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L'EMPIRE DE DIAMANT
Par Rich Wulf
EPISODE QUINZE
Traduit par Daidoji Kyome et Tetsuwa
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"La Forêt de Shinomen," dit Zin. Son visage était calme et beau. Ses longs cheveux dans son dos se soulevaient grâce au vent du matin. Elle tendit les bras pour s'en délecter alors qu'elle quittait le bord de la route, sa robe flottant derrière elle. Face à elle, la forêt s'étirait à l'horizon, dense, verte, abondante. Les cris de quelques oiseaux exotiques retentissaient à l'intérieur, accompagnés par le bruissement du vent à travers les branches, le hurlement des loups, et d'une occasionnelle mélodie de mystérieuse origine. "Wow," dit Kenyu. Il descendit de sa moto et s'avança à ses côtés, remontant la fermeture-éclair de son nouveau manteau pour se protéger du froid. "Vous avez vraiment l'air heureuse d'être ici, Zin. On dirait que vous venez de rentrer à la maison." "C'est ce que je ressens," dit-elle, en lui souriant. "J'ai l'impression que je peux tout faire." "Ben, c'est bien, parce que nous avons encore la plus longue partie du chemin à faire," répondit Kenyu. "Nous ferions mieux de remonter sur la moto et de reprendre notre route, avant qu'il ne fasse noir." Zin acquiesça. "Oui," dit-elle. "Ces créatures pourraient toujours être en train de nous suivre. Nous devrions pas hésiter, pas si près du but." Ils marchèrent jusqu'à la moto Otaku de Kenyu. Il remit le moteur en marche et ils repartirent sur la route forestière. "Là, vous voyez ? Il n'y a qu'une route dans Shinomen. Je vous avais dis qu'ils finiraient par la suivre." Asako Nitobe surgit hors d'un repli d'air, un petit sourire sur son visage. Il se tenait dans l'ombre, caché parmi les arbres grâce à sa magie noire. "Pourquoi ne les avez-vous pas tué ?" dit Shinko Misato en apparaissant à côté de lui. La pennaggolan fronça les sourcils en se penchant par-dessus le guidon de sa moto. "Vous êtes tellement puissant, Nitobe, pourquoi n'avez-vous pas mis un terme à tout ceci ?" "Ce n'est pas une victoire convenable si nous les tuons aussi vite. C'est mon irrésistible sens du drame, je suppose," répondit-il avec un éclat de rire et un haussement d'épaules. "C'est mon seul défaut, mais je ne peux m'en défaire. De plus, nous devrions trouver autant d'alliés que d'ennemis dans la Forêt de Shinomen." "Des alliés ?" répéta Misato. "Oui," dit Nitobe. "Comme celui-là." Il désigna un endroit, derrière l'épaule de Misato. Misato releva un sourcil et regarda autour d'elle. Quelque chose de froid lui effleura la joue, suivi d'un rire saccadé. Un frisson la parcourut et elle regarda suspicieusement vers Nitobe. "Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-elle. "Les shiyokai," répondit Nitobe. "Les dévoreurs de rêves. Si nous les approchons comme il faut, ils seront plus qu'avides de nous aider à empêcher Zin de les réveiller." Une brise fraiche traversa la forêt, bien que la robe et les cheveux de Nitobe restèrent imperturbés. Le Phénix leva la main pour accueillir les shiyokai. "Des fantômes," ricana Misato. "Des esprits stupides. Ils ne comprennent rien, à part le sang et la douleur." "C'est vrai, il est difficile d'obtenir leur attention," dit Nitobe. "Mais pourquoi crois-tu que je t'ai emmené avec moi, Misato ?" La main valide de la pennaggolan plongea dans sa veste, à la rechercher de son pistolet, mais il était trop tard. Nitobe avait déjà commencé son sort. Sa vision devint trouble, alors qu'une douleur sourde et intense se mit à marteler l'intérieur de sa poitrine. Son bras s'engourdit. Sa vision se couvrit de rouge. Nitoba marcha calmement vers elle, faisant tomber son corps paralysé de la moto, d'une main. "Je ne voulais pas être aussi rude," dit-il. "Mais j'aurai besoin de ce véhicule en bon état si je veux suivre Zin moi-même. Ce qui était sur le point d'arriver aurait pu l'endommager." "Pourriture humaine," siffla Misato entre ses dents serrées. "Nous étions alliés." "Deux suppositions erronées de votre part," dit Nitobe en grimpant sur la moto. "Premièrement, nous n'étions pas alliés. Vous n'avez jamais été autre chose qu'un pion, dont l'utilité s'est éteinte. Deuxièmement, vous présumiez que j'étais humain. Maintenant, par le Sang du Phénix, meurs !" Misato hurla, un bruit à vous glacer les os qui résonna à travers la forêt endormie de Shinomen. Son corps se tordit et se rompit, alors que le sang volé en elle se libérait violemment. Le corps de la pennaggolan explosa dans un torrent de sang, repeignant les feuilles et les troncs des arbres proches, et s'écoulant pendant quelques minutes comme une pluie noire. La brise dans la forêt s'intensifia alors que les shiyokai affluaient. Nitobe put voir leurs griffes vaporeuses, discerner leurs yeux brillants dans la brume rouge. Il leva les mains vers eux et s'avança. Pendant un instant, il sentit leurs griffes plonger dans son esprit, essayant de déformer ses rêves et de voler ses pensées. Toutefois, cela ne dura qu'un bref instant, car ils reculèrent rapidement, effrayés par ce qu'ils venaient de trouver dans l'esprit de l'homme. "Je suis le Docteur Asako Nitobe, mes amis," leur dit-il d'une voix douce. "Je suis venu pour vous aider." "Humain ?" murmura l'eux d'eux, dont la voix était comme le bruit du vent, le reflet de milliers de pensées dérobées. "Pouvoir... Un humain peut-il... peut-il... un humain peut-il avoir... un tel pouvoir ?" "N'est pas... Il n'est pas..." dit un autre. "Noir... Il est... Il est... Il est un Oracle, c'est ça... Un Oracle Noir..." Nitobe acquiesça, ravi. "Vous me comprenez mieux que la pennaggolan, c'est certain. Je suis l'Oracle Noir de l'Eau." "Que... venir... Quelle raison... aider... Pourquoi es-tu venu ?" murmurèrent les shiyokai. "Comment est-ce... toi... tel que toi... Comment quelqu'un comme toi peut-il nous aider ?" "Je peux sentir votre pouvoir, votre sagesse, votre force," dit Nitobe. "Vous avez volé tant de pensées, dévoré tant de rêves. Vous êtes devenus puissants ici dans la forêt de Shinomen. Il doit y avoir de nombreux rêves, ici." "Akasha..." murmurèrent les voix des shiyokai. "Bon... L'Akasha Perdu... Perdu... nous sommes bien nourris... sommeil... souillure... bon à prendre... nous sommes bien nourris..." "Alors, je vous recommende de vous occuper de votre forêt," dit Nitobe. "Car si vous n'agissez pas rapidement, l'Akasha va bientôt se réveiller." Des murmures confus et des pensées démentes entourèrent soudain Nitobe. Le vent se changea en tornade frénétique, créant un nuage d'ombres rouges alors que le sang volé de Misato se changeait en brouillard. Les shiyokai étaient en colère et effrayés. Il leur fallut quelques instants pour se reprendre assez que pour se souvenir de l'existence de Nitobe. Des dizaines de paires d'yeux brillants se figèrent sur lui, impatients et vindicatifs. "Où... qui... où..." sifflèrent les shiyokai. "Akasha... qui... où... Qui voudrait éveiller l'Akasha, Oracle ? Qui... où... Où pouvons-nous les trouver ?" "Une fille naga et un shugenja Iuchi," répondit Nitobe, en regardant la route forestière par-dessus son épaule. "Ils viennent juste de passer par ici. Dépéchez-vous. Vous pouvez encore les rattraper." Et aussi rapidement qu'ils étaient venus, les shiyokai s'en allèrent. Nitobe était seul dans la forêt, penché contre la moto de la pennaggolan. Avec un hochement de tête satisfait, il enjamba la moto et s'enfonça dans la forêt, ses sens occultes balayant les alentours. Il devait y avoir autre chose qu'il pourrait utiliser. Une chose un peu plus physique. Une chose plus dangereuse. La Forêt de Shinomen était hantée depuis l'aube des temps, et les manipulations de Kashrak avaient encore approfondis les mystères de celle-ci. Le docteur traversa la forêt en souriant, à la recherche de n'importe quelle chose qui puisse lui être d'une quelconque utilité. Quelques heures plus tard, il l'avait trouvé. Dans une zone très sombre et ancienne d'un marécage, il sentit les créatures. Il savait ce qu'elles étaient. Elles n'avaient probablement pas bougé depuis des années, et pour un oeil non-entraîné, elles ne ressemblaient qu'à un monticule de terre, mais les yeux d'Asako Nitobe étaient bien entraînés pour ce genre de choses. "Ah," dit Nitobe d'un ton aimable, en arrêtant son véhicule. "Bonjour." |
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"On m'a dit que tu as eu un visiteur," dit Ginawa, appuyé contre la porte. "Ouais," répondit Dairya. "Je pensais bien qu'on allait te le dire tôt ou tard." "T'as envie d'en parler ?" "Pas vraiment." "Godaigo a dit que c'étaient des Scorpions," répondit Ginawa, en avançant dans la chambre d'amis et en s'asseyant sur une petite chaise. "Il a dit qu'ils sont partis à la hâte. Qu'est-ce qu'ils voulaient ?" "Je pensais que tu étais un Daidoji, pas un Shinjo," rit Dairya. "Je suis sérieux, Dairya," dit Ginawa. "Mikio a dit qu'il a vérifié l'identité d'un des gars, après. Bayushi Oroki, fils de Kogeiru, l'ancien daimyo Scorpion. Le propriétaire du Labyrinthe Bayushi. Pourquoi voulait-il te voir, Dairya ?" "Ma vie était compliquée, avant que je ne crée l'Armée," dit Dairya. "Ceux-là étaient seulement deux vieux fantômes qui venaient me rendre visite." "Dis à tes vieux fantômes de ne plus venir, Dairya," dit Ginawa, en colère. "On a déjà assez mauvaise réputation comme ça chez les flics. La dernière chose qu'on voudrait avoir sur le dos, c'est qu'on commence à nous suspecter de revendre de la drogue. Godaigo m'a dit qu'Oroki avait prétendu avoir financé l'armée. C'est vrai ?" "Ce n'est pas aussi simple, Ginawa," dit Dairya. "Tu le sais bien. Si tu penses que les choses sont si simples que ça, alors pourquoi n'envoies-tu pas balader Kamiko ? Elle est dix fois plus dangereuse qu'Oroki, si la Garde Impériale la trouve ici, et tu le sais." "Je suis d'accord," dit Ginawa, avec un signe de tête, "mais il y a une raison pour qu'elle soit ici. Elle a besoin de notre protection." "Avec une dose appropriée d'explications, tout peut être une bonne raison," dit Dairya. Le ronin ferma son oeil valide et se redressa sur son lit, en se contractant de douleur. "Très bien," dit Ginawa. "Donne-moi une raison. Dis-moi pourquoi Oroki était là, et je te laisserai tranquille." Dairya resta silencieux. "Très bien," dit Ginawa en soupirant. "Laisse-moi te dire une bonne chose. L'Armée de Toturi est à moi, maintenant. Tu me l'as donnée pour que je la protège de la façon que je juge appropriée. Si je suis obligé de t'envoyer dans un vrai hôpital pour me débarrasser ton gros postérieur afin d'éviter que mes hommes ne soient en danger, alors je le ferai sans hésitation. Tu m'as compris, Dairya ?" Les yeux bleus de l'ancien Grue étaient durs comme la pierre, et sa bouche n'était plus qu'une ligne étroite. Dairya ouvrit son oeil. "Tu le ferais, n'est-ce pas ? Tu le ferais vraiment. Tu n'as aucune idée ce que la police ferait de moi, si j'étais envoyé dans un vrai hôpital, et en plus, ils ont une copie de mes empreintes digitales." "Alors, ne m'y oblige pas," dit Ginawa. "Ne laisse pas tes secrets effacer toutes les bonnes choses que tu as fait. Qu'est-ce que le Scorpion voulait ? C'est vrai qu'ils ont financé l'Armée de Toturi ?" "Tu ne sais pas ce que tu me demandes," dit Dairya. "C'est un gros secret, sombre et dangereux. Peut-être le plus grand de tout Rokugan. Es-tu prêt à l'entendre ?" Ginawa attendait calmement. "J'ai appelé Oroki," dit Dairya. "Oui, Oroki nous a financé, mais on ne peut pas remonter la trace de l'argent. Il me devait quelques faveurs, et c'était sa façon de me rembourser. Sa visite n'a aucun rapport avec cet argent. Je l'ai appelé, et je lui ai donné la pierre que Jiro a trouvé. Il ne reviendra pas." "Pourquoi ?" demanda Ginawa. "Pourquoi as-tu fait ça ?" "Très bien," dit Dairya. "Je te préviens à l'avance ; tu ne vas pas me croire. As-tu déjà entendu parler des kolat ?" "Une puissante organisation criminelle de Dagues et Secrets, le premier roman de Kitsuki Iimin," répondit Ginawa. "Dans le bouquin, ils sont les descendants du peuple qui dirigea l'Empire avant que les kami ne descendent sur terre. Au moyen-âge, ils ont formé une conspiration secrète pour dérober le pouvoir, pour détruire les Clans Majeurs et pour revenir à leur façon de règner." "Bien, le livre a raison," dit Dairya. "Je ne sais pas d'où Iimin a obtenu ces informations, mais historiquement parlant, la plupart du contenu du livre est tout à fait correct. Nous avons été proche de nous emparer de l'Empire à une ou deux reprises, avant d'apprendre à quel point nous étions stupides." "Nous ?" demanda Ginawa. "Serais-tu en train de me dire que tu es un kolat ?" Dairya haussa les épaules. "Nous ne sommes plus aussi puissants qu'autrefois. Ces temps-ci, nous passons la plupart de notre temps à essayer de ne pas nous faire tuer." "Quoi ?" dit Ginawa, incrédule. "Qui pourrait perdre son temps à essayer de tuer une organisation fantôme qui n'est plus une menace depuis des siècles ?" "Tu serais surpris." |
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"Désolé pour les désagréments," disait le panneau. "Nous avons temporairement fermé nos portes pour effectuer des rénovations. Ensuite, nous serons encore meilleurs que jamais." Le tunnel menant au Labyrinthe Bayushi était fermé. Ces deux derniers jours, les clients habituels du parc d'attractions étaient obligés de trouver d'autres lieux de détente. Dans le Quartier Scorpion, une telle tâche n'était pas difficile. Toutefois, de nombreux visiteurs étaient profondément déçus. Après tout, il n'y avait pas d'autre endroit qui ressemblait au Labyrinthe. Un visiteur en particulier n'allait pas s'en aller. Il se tenait dans la cave sombre qui menait au Labyrinthe, observant curieusement le panneau qui lui barrait le chemin. Une robe rouge sombre pendait sur ses épaules. Une tignasse de cheveux gris se déversait dans son dos. De petits points rouges brûlaient derrière ses lunettes noires, et son visage ridé était pensif. Son nom était Hotaru. C'était l'Oracle Noir du Feu. "Je ne te comprends pas, kolat," se dit l'Oracle en soupirant. "Tu tentes toujours de te cacher là où tout le monde regarde, tu tentes toujours d'apparaître comme le bienfaiteur de la société. Pourtant, ça te rend plus facile à trouver. Tu crois que tu as appris deux ou trois trucs de l'Ombre et tu t'es trouvé une belle caverne ou un château abandonné pour te cacher dedans." Hotaru leva un bras vers le barrage et serra le poing. "Combustion," dit-il. Le barrage de bois et le panneau s'embrasèrent immédiatement. Après moins d'une minute, ils gisaient en cendres. L'Oracle franchit les restes carbonisés, les flammes glissaient sur ses cheveux et son manteau. Les autres n'étaient que des idiots. Ils attendaient, rassemblant leurs forces. Quelles forces un Oracle peut-il avoir besoin de rassembler ? Ils étaient presque des dieux. Ces kolat n'étaient que de pitoyables humains. Ils avaient eu de la chance de s'échapper, la première fois. Ils avaient eu de la chance de garder cachés les éclats de l'Oeil de l'Oni pendant si longtemps. En tout cas, c'était fini. Un don ne pouvait être repris. L'Oeil de l'Oni appartenait aux Oracles Noirs. Hotaru avait l'intention de détruire tous ces fous de Scorpion et de s'emparer de l'éclat. Traversant le parking, il poursuivait son