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L’Arcanium

Légendes et Artefacts

jeudi 6 août 2009, par Elminster Aumar

Au dernier étage de la Tour, dans le capharnaüm coutumier de parchemins volants et de grimoires éparpillés sur les moindres surfaces disponibles, deux silhouettes penchées sur de vieux livres poussiéreux étaient entourées d’étincelles de magie dansant autour d’elles. Les deux resplendissantes jeunes filles aux traits purs et fins encadrés par de longs cheveux soyeux couleur de l’argent fondu peinaient sur d’antiques et puissantes formules refusant de se laisser apprendre. L’une des deux se leva et prononça haut et fort un juron bien connu de tous les enfants du monde.
"Il m’étonnerait fort que vous ayez pu apprendre une telle expression dans l’un de ces grimoires, jeune personne. Les mages de Néthéril avaient certes tout un répertoire pour maudire une magie récalcitrante, mais celle-ci semble un peu trop récente, non ?"

Le ton ironique du personnage apparu comme par magie, vêtu d’une longue robe rouge et une pipe faisant des bulles à la bouche, démentait ses propos faussement moralisateurs, tout comme l’étincelle de malice qui s’allumait au fond de ses yeux d’un bleu aveuglant. La seconde jeune fille, toujours assise, pouffa de rire, alors que celle qui venait de donner ainsi un exemple de ses connaissances argotiques sentit le rouge lui monter aux joues.
- " Allons Alustriel ! Ces sorts sont-ils donc assez difficiles pour rebuter de jeunes et talentueuses apprenties comme vous ? Voilà longtemps qu’ils devraient être appris. Mais ce serait sans doute plus évident si vous vous entraidiez au lieu de continuellement vous disputer ! Vos cris me sont parvenus d’ici trois plans d’écart !
- " Mais enfin Elminster ! Pourquoi devrions-nous travailler ensemble ?! Nous n’avons pas les mêmes caractères, il est impossible que nous nous entendions.
- " Ah, mon impossible Alustriel..." soupira le mage aux tempes grisonnantes. "Que sais-tu de la magie, et qu’es-tu prête à donner pour la maîtriser ?
- " Mais... tout !
- " Et toi Syluné ? Comment comptes-tu parvenir à maîtriser l’Art ?"
La jeune fille au regard calme et posé regarda le mage avec attention, et répondit d’un sourire :
- " Par un travail acharné, mais je suppose que ce n’est pas la réponse que tu attends, vieux mage !
- " Vieux mage ?!! Petite insolente." gronda-t-il en la menaçant du doigt. "Vieux mage alors que j’entame à peine mon second demi millénaire ! Je me trouve encore bien conservé pour mon âge ! Mais ne détourne pas la conversation comme cela. Il est temps que je vous fasse un petit cours."

Devant les soupirs et les grimaces de ses élèves, Elminster eut un sourire alors que sa pipe "bullait" de plus belle, projetant une colonne ininterrompue de bulles au plafond.
- "Pas la peine de faire ces grimaces mesdemoiselles. Quoi que vous puissiez en penser, ce que je dis est toujours intéressant. Mais cette fois-ci, vous couperez à la leçon, au profit d’une légende. Qu’en dites-vous ?"
Leurs mines réjouies parlant pour elles, Elminster prit ses dispositions pour commencer le récit, dégageant d’un claquement de doigts un fauteuil du néant, dissipant la poussière flottant dans la salle, et découvrant une fenêtre ronde d’un rideau décrépi depuis belle lurette, pour que la lune vienne éclairer la pièce de sa lumière d’argent.
Le mage s’assit confortablement, et entama son récit :
- " Dans le temps où l’Œil resurgit, répandant à nouveau son Ombre sur ce monde, ou peut être sur un autre...
- Qu’est ce que l’Œil ?" demanda Alustriel
- " Ah, ne commence pas à m’interrompre. Ecoutez en silence et instruisez-vous !
- Oui, mais comment peut-on s’instruire si l’on ne comprend pas la moitié de ce..." Devant le regard du mage, elle préféra ne pas continuer.

