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 Fiction

Entretien avec la mort

jeudi 17 novembre 2005, par Vaab

Elle était attachée, sur une chaise, lorsqu’elle reprit conscience. Elle garda les yeux fermés.

Quelques bruits sourds se firent entendre, des frôlements de tissu, une chaise qui glisse sur un tapis, et la machine à café qui exhalait doucement son parfum pénétrant. Elle devinait deux personnes, une assise et l’autre probablement debout. Leur identité ne lui était pas cachée, car l’odeur de cette salle, la machine à café, le doux tapis sous ses pieds nus, étaient autant d’éléments qui faisaient surgir les lieux du passé, mais de quel passé ? . Cette pièce lui venait comme un souvenir, son éclairage doux, ses meubles anciens, un silence, une atmosphère chaleureuse et derrière : la baie vitrée qui donnait haut sur le Technobloc. Parmi les deux personnes, elle devinait Ayron à son pas lourd et agile mais surtout aux bruits discrets de son bras cybernétique.
Elle ne se souvenait pas des derniers événements, mais le fait qu’elle se trouvât ici n’était pas surprenant. Ayron l’avait enfin capturée, après deux mois de chasse, et l’homme assis au bureau devait être celui qui avait payé pour la voir. Elle imaginait un visage vieux, ridé, qui recelait deux joyaux sombres pétillants et doux qui semblait l’avoir toujours regardé... un regard chaleureux.
La voix de cet homme, grave et chaude, s’éleva, et elle reconnu ses accents : lourds, calmes et autoritaires.
- "Tu peux ouvrir les yeux, Laure...".
Elle obéit lentement, et la salle qu’elle s’était imaginé devint réalité : Ayron était assis sur le bureau, un café à la main, l’observant en silence, et l’autre y était assis les deux mains sur un cahier, dans une position qui semblait lui soir. Il la regardait de ses yeux comme des abîmes...

Georges contemplait avec passion ces yeux sombres s’ouvrir sur le monde. Souvent, il s’était pris en train d’admirer ce visage qu’il avait vu grandir. Une vague de nostalgie le submergea lorsqu’il se rappela le visage mignon de la petite fille aux yeux noirs qui était devenue au fil du temps, une femme superbe avec ce regard profond, souligné par ces sourcils noirs. Avec peine et tristesse, il sortit de ce merveilleux regard.
Il fallait la sortir de là, lui rendre sa raison. Elle ne pouvait l’avoir délibérément ignoré... et être passer de l’autre coté, ainsi. Il commençait à croire Daugeras, tout du moins il préférait penser qu’elle avait été manipulée, qu’elle n’ait elle-même choisi de partir. Elle avait été utilisée, il allait lui faire comprendre, pour lui laisser une seconde chance.
Il ne s’était jamais demandé s’il aurait réagit différemment avec Noël ou Naug. Il ne préférait pas, car il se doutait de la réponse.

C’est vrai qu’elle était belle.
Ce n’est pas qu’Ayron ne venait que de le remarquer, mais ce n’est qu’à cet instant qu’il put savourer la grâce féline de Laure et ce visage aux yeux si sombres. Il la contempla pour la première fois et se pris dans les formes presque parfaites des deux jambes qui sortaient de la mini-jupe noire. Elle s’était très bien habillée, dans le sens ou ses habits faisait ressortir, soulignaient le creux de ses hanches, son ventre plat, et la rondeur de ses seins. Elle était vraiment belle. Georges l’avait bien choisie, car ses qualités ne s’arrêtaient pas à sa beauté.
Ça faisait bien deux mois que Georges avait fait appel à lui pour la ramener, deux mois où il avait perdu deux frères Yakuzas, et où il avait bien failli y laisser sa peau. Ce contrat, pour Ayron était un contrat d’honneur, c’est pourquoi il avait mis tout ce qu’il avait en lui pour son accomplissement. Ce qui n’avait pas empêché Laure alors qu’elle était chassée d’accomplir quelques meurtres sous le masque d’Abaka, connu pour être le prince noir du meurtre.

