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L'EMPIRE DE DIAMANT
Par Rich Wulf
EPISODE VINGT-DEUX
Traduit par Daidoji Kyome
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Le docteur Kuni Zuiken s'assit sur une chaise en plastique inconfortable, déplia son journal et le secoua plusieurs fois jusqu'à ce qu'il se mette dans une position permettant la lecture. Derrière lui, Aihime était assise avec une petite boite en carton sur ses genoux. La petite fille regardait à travers les trous percés dans la boite, roucoulant et murmurant à l'animal à l'intérieur. "Quand irons-nous à la Montagne Togashi, Docteur ?" demanda Aihime, en relevant les yeux vers le vieil homme. Zuiken fit un sourire affectueux. "Nous ne pouvons pas partir maintenant," répondit-il. "Le vol a été différé." "Quand est-ce qu'on partira ?" demanda-t-elle en faisant la grimace. "Quand est-ce qu'on verra vos amis ?" "Bientôt," dit Zuiken, en souriant aimablement. "Ne t'inquiète pas, Aihime. Chaque chose vient en son temps. Tout comme je suis arrivé à temps pour te sauver toi et ta maman de cette créature horrible, nous arriverons à la montagne lorsqu'il le faudra. Il n'y a pas d'accident, petite. Toute chose se produit pour une raison." Il reposa ses yeux sur les titres de l'actualité. "Quelle est la raison ?" demanda la petite fille, en regardant Zuiken d'un air curieux. "Pardon ?" Il quitta à nouveau son journal des yeux. "Pour quelle raison est-ce qu'on a trouvé Karasu ?" Elle souleva la petite boite. "Parmi toutes les places dans l'Empire où il aurait pu aller, pourquoi il nous a choisi ?" Zuiken réfléchit à cela pendant un moment. "Je ne sais pas trop," répondit-il. "Je sais seulement que cet oiseau est très spécial, et tu es très spéciale parce que tu l'as trouvé. Maintenant, nous devons simplement retourner près de mes amis pour que l'on puisse leur dire tout ça." "D'accord," acquiesça Aihime. Elle posa à nouveau le regard sur la petite boite. Des croassements venaient de l'intérieur ; Karasu n'était pas content d'être enfermé. "Shinsei avait un corbeau aussi, vous savez," dit la petite fille. "Vraiment ?" Zuiken sourit à nouveau, impressionné par l'intelligence de la petite fille. "Et où as-tu entendu ça ?" "Je l'ai appris à l'école," répondit-elle. "C'est pour ça que tous mes professeurs moines avaient des petits oiseaux sur leur robe." "Est-ce que tu sais pourquoi Shinsei avait un corbeau ?" demanda Zuiken. "C'est une merveilleuse histoire." Aihime hocha la tête. "Racontez-moi !" "Très bien, alors," dit Zuiken. "Lorsque Shinsei arriva pour la première fois pour nous montrer la façon de combattre Fu Leng, l'Outremonde était un lieu sombre et maléfique, pas du tout comme il est aujourd'hui. Il n'y avait pas de villes là-bas, pas même Neo Shiba. Il n'y avait personne qui vivait là-bas, et même les Crabes ne savaient pas comment traverser ces terres en toute sécurité. Personne ne savait comment survivre dans l'Outremonde. De tous les animaux du monde, un seul fut assez courageux pour chercher Fu Leng afin que Shinsei puisse conduire les Tonnerres jusqu'à son chateau. Un petit oiseau blanc. Le corbeau." "Les corbeaux ne sont pas blancs, vous êtes bête," gloussa Aihime. Zuiken prit un air surpris. "Ils ne le sont pas ?" dit-il. "Je pensais qu'ils l'étaient." "Non, ils ne le sont pas !" Aihime rit à nouveau. "Ils sont noirs ! Comme Karasu !" Elle souleva la boite. Le petit oiseau noir regardait vers Zuiken. "Oh, oui," acquiesça Zuiken en faisant semblant de le réaliser. "Mais, à cette époque, ils étaient blancs. Mais lorsque le petit oiseau revint, il était devenu noir, à cause de l'air malpropre de l'Outremonde. Le noir n'est jamais parti, mais la sagesse que le petit oiseau avait acquise non plus. Le petit corbeau suivit Shinsei partout, après ça, parce que seul le corbeau savait comment assurer sa sécurité." "C'est une jolie histoire," dit Aihime, en souriant. "C'est pour ça que les corbeaux sont noirs maintenant ? Parce qu'ils sont sages ?" Zuiken fit semblant d'y réfléchir. "Je suppose," dit-il. "Quelle petite fille intelligente tu es, Aihime." "Vous êtes bête, Docteur Kuni," rit-elle. "Ca aussi c'est vrai," acquiesça-t-il sagement. "Je viens d'aller voir pour notre vol," dit Hinako, en massant ses yeux fatigués tout en s'asseyant sur la chaise à côté d'Aihime. "Il a du retard ?" demanda Zuiken. Hinako acquiesça. "Oui, comment le savez-vous ?" demanda-t-elle. "Une simple intuition," dit Zuiken, en repliant son journal et en souriant piteusement. "Lorsque l'on a voyagé autant que je l'ai fait, on sent ce genre de choses." "On dirait qu'une autre tempête s'est abattue sur la Cité du Foyer Sacré," dit-elle. "Ils ont d'étranges problèmes de météo dans ce coin-là, depuis des semaines. Ca pourrait prendre des heures avant notre décollage." "Je suis sûr que ça ira," dit calmement Zuiken. "Vous en êtes sûr ?" Hinako sembla légèrement inquiète. "Et si une autre de ces choses se montraient ?" demanda-t-elle. "Nous sommes en sécurité, ici," dit Zuiken. "Un oni n'oserait pas nous attaquer en public..." Le docteur laissa sa phrase en suspend, sa mâchoire s'ouvrit largement de stupéfaction, tout en relevant les yeux. Un silence soudain figea l'aéroport. Les rares voyageurs qui se déplaçaient dans le bâtiment aussi tôt le matin s'étaient tous arrêtés pour regarder en l'air eux aussi. "Docteur Kuni ?" dit Hinako, nerveuse. Elle regarda elle aussi vers l'un des nombreux écrans de télévision installés au plafond. Dans un premier temps, Hinako ne réalisa pas ce qu'elle était en train de voir. Ca ressemblait à une sorte de monstre de film bizarre. Une grande créature de fer et de pierre qui était en train de détruire la Tour Shinjo. Et puis, la journaliste terrifiée de KTSU réapparut à l'écran. Une énorme griffe métallique perfora la rue à quelques mètres d'où elle se trouvait. L'écran se couvrit soudain de rouge, et l'image se figea. Un instant plus tard, l'écran montra un présentateur déconcerté assis derrière un bureau. Un murmure alarmé parcourut la foule alors que les voyageurs et les employés de l'aéroport semblaient douter de la véracité de ce qu'ils venaient de voir. Un petit homme chauve poussant un chariot avec des rafraîchissements heurta une colonne de plein fouet alors