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Légendes urbaines, rumeurs, commérages, téléphones arabes, potins de concierges, etc. - tout est bon pour briller en société, dire du mal de son voisin ou faire passer le temps libre, mais qui dit qu'une once de vérité ne se dissimule pas au beau milieu de ce blabla incessant ?
Venez donc tendre l'oreille, pour découvrir tout ce que Ligueheim compte comme mythes et ragots...
Les derniers ragots du moment, en veux-tu en voilà !
Par Bub' et Kerk.
Hé, vous savez quoi ? Sur le campus, au cours des nuits froides (ce qui est assez rare remarquez, merci le climat !), il arrive que l'on rencontre des trucs bizarres, des animaux ou plutôt... des monstres. Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne sont pas normaux ! On m'a même dit qu'une sorte d'hybride, un Vorox croisé avec je ne sais quoi, se serait baladé tard le soir en compagnie d'un chien bizarre, avec des crocs longs comme mon bras et une queue en pointe ! Et plus la température est basse, et plus on risque de tomber nez à nez avec ! Ah, moi, il n'y a pas de risque hein - dès que le thermomètre s'amuse à descendre, c'est direction le pub du coin, histoire de se réchauffer l'intérieur !
Le Vorox machin-mutant ? Ah, le « cafard siffleur » vous voulez dire ? Alors moi, je sais pourquoi la bestiole a muté ! C'est un professeur de l'Académie Interatta qui l'a découverte ; plus exactement, il l'a créée pour obtenir une nouvelle arme, pratique, rapide et insurmontable - seulement... elle s'est surtout révélée incontrôlable. N'empêche, rudement efficace ! Le prof' pensait contrôler sa bestiole à l'aide d'ondes et d'impulsions électriques - mais le cafard, malin, a mis en place ses propres ondes pour contrer celles du prof', résultat il se met à siffler ; pas banal un cobaye qui joue la 5e de Beethoven, hein ? En plus, le prof' n'y est pas allé de main morte du côté des gênes : son cafard est sacrément musclé, et parfaitement organisé avec ses copains. Quoi, vous ne saviez pas ? Si si, ils sont plusieurs - évitez de sortir sans votre pshit anti-rampants l'ami !
Vous, vous connaissez pas Kesparate, je me goure ? Alors faites bien gaffe... Il y a des sortes de golems, enfin des trucs pas très orthodoxes, qui s'amusent à surveiller « quelque chose ». En pleine nuit, il arrive qu'on entende des... enfin vous savez, des bruits de machines, de mécaniques ; ce sont les « gardiens » qui rôdent et font leur tour de garde. Oh, bien sûr, il y a eu quelques gugusses qui ont voulu s'approcher - on ne les a jamais revus ceux-là (quand on vous dit que la curiosité est un vilain défaut !).
Ce qu'ils protègent ? Ma foi, les bruits courent... Mon frère m'a affirmé qu'il s'agissait de tout un réseau de charges explosives - il y en aurait assez pour faire péter la planète ! Les corpos de la Seconde République les auraient placées là, euh... au cas où, si jamais ils n'auraient pas pu garder l'indépendance de la planète. Mais on m'a aussi raconté l'histoire d'une Machine pensante très puissante, qui permettrait de calculer les coordonnées de saut des Portails - vous imaginez un peu ? Reste une dernière version : les golems protégeraient des bestioles du genre « expérience qui aurait mal tourné » - du moins, c'est celle des étudiants, mais avec eux, allez savoir...
Qu'est-ce que planquent les golems ? Vous pouvez me faire confiance, j'ai des bonnes sources : ce sont des francs-marchands qui commercent avec des pirates ou d'autres marchands, et qui transportent du matériel pas très clair... Bien sûr, ils zigouillent tous ceux qui descendent rendre une petite visite à leurs souterrains !
Tenez, la dernière du jour : la guilde des Courtisanes aurait développé et employé une drogue, sous forme de parfum, qui leur permettrait de s'attirer la sympathie d'à peu près tout le monde. Ce parfum serait très volatile, et sans que l'on s'en rende compte, impossible de faire le moindre mal à celui ou celle qui le porte... Pire encore, on ne demanderait qu'à le ou la revoir le pus vite possible ! Et c'est ainsi que la guilde s'assurerait la fidélité de sa clientèle ? Mmmm, l'article parle d'un certain docteur Keri Forsyth, un haut-placé dans la guilde, qui travaillerait actuellement sur d'autres utilisations possibles de cette drogue, comme par exemple obtenir des informations sans le moindre problème... Hé bé, comme si parler dans son sommeil ça ne suffisait pas...
Par Ouroboros.