- " Bon, puisqu’on me laisse terminer, je reprends. Où en étais-je... ah, oui !
Quand l’Œil resurgit et répandit son Ombre, certaines volontés s’affermirent, des bras courageux prirent les armes, et l’on sortit les grimoires poussiéreux des bibliothèques antiques pour affronter la menace. Ainsi débuta la Guerre de l’Ombre. Les nations Elfes, humaines et naines, ainsi que de nombreuses petites gens qui pourtant n’étaient pas une race aussi répandue qu’aujourd’hui, cessèrent leurs conflits et formèrent une grande Alliance pour préserver la parcelle de lumière que l’Œil voulait assombrir dans leurs âmes. Cette guerre dura fort longtemps, de sièges en campagnes, de guérilla en batailles. Oui, de grandes batailles, qui ternirent la terre d’une épaisse couche de sang, dont se repaissaient les démons invoqués par l’Ombre pour vaincre. Car ce n’était que rarement la coalition des Races de Lumière qui vainquait. L’Alliance reculait inexorablement.

C’est à ce moment où le désespoir quittait le cœur des combattants que surgit l’Etre de Lumière. De son immense pouvoir naquit une Tour, qui chevauchait de nombreux plans, et s’ouvrait sur de nombreux espaces, et où seraient conservées toutes les connaissances magiques qui ont vu le jour. De fait, on l’appela la Tour des Arcanes.
Une fois ce travail accompli, Il observa plus attentivement le monde, et, ennemi acharné de l’Ombre, incarné pour la faire tomber, il mit son plan au point, et passa aussitôt à sa réalisation. Il fallait unifier la magie, et pour cela trouver ceux qui maîtriseraient les Arcanes, la plus haute forme de l’Art.
Il apparut dans de nombreuses batailles, et dans de nombreux endroits où on le vit moins, mais qui n’en étaient pas moins essentiels, défaisant l’Œil, et mettant assez de lumière dans le cœur des combattants de l’Alliance pour que, là où il n’était pas possible de vaincre, le front soit du moins stabilisé. Il put alors passer à la seconde partie de son plan.
Dans ce climat de calme précaire mais pas moins présent, chaque mage reçut un cristal. Au premier contact, une silhouette se matérialisait, et exposait les règles de la Compétition : ceux qui réuniraient sept cristaux, sans jamais tuer ou blesser seraient à ce moment guidés vers la Tour des Arcanes, et pourraient prétendre postuler à la création et à la domination exclusive de Sept Ecoles de Magie.

Alors que le Mal continuait d’avancer malgré les efforts de l’Alliance et de l’Etre de Lumière, les premiers mages commencèrent à arriver.
Un mage qui tenait en main l’heptacristal, fusion des sept cristaux obtenus de ses pairs, se sentait appelé, et se voyait guidé jusqu’à un lieu, différent pour chacun, où l’attendait une arche de lumière derrière laquelle se profilait un paysage flou. Aussitôt passé ce portail, le mage pénétrait dans le décor enchanteur du Jardin des Arcanes, où les essences les plus rares et les plus magiques se succédaient autour de lacs et de cascades, de plaines de fleurs et de rivières calmes. Les animaux disparus depuis des millénaires semblaient prendre vie derrière chaque buisson odoriférant, se mêlant aux créatures issues de plans multiples et variés, certaines magiques, et d’autres simplement belles.
Le Jardin s’étendait à l’infini, rien ne semblant troubler ses constants étalages de merveilles variées, mais il suffisait au mage de souhaiter arriver à la Tour pour que celle-ci lui apparaisse, immense aiguille de cristal sur une île eu centre d’un lac limpide, faite d’arcades et d’arabesques, construction hautement improbable mais pas moins réelle. La Tour s’élevait sans que le regard puisse en mesurer la hauteur, tant cette bâtisse s’élevait haut, laissant l’observateur dépourvu de repères. Elle semblait constituer un univers propre, avec, à bien y regarder, une base commune mais une multitude de tours, de places et de maisons placées à diverses hauteurs, avec ses passerelles, ses escaliers et ses parcs.
Alors, devant le mage médusé par tant de grâce, et de pouvoir, un jeune homme ou une jeune fille, difficile de faire la différence entre les visages androgynes à la beauté radieuse, vêtu d’une robe où scintillaient mille couleurs toujours changeantes, apparaissait et le guidait par un sentier de pierres larges posées à la surface de l’eau, vers l’immense Hall des Arcanes, déjà trop haut à lui seul pour que l’on en fasse simplement une approximation. Au milieu du Hall, le mage était accueilli par une silhouette gracieuse et majestueuse, semblant rayonner de pouvoir, et apparaissant à tous sous un visage différent, partageant les mêmes traits raciaux, l’âge ou le sexe que son interlocuteur, ou au contraire tout à fait différent mais imposant sous quelque forme que ce soit un respect sans limites.
Toujours il leur demandait la même chose :
- " Bienvenue à toi, Maître de l’Art. Es-tu prêt à risquer ta vie, à risquer ton âme, non pour la domination du pouvoir, mais pour le Pouvoir lui-même, pour servir les Arcanes et en subir les contraintes si tu es l’un des Elus ?"