qu'il regardait les écrans, renversant ses boissons tout autour de lui. "Que... Qu'est-ce que c'était ?" demanda Hinako, la voix troublée. "C'était Otosan Uchi," répondit Kuni Zuiken. "Quelque chose de terrible s'est produit. Un grand malheur s'est produit." "C'était un oni ?" demanda rapidement Hinako. "Vous aviez dit qu'un oni n'oserait pas attaquer dans un lieu public." "Je le pensais, un instant auparavant," Zuiken hocha la tête d'un côté à l'autre, comme s'il avait vu une chose impossible. "Non, il ne peut pas être aussi tard, ce n'est pas possible ?" "Docteur, sommes-nous en sécurité ?" demanda Hinako. "Maman, Karasu a peur," dit Aihime. La petite boite était soudain secouée par une frénésie de croassements terrifiés et de battements d'aile. Du coin de l'oeil, Hinako remarqua un homme en imperméable noir et lunettes de soleil quitter la foule, marchant en droite ligne vers eux. Ses pas crissèrent sur la glace éparpillée tandis qu'il passait à côté du chariot de rafraîchissements renversé. L'étranger posa une main sur son imperméable, ouvrant celui-ci, et écartant un pan pour dévoiler son flanc. "Docteur Kuni !" cria Hinako, en posant la main sur sa fille. L'homme continua d'avancer, sortant un grand pistolet noir de son imperméable. Quelque chose d'étrange se produisit, comme si le métal sombre du pistolet semblait se fondre avec la main de l'étranger. Les yeux de l'homme brillèrent un instant d'un éclat rouge vif. Zuiken lui lança un regard et se précipita pour prendre son anneau de sorts à sa ceinture, mais il savait qu'il serait trop tard. Un tintement métallique résonna soudain. Les yeux de l'étranger s'écarquillèrent et son tir ne toucha personne. Il s'effondra à genoux, en toussant. Un filet de sang noir coula de ses lèvres et il s'effondra en avant. Juste derrière lui se trouvait le petit homme chauve du chariot de rafraîchissements, tenant un katana des deux mains. Ses yeux étaient rivés sur le docteur, et il fit un pas prudent vers l'avant. "Qu'est-ce qu'il vous voulait ?" demanda le vendeur de boissons. Zuiken se leva de sa chaise, regardant prudemment le petit homme. "Celui qui dort beaucoup apprend peu," dit-il, citant le Tao. "Le Dragon ne dort jamais," répondit l'autre homme. D'un coup de poignet, il remit le katana rapidement à sa ceinture avec un petit signe de tête, puis s'avança pour s'incliner devant le vieux docteur. "Il est bon de vous rencontrer, Docteur," murmura-t-il. "Agasha Hisojo-sama nous a dit que vous auriez sans doute besoin d'aide, mais il a comme d'habitude été incapable de nous fournir votre description. Je suis Mirumoto Etsuya, samurai du Dragon Caché et ancien vendeur de boissons fraîches." "C'est un plaisir et un soulagement," dit Zuiken en inclinant la tête. Etsuya inclina la tête lui aussi. "Kakuzo, Seisi, Mayoko et moi allons vous emmener en lieu sûr," ajouta-t-il. Deux autres hommes plus grands et une femme quittèrent la foule pour se placer à côté d'Etsuya, sortant des katana apparemment de nulle part. Ils observèrent anxieusement la foule, s'assurant que personne ne s'approchait trop près. Sur le sol, le cadavre de l'homme sifflait et une vapeur rouge s'échappait de lui. "Je pense que nous devons partir au plus vite," dit la femme. "La sécurité de l'aéroport va nous poser des questions auxquelles nous ne pourrons pas répondre." "En effet," acquiesça Zuiken. "Pouvons-nous emprunter la Voie ?" "Utiliser la Voie ne serait pas sage," dit un grand homme aux longs cheveux. "La Voie a... changé, récemment." "Il semble que beaucoup de choses ont changé, récemment," répondit sèchement Zuiken. Hinaka dévisagea les trois hommes pendant un moment, puis se tourna vers Zuiken. "Docteur Kuni, que se passe-t-il ici ? Qui sont ces gens ?" "Des amis," dit Zuiken. "Nous devons les suivre, et vite !" Hinako ouvrit la bouche pour argumenter, mais Zuiken lui imposa le silence en avançant la main. "Je sais que vous méritez une meilleure réponse que ceci, mais il faudra attendre. Nous ne sommes pas en sécurité, ici. Aihime n'est pas en sécurité. Nous devons partir au plus vite." Des bruits de pas résonnèrent dans chaque couloir, et des cris, s'approchant rapidement. "Très bien," dit Hinako. Elle prit sa fille dans ses bras. Aihime continuait de veiller sur la petite boite contenant le corbeau. Il était trop tard. La foule se coupa en deux et une demi-dizaine d'agents de police et d'officiers de la sécurité chargèrent vers le groupe avec leurs pistolets dégainés. "Ne bougez plus !" hurla l'un d'eux, un grand homme portant l'armure indigo de la Licorne. "Posez vos armes !" "Je présume que vous aviez envisagé que ceci se produise ?" marmonna Zuiken aux Dragons. "Il y a un embranchement pour chaque chemin," gloussa l'homme aux longs cheveux. D'un coup de poignet, l'aéroport se remplit soudain de fumée. La police et la sécurité de l'aéroport se mirent à tousser et à jurer alors que la fumée emplissaient leurs poumons, et que les voyageurs apeurés se mettaient à paniquer pour quitter les lieux. Un instant plus tard, la fumée s'éclaircit. Zuiken, les Dragons, Hinako et Aihime étaient partis. |
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"Evacuez la tour !" cria Shinjo Katsunan dans la radio. "Je répète ! A tous les postes, évacuez la Tour Shinjo !" Le daimyo grisonnant de la Licorne courait à travers les couloirs de la tour assiégée, une radio dans une main et un pistolet dans l'autre. Il jeta un regard par une fenêtre en courant et il vit un oeil énorme, brillant d'un éclat malsain verdâtre. L'oeil se referma à moitié et une autre secousse ébranla l'immeuble. Des poutres de support craquèrent comme du verre quelque part au plus profond de la tour. L'écho de gravats s'effondrant résonna alors qu'une partie de l'immeuble s'écroulait à nouveau. "YORITOMO !" fit la bête à l'extérieur, dans un rugissement assourdissant, et le tonnerre gronda en réponse. A cet instant, Shinjo Katsunan réalisa qu'il n'arriverait pas à descendre vingt volées de marches avant que l'oni détruise l'immeuble. A cet instant, Shinjo Katsunan sut qu'il allait mourir. Katsunan avait vécu sa vie derrière un voile de choix politiques brumeux et de subterfuges, sacrifiant l'honneur au profit de ce qu'il considérait comme le plus grand bien. C'était un