SDEN - Site de jeu de role
Accueil > Fiction > Littérature > Vos textes > Fantastique > Lettres
Contribuer

 Fiction

Lettres

mercredi 30 novembre 2005, par Le Renard

« Chere amie,

Comme je vous l’avais annoncé, je viens d’emménager dans la maison de mon defunt grand-oncle, Albert Beaulieu. Je me fais à présent une joie de vous donner de mes nouvelles, et il me semble qu’il y’a tellement de choses à vous conter, que je ne sais par où commencer.

Cette maison m’enchante ; tous les jours, j’y découvre de nouveaux recoins, tant elle est vaste ! En tous cas, elle me semble démesurée compte tenu du fait que je serai seul à y vivre. Je compte bien que vous viendrez me rendre visite, quand vous serez rentrée de ces lointaines contrées, où j’espère que vous vous plaisez cependant - vous ferez d’ailleurs part a votre cousin de mes plus empressées salutations.

Cette maison possede une âme, une atmosphère, c’est incroyable. Elle dégage comme une aura, je ne sais comment vous l’expliquer - c’est au point que les habitants du bourg l’appellent "le château". Elle n’en a pourtant ni la taille, ni vraiment l’apparence, et n’est pas la plus imposante par ici. Elle est haute, pourtant, il est vrai, songez qu’elle compte quatre étages !

Je compte installer mon bureau dans une des chambres du rez-de-chaussée, pour y recevoir les personnes que ma fonction pourrait - je l’espère - attirer ici. Le bourg n’est pas très grand, mais il n’y pas de notaire à des lieues à la ronde, et on dit certains vignerons forts riches. Cette maison m’offre de plus la possibilité d’inviter de nombreux amis, et n’ayez crainte, vous ne serez pas oubliée.

Enfin, il est une pièce qui plus que toutes m’est chère et m’impressionne, la bibliothèque. Elle est immense, et couvre une partie du premier étage, et la totalité du dernier. Il s’agit cependant d’une seule et même salle, entierement boisée, tant au sol qu’aux murs, et couverte de livres. Elle occupe en fait tout l’espace sous le toit, et les etagères sont ingenieusement disposées, pour remplir tout l’espace disponible. La salle est d’ailleurs comble de livres, sauf sur une partie du mur sud, où mon grand-oncle a fait percer une immense fenêtre, qui donne sur le jardin, et permet à la lumière du jour d’éclairer une bonne partie de la pièce. Je me demande encore comment la maison peut supporter ce poids de livres !

Il y en a de toutes les sortes, et je pense que quand bien meme j’y consacrerais toute ma vie, je n’arriverais pas à tout lire ! Les choix de mon grand-oncle semblent avoir ete gouvernes par un tel souci d’exhaustivité, que j’en suis impressionné. C’est un véritable trésor qu’il a amassé là, et dont je compte bien profiter ! J’ai d’ailleurs déjà passé de nombreuses journées dans cet endroit extraordinaire.

Vous voyez donc, Clémence, combien la vie va me paraître douce, dans cette maison. Je m’y sens déjà chez moi - et pourtant, je n’y étais pas beaucoup venu avant, mon grand-oncle n’hésitait pas à se déplacer, et n’appréciais pas toujours qu’il y ait du monde chez lui ! C’etait un excentrique avec lequel j’adorais discuter. Il se montrait d’une grande érudition, ce que je conçois maintenant encore mieux, maintenant que j’ai vu sa bibliothèque. Il n’y laissait entrer quasiment personne de son vivant, semblant cultiver un goût du secret, qui en faisait pour moi un personnage fascinant.

J’espère en tous les cas que cette lettre aura comblé votre curiosité quant à ma nouvelle demeure, et quant à mon moral. J’espère que votre voyage s’est bien passé, et que vous recevrez cette lettre peu de temps après etre arrivée.

J’attends avec impatience de vos nouvelles, et de cette contrée ou votre cousin a fait fortune, m’avez vous dit.