Dans le Hall, 358 mages se présentèrent, apparemment sur une période de quelques semaines, mais sans qu’il ait semblé au premier avoir eu à patienter plus de quelques minutes. Sur ces 358 mages, 2 répondirent par la négative à la question de celui que les mages nommèrent, sans concertation mais d’un commun accord, le Suprême. Sans qu’il esquisse un mouvement, deux ovales de lumière bleue s’ouvrirent devant les mages refusant les règles, et le Suprême les invita à rentrer chez eux, non sans avoir récupéré les deux heptacristaux. Puis, assis sur un trône fait de pure magie, en haut d’une volée de marches qui n’étaient pas là quelques instants auparavant, il parla, chacun ayant l’impression que c’était à lui en particulier que le Suprême s’adressait. -" Vous voilà réunis, porteurs des cristaux qui seront vos clés vers la Porte de la Connaissance. Mais avant toute chose, sachez qu’il vous faudra respecter les règles, car tricher est une prérogative de l’Ombre et que la Lumière ne peut se permettre."
Parmi la foule, 13 heptacristaux s’élevèrent, et leurs propriétaires se retrouvèrent cernés par ceux-là même qu’ils avaient tués pour s’emparer de leurs cristaux, et furent consumés tandis que les heptacristaux tombaient en poudre scintillante traçant dans les airs des symboles chargés de puissance avant de disparaître. Après que la démonstration de puissance ait amené le silence, le Suprême reprit de sa voix douce et puissante comme une mélopée :
- " Vous êtes tous ici de votre plein gré, et avez accepté de vous soumettre aux règles dont j’ai parlé à chacun lors de son arrivée. Désormais, vous ne pourrez plus renoncer, car la Compétition des 7 Arcanes a commencé. Parmi vous, sept seulement dirigeront une Ecole, maîtriseront une Arcane. Les Epreuves pour vous départager seront sans pitié. Dès demain débutera la première. Vous devrez affronter le Premier Cercle, où vous serez tous face à face. Seuls en sortiront les morts, ceux renonçant volontairement et sans contrainte à leurs cristaux, et ceux qui rassembleront sept de ces cristaux. Seuls ces derniers pourront prétendre pénétrer le second Cercle.

Les mages furent conduits dans leurs appartements par les mêmes mystérieux serviteurs que ceux les ayant accueillis. Ils découvrirent médusés des suites royales où ils purent se détendre et reprendre des forces en se baignant et se restaurant, et mémoriser leurs sorts dans les bibliothèques privées aux murs couverts de runes pour accroître la concentration. Le lendemain, de copieux repas leur furent servis, tandis que les serviteurs les prévenaient qu’ils étaient libre de se promener dans ou hors de la Tour. Néanmoins, seul le Hall leur était accessible,et ceux qui tentèrent d’adresser la parole à leurs confrères se retrouvèrent pris dans une bulle de silence alors que des serviteurs immunisés aux effets du sorts les prévenaient qu’ils ne pouvaient communiquer tant que l’Epreuve n’avait pas commencé.
Enfin, ils furent prévenus que tous étaient convoqués à l’Aube du troisième jour, pour que commence l’Epreuve. Ce matin-là, dans le Hall encore baigné des ombres de la nuit et seulement éclairé par quelques globes de lumière au dessus de l’assemblée, le Suprême, revêtu d’une ample robe d’argent entrelacé de runes rouges, et brodée de runes vertes aux ourlets noirs, s’adressa pour la troisième fois aux 343 mages encore présents :
- " Vous allez pénétrer dans le Premier Cercle, et y resterez tant que 49 d’entre vous n’auront pas triomphé. Aucune aide extérieure ne sera accordée, car le plan est isolé de tous les autres."

