LigueHeim Confidential - Légendes Urbaines



Légendes urbaines, rumeurs, commérages, téléphones arabes, potins de concierges, etc. - tout est bon pour briller en société, dire du mal de son voisin ou faire passer le temps libre, mais qui dit qu'une once de vérité ne se dissimule pas au beau milieu de ce blabla incessant ?

Venez donc tendre l'oreille, pour découvrir tout ce que Ligueheim compte comme mythes et ragots...

 

Les derniers ragots du moment, en veux-tu en voilà !

Par Bub' et Kerk.

Haut de la Page

La Nuit des Chandelles

Par Ouroboros.

Sur Ligueheim, il existe une période où la Foi rejaillit sur chacun ; une période de grâce et de liesse, qui se répand à la surface de la planète comme une traînée de poudre ; une journée fériée, où même les athées les plus fervents cessent leur travail. Les habitants de Ligueheim ont beau être des technophiles abjects, d'après l'Église, ils n'en ont pas moins envie d'être pardonnés par le Pancréateur...

L'histoire :

Paradoxalement, les origines de ce jour de fête proviennent d'une nuit de deuil, marquant l'annonce sur Ligueheim (Liberté à l'époque) de la mort du Prophète, par Saint Paulus. Pour commémorer cette terrible nouvelle, les habitants allumèrent chacun une lanterne, une bougie, une chandelle, de manière à repousser les Ténèbres et à illuminer le trajet de chaque pilote, maintenant que les routes de saut étaient sanctifiées par le Saint Homme. Au doute succéda un espoir, celui d'un sacrifice dont chacun voulut percevoir le sens et le sacré.

La commémoration de cette nuit de deuil (et petit à petit, de la journée qui lui succédait) se poursuivit jusqu'au terme de la Diaspora, jusqu'à la fondation de la Seconde République - période pendant laquelle la foi orthodoxe fut mise à mal, et où bien peu d'habitants de Ligueheim étaient des croyants sincères. Cependant, cette Nuit des Chandelles avait créé un besoin commercial, fondé sur la lumière. Ainsi, la fête resta en vigueur et connut même un certain essor, perdant sa symbolique religieuse et son aspect douloureux, devenant l'expression de la joie populaire à travers un déferlement lumineux.

Dès lors, cette nuit eut pour caractéristique d'être veillée par tous les habitants de la planète : la Nuit des Chandelles devint Nuit du Soleil - la nuit où il faisait comme jour. Chaque année, un carnaval fut organisé où s'opposaient les défilés sponsorisés par chaque méga-corporation, se disputant le titre du plus bel astronef. Au même moment, chaque quartier de Kesparate luttait pour être plus illuminé que ses voisins, pour obtenir les plus grands holo-spectacles, les plus vastes fontaines à lasers, les meilleurs feux d'artifices, etc.

Après un millénaire de "décadence républicaine", la Nuit des Chandelles n'était toujours pas tombée en désuétude ; bien au contraire, les Soleils Mourants aidant, les gens avaient retrouvé leur foi et leurs traditions d'antan. Pendant la Chute, la fête regagna son ambivalence de journée de deuil et de lumière - mais si les prêtres luttèrent pour ré-instaurer le jeûne créé lors de la Diaspora, la République et son abondance avaient laissé des traces... Aujourd'hui, peut-être est-ce le sentiment de culpabilité cultivé par l'Église qui donne tant de succès à cette fête, où tous les excès sont commis en cachette. La coutume d'allumer chacun une lanterne est toujours en vigueur, mais les moyens ne sont plus les mêmes qu'auparavant : aux lampes à fusion ont succédé les chandelles à base de graisse de Brute. Si chaque quartier de Kesparate se lance toujours à la course au flamboiement, les nombreuses pannes et systèmes défaillants font que nombreux sont les blocs à ne plus resplendir aussi fièrement.

Haut de la Page

La station Mercurius :

L'une des plus importantes stations qui orbite autour de Ligueheim se nomme Mercurius, baptisée ainsi d'après sa vocation commerciale, relativement épargnée par les exactions de la Chute. D'aussi loin que se souviennent les habitants de Ligueheim, "l'Écrou" (comme on le surnomme) a servi de port commercial à la planète, accueillant tous les vaisseaux non-atmosphériques. Liée aux fluctuations en dents de scie des fortunes de ses propriétaires successifs, la station a fini par être tout bonnement rachetée par la planète, lors de la Seconde République. Au fil des siècles, elle a (étonnamment) échappé aux pirates, aux barbares et aux différents assaillants désireux d'envahir Ligueheim - à chaque reprise, les forces en présence se sont contentées de s'en servir de radoub ou de base de repli, sans lui causer le moindre dégât, sans jamais chercher à se venger des redoutables défenses orbitales de Ligueheim, la "Poule aux oeufs d'or" tant convoitée... Finalement, il en va des envahisseurs comme des clients : tous sont poliment accueillis, pour peu qu'ils aient les moyens de s'offrir les services de la station. Malheur aux mauvais payeurs (qui ne sont pas forcément les plus démunis), qui se retrouvent tôt ou tard harcelés par une flottille de chasseurs ou de vaisseaux rapides comme l'éclair, émergeant de nulle part, lors du trajet entre Mercurius et le Portail de Saut.

