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 Fiction

Le métamorphosé de Maisons-Laffite

lundi 5 mars 2007, par Tibas Elgil Bregorn

NOUVELLE

Le métamorphosé de Maisons-Laffite

« Déjà le rêve t’a saisie, et plus rien d’autre ne t’intéresse »
J. Cocteau

« L’espace était dégagé. La plaine s’offrait sous un soleil d’été, et la fraîcheur du matin était comme un fantastique baume annihilant les tracasseries passées et du même coup toute notion de temps . Libre ! Libre de courir, de s’évanouir dans la nature, de partir, de se jeter dans une joie inextinguible, dans un rêve permanent ; libre de mouvement, libre de ne penser qu’à ce qui vous entoure, un paradis qui semblait si utopique et qui ne peut finir, qui ne doit pas finir, que l’on voudrait éternel.Un grand fracas et une lumière aveuglante suivie d’un hennissement que l’on aurait voulu retenir, qui dit ce qu’il dit, qui montre que l’on a vu, que l’on a compris. Une colline boisée sur la gauche à trois-cent mètres. Course. L’abri des arbres devrait suffire ; mais l’effroi, la folie... On continue, dans un terrain de plus en plus accidenté, bosses, trous, branches éparses, feuillages cinglants, et de plus en plus vite et de plus en plus accidenté et de plus en plus effrayé, et de plus en plus dément, montées, descentes, et tout à coup dans le haut à bout de souffle, une faille, l’effroi, le vide, la chute, trois mètres plus bas ; un bruit sourd, une douleur affreuse, et du cheval que j’étais, je me retrouve tel que je suis, tombé à côté de mon lit, perdu dans mon corps et dans mon âme, haletant, la sueur coulant de mon front et comme blessé, non pas par la chute du haut de ma couche, ni même par celle du cheval, mais je crois de ce zoomorphisme, qui depuis une semaine me déchire dans mes songes et duquel je sors exténué, réveillé par ma propre chute, plus j’en suis sûr, que par la véritable fin de ce mauvais rêve qui toujours ainsi se termine. »
« Et ... tes parents ? »
« Mes bourgeois, qu’en diraient-ils ? Que cela relève d’un état pathologiquement grave et qu’un jeune homme de quinze ans ne peut entretenir de telles pensées touchant son moi profond, sans avoir à subir quelques examens sur sa stabilité, car s’il est grave pour un Dupond-Latour d’être interné, il l’est encore plus d’être un fou en liberté ! »
« Il doit pourtant y avoir.... »
« J’y ai réfléchi ... ce soir quand mes parents seront couchés, je sortirai de ce lit qui me coûte tant et je m’allongerai sur le parquet de ma chambre. Ainsi ce ne sera point ma chute qui me réveillera, du moins je l’espère, et ce soir, je saurai ce qui se cache derrière ce rêve qui assassine ma tranquillité ! »
« Oui.... . Tu m’accompagnes aux écuries ? »
« Bien sûr ! Allons voir Pégase. »
« Savais-tu qu’il court dimanche ? »
« non !? »
« Si ! contre Noir d’Argent et quelques autres moins bons chevaux ; je suis prêt à parier de nouveau pour Noir d’Argent, contre Pégase. Mais .... cela ne semble pas te plaire ? »
« Hélas non ! je suis caserné chez moi, dimanche, pour un de ces déjeuners à grande pompe, où l’on met les petits plats dans les grands, où le respect du protocole s’impose et où je devrais rester sagement assis, me tenir correctement et surtout ne parler que si l’on s’adresse à moi, afin de ne pas venir troubler les conversations insipides portant le plus souvent sur les derniers ragots de la place de Paris ! Et puis, ma grande tante a une telle aversion pour les chevaux et éprouve un tel plaisir à gourmander ses neveux que tout espoir est définitivement perdu ! »
« Pauvre vieux ! Aller, viens voir Pégase, cela te déridera ; comme tu l’as si bien dit : « sa robe de cheval alezan est de la blancheur des toges olympiennes, resplendissante de lumière et irradiant une puissance capable de volatiliser jusqu’ aux murs de son box » mais je garde mon avis là-dessus : s’il n’était plus là, tu ne le verrais plus ; et puis les choses sont ainsi n’est-ce-pas ? Tu ne changeras rien à cela !"

17 Août 1965 : La journée se poursuivit normalement pour Stéphane Mathieu le fils d’un des vétérinaires de Maisons Laffite et pour Frédéric Dupond-Latour d’une famille de riches bourgeois connue et respectée. Ce ne fut qu’à la fermeture de l’hippodrome que chacun rentra chez soi, le premier pour une soirée interrompue vers les vingt-trois heures à cause d’un cheval souffrant, et le second pour un repas peu animé. Vint l’instant de dormir . Frédéric mit à exécution son plan ; il devait être alors dans les vingt-deux heures trente et le rêve une nouvelle fois surgit... L’instant de la vérité approchait ; rien, maintenant, ne pouvait plus l’arrêter, pour le meilleur ou pour le pire, et aujourd’hui encore, bien peu ont la dessus une idée arrêtée.