chemin vers les portes du parc d'attractions. Il pouvait sentir le pouvoir de l'Oeil brûler dans son esprit, sentir son inexorable attraction à travers son âme. Trois siècles plus tôt, l'organisation criminelle connue sous le nom des kolats était brisée, disparue, pire encore qu'à l'époque du retour de Shinjo. Ils se tournèrent vers la seule aide qu'ils purent trouver, les Oracles Noirs. Ils n'avaient rien à offrir d'autre que leur plus puissant artefact magique, l'Oeil de l'Oni, en échange de leur aide. Et ce don fut fait. Les kolat n'avaient aucune idée de son réel pouvoir. L'Oeil était lié à tous les endroits sur terre. Ils l'avaient utilisé comme appareil d'observation, comme outil de communication. Les Oracles Noirs découvrirent qu'ils pouvaient utiliser sur lui leurs propres pouvoirs élémentaires pour non-seulement surveiller la terre, mais égaler la modifier. Même le pouvoir presque divin que Jigoku leur a accordé n'était rien comparé à ce qu'ils pouvaient faire avec l'Oeil. Ils pouvaient réécrire la réalité. Alors ils commencèrent en détruisant les kolat. Ou du moins, ils le crurent. Ce qu'il s'est passé après ça n'est pas très clair, mais d'une manière ou d'une autre, les kolat ont établi un nouveau maître, se sont réorganisés et ont usé de représailles. Ainsi, ils ont combattu les Oracles, tuant deux d'entre eux, et ils brisèrent l'Oeil de l'Oni. Les nouveaux kolat réussirent à camoufler les éclats brisés, ils les dissimulèrent un peu partout et retournèrent à leur existence cachée. Jusqu'à présent, du moins. Un éclat venait d'apparaître. Celui-ci pourrait mener aux autres. Si seulement il pouvait mettre les mains sur lui, même le Briseur d'Orage devrait se soumettre à leur puissance. "Excusez-moi, le parc est fermé," dit une voix. Hotaru leva les yeux à temps pour voir un poing massif surgir des ombres du parking et le frapper en travers du visage. L'Oracle tomba à la renverse, glissa sur le gravier et roula pour se mettre à genoux. Il releva la tête, en colère. Ses lunettes noires étaient brisées et du sang coulait de ses lèvres. Une créature métallique grande de presque quatre mètres se forma dans les ombres, son armure brillant d'un éclat rouge sombre et noir. Un long fouet enroulé avec un crochet à l'extrémité pendait à sa taille. Sa tête était pointue et anguleuse, avec des yeux blancs brillants. "Tiens, quelque chose de nouveau," dit Hotaru, en se remettant sur pied. "Je peux sentir l'Ombre en toi. Fais-tu partie de l'Ombre ? Es-tu un ninja ?" "Seulement un Scorpion dans une boite de conserve, je pense," répondit la machine. "Je suis Bayushi Zou, chef de la sécurité. Vous êtes en zone interdite." Le Scorpion prit son fouet d'une main et frappa, plus vite que l'oeil ne pouvait le voir. Une profonde entaille déchira le sol du parking, fumant à cause des acides et des produits chimiques qui recouvraient le fouet. "Bonne arme, mais un peu lente," répondit Hotaru, qui s'était soudain retrouvé à quelques pas de là. "Brûle." Il tendit le poing vers Zou. Le revètement juste derrière la machine explosa soudain. Zou sauta avec l'explosion, tombant la tête en avant sur le sol du parking. Il roula en tombant, se retourna et pointa sa main vide vers Hotaru. Plusieurs shuriken acérés furent projetés à partir de quelques orifices dissimulés dans l'avant-bras de l'armure. L'un deux lacéra le bras d'Hotaru, le long de son biceps, et un autre se planta directement dans sa poitrine. Hotaru grogna et ses genoux vacillèrent, mais il se remit rapidement à nouveau sur pieds. "C'est mieux," dit l'Oracle, en avançant vers Zou. "Mais c'est toujours insuffisant. Maintenant, brûle !" Il diriga encore son poing vers Zou. Le Scorpion se jeta de côté, mais son bras gauche fut soudain englouti par des flammes. Il se retourna vers Hotaru, donnant un autre coup de fouet. "Brûle !" dit encore Hotaru, en s'écartant de la trajectoire du fouet, alors qu'une autre explosion éclata juste devant Zou. Le Scorpion émergea des flammes, le métal de sa poitrine était en feu. "BRULE !" hurla Hotaru une fois de plus, en marchant droit vers la Machine de Guerre. La tête de la machine disparut dans les flammes brillantes. Zou ne hurla pas, ne cria pas, mais la machine s'écroula sur le sol. Hotaru s'avança vers la tête de Zou, regardant le feu brûler. "Là," dit-il. "Tu vois ? Maintenant, tu peux voir voir la puissance purificatrice du feu ? Tu dois enfin te sentir éclairé. Pourquoi est-ce que vous autres mortels résistez toujours ? J'essaie seulement de vous aider à ne faire qu'un avec les éléments. N'est-ce pas celà que vous recherchez ?" L'Oracle s'avança dans les flammes et tapota gentiment sur la tête de la Machine de Guerre. Soudain, un air confus traversa le visage d'Hotaru. Le métal ne fondait pas. Le métal ne brûlait pas. La seule chose qui brûlait, c'était une fine couche d'huile, étalée sur toute la peau métallique du robot. "Le métal est protégée par magie," gronda-t-il. "Astucieux. Tu devais être au courant que je venais." Des mains métalliques attrapèrent Hotaru de chaque côté, le serrant fortement. Hotaru grogna, mais ne montra aucune peur alors que la Machine de Guerre se remettait sur ses genoux tout en tenant solidement l'Oracle, grâce à sa force impressionnante. "Idiot," dit Hotaru. "Serre autant que tu veux. Réduis-moi en pulpe si tu le souhaites. Il en faut plus que ça pour tuer un Oracle." "Je sais," dit Zou. "Moi, je suis seulement la distraction." "Meurs," dit une autre voix, derrière eux. Hotaru se retourna pour voir deux pistolets d'un noir d'encre qui étaient pointés sur l'arrière de sa tête, dans les mains d'un petit Scorpion habillé d'un costume noir et d'un masque de porcelaine rouge. Ce fut la dernière chose que l'Oracle Noir put voir, car deux coups de feu résonnèrent en même temps à travers la caverne, un bref instant plus tard. "Et bien, c'est... confus," dit Soshi Isawa, en émergeant des bureaux du Labyrinthe pour venir à leur rencontre. L'armure de Zou crépitait toujours sous les flammes. Le corps sans tête d'Hotaru gisait dans une flaque de sang qui s'agrandissait. Oroki tomba à genoux, serrant les pistolets Migi-Hidari contre sa poitrine et respirant difficilement. "Oroki-sama !" s'exclama Zou. La Machine de Guerre se sépara soudain en son centre. Zou luttait pour émerger de la cavité centrale, les connexions bioniques cliquetant et ronronnant alors qu'elles luttaient pour se désengager de l'armure. "Pas trop vite, pas trop vite !" dit brusquement Isawa. "Ces connexions sont très... délicates. Laisse les bras se désengager... à leur rythme, sinon tu devras revenir dans mon labo pour deux autres semaines. Je vais m'occuper de ton maître." Oroki se remettait doucement sur pieds, bien que ses yeux étaient toujours fermement serrés. "Je... Je vais bien, Isawa," dit-il. "Je ne m'attendais pas à ce que les pistolets réclament un tel prix." Isawa attrapa l'épaule d'Oroki d'une main pour l'aider à se tenir droit. "Les Migi-Hidari sont... puissants. On dit que le prix à payer... est très dur." "Est-ce que l'Oracle est mort ?" demanda Oroki. "Je... l'espère," dit Isawa, en regardant le corps derrière Oroki. "Il n'a plus de tête." Oroki ouvrit enfin les yeux. Il rengaina rapidement les deux pistolets jumeaux et regarda autour de lui. Il fit un signe de tête en regardant le corps, et à Zou également, qui était finalement parvenu à s'extraire de l'armure Bayushi. Les bras bioniques de Zou étaient toujours un assemblage désordonné de cables et de fils, qui reprenaient doucement l'apparence de membres humains. "C'est... incroyable, n'est-ce pas ?" dit Isawa, la voix frivole. "Mon chef-d'oeuvre. La Machine de Guerre, la bionique, la fusion entre l'homme et la machine. Zou représente tout ce que j'ai espéré et bien plus encore. Il est... le premier d'une nouvelle race." "Peu importe, Isawa," dit Oroki. "Retournez à vos laboratoires. Je vous préviendrai si nous avons encore besoin d'aide. Vous serez abondamment récompensé pour nous avoir aidé ce soir." "Très bien," renifla Isawa. "Un jour, vous devrez me parler de tout ceci, Oroki. Je dois vous avouer que travailler avec vous est bien plus intéressant que de pirater le réseau Dojicorp, mais tous ces secrets qui plânent pourraient bien me tuer de curiosité." "Alors, vous recevrez des funérailles dignes de vous," dit Oroki. "Partez, maintenant." Isawa marqua une pause, regardant l'Oracle mort une dernière fois, puis il se mit à marcher en direction du Labyrinthe. Oroki se retourna et retira son masque, essuyant avec son mouchoir la sueur froide qui recouvrait son visage. "Oroki-sama, puis-je faire quelque chose ?" demanda simplement Zou. "Non, Zou," dit Oroki. Il se retourna et se mit à marcher lentement vers les bureaux. "Que s'est-il passé ?" demanda Zou, en le suivant de près. "Etes-vous blessé ? Est-ce que l'Oracle vous a fait quelque chose ?" "Non," dit Oroki. "Mais les Migi-Hiradi l'ont fait. Ce sont des armes de double nature, équilibrées. La droite et la gauche. Le feu et la glace. Le yin et le yang. Elles utilisent l'équilibre interne de leur porteur comme base de leur puissance. Mon propre chi, ma force de vie, ce sont leurs munitions." "Alors, que fait-on maintenant ?" dit Zou. "Nettoie tout ce désordre et renvoie ton armure au labo d'Isawa pour l'entretien," dit Oroki d'un air las. "Pendant ce temps, je vais me reposer. Contente-toi de prier les Fortunes pour qu'il reste assez de vie en moi pour que je puisse m'occuper des quatre autres." Zou resta silencieux alors qu'il réfléchissait aux mots de son maître. "Et si ce n'était pas le cas ?" dit rapidement Zou. "Que se passera-t-il si vous mourez en essayant de protéger l'Oeil, Oroki-sama ?" Oroki regarda Zou, les yeux froids et durs. "Si je ne parviens pas à tuer les Oracles Noirs, Zou, s'ils découvrent l'Oeil de l'Oni, alors ils créeront un monde où la mort sera une bénédiction. Si nous échouons, mon ami, prie pour qu'ils te tuent vite." Oroki se detourna à nouveau, et se rendit à son bureau. Zou resta derrière pour surveiller les bushi Scorpion qui arrivaient des portes du Labyrinthe. L'humeur du Garde du Corps était sombre, tandis qu'il sortait son masque d'éléphant de sa ceinture, le remettant sur son visage pour dissimuler ses traits défigurés à ses hommes. "Devons-nous nous occuper du corps, Zou-sama ?" demanda un jeune bushi, en se postant à côté de Zou, avec un rapide salut. "Non," répondit Zou. "Accroche-le aux portes. Il servira d'avertissement aux autres Oracles. Il faut qu'ils sachent qu'ils peuvent mourir." |
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"Vous rentrez enfin," dit Mojo. "Je commençais à m'inquiéter." Mojo avait laissé la flamboyante armure de plastique orange qu'il portait habituellement pour une armure métallisée un peu plus sobre. Il portait un fusil suspendu en travers de son dos, ainsi qu'une paire de pistolets du vide à sa taille et un katana. Deux hommes et deux femmes portant un équipement similaire se tenaient juste derrière lui, attendant sur les premières marches de l'Aéroport International Toturi. "Ouah," répondit Sumi, en jetant un regard aux armes et armures que les cinq Shiba portaient. "Il reste quelque chose dans l'arsenal ?" Les membres du personnel de la sécurité regardèrent les samurai avec nervosité, alors que ceux-ci traversaient les portes d'entrées, mais ils ne firent rien pour les arrêter. On les avait prévenus à l'avance que la daimyo du Phénix allait venir. Mojo gloussa, mais ses yeux étaient sérieux. "Si nous affrontons encore le Kashrak, je ne suis pas sûr que toutes nos armes seront suffisantes. Qui est votre nouvel ami ?" Il fit un signe de tête vers le grand homme en robe sombre qui marchait juste derrière Sumi. "Je suis Moto Teika," dit-il, en retirant sa capuche pour révéler une tête aux cheveux noirs presque rasés et un visage carré. "Je suis l'Oracle du Vide. Sumi m'a beaucoup parlé de son courageux yojimbo, Shiba Mojo. On m'a dit que vous serez celui qui allez nous protéger dans notre quête pour aider les naga." Mojo plissa le front. "Oracle du Vide ? C'est une blague, Sumi ? Qui est ce type ?" "Non, ce n'est pas une blague, Mojo," répondit Sumi. "Il est le vrai Oracle, comme dans les légendes. Comme ceux qui ont banni les lieutenants d'Akuma pendant la Guerre des Ombres. Comme celui qui a dit que le moine mourant que nous avons sorti du Bas-Quartier vivrait jusqu'à ce qu'il puisse voir le visage de Shinsei." "Je vous parie que c'était Jared Carfax," dit Teika. "Hashin pensait que Carfax était quelqu'un avec un grand sens du drame." Mojo jeta un regard à Teika, avant de reposer les yeux sur Sumi. "Sérieux ? Il est vraiment Oracle ?" demanda Mojo. "Je n'arrive pas à le croire." "Crois-moi," répondit Sumi. "Il connait des choses que seule l'Ame de Shiba pourrait connaître. Il m'a beaucoup parlé d'Hashin et de mon père." "Moto Hashin ?" répondit Mojo. "Le Maître ? Qu'a-t-il à voir avec ceci ?" "Votre âme est très troublée, n'est-ce pas, Shiba Mojo ?" demanda Teika, en fixant les yeux de Mojo avec curiosité. "Vous avez besoin d'aide, mais vous n'êtes pas sûr de la manière de la demander, n'est-ce pas ? Vous vous sentez écartelé de l'intérieur..." "De quoi parlez-vous ?" dit Mojo, irrité. "Arrêtez de me fixer comme ça. Sumi, puis-je vous parler en privé, un instant ?" Sumi acquiesça, suivant Mojo à l'écart alors que Teika attendait avec le reste des bushi. Lorsqu'ils furent hors de portée d'ouïe, Mojo se tourna vers Sumi et murmura avec empressement. "Etes-vous sûre que ce type est bien ce qu'il prétend être ?" demanda-t-il. "Je veux dire à cent cinquante pourcents sûre ?" "Il m'a présentée aux autres Oracles, Mojo," répondit Sumi. "Et l'Ame semble avoir confiance en lui. J'ai confiance en lui." "Très bien, alors," dit Mojo de façon incertaine. "Je crois en votre jugement, Sumi, mais je ne lui tournerais pas le dos, si j'étais vous. Il y a quelque d'étrange, chez lui. Quelque chose de... j'sais pas... d'avide. Un peu étrange." Mojo fit un petit geste de la main. "Bien sûr qu'il est étrange, il a été touché par le Vide," répondit Sumi. "Je ne m'attends pas à ce qu'il soit totalement lucide. Lorsque nous avons rencontré les autres Oracles, ils n'étaient pas sûr de beaucoup l'apprécier. Je vais précisément garder un oeil sur lui, Mojo, mais avoir un Oracle à nos côtés pourrait nous être utile. Surtout que nous ne sommes pas sûr de l'endroit exact où Zin s'est rendue." "Je pensais que vous étiez sûre qu'elle était partie pour Shinomen," dit rapidement Mojo. "La Forêt de Shinomen est grande, Mojo," dit Sumi. "Elle occupe un tiers des territoires du Crabe et presque autant de ceux de la Licorne. Il nous faut trouver un endroit pour commencer." Mojo soupira, en frottant son cou d'une main. "Donc, je dois en déduire que vous pensez que ce type est un cinglé, mais que vous êtes prête à le laisser nous guider dans la plus grande forêt de Rokugan, qui est aussi en grande partie inexplorée et hantée par des esprits maléfiques." "C'est exact," dit Sumi. "Et ainsi, tu seras obligé de veiller sur moi, Mojo." "Merci," dit-il, clairement irrité. "Tout ira bien, Mojo," répondit Sumi d'une voix apaisante. "Zin a besoin de notre aide. Teika peut nous aider à la retrouver. Nous avons besoin de lui, Mojo. De toute façon, je suis toujours ta championne, sauf si tu as décidé que Gensu avait