Le monde sembla se dissoudre, et les mages se retrouvèrent dans un monde qui n’était plus la Tour, pas plus que le leur, mais un mélange enchanteur des deux.
Il fallait s’emparer de sept cristaux pour gagner. Pour se les approprier, certains s’allièrent et formèrent des groupes, d’autres, conscients qu’ils ne pourraient triompher, faisaient don de leur cristal à leurs amis, disparaissant aussitôt du Cercle. Enfin certains livrèrent combat pour obtenir les cristaux, et cela donna lieu à des batailles magiques d’ampleur rarement égalées où de nombreux mages trouvèrent la mort.
Après six longs jours, le 49ème et dernier vainqueur franchit l’Arche de lumière qui le reconduisit dans le Hall.
Tous étaient épuisés, mais leurs blessures avaient disparu. Le Suprême attendait les vainqueurs sur son trône. Sans que l’on puise lire aucune expression sur son visage, il annonça que les 49 mages pénétreraient le Second Cercle dès que tous seraient remis.
- " Cette épreuve est au-delà de toute difficulté, et de tout danger que vous ayez jamais pu rencontrer. Vous parmi les plus puissants, il vous faudra choisir, et choisir bien, car une fois le pied sur le chemin, seule la mort ou la victoire pourront vous en faire sortir. De fait, les vainqueurs seront les vivants qui passeront l’Arche Elémentaire de leur Voie."
Après deux jours de convalescence, tous les mages étant remis, ils furent convoqués dans le Hall pour la Deuxième Epreuve et transportés dans le Second Cercle.

Ils étaient réunis dans une clairière, au centre d’un cromlech formé de sept dolmens. Chaque mage dut y choisir sa Voie, matérialisée par un dolmen portant les runes des Eléments. Certains prirent le Feu, d’autres l’Air, certains le Terre, qui l’Eau et qui la Mort, et d’autres encore choisirent le Temps. Mais certains ne purent choisir une voie et passèrent par le dolmen dont personne n’avait su déchiffrer la rune et affrontèrent tous les éléments, et la magie elle-même.
Tous durent faire montre, par les connaissances magiques, l’intelligence et la ruse, la résistance et le courage, de leurs capacités, alors qu’ils affrontaient l’élément choisi autant physiquement que mentalement, luttant contre des créatures terribles associées à leur Voie, et contre leurs peurs qui n’étaient pas moins redoutables. Des mages y laissèrent la vie, d’autres la raison (et en conséquence ils ne tardaient pas à perdre la première), mais certains parvinrent au bout de leur Voie, et franchirent les Portails de Bois, de Vent, de Feu, d’Eau, de Crânes et de Sable.
Et celui de Lumière. Mais le Suprême les attendait avec le regard sombre. Il se dressa et parla :
- " Quatorze vous auriez dû sortir, mais treize seulement vous êtes. Mesurez la puissance de l’Ombre, qui a su parvenir jusqu’ici pour fausser les Epreuves. Mais les règles doivent êtres respectées, et je veillerai à ce qu’elles le soient."
Entre-temps, il s’était levé et se tenait vers le seul mage ayant survécu à toutes les épreuves.
- " Toi qui n’a pas choisi ta Voie, tu devras affronter seul le Troisième Cercle. Si tu échoues, c’est le Bien qui échoue. Que ce poids qui pèse sur tes épaules soit également l’énergie qui te permettra de triompher.
- Mais pourquoi six Ecoles sont-elles définies, alors qu’il doit y en avoir sept ?
- La Septième Arcane existe et t’attend. Mais elle sera aussi ce que tu en feras."

