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 Connaissance

Eléments de religion aztèque

Du sang pour nourrir les dieux...

vendredi 14 avril 2006, par Iris

Dans toute la zone méso- américaine, l’état d’esprit est très pessimiste : les dieux se sont sacrifiés pour créer le monde et l’humanité, et les humains doivent payer de leur sang cette dette qui ne pourra jamais être remboursée. Le monde est à la fin de la 5e et dernière création, les rituels doivent permettre de repousser la destruction finale.

Dans toute la zone méso- américaine, l’état d’esprit est très pessimiste : les dieux se sont sacrifiés pour créer le monde et l’humanité, et les humains doivent payer de leur sang cette dette qui ne pourra jamais être remboursée. Le monde est à la fin de la 5e et dernière création, les rituels doivent permettre de repousser la destruction finale.

Ce système de pensée pré-apocalyptique atteint des proportions démentielles dans la civilisation aztèque qui a été anéantie en quelques années par l’arrivée des Espagnols (Cortès, 1521) et de maladies européennes.

Des mythes fondateurs curieusement proche de la Bible

Une chose qui a particulièrement interloqué les missionnaires catholiques est la grande ressemblance entre des éléments importants de la Bible et des mythes aztèques. Une hypothèse qu’ils avaient alors émis tenait en la venue en Amérique de Saint Thomas, l’apôtre que la tradition dit être parti évangéliser l’Inde...

« Eden » et la Chute
A l’origine de tout, le couple divin et le créateur suprême Ometeotl (= Deux Dieux) ou aussi le « Seigneur et Dame de la Dualité », incarnation des opposés de l’univers. Il crée le monde, et les dieux.

Dans le « paradis originel » pousse un arbre dont il ne faut ni cueillir les fleurs, ni goûter les fruits. Pourtant une déesse se laisse tenter (par Tezcatlipoca). Elle entretient donc des relations sexuelles sans autorisation, et procrée de manière tout aussi illégale.
Variante de la Chute : le couple de créateur suprême donne naissance à un dieu qui a l’allure d’un couteau de silex et les dieux, effrayés par cette allure, éjectent du ciel leur cadet, et par suite sont également chassés.

Tous les autres dieux y assistent intéressés, usurpant le privilège exclusif des créateurs suprêmes. Ils sont alors tous exilés sur Terre, alors que le Soleil et la Lune n’existent pas encore... Les dieux deviennent mortels. Dans cette nuit ténébreuse sont créés les animaux. Ceux-ci ne pouvant parler pour invoquer et honorer leurs créateurs, sont condamnés à mourir sacrifiés. Les humains sont à leur tour créés pour servir et honorer les dieux leurs créateurs. Les « dieux mortels » se réunissent à Teotihuacan, bâtissent la cité et ses immenses pyramides.

Le sacrifice des dieux sur Terre pour créer le monde
A Teotihuacan, les dieux mortels allument un grand brasier. Deux d’entre eux doivent se jeter dedans pour donner naissance au Soleil et à la Lune. Le premier hésite, le second, Buboneux, le dépasse et se jette dans les flammes, devenu éclatant Soleil. Le premier devenu second, brûle à son tour et devient la Lune.

Finalement tous les dieux doivent se jeter dans le brasier pour que le Soleil accepte de démarrer sa marche. Les Humains doivent à leur tour le nourrir de cœurs et de sang pour qu’il continue sa route.

La destruction du corps- matière a permis de ressusciter glorifié. Les hommes morts héroïquement (les guerriers et les sacrifiés), les femmes mortes en couches (donc en combattant leur enfant), ont le droit de suivre le soleil dans sa course, se transformant à l’occasion en papillons et en oiseau au Tlalocan.

(Remarque : la difficulté pour suivre, c’est qu’il y a eu 5 créations et 5 âges pour les Aztèques. Ce qui suit vaut pour l’âge « actuel)

La naissance de Huitzilpochtli
La déesse Coatlicue (déesse de la Terre), est tombée enceinte à Coatepec, la Montagne des Serpents. Furieuse de cette grossesse illégitime, Coyolxauhqui (la Lune) et ses frères (les 400 étoiles) décidèrent de tuer l’enfant à sa naissance. Mais Huitzilpochtli, averti, sortit armé du sein de sa mère et les massacra. Coyolxauhqui fut démembrée, son corps jeté du haut de la montagne sacrée. Cet épisode symbolise la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Exemple d’une représentation de Coatlicue sous son aspect terrifiant : décapitée des filets de sang qui jaillissent de son cou tranché se transforment en un couple de serpents affrontés, tandis qu’elle porte un collier fait de cœurs et de mains coupées, disposés de part et d’autres d’une tête de mort, vêtue d’une jupe de serpents entrelacés, des pieds ressemblants à des têtes de serpents prêt à mordre.