homme qui avait fait des compromis et satisfait la volonté des individus les plus bas de la société. Ce n'était pas un héros, de quelque manière que ce soit. C'était un père négligent. Son mariage avait été stérile, une façade sans amour pendant ces douze dernières années. Bien qu'il n'aurait rien fait de différent si on lui avait offert une seconde chance, le vieux Licorne ne pouvait s'empêcher de ressentir un douloureux regret à la fin. Sa vie n'avait pas été une bonne vie. Se tournant vers la fenêtre, Shinjo Katsunan pointa son pistolet droit vers l'oeil de l'oni. "J'ai gâché ma vie en protégeant l'Oeil de l'Oni," grommela-t-il pour lui-même, ironique. "Apparemment, les kami ont le sens de l'humour." L'immeuble trembla à nouveau et Katsunan n'hésita pas. Il vida entièrement le chargeur, tirant dans l'oeil de Yoritomo no Oni. Une grossière paupière métallique recouvrit rapidement l'oeil verdâtre, mais un rugissement de douleur fit trembler la Tour Shinjo. Katsunan attendit que l'oeil s'ouvre, tentant de conserver son équilibre sur le sol qui s'agitait. Lorsque l'oni ouvrit son oeil à nouveau, il s'empara d'un extincteur sur le mur et le jeta à travers la fenêtre. D'un geste prompt, il tira un pistolet d'auto-défense de sa ceinture et tira sur l'extincteur. Le réservoir de gaz comprimé explosa avec un vif éclat et l'oni rugit une seconde fois. Katsunan savait que ce ne serait pas suffisant pour blesser la bête, seulement pour la distraire. Lorsque l'énorme griffe traversa la fenêtre un instant plus tard, pour lui ôter la vie, il ne se retourna pas pour courir. L'immense pique d'acier transperça le Licorne au niveau des hanches. La griffe était trop rapide, trop aiguisée, Katsunan ne fut même pas projeté en arrière par la force du coup. Il baissa simplement les yeux de surprises, tandis que sa vie s'écoulait. La griffe se retira, et Katsunan s'effondra sur le sol. Le daimyo de la Licorne espéra avoir donné assez de temps à son clan pour s'échapper. Il sourit, fit feu une dernière fois sur l'oni, par défi, et mourut comme un Licorne. La vie de Shinjo Katsunan n'avait pas été une bonne vie mais, par les Fortunes, sa mort le serait. |
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Je suis Yashin. Je suis Ambition. Je suis le Fils des Orages. Maintenant, je suis Rokugan. La tête de Kameru palpitait cruellement. Il se sentait confus, incapable de savoir où il était. Regardant autour de lui, il ne vit que des formes floues et des silhouettes sombres, rôdant à la limite de son champ de vision. En se tournant vers elles, elles s'éloignaient et disparaissaient. Chaque fois, de plus en plus s'avançaient aux coins de sa vue, tendant vers lui des doigts fantomatiques. Il s'était à nouveau réfugié dans le monde des rêves à l'intérieur de l'épée de sang, entouré par les esprits de ceux qu'elle avait tués. Kameru avança, se tournant continuellement dans toutes les directions pour les repousser. Il n'y avait aucune peur dans ses yeux, plus maintenant. Il était allé au-delà de la peur, au-delà de la douleur. "Que voulez-vous ?" demanda-t-il. "Qui êtes-vous ?" "Nous reconnais-tu ?" dit une voix grave, et l'une des silhouettes s'avança. Les ombres ondulèrent et révélèrent un homme large d'épaules en armure vert sombre, la même armure que celle que Kameru portait maintenant. L'homme leva les mains pour retirer son heaume, révélant de longs cheveux noirs avec des mèches grises, et des yeux au regard intense et d'un noir profond. "Père," dit Kameru. Yoritomo VI acquiesça. "Suis-je mort ?" demanda Kameru. Yoritomo VI hocha la tête. "Non, mon fils," répondit-il. "Tu es entre les vivants et les morts. Le pouvoir du Masque de Fu Leng a attiré une partie de ton âme dans les profondeurs de Jigoku, bien que ta volonté et ton lien avec Yashin permettent à une partie de toi de ne pas cêder. Tu erres dans le royaume de Yashin, prisonnier avec les autres âmes qu'elle a amenées à la ruine." Kameru garda le silence quelques instants, détournant le regard. Puis il se tourna pour fixer à nouveau les yeux de son père, et il fut surpris par les mots qui lui vinrent. "Père, je suis faible," dit-il. "Je suis égoïste. Je pense à moi, à mon amour pour Kamiko, avant de penser aux besoins de l'Empire. Je me suis rendu à Munashi. Je crains de nous avoir tous condamnés." Yoritomo VI acquiesça. "Oui," dit-il. "Oui ?" rétorque Kameru. "C'est tout ce que vous avez à dire ?" Yoritomo VI haussa les épaules. "Que veux-tu que je te dise ? Tu as raison. Ta bêtise et ta faiblesse nous ont tous condamnés." "J'espérais obtenir un conseil, pas une condamnation," répondit Kameru. "Un conseil ?" rit Yoritomo VI. "Mon conseil serait d'arrêter de chercher des conseils. Soit tu affrontes ton destin, soit tu le renies. C'est aussi simple que ça." L'image de l'Empereur mort se mit à décliner. "Ca ne m'aide pas du tout !" rétorqua Kameru. L'Empereur était déjà parti. Les autres entités se mirent à bouger, à fusionner, se solidifiant en un nuage unique et sombre, tout autour de lui. En quelques instants, le jeune Empereur fut entouré par un épais mur noir, une présence qui bouillonnait d'une intelligence malveillante. Une fissure brillante, une unique faille, sembla scintiller sur la surface du mur, puis disparut. "T'attends-tu à ce que je t'aide ?" siffla la présence, sa voix se répercutant dans l'esprit de Kameru. "Yashin," gronda Kameru. "A quoi t'attendais-tu ?" répondit l'épée de sang. "Ton père n'est jamais tombé en mon pouvoir." "Alors, vous avez décidé de donner des conseils ?" demanda Kameru. "Ce n'était rien de plus qu'une illusion pour calmer ta langue de pleurnichard, Fils des Orages," cracha Yashin. "Ta force est admirable, mais tu dois abandonner la lutte. Tout ce pour quoi tu as combattu a disparu. Le Palais de Diamant a été détruit. Un oni porte ton nom et dispose de ton âme. Le Jour des Tonnerres est proche. Ta volonté est déjà liée à la mienne. Pourquoi doutes-tu encore ?" "Je n'avais pas réalisé que cela serait ainsi," dit Kameru. Un rire secoua la forme de Yashin. La fissure à sa surface brilla à nouveau. Sa voix était saupoudrée d'amusement. "Ce sont les derniers mots de plus de scélérats que je ne puis m'en rappeler. Certains d'entre eux étaient des héros, avant que je les découvre." "Que