Aide de jeu de JyP (alliance de la Tour Émeraude).
Jerbiton est l'un des Fondateurs pour lequel il est difficile de discerner l'apport à la théorie de Bonisagus, au contraire de Bjornaer ou Merinita par exemple. Nous ne disposons que de peu de renseignements à son sujet, en dehors de l'ambivalence de ses disciples, qui oscillent entre une ascendance noble et des aspirations artistiques. Mais son apport à l'Ordre d'Hermès est plus grand qu'on ne peut le supposer, tant du point de vue magique que du point de vue politique. Après tout, qui a dû composer avec l'Empire de Charlemagne, qui s'est créé peu avant l'Ordre ?
Jerbiton est un nom à consonance française, mais il est connu que le mage lui-même était membre d'une noble lignée romaine. Son père lui a inculqué les antiques valeurs de la Rome antique, comme peu les connaissaient encore en ces âges sombres. Formé aux arts classiques, précoce et lettré, Jerbiton avait donc tout pour se faire remarquer d'un des descendants des prêtres de Mercure survivants à l'époque. D'autant plus que le jeune Jerbiton se révélait avoir un véritable don pour la rhétorique.
Le pater de Jerbiton enleva donc celui-ci à sa famille, pour le former aux rituels qu'il tenait de multiples prédécesseurs. Mais si ces rituels, nécessitant beaucoup de moyens et de pratiquants, étaient pratiquement impossibles à mettre en oeuvre, ils avaient été adaptés pour resservir avec un mage seul.
Cependant, ces rituels restaient archaïques, car ils faisaient appel à des citations en latin classique que la plupart ne pouvaient comprendre, et à des symboliques dépassées depuis des siècles. Et c'est quand Jerbiton prît conscience que ces rituels avaient perdu leur puissance car ils ne collaient plus au monde tel que celui-ci avait évolué qu'il prît son envol.
Sa vie durant, il ne cessa de voyager pour fonder une magie s'appuyant sur les arts tels que ceux-ci existaient à son époque. Mais ceux-ci étaient encore embryonnaires, frustres, et contenaient peu de symboliques. Il essaya même d'en apprendre plus au côté des druides qui maintenaient un savoir oral avec des bardes disposant de quelques pouvoirs, mais ceux-ci se méfiaient trop d'un romain pour l'aider. Jerbiton fût plus tard assez hostile à Diedne, ceci expliquant cela...
Finalement, en s'appuyant sur le don qu'il avait développé en rhétorique, Jerbiton personnalisa sa magie pour en faire une magie du verbe, et développa de véritables mots de pouvoir. Nul ne pouvait le vaincre en ce domaine, et sa réputation était telle que Trianoma hésita à lui rendre visite, et qu'il ne fût pas inquiété par les mages les plus belliqueux comme Flambeau ou Tytalus.
En dehors de ses compétences magiques, Jerbiton était connu surtout comme le membre d'une puissante lignée, voire l'archétype du noble romain d'autrefois, honnête, intelligent et faisant appel à la raison. Il était inévitable qu'il rencontre son pendant en ce domaine, l'archétype du noble chez les Francs, batailleur, droit et se reposant sur les armes. Il s'agit bien sûr de Charlemagne, de vingt ans son cadet.
Les deux hommes étaient comme les deux facettes d'une même pièce, dégageant autant de charisme et de volonté l'un que l'autre. L'un s'appuyait d'abord sur les guerriers et la force, l'autre sur les sages et l'intelligence. Mais sur ces domaines ils étaient d'égale force au départ. Une franche amitié les réunit, tempérée par le formidable caractère qu'ils partageaient, et chacun apprît peu à peu à appréhender le point de vue de l'autre. Si l'influence de Jerbiton permit à Charlemagne de voir au-delà de la force, l'influence de Charlemagne permît à Jerbiton d'avoir une vision à long terme pour l'Ordre d'Hermès.
Lorsque Trianoma vînt rencontrer Jerbiton, elle se savait inférieure à lui en pouvoir magique mais comptait sur la parma magica pour rétablir l'équilibre, avant de le convaincre avec ses dons de diplomatie. De fait, ils discutèrent pendant très longtemps, et il se révéla que Jerbiton, même sans pouvoir atteindre Trianoma protégée par sa parma, avait des dons de diplomatie et d'éloquence bien supérieurs à celle-ci. Mais au contraire de Trianoma dont le don de persuasion ne constituait pas une menace pour autrui, Jerbiton était déjà craint rien que par son pouvoir sur la parole. Cependant ce ne fût pas là la seule surprise de Trianoma que de découvrir son supérieur dans l'art où elle excellait.
Jerbiton, voyant Charlemagne déjà à la tête d'un empire, avait déjà imaginé ce qu'il faudrait faire pour réunir pareillement les mages dans un Ordre, sur un plan de grande envergure. Seule la parma magica constituait pour lui une nouveauté, car il avait déjà imaginé le moyen de réunir les mages sans disposer d'un tel atout. Trianoma venait sans conteste de rencontrer le plus dangereux des mages pour l'Ordre naissant. Mais Jerbiton n'était pas intéressé par le pouvoir en soi, ayant toujours eu une autorité naturelle à sa mesure. Trianoma repartît de sa demeure convaincue qu'elle avait réussit à le convaincre, comme les autres, mais en sachant que sur le plan politique des relations avec les vulgaires il ne faudrait pas se frotter à Jerbiton... Elle se cantonna donc par la suite à rencontrer des mages, Jerbiton étant trop formidable pour ce rôle.