raison, après tout." "Vous savez qu'il n'en est rien, Sumi-sama," dit-il sérieusement. "Je sais," répondit-elle. "Et à propos des autres ?" Elle fit un signe de tête en direction des quatre bushi Shiba qui se trouvaient avec Teika. "On peut avoir confiance en eux ?" "Je les ai sélectionnés personnellement," dit Mojo. "Ce sont tous de bons amis à moi. Ce sont tous des guerriers expérimentés et aucun d'entre eux ne fait attention aux déclarations de Shiba Gensu. Quiconque porte l'épée a toujours été le daimyo du Phénix, et ce sera ainsi à jamais. Ils mourront pour vous, Sumi." "J'espère qu'ils n'auront pas à le faire," dit-elle calmement. "Ouais," répondit Mojo. "Moi aussi." Il se retourna et revint vers Teika et les autres. Sumi le suivait, un peu derrière lui. "Sumi," dit Teika lorsqu'elle arriva. "Je suis curieux. Vos gardes m'ont dit que Zin est partie pour la Forêt de Shinomen il y a plusieurs jours. Comment espérez-vous la rattraper à temps ?" "Zin est partie à pieds," répondit Sumi. "Nous n'avons pas cette limitation. Je ne suis peut-être plus très populaire pour l'instant, mais je suis toujours la Championne du Phénix. Je me suis arrangé pour que la Résurrection nous emmène à Soshi Toshi." Elle dit un geste vers le grand mur de verre de l'aéroport. La Résurrection pouvait être vue au loin, une immense arche noire et lisse surplombant une petite piste. "La Résurrection," dit Teika, impressionné. La Résurrection Shiba était le moyen de transport le plus rapide au monde. Basé sur des magies originellement inventées par le Clan du Dragon, quelques siècles avant sa disparition, il pouvait compacter les dimensions dans un espace extrêmement petit, permettant ainsi des voyages quasi-instantanés avec un portail similaire. La puissance requise pour activer la Résurrection était phénoménale, et donc elle n'était utilisée que par quelqu'un de très riche, ou en cas d'extrême urgence au sein des familles Phénix. Deux surveillants de l'aéroport ouvrirent les portes alors que Sumi et son cortège quittaient le tarmac pour s'approcher du portail gargantuesque. "Pour le moment, j'ai besoin de quelques informations, Teika," dit Sumi. "Si vous êtes un Oracle, vous pouvez répondre à n'importe quelle question que je vais vous poser, n'est-ce pas ?" Teika s'assombrit. "Non," répondit-il après une courte pause. Les yeux de Sumi se refermèrent légèrement. "Et pourquoi donc ?" demanda-t-elle. "L'Ame de Shiba se souvient que n'importe quel mortel a le droit de poser une question à un Oracle." Sa main se posa sur la garde incrustée de perles du katana Phénix. Teika hésita à nouveau. "S'il vous plaît, vous devez comprendre que j'ai mes raisons," dit-il. "Vous ne pouvez pas me poser de questions, Sumi. C'est ainsi que les choses doivent être." La petite bouche se Sumi se resserra de colère. "Est-ce que l'un d'eux peut vous poser une question ?" elle désigna ses gardes d'un signe de tête. Teika cligna des paupières. "Eh bien, je suppose," dit-il. "Je suppose que ça serait acceptable, oui." Sumi soupira. "Très bien." Elle se retourna vers l'un de ses yojimbo Shiba. "Demande-lui où nous pourrons trouver Zin," dit-elle. Le bushi Shiba acquiesça et se tourna vers l'Oracle. "Où est la naga, Zin ?" demanda-t-il, obéissant. "Dans quelle zone de la Forêt de Shinomen allons-nous la trouver ?" Teika acquiesça, comme s'il était satisfait du compromis. Il ferma les yeux et sembla se perdre dans ses pensées. Quelques secondes plus tard, il les regarda à nouveau. "Directement à l'ouest de Soshi Toshi," répondit-il. "De là, directement dans la forêt. Allez là où les arbres sont les plus gros, où les marais sont les plus profonds, où les larmes des anciens coulent librement." "Je pensais que nous allions avoir une réponse vraiment utile, plutôt que ça," dit Mojo. "Les larmes des anciens. Gloire à vous, Teika. C'est vraiment une réponse d'Oracle. Mais, qu'est-ce que ça veut dire ?" Teika fronça les sourcils en regardant Mojo et en hochant la tête. "Je ne connais pas plus que vous le sens de cette phrase, Shiba. Les réponses me sont données, je ne les construis pas. Je suppose que nous devrons découvrir la vérité tous ensembles." L'immense passage arqué se réveilla soudain. La surface métallique se mit à luire d'une brillante lumière blanche, et l'espace devant eux fut remplacé par un portail d'un noir d'encre. Un des surveillants de la piste s'approcha des passagers rassemblés, habillé d'une combinaison grise, et s'inclina profondément. "C'est un grand honneur de vous rencontrer, Sumi-sama," dit-il avec un sourire. "La Résurrection est connectée à Soshi Toshi. Nous sommes prêts pour le transport." "Est-ce qu'il y aura un film pendant le trajet ?" demanda Mojo. Le surveillant le regarda d'un air vide. "Laissez tomber," dit Mojo, en hochant la tête et en marchant vers la rampe menant au portail. "Je crois que je ne suis pas comique, aujourd'hui." |
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"Wow, je n'imaginais pas que les arbres pouvaient être aussi larges. Je ne me rappelais pas qu'ils étaient comme ça, la dernière fois où je suis venu. Ok, peut-être qu'ils ne sont pas tellement hauts. J'ai vu des arbres plus grands. Mais aussi larges ? Je n'ai jamais vu des troncs aussi épais. On dirait des immeubles. N'est-ce pas incroyable ? Je veux dire que ça vous remet à votre place, des choses aussi grandes et aussi anciennes. Mais, vous ne m'écoutez même pas, hein ?" Kenyu regarda par-dessus son épaule, un air inquiet sur le visage. "Hm ?" Zin releva les yeux. Elle était tranquillement en train de mettre un pied devant l'autre, perdue dans son propre monde. La forêt était devenue trop dense pour la moto de Kenyu, et depuis une heure, ils avançaient à pieds, laissant la moto dans une petite clairière. Kenyu avait dit qu'elle pourrait prendre soin d'elle jusqu'à ce qu'ils reviennent. "Vous êtes calme," dit le jeune shugenja. "Je m'étais dit que vous parliez assez pour nous deux," dit-elle. "Non, ce n'est pas ça," dit Kenyu, en ralentissant son pas pour qu'elle le rejoigne. "Qu'est-ce qui ne va pas, maintenant ? Vous semblez tellement triste, d'un seul coup." "Rien," répondit Zin, en prenant ses cheveux et en les nouant en une queue de cheval. "Rien, ça va." Elle sourit courageusement, mais ses yeux verts étaient tourmentés. "C'est à propos de ce que vous disiez, à l'hôtel ?" dit Kenyu. "A propos de la façon dont votre peuple va vous traiter une fois que tout ceci sera terminé ?" Une légère brise traversa la forêt. Un gémissement sembla s'élever des arbres alors que le vent soufflait. "C'est ma mémoire," dit Zin. "Je pensais qu'elle m'était revenue, mais je me trompais. Il y a d'autres souvenirs. Plus je me rapproche de mon peuple, plus ils reviennent. J'étais vivante lors de la Guerre des Ombres... Il y avait un naga, Szash... J'ai essayé de l'aider... Kashrak m'a fait quelque chose." Elle recouvrit son visage avec ses mains et sanglota doucement. "Je ne me rappelle pas du reste. C'est ma vie ! Pourquoi est-ce que je ne m'en souviens pas ?" Kenyu mit un bras autour de ses épaules, mais lui ne se sentait pas en sécurité. L'étrange environnement lui faisait peur. Il devait laisser son esprit rêver, il devait penser à quelque chose qui l'aiderait à se sentir mieux. Le problème était que tout ce à quoi il pouvait penser, c'était à quel point il était tracassé pour Zin. "Vous pouvez vous souvenir de la Guerre des Ombres ?" demanda Kenyu, étonné. "Vous étiez en vie, à cette époque ?" Zin arrêta de sangloter. "Oui. Non. Non, je ne l'étais pas." Elle referma pensivement les yeux. "Je ne comprends pas," répéta-t-elle. Elle avait l'air légèrement en colère. "Tout va bien, Zin ?" lui demanda Kenyu. "Non, je ne vais pas bien," dit-elle, en serrant les dents. Elle écarta le bras de Kenyu et s'écarta rapidement. Elle ouvrit les bras, en regardant ses paumes d'un air incrédule. "Je ne vais pas bien... Ce n'est pas juste. Tout ceci est un mensonge." "Hein ?" dit Kenyu, effrayé. "Vous n'êtes pas une naga ? De quoi parliez-vous ? Votre peau ? Votre magie des perles ?" Les pensées de Kenyu défilaient. Des souvenirs de sa maison, des souvenirs de l'école tentaient de s'introduire dans son esprit. Il les écarta. La forêt sembla soudain plus froide. "Pourquoi ?" cria Zin, un air dément dans son regard. "Pourquoi est-ce que vous ne me laissez pas tranquille ? Pourquoi est-ce que vous ne me laissez pas mourir ?" Elle hurla soudain, un son terriblement aigu. Elle se mit à courir à travers la forêt, sautant dans les broussailles et les arbustes. Kenyu resta immobile pendant quelques instants, avant de réunir assez de présence d'esprit pour la poursuivre. "Non." Une branche apparut soudain en travers du chemin de Kenyu, le frappant en pleine poitrine, et en le faisant tomber à la renverse. La forêt elle-même semblait avoir parlé. "Quoi ?" cria Kenyu, en regardant autour de lui. "Qui a dit ça ?" Un petit arbre près du chemin bougea soudain, une paire d'yeux rouges en amande luisaient dans la pâle lumière de la lune. Un bras épais pendait sur le côté, la "branche" qui avait éjecté Kenyu aussi facilement. C'était une créature grande de plus de deux mètres, dont les bras et le cou étaient couverts de muscles. Il portait des lambeaux de cuir et des morceaux d'armure rouillée, et sa peau était couverte de cicatrices blanches et de taches noires. "La Zin suit ce chemin sans ton aide, Licorne," dit la créature. "Peut-être vais-je l'aider à découvrir la vérité lorsque je me serai occupé de toi." En un éclair, un katana apparut dans les mains de la créatures. Il avança vers Kenyu, glissant sur une énorme queue. Kenyu se remit sur pieds, reculant rapidement. Les souvenirs de sa maison parcouraient toujours sa tête. Par l'enfer, pourquoi pensait-il à ça ? "C'est v-v-vous, n'est-ce pas ?" bégaya Kenyu. "Vous êtes le Kashrak ?" La créature s'arrêta, un air suspicieux sur les traits de son visage. "De quoi parles-tu, tsukai ?" "Tsukai ?" s'exclama Kenyu, en se penchant juste à temps alors que le katana de la créature s'enfonçait dans le tronc d'un gros arbre. "C'est vous le tsukai, ici, Kashrak !" Il s'écarta aussi rapidement que possible tant que l'arme de la créature était coincée. La créature gronda en regardant Kenyu, la rage brûlait dans ses yeux. "Je ne suis pas KASHRAK !" Il libéra la lame d'un seul coup, l'écorce et la pulpe du bois explosant en même temps. D'un simple coup de sa queue puissante, il s'avança à nouveau devant Kenyu, en sifflant. Sa queue le contourna et bloqua le chemin derrière lui. Faisant douze mètres de long, elle empêchait toute retraite. "Et je ne suis pas un tsukai !" cria Kenyu à son tour. Il claqua des doigts et commença à invoquer les esprits, faisant apparaître une brillante explosion lumineuse devant les yeux du monstre. Il cria et se tordit de douleur. Kenyu se retourna et sauta par-dessus sa queue, fonçant à travers la forêt une fois de plus. Kenyu courait le plus vite qu'il le pouvait, esquivant les arbres, sautant au-dessus des tronc tombés. Bientôt, il se mit à respirer de plus en plus bruyamment. Il n'avait pas l'habitude de courir. Il n'avait plus couru depuis l'académie. Courir lui avait toujours semblé être le genre de choses qui vous sont totalement inutiles, sauf si vous êtes poursuivi. Maintenant, il se dit qu'il aurait dû se maintenir en forme. Il devait aller un peu plus loin. Il devait s'écarter de Zin. S'il pouvait éloigner suffisamment cette créature, elle avait une chance de lui échapper. "Nous sommes assez loin, Licorne," dit le monstre, en bondissant hors des buissons. Il l'entoura de ses deux bras épais et de sa queue. Ses yeux et sa bouche furent rapidement recouverts, ses bras collés à ses flancs. Il lutta faiblement, mais l'étreinte de la créature était plus forte qu'un étau. "Pas de sorts, pas de magie," l'avertit la créature. Il retira lentement ses mains des yeux et de la bouche de Kenyu, mais la queue emprisonnait toujours le reste de son corps. Le visage de la créature était en colère et intense, et il observait le shugenja attentivement. "Je ne vous dirai rien," dit fièrement Kenyu. C'était vrai. Il ne savait rien. "Je vous le répète, Kashrak." "Je te l'ai dit, je ne suis pas Kashrak," dit la chose. "Alors, qui êtes-vous ?" demanda Kenyu. "Si vous êtes un naga, alors pourquoi êtes-vous encore éveillé ? Qu'est-il arrivé à votre peau ?" "Je suis le Szash, celui qui veille," dit la créature. "J'ai longtemps attendu celle appelée la Zin, protégeant les perles de l'Akasha pendant leur sommeil. Les cicatrices sur ma peau sont le symbole du prix que j'ai payé pour protéger mon peuple." "Szash ?" dit Kenyu. "Ouais, Zin vient juste de me parler de vous ! Vous êtes son ami ? Je suis Iuchi Kenyu. Je l'ai emmenée ici. Si vous faites partie de l'Akasha comme Zin, alors vous devriez savoir que je suis son ami." Szash grogna. "Tu n'es pas un tsukai," dit Szash. "Le sort d'un vrai tsukai n'aurait pas été si pathétique. J'aurais dû mourir." "Merci, la prochaine fois, j'essaierai d'être plus violent," répondit sarcastiquement Kenyu. "Mais vu que nous sommes du même côté, pourriez-vous me relâcher, maintenant ?" La créature relâcha finalement son étreinte. Kenyu s'effondra sur le sol. Mais sans rien dire, le shugenja se remit sur pieds, marchant en vacillant d'où il venait. "Où vas-tu ?" gronda Szash, en glissant derrière lui et en attrapant l'épaule du shugenja d'une poigne de fer. "Aïe !" dit Kenyu, tiré en arrière. "Arrêtez ça ! Nous sommes du même camp ! Je dois retrouver Zin ! Elle s'est mise à agir bizarrement avant que vous ne vous montriez." "C'est à cause des shiyokai," dit Szash. "J'ai senti leur présence. Je pensais que tu les avais invoqués, au départ." "Les voleurs de rêves ?" demanda Kenyu, stupéfait. On lui avait parlé des shiyokai au Collège Iuchi. Les Etudes Paranormales avaient été l'un des rares cours à l'intéresser. Les shiyokai étaient des esprits qui se nourrissaient de souvenirs, confrontant violemment leur victime à tous ses souvenirs douloureux les uns après les autres, puis en lui offrant de lui en débarrasser. Une fois que la victime acceptait, les shiyokai se nourrissaient. Mais ils ne s'arrêtaient pas tant qu'il restait quelque chose, tant que la victime n'était pas devenue une coquille vide et sans esprit. C'est pour ça qu'il pensait à sa maison et que Zin agissait aussi bizarrement ; les shiyokai tentaient de l'affecter lui aussi. "Nous devons l'aider !" dit-il rapidement. Szash hocha la tête. "C'est mieux ainsi," répondit-il. "Elle est entrée dans le Coeur de Shinomen. Tu ne peux pas entrer dans cet endroit, humain, et j'ai une autre tâche pour cette nuit." "Mais ils vont la tuer !" cria Kenyu. "Ils vont détruire son esprit !" Szash sourit, une expression terrifiante qui révéla plusieurs rangées de dents acérées. "Je ne pense pas, Licorne. Les esprits l'aideront à apprendre la vérité à son propos, et la vérité la rendra plus forte. Je pense qu'ils vont la trouver plus difficile à vaincre qu'ils ne l'imaginaient. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, Iuchi Kenyu, mais j'ai encore beaucoup de travail à faire." Le naga se retourna, glissant dans la forêt sans faire un seul bruit. "Quoi ?" demanda Kenyu, en regardant en arrière, en direction d'où Zin était partie, puis là où Szash se dirigeait. "Où allez-vous, maintenant ?" "Les shiyokai ne sont que des créatures stupides et capricieuses," dit Szash. "Elles n'ont pas pu s'organiser sans l'aide d'un invocateur humain. Si ce n'est pas toi, alors il doit y avoir quelqu'un d'autre pas loin d'ici." Les yeux rouges de Szash brillèrent par-dessus son épaule alors que le naga tournait la tête. "Il pourrait très bien faire une autre tentative pour nuire à ma dame, et j'ai bien l'intention de trouver celui qui a fait ça. Je dois le tuer pour son arrogance." Kenyu acquiesça, en se dressant de toute sa taille et en tapotant sa veste pour se débarrasser de la poussière et la saleté. "Alors je viens avec vous," dit-il. Szash soupira, glissant en avant une fois de plus. "Très bien," dit-il. "Mais essaye de ne pas te mettre dans mon chemin." Kenyu acquiesça, suivant la massive créature serpentine dans les bois. De nombreuses fois, il fut obligé de faire des mouvements de côté pour éviter de se prendre dans la queue de Szash, et il n'était pas certain que le naga ne le faisait pas exprès. |