voulez-vous ?" demanda Kameru. "Je me suis déjà soumis à votre pouvoir. Pourquoi jouez-vous avec moi ?" Yashin garda le silence quelques instants. "Une question complexe," répondit-elle. "Tu veux un conseil ? Je pourrais t'en donner quelques-uns avec plaisir. Le meilleur moyen de traiter avec le destin, c'est de l'éviter. Vis pleinement ta vie. Essaie de ne faire partie de rien. Deviens le père d'enfants laids. Vis une vie faite de conventions superficielles. Sois morne et fade. Arrange-toi pour que personne ne se rappelle de toi. C'est la seule voie vers le vrai bonheur. La vie de héros, de scélérat, de saint, de conquérant, toutes mènent à la ruine. Ceux qui sont assez fous pour chercher la gloire ne valent pas la peine que l'on se souvienne d'eux." "Vous êtes étonnament cynique," répondit Kameru. "Pourquoi ne le serais-je pas ?" répondit Yashin. "Malgré tous nos pouvoirs, nous sommes des pions, chacun de nous. Nous l'avons toujours été, et nous le serons toujours. C'est pour ça que nous faisons une bonne équipe, tous les deux, Fils des Orages. Bien que tu le nies, nous sommes pareils. Tu as reçu une malédiction, et je suis l'incarnation de celle-ci. Il aurait été mieux que chacun de nous deux termine ses jours dans une ferme, édenté et oublié." "L'obscurité n'est plus un choix possible pour moi," dit Kameru. "C'est vrai," répondit Yashin. "Ni pour moi... J'ai essayé d'être oubliée, mais j'ai toujours été découverte par quelqu'un." "Alors, que faisons-nous, maintenant ?" répondit Kameru. "Nous ?" demanda Yashin. "Tu parles de toi au pluriel Impérial ?" "Non," dit Kameru. "Je parle de vous et moi. Nous sommes liés, maintenant. Qu'allons-nous faire, à présent ?" Yashin gloussa à nouveau. "Pourquoi devrais-je me soucier de ce que tu veux faire ?" demanda-t-elle. "Je manipule ton âme, comme si elle était suspendue à une ficelle. Et pourquoi devrais-tu te soucier de ce que je fais ? J'ai détruit tout ce qui comptait pour toi." "Comme vous l'avez dit, nous sommes les même," répondit Kameru. "Aucun de nous ne souhaite être un pion. Peut-être qu'il existe une meilleure voie pour nous." "Serait-ce une ruse, Mante ?" demanda Yashin. "Une tentative pour me faire relâcher les entraves que j'ai placées sur toi ?" "Quel serait l'intérêt ?" demanda Kameru. "Sans votre pouvoir, le Masque de Fu Leng me tuerait. Je veux juste comprendre." "Comprends, alors," fit Yashin avec un gloussement lugubre. "J'ai été créée il y a des siècles, j'étais un outil façonné pour punir les idiots. Je suis née du mal, et j'ai été forgée dans le sang. Au côté de Bayushi Shoju, j'ai terrassé les Hantei et annoncé le retour de Fu Leng. Entre les mains du ronin, Sanzo, j'ai goûté au sang de la Seconde Dynastie, également. Et celà ne fut qu'un début. J'ai tué des pauvres mais aussi des rois, Fils des Orages, et je peux te dire que le sang, peu importe à qui il appartient, est toujours aussi doux. Tout le monde a des rêves. Tout le monde a des aspirations. Tout le monde a de l'ambition." "Et vous ?" demanda Kameru. "Avez-vous de l'ambition ?" "Je suis Ambition." "Mais vous êtes seulement une épée," répondit-il. "Comme vous le dites, vous êtes un pion." "Exact," dit Yashin. "Mais contrairement à toi, j'ai accepté ma place." "Vraiment ?" demanda Kameru. "Alors pourquoi avoir retenu votre coup lors du combat, dans le Palais ?" Une image apparut dans le mur, un souvenir de l'Empereur enfonçant l'épée de sang dans le sol, avant d'être terrassé par le poison de sa soeur. "Ce n'était pas un accident." "Ainsi, tu l'as remarqué," répondit Yashin d'un ton amusé. "Peut-être que je souhaite être détruite. Mon rôle dans ce Jour des Tonnerres est terminé. Pourquoi ne pourrais-je pas être détruite ? Je l'ai déjà été auparavant. L'oubli lié à la destruction n'est pas du tout une façon inconfortable de passer le temps. Ca dissipe l'ennui et ça m'assure que je ne suis pas mal utilisée. Il faut une puissante force maléfique et une grande volonté pour reforger une épée de sang." "Qui vous a reforgée, cette fois-ci ?" demanda Kameru. "Les khadi," répondit l'épée. "Ce sont les maîtres de la douleur. Ils ont invoqué le pouvoir lié à la malédiction de ta famille, bien que ça leur a pris beaucoup de temps pour me réparer. Ton ancêtre a bien fait son travail la dernière fois que j'ai été détruite, mais c'est le pouvoir de la haine de Kuni Shikogu qui m'a réveillée. J'ai été reforgée, j'ai reçu de nouveaux pouvoirs, et j'ai été libérée pour faire... ce que j'ai toujours fait." "'Ce que vous avez toujours fait'," répéta Kameru. "Pourtant vous dites que vous n'avez jamais voulu être plus que ce que vous êtes ?" "Je suis ce que je suis," siffla Yashin. "Je suis un instrument du mal." "Un instrument qui se détruit à chaque fois qu'il est utilisé," dit Kameru. "Vous appelez ça l'ennui, mais peut-être que ce sont des remords ?" Yashin poussa un long éclat de rire. "Que pourrais-tu savoir des remords, Mante ?" "Je vous connais," répondit Kameru. "Nous deux ne formont qu'un, maintenant. Je connais les rêves dans lesquels vous étiez quatre, au début. Vous avez été créées pour détruire les champions des Clans Majeurs. Vous êtes la seule qui a échoué." "Je n'ai pas échoué," gloussa Ambition. "J'avais une plus grande destinée." "C'est facile de parler de destinée après coup," dit Kameru. "La vérité est une chose différente. La vérité est que vous vous êtes cachée dans un sous-sol pendant des siècles, n'en émergeant que pour aider Bayushi Shoju à tuer un homme dont la mort, pensait-il, scellerait le destin de l'Empire." L'Epée de Sang garda le silence un moment. "Qu'est-ce que tu sous-entends, Fils des Orages ?" demanda-t-elle. Kameru haussa les épaules. "Rien de plus que tout est simplement comme vous l'avez dit. Nous aspirons tous à un sort meilleur. Chacun de nous. Même vous, Ambition." "Et à quoi crois-tu que j'aspire ?" demanda-t-elle. "A être intacte," répondit Kameru. La fissure brilla à nouveau à la surface de la forme que Yashin avait prise. "Et tu penses que tu peux m'aider ?" demanda Yashin d'un ton moqueur. "Tu ne peux même plus t'aider toi-même. Tu es le Champion de Jigoku. Tu es un instrument, au même titre que moi." "Mais je n'ai plus rien à perdre," dit simplement Yoritomo Kameru. Yashin ne répondit pas. |
