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 Fiction

PJs contre Juge Ti

mercredi 6 novembre 2002, par Elch

Dans son bureau, le juge Ti se prépare, le sergent Hong, premier
officier du tribunal, l’aide à passer la lourde robe de cérémonie. Puis
il lui présente le miroir afin que le juge ajuste sa coiffe noire
empesée. Le juge passe une main dans sa longue barbe puis lisse ses
favoris, il paraît soucieux, l’affaire de ce matin est pourtant bien
engagée, il a les pièces à conviction prêtes, rangées dans ses larges
manches.

Ma Jong et Tsiao Taï, ses deux lieutenants, sont partis de bon matin à
la recherche du roi des mendiants du district. Tao Gan son troisième
lieutenant est au même moment dans l’arrière-salle d’une maison de thé
où se tient un tripot clandestin, le vieil homme, ancien escroc connaît
bien les moeurs des « hôtes des lacs et des rivières » et saura sans
aucun doute tirer du patron les informations nécessaires à l’enquête.

Enfin prêt, le juge Ti soulève le rideau de brocart qui ferme la salle
d’audience et s’avance sur l’estrade, vers la table d’où il domine toute
l’assemblée. La tenture qui retombe derrière lui est décorée d’une
licorne, symbole de la perspicacité, au-dessus un écrit impérial
rappelle cette maxime : « Le juge est le père et la mère de tous les
habitants de son district ». Au pied de l’estrade se tiennent les
scribes qui prennent en note les débats assis à des tables basses. Le
chef des sbires tient à la main les poucettes, sinistres instruments,
symboles de sa charge. Les premiers plaignants s’avancent, ils
s’agenouillent devant l’estrade et respectueusement font trois fois le
ko-teou... Quelles affaires seront traitées ce jour-là ?

Le lecteur n’a que l’embarras du choix : pour écrire cette série de
romans policiers, Robert van Gulik s’est inspiré d’un personnage réel :
le juge Ti, un enquêteur chinois qui oeuvra sous la dynastie des Tang.
Mais les documents manquent quant aux énigmes résolues par cet illustre
détective, ses sources sont donc des intrigues venant de la tradition
policière chinoise qu’il a retravaillées et européanisées pour les
rendre appréciables par des lecteurs occidentaux. De la même façon, il a
imaginé les lieutenants qui accompagnent le juge dans toutes ses
enquêtes, ces personnages font, il est vrai, une bonne partie de
l’intérêt de ces livres. Ce sont d’anciens bandits de grand chemin,
« chevaliers des vertes forêts » batailleurs, braillards et volontiers
amateurs de bonnes fortunes.

Du premier au dernier roman, RvG nous retrace toute la carrière d’un
fonctionnaire impérial de cette époque, depuis le premier district où il
exerce, au nord de l’empire, jusqu’à sa nomination comme investigateur
impérial et sa dernière enquête à Canton. Le juge Ti est confronté à des
contrebandiers, des assassins, des fous, des voleurs, des vengeances
sanglantes, et même à un complot visant à déstabiliser l’empereur.
Ecrits par un sinologue, ces romans sont une mine de renseignements sur
la vie quotidienne en Chine au VIIIe siècle, sur les habitudes
alimentaires, sur les techniques et les croyances. Mais tout cela sans
jamais être austères ou rébarbatifs, les personnages sont attachants,
ils évoluent au cours des livres, vieillissent, se marient, meurent ? Les
intrigues sont fouillées, les seconds rôles sont nombreux et l’aspect
psychologique des intrigues est très bien construit.

Ces romans datant pourtant des années 60 n’ont pas du tout vieilli et
leur lecture est un vrai moment de plaisir. De plus RvG privilégie la
logique dans le dénouement de ses énigmes, il fournit donc des indices
solides et facilement utilisables.

Ceci m’amène à la suite de ma présentation : ou l’adaptabilité de cette
série de romans au jeu de rôle. Ayant lu ses romans depuis très
longtemps j’ai été amenée à les voir comme une source de scénars
potentielle l’année dernière, mes joueuses étant particulièrement
attachées aux scénarii d’intrigues. L’avantage de ces romans est que
l’avancement technologique est comparable à celui de n’importe quel
univers Med-Fan. Il est facile de modifier les éléments les plus typés
(religions, guildes de marchands, traditions populaires...) car on en
trouve l’équivalent quelque soit l’univers de jeu.

L’ensemble de l’oeuvre offre la possibilité d’une vraie campagne touffue
à souhait, personnellement j’ai commencé à les adapter pour l’univers
« Pendragon », J’ai utilisé comme amorce de campagne le roman « le
monastère hanté » qui a le mérite d’être un huis clos et de se passer
sur 12h. C’est à mon avis ce volume qui est le plus facile à convertir
en scénario, pour les autres romans, il faut parfois supprimer des pans
secondaires d’enquête qui se greffent sur l’intrigue principale, pour
que l’ensemble ne soit pas trop emberlificoté et reste compréhensible
par les PJs. Mes joueurs ont résolu l’affaire de main de maître (plus
rapidement même que le juge Ti...) suite à ce succès leur Seigneur Lige
les a nommés investigateurs permanents à son service, ils sont donc
maintenant appelés chaque fois qu’une affaire délicate se présente. Je
suppose que l’adaptation de ces récits à L5A doit être particulièrement
facile mais je ne me sens pas apte à juger n’ayant fait qu’une partie
(complètement ratée) de ce jeu. Des individus mieux informés m’ont dit
que cette campagne se prêterait particulièrement bien à un groupe de PJs
magistrats. Bref, ces romans sont transposables à n’importe quel univers
où la technologie est peu avancée.

Je ne pense pas que l’absence de magie soit gênante, il n’est pas
mauvais que les PJ sortent un peu de leur schéma classique de
raisonnement. Pour conclure, je ne saurais trop vous recommander
chaudement de lire ces livres même sans avoir dans l’idée de les
transformer en scénarii.



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