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 Fiction

Histoire de Lorialets

mercredi 30 novembre 2005, par Matthieu Douret

Abélard 1er avait convoqué tous les mages, prophètes et magiciens du pays. Rien n’y avait fait. Chacun pouvait constater qu’il y avait quelque chose de pourri dans son royaume- pour plagier une citation danoise. Il se rendit dans la plus haute tour du pays, en compagnie de son page Bayon-Rayon dont les traits restaient creusés par le conseil des ministres qui avait eu lieu la nuit même.

- Assieds-toi, Bayon-Rayon. Fais-moi s’il te plaît, un peu la lecture.

Bayon-Rayon eut pour son roi un demi-sourire plein d’humilité :

- Je ne sais pas lire, Votre Altesse

- Eh bien... jongle un peu... je ne sais.

- Mes balles sont crevées, Sire. Et je n’ai rien dans mes membres ankylosés qui puisse...

- Bien, Bayon-Rayon.

- Peut-être voulez-vous que je vous conte une histoire ?..

- Une histoire... Voyons...

- Une histoire dont le titre serait : Histoire du lorialet et du lutin Mourioche.

Bayon-Rayon se gratta la tête et, hésitant, eut quelques mots que le Roi écouta, bienveillant :

Loïc Hébert

" Il existe, majesté, des royaumes si éloignés que votre Seigneurie ne pourra jamais en apercevoir les rivages. L’un d’eux, que nous nommerons Aquila, dressait ses larges arbres dont les branches chaque soir venaient épouser les ramures des étoiles. Durant ces nuits de pure féerie, alors que le soleil achevait sa douloureuse agonie, le petit peuple de la lune profitait du sommeil des Aquiléens afin de présenter aux habitants nocturnes des forêts un ballet d’irridescent chromatisme, d’éclats à la surnaturelle brillance, de rires, de fêtes, de joie, de vie... Là, si votre Majesté avait été présente, elle aurait pu les voir descendre le long de l’entrelacs labyrinthique du feuillage, se glisser dans les ombres entre les racines des seigneurs de la forêt et érigeait le cadre de leur fête, au cœur d’une petite clairière, profitant de la bienveillance d’un large dolmen assoupi.

Ô Sire, les voyez-vous s’ébattre là, les voyez-vous folâtrer le long des verts tapis ? Contemplez donc leur spectacle comme tous ces lapereaux et noctambules faons qui ne peuvent que s’ébahir devant la grâce de leur ballet. En fait, tout un chacun ne peut que s’émerveiller, mourant de l’envie de pénétrer dans la danse et redoutant par la-même de briser sa magie.Ainsi est l’un des lutins, un jeune lorialet au lunescent regard, les yeux perdus dans les étoiles et l’infinité du cosmos. Il patiente, le visage entre les mains, que le spectacle de ses congénères se terminent enfin et s’attriste d’une larme que pareille joie ne pourra se reproduire qu’à la prochaine pleine lune. Oui, Majesté, laissez-moi vous dire qu’en Aquila, l’astre des nuits n’ose affirmer la pleine puissance de ses rondeurs qu’une fois par année et ne se permet pas de dévoiler sa grâce outre mesure le reste du temps. Cependant, ce soir, elle irradiait l’assemblée de ses bienveillants rayons, sachant qu’il fallait profiter de cette éphémère nuit et le lorialet, quant à lui, regrettait qu’il n’en soit ainsi plus souvent... "

Le conseiller toussota de nouveau et s’interrompit. Le roi, d’un hochement de tête lui intima l’ordre de poursuivre.

" En Aquila, Votre altesse, vit également le plus abjecte des fadets, un sieur Pixie de mauvaise vie répondant au curieux nom de Mourioche. Oh, si vous saviez Messire comme bien vous échoit de ne pas le connaître car aucun mauvais tour n’est chose impossible pour lui, il hante les forêts, brûle les récoltes, inonde les champs, fait tourner le lait, apeure les braves gens et encore mille et un méchants tours, mille et un méchants tours, mille et un méchant tours...Là, ayant troqué son tricorne contre un bonnet de fier korrig, il arpente les bois et n’a aucun mal à trouver la festoyante clairière. Il s’approche d’un bond, se mêle au feuillage et découvre le petit lorialet ne sachant profiter de ce temps si futile :

- Alors mon jeune ami, lui souffle-t-il à l’oreille, pourquoi ne profitez-vous pas de cette belle soirée si charmante et enjouée ?

- C’est que, bredouilla l’autre, c’est que je n’arrive plus à danser lorsque je pense que tout cela est aussi court.

- Ah oui !.. Si au moins la lune pouvait demeurer aussi belle et chaque soir vous offrir suffisamment de chaleur pour agrémenter vos ballets. Mais dis moi, mon ami, tu n’as qu’à prendre ce filet, la lune se mire en ce moment dans le petit étang des Houppelombres. Tente donc de la saisir et conserve la pour toi. Tu n’auras plus qu’à lui ordonner de rester radieuse et pleine chaque nuit et la relâchera lorsqu’elle t’offrira sa promesse.

- Mais... mais ne m’en voudra-t-elle point ?

- Bien sûr que non, elle comprendra aisément ta détresse et tu n’auras qu’à prononcer cette formule magique : " Lunae, Lunabilis, Lune la belle m’obéit ! " afin qu’elle daigne t’écouter...

Le petit lorialet, exultant mille joies, ne put que remercier son bien mauvais ami de tant de prophéties. Il prit le grand filet tendu par le vilain fadet et courut de toute la vitesse de ses jambes si menues en direction de la mare.

Et là, Ô quelle magie, Messire, la lune se mirait de toute sa splendeur sur la

calme surface de l’onde. Elle était si belle, si pâle, si nitescente, si fragile que notre ami lutin en oublia ses espoirs de conquête. Mais le sombre Mourioche, tapi dans les ombres du bois, n’en épiait pas moins la scène.

- Psssst, lui souffla-t-il, elle ne regarde point. Elle ne t’a donc point vu. Vas-y profite de l’instant.

Et le lorialet, sans hésiter davantage, bondit hors de sa cache, plongea dans les tréfonds de l’étang, et referma les sournoises mailles sur la belle dame de nos nuits.

Oh, Sire, celle-ci ne se débattit même pas lorsqu’il l’a brandie victorieux à bout de bras. Mais il n’eut même pas tôt fait de réciter sa litanie que les étoiles, perchées hauts dans les cieux et si attristées par la perte de leur reine, se mirent à pleurer des larmes du plus chauds des désespoirs.

Majesté, si vous saviez à quel point elles sanglotèrent cette nuit là et l’eau, et les larmes s’abattirent sur la fête si bien que chaque lutin ne put que regagner son gîte en geignant.

Quant à notre petit lorialet, si sensible à la douleur des étoiles, il n’eut que la force de relâcher la lune, mais croyez moi Messire, jamais plus, oh non, jamais plus elle ne brilla comme avant... "

Voilà, Majesté, voilà l’histoire que je comptais vous narrer ce soir, à la veille de tant de troubles. Et sachez qu’un unique être mauvais ne peut que corrompre un royaume entier, faisant tournoyer les plus purs dans ses danses obscures. Mon Seigneur, même parmi la féerie, la bonté n’existera qu’un temps. Aquila en est l’exemple. Il est inutile de chercher une solution

là où il n’y a que néant : un seul Mourioche suffit pour détruire un empire...



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