Alors, Alors...
Je voudrais juste faire une petite mise au point
perso. Avant tout, que tout soit clair: je ne prétends pas détenir la vérité, je ne
cherche pas à convaincre de quoi que ce soit (on peut changer d'opinions avec le temps
ou les évènements, mais sûrement pas en étant convaincu par un tiers), et je ne
pense même pas que le sujet soit réellement important... Oui, y a des vrais morceaux de
politiques dedans. C'est pas comme si j'osais ouvrir ma gueule pour de vrai, sans même
évoquer un quelconque engagement ou militantisme...
Il se trouve simplement que je suis
vaguement déçu par la nouvelle "ligne éditoriale" de la troisième édition,
et que certains sous-entendus ici et là me chiffonnent un peu. Notez bien qu'il ne s'agit
pas de se livrer à de ridicules attaques personnelles, ou de remettre en cause la
qualité des auteurs (dont je respecte sincèrement le travail, sans rire), mais
pour une fois que je suis en position de force symbolique (j'écris, vous lisez), cela ne
me fera pas de mal de faire part de mes, euh, brillants commentaires. <Buuurps!>
Excusez-moi...
Ce qui me plaisait beaucoup dans INS/MV,
c'était son coté brouillon, voire franchement bordélique; évidemment, tout est
question de perception, mais entre les jeux de mots laids, la "dimension
parallèle" qui induisait une certaine distance, les conneries gratuites, le
background inventé au fur et à mesure des scenarii...
La refonte du jeu était sans doute nécessaire à sa cohérence, mais le sentiment général qui s'en dégage (pour bibi)
est un "lissage" des éléments les plus sulfureux (perceptible dans la
dé-nazification de Daniel, si je peux me permettre cette comparaison historique)
accompagnée d'une volonté de donner dans le "sérieux". Problème, j'accroche
moyennement à ce nouvel habillage, et j'irai même jusqu'à trouver que certaines
AdJ non officielles Internet font un meilleur travail (plus d'enjeux, mariage plus
harmonieux d'éléments "adultes" & "INS/MV"). Evidemment,
comme je l'ai déjà noté, je ne pratique plus le JdR, alors peut-être que la beauté ou
l'utilité du résultat m'échappe; d'un autre coté, si c'était pour en arriver à la
"cama" de Samigina...
Là, c'était sur le jeu proprement dit; en
lisant les derniers suppléments, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer une série
d'allusions plus ou moins ouvertes pas vraiment apolitiques (à mon avis, mais je fais
peut-être un procès d'intentions?), par exemple une nouvelle de l'ES N°2 à
l'anti-américanisme très agressif (avec des Spetznaz donneurs de leçons, les civils
tchétchènes apprécieraient) ou, toujours dans cette ES, une "remarque de
Kobal" sur l'aspect tabou des vannes sur les juifs. Accrochez-vous, je vais faire
chier avec de la morale à deux centimes d'euro, pour 5-6 lignes sur 160 pages. Hop, hop !
Pour relativiser, je veux juste
préciser qu'il n'y a rien de choquant à ce que des auteurs expriment leurs opinions; le
problème ici, c'est surtout que le JdR est un jouet (prochainement, le sens de la vie
dans un catalogue "majorettes" ?) et que des supports plus adaptés existent.
Comme pour énormément de choses, c'est le mélange des genres qui me dérange. En plus,
on me gave avec ce genre de conneries à longueur de media, et que j'apprécierais
beaucoup d'y échapper dans une lecture de loisir...
En fait, je fais ici
référence à cette vulgate "anti-mondialisation" de plus en plus
ambiguë (cf.
la visite de l'icône Bové (15)
à Arafat), qui se décline en "anti-sionisme",
"droits-de-l'hommisme", "pacifisme",... pour un bord, et
"anti-cosmopolitisme" pour l'autre, mais toujours à l'abri d'une haine des USA.
Je m'apprête donc à jouer l'américanophile, ce qui me déchire les sphincters, étant
légitimement inquiet face à l'unique superpuissance restante, à la politique
étrangère pragmatique contraire à ses grands principes, et aux intérêt fréquemment
opposés aux nôtres (France, Europe). Sans compter que j'ai mangé au mac Do cet été
pour la première fois de ma vie seulement (ils acceptent les tickets-restos, ces
cons), et que les anglo-saxons ne se privent pas avec les froggies (exemple daté, con mais
rigolo).
Au fond, la diabolisation
"guignols" (à propos, si vous basez vôtre perception du monde à partir de
l'humour tarifié de bouffons de la WC, vous êtes mal barrés) (16) est avant tout une manipulation
et une perception tronquée de la réalité; les USA ne sont certainement pas les
"gentils" de l'histoire, mais si on les qualifie de "fascistes", alors
quel adjectif réserver à certains? On peut critiquer ENORMEMENT de traits de leur
société, culture, politique,... Le fait demeure que leur condamnation systématique est
symptomatique d'une certaine vision, pour laquelle NOUS (les occidentaux, les
capitalistes, les riches, les porcs impérialistes... Donc à fortiori les ricains)
sommes toujours coupables, tandis que les AUTRES (le tiers-monde
"présentable", déresponsabilisé et infantilisé), sont toujours victimes.