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Asahina Kinoji avait l'avenir devant lui. Ses amis de l'école le haïraient, s'ils le voyaient maintenant. Il avait tourné le dos à la voie du shugenja lorsqu'il avait quinze ans, étudiant la finance à la place. Toutes ces heures de jardinage et ces lectures de parchemins moisis étaient terminées pour Kinoji. Cela n'avait pas fait du bien à son père ; Asahina Taki était mort dans le temple avec seulement une poignée de moines anonymes pour le pleurer, et rien d'autre qu'une paire de sécateurs pour héritage. Ce n'était pas de cette façon qu'Asahina Kinoji voulait finir. Il allait devenir millionnaire. A seulement vingt-trois ans, il était déjà bien parti : il était un éminent coordinateur marketing pour Dojisoft, le département des logiciels informatiques de Dojicorp. Il était venu en avion à Otosan Uchi pour le week-end, à la demande d'Asahina Munashi, le nouveau PDG. En dépit de la turbulente situation que vivait son clan pour l'instant dans la Cité Impériale, Kinoji ne pouvait refuser un tel honneur. Il partit immédiatement, sans perdre de temps à prévenir qui que ce soit. Ce n'est pas que Kinoji n'avait pas d'amis ou de famille à prévenir ; mais sa carrière avait pris trop d'importance pour se soucier de telles futilités. Il était venu tout de suite ; pas de réservations, pas de bagages, rien. Tout comme l'avait demandé Munashi-sama. "Où suis-je ?" marmonna Kinoji, en clignant des yeux sous les brillantes lumières fluorescentes qu'il avait devant lui. La dernière chose dont il se souvenait était ce dîner dans sa chambre d'hôtel. Le cocktail à la crevette au drôle de goût lui avait donné mal à la tête. "Déjà réveillé ?" demanda une voix agréable. Le visage d'un vieil homme souriant apparut devant lui, son oeil gauche recouvert d'un cache-oeil en coton blanc. Il portait une robe de soie orange pâle. "Vous êtes fort, semble-t-il. C'était un bon choix, Suro." "Merci, monsieur," dit une voix à la gauche de Kinoji. Il essaya de le regarder, mais une paire de plaques métalliques le maintenaient sur le lit de camp sur lequel il était couché, l'empêchant de faire tout mouvement. "Qu'est-ce qui se passe ?" cria Kinoji, alarmé, tout en luttant contre les lanières de cuir qui l'entravaient aux poignets et aux chevilles. "Où suis-je ?" "Ne soyez pas si excité, vous allez vous faire mal, mon ami," dit le vieil homme, en posant une main sur l'épaule de Kinoji. "Mes méthodes sont parfois à la limite de l'étiquette, mais je vous assure que je tiens beaucoup à vous. Je suis Asahina Munashi, et je vous ai invité ici." "Munashi-sama !" dit Kinoji, en poussant un soupir de soulagement. Il était sûr que le PDG de Dojicorp, le daimyo de la bienveillante famille Asahina, ne lui ferait pas le moindre mal, tout aussi bizarre que la situation puisse être. "Est-il prêt, Suro ?" demanda Munashia, en regardant par-dessus son épaule avec un sourire poli. "Oui, monsieur," dit Suro, en entrant dans la ligne de vue de Kinoji. Suro était un petit homme portant une blouse et un masque de docteur. Les deux étaient recouverts d'éclaboussures ressemblant à du sang. "Il nous a fallu un certain temps pour le retirer sans dommages. Le dernier hôte était très fort." "Oui, ça arrivera encore, je suppose," médita Munasha. "Est-ce que les sujets sont prêts ?" "Kashrak-sama nous en a fait parvenir une nouvelle cargaison ce matin, justement," répondit Suro. "Je vais les faire venir tout de suite." Suro se retourna rapidement et quitta la pièce. "Excellent," dit Munashi avec un sourire satisfait. "Là, vous voyez ?" dit-il, en se tournant à nouveau vers Kinoji. "Vous n'aurez plus à attendre longtemps, maintenant. C'est un avantage, chez Suro. Il ne fait jamais attendre longtemps les gens. C'est vraiment un garçon efficace." "Qu'attendons-nous exactement, si vous me permettez cette question, Munashi-sama ?" demanda Kinoji, en essayant de ne pas avoir l'air effrayé. "Que se passe-t-il, ici ?" "Ah, bonne question," dit Munashi, en claquant des doigts. "Aussi futé qu'un renard, comme votre dossier le disait. Nous sommes au milieu d'une expérience, pour l'instant. Nous travaillons sur le remède d'une maladie extrêmement mortelle, vous voyez." Munashi tourna un bouton sur le flanc du lit de fortune de Kinoji, le faisant pivoter en position complètement verticale. Il était dans une grande pièce carrée et métallique. Une porte aux gonds en fer se trouvait devant lui, ouverte. "Une maladie ?" répéta Kinoji. "Je ne suis pas docteur, je ne vois vraiment pas comment je pourrais aider vos recherches..." "Bien sûr que non," dit Munashi avec un long soupir triste et patient. "C'est tout le problème, avec cette maladie. Les victimes ne réalisent même pas qu'elles en sont atteintes, jusqu'à ce qu'il soit trop tard." "Je suis contaminé ?" s'exclama Kinoji. Munashi acquiesça. Un couinement de roues métalliques résonna et Suro entra, poussant une énorme boite de fer sur un chariot. Des fentes étaient découpées sur le sommet et les côtés, et des cris bestiaux résonnaient à l'intérieur. "Qu-qu-qu'est-ce que c'est ?" bégaya Kinoji. "Des gobelins," dit Munashi. "Ils sont tous frais d'aujourd'hui. Dans un instant, je vais sortir de cette pièce et retourner à la salle de contrôle, en haut. De là, nous allons vous donner votre vaccin et ouvrir cette caisse à gobelins." "Mais je vais être tué !" s'exclama Kinoji. "Non, vous serez guéri," dit Munashi. Un bras métallique descendit du plafond, s'arrêtant à quelques centimètres du visage de Kinoji. Un masque de porcelaine était agrippé entre trois griffes, l'intérieur faisant face au visage de Kinoji. "Grâce à ce merveilleux petit objet que voici. Au moment où ces gobelins s'échapperont de leur prison et qu'ils vous reconnaîtront en tant que proie, chaque vestige de votre terrible maladie sera effacée et vous serez capable de vous occuper d'eux convenablement." "Par les Fortunes !" s'exclama Kinoji, hystérique. "Quelle sorte de maladie est-ce que j'ai ?" "L'humanité," dit Munashi. "Un bien triste état, mais si la chance nous sourit, elle ne sera que temporaire. Et souvenez-vous que si vous souffrez un peu, c'est au nom de la science. Bonne chance, Kinoji-san." Munashi écarta doucement une mèche de cheveux des yeux de Kinoji et passa sa main sur son visage, en souriant gentiment. Puis, il se retourna et quitta la pièce avec le bruissement de la soie. La porte de fer se referma avec un claquement, laissant la pièce plongée dans le noir total. Le bras poussa un grincement métallique et il poussa soudain le masque en avant. Pendant un instant, Kinoji sentit la porcelaine froide sur sa peau, puis un grésillement chaud, puis une douleur fulgurente alors qu'un millier de petits crochets s'enfonçaient dans la chair de son visage, dans les os de son crâne. Les crochets s'enfoncèrent jusqu'à son cou et traversèrent sa colonne vertébrale pour atteindre son coeur, enveloppant tout ce qui se trouvait sur leur passage. Kinoji hurla alors que son âme lui était soudain arrachée et que son cerveau était soudain empli de pensées de haine, de pensées de colère, de pensées de vengeance. Il devait s'echapper. Kinoji s'effondra sur le sol, mort. Asahina Munashi entra à nouveau dans la pièce, caressant sa moustache d'une main. Il enjamba les corps disloqués des gobelins et les lambeaux du lit de Kinoji. Il s'accroupit à côté du corps de Kinoji, contemplant les yeux creux du Masque de Fu Leng, toujours enfoncé dans le crâne du garçon. Il jeta un regard vers les énormes bosses que Kinoji avait laissé dans le métal, avec ses poings. Asahina Suro se tenait à l'entrée, un calepin et un stylo-bille en mains. "Passionnant," dit Munashi, en se relevant. "Celui-ci a tenu plus de vingt minutes, seulement alimenté par son amertume et son ambition humaine. Je peux à peine imaginer ce que le Masque fera avec une vraie créature du mal pour l'entretenir. Prenez note de tout cela, Suro, et enveloppez le masque pour moi. J'ai vraiment besoin de le prendre avec moi au Palais." Munashi quitta à nouveau la pièce. Suro le suivait de près, en griffonnant avec assiduité. |
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Sekkou était appuyé contre un lampadaire alors que le soleil achevait sa course par-dessus la cité. Le grincement des freins et le grondement des moteurs résonnèrent devant lui, alors qu'une autre camionette remplie de loyaux Sauterelles se préparaient pour les festivités de ce soir. C'était le dixième véhicule de ce genre qui passait devant lui en une heure. A une autre époque, cela aurait été un spectacle qu'il aurait aimé voir : les hordes des Sauterelles se levant finalement contre les oppresseurs samurai. Alors, pourquoi était-il toujours là ? Pourquoi est-ce que tout semblait si anormal ? Il était sensé être parti depuis presque une heure, mais il était toujours là, attendant à l'extérieur du magasin d'électroménager qui dissimulait l'entrée du Coeur de la Machine. Pourquoi attendait-il ? Il attendait de voir encore Inago. Il attendait de lui faire face avec ce que l'Oracle lui avait dit. Il attendait pour découvrir si c'était la vérité, ou si c'était une simple absurdité mystique. Sekkou s'imaginait être un homme courageux, il se faisait souvent l'idée qu'il était un révolutionnaire, mais il avait du mal à se décider à revenir à l'intérieur. Comment pouvait-il raconter à Inago tout ce qu'il savait ? Et surtout, que se passerait-il si c'était la vérité ? Cela serait tout simplement intolérable. Inago n'avait jamais vraiment été un ami ; Sekkou n'était pas le genre de type à avoir des amis. Toutefois, il avait été un allié utile, un conseiller proche et un maître. Il avait beaucoup appris d'Inago. Il s'était habitué à la présence du meneur des Sauterelles. Est-ce qu'un monde sans Inago serait un monde sans Sauterelles ? Est-ce qu'il resterait une place pour Inago Sekkou dans un tel monde ? Sekkou se retourna vers la porte, une main au-dessus de la poignée. "Sekkou !" cria une voix. Le Sauterelle fit volte-face, un pistolet en main. Kaibutsu s'arrêta soudain, la bouche ouverte. "S'il te plaît, tire pas sur Kaibutsu," pleurnicha l'ogre, en levant les mains. "Kaibutsu," dit Sekkou en soupirant. Il rengaina son pistolet. "Désolé, je suis tendu, ces derniers temps. C'est chouette de te revoir. Tu as trouvé la pierre ? Tu as trouvé Jiro ?" Kaibutsu hocha tristement la tête. "Non," dit l'ogre, en plissant le front. "Suivi Jiro jusqu'à un gros restaurant. Pas pu aller plus loin. Trop de gars de l'Armée de Toturi par là. Toujours dans le même coin. Ils rentraient et sortaient, gardant un oeil partout. Pas de pierre. Pas de Jiro. Raté." Sekkou attrapa un bout du manteau de Kaibutsu d'une maine. "Kaibutsu !" dit-il brusquement. "Tu as découvert le quartier général de l'Armée ?" "Désolé," gémit Kaibutsu. "Non, ne sois pas désolé," rit Sekkou. "Tu as très bien fait, mon ami. Nous allons bientôt nous occuper d'eux. Pour l'instant, j'ai besoin que tu fasses encore une chose pour moi." "Oui ?" dit Kaibutsu, ses dents pointues luisaient alors qu'il faisait un sourire ravi. "Viens avec moi dans la Machine," dit-il. "Je dois parler à Inago. Il pourrait être faché à cause de ce que je vais dire et il serait bon d'avoir un... ami comme toi à mes côtés." Kaibutsu acquiesça avec avidité. "Kaibutsu va le faire. Kaibutsu ferait n'importe quoi pour t'aider, Sekkou-sama." "Bien," dit Sekkou, en acquiesçant et en tapant sur l'épaule de l'ogre. "Bien, alors allons-y." Il se tourna vers la porte. De l'autre côté de la rue, Massad ricanait à voix basse. Il pointait son pistolet des Royaumes d'Ivoire juste au niveau du casque d'Inago Sekkou. Son doigt resserra la gâchette alors qu'il ricanait toujours. "Comme c'est amusant, Sekkou," se dit-il. "Il me semble que les Sauterelles se mobilisent. Il me semble que leur lieutenant devrait les mener, et pas retourner discrètement dans la Machine après que tout le monde l'ait quittée. Si je ne te connaissais pas aussi bien, je dirais que tu es en train de préparer une rébellion. Tu te la joues façon Doji Meda, hein ? Bon, alors voilà comment on s'occupe des Doji Meda, dans les Terres Brûlées." Massad appuya sur la gâchette. Le silencieux siffla et la bouche de l'arme s'illumina. La balle ricocha à travers l'allée, rebondissant sur l'armure de plate noire et corrodée d'un énorme samurai, apparaissant soudain de nulle part, juste devant Omar Massad. "Par le Tueur !" jura Massad, en reculant et en tirant plusieurs fois sur l'homme. "Gekkar, tue-le !" La goule massive s'avança vers le samurai avec un grognement. Le samurai tourna légèrement la tête, son mempo était vide de toute expression alors qu'il faisait face au monstre à la peau sombre. Gekkar resserra les poings et les écrasa sur la tête du samurai. Le samurai les attrapa facilement d'une main, et les broya dans un horrible craquement d'os. La goule fixa ses mains mutilées pendant un bref instant, avant que le samurai ne lui délivre un coup de poing rapide de son autre main, enfonçant profondément ses doigts dans la gorge de Gekkar. Avec un coup d'épaule, la tête de Gekkar tomba sur le sol de l'allée. La goule s'effondra alors que le samurai se retournait pour faire face à Omar Massad. "Une bonne goule," dit le samurai. "Ils avaient l'habitude de les faire comme ça, à l'époque. Vous êtes un vrai artisan, Chacal. Un maître des mystères de la Cité des Ossements. Pourrions-nous marcher quelques minutes ? Je ne voulais pas interrompre votre assassinat, mais je suis un programme extrêmement minuté." Massad lança un regard au mur de briques derrière lui. Il était épais et faisait six mètres de haut. Pas de portes entre lui et le samurai. "Bon," dit-il. "Je n'ai pas survécu aussi longtemps que pour ne pas reconnaître une opportunité de négociation." Massad sourit aussi aimablement que possible, en remettant son pistolet dans sa veste. "Bien," dit le samurai. "Je suis Moto Yotogi, et voici mes conditions. Vous avez un coeur empli de ténèbres, Omar Massad, mais vos réelles capacités à faire le mal sont encore enfouies en vous. J'aimerais vous inviter à vous joindre à moi, et à connaître la vraie immortalité." "Moto, hein ?" dit Massad. "Vous connaissez ce nom ?" demanda Yotogi. "J'en ai entendu parler," répondit Massad. "Une puissante magie maléfique réside