A tres bientot,

votre ami,

Adam Beaulieu. »

« Chère amie,

J’ai fait une découverte si extraordinaire que je n’ai pas pu réfréner mon envie de vous en faire part, c’est pourquoi je vous écris avant qu’aucune lettre de vous n’ait encore pu me parvenir. J’ai hâte d’avoir de vos nouvelles, et je regrette la distance qui nous sépare car elle espace vos lettres plus que je ne puis le supporter. J’espère que vous me pardonnerez mon impatience - ou que vous la comprendrez mieux, quand je vous aurais decrit l’objet incroyable qu’il m’a été donné de découvrir dans la maison de mon grand-oncle.

Je l’ai découvert dans la bibliothèque, alors que je cherchais un livre, au sommet d’une étagère - et je vous ai dit, n’est-ce pas, combien elles sont hautes. C’est là que j’avisai, perché sur une pile de livre, un coffre, que l’empilement m’empêchait d’apercevoir depuis le plancher. C’était un coffre relativement petit, simple, et légèrement poussiéreux - je devine que personne ne l’avait ouvert depuis un certain temps, et qu’il y avait aussi longtemps que personne n’avait pris soin de nettoyer ces étagères.

A l’intérieur, je découvris deux billes, sphériques, irisées, et parfaitement identiques. Mais quelle ne fut pas ma surprise quand j’essayais d’en soulever une ! L’autre vint également, alors que je ne l’avais pas même touchée ! Je cherchais aussitôt quelque fil qui les reliait, quelqu’artifice ou quelque mécanisme qui aurait pu expliquer ce phénomène pour le moins incroyable.

Car c’est là la proprieté étrange s’il en est de ces deux sphères : il semble qu’elles ne forment qu’un seul et même objet, qu’elles ne soient pas dissociables l’une de l’autre. Elles restent à une distance constante l’une de l’autre, de 10,37 cm très exactement, pour un diamètre de 3,2 cm. Vous remarquerez d’ailleurs l’extrême harmonie de ces chiffres. Il semble que le rapport de la distance entre les centres des deux sphères sur le double du diamètre soit le nombre d’or, à peu de choses près. Ca n’est sans doute pas un hasard.

J’ai bien essayé de séparer ces deux sphères, par des moyens non seulement mécaniques, mais aussi électriques. Supposant qu’elles pouvaient être reliées par une force électromagnétique, je les ai isolées dans des cages de Faraday improvisées, mais cela n’a rien donné. Même en les chauffant, je n’ai pas reussi à dilater ou à faire varier d’un millimètre la distance de l’une à l’autre, ni même le rayon d’une des billes. J’avoue que mes maigres connaissances en sciences physiques ne m’ont été d’aucun secours pour résoudre cette énigme. Je ne comprends pas comment cela se peut. Qu’ai-je découvert ?

Peut-être pourrez vous me suggérer une solution à ce problème qui sort tellement de l’ordinaire de notre expérience sensible : rien ne les relie, absolument rien, et pourtant elles semblent solidaires, comme si elles formaient un unique objet, inaltérable. Je pense que je vais chercher si dans la bibliothèque, il ne se trouve pas un indice à propos de cet objet - il y a tant de livres étranges, par ici, il se pourrait que l’un d’entre eux contienne l’explication logique qu’il ne peut manquer d’y avoir, j’en suis persuadé.

C’est en espérant à la fois bientôt recevoir de vos nouvelles, et pouvoir vous donner des miennes sous peu, aussi étranges qu’elles puissent paraître, que je termine cette lettre, chère Clémence, en vous souhaitant que la vie vous soit la plus agréable possible dans le lointain pays de votre cousin,

Votre ami devoué,

Adam Beaulieu »

« Chère Clémence,

J’espère que vous vous remettez bien de cette mauvais grippe insidieuse que vous avez contractée sur le bateau. Cela vous ressemble tant d’avoir à tout prix voulu profiter du voyage en restant sur le pont jusqu’à en être ivre de vent et d’embruns - même si, je vous le dis en toute franchise, cela me semble presque de l’inconscience pour une jeune femme comme vous, qui semblez si fragile. J’espère cependant que cette affection ne me donnera pas de raisons de m’inquiéter davantage, et que votre santé vous permettra bien vite de découvrir un peu l’immense continent sur lequel vous venez d’aborder. J’espère que vous pourrez me le décrire avec force détails - car je doute d’avoir jamais la chance d’y aller moi-même.

