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Conan le barbare, le mythe

jeudi 19 septembre 2002, par Ubblak

Sa silhouette hante l’inconscient de tous les amateurs
d’heroic-fantasy depuis les années 30. Son spectre passe dans
tous les couloirs des donjons de Jeux de Rôle, il est présent
inconsciemment chaque fois que l’on crée un personnage de
guerrier ou d’aventurier, son rire résonne à nos oreilles à
chaque beuverie dans une auberge, à chaque belle femme
rencontrée, à chaque sorcier dessoudé.

Sa silhouette hante l’inconscient de tous les amateurs
d’heroic-fantasy depuis les années 30. Son spectre passe dans
tous les couloirs des donjons de Jeux de Rôle, il est présent
inconsciemment chaque fois que l’on crée un personnage de
guerrier ou d’aventurier, son rire résonne à nos oreilles à
chaque beuverie dans une auberge, à chaque belle femme
rencontrée, à chaque sorcier dessoudé.

Conan a marqué l’inconscient collectif de générations d’auteurs
et de lecteurs du genre. Il est une référence, quoique je pense
que notre bon barbare n’aura jamais ses lettres d’académicien ;
mais c’est là le lot de toute une littérature : SF, fantasy,
fantastique, jamais ces genres ne seront reconnus pour ce qu’ils
sont : des courants littéraires majeurs du 20eme siècle.

Le personnage de Conan, malgré son charisme et sa présence
écrasants, est assez méconnu et mal compris. Pour beaucoup, il
reste le prototype du barbare sans cervelle, brutal et viveur.
Il est bien plus que cela, malgré les apparences trompeuses.
Heureusement Ubblak est là !

Genèse d’un mythe

Conan, les romans

En 1936, Robert Erwin Howard se suicidait d’une balle de fusil
de chasse dans la tête, mettant fin à une des carrières
littéraires les plus fulgurantes de l’histoire. Il écrivait
depuis l’âge de 15 ans, et son rythme de production était
effréné. Il avait 30 ans. Il passa toute sa vie à Cross Plains,
Texas, petite ville située entre Abilène et Brownwood. A sa mort
il laissa derrière lui un héritage fabuleux de centaines de
récits et de romans pleins de bruits et de fureur, d’une
puissance et d’une efficacité qui n’appartenaient qu’à lui. Son
personnage le plus marquant fut Conan le Barbare bien sûr, mais
ses écrits ne se limitaient pas aux seules aventures de Conan.
Il y eut Kull le roi Barbare, Bran Mac Morn, Solomon Kane (le
premier personnage dârk & corrupt), et tant d’autres... C’était
un ami et correspondant de Lovecraft, et ils se sont
mutuellement inspirés plusieurs de leurs récits. Passionné
d’histoire et d’ethnologie, ses récits ont souvent un cadre
historique ou pseudo-historique, et même si ils reflètent
souvent les préjugés de l’époque (avec ses errements et ses
erreurs), leur force dramatique demeure intacte jusqu’à notre ère.

Les premières histoires de Conan parurent dans le maintenant
mythique Weird Tales (où écrivait aussi le dénommé Lovecraft).
Ces premiers récits sont de purs bijoux, et sont toujours édités
d’ailleurs.

A la mort d’Howard, ses amis Lin Carter et Sprague de Camp
reprennent son personnage, avec beaucoup moins de bonheur et
moins encore de talent, jusque dans les années 50. Le filon ne
s’épuisera que dans les années 70.

Par Buscema
Il piétine de sa sandale les trônes somptueux des rois...

Conan, les BDs

A cette époque, Marvel Comics reprend Conan en bande dessinée
avec un succès grandissant, mais n’exploite pas toute la
dimension du personnage, se contentant du cliché du barbare
sanguinaire.

C’est avec l’arrivée de John Buscema dans l’équipe de Marvel
chargée des aventures de Conan, que la série (en 74) va
véritablement décoller. Buscema est un dessinateur de talent et
le scénariste Roy Thomas va faire en sa compagnie de véritables
merveilles. Le Conan de Buscema est le plus fantastique jamais
dessiné, son style graphique retranscrit à merveille l’âge
hyborien. Encore actuellement (et bien que vous l’ignoriez sans
doute), quand on pense à Conan, c’est le visage que lui a donné
Buscema qui vient à l’esprit. Les scénarii de la BD furent plus
proches des histoires originales d’Howard (qui avaient été
délaissées lors des premières reprises BD) et le public aima !

Un autre illustrateur contribua au succès de Conan : il s’agit
de Frank Frazetta. Vous ne pouvez pas ne pas le connaître. C’est
d’ailleurs lui qui a inspiré Buscema, en dessinant les
couvertures des romans de Conan. Vous ne voyez pas ? Compulsez
vos exemplaires de BloodLust. Les couvertures sont de Frazetta
(et Croc oublie au passage de préciser que c’est Conan qui y est
représenté la plupart du temps -le deathdealer, c’est lui) ! Si
vos parents disposent de vieux vinyles de Molly Hatchett, les
jaquettes sont aussi de Frazetta...