Jerbiton détecta rapidement le point faible de l'Ordre, avec ses mages repliés sur eux-mêmes et leur pouvoir, perdant contact avec la réalité. Son pater en était un pitoyable exemple. Il apporta à Bonisagus sa magie du verbe, en mettant au point les phrasés et incantations qui sont encore aujourd'hui utilisés par les mages lorsqu'ils lancent un sort, mais ne réussit pas à intégrer l'Ordre à l'Empire comme il le souhaitait... car la plupart des autres Fondateurs soi étaient contre, soi avaient leurs propres ambitions dominatrices à ce sujet.
S'il s'opposa ainsi à Guernicus, Tytalus et Tremere, contrecarrant leurs plans à lui seul, il fût finalement contraint par les autres mages à faire oublier l'Ordre à l'Empire. Il dût pour cela effacer de la mémoire de Charlemagne tout souvenir de son existence propre et de celle de l'Ordre. Être ainsi contraint à renoncer à son plus cher ami contraria profondément Jerbiton, qui s'attacha juste ensuite à former des apprentis comprenant son point de vue sur la magie et les arts.
Apparemment, la magie du verbe de Jerbiton lui était hautement personnelle, car aucun de ses apprentis ne fît preuve d'une quelconque aptitude en ce domaine. Que ce soit parce que Jerbiton n'a pas voulu transmettre cette magie ou parce qu'il ne l'a pas pu, qui peut dire aujourd'hui ? Peut-être que la perte de Charlemagne en tant qu'ami a lourdement pesé sur cette décision... Mais les frères ennemis de Tytalus et de Tremere ont toujours soupçonné Jerbiton de leur avoir laissé quelque chose de particulièrement retors pour la suite, bien que la défaite des Fondateurs face à Jerbiton ne soit connue que par les membres les plus influents de ces maisons.
Les apprentis de Jerbiton étaient majoritairement d'extraction noble, la couche sociale la plus à même d'être instruite dans les arts classiques ou ce qu'il en restait. Le Fondateur leur transmit un goût certain pour les arts et la nécessité de rester en contact avec les vulgaires, mais peu sont au courant au sein de cette maison de la vérité fondamentale qui sous-tend cette nécessité : une magie fondée sur les arts en contact avec le monde vulgaire est plus puissante qu'une magie fondée sur des connaissances archaïques. Mais les plus puissants de la lignée s'en souviennent encore, même s'ils ne sont pas forcément enclins à en faire partager l'Ordre d'Hermès, pour augmenter leur pouvoir propre.
La lignée de Jerbiton resta assez minoritaire dans les âges sombres, où les arts étaient pratiquement oubliés. Cela conduisit à une dérive : certains de ses mages, en dehors d'être nés nobles et de maintenir le contact avec les vulgaires, n'avaient ainsi aucun intérêt pour les arts. Les plus fidèles à la lignée de Jerbiton étaient des voyageurs parcourant les contrées, à la recherche de pratiques vulgaires des arts. Rien ne distinguait particulièrement les mages de Jerbiton d'un point de vue magique, et ces deux lignées, les Arpenteurs et les Puissants, se partageaient le contrôle de la maison.
Avec l'épanouissement du Languedoc et le fleurissement de la culture Arabe en Espagne, cela changea drastiquement. Les ménestrels acquirent assez d'importance pour frapper l'imagination, créer l'archétype du noble provençal amateur des arts, et ainsi du mage de Jerbiton tel qu'il est perçu actuellement.
Cela sonna d'abord le glas des Arpenteurs, qui se divisèrent en deux factions. La première, les Ménestrels, se concentre sur les nouvelles formes d'arts telles qu'elles sont pratiquées par les troubadours et les ménestrels, les arts proches des loisirs. La seconde, les Philosophes, essaye au contraire de rendre aux arts classiques une forme pure, il s'agit là de domaines plus sérieux étudiés dans les toutes nouvelles universités. Les Puissants entamèrent également leur déclin, maintenant que tout noble se doit de s'intéresser à la poésie, l'amour courtois, et aux arts de manière générale. Mais il en reste encore bien plus qu'il ne reste d'Arpenteurs.
Les Ménestrels ont développé une magie reposant sur la musique, mais n'ont aucun lien culturel avec les bardes celtiques, dont il ne doit rester que quelques individus, leur culture étant pratiquement disparue, sauf en Irlande. Cette nouvelle magie, développée après l'an Mil, ne compte que des praticiens ayant le Don de Velours, et s'est maintenant assez développée (cf le supplément The Mysteries), surtout dans le Tribunal Provençal.
Les Philosophes en sont encore à la genèse d'une nouvelle magie, car en dehors des universités les arts classiques sont bien peu développés. Ces mages sont donc avant tout des lettrés cherchant à réinterpréter la culture classique à leur avantage, et se rassemblent de fait dans la péninsule Ibérique, suite à la chute de Constantinople.
La maison Jerbiton a connu son apogée dans le Tribunal Provençal, jusqu'à faire de celui-ci le centre de la vie politique de l'Ordre, au détriment de Durenmar et du Tribunal des Alpes. Mais cela touche à sa fin maintenant, avec la terrible croisade lancée contre les cathares et les albigeois. Qui sait, peut-être que l'Église, en plus des hérésies, avait entrevu la nouvelle magie intégrée au sein même de la société vulgaire et qu'elle a voulu pareillement l'éradiquer...
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