Pour ma part, j’ai progressé dans l’explication du phénomène que je vous relatais dans ma précédente lettre, et j’espère que vous ne m’en voudrez pas d’y revenir sans cesse - à vrai dire j’y consacre une bonne partie de mon temps, et ce problème accapare une grande part de mon esprit.

C’est dans la bibliothèque que j’ai trouvé quelques indices à propos de la nature de ces deux billes irisées. Il apparaît tout d’abord qu’il s’agisse effectivement d’un même objet, designé par "l’Anneau" dans un livre que j’ai trouvé, et sur lequel mon grand-oncle a laissé de nombreuses annotations. Le texte en lui même est obscur, mais grâce aux notes en marge, j’ai reussi à y voir plus clair, jusqu’à élaborer une theorie.

Elle m’a ete inspirée par un fait étrange : alors que j’allais par précaution déposer l’Anneau dans mon coffre-fort, je butais contre quelque chose. A vrai dire, il semblait plutôt que ce soit l’Anneau, qui butais. Il y avait une zone dans laquelle l’Anneau ne semblait pas vouloir passer - et c’était d’autant plus étrange qu’il n’y avait strictement aucun objet avec lequel il aurait pu être en contact dans cet espace ! Je passais moi-même ma main, pour vérifier que rien ne l’empêchait de poursuivre sa course, et cependant, il butait, je pouvais le sentir, contre un objet invisible. Je crois avoir compris, depuis, quelle était la véritable nature de l’obstacle.

Imaginez, Clémence, que nous soyons de simples dessins sur une feuille de papier. C’est une image, bien sûr, mais cela permet d’envisager mieux que n’importe quelle mathématique ou n’importe quelle autre image, la théorie que j’ai élaborée. Il existerait alors une dimension, qui nous serait inaccessible, la dimension en dehors de cette feuille. Nous ne pourrions pas regarder dans cette direction, parce que pour nous, cela n’aurais pas de signification - nous ne pourrions connaître par nos sens que les deux dimensions du papier.

C’est assez simple, somme toute. Mais imaginez un objet qui traverserait la feuille, comme, par exemple, un crayon. Que verrions nous alors ?

Nous ne verrions bien sur de ce crayon que sa section à travers le papier, c’est à dire un disque. Maintenant, imaginez un tore, ou plus communément, un Anneau, qui percerait à deux reprises la feuille. Il nous apparaîtrait comme deux disques, semblables, et qui en aucune manière ne pourraient être eloignés ou rapprochés l’un de l’autre, alors que nous ne verrions pas par quoi ils pourraient etre liés. Vous comprenez maintenant quelle est la veritable nature de l’objet que j’ai trouvé. Nous vivons dans un monde qui n’est qu’une sorte de feuille de papier - il y a toute une dimension que nous ne pouvons pas percevoir. Et l’Anneau est un des rares objets qui traverse notre monde, mais qui lui soit en partie étranger.

Et le fait qu’il bute contre quelque chose que je ne pouvais pas voir ni sentir, n’est qu’une confirmation de cette théorie, et du fait qu’il existe sans doute des objets qui sont exterieurs à notre feuille, notre "plan" !

Je ne suis pas encore sûr de tout ceci néanmoins, et avant que d’en avertir le monde entier, je préfère continuer à trouver des éléments susceptibles d’étayer mes thèses. C’est pourquoi Clémence, je vous demanderai la faveur de n’en parler à personne.

J’espère en tous cas bientôt pouvoir vous donner de mes nouvelles, permettez moi, chère amie de m’en tenir là pour cette lettre. Continuez à me raconter ce que vous pouvez voir, les Amériques ont pour moi quelque chose d’autrement plus étrange que tous les objets que j’ai pu trouver jusqu’à maintenant, et à vrai dire exercent sur moi une véritable fascination - et vous décrivez si bien, aussi !