La Glorification des Cadets
Le Soleil demanda aux 400 Mimixcoa (les Serpents de Nuage) de chasser pour lui. Pour cela il leur donna des armes richement décorées. Mais les Mimixcoa s’ennivrèrent et couchèrent avec des femmes. Le Soleil fit appel à 4 Mimixcoa, les cadets des 400 précédents et premiers ancêtres des Aztèques. Les 400 furent massacrés par leurs cadets. Ce fut la première guerre pour nourrir la Terre et le Soleil.

Le thème des cadets ou nouveau venu qui ont une plus grande légitimité / mérite que les aînés, est très important pour les Aztèques. Il peut être comparé à plusieurs épisodes bibliques : Dieu préfère Adam à Lucifer, Abel à Caïn, les Hébreux aux Cananéens...

Terre Promise
Les Aztèques vivaient dans la prospérité à Aztlan jusqu’à ce qu’un roi les opprime. Ils partirent à la recherche de la Terre Promise, guidés par Huitzilopochtli (=Colibri Gaucher) leur dieu tutélaire. Un épisode de leur errance évoque ceux qui se révoltèrent contre cette situation et furent détruits du haut d’une montagne. Finalement ils arrivent sur le site de Tenochtitlan, capitale de leur empire.

Panthéon

Quetzalcóatl : Serpent à Plumes. Dieu de la voûte céleste et du soleil, dieu du vent, du souffle vital, grande divinité et roi- prêtre des Toltèques.

Tezcatlipoca : Miroir Fumant. Magicien tout puissant, imprévisible et redoutable.

Mixcoatl : Serpent des Nuages. Divinité de la chasse et de la guerre.

Tonatiuh : le disque solaire

Coyolxauhqui : la Lune.

Les 400 lapins, divinités du pulque.

Tlaloc : dieu de la terre et de la pluie, patron du Tlalocan, l’au-delà verdoyant, paradis soli- lunaire.

Cinteotl : Dieu Maïs

Xipe : dieu guerrier vêtu d’une peau d’écorché, associé lui aussi au maïs

Mictlantecuhtli : Seigneur Turquoise.

Plusieurs déesses plus ou moins différenciées :
- Divinité Terre,
- Jupe de Jade (déesse de l’eau),
- Fleur dressée (déesse de la fécondité et de l’amour),
- Déesse Saleté (déesse du péché, du sexe, également appelée « Mangeuse d’ordures » parce que c’est à elle qu’on se confesse).

Les dieux sont des personnifications, des incarnations, des ixiptla (=des enveloppes)... des éléments ou des choses qu’ils régissent.

Parler aux dieux

Aux dieux sont offerts : libations, jeûne, animaux, son propre sang, se passer à travers la langue des bâtons et des cordes munies d’épines tout au long tout en chantant des hymnes... Le but est de châtier le corps pour mériter et augmenter ses composantes immatérielles, son feu intérieur (tonalli).

Sacrifice humain
Les victimes sont des prisonniers de guerre, des esclaves et des enfants, parfois aussi des citoyens ordinaires, des étrangers de passage, des personnes marquées physiquement, des vierges et même des volontaires. La « guerre fleurie » permet de régulièrement avoir des victimes et accessoirement affaiblir les royaumes voisins. Le sacrifiant (riche marchand offrant des esclaves, guerrier qui apporte son prisonnier, père qui offre son fils) traite sa victime avec de grands égards car elle doit, par sa mise à mort, assurer son salut : le sacrifié permet au sacrifiant de mourir symboliquement et donc de rejoindre les héros dans l’au-delà. Pendant les quelques jours qui précèdent le sacrifice, le sacrifié est traité comme un dieu vivant et un bouc émissaire, il doit emmener les péchés et les vœux de la population. Une conséquence de cette symbolique : lors du banquet cannibale qui clôture les grandes cérémonies sacrificielles, il est interdit au sacrifiant de manger son sacrifié car cela reviendrait à se manger lui-même.