dans votre famille. J'ai entendu dire que vous aviez vendu vos âmes à Akuma." Yotogi éclata de rire. "Oui, c'est ce qu'ils disent, n'est-ce pas ? Et avant Akuma, c'était D'arveshti. Et avant lui, Onnotangu. Et avant lui, Kahen Sinn. Et avant lui, Fu Leng. Et la liste continue. Non, je suis désolé, nos ordres sont bien plus directs. Nous sommes les soldats du mal, Omar Massad, et ce sont les pulsations de Jigoku lui-même qui battent dans nos coeurs. Nous ne nous rendons jamais. Nous ne mourons jamais. Nous n'échouons jamais. Rendez-moi un petit service, Massad, et je verrai si je peux partager un peu de ce pouvoir avec vous." Les sourcils de Massad se soulevèrent. "Vraiment," dit-il. "Et quel est le prix ?" Yotogi fit un geste vers le magasin d'électroménager. "Ce que vous connaissiez sous le nom de Clan de la Sauterelle n'existe plus, à présent. Cette horde de chiens sauvages qui aboyent et jappent aux ordres d'Inago ne sont rien de plus qu'un outil du Briseur d'Orage. Je vous en dirai plus un peu plus tard. Quoi qu'il en soit, comme tous les chiens sauvages, il arrive finalement un temps où ils doivent être mis à la niche. C'est là où vous intervenez, Massad. Je veux que vous rentriez là-bas, et que vous détruisiez les Sauterelles." "Pourquoi ne le faites-vous pas vous-même ?" demanda Massad. "Vous avez un rencard ce soir, ou quoi ?" "Quelque chose comme ça," répondit Yotogi. Massad avait la chair de poule. C'était une nouvelle sensation pour lui ; le Chacal n'était pas facilement impressionnable. Massad jeta un regard au magasin. "Détruire les Sauterelles, hein ? Vous savez que j'étais sur le point de flinguer Sekkou, avant que vous ne gâchiez mon tir ?" Yotogi hocha la tête. "Vous me décevez et vous ne me comprenez pas, Massad. Je n'ai pas dit que je voulais les voir morts. J'ai dit que je voulais que vous les détruisiez. Sekkou doit découvrir la vérité. Il doit découvrir à quel point sa vie est devenue ridicule et fausse, il doit découvrir qu'il n'est pas l'héroïque révolutionnaire qu'il s'imaginait être. Inago, quand à lui, doit voir quelle poupée inutile il est devenu, il doit voir à quel point son propre destin n'est plus entre ses mains. Ils doivent être totalement brisés. Les âmes doivent être déchirées et jetées en pâture aux feux de Jigoku. Ils doivent être détruits. Vous comprenez ?" Yotogi tourna encore les yeux vers le magasin d'électroménager. Un petit sourire semblait animer les lèvres de son mempo. "Détruire. Ok. J'ai compris," répondit Massad. "Et qu'est-ce que je fais d'eux, ensuite ?" Yotogi le regarda à nouveau et haussa les épaules. "Oh. Descendez-les, je suppose. Je m'en fiche un peu. C'est vous qui voyez, Massad. Je reprends contact avec vous plus tard." Yotogi fit un pas en arrière, disparaissant d'un seul coup. Massad était seul dans l'allée avec le corps de sa goule. Il trembla ; une fois de plus, c'était une nouvelle sensation pour lui. Il n'avait jamais été effrayé par quelqu'un de toute sa vie. C'est une chose qu'il faut respecter. Massad traversa la rue et se dirigea vers le magasin, un sourire épanoui sur ses lèvres. |
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La jeune Quêteur était tapie à l'orée de la forêt, balayant les broussailles avec sa lentille de visée. Elle avait fait un long voyage pour découvrir les raisons derrière le récent silence des naga, et elle n'était pas prête à rentrer chez elle sans réponse. Rien. Aucun signe de mouvement. Aucun signe de vie dans la Shinomen. Un instant. Là. Quelque chose de grand et de sombre à trente mètres dans la forêt. Elle ne pouvait pas dire ce que c'était, mais il ne semblait pas s'approcher. Il respirait difficilement, dissimulé sous un tas de feuillages. Probablement un animal blessé. Elle rangea son fusil en travers de son dos et sauta de son perchoir, courant rapidement sous le couvert des arbres. Courbée dans l'ombre d'un arbre énorme, elle observa de plus près la silhouette qu'elle avait remarquée. A cette distance, elle put dire qu'il était vert sombre et couvert d'écailles. Un naga. Vu la taille de celui-ci, c'était sûrement un Constricteur. C'étaient les guerriers de leur race, des créatures énormes avec des queues musclées, capable de broyer leurs ennemis. Celui-ci semblait faire presque deux mètres cinquante de haut, ce qui voulait dire que sa queue était trois fois plus longue. De la façon dont il était voûté au-dessus de celle-ci, il lui semblait que ses soupçons étaient corrects, il était nettement blessé. La Quêteur s'approcha encore, essayant de venir le plus près possible sans l'alerter. "Oui ?" dit-il soudain, la tête se dressant. De brillants yeux jaunes luisaient dans les ombres. Il fit un tour complet sur sa queue, surveillant les alentours. Sa peau était parsemée de taches noires, et une croûte blanche s'était formée autour de ses lèvres et de ses yeux. C'était un naga très malade. Ses yeux s'arrêtèrent où la Quêteur était dissimulée, dans les buissons, malgré son camouflage. Elle quitta les buissons et s'inclinant, lui permettant de sentir totalement sa présence. "Partez," dit-il, en désignant l'orée de la forêt. "Partez, maintenant ! Fuyez les ténèbres, petite Crabe, la bataille qui fait rage ici ne vous concerne pas." "La bataille ?" dit la Quêteur, en regardant la forêt autour d'elle. Il n'y avait aucun signe de combat. "Vous ne pouvez pas la percevoir, humaine," répondit le naga. "La race des Naga se bat pour son identité. Notre âme se retourne contre nous. Vous n'êtes pas concernée." "Si, je le suis, je pense," dit-elle en s'avançant. "Je suis venue ici pour découvrir pourquoi vous avez abandonné les Crabes aux forces du Seigneur Oni Akuma. Est-ce que notre pacte ancestral n'a plus de valeur, Constricteur ? Ou est-ce que la Shinomen est en danger ? Avez-vous besoin de notre aide ? Vous n'avez qu'à demander et toutes les forces du Crabe seront à votre disposition." "Vous vous surestimez, petite Crabe," dit le naga, la voix déformée par la douleur. "Il n'y a rien que vos berserkers Hida ou vos Chasseurs de Sorciers Kuni puissent déraciner et détruire. L'Akasha est en train de changer, de nous détruire. Nous ne sommes plus ce que nous étions. Nous ne vous sommes plus utiles." "Quoi ?" dit la Quêteur. "Comment ça ?" Le Constricteur ferma ses grands yeux dorés, et une incroyable tristesse s'empara de lui. "Kashrak, mon frère," dit-il. "Pourquoi n'ai-je pas écouté ? Pourquoi n'ai-je pas compris ?" Le Constricteur s'écroula sur sa queue alors que la dernière étincelle de force le quittait. La Quêteur se précipita aux côtés de l'immense naga, sortant sa trousse de premiers soins de sa ceinture. Elle porta les doigts au cou de la créature et fut soulagée de sentir son pouls. Elle tira une seringue d'antibiotiques du kit, espérant qu'il serait utile à l'étrange système immunitaire des naga. "Vous autres humains n'abandonnez jamais, n'est-ce pas ?" fit une voix derrière elle. "Je trouve ça tellement... adorable." Elle se retourna rapidement, son fusil entre les mains. Elle poussa un soupir de soulagement en voyant que c'était un autre naga, bien qu'il ne ressemblait à aucun de ceux qu'elle avait déjà vu. Il était grand et large, comme un Constricteur, mais son torse se découpait en multiples queues. Une demi-douzaine de tentacules à tête de cobra se tortillaient à la taille de la créature, et des pointes noires sortaient de sa peau, au niveau des bras et des épaules. Il s'avança en glissant vers elle, sans faire le moindre son. "Il est malade," dit-elle. "Pouvez-vous l'aider ?" "Si je peux l'aider ?" demanda le naga en gloussant. "Bien sûr, ma chère, que je peux l'aider. Je peux même le rendre meilleur qu'il n'était avant. Veuillez vous écarter." Elle se mit à l'écart, laissant le naga s'approcher de son congénère. Quelque chose semblait étrange chez cet autre naga. Elle n'avait pas confiance en lui. Pourtant, elle savait à quel point c'était stupide ; la conscience collective des naga aurait difficilement permis à l'un d'eux de trahir un autre. Toutefois, elle garda la main sur son fusil et observa attentivement le nouvel arrivé. Il plaça les deux mains sur les épaules du constricteur inconscient. "Szash," siffla le naga. "Toi qui veille. Tu es le seul à m'avoir aimé. Le seul à avoir cru en moi. La Qamar et le Shashakar m'auraient étranglé avant que je quitte les lits de perle. Ils disaient qu'une telle abomination ne méritait pas de vivre, même coupée de l'Akasha. Ils disaient que j'étais trop dangereux..." Le Constricteur ouvrit à peine les yeux, une faible lueur jaune éclaira son visage. "Kashrak," dit-il. "Tu es revenu..." "Je ne suis jamais parti," dit l'autre naga, révélant ses crocs dans un sourire. "J'ai toujours été avec toi. Tu m'as sauvé, mon frère. Tu leur as dit de me laisser vivre. Tu as dit que toute vie méritait une chance, que même séparé de l'Akasha, je pouvais trouver une place dans le monde." Le Constricteur toussa violemment, un sang vert coula de sa gueule. "Tu avais raison, Szash," dit le Kashrak, en baissant sa tête au niveau de celle de l'autre, et en le regardant dans les yeux. "J'ai trouvé ma place dans le monde. Maintenant, je vais t'aider à trouver la tienne." Les mains de Kashrak se resserrèrent et le corps de Szash se tendit soudain. Les yeux du Constricteur s'éclairèrent d'une lumière pourpre, et un cri déchirant secoua la clairière. La queue de Szash battait violemment, arrachant un jeune arbre à la terre. Un coup de feu fit retomber la clairière dans le silence. Le Kashrak se retourna et regarda la Quêteur en refermant les yeux presque complètement, fixant le canon de son fusil sans crainte. Szash s'effondra à nouveau sur le sol. "Vous m'avez demandé de l'aider," dit Kashrak. "Et maintenant, vous voulez me tuer ? C'est extraordinaire." "Vous êtes en train de le tuer," dit-elle, en préparant un autre tir. "Ne recommencez pas." "Vous ne connaissez pas nos voies," répondit Kashrak. "J'étais en train de l'aider, vous savez. Pourquoi ne décidez-vous pas de mettre un terme à la tendance humaine à interférer avec ce que vous ne comprenez pas, et ne vous contentez-vous pas de vous asseoir un instant ?" "Vous ne l'aidiez pas," dit-elle. "Maintenant, reculez. Ce coup-ci était seulement un avertissement." "Ce fut votre erreur," acquiesça Kashrak. "Je n'aurais jamais donné le moindre avertissement." La Quêteur hurla de douleur alors que des griffes aiguisées comme des rasoirs lui lacéraient l'abdomen. Elle n'avait même pas vu le naga bouger, mais il était là, maintenant, la lacérant avec ses griffes et la mordant au visage et à la gorge avec ses tentacules à tête de cobra. Après quelques secondes, elle tomba par terre, couverte de sang. Le Kashrak souleva une énorme souche d'arbre au-dessus de sa tête avec ses deux mains, prêt à la laisser tomber sur la fille. Et un éclair vert frappa le naga corrompu dans le dos. Szash entourait maintenant le torse de son frère avec ses bras et sa queue, et les deux roulèrent à travers la forêt, leurs énormes masses écrasant les petits arbres et aplatissant les broussailles. La Quêteur était à peine consciente lorsqu'elle vit que leur combat les emmenait à l'écart, et alors que sa vision déclinait, elle vit le visage d'un troisième naga, un grand serpent avec un visage noble et les yeux les plus bleux qu'elle avait jamais vu. Il la regarda avec une infinie tristesse tout en la prenant dans ses bras et en l'emmenant dans la forêt de Shinomen. |
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La camionnette roulait sur les grandes routes en boucles d'Otosan Uchi, circulant dans le trafic du soir. C'était un vieux modèle de camionnette Hiruma, sans vitres sur les côtés et un bon paquet de rouille au niveau des jantes. Le conducteur était un homme assez grand, avec un cou très large et une barbe généreuse. Il chantait avec la radio allumée, tout en conduisant, massacrant les paroles de la dernière chanson d'amour de Kakita Yunokawa. A côté du conducteur se trouvait un petit homme mince à la tête rasée, Inago Isek. Un petit appareil recouvrait une de ses tempes et un oeil. Sa lentille verte n'avait pas vraiment d'utilité, mais ça lui donnait un air impressionnant et Isek en était fou. Il pianotait sur la portière alors que la camionnette roulait, sentant le vent froid lui parcourir le crâne. Il était excité. Il attendait une nuit comme celle-ci depuis si longtemps. Le Palais de Diamant irradiait d'une lueur bleue, au loin. "Hé, Josuke, tu peux changer de fréquence ?" se plaignit un des hommes à l'arrière. "Cette chanson, ça me rappelle mon voisin quand il bat son chat." "Tu n'aimes pas cette chanson d'enfer, Ryo ?" marmonna le conducteur d'une voix épaisse. "Yunokawa est géniale ! J'ai tous ses albums !" "Ouais, tu les as achetés uniquement à cause des couvertures," dit un autre homme, en train de nettoyer un petit pistolet automatique avec un chiffon. "C'est celle qui s'habille uniquement avec des plumes, sur son nouvel album, hein ?" "Ouais, mais c'est juste l'image qu'elle veut donner au public, Izo," rétorqua Josuke. "C'est vraiment une femme magnifique, c'est sûr, et si elle peut utiliser cette image pour étendre son art à une audience encore plus grande, alors je dis que c'est tout bénéfice pour elle. Que penses-tu de ça ?" Izo cligna calmement des yeux. "Je crois qu'elle est chaude, tout simplement," dit-il. "Tu n'as aucun sens artistique," rit laconiquement Josuke, apparemment blessé par l'incompréhension de ses amis. "C'est tout simplement magnifique." "Josuke. Ecoute donc cette foutue musique," dit Ryo, en se penchant par-dessus la grosse caisse noire qui se trouvait au centre de la camionnette. "Ces paroles, elles craignent. 