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"YORITOMO !" Le rugissement assourdissant de l'oni résonna dans toute la cité d'Otosan Uchi. La tempête illuminait la créature titanesque faite d'acier étincelant et de pierre tordue d'une lumière étrange, et projetait son ombre sur des immeubles mesurant moins de deux fois sa taille. Il hurla son nom à nouveau. "YORITOMO !" Une vague de peur balaya la cité. Et avec elle, la peur chariait autre chose, une vague de mal palpable. Ceux qui étaient assez sensibles pour sentir de telles choses purent ressentir la soudaine montée en puissance des ténèbres, la déchirure dans la réalité du monde mortel s'était encore affaiblie. Il n'y avait plus qu'un cheveu séparant les deux mondes. Plus qu'un cheveu, mais ce fut suffisant. "YORITOMO !" cria à nouveau la bête, et les portes vers Jigoku s'ouvrirent. |
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"Souvenez-vous qu'il y a le bien et le mal en toutes choses, et parfois, le mal est plus fort. Vous l'avez constaté ce soir, Kita, et vous devrez vous en souvenir. Vous devrez aussi le rappeler à Kameru." Les mots de Hoshi Jack résonnaient dans l'esprit de Kita. La jeune garde Mante se tenait au milieu de la rue ravagée, les yeux levés vers les ruines de ce qui fut jadis le Palais de Diamant. Au loin, l'énorme masse de métal et de pierre endossait à présent la forme d'une créature de cauchemar, sculptée dans la matière du Palais lui-même, et celle-ci appuyait lourdement sur la Tour Shinjo. Son rugissement déchira la nuit, plus fort que n'importe quel coup de tonnerre. "YORITOMO !" "Commandant ?" demanda un soldat debout à côté d'elle. "Commandant, que devons-nous faire maintenant ?" Kita jeta un regard aux survivants dispersés. Lorsque le Palais avait commencé à s'animer, elle avait organisé l'évacuation de tous ceux qu'elle avait pu trouver. Et malgré ça, seule une poignée de gardes, ouvriers et domestiques l'entouraient, sur les trois cents d'origines. La sombre lueur rouge sur les ruines suggérait le destin qui avait du arriver aux autres - écrasés à l'intérieur du corps de l'oni, alors qu'il se formait. Parmi les disparus se trouvaient la Princesse Ryosei, le Capitaine de la Garde Tsuruchi Shinden, la Championne de Jade Ranbe Yuya, et l'Empereur lui-même. "Commandant !" répéta le jeune soldat, un peu plus fort. "Que faisons-nous ?" Kita fit un signe de tête. Elle réalisa qu'elle était choquée, terrorisée au plus profond d'elle-même par le cataclysme qui se déroulait sous ses yeux. Il y avait une seule chose à faire. Elle sortit les Lames Ancestrales de la Mante de leur étui dans son dos, soupesant les lames jumelles dans chaque main. L'Empereur l'avait chargée de porter les lames jusqu'à ce que son successeur soit désigné. Elle avait espéré que les anciens nemuranai pourraient peut-être l'aider à trouver une réponse à cette situation, mais elles n'offrirent aucune solution. Au lieu de cela, la réponse vint des profondeurs du Palais en ruine. Un mugissement assourdissant retentit dans les ténèbres et une bête massive émergea des décombres. La créature était noire comme du jais, mesurait plus de trois mètres et demi de haut, et était recouverte de furoncles suppurants. Ses longs bras se terminaient en crochets acérés et sa tête n'était rien de plus qu'une masse de tumeurs et de pustules. Des silhouettes aux pieds traînants émergèrent des ruines à sa suite. Ils ressemblaient aux corps brisés et déformés de ceux qui n'ont pu s'échapper du palais, maintenant couverts des mêmes marques purulentes que la grande créature. Déjà démoralisés par la transformation du Palais de Diamant, de nombreux survivants s'enfuirent en hurlant dans la cité. Le visage de Kita se fit lugubre. Ses yeux se fermèrent à moitié, et elle pointa les lames de l'Empereur vers la créature. "Le Palais de Diamant a été détruit," annonça Kita à ceux qui étaient toujours derrière elle. "Qui va combattre à mes côtés pour le venger ?" Elle brandit les lames pour qu'elles reflètent les éclairs zébrant le ciel au-dessus d'eux. Une demi-douzaine de gardes acquiescèrent avec confiance et formèrent les rangs derrière elle. Quatre autres s'enfuirent en courant à toute allure tandis que les zombies avançaient. Ce n'était pas exactement le résultat que Kita avait espéré. Les zombies pestilentiels serrèrent les rangs et attaquèrent. Le premier à l'atteindre fut coupé en deux par les Lames Ancestrales de la Mante, mais le suivant lui coupa le ventre d'un coup de griffe sauvage. Elle combattit, ignorant la douleur qui lui brûlait l'estomac, ignorant les cris de ses hommes tandis que les morts-vivants s'enfonçaient dans leurs rangs. A l'arrière du groupe, l'oni noir riait, un son horrible semblable à des bulles qui éclatent, sortant des plaies béantes recouvrant sa tête. "YORITOMO !" rugit l'énorme oni dans le lointain. Un dernier craquement déchira le ciel et Kita vit la Tour Shinjo s'effondrer. Un nuage de poussière balaya la cité suite à l'onde de choc, et elle fut jetée par terre. Les zombies furent éparpillés comme des feuilles mortes, un d'eux s'effondra même sur elle. Il se tourna et se mit à cheval sur le corps étendu de Kita, lançant ses doigts pourris et griffus vers ses yeux et sa gorge. Kita tenta désespérément de bloquer le coup avec une des lames Yoritomo, mais n'arriva pas à arrêter l'attaque du zombie. La brûlure à son estomac s'amplifia. Elle sentit la douleur d'une morsure à une jambe. A sa surprise, elle reconnut avec horreur le garde qui l'attaquait. Un bref instant auparavant, il avait été un de ceux qui étaient restés à ses côtés. Le courage insensé de Kita l'avait déjà tué. "Non !" hurla-t-elle, enfonçant de toutes ses forces la lame dans la poitrine du zombie. Le zombie fut rejeté en arrière en chancelant, arrachant la lame des mains de Kita en tombant. Kita se remit difficilement sur pieds, essayant gauchement de récupérer la lame perdue, lorsqu'un coup sauvage l'atteint à l'épaule. Elle fut projetée en arrière, heurtant la rue la tête la première. Sans trop savoir comment, elle avait réussi à garder l'autre lame en main. Elle se tourna pour faire face à ses agresseurs. L'oni noir lui-même l'avait attaquée et avançait implacablement vers elle. Elle se remit à nouveau sur