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-"Ah, c’est encore toi, petit ? Alors, ta visite de Gavrinis te plaît ? Quoi ?

Chut ! Parle pas de ça si fort ! Les Portiers n’aiment pas qu’on parle de Fantaisie devant tout le monde. Alors comme ça tu veux savoir ce qu’est la « Fantaisie ».

Ecoute, suis-moi, on va en parler autour d’une bonne bière, dans un endroit plus discret."

Que l’on se trouve sur la place rouge ou que l’on erre dans les rues de Gavrinis, il n’est nul endroit où l’on peut apercevoir cette classique petite échoppe présent dans de nombreuses villes et a l’intérieur de laquelle flânent des odeurs de pétales de roses, de scarabées en poudre et de vieux parchemins. En effet, à Gavrinis pas de magie. La magie, ici appelée « Fantaisie » est très mal vue et a disparu de cette ville depuis de nombreuses décennies, depuis un événement qui perturba Gavrinis au plus haut point, manquant de peu la désertion de la ville.

 L’Année de la Solitude.

Ce tragique événement eu lieu durant le règne de Rereï Trussac. Le roi de l’époque, du fait de ses origines elfiques, entretenait de bonnes relations avec les « Fantaisistes » de l’époque. Il leur permettait d’entrer et de sortir de la ville à leur guise, et ils étaient nombreux à s’être installés dans l’enceinte même de la cité. Ils aidèrent beaucoup le roi, divertissant les foules par leurs tours de passe-passe, aidant à la construction de la ville grâce à leurs pouvoirs.

Les pouvoirs des Fantaisistes semblaient sans limites, et ils vivaient en totale harmonie avec les noovonés.

Le chef des Fantaisistes, et l’une des meilleures amies du roi, se nommait Aline Mosakh et était une femme bienveillante qui s’investissait pleinement dans la cité veillant à ce que les Fantaisistes assistant les portiers du mieux qu’ils le pouvaient. Cette femme menait depuis des années des recherches visant à créer un sort restaurant, partiellement au moins, la mémoire des noovonés.

Un jour, venant de son laboratoire, on entendit un grand cri de triomphe. Elle avait enfin réussi à rendre son identité à un noovoné. La nouvelle fit rapidement le tour de la ville et bientôt tous les noovonés se pressèrent à la porte de la femme qui pouvait leur rendre leurs souvenirs. Le roi était alors partit en quête de nouveaux territoires et Gavrinis se trouvait quasiment sans surveillance, seule une petite partie de la milice restant sur place afin de maintenir l’ordre, qui ne se trouvait d’ailleurs que très rarement perturbé.

Aline Mosakh ne pensait qu’aux noovonés et trouvait triste pour ces hommes et ces femmes de ne se souvenir de rien de leurs vies passées. Elle décida alors de ne pas attendre le retour du roi, dont la campagne dura environ 9 mois, et se mit à guérir tous ceux qui le lui demandaient de leur amnésie. C’est ainsi qu’au bout de 2 mois, plus de la moitié de la population de Gavrinis avait quitté la ville, et que celle-ci se divisait en deux camps, les Fantaisistes d’un coté, qui étaient prêts à tout pour défendre leur chef, et qui avaient à leur tour pris l’initiative de guérir ceux qui le voulaient de leur amnésie. Opposés à eux se trouvaient les quelques cent miliciens qui refusait de voir leur ville se faire abandonner ainsi et qui étaient soutenus par les rares habitants ayant décidés de rester à Gavrinis.

La milice et les portiers restaient impuissants à endiguer le flot de noovonés qui désertaient progressivement la ville, à un tel point que celle-ci ne fut bientôt peuplée que de quelques centaines d’âmes refusant d’être guéris ou se plaisant trop à Gavrinis pour s’en aller.

Lorsque le roi Rereï Trussac revint victorieux dans sa cité avec son armée, point de foule pour l’accueillir, point de rues en fête mais une ville morte. Une ville dont les rues étaient désertes, dont les maisons, pâle reflet de leur ancienne vie, restaient désespérément vides, dont les échoppes paraissaient ne plus avoir reçu de client depuis bien longtemps, dont les rues n’étaient plus peuplées que par la vermine.

Une fois informées de la situation, il convoqua immédiatement Aline et la pria de se retirer avec tous les Fantaisistes, et de ne jamais revenir à Gavrinis. La jeune femme fut au désespoir d’apprendre que le roi, son ami, ne voulait pas le bonheur de son peuple mais lui préférait une ville souriante et prospère. Chassée par l’armée qui se trouvait depuis le retour du roi à cinq contre un, Aline et les siens se résignèrent à partir, sachant que quelques cents Fantaisistes ne pouvaient lutter contre les 2000 du roi.

Aline s’exila donc mais n’abdiqua pas. Elle se rendit à une cinquantaine de kilomètres de Gavrinis, à l’endroit où le fleuve lubis se scinde en deux pour se rejoindre 8 km plus loin et construit sur cet îlot « Harbon » sa propre ville dont le centre est occupé par « l’université Fantaisite ».

Il fallu 5 ans à Gavrinis pour se remettre de cette « Année de la Solitude ». Le roi Rereï tira pourtant un enseignement de tout ceci, il ne fallait jamais que la Fantaisie franchisse les murs de Gavrinis, sous peine de voir ce drame recommencer. Il conclut donc un arrangement avec son amie d’autrefois :Il consentait à envoyer des hommes peupler Harbon et aider à la construction, ainsi qu’à signer un traité interdisant tout conflit entre les deux cités à condition qu’Aline jette sur elle-même et sur tout ceux, Fantaisistes et Gavriniens, l’opposé du sort qu’elle avait inventé et qu’elle détruise définitivement tous les exemplaires de ce sort. Ceci eut pour effet de faire oublier à tous l’Année de la Solitude, Le roi Rereï et Aline y compris, ne laissant dans l’esprit des Gavrinien qu’une vague peur et une tout aussi vague aversion pour ce que l’on qualifie désormais à Gavrinis d’art interdit, à savoir la Fantaisie.

Toute trace de cette funeste année fut effacée, sur le papier comme dans les esprits.

Depuis ce jour, il est énoncé dans les textes de la cité, que seuls les Portiers peuvent consulter :

«  Il est formellement interdit à tout citoyen de Gavrinis de pratiquer cet art dangereux pour tous qu’est la Fantaisie.

L’accès à Gavrinis est également interdit à tout homme pratiquant OU ayant pratiqué la Fantaisie. »

Cette règle est toujours appliquée à la lettre, bien que les portiers ne sachent absolument pas pourquoi.

 Jert GILPMARK

 
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