Sur Ligueheim, il existe une période où la Foi rejaillit sur chacun ; une période de grâce et de liesse, qui se répand à la surface de la planète comme une traînée de poudre ; une journée fériée, où même les athées les plus fervents cessent leur travail. Les habitants de Ligueheim ont beau être des technophiles abjects, d'après l'Église, ils n'en ont pas moins envie d'être pardonnés par le Pancréateur...
Paradoxalement, les origines de ce jour de fête proviennent
d'une nuit de deuil, marquant l'annonce sur Ligueheim (Liberté à l'époque) de
la mort du Prophète, par Saint Paulus. Pour commémorer cette terrible
nouvelle, les habitants allumèrent chacun une lanterne, une bougie, une
chandelle, de manière à repousser les Ténèbres et à illuminer le trajet de
chaque pilote, maintenant que les routes de saut étaient sanctifiées par le
Saint Homme. Au doute succéda un espoir, celui d'un sacrifice dont chacun
voulut percevoir le sens et le sacré.
La commémoration de cette nuit de deuil (et petit à petit,
de la journée qui lui succédait) se poursuivit jusqu'au terme de la Diaspora,
jusqu'à la fondation de la Seconde République - période pendant laquelle la
foi orthodoxe fut mise à mal, et où bien peu d'habitants de Ligueheim étaient
des croyants sincères. Cependant, cette Nuit des Chandelles avait créé un
besoin commercial, fondé sur la lumière. Ainsi, la fête resta en vigueur et
connut même un certain essor, perdant sa symbolique religieuse et son aspect
douloureux, devenant l'expression de la joie populaire à travers un
déferlement lumineux.
Dès lors, cette nuit eut pour caractéristique d'être
veillée par tous les habitants de la planète : la Nuit des Chandelles devint
Nuit du Soleil - la nuit où il faisait comme jour. Chaque année, un carnaval fut
organisé où s'opposaient les défilés sponsorisés par chaque
méga-corporation, se disputant le titre du plus bel astronef. Au même moment,
chaque quartier de Kesparate luttait pour être plus illuminé que ses voisins,
pour obtenir les plus grands holo-spectacles, les plus vastes fontaines à
lasers, les meilleurs feux d'artifices, etc.
Après un millénaire de "décadence
républicaine", la Nuit des Chandelles n'était toujours pas tombée en
désuétude ; bien au contraire, les Soleils Mourants aidant, les gens avaient
retrouvé leur foi et leurs traditions d'antan. Pendant la Chute, la fête
regagna son ambivalence de journée de deuil et de lumière - mais si les
prêtres luttèrent pour ré-instaurer le jeûne créé lors de la Diaspora, la
République et son abondance avaient laissé des traces... Aujourd'hui,
peut-être est-ce le sentiment de culpabilité cultivé par l'Église qui donne
tant de succès à cette fête, où tous les excès sont commis en cachette. La
coutume d'allumer chacun une lanterne est toujours en vigueur, mais les moyens
ne sont plus les mêmes qu'auparavant : aux lampes à fusion ont succédé les
chandelles à base de graisse de Brute. Si chaque quartier de Kesparate se lance
toujours à la course au flamboiement, les nombreuses pannes et systèmes
défaillants font que nombreux sont les blocs à ne plus resplendir aussi
fièrement.
L'une des plus importantes stations qui orbite autour de
Ligueheim se nomme Mercurius, baptisée ainsi d'après sa vocation
commerciale, relativement épargnée par les exactions de la Chute. D'aussi
loin que se souviennent les habitants de Ligueheim, "l'Écrou" (comme
on le surnomme) a servi de port commercial à la planète, accueillant tous les
vaisseaux non-atmosphériques. Liée aux fluctuations en dents de scie des
fortunes de ses propriétaires successifs, la station a fini par être tout
bonnement rachetée par la planète, lors de la Seconde République. Au fil des
siècles, elle a (étonnamment) échappé aux pirates, aux barbares et aux
différents assaillants désireux d'envahir Ligueheim - à chaque reprise, les
forces en présence se sont contentées de s'en servir de radoub ou de base de
repli, sans lui causer le moindre dégât, sans jamais chercher à se venger des
redoutables défenses orbitales de Ligueheim, la "Poule aux oeufs
d'or" tant convoitée... Finalement, il en va des envahisseurs comme
des clients : tous sont poliment accueillis, pour peu qu'ils aient les moyens de
s'offrir les services de la station. Malheur aux mauvais payeurs (qui ne sont
pas forcément les plus démunis), qui se retrouvent tôt ou tard harcelés par
une flottille de chasseurs ou de vaisseaux rapides comme l'éclair, émergeant
de nulle part, lors du trajet entre Mercurius et le Portail de Saut.