Lors des grandes célébrations, les sacrifiés se comptent par milliers. L’exécution peut prendre différentes formes : pour le soleil, on arrache le cœur en haut de la pyramide puis on décapite le corps au pied de la pyramide en l’honneur de la terre. Des TZOMPANTLI sont édifiés, il s’agit de construction en bois destinés à exhiber les têtes, enfilées sur des pieux verticaux ou horizontaux.
Pour le dieu du feu, les victimes sont jetées dans un brasier et achevée par excision du cœur. Et il y a encore toutes sortes de variantes : massacre à coup de flèches ou de javelines, éviscération, personnes jetées dans le vide du haut d’un mât pour figurer des fruits mûr qui tombent d’un arbre ; corps écrasés et pressés dans un filet pour en recueillir tout le sang ce qui doit amener la pluie ; noyade forcée (sacrifié jeté dans un grand puit, et plus ou moins « aidé » à couler à coups de pierres).

Une autre cérémonie pour célébrer le début de la saison sèche et de la moisson, on attache des guerriers à une meule, ils symbolisent le maïs, ils se défendent armes en mains contre des assaillants, finissent par être tués puis écorchés (référence au fait d’ôter les feuilles extérieures du maïs) ; puis de jeunes gens se vêtent des peaux ( !) et parcourent ainsi les rues durant 20 jours, finissent seulement alors par les enlever desséchées, noircies et puantes ; ils se lavent enfin et se retrouvent purifiés et régénérés.

Tous les rites des Aztèques visent à perpétuer le monde dans son état actuel et éviter son ultime destruction.

Remarques sur les codex
Ces manuscrits peints et pliés sont faits à partir de cuir animal ou bien à partir d’écorce d’agave, ou bien à partir de fibres végétales, provenant par exemple du cactus.

Langue d’écriture des Aztèques : le nahuatl.

Suggestion pour l’utilisation en JdR style historique

Les Aztèques peuvent servir directement dans deux types d’ambiance :
- l’aventure aux 15e- 17e siècles (Pavillon Noir par exemple...), les joueurs sont confrontés à un mode de pensée brutalement différent du leur. Ils pourraient aussi être amené à découvrir un Evangile selon Saint Thomas, apôtre qui dans la légende est parti vers les Indes et aurait atteint la Méso- Amérique au terme d’un long voyage. Là, il aurait transmis le message d’un évangile. Au choix du MJ, ce nouvel évangile pourrait être « plus vrai » que les 4 canoniques, et faire sombrer les PJs dans l’hérésie... Ou bien

- intrigues archéologiques aux 19e-20e siècles, éventuellement avec un fond de complot surnaturel façon Appel de Cthulhu. Toujours en faisant usage de l’Evangile selon Saint Thomas, on pourra à loisir faire de l’apôtre un suppôt du Dormeur de R’Iyeh, « rencontré » durant sa traversée pour l’Amérique, cela justifiant la perversion du message biblique originel... Ou alors un début de christianisation suivi d’un contre mouvement missionnaire initié par des Adeptes de Cthulhu... Auquel cas, il pourrait exister deux versions de l’Evangile selon Saint Thomas, l’un authentique, qui de toutes façon serait une bombe pour le Vatican (il suffit d’imaginer un passage concernant un mariage de Jésus avec Marie Madeleine !), et une version falsifiée pour tromper les populations et les amener à commettre toutes sortes de rituels odieux, cela incluant le développement du sacrifice humain en masse à partir des années 900.

Indirectement, la manière dont les Aztèques considéraient que la vie jaillit de la mort, que les humains sont redevables à des dieux impitoyables pourra servir dans des contextes particulièrement sombres, fin de monde ou culte démoniaque :
- jeu dans un monde médiéval- fantastique « classique », les Aztèques, ou leur équivalent sont alors une manière raisonnable et intelligente de rendre le mode de vie dans une civilisation entre neutre mauvais et loyal mauvais, où les « dieux » sont plus proches des démons qu’autre chose

- jeu dans un monde fantastique pré- apocalyptique, la fin du monde approche, les devins annoncent qu’il va être de plus en plus difficile de retarder ce moment...

- toujours dans une perspective pré- apocalyptique, le jeu se passe au 20e siècle ou bien début 21e siècle, les PJs sont informés de ce que le monde arrive bientôt à la destruction. Une secte de gens déterminés décide de « sauver le monde » par des carnages de grande ampleur... On pourra dans cette optique utiliser la date du 21 septembre 2012 qui est la fin d’un cycle de 5000 ans selon le calendrier maya.

Sources et ouvrages pour approfondir :

- Dossiers "Les Religions précombiennes, des sacrifices pour la bonne marche de l’univers" in Religions & Histoire n°7, mars avril 2006
- Jacques SOUSTELLE, Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole, coll. La vie quotidienne, Hachette, 1955, réedité 1995



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