Elle semblait toujours le sentir. Elle arrivait toujours à disparaître. Et elle se défendait avec une vivacité et une intelligence mortelle. Abaka paraissait pratiquement invincible, et Ayron commençait à perdre confiance, jusqu’à hier soir, où Laure fut pratiquement "offerte" a la nouvelle recrue Yakuza qui lui avait été conseillée par Georges, quand celui ci avait compris ses difficultés à appréhender Abaka.
Il avait averti Georges des implications possible, mais celui-ci semblait bien au-delà : il portait trop d’attention à Laure.

- "Laure...", implora Georges, " ... Qu’y a-t-il ?". Un Bref silence avala ses mots, "Que s’est-il passé ?"
Laure contempla ces yeux interrogateurs où nageait la souffrance. Elle reconnaissait cet homme, mais elle ne pouvait l’identifier. Qu’avait-elle fait pour le rendre si triste ? .
Mais... fallait-il lui laisser sa chance ?
Et surtout, fallait-il le laisser en vie ?
Il semblait savoir des choses sur elle qu’elle ne savait pas, elle le laisserait donc parler. Mais cet homme connaissait son identité, et par ce simple fait, il avait signé son arrêt de mort.

Georges laissa le silence s’engouffrer dans son salon, il surpris ses mains tenant le cahier sur son bureau comme on tient un objet cher, perdu puis retrouvé, de peur de le perdre de nouveau. Il se força à mettre les mains à plat sur le bureau, et pris une grande respiration silencieuse. Il n’arrivait plus à contenir sa nervosité, quelque chose de noir, comme une appréhension semblait vouloir pénétrer ce salon.
Atmosphère emprunte d’un avertissement refoulé.
Il sentit Ayron s’adosser au mur, la tasse de café à la main. Il sourit, presque, à l’idée des efforts fournis par Naug pour appréhender Abaka, son chef-d’œuvre. Il la regarda tendrement comme un père regarde sa fille, la dévisagea.
Elle n’avait pas changée. Son chef-d’œuvre était parfait, l’œuvre d’une vie. Il ne restait plus qu’une petite erreur, une tache au milieu d’une toile merveilleuse, qu’il allait faire disparaître le plus vite possible. Mais il ne voyait pas la faille : Comment Laure avait-elle pu le quitter ? . Il avait bâti un mur imprenable autour d’elle, une forteresse d’amitié et de sentiment : une enceinte totalement infranchissable. Elle ne pouvait l’avoir délibérément trahi... et pourtant...
"Pourquoi ?", répéta-t-il simplement comme pour lui-même.

Georges se ressaisi, et chassa ses idées rêveuses, sa voix se voulait sèche et le regard sévère :
- "Laure, tu sais que je ne peux pas tolérer tes agissements". Le ton se voulait dur et sans émotions. "Et qu’en temps normal tu ne serais déjà plus de ce monde. mais..."
Son regard dériva avec le courant de sa voix, il continua :
- "J’ai d’abord voulu comprendre... peut-être une erreur... J’aimerais savoir pourquoi ?". Silence. "Tu avais tout ici : de l’argent, de l’amitié et même... de l’amour."
Il laissa retomber sa voix sur le dernier mot. Il eut une pensée pour Daugeras et reprit :
- "Tu as brûlé les ailes que je t’avais donné. T’as crié ’Merde’ à la liberté en me quittant... Je ne sais pas quoi faire... j’aimerais comprendre..."
Il laissa tomber ses yeux sur ses mains, puis comme s’il avait trouvé en lui-même un reste d’énergie, il leva la tête et regarda Laure dans le fond de ses yeux :
- "Qu’y as-tu gagné ?", demanda-t-il, autoritaire.

Ces questions réveillèrent, chez Laure, une sensation de malaise. Quel était son passé ?. Elle ne savait rien, et elle ne semblait ne s’en être jamais rendu compte. Elle sentit une foule d’idée la frôler, elle discerna simplement leur goût amer, ce devait être des idées froides et justes, des souvenirs tenus et terriblement vrais, des pensées glauques, et un sentiment d’horrible malaise. Puis ce fut le bourdonnement lancinant de douleur qui semblait tout emporter au loin, comme si sa tête ne pouvait supporter tant de pensées. Elle avait mal. La douleur lui vrillait le crâne. Toutes les questions s’effaçait devant le rythme dense de la souffrance.
Laure ne savait pas, et elle ne pourrait jamais savoir. Elle était Abaka, et les derniers vestiges de Laure, sa timidité, sa fragilité, disparurent en un instant : elle allait devoir tuer.