De loin, Mercurius ressemble à une énorme vis : sa base
forme la partie la plus vaste, coiffée d'un dôme où se situent les serres et
cultures hydroponiques. En deçà du dôme, les installations de survie, les
réservoirs d'eau et les filtres à oxygène - tout autour de ce cœur, des
segments ont été creusés dans le céramétal : les quais et hangars de la
station. La base de Mercurius comprend les installations d'accueil des visiteurs
(auberges, lieux de détente, commerces, salons, etc.) ainsi que les dépôts à
marchandises et halls de négociations. Sous le plancher, les quartiers des
résidents, et enfin les installations des guildes (dont la demeure du Doyen
local) qui occupent l'étage le plus bas - également le plus petit.
Le Doyen actuel se prénomme Rwal Voight, un homme de
petite taille, digne mais profondément cynique, au menton en galoche et au nez
en sabot, qui sait qu'il ne doit sa place qu'à sa mauvaise humeur légendaire.
L'un des mailleurs pilotes auriges (aujourd'hui retiré), Rwal n'a jamais eu de
bons contacts avec la hiérarchie de sa guilde - cette dernière, préférant
l'éloigner sans pour autant le perdre de vue, décida de le placer là où il
saurait dégager du bénéfice, sans pour autant se faire entendre... Un choix
que la guilde ne regrette guère, tant les méthodes de gestion de Rwal ont fait
merveille.
Les marchandises vendues sur Mercurius (la plupart directement produites
sur Ligueheim) sont de toutes sortes - naturellement, certaines sortent du cadre
légal, mais elles ne représentent qu'une part infime du volume des ventes. De
plus, Mercurius abrite quelques constructeurs et chantiers spatiaux, ainsi que
plusieurs ateliers de renommée intersidérale. C'est ici que se rendent les
francs-marchands, corsaires et autres solitaires lorsqu'ils nécessitent de
réparer ou modifier leur vaisseau - nombreux sont également les nobles qui
visitent Mercurius, afin de "muscler" leur flotte de guerre.
Vers la fin de la Seconde République, plusieurs
factions repérèrent un manège bien étrange sur la station Mercurius... En
effet, la Nuit des Chandelles avait attiré des espions de tous bords, qui se
divertissaient sur Mercurius, profitant de la fête. Au demeurant, leur venue
semblait compréhensible : le spectacle féerique des cités de Ligueheim,
illuminant la surface de la planète, et du ballet d'étincelles des feux
d'artifices incessants avaient de quoi attirer les regards. Seulement, pourquoi
étaient-ils tous rassemblés dans une même salle, conscients de la présence
des uns et des autres, alliés ou ennemis ?
Après mûre réflexion, les factions comprirent : les
espions s'intéressaient pas exactement au spectacle, mais plutôt à l'ordre d'illumination
des quartiers, d'extinction des feux et à l'intensité des éclairages publics
- un vaste ensemble formant un code cohérent, transmettant diverses
informations... L'ambiance de liesse favorisait les contacts pacifiques et sans
heurts, la coutume a perduré depuis - la Nuit des Chandelles, sur Mercurius,
devint l'occasion pour les espions et informateurs de tous types et tous
horizons d'échanger des informations, de vendre des services, de (dé)nouer une
alliance ou de marchander dans le calme - mais moins paisibles étaient les
affrontements pour s'assurer la complicité des techniciens des éclairages,
sans lesquels le code tombait à l'eau... Chaque année, l'Oeil impérial est au
rendez-vous, et nul doute que la Ligue transmette régulièrement des
instructions à ses agents et espions stationnés sur Mercurius.
Reste un bémol : la guilde des Mercuriens (ironie du
sort vis-à-vis du nom de la station ?), dont bon nombre de membres ont élu
résidence au sein de la station. Cette organisation secrète, aux desseins
incompréhensibles, vouée au chaos, a fini par dénicher le fin mot de
l'histoire et toute l'importance de la Nuit des Chandelles... Profitant de cette
occasion, les Mercuriens font tout leur possible pour égarer les espions,
provoquer des quiproquos, favoriser des rencontres peu souhaitables et faire
échouer des plans longuement mûris ; au sol, ils font en sorte d'illuminer les
quartiers dans le désordre ou de provoquer des pannes au mauvais moment...
Résultat : les codes sont de plus en plus souvent incomplets ou, pire, mal
interprétés. Naturellement, les hiérarchies des divers services de
renseignement hurlent de rage, d'autant plus qu'elles ont été jusqu'ici
incapables de remonter la trace des trouble-fêtes, quand elles ne vont pas
soupçonner une agence concurrente. Et pourtant, Mercurius continue d'attirer
les espions des quatre coins des Mondes Connus, pour le plus grand plaisir des
Mercuriens, soucieux de faire de la Nuit des Chandelles une Nuit des Ombres !