D’une main posée sur chaque poitrine, le Suprême fit disparaître les plaies et la fatigue. Puis, d’un geste de la main, le trône disparut, et les marches s’enroulèrent sur elles-mêmes, créant un escalier descendant autour d’un puits central aussi profond que ténébreux. Sans dire quoi que ce soit, le Suprême s’y engagea. Après un moment d’hésitation, le jeune mage sans Voie s’engagea à sa suite, et les douze autres mages,enhardis, les suivirent dans les ténèbres.
Sitôt que le dernier eut posé le pied sur les marches, des runes scintillantes apparurent sur les murs, progressant à la même vitesse que les mages, racontant dans un langue perdue l’histoire de ces lieux, et de la magie toute puissante,alors que chacun pouvait entendre en lui un appel puissant et profond. Toujours descendant derrière les silhouettes de ses confrères, l’un d’eux osa demander comment ils réussiraient cette épreuve sans disposer d’aucun sort, puisqu’ils les avaient quasiment tous dépensés dans le Second Cercle.
- " Les sorts ne sont que des intermédiaires dont il faudra apprendre à vous passer. Qu’importe que le puits se tarisse quand on peut s’abreuver à la source."

Ils eurent tous l’impression de marcher des heures, et se retrouvèrent devant deux hautes portes faites d’un métal noir et terne qui semblait avaler toute lumière et toute magie, car autour de lui, les runes murales n’apparaissaient plus.
- " Ne touchez ces portes sous aucun prétexte. Elles ont absorbé jusqu’à l’essence des divinités qui s’y sont frottées. Reculez-vous, et ne dites plus rien, quoi qu’il arrive." ordonna le Suprême.
Le Suprême prononça deux phrases dans une langue aussi ancienne qu’inconnue. Alors les portes commencèrent à luire, et à se déformer comme si un gigantesque monstre habitant à l’intérieur cherchait à percer les parois de sa prison. Une tête de Dragon déforma la porte, et la bête se matérialisa peu à peu, s’extrayant des parois. C’était le plus gigantesque DragOmbre qui devait exister, un être de pure magie et négativité.
Mesurant plus de deux cent mètres de haut, il emplissait une bonne partie du puits central alors que les mages retirés à l’opposés regardaient le Suprême faire face sans trembler, ni même esquisser le moindre mouvement de recul devant la bête, qui, au cinquantième de sa taille, pouvait déjà détruire un monde sans effort. Changeant constamment de forme, le DragOmbre prenait l’apparence d’une Tanar’ri de vingt mètre de haut, puis d’un humain albinos au orbites vides de plus de cinq mètres, se réduisant au fur et à mesure de ses transformations, comme si le Suprême lui imposait de se mettre à sa portée. Une voix terrible éclata dans la tête des 13 mages, une voix qui griffait profondément leur conscience pour en faire rejaillir les peurs les plus noires :
- " Qui êtes vous petites choses ?"

Le Suprême leva la main, et l’intrusion mentale cessa.
- " JE suis l’illusion et la réalité, le Maître des Arcanes révélées. La Rune et le Parchemin. Ecarte-toi du mien."
La silhouette du monstre vacilla, et les deux battants de la porte s’ouvrirent sans un bruit ni un souffle d’air. Sans vaoir bougé, tous se retrouvèrent dans une salle aux dimensions si possibles encore plus démesurées que tout ce qu’il avaient vu dans la Tour, sans mur et sans plafond. Devant eux brillait un cristal, une merveille sans pareille aux couleurs changeantes et infinies, dont les robes des serviteurs de la Tour n’étaient qu’un pâle reflet. Les mages sentirent des étincelles crépiter autour d’eux, et la réalité se tordre sous la poussées des courants magiques issus du joyau. Ils sentaient leurs propres cristaux palpiter à l’unisson de celui qui se dressait devant eux. Irrésistiblement attirés, ils s’avancèrent, et se retrouvèrent à la source de toute magie, à la naissance du pouvoir qui alimentait le Multimonde depuis une éternité et pour une éternité. Mais tant de pouvoir les consumait, dans un maelström de douleur et de puissance. Ils remarquèrent alors, au centre de ce Vortex, un point plus lumineux encore que tout le reste, et dégageant une aura de puissance si supérieure qu’elle manqua de dissoudre leurs esprits alors qu’ils essayaient seulement de mieux la voir. Une voix lointaine surgit dans leurs esprits enfiévrés par la magie ambiante :
"Deux pour une Voie, car un seul ne suffit pas."

