Elmann

L'île des Elfes a été conquise, mais garde encore ses secrets...

Elmann

La grande et luxuriante (malgré la rigueur du climat) île d'Elmann appartenait autrefois aux elfes sylvains et sauvages. Le cœur de l'île est occupé par quelques forêts souvent gelées durant les périodes froides de début et fin d'année, mais suffisamment diversifiées durant l'été pour permettre à ses anciens occupants, les givres, de vivre de cueillettes et parfois de chasse. Des hêtres, des mélèzes et des épicéas garnissent le centre nord de la forêt, là où les monts de l'Elme viennent balafrer l'horizon d'une blanche cicatrice.

Ici, la tiédeur est de rigueur et la culture s'avère possible et même profitable. Pomme de terre, betteraves sucrières, blé, orge et mûriers font bon ménage au plus grand bonheur des premiers colons. En effet, depuis peu, l'île d'Elmann est devenu le grenier du royaume harnien, exportant sans relâche une production parfois abondante, d'autant plus que les elfes auparavant avaient soigneusement et savamment entrepris de fertiliser les quelques terres cultivables. Désormais, d'ailleurs, la majeure partie des civils de l'empire espère disposer d'une fermette sur cette île merveilleuse afin de profiter de la douceur de ce havre et pouvoir éduquer dans la prospérité d'une accueillante famille les nombreux enfants que la politique nataliste zagiste impose.

La capitale de l'île, Harnarega, fut baptisée du nom du dictateur. Il s'agit d'une prospère cité abritant désormais pas moins de 5000 personnes essentiellement paysannes pour la plupart. Ces braves et généreux citoyens payent un impôt en blé ou culture équivalant à 10% de la production et se voient obligés d'exporter 50% supplémentaire de leur production en direction de Brillethor et surtout d'Harnapolis. Il leur reste donc environ 40% de frais légumes, céréales et fruits pour subvenir à leur besoin personnel ou commerciaux, ce qui peut s'avérer énorme en comparaison de certains autres états.
Ces hommes et femmes sont en général les plus joyeux de tout l'empire puisqu'ils sont les plus éloignés de la terrifiante présence du Zag. Ils sont polis, affables mais détestent cordialement les elfes, craignant par dessus tout les quelques autels religieux elfiques qu'il est encore possible de trouver en plein cœur des bois. La plupart sont superstitieux et craintifs en raison de la vieille forêt qui jouxte leur demeure et dont seuls les vikings ont exploré les profondeurs…

Harnarega et l'ensemble de l'îlot d'Elmann (c'est à dire l'unique et minuscule zone est civilisée) est gouverné par l'ambassadeur Haraldr le chauve, un petit fonctionnaire à qui sa calvitie précoce a valu ce surnom. C'est un petit homme obséquieux, rusé mais peureux et larmoyant qui s'écrase en geignant au pied de son maître de Zag. Certains le soupçonnent de disposer de maigres talents magiques mais il n'en a jamais fait cas publiquement. Quoi qu'il en soit, il subit la dure loi de la politique harnienne telle une maigre larve sans même espérer pouvoir un jour disposer d'une fameuse promotion hiérarchique. Une révolte de l'empire balaierait sa faiblesse de gouverneur sans aucun obstacle, le laissant dériver au gré des prises de pouvoir, mais cela vaut peut-être mieux ainsi. Après tout, le Zag, dispose désormais d'une main mise totale sur la production agricole de l'empire.

Les mystères de l'île

L'île d'Elmann, cependant, à l'instar des plaines de Gootraz et de la mine désaffectée de Walankerr, demeure un endroit mystérieux et craint par l'ensemble des Harniens, y compris la soldatesque, en raison des secrets qu'elle saurait abriter. Certains égarés parlent de lueurs nocturnes zigzaguant entre les troncs à la nuit tombée, d'autres des plaintes lugubres censées être celles des spectres des pauvres elfes massacrés et torturés par les soins des vikings… quoi qu'il en soit, personne ne s'aventure dans la forêt redoutant les antiques maléfices sylvains dont le Zag a grand soin de répandre la rumeur.
Et pour cause, Moyster sait pertinemment qu'en cette forêt doivent se dresser certains temples arboricoles regorgeant de parchemins dévoilant l'emplacement des véritables et glorieuses cités perdues du peuple elfe. Par conséquent, plus les citoyens sont loin de la forêt, plus il a de chance que ces mystiques autels ne soient profanés et leurs secrets perdus.

Hélas, les troupes exploratrices de Moyster se heurtent à un problème bien plus grave que celui posé par l'éventuelle curiosité des citoyens harniens. Dans les profondeurs des bois d'Elmann vivent encore les enjoués amis des elfes d'antan: le petit peuple des givres. Pourtant, les taquineries de ces derniers se sont mués en haine violente à l'égard des militants zagistes, si bien que tout viking surpris par les givres se verra massacré sans autre forme de procès.
Et pour cause, les petits êtres ont eu l'immense honneur de pouvoir contempler la torture de leurs alliés, de ceux avec qui ils partageaient depuis des millénaires la garde de la forêt. Chaque soir, ils ont dû partager leur sommeil avec les cris d'agonie des elfes mourants, abandonnés à une douloureuse fin par le soin des vikings et du Zag lui-même, et leur petit cœur autrefois si jovial et sympathique s'est endurci en conséquence. Tout humain pénétrant les frondaisons de la forêt est passible de mort: tel est devenu leur objectif.


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