pieds pour l'affronter alors qu'il avançait d'un pas lourd. Sa jambe droite refusa de supporter son poids et elle tomba à nouveau sur le sol. En tombant, elle remarqua distinctement que sa jambe droite avait été rongée jusqu'à l'os. Ca ne faisait même pas mal. Que lui arrivait-il ? Au loin, le grand oni rugit à nouveau le nom de l'Empereur. L'oni noir avança vers Kita. Elle tenait fermement la lame Impériale restante. Daikua Kita réalisa qu'il ne lui restait qu'un très faible espoir. La brûlure à son estomac et l'absence de douleur dans sa jambe étaient des symptômes de la maladie de l'oni. Bientôt, elle serait un automate au pas hésitant comme les autres. Elle avait perdu une des lames Impériales, mais ça n'avait plus beaucoup d'importance puisque l'Empereur était probablement mort. Elle n'espérait même pas qu'il ait connu une mort honorable, elle n'y croyait pas. "Abandonne, garde," siffla l'oni tout en marchant à grandes enjambées vers elle. "L'Empire que tu protèges n'est plus. L'Empereur n'est plus. Nous avons son nom. Nous avons son château. Tu seras la prochaine. Il n'y aura pas de survivant. Il n'y aura aucun espoir. Seulement une douleur immense si tu continues à lutter." L'oni s'arrêta à deux mètres d'elle et se voûta, tel un prédateur prêt à bondir. La main de Kita trembla ; elle avait à peine assez de force pour brandir la lame verticalement. Ses pensées défilèrent à toute vitesse, répétant les mots qu'Hoshi Jack avait prononcés une semaine auparavant. Qu'avait voulu dire le vieux moine ? Une prophétie ? Un avertissement ? Kita se maudit pour sa stupidité. Si elle avait pu comprendre les mots du moine, peut-être que rien de tout ceci ne serait arrivé. Peut-être... Peut-être... Maintenant, elle ne saurait jamais. Personne ne le saurait. La cité était condamnée. Sa tête se mit à palpiter, et une fièvre soudaine se mit à échauffer son front. L'oni sautillait sur ses talons, tremblant d'excitation. Le bras de Daikua Kita flancha, et la dernière lame de l'Empereur claqua sur le sol brisé et sale de la rue. L'oni s'avança en gloussant. Daikua Kita n'eut pas la force pour crier. Dans le lointain, le grand oni beugla le nom de l'Empereur. |
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Quelque part de l'autre côté de la cité, une formidable explosion retentit, accompagnée d'un rugissement terrifiant. Kamiko voulait vraiment savoir ce qui se passait en-dehors de Dojicorp, mais elle n'arrivait pas à trouver un endroit où le toit des jardins était ouvert pour avoir une vue sur la cité. De toute manière, elle avait des problèmes plus importants pour l'instant. Elle devait toujours trouver un moyen pour sortir d'ici. Kamiko contourna un petit buisson et tomba nez à nez avec un lion. Pas un Lion, pas un samurai qui portait ce mon et ce nom, mais un vrai animal. La bête était énorme, plus grande qu'ils avaient toujours semblés être de l'autre côté des barreaux, au zoo. Il était tranquillement allongé dans l'herbe et il regardait vers Kamiko avec ses grands yeux dorés. Kamiko se figea. La bête était l'un des animaux familiers de Munashi, sans le moindre doute. Elle savait que Munashi gardait quelques lions apprivoisés dans les jardins, une plaisanterie de Dojicorp vis-à-vis de ce clan depuis longtemps son rival. Elle se demanda si les bêtes étaient ce qu'elles semblaient être, ou s'ils cachaient un mal bien plus grand, au même titre que les Jardins Fantastiques. Mais est-ce que ça faisait réellement une différence ? Même un lion ordinaire pouvait la déchiqueter. La bête sortit ses griffes tout en l'observant, les grands muscles de son dos bougèrent légèrement. Sa queue balayait l'air langoureusement. Les lions Rokugani était un peu plus grands que les lions ordinaires, avec une fourrure dorée et éclatante qui virait au blanc pendant l'hiver. Celui-ci était d'une couleur argentée pour l'instant. Il avait l'air très beau et très puissant. Il ne semblait pas du tout dérangé par les bruits de chaos à l'extérieur de l'immeuble. Kamiko regarda derrière le lion pendant une brève seconde et remarqua une sorte de porte juste derrière lui. Une sortie ? Peut-être. Si elle voulait s'en assurer, elle devait le faire très vite. Elle entendait des bruits de pas bottés approcher et quelqu'un crier pour appeler d'autres gardes. Manifestement, quelqu'un avait remarqué son évasion et la cherchait. Kamiko ferma les paupières à demi et regarda le lion de travers. "Hors de mon chemin, minou," siffla-t-elle. "Je suis très pressée, et je n'ai pas le temps de jouer." Le lion émit un grognement venant du fond de sa gorge et dressa la tête. Une oreille remua. "Tu m'as bien compris," elle baissa la voix et fit un pas vers la créature. "Bouge. Ces hommes vont me tuer si je retourne là-bas alors ça ne fait pas de différence si je prends l'un ou l'autre chemin. Je te promets que je te ne laisserai pas me manger sans combattre." Elle n'avait pas d'arme, mais ça n'avait pas d'importance. Elle avait déjà touché le fond. Il ne lui restait plus rien d'autre que la colère. Elle n'allait pas abandonner sa liberté retrouvée devant un chat, même si ce chat pesait quatre cent kilos. Tandis qu'elle avançait, le lion se remit sur ses pattes. Il ouvrit la gueule puis la referma, et renifla, essayant de se décider sur ce qu'il devait faire. Doji Kamiko lui décocha un coup de pied à la gueule, aussi fort qu'elle le put. L'air déconcerté, le lion se retourna et décampa rapidement, lui jetant un regard surpris tout en fuyant. Kamiko souffla silencieusement une prière de remerciement alors qu'elle sentait son coeur battre à nouveau. Un instant plus tard, elle se glissait dans des couloirs au plafond de couleur bleu cristal et au sol de marbre blanc. Elle était loin d'être libre, mais après avoir été piégée dans le jardin aussi longtemps, retrouver un environnement artificiel était un soulagement. Un autre rugissement retentit quelque part dans la cité. Kamiko courut jusqu'à la fenêtre la plus proche et regarda la cité. "Fortunes !" jura Kamiko. La ligne d'horizon de la cité était illuminée par les flammes. Plusieurs immeubles, dont la Tour Shinjo, manquait au paysage. C'était même pire que pendant l'Invasion Senpet. Et à l'horizon, derrière tout cela, elle vit l'immense forme insectoïde de l'oni. "YORITOMO !" rugit-il. "Oh, Kameru," dit Kamiko, en posant une main sur le verre de la fenêtre. "Kameru, qu'as-tu fait ?" S'arrachant à l'horrible vision de l'autre côté de la fenêtre, Doji Kamiko se mit à courir vers les escaliers, et la liberté. |