Chaque Voie comptait deux Elus, excepté la 7ème, et dans chaque paire, pour atteindre la lointaine lumière, leur dernière chance de sortir du maelström, celui ayant le moins de chance de supporter l’accumulation magique déversa son pouvoir dans l’autre, pour le fortifier. Ainsi, sur les 13 mages, 6 restèrent en retrait, formant le premier cercle, dans lequel les 6 autres mages puisèrent l’énergie nécessaire pour se rapprocher de l’Etoile de Puissance.
Il formèrent le Deuxième Cercle, dans lequel puisa à son tour le 13ème mage, qui, porté par la puissance des autres, se lança à l’assaut du lointain objectif. Oscillant entre les marées magiques à l’échelle d’un monde et les courants le détournant de son but, malgré la douleur et la tension, sa volonté ne faiblit à aucun moment. Mais alors qu’il atteignait l’Etoile, une ombre se glissa subrepticement vers lui, et tenta de se projeter dans son esprit. Mais la douleur était encore plus insupportable pour l’Ombre que pour lui, et il la laissa se désagréger en poursuivant son chemin. L’esprit tendu par une puissance magique capable de créer un monde, il atteignit enfin la Source de toute magie.
Et tout se révéla à lui. Chaque cristal était un fragment du Cristal Source aperçut sous la Tour, qui avait copié tous les sorts et connaissances de chacun de ses possesseurs et avait concentré son énergie propre. Tout les mages avaient reçu un cristal, tout le Savoir se trouvait donc en eux. Et à travers lui, les 13 cristaux, résultat de la fusion de tous les autres, déversèrent leur contenu dans la Source. Source de tout Savoir et de toute Puissance.
Cette révélation ouvrit plus encore son esprit à la magie, et il mit une étincelle de ce Pouvoir à l’état brut dans chacun des 6 mages qui le soutenait, et à moindre échelle dans les 6 mages à la base de la pyramide. Et lui vers qui leur énergie convergeait reçut tous leurs pouvoirs, et une partie de la Source en lui.

Quand ils rouvrirent les yeux, ils se trouvaient dans un Hall des Arcanes difficilement reconnaissable, car ils voyaient le monde chargé d’auras précisant la nature de la magie contenue dans chaque objet ou être, son étendue et sa source. Aveuglés par les nombreux enchantements de cette pièce, ils baissèrent les yeux. Et lorsqu’ils se tournèrent vers le trône du Suprême, son aura si puissante les obligea à les fermer.
- " Vous avez réussi. Non pas en luttant, mais en vous entraidant, car il en va ainsi de la magie. Eclatée dans chaque être, elle est insignifiante. Unifiée par le Savoir et le Pouvoir, elle est toute puissante. Individuellement, nous ne sommes que des éclats de magie. Réunis, nous sommes la magie."
Onze sièges apparurent en hémicycle au bas du trône. Les Sept Archimages prirent place sur leurs trônes respectifs, sentant les forces vives de leurs éléments respectifs se déverser en eux, et prirent conscience de leurs domaines d’action sur le monde.
Seul le 13ème Archimage resta debout, jusqu’à ce que le Suprême tourne son regard vers lui :
- " Tu as trouvé ta Voie. - Oui, Maître. Je suis le Gardien de la Magie, le Métamage. - Qu’il en soit ainsi. Prend place parmi tes frères. Voici le 8ème Archimage."
Un homme à la barbe blanche, dans une robe d’un blanc éclatant ceinturée de vert s’avança, surgit de nulle part, alors qu’un entêtant parfum de forêt sauvage se dégageait dans le Hall.
- " Voilà l’Archidruide, Archimage de la Nature. Pourvoyons au 9ème siège. J’appelle celui qui parmi vous renoncera à son nom, à toutes ses fonctions, pour veiller à mes côtés sur la magie."
L’Archimage du Temps se leva, et sa robe couleur grise s’effaça, et se teinta du violet le plus pur.
- " Que ton nom soit effacé, car aujourd’hui et maintenant, tu deviens le Kendom. Que celui qui t’a aidé dans le Troisième Cercle prenne ta place. Passons au 10ème siège. Il restera vide et inoccupé, jusqu’à ce que le Métamage ait trouvé un successeur. Alors le Maître de la Magie prendra ce siège, pour devenir le Na-Suprême, mon bras et ma volonté sur le monde. Quant au dernier siège, il sera occupée par la Maîtresse des Connaissances Magiques. Je vous présente Arcania, la Conscience de la Tour des Arcanes, qui veille sur le Savoir depuis une éternité, et jusqu’à ce que la magie se tarisse."
Une jeune femme à la beauté sans pareille se matérialisa, et prit place dans le dernier siège.
" Archimage de la Terre, Archimage de l’Air, Archimage du Feu, Archimage de l’Eau, Du Temps, de la Mort et de la Magie, Archidruide, Kendom, Na-Suprême et Arcania, nous formons l’Unité Magique, et à ce titre, ce Conseil se nommera l’Arcanium. Notre volonté est celle de la Magie, et l’on nous obéira. Les mages parvenus au Troisième Cercle seront les Maîtres des six Ordres de Magie, et le Métamage du septième. Que les mages ayant échoué au Second Cercle deviennent les représentants de l’Ordre de leur choix, pour chaque région du monde, car la magie est universelle. Quant aux mages ayant échoué au Premier Cercle, qu’ils choisissent ou non de devenir les relais des Ordres dans leurs cités et leurs campagnes. L’Arcanium est formé. Qu’il en soit ainsi."