A très bientôt je l’espère,

Sincèrement,

Adam. »

« Chère Clémence,

J’espère que vous vous remettez bien de cette mauvais grippe insidieuse que vous avez contractée sur le bateau. Cela vous ressemble tant d’avoir à tout prix voulu profiter du voyage en restant sur le pont jusqu’à en être ivre de vent et d’embruns - même si, je vous le dis en toute franchise, cela me semble presque de l’inconscience pour une jeune femme comme vous, qui semblez si fragile. J’espère cependant que cette affection ne me donnera pas de raisons de m’inquiéter davantage, et que votre santé vous permettra bien vite de découvrir un peu l’immense continent sur lequel vous venez d’aborder. J’espère que vous pourrez me le décrire avec force détails - car je doute d’avoir jamais la chance d’y aller moi-même.

Pour ma part, j’ai progressé dans l’explication du phénomène que je vous relatais dans ma précédente lettre, et j’espère que vous ne m’en voudrez pas d’y revenir sans cesse - à vrai dire j’y consacre une bonne partie de mon temps, et ce problème accapare une grande part de mon esprit.

C’est dans la bibliothèque que j’ai trouvé quelques indices à propos de la nature de ces deux billes irisées. Il apparaît tout d’abord qu’il s’agisse effectivement d’un même objet, designé par "l’Anneau" dans un livre que j’ai trouvé, et sur lequel mon grand-oncle a laissé de nombreuses annotations. Le texte en lui même est obscur, mais grâce aux notes en marge, j’ai reussi à y voir plus clair, jusqu’à élaborer une theorie.

Elle m’a ete inspirée par un fait étrange : alors que j’allais par précaution déposer l’Anneau dans mon coffre-fort, je butais contre quelque chose. A vrai dire, il semblait plutôt que ce soit l’Anneau, qui butais. Il y avait une zone dans laquelle l’Anneau ne semblait pas vouloir passer - et c’était d’autant plus étrange qu’il n’y avait strictement aucun objet avec lequel il aurait pu être en contact dans cet espace ! Je passais moi-même ma main, pour vérifier que rien ne l’empêchait de poursuivre sa course, et cependant, il butait, je pouvais le sentir, contre un objet invisible. Je crois avoir compris, depuis, quelle était la véritable nature de l’obstacle.

Imaginez, Clémence, que nous soyons de simples dessins sur une feuille de papier. C’est une image, bien sûr, mais cela permet d’envisager mieux que n’importe quelle mathématique ou n’importe quelle autre image, la théorie que j’ai élaborée. Il existerait alors une dimension, qui nous serait inaccessible, la dimension en dehors de cette feuille. Nous ne pourrions pas regarder dans cette direction, parce que pour nous, cela n’aurais pas de signification - nous ne pourrions connaître par nos sens que les deux dimensions du papier.

C’est assez simple, somme toute. Mais imaginez un objet qui traverserait la feuille, comme, par exemple, un crayon. Que verrions nous alors ?

Nous ne verrions bien sur de ce crayon que sa section à travers le papier, c’est à dire un disque. Maintenant, imaginez un tore, ou plus communément, un Anneau, qui percerait à deux reprises la feuille. Il nous apparaîtrait comme deux disques, semblables, et qui en aucune manière ne pourraient être eloignés ou rapprochés l’un de l’autre, alors que nous ne verrions pas par quoi ils pourraient etre liés. Vous comprenez maintenant quelle est la veritable nature de l’objet que j’ai trouvé. Nous vivons dans un monde qui n’est qu’une sorte de feuille de papier - il y a toute une dimension que nous ne pouvons pas percevoir. Et l’Anneau est un des rares objets qui traverse notre monde, mais qui lui soit en partie étranger.

Et le fait qu’il bute contre quelque chose que je ne pouvais pas voir ni sentir, n’est qu’une confirmation de cette théorie, et du fait qu’il existe sans doute des objets qui sont exterieurs à notre feuille, notre "plan" !

Je ne suis pas encore sûr de tout ceci néanmoins, et avant que d’en avertir le monde entier, je préfère continuer à trouver des éléments susceptibles d’étayer mes thèses. C’est pourquoi Clémence, je vous demanderai la faveur de n’en parler à personne.

