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 Fiction

Question de langue...

ou Comment le vocabulaire modifie l’ambiance

mercredi 15 janvier 2003, par Elch

Il faisait sombre et un nuage épais de fumée de cigarette
flottait au dessus de la lampe. Le bureau était encombré de
piles de dossiers et une machine à écrire trônait à côté d’une
bouteille de whisky à demi vide. L’homme assis poussa un profond
soupir, sa tête était visible dans le halo de la lampe et il
paraissait éreinté. La cigarette qui pendait au coin de sa
bouche semblait là depuis la nuit des temps. Il se tourna vers
la droite de son bureau et s’adressa à un homme debout dans
l’ombre qui paraissait attendre.

« Très bien je vous lis le rapport du suiveur ?

- Je vous écoute ? »

La voix de l’homme debout était cultivée. L’homme assis passa sa
main droite sur son front et ferma un instant les paupières,
comme s’il essayait de surmonter une fatigue énorme.

« Sitôt sorti du burlingue je me suis mis à boulonner recta,
chuis parti filocher la momignarde. Il vasait méchamment et un
sale zef me passait dans le colbaque. Sûr que ma limace serait
trempaga malgré le lardeusse, un chouette moyen de calancher
comme un tubar. Putain de mistoufle !

Je me suis planquousé dans un rade pour attendre la gnière sans
que sa bignole ne me retapisse. Le coinsto était pas urf,
quelques chiftirs, un louchebem ? J’ai demandé un pastaga et un
paquet de percale à l’auverpio. Je me caillais les panards,
j’avais mal à la cafetière et le blair comme ma cuisse,
saloperie de mouscaille ?

J’étais encore devant mon perniflard quand la lourde de la
crèche à tourné. C’était la souris qui se radinait. J’ai chopé
ma mornifle, mon bada et mon pardinque et j’ai décarré derrière
elle.

Oh pardon, joli valseur qu’elle avait la frangine, d’ailleurs
des pinceaux au citron c’était que de la qualité surchoix, une
jolie poulette quoi. La pelure était plutôt rupine, rien que la
collante devait valoir un sacré blot. Même un jobard pouvait se
gaffer que la polka avait de l’auber. C’était truffe mais ça
collait pas avec le clodo craspec qui traînait icicaille. Qu’est
ce qu’elle machinait icigo cette mômaque saboulée marquise !

Ça lansquinait toujours, quelle purée. Je voyais pas plus loin
que le bout de mon tarbouif. Un lavedu aurait pu faire ce
turbin, la môme risquait pas de reluquer derrière ses endosses.
N’empèche que je gambergeais qu’est ce qu’elle foutait cette
pépée trop bien nippée dans une baraque aussi degueulbif, et
pourquoi m’avait on collé à ses basques ?

Le pégreleu qu’on avait vu avait un pacson d’osier, mais c’était
pas son dabe et ils étaient pas non plus marida. La greluche
devait être mouillée dans un micmac pas net, ça cornanchait
l’arnaque à quinze pas. D’ici à ce que les cognes nous cherchent
des crosses ? Quand la maison poulman s’en mêle, c’est la
direction des assiettes assurée et la ballade en traves me
bottait moyen. Pire, c’était peut être une aff à prendre un coup
de lingue dans le buffet, un bon moyen de finir en machabb dans
un pardeusse en sapin ?

Mais il y avait lurette qu’y avait plus de braise dans le tiroir
caisse de l’agence, fallait bien grailler et pétuner. La poupée
tricotait des pinceaux et je lui collais au train. Elle a enfilé
deux rues, puis elle est entrée dans une maison plutôt rupino.
Un nervi trainait devant, ça m’avait tout l’air d’un clandé ce
truc. Cette gosse s’expliquait à l’horizontale ? ! J’en croyait
pas mes chasses ?

Le demi-sel a pris la tangente. C’était l’occase ou jamais, mais
pendant que je cogitais je suis tombé dans les vapes. En
émergeant, j’ai compris qu’on m’avait fait renifler de la dorme
en bouteille, mon cassis résonnait comme une vieille cloche. On
m’avait fauché mon larfeuille et mes clefs. Il flottait toujours
et le paveton était glissant ? Bon Dieu qu’est ce que j’aurais
pas donné pour être dans mon paddock ? »

L’homme debout s’avança vers le bureau, l’air passablement
furieux « Mais enfin qu’est ce que c’est que ce rapport, c’est
incompréhensible ! Qu’est ce que ça veut dire ! » L’homme assis
releva la tête de la feuille qu’il tenait à la main et secoua la
cendre de sa cigarette dans un cendrier presque plein.