Elminster se tut un moment, puis reprit :
- " Le Suprême resta le même à travers les temps, restant une énigme pour les Archimages de cette Voie eux-mêmes. Certains disent qu’il est demi-dieu, issu de la Divinité de la Magie, voire la Conscience Magique du Multimonde. On dit aussi que les premiers Archimages ne sont pas morts, mais passés au rang de divinités mineures de la magie.
Qu’en est-il, et que serait devenu le Na-Suprême ? En tout cas, ils se retirèrent en ayant choisi leurs propres successeurs. On dit qu’ils ne meurent pas avant que celui digne de prendre le relais ne soit né et en âge d’être formé.
Beaucoup de ces "on-dit" sont des légendes, mais ce qui reste sûr, c’est que l’Arcanium a amené la Paix en détruisant l’Œil, et en faisant prospérer la magie sur de nombreux mondes. Mais cela est une autre histoire... "

Le silence régna quelques instants, avant que Syluné ne le rompe :
- " Ça c’est de la leçon vieux mage !
- Humph ! content de voir que tu ne t’es pas endormie petite peste !
- Cette légende est merveilleuse. Mais je suppose que cela signifie que nous devons toujours travailler ensemble elle et moi !" enchaîna Alustriel, un éclair de malice au fond des yeux.
- " C’est en effet l’un des points de ma conclusion. Mais essayez également de réfléchir aux sacrifices que vous serez prêtes à consentir pour vous élever aussi haut dans la maîtrise de l’Art. Car Mystra compte sur vous, et dès demain vous porterez une bonne partie du monde sur vos frêles et gracieuses épaules. Sur ce, je vous laisse. Ce n’est pas que je me lasse de votre compagnie, mais tout le monde sait bien que le monde ne peut pas se passer de moi !"

Arrivé dans son refuge interdimensionnel, La mage se voûta et une ombre passa sur son visage. Soudain, dans les brumes qui constituaient les seuls murs de cette dimension, une silhouette se détacha, et se rapprocha du mage. Il s’agissait d’une splendide et plantureuse femme, drapée seulement de sa beauté et d’éclairs multicolores qui glissaient sur sa peau. Elminster, lui tournant le dos, déclara en faisant apparaître deux verres dans ses mains :
- " Je ne sais pas si j’ai bien fait, ma Déesse."
Une voix douce s’éleva, légèrement moqueuse.
- " Bien fait de leur apprendre ce que tu sais, pour qu’elles me servent le mieux possible ?"
- " Non, je sais aussi bien que toi que rien n’aurait pu les détourner de la magie. Bien fait de leur faire prendre conscience d’un destin qui n’attend que trop d’elles, et que leurs choix pourront modifier comme un caillou lancé dans le fleuve les détourne de son cours.
- Tu oublies, mage, que mes Elus naissent sans que Tymora ou Beshaba lancent la pièce de la destinée. Non, tu te trompes pour une fois. Leur destin n’est pas tracé, pas plus que le tien. Je sais que tu as vu la mort planer près de tes deux apprenties, mais je te garantis qu’elles me aussi précieuses qu’à toi. Mais je ne suis pas venue pour ça, mon ami."
Les vêtements d’Elminster disparurent, et les brumes se refermèrent sur le couple enlacé, laissant naître dans son sillage ses propres légendes...

Visions futures du Multivers, Tome III : les Elus de Mystra
Saharel de Magegarde.



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