J’espère en tous cas bientôt pouvoir vous donner de mes nouvelles, permettez moi, chère amie de m’en tenir là pour cette lettre. Continuez à me raconter ce que vous pouvez voir, les Amériques ont pour moi quelque chose d’autrement plus étrange que tous les objets que j’ai pu trouver jusqu’à maintenant, et à vrai dire exercent sur moi une véritable fascination - et vous décrivez si bien, aussi !

A très bientôt je l’espère,

Sincèrement,

Adam. »

« Chère Clémence,

Je vais vous narrer ici par le détail, de sombre évènements, dont j’ai bien souvent été le seul témoin, et, pour mon malheur, le triste acteur. Je retranscris ici ce qui est advenu, et comment je me suis mis dans la situation terrible qui est la mienne aujourd’hui. Cette lettre sera peut-être le seul élément qui permettra de comprendre ce qui s’est réellement passé ces jours derniers s’il devait m’arriver quelque chose.

Je regrette le temps où le monde me paraissait plus simple, où je pensais qu’il pouvait se limiter à ce que nous en voyons, Clémence. Depuis, je ne vois plus les choses de la même manière, et il me faut vivre avec la preuve (LES preuves, car j’en ai d’autres, hélas !) sous les yeux, de cette autre dimension à notre monde.

Si vous vous souvenez bien, je vous avais raconté comment l’Anneau avait buté contre un objet qui m’était invisible, et que je ne pouvais même pas toucher. Grâce à l’anneau, j’ai réussi à déterminer en quelque sorte le contour de cet objet, et quelques rapides calculs m’ont fait entrevoir la possibilité, vue la forme de cet objet, de l’amener lui aussi à passer par notre monde. Pour mieux comprendre ce que j’ai fait, imaginez un anneau passant à travers la feuille de papier. Les êtres du papier ne peuvent pas concevoir que l’on puisse bouger un objet perpendiculairement à leur monde, et de même, il est une direction que nous ne pouvons ne serait-ce qu’envisager. Mais il est possible, en passant l’anneau autour d’un crayon, par exemple, et pour peu que le crayon ait un point d’appui, de l’amener à traverser la feuille de papier, en déplacant l’anneau parallèlement à cette feuille, en faisant levier.

J’ai finalement réussi à faire apparaître un premier objet, très étrange. Il s’agit d’un octogone transparent et plat de 3 cm de hauteur, et de 10 cm de rayon. Cependant, si vous pouviez observer attentivement l’intérieur de cette sorte de cristal, vous verriez des ombres qui n’apparaissent pas à l’oeil nu. Je suppose qu’il s’agit en quelque sorte de ce que nous pouvons voir de ce qui est en dehors de notre monde, l’ombre que les objets jettent sur notre mince feuille de papier. J’ai fait de ce cristal une sorte de périscope, qui permet de voir superposeés à notre réalité, les ombres des objets qui n’appartiennent pas à notre plan. Il s’est revélé très utile, bien qu’il soit, je vous le confesse, un rien rudimentaire. Mais j’ai dessiné des plans d’une sorte de paire de jumelles beaucoup plus efficace.

Ceci m’a permis de déceler d’autres objets proches de notre plan, qu’à leur tour, j’ai tenté d’attirer vers notre monde ou au contraire de les repousser. Et c’est lors d’une de ces expériences, que je sentis l’Anneau se dérober sous mes doigts, assez doucement, alors que je n’avais mis en marche aucun des appareils ou des moteurs qui me servaient habituellement. J’etais simplement en train de sonder l’espace.

Je realisai alors avec horreur ce que cela pouvait signifier ! Je venais sans doute de heurter un objet ayant la proprieté de se mouvoir, seul, et qui avait réagit vivement au contact de l’anneau, c’est à dire un être vivant ! Je pense que vous imaginez aisément la terreur qui me prit alors. D’une telle créature, nous ne savons rien, et je redoutais - avec raison comme le montra la suite des évènements - qu’elle ne puisse intervenir dans notre monde.