'Je t'aime, mais je me sens tellement seule. Ton coeur n'est pas tendre, il est aussi dur que la pierre.' C'est vraiment nul." "C'est magnifique," dit Josuke. "Moi, ça me parle. Qu'est-ce que tu en penses, Isek ?" Isek releva les yeux, sourit, sortit un grand pistolet de sa ceinture, et le pointa sur Ryo. "Ryo, ne te penche pas sur Maladie. Je vais te tirer dans la gorge. Tu vas mourir vite, mais tu auras l'impression que ce n'est pas encore assez rapide, parce que tu vas beaucoup souffrir." Ryo acquiesça rapidement et se rassit sur son siège. Isek fit un signe de tête, rangea son pistolet et se remit à regarder par la vitre. La camionnette resta calme pendant les quelques minutes qui suivirent. Finalement, le véhicule quitta la grande route et poursuivit son chemin dans les rues de la cité. Montant sur un trottoir, Josuke se gara en face d'un immeuble administratif à quelques rues de la Tour Shinjo. Les lumières omniprésentes du gratte-ciel balayaient le ciel, mais ne remarquèrent pas la petite camionnette tout en bas. "Alors, quand est-ce que le spectacle commence ?" demanda Josuke, en jetant un regard vers Isek. "Maintenant," dit Isek. "Déchargeons-là." Josuke fit un signe de tête, sauta hors de la camionnette et se dirigea vers les portes arrières. Isek se mit à la place du conducteur et appuya sur un interrupteur placé sur le tableau de bord. Une petite horloge électrique commença un compte à rebours, indiquant deux minutes. Isek se pencha pour vérifier une dernière fois quelque chose sous le tableau de bord, souriant pour lui-même en constatant que les charges de plastique étaient toujours intactes. En jetant un regard dans le rétroviseur, il vit que les autres avaient déchargés la grande caisse noire, et étaient en train de l'ouvrir. Il sortit de la camionnette et les rejoint. La console de Maladie étaient enfin dévoilée, un énorme clavier recouvert de kanji et d'autres symboles étranges. "Hé, qu'est-ce qui se passe, là ?" demanda un garde de la sécurité grisonnant, émergeant des portes de l'immeuble administratif. "Si c'est une livraison, vous devez passer par l'arrière." "Oh, désolé, c'est une livraison urgente," dit Isek avec un sourire. Il commença à taper sur la console. Un affichage apparut sur les petits moniteurs qui recouvraient la console, des écritures que seul Isek et quelques rares Sauterelles avaient la possibilité de comprendre. "Hé, mais ?" dit le garde, en soulevant son képi d'un côté tout en regardant par-dessus l'épaule de Josuke. "Qu'est-ces que vous faites, les gars ?" "On déclenche l'Armageddon," dit Isek, en le regardant avec un sourire féroce. "Tu peux regarder si tu veux." Le garde de la sécurité sembla confus, puis ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il vit le mon Sauterelle qu'Isek portait sur son t-shirt. Il se mit à reculer prudemment sur les marches qui menaient à l'immeuble. Isek soupira, sortit son pistolet et tira sur le garde, au niveau de sa poitrine. Il put entendre un hurlement de l'autre côté de la rue, car une vieille femme avait vu le meurtre. Isek tira au hasard par-dessus son épaule jusqu'à ce qu'elle parte en courant. "Euh, Isek," dit Josuke. "Tu ne devrais pas être un peu plus prudent ? Tu sais, le rayonnement n'est pas encore déclenché. Les flics pourraient venir." "Alors, ils feraient mieux de se dépêcher," répondit Isek, en tapant les derniers codes et en appuyant sur un grand bouton rouge. "Ils ont exactement vingt secondes avant que le cycle de Maladie ne commence. Les gars, vous feriez mieux de vous diriger vers la ruelle. Vous n'allez pas aimer voir ça." Les trois hommes se séparèrent rapidement. Isek quand à lui marcha calmement vers la camionnette, démarra le moteur, passa une vitesse, prit une brique sous le siège et la posa sur l'accélérateur. La camionnette partit à toute allure vers la Tour Shinjo. Isek ne savait pas si elle parviendrait à atteindre le quartier-général de la police. Il s'en fichait un peu. Elle finira par toucher quelque chose, de toute façon. Isek se dirigeait vers la ruelle lorsque Maladie détona derrière lui, libérant une vague d'énergie électromagnétique plus brillante que la lumière. Il sentit une vague de froid le traverser et sentit les poils de sa main se hérisser. Il entendit un crépitement dans son oreillette alors que le rayonnement la traversait ; les gémissements de moteurs torturés et les crépitements de fils électriques qui prennent feu s'ensuivirent un peu partout dans le quartier. Les lumières tout autour de lui s'éteignirent rapidement. La cité était soudain plongée dans le silence, les bourdonnements perpétuels des machines et des appareils électroniques s'étaient soudain envolés. Isek regarda vers la Tour Shinjo. Les projecteurs ne parcouraient plus la cité. Eux aussi, ils étaient éteints. Il savait que partout ailleurs, dans toute la cité, les trois autres générateurs de rayonnements s'étaient aussi déclenchés. Tout Otosan Uchi était plongé dans les ténèbres. "Il fait calme, pas vrai ?" demanda Isek, en revenant dans la rue. Des hurlements de confusion et de peur commencèrent à combler le vide laissé par le dispositif. "Wow, c'est sûr, il fait noir," dit Josuke, en trébuchant dans la rue, puis en reprenant son chemin à la faible lumière de la lune. "Oh, je ne me tracasse pas pour l'obscurité," dit Isek, en tapant sur l'épaule de l'autre Sauterelle. "Bientôt, les immeubles les moins biens raccordés vont prendre feu. Et sans aucun camion de pompier en état de marche, on va avoir un paquet de lumière. Bon. Allons visiter le Palais, maintenant." |
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Tokei quitta les ombres de l'allée, regardant attentivement à gauche et à droite. Il avait voulu rester dans son appartement, comme il l'avait promis à Shotai. Il l'avait vraiment voulu. Malheureusement, il n'avait pas pu. Il avait eu un terrible pressentiment. Il était sorti et s'était mis à chercher ces flics, il avait voulu voir où ils se trouvaient. Maintenant, il se disait qu'il aurait dû rester chez lui. Il ne parvenait pas à croire ce qu'il avait vu. Qui était cette chose ? Il était habillé comme un homme, il parlait comme un homme, mais il n'était pas humain. Tokei avait des affinités avec les éléments ; les remous et la danse du monde des esprits étaient comme un livre ouvert, à ses yeux, et lorsqu'il les posa sur la chose qui prétendait s'appeler Moto Yotogi, il était presque tombé par terre, pris de terreur. Il était parti, maintenant. Il avait dévalé la rue sur un cheval spectral, à la poursuite de cette pauvre Vierge de Bataille. Tokei espérait qu'elle pourrait s'en sortir, mais il savait que c'était impossible. Il se sentait lache, un faible imbécile de n'avoir pas levé le petit doigt pour la sauver. En son ame, il savait qu'il n'y avait de toute façon rien à faire. Sa magie aurait à peine génée une monstruosité comme Yotogi. Il valait mieux qu'il survive pour pouvoir faire un rapport au reste de l'armée. Si ils le croyaient... Tokei frisonna. Mais il ne pouvait pas partir. Pas encore. Il s'accroupit dans une allée et regarda la rue. Quatre Sauterelles rigolaient et se félicitaient l'un l'autre. "T'as vu cette turbo-pute courir ?" dit l'un d'entre eux en rigolant. "Ouais, t'as vu comme elle a arrêté de se la pêter quand Yotogi a débarqué !" dit un autre coupant le premier. "Je le savais. Je le savais. Ce mec, c'est la classe incarnée. T'as vu ce qu'il a fait avec son cheval ?" Tokei fit un hochement de tête pour lui-même. Les Sauterelles avaient l'air de bien s'amuser, mais leurs manières les trahissaient. Un rire nerveux ici. Un bref coup d'oeil en coin. Ils avaient aussi peur de Yotogi que lui. Peut-être même plus. Ils devaient rentrer avec lui, après tout. Le regard de Tokei se reposa sur l'amas fumant composé par une moto tordue et une armure pourpre. Shinjo Rakki, le partenaire de la vierge de bataille. Cela prouvait de manière éloquente que les Sauterelles étaient terrorisés : ils n'avaient pas encore fouillé le corps de Rakki. Par les Fortunes, il était peut-être encore vivant. Il y avait peu de chance après un accident d'une telle violence, mais Tokei ne partirait pas avant d'être sûr. Mais comment ? Comment arriver au corps sans que les Sauterelles ne l'arrêtent ? Il ne faisait pas le poids en face de quatre Sauterelles bien armés. Pas tout seul. Pas même avec sa magie. Encore moins au milieu du territoire Sauterelle. "Quand la montagne t'empêche de passer," Tokei murmura, citant le Tao, "Enlève la montagne." Un petit sourire apparut sur le visage du vieux shugenja. Il retourna dans les ombres de la ruelle, puis disparut. "Que... JIGOKU... vous... détruise... tous !" hurla une voix terrifiante, comme si elle sortait des portes de l'enfer. Les quatre sauterelles tournèrent des yeux agrandis par la peur vers la ruelle d'où venait le son. Moto Yotogi sortait d'une allée sombre, son armure déchiquetée. Son Mempo était l'image de la colère contenue dans ses paroles. "La vierge... échappée... ma monture... perdue... Quelqu'un doit PAYER !" Le Moto en guenilles fixa les sauterelles de ses yeux rouges. Ils s'enfuirent immédiatement, partant au hasard dans les ruelles aussi vite que leurs jambes le permettaient. Yotogi leva la main et retira son mempo. Il se transforma en fumée dans ses mains, tout comme son armure et 30 centimètres de sa taille. Tokei se tenait où le Moto corrompu avait parlé, un parchemin sur une carte en plastique dans sa main, alors que son illusion s'évanouissait. Sitôt l'illusion dissipée, il courut vers l'officier tombé. Il repoussa la moto sur le coté en grommelant, puis s'agenouilla à proximité du visage de Rakki. Il respirait. Si ni ses jambes, ni son dos, ni sa nuque n'étaient brisées, il pourrait peut-être se sortir d'ici. Il aurait peut-être même une chance de sortir du territoire Sauterelle. "Officier Shinjo," dit Tokei, en secouant doucement le corps inerte. "Officier Shinjo, levez-vous, vite." Tokei sortit une autre carte de sa poche et invoqua les esprits de l'eau pour apaiser la souffrance de l'officier. "Ca fait... mal..." répondit Rakki, en s'asseyant lentement. Il enleva son casque de moto, qui tomba bruyamment sur le bitume. "Est-ce que vous allez bien ?" demanda Tokei. "Pouvez-vous marcher ?" Il jeta un coup d'oeil dans la rue. Il lui sembla voir quelques personnes s'approcher. "Encore mieux, pouvez-vous courir ?" "Ouais," répondit Rakki, en se levant difficilement. "Ouais, je crois que je peux courir. Je crois que je n'ai rien de cassé." "Wahou, vous avez de la chance," dit Tokei, en attrapant le bras de Rakki pour l'aider à se relever. "C'est ce qu'on n'arrête pas de me dire," se plaignit Rakki. "Où est Sachiko ? Qui est ce Moto ? Et bordel, qu'est-ce-que vous faites là, Asako ?" "On verra ça plus tard," répondit Tokei. Il posa le bras de Rakki sur son épaule, et commença à courir lentement en trainant Rakki. Quelqu'un dans la rue les héla, et Tokei acceléra. Ils passèrent un coin de rue, puis se cachèrent derrière une benne à ordures pour quelques minutes. Tout était calme. "Je crois qu'on les a distancé," dit Rakki "Bizarre," répondit Tokei. "Ca n'aurait pas du être aussi facile. Pas ici. Il y a des patrouilles sauterelles de partout. Je n'ai vu quasiment personne depuis qu'on est la." "Vous en savez beaucoup sur les Sauterelles pour un diseur de bonne aventure," constata Rakki. "Ouais, et cette armure est un peu trop pourpre pour une balade en territoire sauterelle," répondit Tokei. "Vous feriez mieux de la laisser la, Shinjo. Ils n'auront pas besoin de nous identifier s'ils vous voient avec ça. Les flics ne sont pas très populaires ici." "Bonne idée," dit Rakki en enlevant les lanières qui retenaient la plaque frontale. "Vous avez raison. Cet endroit est beaucoup trop calme par rapport à sa réputation. Je ne crois pas avoir entendu un coup de feu depuis que vous m'avez réveillé. Où sont passés tous les Sauterelles ?" "Je n'en ai aucune idée," répondit Tokei, en secouant la tête. "Mais je ne pense pas qu'ils vont attendre longtemps avant de nous le faire savoir." Comme si elles n'attendaient qu'un signe, les explosions commencèrent. Quelques minutes plus tard, il se mit à pleuvoir. "Sacré Osano-wo. Il a toujours été doué pour la mise en scène," marmonna Tokei dans l'orage. |
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La pluie tombait drue. Il était détrempé. Il ne s'en rendait pas compte. Il ne voyait que le trottoir devant lui, ne pensait à rien, à part mettre un pied devant l'autre. Il portait un sac de marin sur son dos. Dedans, il n'y avait que peu de choses, les choses importantes. Tout ce dont il avait besoin. Après qu'il ait eu tant de choses, après tout ce qu'il a vécu, il pouvait toujours tout mettre dans un sac. Il n'avait pas vraiment changé. Daniri se retourna pour jeter un dernier coup d'oeil aux Studios du Soleil d'Or. Ils ne lui avaient pas demandé de partir. Le Lion avait trop de dignité pour ça. On le pensait assez honorable pour partir de lui-même. Gohei avait même préparé une voiture pour qu'il puisse quitter les studios sans être assailli par la presse. Daniri ne l'avait pas prise. Il avait assez vécu dans les studios pour connaitre toutes les sorties discrètes. La presse ne le dérangerait pas. Et il n'était pas prêt d'accepter une autre faveur du clan du Lion, pas après ce qu'il leur avait fait. "C'est ma faute après tout, n'est-ce-pas ?" se dit-il en marchant sous la pluie. "Je connaissais les risques. Je savais ce qui pouvait arriver si on révélait mon secret. J'aurais pu arrêter à tout moment. Ou j'aurais pu fermer ma grande gueule. Est-ce que je l'ai fait ?" "Bien sur que tu ne l'as pas fait, mais tu as toujours fait l'imbécile." Daniri se retourna en direction de la source de la voix. Une jeune garçon maigrichon le suivait. La pluie avait collé ses cheveux contre les cotés de son visage. Il esquissa un signe de tête à Daniri, mais ne sourit pas. "Jiro," dit Daniri d'un ton tranchant. "Comment m'as-tu retrouvé ?" Jiro haussa les épaules. "J'ai appris un ou deux trucs de Hiroru. M'man m'a demandé de te retrouver. Elle pensait que tu tenterais de disparaître, comme p'pa." "Et alors ?" répondit Daniri. "Et si je disparaissais ? Qu'est-ce que ca pourrait bien changer ? Tu as entendu ce qu'il disent de moi, maintenant. Je suis la honte du clan du Lion. Une gêne pour le clan du Lion." "Ouais," acquiesça Jiro. "Le gars de la Mante à la télé a dit qu'ils devraient enlever la poussière du tapis de seppuku et te laisser régler le problème." "Très drole," répondit Daniri. "C'est pas une si mauvaise idée, en fait." "Nan," répondit Jiro, se plaçant sous l'auvent d'un petit magasin de journaux pour se protéger de la pluie. "De toute façon, tu peux pas te faire seppuku. T'es pas un vrai samurai, tu te rappelles ?" "Merci Jiro," répondit Daniri. "J'avais oublié." "Oh, calme-toi, Danjuro," répondit Jiro, en accompagnant ses paroles d'un raclement de gorge. "Tu n'as jamais vu que toi. Tout tourne autour de toi. Réfléchis pendant une minute, 'Akodo'. Qu'est-ce-que tu as perdu, exactement ?" "Ben c'est simple. On va compter," répondit Daniri, en faisant rageusement les cents pas sous la pluie. "Il y a ma carrière. Mon nom. Mes amis." Il comptait sur ses doigts en tournant sur lui-même. "Ma position à la Cour Impériale. Tous mes fans. Tous ceux qui me respectaient. Et, j'allais oublier, la sorcière que j'allais marier, lorsqu'elle m'a vendu pour Onnotangu sait quelle raison. Est-ce que ça te suffit, Jiro ?" Daniri regarda de nouveau son frère. Sa colère se ressentait dans l'intensité de son regard. "Oh ouais, frèrot. J'ai vraiment pitié de toi," dit Jiro dans une grimace. "Grand héros de Otosan Uchi. Tout perdu. Et pourtant, tu méritais vraiment tout, non ?" Daniri s'arrêta de tourner en rond, frottant ses yeux du dos de la main. Il resta calme un moment, l'eau coulant sur son visage alors qu'il regardait à nouveau son frère. "J'sais pas," dit Daniri. "Pendant un moment, je pensais que oui. Pendant un moment, je pensais l'avoir gagné." "Oh, vraiment ?" demanda Jiro, en croisant ses bras. "Oui," dit Daniri. "J'avais l'impression qu'il y avait un peu d'espoir pour nous, après tout. Que je pourrais faire la différence parmi tous les samurai et shugenja et tout ça. J'avais l'impression de pouvoir être important." "Tu sens toujours ça ?" demanda Jiro. "Ou tu vas te casser de cette ville, et disparaître dans un nuage d'auto-apitoiement comme papa ? J'fais que demander. L'un ou l'autre, ca me gène pas." Le jeune frère croisa les yeux de Daniri. Le regard de Jiro était froid. Daniri fronça les sourcils. "Tu ne me parlais pas comme ça avant, Jiro," dit-il. "Tu me respectais." "Les choses changent, Danjuro," dit Jiro. "Tu aurais peut-être du y penser avant de rejoindre l'école Akodo et de laisser M'man et moi derrière." "J'en suis désolé, Jiro," dit Daniri. "Je vous envoyais de l'argent. J'ai essayé de garder un oeil sur vous deux, d'être sûr que vous alliez bien." "On n'avait pas