Conan Schwarzenegger

En 1982 sortit un film appelé Conan the Barbarian, avec dans
le rôle-titre notre bon Arnold. Je ne m’étendrai pas sur la
qualité artistique de ce film (ce genre de choses ne se discute
pas -vous avez deviné, je n’ai pas aimé), qui campe de notre bon
barbare une image conforme à tous les clichés : violent, musclé
et sans cervelle ni éducation. On peut dire que Conan le film
aura eu des bons côtés s’il a incité des gens à lire les romans
ou les BD...

Et voilà comment Conan a traversé la nuit des temps pour
parvenir jusqu’à nous...

Il piétine de sa sandale les trônes somptueux des rois...

Two Guns Bob

Il existe dans l’oeuvre d’Howard un personnage qui ressemble
beaucoup à Conan : le Roi Kull.

Physiquement, c’est son frère jumeau. A l’instar de Conan c’est
un guerrier puissant et redoutable, et qui plus est un barbare.
Mais là où Conan est viveur, amateur de bon vin et de jolies
filles, Kull est sombre, méditatif, peu enclin à la joie de
vivre et ne s’intéresse pas du tout au joli sexe (non plus qu’à
l’autre d’ailleurs).

Mais alors pourquoi tant de ressemblance ? En fait Kull est bien
Conan... quelques années avant, et quelques années après.
Quelques années avant, parce que Kull est antérieur dans l’oeuvre
d’Howard (et antérieur de quelques 10.000 ans dans la
chronologie Howardienne). Quelques années après, parce que là où
Conan n’est qu’un aventurier, Kull est déjà roi (n’oublions pas
que Conan est destiné à régner sur l’Aquilonie).

Vous voulez l’explication du mystère ? Je vous préviens, ça va
être long, compliqué... mais passionnant !

Comment vous imaginez vous Robert E. Howard ? Si on se réfère à
son ami Lovecraft, on s’imagine un homme malingre, frustré et
timide. Conan serait alors une version fantasmée de tout ce
qu’il n’est pas, une sorte d’exutoire à sa frustration. Ce qui
est faux, du moins en partie. REH a de Conan le physique
musculeux et la jovialité, mais là où Conan est extraverti,
Howard au contraire est secret et renfermé.

Howard n’a pas toujours eu un physique de malabar, il était
avant cela un adolescent chétif et tourmenté. C’est à cette
époque qu’il crée Kull, fantasme adolescent (qui ne laisse pas
d’être génial, ne vous trompez pas) ! En vieillissant, Howard se
prit en main et se bâtit un physique en mesure de ses rêves
(c’est un grand sportif). Quand il écrivit Conan, il était
adulte, et Conan n’est pas du tout un fantasme d’ado, c’est ’Two
Guns Bob’ Howard en personne ! ! cependant il garda de son
adolescence une fragilité funeste...

La civilisation et la Barbarie

La quasi-totalité de l’oeuvre d’Howard est bâtie sur un
antagonisme qui le fascinait : l’affrontement des peuples
civilisés et des peuples barbares. Le cycle de Kull était un
premier essai sur le thème, où on voit un barbare monter sur le
trône et se démener avec une civilisation fascinante et
décadente. Plus tard, REH écrivit sur les Pictes à l’époque de
la conquête romaine, Genghis Khan et Timour (il reprit
d’ailleurs la trame de ces récits dans plusieurs Conan).

Selon lui, la barbarie réussira toujours à triompher de la
civilisation, jusqu’au moment où les peuples barbares se
civilisent à leur tour pour être eux même balayés par une
nouvelle génération de barbares. Mais pourquoi ce cycle
éternel ? La civilisation, pour REH est toujours synonyme de
décadence. Au fur et à mesure qu’un peuple se civilise, il
devient de moins en moins réactif aux menaces extérieures. Les
barbares au contraire, venus de contrées sauvages et
inhospitalières, sont plus endurcis, plus pragmatiques et moins
engoncés dans leurs traditions, et il est logique qu’ils
triomphent et conquièrent des civilisations plus avancées (ce
n’est pas forcément vrai dans la réalité d’ailleurs, mais on va
en parler plus loin). Le barbare symbolise alors le sang neuf,
l’avenir d’une humanité sinon condamnée à se scléroser.

Conan le barbare

Conan est le barbare Howardien par excellence. Il est un homme à
l’état brut : sauvage, instinctif, pragmatique. Loin d’être un
idiot, il parle plusieurs langues (il sert comme mercenaire dans
plusieurs pays très éloignés les uns des autres), a un sens de
la débrouille hors du commun, sait mener des hommes et gagner
une bataille. Son sens de l’honneur est très développé et il ne
renie jamais sa parole.