Pendant quelques jours, j’envisageais toutes les possibles conséquences de mon acte, en me demandant, si cette créature pouvait intervenir dans notre monde, si elle etait une créature d’un éventuel plan parallèle au notre, si au contraire elle était une créature avec une dimension de plus que nous, et si, dans ce cas, elle pouvait voir ce qui se passait dans notre plan, si elle pouvait y intervenir, et finalement, quelle forme cela prendrait. C’est quatre jours seulement après l’expérience qu’il se produisit une agression pour le moins étrange dans le bourg - car l’adresseur a été décrit comme une créature arrivant "de tous les cotés à la fois". C’etait indéniablement la créature que j’avais dérangée, et correspondait précisement à la pire solution que j’avais pu imaginer.

Maintenant, je crains qu’elle ne recommence - car cela ne fait pas de doute, depuis qu’elle s’est éveilléé, elle a compris la nature de son pouvoir, et manifestement, elle nous voit. Exactement comme une personne extérieure au dessin, comme le dessinateur, qui, couvrant un personnage de papier de sa main, lui donnerait l’impression d’arriver de tous les cotés à la fois, sans pour autant avoir besoin de vraiment l’entourer !

Elle recommencera, j’en suis certain, et hélas, responsable. Déjà une fois, elle a essayé de nous attaquer. Pourquoi ne reessayerait-elle pas ? Et que se passera-t’il la prochaine fois ? Bien qu’hésitante, elle a temoigné de sentiments hostiles à notre égard. Il est de mon devoir de me débarasser d’elle, même si je ne sais pas, à l’heure où je vous écris, comment je pourrais bien m’y prendre. C’est mon devoir, car, en plus de l’avoir réveillée, je suis le seul qui ait compris sa véritable nature, et qui soit en mesure de l’arrêter.

Gardez vous bien, chère Clémence, et pensez à moi de temps à autres, continuez à me donner de vos nouvelles, chacune de vos lettres est un rai de lumière dans mes trop sombres préoccupations.

Je tacherai de ne pas prendre trop de risques, ne craignez rien pour moi,

Votre ami devoué,

Adam. »

« Chère amie,

Je m’en veux terriblement de vous avoir laissé si longtemps sans nouvelles, et d’avoir mis quelque délai à répondre à votre précédente lettre. L’action ces jours derniers ne m’a pas manqué, mais rassurez vous, il ne m’est rien arrivé de vraiment facheux - au contraire.

Comme je le craignais, la créature ne s’est pas contentée d’une seule excursion dans notre plan. Elle est revenue, comme je m’y attendais, et, fort heureusement, non loin de l’endroit ou je l’avais réveillée, c’est à dire à ma portée. J’avais passé les jours précédents à imaginer et à mettre au point d’une part un masque utilisant les propriétés du cristal que j’avais découvert pour percevoir au moins en partie les objets qui sont extérieurs à notre monde, d’autre part une arme d’un genre très particulier. Une arme efficace contre la créature, donc ayant une composante hors de notre monde. Elle ressemble à une arbalète, à ceci près que le projectile que j’utilise s’inspire fortement d’un boomerang.

Je ne sais pas si vous connaissez le principe du boomerang, une arme utilisée par les aborigènes des terres australes pour chasser - sa forme, qui tient du chevron, lui donne l’étonnante proprieté de revenir vers le lanceur. Mes munitions étant précieuses, j’entendais qu’elles ne se perdent pas.

J’avais de plus inséré dans chacun de ces projectiles un objet ayant une composante hors de notre plan, dont l’anneau. J’avais en tout 3 projectiles convenables. Une fois lancés, ils balayent non seulement notre espace, mais une partie de la dimension que nous ne pouvons pas saisir. Pour que ce dispositif puisse être efficace contre le monstre, il fallait d’une part que celui-ci ne soit pas trop eloigné de notre plan, et je n’avais aucun moyen de le savoir, et d’autre part que mes munitions ne rencontrent aucun de ces obstacles invisibles. Sans compter que je n’étais pas sûr que cela puisse ne serait-ce qu’affecter la créature.

