Dans cette partie de la légende, on peut voir que Gradlon est loin d'être en accord avec sa fonction, au point d'être abandonné par ses hommes, lui qui est pourtant le roi de Cornouailles. Le contexte général de l'histoire est de toute façon l'adoption de la religion chrétienne par son peuple, et sans doute s'agit-il ici d'une des raisons pour laquelle il est abandonné : voulant rappeler à ses hommes la grandeur des Celtes, il les entraîne dans une campagne sans merci, mais ceux-ci finissent par se lasser, et rentrer au pays.
À ce moment, son peuple peut sembler perdu aux anciennes voies, mais les êtres féériques s'en mêlent. Malgven et son vieux mari sont de toute évidence de puissants êtres féériques.
De cette union entre un roi trop têtu pour suivre son peuple, mais croyant aux anciennes traditions, et une faerie puissante, naît celle qui devrait permettre aux traditions de survivre. Mais Dahut hérite de son ascendance humaine sa faiblesse, même si cela ne sera visible que bien plus tard.
Bien que Gradlon soit le roi, c'est Dahut qui reprend le combat pour que survivent les traditions. Ys est le symbole des traditions, mais ne saurait prospérer seule, d'autres villes ayant déjà attiré la prospérité.
Dahut, de par sa naissance, fait alors alliance avec les êtres féériques pour donner à Ys la prospérité.
La ville est ainsi viable, mais il faut en payer le prix. Le tribut est payé par le biais du Masque magique.
La seule différence entre la légende et la réalité, du moins dans l'Europe Mythique d'Ars Magica, concerne l'identité du chevalier vêtu de rouge... Satan aurait-il suivi les volontés de Dieu, pour juste anéantir quelques païens ? Cela ne sert pas ses intérêts.
Grâce à Ys, je suppose que le pouvoir de la Reine du Froid se trouve augmenté, et que d'autres puissants êtres féériques s'en montrent jaloux. Et l'un d'eux, plus envieux que les autres, décide alors de détruire la cité, dont les points faibles sont les limites des humains, que Dahut a héritées.
Une autre possibilité concerne le "recrutement" des mages dans l'Ordre d'Hermès à cette époque. Imaginons que le légendaire guérisseur Dol (eh oui, le fondateur de l'hospice de Dol de Bretagne) aie décidé de prendre sa retraite à Ys, et de ne pas rejoindre l'Ordre. Tytalus se serait alors assuré qu'il ne soit pas une gêne, discrètement...
Bien sûr, la Main de Dieu se trouve encore derrière l'histoire, mais je trouve plus acceptable qu'un être féérique ou un mage en soit le vecteur, que Satan qui n'a que peu d'intérêts dans toute l'affaire.
Gradlon et Dahut sont les seuls à s'échapper, grâce aux pouvoirs féériques de Morvarc'h. On rappelle encore ici à quel point un marché avec des faeries peut être à double tranchant... Vu que Dahut n'a pas payé le tribut avec le chevalier vêtu de rouge, la ville entière en paye le prix.
...et là intervient le Saint. Gradlon a encore le choix entre les anciennes traditions et le christianisme, mais cette fois il a pu voir ce que proposaient les anciennes traditions. Il devient à ce moment la véritable incarnation de son peuple, en accord avec lui, qui veut accepter la nouvelle religion. De trop têtu, ce qui était une qualité dans les anciennes voies mais un vice dans la nouvelle, il devient soumis aux voies de l'église. Dahut fait l'autre choix.
Les ruines englouties d'Ys demeurent un lieu de haute magie, protégé d'une certaine manière par les pratiquants des anciennes voies. Dahut rejoint les êtres féériques de la mer, et reste une ennemie de ceux qui ont abandonné les Dieux Celtes. Gradlon reste le roi, mais a failli des deux côtés : il a refusé le christianisme une première fois d'un côté, et a abandonné sa fierté de l'autre.