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Kitsuki Hatsu marchait dans les couloirs de l'Usine, avec l'impression d'être un animal à l'intérieur d'une cage complexe. Les autres Dragons l'évitaient, s'écartant à son approche ou prenant l'air occupé pour éviter qu'il ne les dérange. Akkan trottait dans le couloir derrière lui, regardant son maître avec des yeux tristes. "Tu n'as jamais eu le sentiment d'être ignoré ?" demanda Hatsu au petit chien. Akkan battit de la queue. Hatsu s'agenouilla par terre pour gratter les grandes oreilles d'Akkan. "Kitsuki Hatsu," dit une voix. "Cela faisait longtemps," ajouta une autre. Hatsu leva les yeux. Deux ise zumi s'approchait de lui, sortant apparemment de nulle part. L'un d'eux avait une peau noire et un croissant de lune sur le visage. L'autre portait un tatouage de soleil levant sur sa poitrine. Ces deux-là lui étaient vaguement familiers. "Vous," dit Hatsu en se redressant. "Vous étiez avec le groupe qui m'a sauvé dans le Labyrinthe Bayushi." "Je suis Hitomi Mayonaka, Maître de Minuit," acquiesça l'homme à peau noire. "Voici mon frère, Asahi, le Seigneur de l'Aube." Hatsu souleva un sourcil. "Maître de Minuit ? Est-ce que les gens vous appellent vraiment par ces titres ?" Mayonaka et Asahi se regardèrent. "En dehors de nous, non, pas exactement," admit Mayonaka avec un haussement d'épaules. "Ces titres nous ont été donnés par le Seigneur Hoshi. Même nous ne sommes pas sûr de leur signification." "J'aime ces titres. Je pense qu'ils nous rendent plus mystérieux," ajouta Asahi. "C'est une réponse franche, de la part d'un Dragon Caché," répondit Hatsu avec un soupir de soulagement. Il s'inclina profondément devant les deux hommes. "Il est bon de vous revoir." "Il en est de même pour moi," répondit Mayonaka en s'inclinant lui aussi. "Celui qui a donné sa vie pour vous sauver, Togashi Gunjin, était notre sensei." "Il est bon de rencontrer le héros pour qui Gunjin-sama a sacrifié sa vie," ajouta Asahi. Il s'avança et tendit la main au détective. "Le salut est très bien, mais pour les ise zumi, seule la main de la confrérie scelle une vraie amitié." Hatsu acquiesça et serra la main d'Asahi, puis celle de Mayonaka. "Alors, vous êtes tous les deux des Hitomi ?" demanda-t-il. "On m'a raconté que ma grand-mère était aussi une Hitomi." "Qui vous a dit ça ?" demanda Asahi, un air curieux s'affichant sur son visage. Hatsu fronça les sourcils. Il était peu probable qu'ils croient que Hatsu avait parlé au Dragon du Vide, et il n'était pas sûr d'être prêt à le révéler. "Ce n'est pas important," dit-il. "Je pensais que la famille Hitomi avait été détruite." "Nous l'avons presque été," acquiesça Mayonaka. "Depuis la création de notre lignée, les Hitomi ont été toujours été réduits à peu de choses. Le Clan du Dragon a toujours du subir la colère du Destin, et il semble que c'était le rôle de notre famille d'endurer le poids de cette colère." "Le sang d'Hitomi entraîne de grandes responsabilités," ajouta Asahi. "Tout comme la Sombre Tonnerre, nous sommes condamnés à nous sacrifier." Il fixa les yeux de Hatsu, comme s'il y cherchait quelque chose. Hatsu se sentait d'une certaine façon dérangé par le regard de l'homme tatoué, et il détourna les yeux rapidement. Il changea de sujet. "Au fait, c'est seulement mon imagination, ou tout le monde m'évite ici ?" demanda-t-il, regardant un jeune shugenja qui contourna rapidement le trio et qui poursuivit son chemin à toute allure dans le couloir. "Ce n'est pas votre imagination," répondit Mayonaka. "Agasha Hisojo nous a donné des ordres stricts," ajouta Asahi. "Vous devez rester dans la Montagne. Nous ne devons vous aider en aucune manière. Vous devez rester ici, et nous devons nous en assurer." Hatsu plissa le front. "Jusque quand ?" "Jusqu'au Jour des Tonnerres," répondit Mayonaka. "C'est ridicule," Hatsu hocha la tête. "Je ne vais pas me cacher dans une montagne alors qu'Asahina Munashi est dehors en train de faire Togashi seul sait quoi à l'Empereur ! Je dois sortir d'ici, trouver Hida Yasu, trouver l'Armée de Toturi, et riposter contre Dojicorp !" "Si Hisojo-sama estime que vous êtes prêt à quitter les lieux, alors il vous laissera partir, mais pas avant," dit calmement Mayonaka. Hatsu regarda l'homme tatoué à peau noire. "Je ne savais pas que j'étais un prisonnier," répondit-il. "Est-ce que mon clan a décidé de passer au kidnapping, maintenant qu'il ne peut plus se cacher ?" "Je crois qu'Hisojo-sama souhaite simplement vous montrer que vous avez déjà fait assez d'erreurs, Tonnerre," dit Asahi, et il se retourna pour s'en aller. Hatsu dévisagea Mayonaka, puis cria après Asahi. "Et qu'est-ce que ça signifie ?" "Six Tonnerres, c'est insuffisant pour affronter le Champion de Jigoku," répondit calmement Mayonaka. "Bien que j'imagine que ce n'était pas votre faute, c'est malgré tout un fait établi que celle que nous pensions être la Tonnerre de la Licorne, Otaku Sachiko, est morte sous votre protection. Maintenant, l'Empire lui-même pourrait bien être condamné. Nous ne pouvons plus que prier pour que cette information soit fausse, et que cette Sachiko n'était pas la vraie Tonnerre." "Arrête de perdre ton temps avec lui, Mayonaka," dit Asahi. "Nous devons aller voir comment va Shougo." Hatsu croisa le regard de l'ise zumi à peau noire. "Et bien," répondit-il. "Peut-être que si le reste de vous autres Dragons étaient là-dehors, en train d'essayer de faire quelque chose plutôt que de se cacher sous des rochers et se montrer lorsque le combat sera vraiment terminé, vous n'auriez pas à vous préoccuper de nettoyer la pagaille faite par les autres gens." Mayonaka hocha lentement la tête, un sourire patient s'afficha sur son visage. "Non, Hatsu. Vous ne me comprenez pas. C'est nous qui avons sauvé votre--" "Taisez-vous, Mayonaka," dit sèchement Hatsu, fatigué de l'étrange nature changeante de l'ise zumi. "Vous m'avez sauvé, c'est vrai, mais votre clan m'a également mis dans une position où il fallait que je sois sauvé, plutôt que