« Bien ? Alors pour que vous compreniez mieux ? Aussitôt sorti du
bureau, je me suis mis immédiatement au travail. Je suis parti
filer la demoiselle. Il pleuvait beaucoup et un vent désagréable
passait dans mon col. Il était certain que ma chemise serait
trempée malgré le pardessus, un bon moyen de mourir comme un
tuberculeux. Ah quel ennui !

Je me suis caché dans un café pour attendre cette jeune personne
sans que sa concierge ne me voit. Le coin n’était pas chic,
quelques chiffonniers, un boucher ? J’ai demandé un pastis et un
paquet de tabac à l’auvergnat. J’avais froid aux pieds, mal à la
tête et mon nez avait gonflé. Ah quel ennui ? J’étais encore
devant mon pernod quand la porte de la maison a tourné, C’était
la jeune fille qui arrivait. J’ai pris monnaie, chapeau et
pardessus et je l’ai suivi.

La jouvencelle avait un ravissant postérieur d’ailleurs des
pieds à la tête c’était une charmante personne. Ces vêtements
étaient de bonne qualité, sa jupe à elle seule devait valoir un
bon prix. Même un imbécile pouvait se rendre compte que cette
femme devait avoir de bons revenus. C’était idiot mais ce
n’était pas assorti avec le mendiant dépenaillé qui traînait là.
Que pouvait faire ici une donzelle si élégante !

Il pleuvait toujours, quel brouillard. Je ne voyais pas à deux
pas. Un incapable aurait pu faire ce travail, elle ne risquait
pas de regarder derrière elle. Pourtant je réfléchissais, que
pouvait faire cette élégante dans une maison aussi déplaisante,
et pourquoi me la faire suivre ?

L’individu que nous avions vu avait à l’évidence des moyens
financiers conséquents, mais ce n’était ni son père ni son
époux. Cette créature devait être impliquée dans une sombre
histoire, qui paraissait louche à quinze pas. Voilà qui risquait
de nous attirer des ennuis avec la police. Quand la police s’en
mêle, les assises ne sont pas loin et me retrouver aux travaux
forcés ne m’attirait pas.

Pire c’était peut être une affaire ou l’on risquait un coup de
couteau, une façon de finir mort dans un cercueil. Mais depuis
longtemps le tiroir caisse de l’agence ne contenait plus
d’argent et nourriture et tabac coûtaient cher.

La demoiselle avançait à grandes enjambées, et je faisais de
même. Elle prit deux rues successives puis elle est entrée dans
une maison de bonne apparence. Un homme à l’allure de proxénète
était devant. Ce bâtiment semblait abriter une maison de
tolérance clandestine. Cette demoiselle vivrait de ses
charmes ? ! J’avais du mal à en croire mes yeux.

L’individu louche s’est éloigné, c’était le moment ou jamais,
mais pendant que je réfléchissais j’ai perdu conscience. En
revenant à moi j’ai compris qu’on m’avait chloroformé, ma tête
était douloureuse, mon porte feuille et mes clefs avaient
disparu. Il pleuvait toujours et le pavé était glissant. Je
pensais à mon lit avec envie ? ça vous paraît plus clair comme ça »

La moquerie était parfaitement perceptible. L’homme debout se
pencha sur son interlocuteur, il était furieux.

« J’en ai assez, c’est lamentable. Oh et puis ça suffit !
D’abord on n’y voit rien ! Eclairagiste, lumière sur le plateau,
bon sang ! Et quant à vous, vous allez me retravailler ce texte
qu’il devienne compréhensible. Je n’ai jamais vu un dialoguiste
pareil !

- Ah mais non ! Vous m’avez embauché pour faire du polar noir il
me semble ! Vous n’y connaissez rien, c’est pas possible de
bosser dans des conditions pareilles ! »

Un rire les interrompit ils se retournèrent. Le plateau était
maintenant largement éclairé. Des câbles, des couteaux de
projecteurs et des éléments de décor traînaient partout. Un des
éclairagistes se tenait derrière un pendard, une poursuite à
bout de bras. Il la posa sur son genou.

« Eh il est ouf lui, c’est la tehon ton truc, personne kiffera
ton film, t’es vraiment trop un bouffon toi ? » les deux hommes
se regardèrent et le dialoguiste poussa un long soupir désabusé.



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