L'escroquerie des verres fumés

dans le Quartier des Brumes

~ une aide de jeu de Maître Vorsharkar ~

Ceci est une (aide de jeu - scénario - etc ) pour AGONE, le jeu de rôle d'Heroic Fantasy dans les Royaumes Crépusculaires, adaptation de l'oeuvre de Mathieu GABORIT (Les Chroniques des Crépusculaires - Abyme). AGONE est un jeu de rôle édité par Multisim.

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Vous avez sans doute entendu parler de ces fameuses ergastules, qui figent un instant et conservent son apparence dans une boîte ? Cette affaire a eu lieu il y a quelques années de cela, lors du scandale des Opalins de la Romance. Eh bien figurez-vous que cela en a inspiré certains ! Il faut croire que les démons ne s'avouent jamais vaincus, et que même leurs pires erreurs leur servent à fomenter de mauvais coups. Eh bien laissez-moi vous conter l'escroquerie des verres fumés.

Il advint qu'un matin quelqu'un réussit, par on ne sait quel miracle, à débaucher tous les Crieurs de la Criée du Noctunnel. Ces Crieurs déambulaient ainsi dans tous les quartiers, réveillant les bonnes gens, et tout cela pour une seule chose : faire la publicité d'une nouvelle galerie artistique, dans le Quartier de la Brume. Ce fût une matinée bien agitée, entre les bourgeois outrés, la milice confuse, et les tire-laines profitant de la confusion. Et le pire, c'est que la milice se montra incapable de retrouver l'employeur, mais juste le fait que les Crieurs avaient été grassement payés (m'est avis que la milice avait dû l'être autant !).

Donc, la curiosité aidant, les manants s'avancèrent vers cette prétendue galerie d'art. L'entrée était déjà fort chère, ce qui est d'autant plus étonnant vu le coût du raffut occasionné. Et tout cela pour voir quoi ? Des plaques de verre, plus ou moins fumées par endroit. Du moins était-ce là l'avis des plus bornés et moins sensible des critiques (comme ils le sont souvent). Pour les artistes, l'affaire était tout autre et l'on vit bientôt fleurir une nouvelle variété de verriers, au grand détriment de la peinture. Les professeurs du Quartier Etudiant en firent une apoplexie, et certains irascibles refusent de voir quiconque encore à ce jour !

Apparemment, le verrier qui avait trouvé l'astuce la partageait librement avec ses confrères, et il faut reconnaître que les oeuvres ainsi produites possédaient une finesse jamais atteinte, même par la plus fine gravure. Chose curieuse, seules des natures mortes étaient représentées, jamais aucune créature vivante ne se trouvait dépeinte. Par contre, l'on avait l'impression de plonger dans un fac-similé de notre propre cité, mais un fac-similé tout en nuances d'un noir si profond qu'il pouvait sembler aveuglant.

Mais bientôt l'on comprit ce qui se passait, lorsque les artistes les plus influençables signèrent des Connivences et que les Advocatus Diaboli soupçonnèrent quelque machination. Il faut dire que tout ce joli monde était surveillé de près par les Chevaliers de Castel Combrante, qui avaient très vite compris les utilités inavouables de telles oeuvres. Pour teinter ainsi le verre l'on commençait par se fournir en simples encres, mais une oeuvre apparaissait bien plus réussie selon la qualité et la noirceur de l'encre utilisée. Et le sang de certains démons peut servir pour de si jolies encres, si l'on en paye le prix...

Ainsi ces artistes furent-ils attrapés par leur orgueil, les collectionneurs et certains Chevaliers par leur égoïsme. Ces oeuvres inclinent à penser que le monde serait de toute beauté s'il n'était que ténèbres, et le côté sombre de chacun finit par ressurgir s'il contemple de tels verres à longueur de temps. Mais le démon qui est derrière tout cela a réussi son coup : l'utilité de ces oeuvres a séduit Castel Combrante, qui en use parcimonieusement dans les intrigues, en brûlant ainsi le cerveau des artistes les plus fantasques. Certes certains s'y sont brûlés et ont été enfermés avec les aliénés, mais cela peut sembler une arme de plus aux cyniques.

Ainsi le badaud peut-il s'esbaubir dans cette galerie, mais les Abymois en savent plus et s'en tiennent éloignés. Toujours est-il que désormais, l'escroquerie des verres fumés est entrée dans les moeurs, et surtout dans les intrigues. Une telle oeuvre est considérée comme la preuve indubitable d'une situation, car elle ne peut être falsifiée, elle ne fait que reproduire le côté sombre d'un lieu...

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