besoin d'argent," dit Jiro. "J'avais besoin d'un frère." Daniri s'avança sous l'auvent, la pluie dégoulinait de sa longue chevelure. Il s'assit à côté de Jiro, les épaules basses. "Je suis désolé, Jiro," dit-il. "Ca me semblait être une bonne idée, à ce moment-là. Je pensais que vous seriez fiers de moi. Comme je te l'ai dit, je pensais pouvoir faire la différence." Les deux frères restèrent silencieux pendant un instant. La pluie continua de tomber sur la rue autour d'eux. "Tu le penses toujours ?" demanda Jiro. "Hm ?" demanda Daniri, en relevant les yeux. "Tu crois toujours que tu peux faire une différence ?" demanda Jiro. "Sans ton argent, et tes voitures, et ton studio, et ton gros robot. Tu crois toujours que tu peux faire une différence ?" "C'est le moment où tu vas me demander de rejoindre l'Armée de Toturi, n'est-ce pas ?" demanda Daniri. "Non," dit Jiro. "C'est le moment où je te demande d'arrêter de te décomposer. Peut-être que si tu parviens à changer ça, je demanderai plus tard à Ginawa si tu peux nous rejoindre." "Merci pour cette offre, Jiro, mais non merci," dit Daniri. "Tu ne sais pas ce que j'ai enduré. Tu ne sais pas ce que j'ai perdu." Les lampes de la rue s'éteignirent. Daniri regarda tout autour de lui, en silence. Jiro fit quelques pas derrière lui, tout aussi surpris. "Panne d'électricité ?" demanda Jiro. "Non, ce n'est pas normal," dit Daniri. Il pointa du doigt vers l'ouest. "Regarde, même le Palais de Diamant et la Tour Shinjo ne sont plus éclairés. La cité entière a été touchée." Il regarda sa montre. "Ma montre est arrêtée, elle aussi." "Les Sauterelles," dit Jiro. "Ils commencent à s'activer." Daniri acquiesça. "Reste près de moi, Jiro." "Pas vraiment," rétorqua le garçon. "Je retourne dans le Petit Jigoku. L'Armée va avoir besoin de moi." "Pas autant que moi," dit Daniri. "Hein ?" répondit son frère. "De quoi parles-tu ?" "Tu es un voleur, Jiro, et un bon, sinon tu n'aurais jamais survécu aussi longtemps chez les Sauterelles. Tu viens avec moi, et nous retournons aux Studios du Soleil d'Or." "Pourquoi ?" demanda Jiro, en restant dans le sillage de son frère. Daniri regarda derrière lui et sourit, et un fragment de ce vieux regard espiègle revint dans son regard. "Quoi qu'ils fassent, nous ne pouvons pas laisser les Sauterelles s'en tirer comme ça. Nous allons retourner aux Studios du Soleil d'Or, et nous allons voler Akodo." |
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"Kameru ?" demanda Ryosei, en poussant la porte et en entrant calmement dans le bureau. "Tu es là ?" Kameru releva les yeux du grand bureau de marbre, un sourire naquit soudain sur son visage. Il se releva rapidement de sa chaise et traversa la grande pièce pour aller à la rencontre de sa soeur. "Ryosei," dit-il d'un ton heureux, "comment vas-tu ?" "Je vais bien," elle fronça les sourcils en le voyant, embarrassée. "Tu as l'air fatigué. As-tu eu assez de sommeil ?" "Plus qu'assez," dit-il, haussant les épaules. "Mais pas un bon sommeil. J'ai des cauchemars chaque nuit, depuis que papa est mort." Il désigna une paire de grandes chaises rembourrées à l'arrière du bureau. Ils se rendirent à elles et s'assirent. "J'ai essayé de venir te voir tous les jours, depuis le couronnement, Kam," dit Ryosei. "Tes conseillers m'ont chaque fois raconté que tu étais trop occupé." Kameru plissa le front. "Je n'en savais rien," dit-il. "Par les Fortunes, je ne t'aurais pas chassée, Ryosei." "C'est bon à savoir," dit-elle avec un large sourire. "J'espérais que tu ne commences pas à changer, comme papa l'a fait." "J'essaie tous les jours de ne pas changer," dit Kameru pensivement. "Je pensais que tu m'avais un peu abandonnée ici, après avoir disparue." "C'est justement à ce propos que je suis venu te parler," dit Ryosei. "J'ai appris certaines choses, Kameru. J'ai appris des choses sur les implants tetsukansen. J'ai appris des choses sur le Palais. J'ai rencontré un prophète également. Isawa Saigo. Je pense qu'il peut nous aider." "Un prophète ?" demanda Kameru, soudain intéressé. "De nos jours ?" "C'est un Phénix," dit-elle. "Un shugenja, bien qu'il ne semble pas très bon en magie." Elle rit un peu. Son visage redevint rapidement sérieux. "Kameru, il est tombé dans les Chutes de Diamant après s'être fait tirer dessus par Tsuruchi Kyo." Kameru acquiesça. "Shinden m'a dit que Kyo s'était occupé d'un petit voleur avant de mourir." Ryosei acquiesça. "Ouais, mais même après que Kyo ait disparu, la Garde Impériale est toujours à la recherche de Saigo. Tant qu'ils le feront, il ne pourra pas t'aider. J'ai rencontré un homme, Hisojo, qui pense que Tsuruchi Kyo pourrait travailler avec une personne appelée le Briseur d'Orage. Je pense que Kyo était au courant des prophéties de Saigo, et voulait l'empêcher d'aider notre père." "Attends une seconde," Kameru leva une main. "Hisojo ? Agasha Hisojo ? Le vieux Dragon ?" Ryosei cligna des yeux. "Comment connais-tu Hisojo ?" demanda-t-elle. "Je suis l'Empereur, tu te souviens ?" s'exclama-t-il. "Mais comment se fait-il que tu connaisses Hisojo ?" "Il nous a trouvé," dit Ryosei. "Pendant que j'essayais d'aider Saigo à s'échapper grâce aux tunnels sous le Palais." "Ces tunnels sont dangereux, Ryosei !" dit prestement Kameru. "Ils sont pleins de protections vieilles de deux mille ans et de pièges Kaiu. Tu aurais pu te faire tuer !" "Si nous étions restés dans le Palais, Saigo aurait été tué," répondit Ryosei d'un ton laconique. "Maiko elle-même a été implantée. Saigo peut voir les implants. Tu étais trop occupé dans ton petit monde alors nous n'avons pas pu te demander de l'aide." "Désolé," dit Kameru. "Malgré tout, tu aurais du venir me trouver. Je t'aurais aidé, Ryosei. Tu as dit qu'il peut voir les implants ?" Ryosei acquiesça. "Wow, même Ranbe Yuya ne peut pas le faire," Kameru fit un signe de tête avec respect. "Nous devons le ramener au Palais. Je suis l'Empereur, après tout. Je peux ordonner une grâce et rappeler la Garde lorsque j'en ai envie. Où est-il ?" "Je ne sais pas," dit tristement Ryosei. "Et je ne pense pas qu'il viendrait si nous l'appelions publiquement. Il y a beaucoup de personnes qui veulent la mort de Saigo." "Que devons-nous faire, alors ?" demanda Kameru. "Je ne sais pas," dit-elle, en posant sa main sur celles de son frère. "Mais nous devons le trouver, Kameru. Nous devons le trouver." "Ouais," dit pensivement Kameru. "Tout spécialement maintenant." Ryosei dressa légèrement la tête. "Pourquoi ça ?" "Ryosei," dit Kameru, en la regardant dans les yeux, le regard intense. "Je sais pourquoi papa a lancé cette guerre." "Quoi ?" répondit-elle, surprise. "Pourquoi ?" "Enfin, je connais sa motivation", corrigea Kameru. "Je ne suis toujours pas sûr de savoir pourquoi il réagissait de cette façon." Le jeune empereur se leva de sa chaise et retourna rapidement à son bureau, sortant un livre épais. Il retourna vers Ryosei, en lui tendant le livre avec une expression grave. "Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-elle, en passant les doigts sur la couverture décorée. Les cinq symboles des éléments brillaient d'un éclat doré sur la couverture. Le livre était chaud au toucher. Bien que Ryosei n'était pas une vraie shugenja, elle avait assez étudié avec sa tante pour sentir le pouvoir que le livre contenait. "La voie d'un Empereur," lut-elle à voix haute. "Un journal," dit Kameru, en s'asseyant à nouveau en face d'elle, tout en se penchant en avant, alors qu'elle commençait à feuilleter le livre. "Ecrit par le premier Empereur Yoritomo au début de la Guerre des Ombres." "Yoritomo I ?" Ryosei releva les yeux, surprise. "Il a écrit un journal ? Je n'en savais rien ! Je pensais qu'il avait été assassiné lors de la Guerre des Ombres. Quand aurait-il pu l'écrire ?" "Selon les dates à l'intérieur, il l'a écrit avant la Guerre des Ombres," dit Kameru. "Avant qu'il ne soit Empereur. Il a écrit ce livre alors qu'il n'était que Yoritomo Kenjin, troisième cousin du daimyo du Clan de la Mante. Le premier chapitre est à propos de la plus terrifiante expérience de sa vie. La flotte Mante faisait des manoeuvres tout près du Pont de la Marée lorsqu'un démon 'aussi large que la main de l'enfer elle-même' se leva des eaux, tout en se battant contre la Grande Araignée de Mer. Il détruisit le Pont, l'Araignée, et la moitié de la flotte Mante. Kenjin se retrouva soudain au plus haut rang de la flotte entière, du clan entier. Il n'eut pas d'autre choix que de fuir. Après, il apprit le nom du démon qu'il avait vu. Akuma." "Kenjin a vu le Seigneur Oni Akuma et a survécu ?" dit Ryosei. "Akuma était plus faible, à ce moment-là. C'était juste après le retour du Seigneur Oni dans Rokugan, presque un an avant que la Guerre des Ombres ne commence. Toutefois, il savait que le pouvoir du démon allait détruire l'Empire. Les autres Clans Majeurs ne l'écouteraient pas. Les Mantes étaient pourtant de son avis. Tout est écrit dans le livre. Les trois premiers chapitres décrivent l'histoire de Kenjin." "Qu'y a-t-il d'autre, dedans ?" demanda-t-elle, en tournant les pages. "La dernière partie est écrite avec une écriture différente. Plus frénétique." Elle jeta un coup d'oeil aux lettres étranges et à l'encre multicolore. "C'est un vrai charabia." "C'est l'avenir," répondit Kameru. "Le monde de Kenjin fut brisé lorsqu'il vit Akuma. Il n'avait jamais rien vu d'aussi puissant, et pour la première fois de sa vie, il ne savait pas quoi faire. Alors que les Clans Majeurs se querellaient entre eux, il accomplit une quête. Il chercha les Oracles Elémentaires. Tu as déjà entendu parler des Oracles ?" "Seulement des légendes," rit Ryosei. "Je ne pensais pas qu'ils étaient réels." "Et bien, ils sont tout à fait réels," dit Kameru, en baissant les yeux sur le livre dans les mains de sa soeur. "Et chaque mortel a le droit de leur poser une question à chacun. La reponse sera toujours la vérité." "Qu'est-ce que Kenjin leur a demandé ?" demanda Ryosei. "C'est le moment le plus amusant," répondit Kameru. "Il les découvrit tous au même endroit, ils l'attendaient. Lorsqu'ils lui demandèrent quelle était sa question, il dit simplement : 'Comment puis-je aider Rokugan ?' Apparemment, il impressionna d'une manière ou d'une autre les Oracles en posant une question aussi simple et désintéressée. L'Oracle du Vide dit à Kenjin de les suivre dans les montagnes, en prenant seulement son journal. Kenjin revint avec lui sept jours plus tard. Il était rempli de leurs prophéties." "Par les Fortunes," dit Ryosei, en ouvrant de grands yeux émerveillés sur la couverture de cuir du journal. "Je n'en avais jamais entendu parler." "Personne n'en a jamais entendu parler." dit Kameru. "Les Empereurs se le sont transmis en secret. Je n'en aurais jamais rien su moi-même si je ne l'avais pas trouvé au fond d'un tiroir du bureau de papa. Mais c'était vraiment le style de papa. Il gardait les choses les plus simples les plus secrètes possibles, et il laissait traîner les plus grands secrets là où personne ne pensait à regarder." Ryosei sourit tristement. "Oui, papa était comme ça." "Je me rappelle d'une des dernières fois où je lui ai parlé, où je lui ai vraiment parlé," dit Kameru. Il se rassit sur sa chaise, fixant la fresque sur le plafond tout en repensant à ça. "C'était lors de l'Invasion Senpet. Il semblait tellement désespéré lorsque je suis rentré dans la pièce, il était assis derrière ce grand bureau et il ne savait pas quoi faire. Maintenant, je sais pourquoi." Kameru reprit le livre à Ryosei et tourna les pages, s'arrêtant à une page particulièrement abîmée. "Lis ça," dit-il, en repassant le livre à sa soeur. Ryosei se pencha sur le journal. "L'écriture de notre ancêtre laissait vraiment à désirer," dit-elle. "Il n'était qu'un simple marin," gloussa Kameru. "Il n'a jamais voulu guider les Mantes, et encore moins sauver Rokugan. Il ne faisait que ce qu'il devait faire." "Le salut devrait venir pour l'Empire, si tu es assez fort, dit Terre," lut Ryosei. "Mais la violence engendre la violence, et l'empereur payera le prix pour le salut de son peuple, dit Air. Le Dernier Champion de Jigoku utilisera le chaos et le désordre comme armes, dit Feu. Le Jour du Tonnerre n'est pas encore arrivé, dit Eau. Par trois fois, les Portes du Palais tomberont avant que le monde ne soit prêt pour le Champion de Jigoku. Et puis, Vide éleva finalement la voix pour achever la prophétie. Le Dernier Tonnerre ne pourra se lever que..." Ryosei s'interrompit, la bouche ouverte, les yeux écarquillés sur le livre. "Lis la dernière phrase," dit Kameru d'une voix enrouée. "Lorsque sept empereurs seront morts." Kameru acquiesça, en frottant ses yeux d'une main. "Yoritomo VII, c'est moi. C'est moche, le destin, hein ?" Il eut soudain l'air très fatigué, bien qu'il essayait de sourire à sa soeur. "Kameru, ne tire pas de conclusions trop hâtives," dit Ryosei, en posant le livre sur la table entre eux. "Qui sait ce que veut réellement dire cette prophétie ? Et qui pourrait dire si elle est réellement vraie ?" "Lis le deuxième chapitre du livre," dit Kameru. "Ils prédisent le retour du Dragon à la fin de la Guerre des Ombres. Ils prédisent la malédiction que Kuni Shikogu lança sur Yoritomo II. Ils prédisent le tremblement de terre qui frappa les Jardins Yasuki en 1932. Ils prédisent toutes ces sortes de choses, à travers tout le vingtième siècle. Il faut parfois lire entre les lignes, et la rétrospection aide beaucoup, c'est sûr, mais les choses que tu peux déchiffrer sont toutes correctes." "Et la dernière partie ?" demanda Ryosei. "De quoi parle-t-elle ?" "Nous sommes en train de la vivre," dit-il. "Ca parle de l'époque avant le 'Dernier Jour des Tonnerres'. Il appelle parfois simplement cette période 'Les Derniers Jours'." Ryosei reposa les yeux sur la page devant elle. "Et le prophète et la princesse trouveront refuge l'un auprès de l'autre, dit Air. Mais l'amour du prophète sera retourné contre lui. C'est sa main qui ouvrira les portes pour que le Champion Noir puisse entrer." Soudain, elle voulut reposer ce livre, le jeter aussi loin que possible. Kameru resta silencieux pendant un long moment, le visage sérieux, le regard distrait. "Le ton n'est pas très encourageant," dit Kameru. "Il dit... Il dit que nous ne pouvons pas gagner." "Par les Fortunes, Kameru," dit Ryosei, le visage pâle. "Nous devons faire quelque chose pour ça. Nous devons trouver Saigo. Peut-être que lui pourrait tirer quelque chose de sensé de tout ça." "Je l'espère," dit Kameru. "Je l'espère vraiment. Mais je n'ai vraiment pas envie de parler de ça à quelqu'un d'autre." Il fit un geste de rejet vers le journal. Ryosei le referma. "Quoi qu'il en soit, c'est à la lecture de ce livre que j'ai consacré la plupart de mon temps. Et le reste du temps, je rencontrais mes conseillers et je parlais à Jack. Et toi ?" "J'ai passé pas mal de temps à rester assise dans le palais, à jouer à la princesse," dit Ryosei en haussant les épaules. "Les gardes ont peur de me laisser quitter seule le palais, et mon idiot de frère m'a totalement oubliée." Elle tapota gentiment sur son épaule avec le livre. "Hé, je suis désolé, Ryosei !" rit Kameru. "Fais attention avec ça ! Méchante princesse ! On ne frappe pas l'Empereur avec un artefact de prophétie !" Il bloqua le livre avec son avant-bras et lui ôta des mains. Ils rirent doucement tous les deux, puis ce rire s'éteint en un long silence. "Kam," dit doucement Ryosei. "Ca va aller. Souviens-toi de ça. Tant que nous ne perdrons pas de vue ce pour quoi nous luttons, tout ira bien. Ok ? Tu me promets que tu t'en rappelleras ?" Kameru demeura silencieux pendant un long moment. Il savait que les mots étaient creux et banals, mais quelque part, ils avaient un sens. "Ouais, 'Sei," dit-il. "Je te le promets." Il espéra que ce serait une promesse qu'il pourrait tenir. La pièce fut soudain plongée dans l'obscurité. Au loin, des cris résonnèrent. Kameru se releva rapidement et tira le katana à sa ceinture, sa lame baignant le bureau d'une pâle lumière bleue. Son expression était sévère, vigilante, intense. "Il se passe quelque chose," dit-il. "Quelque chose ne va pas." La porte du bureau s'ouvrit soudain, et trois Gardes Guêpes firent irruption. Hoshi Jack se tenait parmi eux, l'air inquiet. "Votre Majesté, Votre Grandeur," dit Tsuruchi Shinden, en s'inclinant rapidement devant Kameru et Ryosei. "S'il vous plaît, venez avec nous. Nous allons vous emmener en sécurité." "Qu'est-ce qui se passe ?" demanda Ryosei. "Qu'est-il arrivé à la lumière ?" "Coupure de courant totale," répondit Shinden. "Même nos radios ne fonctionnent plus. Je suis prêt à parier qu'il s'agit d'une sorte de rayonnement électromagnétique." "Un terrible danger approche," dit doucement Jack, les yeux brillants avec la lumière de l'épée de Kameru. "Je pense que nous ferions mieux de nous éloigner le plus possible du Palais. Il y a un petit temple non loin d'ici. Je connais les propriétaires. Nous serions en sécurité là-bas, mais je ferais mieux de déjà m'y rendre et de leur dire qui vient. C'est un monastère un peu reclus, et ils voudront certainement faire un peu d'ordre si l'Empereur arrive." Jack rit légèrement. "Bien, faites donc." dit Kameru tout en se retournant à nouveau vers Shinden. "Shinden, sélectionnez votre meilleur homme et envoyez-le avec Jack." "J'ai celui qu'il vous fait," répondit le Guêpe. "Jack-sama, si vous voulez bien me suivre." Dehors, les premiers coups de feu résonnèrent à travers la cité. |
