Une journée dans la vie d'un prêtre Frustré

Par le Père Christophe.

Rien à l'horizon.

A perte de vue, la plaine s'étend, immobile. La route qui mène au prieuré est déserte, pas une seule caravane n'est venue s'y échouer depuis une semaine, aucun vaisseau de ravitaillement n'est venu s'y poser depuis un mois. Le silence est oppressant, de quoi rendre fous les quelques moinillons qui vivent encore dans ce monastère, au milieu de nulle part. Ce monastère qui s'enorgueillit de posséder le cubitus de St Hombor le Mendiant, et qui ne sert qu'à accueillir quelques vieillards fatigués venus finir leurs jours.

Entouré d'Amalthéens compatissants à l'égard de ces parasites, et de quelques Hésykastes qui viennent de par les Mondes Connus s'extasier devant ce vieil os, je nourris le désir de m'élever en société, pour la gloire du Pancréateur.

En effet, je n'ai pas toujours été ainsi, à vivre au sein de cette église minable. Je suis le prêtre Ablec, Christophe Ablec. Né sur Byzantium Secundus, j'ai étudié à la cathédrale en vue de devenir un être puissant au sein de mon ordre, conscient que le monde ne pourrait trouver le salut sans nos préceptes. Je me suis donc intéressé à faire de l'Orthodoxie Teyrienne la seule secte qui soit, l'ordre unique de l'Église Universelle.

J'ai donc commencé par étudier la politique et l'histoire des différents ordres qui composaient l'Église ; il m'apparut alors que le Temple Avesti employait des méthodes que j'approuvais au fond de moi. La crainte d'une jugement dernier nous rendant tous misérables, il fallait que l'Orthodoxie provoque la peur pour que l'homme soit soumis à nos volontés - et j'avoue avoir trouvé chez les Avestites des méthodes proches de mes aspirations...

C'est ainsi que je me suis peu à peu tourné secrètement vers les Avestites. Je me suis dirigé vers eux tout naturellement, sachant qu'ils avaient besoin d'un être tel que moi ; mais les choses ne furent pas si faciles. Je fus rejeté... Inapte ! Moi, inapte ? Las, inapte. Trop fragile, trop faible, trop pécheur à leur goût, j'étais tout cela.

N'avaient-ils pas une once d'intelligence pour reconnaître un de leurs pairs, un homme qui leur serait dévoué ? Non. N'étant pas homme de la situation, je pris l'amère décision de les combattre de tout mon pouvoir et me fis spécialiste des affaires juridiques. Je devins accusateur, je devins l'ennemi juré des Avestites afin de les réduire à néant, pour que cessent leurs affaires, pour me débarrasser de ces incompétents qui s'entendaient mieux avec les fous et les repris de justice qu'avec de véritables sages tels que moi.

J'en nourrissais une haine féroce ; ainsi, tombant dans mes rets, j'en vins à accuser le Père Kerk sur de fausses accusations, cet homme qui m'avait accueilli lorsque j'étais encore novice et qui répondait à mes questions techniques avec grande maîtrise - il était devenu l'ennemi, non plus un homme, mais représentant son ordre tout entier. Peu m'importait alors de m'associer avec des antinomistes, des républicains ou des Symbiotes - mon objectif devait être atteint.

Certes, j'y parvins, mais mon ordre ayant découvert mes compromissions, je fus envoyé sur cette planète, dans ce lieu oublié de tous, sauf de ces vieux qui viennent y mourir...

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