Je me méfie du "fardeau de l'homme blanc": les mal-blanchis ne sont pas que des
cliché auxquels on doit systématiquement assistance; ils ont une identité culturelle
propre, une histoire, des valeurs qui ne sont pas toujours les nôtres, et ils peuvent
être au moins aussi merdiques que nous, ou pas, ou pire, ou différemment.
Que les sud-américains soient majoritairement anti-yankees, je
ne peux que le comprendre; qu'on cherche à m'expliquer les souffrances de tel ou
tel peuple érigé en victime modèle de l'ogre capitaliste dans un livret pour
ado/post-ado à tendances intellos, ça me fatigue.
Exemple qui m'énerve type: les
"500 000 (ou 1 millions, 2 millions) bébés irakiens" (l'ONU parle plutôt
de "déficit de naissances", mais bon, ça fait quand même pas mal de bambins
crevés); la situation sanitaire est catastrophique, la population - autrefois la plus
développée du coin - souffre de toutes sortes de pénuries, mais le régime est
riche (embrouille récente Europe/USA pour savoir quelles banques allaient gérer le
pactole des exportations de pétrole, niveau pré-1990. Principal client: USA...) et
le cercle des Saddamites prospère comme jamais. Le blocus est un scandale, mais la
gestion du pays est criminelle (répression contre les kurdes 1987-1988: 100 000 à
200 000 civils assassinés, dont 8000 bombardés au gaz. Estimation "basse").
Saddam, la Jordanie, la Syrie, l'Arabie Saoudite, et les USA ont tous intérêt à son
maintien, chacun profitant de la situation. Seule la populace en chie, mais si ça permet
à Le Pen, via sa femme Jany, de soutenir un ennemi d'Israël, aux gauchos de fustiger
l'impérialisme, aux musulmans de se trouver une cause commune (guerre Iran-Irak : 800
000 morts, tous musulmans, 40 à 80 fois les morts de la guerre du Golfe), quelle
importance ? Anti-américanisme dogmatique, extrême-droite et extrême-gauche s'y
retrouvent.
Idem pour la faim dans le monde, en
partie due à la mise en concurrence de l'agriculture des pays pauvres avec celle,
subventionnée à mort et surproductive, des pays riches, mais aussi à la crapulerie de
certains (détournement de l'aide, famine organisée pour déplacer les populations ou
comme arme de guerre, priorité donnée à l'armée,...).
Et je ne parle même pas de
l'esclavage, de la colonisation, du sida, de la religion,... L'Occident à ses tabous, que
certains savent manier avec dextérité (ex. "palestiniens = dernier peuple
colonisé". Et la Papouasie, le Tibet, le Sahara occidental,...?), mais il semble
que les média ne se soucient des autres civilisations que lorsqu'elles nous permettent de
nous auto-culpabilser. Et pendant que nous nous battons la coulpe pour des
"crimes" que d'autres ont commis avant nous ou commettent encore, nous nous
exploitons les uns-les autres, et marchons allègrement sur la gueule du reste du monde...
Il y a aussi un aspect plus personnel
d'identification: je ne sais pas si je dois en être honteux, ou s'il s'agit d'une sorte
de "ligne de partage" intime, mais les attentats du 11 septembre m'ont
bouleversé (en reconnaissant que les USA, en tant que nation, n'ont eu que la
monnaie de leur pièce, après 30 ans passés à soutenir l'islamisme et pas mal de
dictatures), tandis que les civils irakiens, JE M'EN FOUS. Egoiste, mais vrai. Et
j'imagine que vous avez déjà compris de quel coté va ma sympathie au
Moyen-Orient...
Il y a pas mal de trucs à revoir dans
le superbe monde où nous vivons, j'aime bien les explications prises de tête façon
"Monde diplomatique" - même si je ne les comprends pas à chaque fois ou si je
ne suis pas d'accord -, mais j'en ai ma claque de voir des sujets majeurs pris en otages
par des mouvements politiques auxquels je n'adhère pas. D'accord avec les symptômes,
bravo à ceux qui ont le cran de bouger leur petit cul moulé, mais qu'on évite de dire
comment bien penser jusque dans les JdR.
Et pour ajouter l'injure à la
blessure, ces antimondialisations de merde représentent tout ce que j'aurais aimé être (diplômes,
conscience, grosse queue, engagement, abdos en tablettes de chocolat,...). Dommage,
hein ?
Cette auto-tempête prêchi-prêcha
dans un verre d'eau (17) pour
dire que si l'indignation vertueuse est morale (mais peu efficace, les 50 dernières
années ayant été les plus génocidaires de l'histoire), l'indignation sélective c'est
de la posture. Il y a quelques temps, lors d'une discussion avec un proche facho (durant
laquelle j'ai été qualifié de "mégrètiste", suprême injure pour un fan du
FN, semblerait-il), j'ai été cloué par l'argument du "client juif qui LUI
était parti pour se battre". Très fort pour débattre au chaud en famille ou
anonymement, mais pour agir, y'a pus personne...
Vous noterez que je viens d'utiliser
le JdR pour exprimer mes opinions. C'était "faisez ce que je dis, pas ce que je fais,
bande de merdeux". Pas la peine de respecter mes idées, je ne respecte ni les
vôtres, ni les miennes.
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