Je me décidais, une fois prêt, à hanter de nuit les rues du bourg, le plus discrètement possible. La chance me sourit, car j’avisai grace a mon masque - qui de plus me garantissait l’anonymat, au cas ou quelqu’un m’aurait vu - les formes étranges et changeantes d’un objet hors-plan. Cette vision etait dérangeante, c’était quelque chose qu’il ne m’avait encore jamais été donné d’apercevoir, étrange, inquiétant, informe, menaçant. Mais cela ne semblait pas me voir, ou du moins me prêter aucune attention. Aussi j’ajustai mon tir, et déclenchai le mécanisme - le boomerang fut projeté avec violence, droit vers sa cible, qu’il heurta sans bruit - n’importe qui l’aurait vu s’arrêter à un mètre au dessus du sol, puis rebondir et tomber à terre. Je vis la forme s’affaisser - il me sembla même un moment qu’elle était coupée en deux, mais je ne pouvais en etre sûr. Je rechargeai, et m’approchai doucement. Je restai même plusieurs heures à la tenir en joue, et à la bousculer à l’aide de mes objets "particuliers". Cela n’eut aucun effet, et elle ne montra aucun signe de vie. Rassuré, c’est peu avant l’aube qu’exténué, je rentrai chez moi.

Depuis, il s’est passé quelques jours, et le corps de la créature est toujours où je l’ai laissé. Je serais vraiment curieux de savoir a quoi elle pouvait ressembler - la description qu’en avait faite le villageois était assez inquiétante.

J’ai également imaginé à la suite d’une idée qui m’était venue cette nuit là, une machine qui permettrait de se déplacer dans la direction interdite, c’est à dire de changer de plan. Je ne sais pas à vrai dire s’il existe d’autres plans parallèles au nôtre, et s’ils en sont éloignes. Mais j’ai du mal à imaginer que notre plan soit seul. Notre univers ressemblerait alors à un univers infini séparé en deux par une feuille, une frontière perméable, comme un film de savon - et j’ai du mal à le concevoir.

Aussi, je pense qu’il existe d’autres plans parallèles au notre. Sont-ils éloignés ? Je ne pourrais le dire. Cependant s’ils sont proches, alors ils sont relativement semblables, car je n’ai pas rencontré beaucoup d’objets purement hors-plan, en sondant l’espace avec l’anneau.

Cela ouvre de multiples perspectives, ne trouvez vous pas ?

J’espère en tous cas que cette lettre vous rassurera - je suis sauf, et personne d’autre n’a été blessé, c’est bien là l’essentiel. Continuez de profiter de votre séjour, autant, sinon plus que vous ne l’avez fait pour l’instant, car c’est une grande chance, d’après ce que vous m’en dites,

Mes sentiments les plus vifs,

Adam. »

« J’ai trouvé ces lettres dans la maison décrite par Adam. Après les avoir lues, la curiosité m’a poussé à me renseigner sur les évènements auxquels Adam fait référence.

La cinquième lettre d’Adam à Clémence fut aussi la dernière. Adam Beaulieu disparut quelques jours après l’avoir envoyée. On ne sait pas exactement à quel moment, ni dans quelles circonstances. Il a laissé derriere lui la totalité de ses biens, et de nombreuses machines étranges dans sa cave. A l’époque, nul n’a compris quel pouvait être leur usage.

J’ai également retrouvé dans la presse de l’époque, un entrefilet faisant allusion à l’agression dont avait été victime un paisible habitant du bourg. Cet élément semble bien correspondre à ce qu’explique Adam - d’autant que le journal ne dispose manifestement d’aucune précision sur la nature exacte de l’agression.

Quant à Clémence, elle est rentrée des Etats-Unis quelques semaines plus tard. A son arrivée, elle a appris la disparition d’Adam, et que les biens de ce dernier lui revenaient entièrement. Adam l’avait spécifié dans son testament, qu’il avait manifestement rédigé au moment de ses aventures nocturnes avec la créature. Clémence a ensuite habité la maison, puis l’a abandonnée quand elle s’est mariée quelques années plus tard. A sa mort, la maison a été mise aux enchères. Des machines qu’il y avait au sous-sol, il n’y a plus de trace.

Qu’est-il arrive à Adam ?

