que son père.
Aussi le diable, toujours prêt aux mauvais coups, décida de se servir d’elle pour perdre à
la fois la ville d’Ys et ses habitants. Déguisé en jeune homme séduisant et richement vêtu,
il se présenta devant Dahud, au grand jour, le compliment aux lèvres et les bras chargés de
cadeaux :

- Je vous salue, princesse si blonde que les blés en sont jaloux …
Dahud l’aima dés le premier instant. Le diable fit si bien que bientôt elle ne put rien lui refuser.
- Comment te prouver mon amour ? lui demanda-t-elle.
Il fit semblant de réfléchir avant de répondre.

Effrayée, elle recula, secouant la tête.
- Tu vois, dit-il en ricanant, tu ne m’aimes pas …
Elle pleura longtemps mais fini par céder.
La nuit suivante, elle se glissa dans les appartement de son père et s’approcha doucement de son lit. Puis,
sans l’éveiller, elle détacha de la chaîne d’or pendue à son cou les clefs des écluses.
Le diable attendait sur la digue … La ville dormait, bien à l’abri de ses murailles. Le diable regardait
la mer. Il agitait ses mains devant lui, et semblait faire naître des vagues sombres, rugissantes, qui venaient
s’écraser à ses pieds, en bas des rochers.

- Tiens, dit-elle seulement, en lui tendants les clefs.
Il s’en saisit avidement, les yeux brillants de satisfaction, la bouche tordue d’un mauvais rire :
- Ah, ah, ah … la bonne farce ! Pars maintenant, nous nous retrouverons bientôt.
Il pensait à l’enfer et se réjouissait. Dahud s’enfuit, glacée de peur et de remords …

Quand elle disparu, le diable savoura longtemps son triomphe face à l’océan. Puis il ouvrit les écluses.
Un grondement sourd éveilla Gradlon, roi d’Ys et de cornouille. En un instant il comprit le danger et se
rua hors de sa chambre.
- Dahud !
La jeune fille pleurait sur sa couche. Il la saisit dans ses bras et s’élança hors du palais. Un
cheval sellé attendait toujours devant la porte. Il sauta en selle et partit au triple galop … La mer s’engouffrait
furieusement dans les rues, envahissait les maisons. Nul ne pouvait lui résister

… Seule la monture du roi parvenait à fuir, comme par miracle, poursuivie par le torrent vers l’intérieur
des terres.

La submersion de la ville

La princesse Dahut entra dans la chambre de son père, s’approcha doucement de lui
et prit la clef, attache a une chaîne autour de son cou. Aussitôt, une énorme vague, plus haute
qu’une montagne, s’écroula sur Dahut. Son père se réveilla et elle lui dit : "Père,
vite, prenons le cheval Morvarc’h, la mer a renversé les digues". Le roi prit sa fille sur le cheval,
la mer était déchaînée. Le cheval se cabrait sur l’eau qui montait a gros bouillons.
Dahut se serrait contre son père et lui dit : "Sauvez-moi, mon père !" Il y eut alors un
grand éclair dans la tempête et on entendit une voix qui allait de rocher en rocher et disait "Gradlon,
lâche la princesse".

Saint Guenole, le missionnaire de Dieu

Une forme pale comme un cadavre apparut, enveloppée dans un grand vêtement
brun. C’était Saint Guenole, qui dit a la princesse : "Malheur a toi, tu as voulu voler la clef de la
ville d’Ys !" Dahut répondait : "Sauvez-moi, emportez-moi au bout du monde !" Mais le cheval
Morvarc’h ne bougeait plus et les eaux en furie gagnaient sur eux. Saint Guenole répéta son ordre
a Gradlon "Lâche la princesse !", les vagues énormes étaient a leurs pieds. Dahut
glissa a terre et le Roi Gradlon, furieux, poussa sa fille dans la mer. Les vagues se refermèrent sur la
princesse. La mer engloutit alors la ville d’Ys, dont tous les habitants périrent noyés.

Le cheval du roi repartit, bondissant sur les plages puis au travers des prés et des collines, galopant
toute la nuit. Gradlon arriva enfin dans la ville ou deux rivières se rejoignent entre sept collines, Quimper.
Il décida d’en faire sa capitale et y vécut le restant de ses jours. A sa mort, on sculpta sa statue
dans du granit. Cette statue est aujourd’hui élevée entre les deux tours de la cathédrale
Saint Corentin a Quimper. Elle représente le Roi Gradlon, a cheval, regardant en direction de la ville disparue.

Certains racontent que Dahut, après sa mort, devint une sirène et qu’elle apparaît aux pêcheurs
les soirs de lune, peignant sa longue chevelure d’or. Ils disent aussi que par temps très calme on peut
entendre sonner les cloches de la cite disparue.

Gwelas-te morverc’h, pesketour

O kriban en bleo melen aour
Dre an heol splann, e ribl an dour ?
Gwelous a ris ar morverc’h venn,
M’he c’hlevis o kanann zoken
Klemvanus tonn ha kanaouenn.

As-tu vu, pecheur, la fille de la mer,
peignant ses cheveux blonds dores

au grand soleil sur le bord de l’eau ?
J’ai vu la blanche fille de la mer,
je l’ai meme entendu chanter,
plaintifs etaient l’air et la chanson.

La Ville d’Ys, épilogue

La légende rapporte que la ville d’Ys s’élevait dans la baie de Douarnenez.
Le lieu-dit Pouldavid, quelques kilomètres a l’est de la ville de Douarnenez, est la forme francisée
de "Poul Dahut", le "trou de Dahut" en breton, et indique l’endroit ou la princesse fut engloutie
par les flots.

On dit aussi que la ville d’Ys était la plus belle capitale du monde et que Lutèce fut baptisée
Paris car "Par Ys" en breton signifie "pareille a Ys". Deux proverbes populaires bretons en
témoignent :

Abaoue ma beuzet Ker Is
N’eus kavet den par da Baris

Depuis que fut noyée la ville d’Ys

on n’en a point trouvé d’égale a Paris

Pa vo beuzet Paris
Ec’h adsavo Ker Is

Quand Paris sera englouti
Resurgira la ville d’Ys



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