De loin, Mercurius ressemble à une énorme vis : sa base forme la partie la plus vaste, coiffée d'un dôme où se situent les serres et cultures hydroponiques. En deçà du dôme, les installations de survie, les réservoirs d'eau et les filtres à oxygène - tout autour de ce cœur, des segments ont été creusés dans le céramétal : les quais et hangars de la station. La base de Mercurius comprend les installations d'accueil des visiteurs (auberges, lieux de détente, commerces, salons, etc.) ainsi que les dépôts à marchandises et halls de négociations. Sous le plancher, les quartiers des résidents, et enfin les installations des guildes (dont la demeure du Doyen local) qui occupent l'étage le plus bas - également le plus petit.

Le Doyen actuel se prénomme Rwal Voight, un homme de petite taille, digne mais profondément cynique, au menton en galoche et au nez en sabot, qui sait qu'il ne doit sa place qu'à sa mauvaise humeur légendaire. L'un des mailleurs pilotes auriges (aujourd'hui retiré), Rwal n'a jamais eu de bons contacts avec la hiérarchie de sa guilde - cette dernière, préférant l'éloigner sans pour autant le perdre de vue, décida de le placer là où il saurait dégager du bénéfice, sans pour autant se faire entendre... Un choix que la guilde ne regrette guère, tant les méthodes de gestion de Rwal ont fait merveille.

Les marchandises vendues sur Mercurius (la plupart directement produites sur Ligueheim) sont de toutes sortes - naturellement, certaines sortent du cadre légal, mais elles ne représentent qu'une part infime du volume des ventes. De plus, Mercurius abrite quelques constructeurs et chantiers spatiaux, ainsi que plusieurs ateliers de renommée intersidérale. C'est ici que se rendent les francs-marchands, corsaires et autres solitaires lorsqu'ils nécessitent de réparer ou modifier leur vaisseau - nombreux sont également les nobles qui visitent Mercurius, afin de "muscler" leur flotte de guerre.

Haut de la Page

La Nuit des Ombres :

Vers la fin de la Seconde République, plusieurs factions repérèrent un manège bien étrange sur la station Mercurius... En effet, la Nuit des Chandelles avait attiré des espions de tous bords, qui se divertissaient sur Mercurius, profitant de la fête. Au demeurant, leur venue semblait compréhensible : le spectacle féerique des cités de Ligueheim, illuminant la surface de la planète, et du ballet d'étincelles des feux d'artifices incessants avaient de quoi attirer les regards. Seulement, pourquoi étaient-ils tous rassemblés dans une même salle, conscients de la présence des uns et des autres, alliés ou ennemis ?

Après mûre réflexion, les factions comprirent : les espions s'intéressaient pas exactement au spectacle, mais plutôt à l'ordre d'illumination des quartiers, d'extinction des feux et à l'intensité des éclairages publics - un vaste ensemble formant un code cohérent, transmettant diverses informations... L'ambiance de liesse favorisait les contacts pacifiques et sans heurts, la coutume a perduré depuis - la Nuit des Chandelles, sur Mercurius, devint l'occasion pour les espions et informateurs de tous types et tous horizons d'échanger des informations, de vendre des services, de (dé)nouer une alliance ou de marchander dans le calme - mais moins paisibles étaient les affrontements pour s'assurer la complicité des techniciens des éclairages, sans lesquels le code tombait à l'eau... Chaque année, l'Oeil impérial est au rendez-vous, et nul doute que la Ligue transmette régulièrement des instructions à ses agents et espions stationnés sur Mercurius.

Reste un bémol : la guilde des Mercuriens (ironie du sort vis-à-vis du nom de la station ?), dont bon nombre de membres ont élu résidence au sein de la station. Cette organisation secrète, aux desseins incompréhensibles, vouée au chaos, a fini par dénicher le fin mot de l'histoire et toute l'importance de la Nuit des Chandelles... Profitant de cette occasion, les Mercuriens font tout leur possible pour égarer les espions, provoquer des quiproquos, favoriser des rencontres peu souhaitables et faire échouer des plans longuement mûris ; au sol, ils font en sorte d'illuminer les quartiers dans le désordre ou de provoquer des pannes au mauvais moment... Résultat : les codes sont de plus en plus souvent incomplets ou, pire, mal interprétés. Naturellement, les hiérarchies des divers services de renseignement hurlent de rage, d'autant plus qu'elles ont été jusqu'ici incapables de remonter la trace des trouble-fêtes, quand elles ne vont pas soupçonner une agence concurrente. Et pourtant, Mercurius continue d'attirer les espions des quatre coins des Mondes Connus, pour le plus grand plaisir des Mercuriens, soucieux de faire de la Nuit des Chandelles une Nuit des Ombres !

Haut de la Page