Georges vit les yeux de Laure passer de la douce curiosité à la détermination froide des yeux d’Abaka. Il connaissait ce regard pour l’avoir redouté bien des fois. Il lui sembla y percevoir un pressentiment de mort, intense et imminent. D’un geste rapide, trop précipité, il appuya sur un bouton dissimulé sous son bureau. Instantanément, 2 parois de verre se refermèrent, dans un bruit feutré, entre la chaise de Laure et le bureau de Georges. Ayron alerté par le bruit, s’était retourné vers Abaka, Il venait à peine de lâcher son café que son gros calibre apparut dans ses mains, prêt à tirer.
Laure était toujours assise, attachée et semblait concentrée, elle laissa glisser son regard meurtrier de Georges vers Ayron.
Rien.

Simplement le bruit d’un foutu gadget de Georges, Naug sourit en pensant à l’état de nervosité dans lequel il était lorsqu’il s’agissait de cette fille. Il n’était pas le seul apparemment, et fort de cette constatation, il baissa son arme.
Un silence gêné, vint s’engouffrer dans le salon. Georges se rendait compte de sa peur, il aurait aimé en sourire, mais il était très tendu, trop, la situation était menaçante et il le sentait. Ayron reprit son expression imperturbable, ainsi que le café qu’il venait de poser sur le bureau de Georges. Il méditait encore sur sa nervosité lorsque Laure, son attitude et son regard inchangé, se leva : la chaise qui la retenait prisonnière était ouverte, comme une fleur au parfum mortel. Georges sentit son coeur s’affoler, bondir. Alors qu’Ayron dérouté reprenait son gros calibre dans un geste brusque qui trahissait son état d’anxiété, Laure avança doucement jusqu’à la barrière vitrée. Elle s’arrêta devant les panneaux et posait maintenant son regard insondable sur Georges qui semblait commencer à perdre confiance.
Georges voyait sa mort dans le regard d’Abaka, il appuya sur le bouton d’appel.
Il sentit la peur le gagner en une sueur froide : le bouton restait inactif sous son doigt. Il rappuia puis, se fut dans une convulsion qu’il écrasa le bouton de secours, désespérément, sans effets.
Ayron ne semblait pas apercevoir Georges sombrer dans sa peur. Ayron était redevenu Naug le professionnel. Il tenait son arme et calmement gardait en visée la tête de Laure derrière la vitre. Qu’attendait Georges pour appeler ses gardes du corps ?.
Laure quitta du regard l’homme affolé au bureau et comme dans un rêve elle tourna la tête vers Ayron. Lentement, tel une invocation d’une quelconque force du mal, Abaka leva son regard vers les hauteurs, puis leva les bras dans un geste Théâtral. Et les battants de verre s’ouvrirent...
Ayron resta un infime instant figé par la scène. Un instant bien trop long. La machine à café explosa en lui crachant dessus un épais jus noir et brûlant. L’instant suffit à Abaka pour être sur lui en un battement de cils, elle lui décocha un coup dans le flanc suivi d’un coup de coude remontant sous le menton, elle entendit les mâchoires claquer, et immobilisa en un tour de main le bras argenté d’Ayron : le bras qui tenait encore le gros calibre.

Georges assista à la très courte scène le souffle coupé, mais il réagi vite : il pris son Uzi qui attendait sous le bureau et il visa Laure qui opérait sa clef de bras en lui tournant le dos. Il la considéra au bout de son arme : pourquoi fallait il que ce soit lui qui finisse son destin ?. Il devait détruire ce qu’il avait créé, maintenant, car il comprenait enfin les avertissements de Dau, Abaka n’était plus qu’un outil possédé par une puissance exotique. L’instant dura trop longtemps.