Mademoiselle Gauthier, servante chez les Dupond-latour depuis trente ans, prenait chaque soir à l’insu de ses employeurs, son « souper » dans les cuisines, afin de compenser les rigueurs gastronomiques, du quotidien chez les Dupond-latour. C’est en passant devant la chambre de Frédéric, qu’elle entendit le lit grincer puis tout un ensemble de bruits indiquant que l’occupant des lieux, venait de quitter sa couche. Ayant attendu un instant, mademoiselle Gauthier risqua un oeil curieux dans la chambre, ce qui lui permit de voir le jeune homme couché à même le sol. Trouvant, en cette façon originale de vouloir passer sa nuit, une fantaisie d’adolescent, elle ne porta pas plus d’attention à cela, et alla tranquillement accomplir son « larcin » quotidien. Ce n’est qu’en remontant, que réitérant son voyeurisme coupable, elle vit, grâce à la lune complice, sur le visage du jeune Dupond-latour, un sourire béât, témoin sans doute, d’un doux rêve ; après s’être attendrie un instant, et tandis qu’elle allait quitter la chambre, elle fut vivement surprise par un furieux clignement d’yeux accompagné d’un gémissement inhumain, suivi de peu par un roulis infernal qui ne tarda pas à l’effrayer elle-même ! Désemparée, elle se précipita chez ses employeurs, sûr que le « petit », n’allait pas très bien

« Une colline boisée sur la gauche à trois cents mètres. Course. L’abri des arbres devrait suffire ; mais l’effroi, la folie... On continue, dans un terrain de plus en plus accidenté, bosses, trous, branches éparses, feuillages cinglants, et de plus en plus vite et de plus en plus accidenté et de plus en plus effrayé, et de plus en plus dément, montées, descentes, et tout à coup dans le haut à bout de souffle, une faille, l’effroi, le vide,... l’effroi, le vide,... l’effroi ....L’espace était dégagé... ».Frédéric Dupond-Latour est interné depuis cette nuit d’août 1965 ; ce n’est pas un fou dangereux mais inlassablement il répète la même histoire avec fougue et exaltation au départ, puis de plus en plus paniqué, il finit hébété, semblant chercher ses mots ou la fin de son récit : névrose, totalement incurable.

*

Arrivant au terme de cette histoire je crois utile comme le docteur Rieux, de décliner mon identité : Je suis Charles Mathieu ; si je prend la plume aujourd’hui, c’est pour coucher sur ces feuillets, ce que peu ont voulu croire, ce pour quoi, je devins vite la risée de la ville où je suis né et que j’ai, depuis, quittée.Cette nuit là, je fus dérangé vers vingt-trois heures pour soigner un cheval : Pégase . Puis, je revins chez moi par la campagne, délaissant la route habituelle. Dans la plaine, le clair de lune laissait apparaître une forme en mouvement que je reconnus bientôt pour un cheval alezan blanc, ressemblant à celui que je venais de quitter. Il semblait évoluer avec bonheur quand, tout-à-coup, un nuage venant cacher la lune, je le perdis un instant de vue ; un éclair zébra le ciel puis le tonnerre gronda, un hennissement me montra le cheval qui ne tarda pas à obliquer vers sa gauche pour une colline boisée que contourne la route ; je pour sui vis donc sur celle-ci, sachant que je retrouverais le cheval de l’autre côté ; là, j’arrêtais ma voiture et en descendis pour voir ce qu’il ferait ; je le vis bientôt arriver au galop ; la faille alors seulement m’apparut. Je voulus crier sachant que le cheval serait mortellement blessé par sa chute, mais mon cri s’arrêta dans ma gorge et je fermais instinctivement les yeux, un court instant, assez néanmoins pour que le cheval ait disparu de la colline. Seule une sorte d’oiseau blanc s’envolait vers le sud-est, mais de cheval nulle trace. Le lendemain, j’appris, en venant renouveler mes soins à l’hippodrome, que Pégase avait disparu de son box et que la porte, chose curieuse, semblait avoir été enfoncée par une force colossale, comme celle... d’une implosion. Dans la ville, circulait déjà la nouvelle : des infirmiers étaient venus chercher Frédéric, pour l’emmener dans une clinique privée que je connus plus tard pour être la clinique Laforgue. Soupçonné après ma narration d’ivrognerie, je fus accusé de m’être trompé dans mes soins. Je vis depuis à Paris, seul, ma femme m’ayant quitté. Quant à Stéphane, qui fut peut être le plus marqué dans cette histoire, il a décidé de se retirer dans un monastère, emporté par un mysticisme que nous ne lui connaissions pas auparavant.Depuis, presque chaque nuit, et même le jour de plus en plus souvent, un rêve vient hanter mes songes et déranger une quiétude dont je n’ai plus que le souvenir...« l’espace était dégagé. La plaine s’offrait sous un clair de lune, et la fraîcheur de la nuit, était vivifiante, comme purificatrice pour un instant, de ce passé pesant et de ce que peut avoir d’écrasant... le temps. Libre de courir, de s’évanouir dans la nature, de partir, de se jeter dans une joie inextinguible, dans un rêve permanent. Libre de mouvements, libre de ne penser qu’à ce qui vous entoure.... « sa robe de cheval noir, rouge, bleu, nuit, chaud, froid..., est de la blancheur des toges olympiennes, resplendissantes de lumière et irradiant une puissance capable de saccager jusqu’au moindre recoin de ma tête ! Un grand fracas et une lumière aveuglante suivie d’un hennissement qu’on ... aurait voulu ... tout se bouscule.... ce ne peut être moi... c’est lui... ! qu’il aurait voulu ... retenir... .Une colline boisée sur la gauche à trois cents mètres. L’abri des arbres devrait suffire ... mais , ma tête tourne, la folie ; on continue... il... continue ; dans un terrain, de plus en plus accidenté, bosses, trous, branches cinglantes, éparses feuillages, et de plus en plus vite, et de plus en plus accidenté, et de plus en plus effrayant, et de plus en plus affolé, montées, descentes, et, tout à coup, dans le haut, à bout de souffle, l’effroi, le vide ; trois mètres plus bas, un bruit sourd dans ma tête, venant jusqu’à insinuer le doute dans ma pensée ...Je ne sais plus où j’en suis ; j’avais tant besoin d’écrire et de tourner la page, puise-t-elle le bien vouloir...



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