D’un autre côté, il n’aime pas la civilisation (même si il
reconnaît la supériorité de la pensée civilisée) : il ne porte
jamais les armures de plaques qu’affectionnent les chevaliers en
bataille (bien moins pratique que la cotte de mailles), se méfie
de la sorcellerie (qui est l’art civilisé par excellence dans le
monde de REH) et méprise le luxe. La diplomatie et les intrigues
sont des mots vains et lâches pour lui.

Dans toute ses aventures, c’est sa barbarie qui lui permet de
survivre, alors que ses compagnons ou antagonistes non-barbares
ne peuvent faire face efficacement. Comme dit Conan, ’Crom donne
à chaque homme à sa naissance la rage de survivre. C’est un
cadeau bien suffisant, pour moi du moins, et je ne lui demande
pas plus’. C’est là toute la philosophie de Conan...

Les sorciers

Souvent les ennemis de Conan sont des sorciers. Parce que le
sorcier est le prototype du méchant par excellence ? Non, pas
forcément... Les sorciers de Conan ne sont pas tous mauvais,
contrairement à la vision qu’ont voulu en donner Sprague de Camp
et Lin Carter, qui préféraient faire de la saga de Conan un
bidule manichéen que de rester dans l’esprit de REH. Même quand
ils se retrouvent en adversaires du héros, les sorciers ne sont
pas foncièrement mauvais : ce sont les scientifiques de leur
époque : érudits et physiquement faibles, leur art est abscons
et fermé (et totalement incompréhensible pour le cimmérien
moyen). En fait les sorciers représentent l’homme civilisé par
excellence, et c’est pour cela qu’on les voit souvent confrontés
à Conan, barbare typique... et dont Conan triomphe !

Et alors ?

Ah, vous êtes parvenu jusqu’à ce point du texte, et vous vous
demandez où je veux en venir... certes, j’ai démoli l’image
réductrice que vous aviez des barbares, mais vous sentez que je
n’ai pas tout dit... Et vous avez raison.

La vision de Howard est en grande partie inspirée des théories
de Darwin sur l’évolution, et on le sent fasciné par des
théories comme l’émergence des peuples, la dérive des
continents, le choc des civilisations. REH vivait dans les
années 1920-1930. Et qu’est ce qui a marqué ces années là ? La
crise, pour commencer, qui marquait dans l’esprit d’Howard le
glas de la civilisation européenne (on a du mal à se rendre
compte rétrospectivement de l’ampleur de cette fameuse crise),
et l’émergence des théories fascistes, qui s’appuyaient en
partie sur la théorie de Darwin (la race la plus forte survit).
Son oeuvre s’en inspire largement. Conan est pour Howard un
représentant de la race celte (Conan est d’ailleurs un nom
celte), race forte de l’époque hyborienne (l’ère imaginaire où
est censé avoir vécu Conan) puisque ce sont des barbares. Et les
peuples civilisés sont plutôt basanés : Stygiens-égyptiens,
shémites-sémites, zamoriens-arabes ... Vous trouvez cela tiré
par les cheveux ? Procurez vous donc le recueil ’Le Pacte Noir’
de Robert Erwin Howard (paru il y a 30 ans aux éditions ’Fleuve
Noir’). Vous y lirez des nouvelles dont les héros... sont des
aryens (pris au sens de l’époque), barbares ultimes dans
l’esprit d’Howard.

A la décharge de l’auteur : il est mort 3 ans avant la guerre et
n’a jamais compris à quel point les fascistes étaient des
barbares. Il avait finalement raison : l’Europe a bien failli
s’écrouler sous les coups de la barbarie nazie ! Mais il avait
tort : la barbarie n’est pas l’avenir de l’homme...

Alors ? Eh bien je viens de vous détruire en direct le mythe de
Conan !

Il est pas fort Ubblak le casseur de mythe ?

P.-S.

Pour les fans de Conan en romans ou en BD, il y a UN
site à visiter : http://conanlebarbare.free.fr/ , fantastique !
Conan the Barbarian est un film de J. Millus, co-produit par
O. Stone.
Les oeuvres complètes d’Howard sont parues dans les années ’70
aux éditions /Fleuve Noir/. Avec un bon bouquiniste, vous
devriez remettre la main sur des exemplaires de ’Kull le Roi
Barbare’ et du ’Pacte Noir’.
Les aventures de Conan n’ont jamais cessé de paraître en livre.
Cherchez bien !
Conan en BD ne parait plus. Il était édité par Marvel comics.
Les illustrations qui émaillent cet article sont de Frank
Buscema et Frazetta. Tous droits réservés.



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