Il est extrêmement probable qu’Adam ait tenté de se rendre lui-même dans les plans dont il avait cru deviner l’existence. Si tel est le cas, l’expérience semble avoir réussi, puisque son corps n’a pas été retrouvé. Le passage a pu lui être fatal.

Mais on peut envisager également qu’il n’ait pas réussi à revenir de son "voyage". Etant donné son attachement à Clémence, qui transparaît dans ses lettres, je doute fort qu’il ait jamais renoncé à l’idée de la retrouver. Il erre peut-être dans un monde proche, pas si loin de nous en définitive, nous observant à travers son cristal.

Je pense que Clémence a du envisager toutes les solutions, et qu’elle a tenté de garder les machines intactes le plus longtemps possible, surveillant sans doute le moindre signe d’Adam. Mais les propriétaires qui lui ont succédé n’avaient bien sûr auncune idée de leur utilité. C’est d’autant plus dommage qu’elles devaient contenir de ces objets aux propriétés étranges, décrits par Adam.

Bien sûr, Adam a pu se tromper. Si effectivement il existe une autre dimension à notre monde, rien n’indique en revanche qu’elle comporte d’autres plans, d’autres feuilles parallèles. Même si celq peut paraître improbable, notre plan, seul de son espèce, partagerait en deux un univers à quatre dimensions. Qu’a t’il pu arriver à Adam s’il s’est déplacé dans cette quatrième dimension ? Où, cela revient au même, s’il est resté "coincé" entre deux plans ?

Il est possible également qu’Adam ait été fou, au point d’inventer cette histoire. Mais qu’avait-il besoin de lui donner un si tragique coup d’arrêt, aussi tot ? Il disposait de temps avant que Clemence ne rentre, et même, aurait-il agi ainsi ? Ses lettres semblent de plus infirmer l’hypothèse de la folie.

Enfin, il reste une hypothèse, qui ne m’est venue que très tard à l’esprit. En reprenant la démarche d’Adam, je me suis étonné qu’il ne se soit pas posé de questions concernant sa découverte. Notamment, sur le fait que personne avant lui n’ait réellement fait l’expérience de tels phénomènes. Ils ne seraient pas pourtant passés inaperçus. Cela pourrait signifier que cette quatrième dimension n’existait que localement, un peu comme une bulle d’univers autour de notre feuille de papier. Peut-être la bulle s’est-elle déplacée, ou a-t’elle disparu. Peut-être Adam, ayant mis trop de temps à revenir, s’est-il retrouvé dans l’impossibilité de repasser dans sa feuille originelle.

Je n’ai retrouvé bien entendu aucun des objets auxquels Adam fait référence, et surtout pas l’Anneau, ou quelque chose d’approchant. Peut-être me sera-t’il donné un jour de retrouver deux billes irisées, séparées, confirmant ainsi ma dernière hypothèse de manière éclatante.

Je suis pour finir moi-meme terriblement frustré, de ne pas savoir le fin mot de l’histoire, ni même d’avoir eu l’occasion d’observer les phénomènes dont Adam se dit l’unique témoin. Je ne perds cependant pas l’espoir de trouver des traces tangibles des évènements qui se sont déroulés il y a plus d’un siècle maintenant, dans ce petit bourg des bords du Cher.

Si tel était le cas, vous ne tarderiez pas à le savoir, je pense.

Antoine »



Encadrement arrondi
Ajouter un commentaire
forum bouton radio modere abonnement

forum vous enregistrer forum vous inscrire

[Connexion] [s’inscrire] [mot de passe oublié ?]

Encadrement arrondi

Tous les éléments et personnages sont des marques déposées détenues par leur propriétaire. Ils sont utilisés ici sans autorisation particulière, dans un but d'information. Si l'auteur ou le détenteur des droits d'un élément quelconque de ce site désirait qu'il soit retiré, les responsables du sden s'engagent à le faire dans les plus brefs délais.

(c) 1997- 2017 SDEN - Site communautaire de jeux de rôle
Tous droits réservés à l'association loi 1901 Elfe Noir.
Les textes et les illustrations des rubriques, sauf avis contraires, sont la propriété de leurs auteurs.