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"Elle n'est pas une naga. Nous ne pouvons rien faire pour elle." "C'est une héroïne. Nous devons faire quelque chose pour elle." "Ses actions n'ont fait aucune différence. Szash est dans un état encore pire qu'avant, et le Kashrak s'est échappé. Elle n'a rien pu lui faire." "La valeur d'un vrai héros est dans ses actes, pas dans ses résultats. Elle est parfaite. Nous devons la sauver." "Elle n'est pas une naga." "Cela ne nous a pas arrêté, auparavant." "C'était différent. Lui, c'était un Tonnerre. Elle n'est rien. Une idiote qui a mis son nez là où elle n'aurait pas du." "Nous ne sommes pas en position d'être exigeant sur le choix de notre sauveur, mon ami. Cette fille peut nous sauver de la Blessure de l'Akasha." "Les plus grands mages et guérisseurs des naga ne peuvent rien pour enrayer la maladie qui se répand à travers l'Akasha. Qu'est-ce que cette fille pourrait faire que nous puissions faire ?" "Et bien, tout comme vous venez de le dire, elle n'est pas naga." "Et en quoi cela nous sera-t-il utile ?" "La Blessure de l'Akasha nous tue par l'intermédiaire de mutations. Nous sommes habitués à l'unité, à la similitude. Les différences qu'elle crée dans nos corps et nos esprits sont trop graves pour que notre race puisse le supporter. Cette humaine est différente. C'est une personne solitaire. Elle n'est pas comme le reste de sa race. Le choc de la Blessure de l'Akasha se sera pas aussi grand, et sa physiologie humaine sera plus résistante aux effets de la maladie." "Elle ne sait rien de notre peuple. La magie de l'Akasha peut guérir la maladie, mais seulement si la source est correctement analysée. Sans la connaissance de la magie des perles, elle ne nous sera d'aucune utilité." "Alors, nous lui apprendrons la magie des perles." "Apprendre à une humaine ? Bah. Ca prendrait beaucoup trop de temps." "Nous avons le temps." "Non ! Nous n'avons pas le temps. La Blessure de l'Akasha tuera tous les naga éveillés d'ici quelques mois ! Il faudrait vingt ans pour apprendre les rudiments de notre pouvoir à un humain." "Alors, nous ne serons pas éveillés. Nous allons retourner au Coeur du Shinomen et elle dormira là-bas avec nous jusqu'à ce qu'elle soit prête." "Cela prendra aisément cinq fois plus de temps. Akuma règnera sur tout Rokugan, dans ce cas." "Les humains peuvent vaincre Akuma. Ne prenez pas le silence du Clan du Dragon pour de la couardise. Togashi Hoshi est comme son père. Il pense pouvoir vaincre le Seigneur Oni. Nous serons en sécurité pendant notre sommeil. Rokugan n'a pas besoin de nous, pour l'instant." "Mais qui protègera Shinomen ? Qui veillera sur nous pendant notre sommeil ? Qui empêchera le Kashrak de nous tuer pendant que nous dormons ?" "Le Szash. Après ce qui a été fait, il n'a plus besoin de dormir." "La magie des lits de perle est très puissante. L'humaine sera liée à l'Akasha pour toujours. Elle ne sera ni une humaine, ni une naga, mais une étrangère pour ces deux mondes." "L'alternative est la mort. Pour elle, tout comme nous. Je mourrai personnellement avant de laisser le Kashrak prendre une autre âme." "Tout comme moi." "Alors, notre choix est fait." "Oui... Oui, notre choix est fait. Amenez-là." |
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"Sachiko ?" dit une voix agréable. "Sachiko, êtes-vous réveillée ?" Sa tête lui faisait encore mal, encore plus qu'avant. Ses yeux s'ouvrirent sur l'éclat d'une lumière jaune. Elle pouvait sentir une chaise de fer qui lui mordait le dos et les bras. Otaku Sachiko cligna des paupières, sa tête était engourdie, et elle se frotta les yeux. Elle était vivante. C'était le seul point positif de sa situation. Son armure et ses armes avaient disparues. Elle portait seulement le t-shirt pourpre et le pantalon de nylon qu'elle portait sous son armure. Même ses bottes, sa montre et sa pince à cheveux avaient disparus. Elle se redressa sur la chaise de métal et regarda la pièce autour d'elle. Les murs étaient faits de plaques de métal rouillées, sans fenêtres. La porte était identique, avec un grand volant ressemblant à une valve de pressurisation. Comme une vieille porte de bateau. Elle supposa qu'elle était dans les tunnels abandonnés sous la cité, construits par les Mantes lors des moments les moins sinistres de la Guerre des Ombres. Ils étaient sensés avoir été détruits. Apparemment, ce n'était pas vrai. Elle se leva de sa chaise, à moitié surprise que Yotogi ne lui avait pas lié les mains et les pieds. La chaise, un petit lit de camp, un miroir sale et une table en bois constituaient le mobilier de la pièce. Une ampoule pendait au plafond. Sachiko vit une robe jaune vif et très courte qui était posée sur le lit. Une belle pince à cheveux bleu brillante se trouvait sur la table, à côté d'un bol d'eau et d'une enveloppe. A quoi pensait Yotogi ? A quel jeu malade est-ce que ce monstre jouait, cette fois ? Elle s'empara de l'enveloppe et l'ouvrit en la déchirant, puis déplia le morceau de papier qu'elle découvrit à l'intérieur. SACHIKO JE VAIS ME PLIER A TA DECISION. PORTE LA ROBE. ABANDONNE LA VOIE DES VIERGES DE BATAILLE. SUCCOMBE A TA COUARDISE. ADMETS LES FAIBLESSES DE TA FAMILLE ET JE CESSERAI MA QUETE MANIFESTEMENT STERILE POUR LES AIDER A SE METTRE A MON SERVICE. JE PENSE QU'IL EST MAINTENANT EVIDENT QUE TU FERAS UN MAGNIFIQUE CADAVRE. OU MEURS COMME UNE GUERRIERE, LES POINGS ENSANGLANTES SUR LA PORTE ALORS QUE TU ESSAIES DE FORCER LE PASSAGE VERS TA LIBERTE UNE DERNIERE FOIS. MEURS ET RELEVE-TOI A MES COTES, COMME UNE VRAIE OTAKU. COMME UNE VRAIE MOTO. YOTOGI. Sachiko essaya d'ouvrir la porte. Elle n'était pas fermée, la roue tournait librement. Elle tourna pendant un bon moment, en vain, puis une peur froide s'empara de son coeur. Elle jeta un coup d'oeil sur le côté de la porte. "Bâtard !" cria-t-elle, en martelant la porte de ses poings. La porte avait été soudée. "Yotogi !" cria-t-elle, en marchant vers le centre de la pièce. "J'entendais ta voix, avant ! Je sais que tu peux m'entendre ! Où es-tu, Yotogi ?" La pièce était silencieuse. Sachiko tournait en rond. "Merde !" hurla-t-elle, frustrée. "Je sais que tu m'entends, Yotogi ! Où es-tu ?" "Tu es tellement désespérée de me voir à nouveau, Petite Fortune ?" répondit sa voix, amusée. "Je pensais que tu ne m'aimais pas." "Où es-tu, Yotogi ?" grogna-t-elle en grinçant des dents. "Pas loin," répondit-il. "Tu ne le savais pas, Sachiko ? Ta famille n'est jamais loin. Maintenant, que puis-je faire pour toi, Petite Fortune ?" "Laisse-moi quitter cette pièce," ordonna-t-elle. "Donne-moi mon armure et mes armures, et laisse-moi m'en aller." "Oh, tu ne voudrais pas que je fasse ça," dit Yotogi avec un faux air surpris. "Dans le Coeur de la Machine ? Les Sauterelles te tueraient certainement s'ils voyaient une magistrate dans leur quartier général. Tu n'imagines pas quelle serait leur surprise." "Je suis dans la Machine ?" dit-elle, en regardant autour d'elle. "Les Sauterelles sont ici ?" C'était logique. Si d'autres tunnels dans ce genre existaient, ils seraient parfaits pour cacher une organisation terroriste comme le Clan de la Sauterelle. "Les Sauterelles étaient ici," corrigea Yotogi. "Maintenant, il n'en reste que très peu d'entre eux. Je pense que les autres ne reviendront pas. Le Briseur d'Orage n'a plus besoin d'eux, tu comprends. Alors, il ne restera plus que toi et moi ici, Petite Fortune. Pour toujours." "Qu'est-ce que tu veux ?" dit Sachiko, en essayant de ne pas perdre son calme. C'était exactement ce que voulait Yotogi. Ce malade semblait adorer lorsqu'elle perdait son sang-froid. Sa tête lui faisait atrocement mal, elle avait une barre dans la tête, juste au-dessus de ses yeux. "Juste ce qui m'appartient," dit-il. "Ta grand-mère comprenait. Elle fut la seule à avoir jamais compris, en fait. Les Otaku. Les Moto. Les deux familles incomprises de la Licorne. Les deux familles les plus puissantes du clan. Ta famille se tient à l'écart des règles de la société, pour rien de plus qu'une loyauté aveugle pour chacune d'entre vous et pour une soif inextinguible de voir la justice faite. Ma famille reste seule simplement pour une différence de philosophie. Comme c'est tragique, tu ne penses pas ?" "Une différence de philosophie ?" rétorqua Sachiko. "Vous vendez vos âmes à Fu Leng, Yotogi." "Pas à Fu Leng," dit-il en soupirant. "Ca n'a jamais été Fu Leng. Pourquoi est-ce que tout le monde mélange toujours tout ? Fu Leng n'était qu'un simple moyen pour atteindre un but. Nous autres Moto avons toujours servi Jigoku directement, et nous ne l'avons jamais regretté. Tu sais pourquoi ?" "Parce que la démence est héréditaire ?" demanda-t-elle. "Bien essayé, tu as peut-être raison, là," gloussa Yotogi. "Mais ce n'est pas tout à fait ça. Nous servons Jigoku parce que Jigoku est le chaos. La destruction absolue et sans limites. Et je ne sais pas quel niveau tu as en physique, Petite Fortune, mais laisse-moi t'expliquer l'un des principes les plus élémentaires de notre réalité. Le chaos gagne toujours. Ca peut prendre un peu de temps, mais le chaos parvient toujours à tout détruire, quelles que soient les règles existentes. Le chaos détruit tout ce qui est prévu pour le contenir. Le chaos s'élève au-dessus de tout. Le chaos est éternel." "Et tu penses que Jigoku aura encore besoin de toi, une fois qu'il se sera occupé de Rokugan ?" demanda Sachiko, en allant s'asseoir sur le bord du lit et en fixant le sol. "Probablement pas," dit Yotogi. "Il nous écrasera et nous balayera de la même manière dont le Briseur d'Orage s'occupe du Clan de la Sauterelle, en ce moment, mais tu sais ce que je pense de tout ça ? Je vais te le dire. Je préfère surfer sur le tsunami que de me trouver sur sa route. Au moins, j'aurai quelques sensations fortes avant de toucher le rivage. Tu vois ce que je veux dire, Sachiko ?" "Non," dit-elle avec un demi-sourire. "Non, vraiment pas." "Et bien, je pense que tu vas commencer à voir les choses comme moi très bientôt," dit Yotogi. "A peu près au moment où tu commenceras à manquer d'air." |
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"Où... où suis-je ?" La Quêteur ouvrit les yeux. Elle se sentait calme et engourdie. Une brillante lumière verte émanait de quelque part en-dessous d'elle. Au-dessus, elle put voir la surface miroitante de l'eau. Elle pouvait sentir l'eau dans ses poumons, mais elle ne paniqua pas. Elle regarda son corps, ses mains. Sa peau avait pris une teinte émeraude, la couleur de la lumière. "Réveille-toi," dit une voix dans son coeur, et elle sut que c'était l'Akasha. "Réveille-toi, et sauve-nous." "Je ne me souviens pas de mon nom," dit-elle. "Je ne me rappelle pas qui je suis." "Qui tu es n'est pas important," dit la voix. "Tu es la Zin maintenant. Tu es notre dernier espoir." Zin acquiesça, donnant des coups de jambe jusqu'à ce qu'elle rejoigne la surface. Elle émergea du bassin pour se retrouver dans une profonde caverne, éclairée par l'éclat vert, les murs et le plafond incrustés de perles blanches. Une robe ancienne de soie blanche et une longue chaine de perles blanches se trouvaient tout prêt. Elle aurait besoin des perles pour sa magie. Elle revêtit le collier en premier. S'habillant rapidement, elle suivit ce tunnel qu'elle savait rejoindre la surface. Comment savait-elle où ce tunnel conduisait ? Comment connaissait-elle la magie ? "Je vous ai attendu, ma dame," dit une voix. "Je savais qu'il ne vous faudrait que peu de temps pour vous réveiller." Elle se retourna pour découvrir le visage de Szash, le Constricteur qui l'avait sauvé il y a si longtemps, dans une autre vie. Il ne semblait pas plus agé qu'à l'époque, bien que sa maladie ne semblait plus le dévorer. Son corps était toujours couvert de taches noires, et un katana brillant pendait à sa ceinture. "Szash ?" dit-elle. "Suis-je la première à me réveiller ?" "Non, ma dame," dit-il, en hochant la tête. "Il y en a d'autres qui ont quitté la Shinomen pour chercher la source de la Blessure. Certains seront tués par la Blessure. D'autres seront tué par ces humains craintifs. Soyez prudente lors de votre voyage, ma dame." Zin resta silencieuse pendant un moment, s'asseyant sur un grand rocher alors qu'elle rassemblait ses pensées. "Szash," dit-elle. "Je ne me rappelle de rien. Mes souvenirs... ils sont si confus." "Croyez-moi, c'est mieux ainsi," répondit Szash. "L'Akasha vous a donné ce dont vous aviez besoin pour accomplir cette tâche." "L'Akasha," répéta Zin. "Je peux le sentir, mais je sens que je suis en dehors de celui-ci. C'est étrange." "Pas si étrange, ma dame," répondit Szash. "Vous êtes unique." "Je ne suis pas 'ta dame', Szash," dit Zin. "Je suis juste... Je ne sais pas ce que je suis... Mais je n'ai aucune influence sur toi. Tu n'as pas besoin d'être aussi formel." "Le peu de vie qu'il me reste, je vous le dois," dit Szash avec un rapide salut. "Maintenant, Vous êtes ma dame, et vous la serez à jamais." "Depuis combien de temps es-tu ici ?" demanda-t-elle soudain. "Depuis que vous dormiez, ma dame," dit-il. "Cent et deux ans." "Tu n'as jamais quitté la forêt ?" demanda-t-elle. "Non," répondit Szash. "Je veille, comme toujours. Les lits de perle ne peuvent rester sans prote |