Il eut à peine le temps de réaliser que Abaka, dans un mouvement parfait et incroyablement rapide avait pointé le calibre de Ayron sur lui. Il sentit peut-être la balle lui pénétrer le crâne, mais il était certain de l’avoir vu dans un éclair assourdissant se diriger entre ses deux yeux. Il vit rouge et sentit son corps envahi par l’insensibilité. Sa conscience s’effilocha, il était loin, trop loin, et se perdit dans les ténèbres, accroché à son dernier sentiment, celui qui l’avait perdu : l’amour.

Ce coup de revolver sembla libérer le tigre contenu qu’était Naug, la fureur s’était jeté sur lui en même temps qu’il comprenait ce qui s’était passé, il n’était plus qu’un fauve bâtit de puissance et de vengeance.
Avant qu’elle n’ait pu rediriger le gros calibre contre son propriétaire, Abaka fut littéralement projeté par delà de bureau et alla s’écraser sur le mur d’en face. Le choc lui fit perdre l’arme.
Naug en profita pour rouler hors de portée de l’haleine crachante et brûlante de la machine à café. Il se rétabli instantanément, au centre du salon, le bras argenté, au bout duquel sa Cyber-Arbalète était apparue, tendu vers l’emplacement ou était Abaka. Elle n’était plus là. Et le gun qu’elle avait lâché avait disparu avec elle. Merde ! . La machine à café maintenant sans café crachait d’épaisse volutes de vapeur d’eau qui allait rejoindre la masse de brume qui recouvrait déjà entièrement tout le plafond d’une épaisse couche nuageuse.
L’instant dura. Une détonation puissante vint briser le cours silence. Il comprit assez vite pour dévier le tir de gros calibre du bras en se protégeant la tête. Abaka profita de sa réaction pour se laisser tomber à un mètre de Naug, hors des brumes qui la camouflait au plafond. Mais Ayron continua son mouvement dans une culbute dans le but de s’éloigner de la puissance meurtrière de Laure. Elle contempla la manœuvre de Naug en levant son arme calmement, pencha légèrement la tête du coté droit, et évita par là même le dard d’Ayron qui se rétablissait. Elle n’eut pas de sourire, elle allait simplement achever son travail, et Naug ne pouvait se protéger. Il ne bougeait pas, et venait de se couvrir le visage de ses deux bras, le Cybernétique devant.

Il attendait.
Abaka le comprit lorsqu’elle sentit le souffle dévastateur et brûlant déchirer ses habits et la projeter vers la baie vitrée qui explosa sous le souffle, elle fut vite hors du building parmi les bris de verre.
Le temps lui parût suspendre son vol. Le sol était maintenant à plus de 800 mètres sous elle, et lui offrait une terrible perspective.
Puis la vitesse parût presser de plus en plus les secondes de chutes. Le vent hurlait à ses oreilles et s’immisçait violemment dans tout son corps.
De loin, elle chutait en silence parmi les étoiles de verre, petit corps face à la masse de l’immeuble. Puis brusquement sa trajectoire sembla la happer vers les parois du building qui défilait à grande vitesse, son corps semblait parfaitement sûr de ce qui se passait et elle brisa les vitres du 15 étage en dessous de celui de Georges.
Elle semblait ne pas souffrir lorsqu’elle atterrit, un genou à terre dans une chambre à coucher. Elle se releva montrant au couple qui s’ébattait dans le lit double, une silhouette en contre jour parfaite parmi les bris de verre. Ce fut probablement la dernière image que les deux jeunes personnes eurent avant de mourir. Abaka lâcha son grappin et courut vers la porte d’entrée de l’appartement.

Ayron se releva, et vînt se pencher vers le trou béant qui était à la place de la baie vitrée du salon de Georges. Sa gorge se serra à la pensée du vieil homme qui restait immobile, allongé par terre, les yeux figé dans une ultime larme, un troisième œil rouge et béant ornant son front.
Il regarda le vide sous lui, plusieurs débris touchait le sol à présent et leur fracas était couvert par la distance et le rugissement du vent à cette altitude. Il compris que Abaka n’était pas parmi les objets tombés au sol au moment où il aperçu un éclat bref : un fil d’araignée qui pendait le long du building au grès du vent : un grappin en monofilamment.
Il resta un long moment dans ce salon à contempler le reflet du fil qui s’élevait sous la puissance du vent au dessus des immeubles du TechnoBloc IBM, dans le ciel rouge sang de ce soir d’été.



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