d'avoir le droit de connaître la vérité." "La vérité," sourit Mayonaka. "Et qu'est-ce que la vérité ?" Hatsu fit un pas pour se rapprocher de l'ise zumi, faisant des gestes en parlant, sous l'effet de la colère. "Vous voulez la vérité ? En voici un fragment, Maître de Minuit. Si vous autres aviez joué franc jeu avec moi depuis le début, et si vous m'aviez dit que j'étais le Tonnerre, je n'aurais pas été en danger. Je ne me serais jamais fait tirer dessus par Kyo, et votre sensei serait toujours vivant." "Alors, vous croyez que la vérité est le plus grand des boucliers ?" demanda Mayonaka, son sourire était maintenant forcé. "J'envie votre naïveté, Kitsuki, mais j'espère que vous vous en débarasserez avant que votre idiotie ne fasse d'autres morts, tout comme elle a tué votre téméraire amie Otaku." "Je perds rarement mon sang-froid," dit lentement Hatsu sur un ton neutre. "Alors, je vous présente mes excuses." "Vos excuses ?" demanda Mayonaka. "Pourquoi ?" Hatsu décocha un coup de poing directement au centre du visage d'Hitomi Mayonaka. L'ise zumi trébucha et tomba à la renverse, les mains posées sur son nez en sang. Hitomi Asahi fit instantanément demi-tour et courut dans le couloir pour revenir. Il s'agenouilla à côté de son frère blessé et il leva les yeux vers le Kitsuki. Hatsu ne semblait plus prêter la moindre importance à ceux-ci, fermant les yeux et se laissant glisser dans le pouvoir du Vide. Akkan sautillait à côté d'Hatsu et aboyait sur tous les trois, pensant que c'était un jeu. "Puisque c'est comme ça," gronda Asahi, se redressant et fléchissant ses bras musclés. "Quel que soit votre destin, Kitsuki, je pense que vous avez besoin d'une leçon d'humilité." L'ise zumi bondit en avant avec un grognement félin, des griffes surgirent des extrémités de ses doigts. Hatsu n'ouvrit pas les yeux, fit un demi-pas en arrière, et donna un coup de pied directement à la gorge d'Hitomi Asahi. L'ise zumi fut coupé dans son élan et il s'effondra sur le sol, en etreignant son cou. Hatsu poursuivit sa marche calmement en passant à côté d'eux. Akkan s'arrêta un instant pour renifler Mayonaka. Hatsu s'arrêta brusquement lorsqu'il vit qu'un troisième homme tatoué se trouvait sur son chemin. Cet homme portait un tatouage d'une grande tortue-dragon sur la poitrine, entourée de brume. Son expression fut triste lorsqu'il regarda vers ses frères. Mais il n'avait pas été là, un instant auparavant. "Vous," dit Hatsu. "Je me souviens de vous. Vous étiez cet autre ise zumi dans le tunnel." L'homme acquiesça et regarda Hatsu avec un regard étrange et torturé. "Allez-vous me serrer la main, puis m'insulter et m'attaquer, vous aussi ?" dit Hatsu d'un ton irrité. "Je ne crois pas," dit l'homme avec un petit hochement de tête. "Mes frères ont perdu leur chemin. Ils ne comprennent plus. Ils résistent à leur destin. Je... vous présente mes excuses pour eux." Mayonaka s'assit en gémissant, regardant autour de lui, un peu groggy. "Shougo," souffla-t-il, les yeux écarquillés à la vue du nouvel arrivant. "Tu ne devrais pas marcher seul ! Tu-" "Je vais bien," répondit Hitomi Shougo, en levant une main. "Il n'y a rien que la médecine Rokugani puisse faire pour moi. Il n'y a rien que l'on puisse faire pour aucun de nous, Mayonaka, est-ce que tu le réalises ? Le temps est venu pour nous de rendre ce que l'on nous a donné." "De quoi parlez-vous ?" demanda Hatsu. "Il y a de nombreuses années, nous sommes tombés sur quelque chose que nous n'étions pas supposé connaître," dit Shougo, en tournant son étrange regard torturé vers le détective. "Nous avons découvert le domaine maudit du Bas-Quartier, et affronté son sinistre maître, le Kashrak. Nous l'avons combattu, et nous avons perdu. Mon frère Mayonaka reçut ce jour-là un coup mortel." Hatsu regarda Mayonaka. L'ise zumi baissa les yeux. "Après nous être échappés," poursuivit Shougo. "Nous avons supplié Togashi et les Fortunes de prendre pitié, de sauver notre frère. Malheureusement, nous ne l'avions pas fait entièrement par amour, mais par instinct de survie. Trois personnes pouvaient s'échapper du Bas-Quartier plus facilement que deux. Ce que nous désirions était, en fin de compte, une bonne chose, mais nos idéaux étaient déformés. Nous étions devenus égoïstes. Nous n'étions plus des Dragons." "Plus des Dragons ?" répéta Hatsu. "Que voulez-vous dire ?" "C'est le devoir d'un Dragon de faire en sorte que ses idéaux restent purs même lorsque ce qu'il recherche est peu clair," répondit Shougo. "Togashi a répondu à nos prières, car il était critique que cette connaissance au sujet du Bas-Quartier soit transmise au Dragon Caché, mais il a fixé un prix à ce présent." "Frère," dit Asahi, en massant sa gorge tout en se relevant. "Ne dis-" "Non, Asahi," répondit Shougo d'un air sévère. "Il est le Tonnerre. Il doit savoir." "Continuez," dit Hatsu, en s'appuyant contre le mur et en gardant un oeil sur les trois frères. Akkan reniflait le pied de Shougo et fit un petit aboiement. Shougo acquiesça. "Nos âmes furent reliées en une, mais seulement pour un temps. C'est notre destin de protéger les Tonnerres, et nous avons déjà échoué une fois." "Echoué ?" demanda Hatsu. "Vous étiez seulement un enfant, Hatsu," poursuivit Shougo. "Hisojo et Chojin avaient peur car notre Seigneur Hoshi avait trop dévoilé de choses sur le destin des Tonnerres, trop tôt. Hitomi Ishinomori eut peur pour le destin de son fils. Elle partit dans le Bas-Quartier pour détruire le Kashrak afin que le Jour des Tonnerres n'ait jamais lieu. Elle était notre soeur." "Ishinomori ?" murmura Hatsu, répétant ce nom avec crainte. "C'était ma mère..." "Nous sommes une famille sous bien plus d'aspects que vous ne le réalisez," répondit Shougo avec un petit sourire. "Le tatouage que vous portez vous lie à chacun de nous. Vous êtes notre frère, tout comme Ishinomori était notre soeur, jadis. C'est notre devoir de vous protéger, puisque nous avons échoué pour elle." "Nous n'avons pas échoué, Shougo," dit sèchement Asahi. "Nous ne pouvions pas connaître l'étendue des pouvoirs du Kashrak, ou savoir à quel point Ishinomori serait prête à tout pour protéger son fils." "Un échec est un échec," dit Shougo, la voix toujours calme. "Maintenant, vous deux, cessez de blâmer Hatsu pour nos fautes, sinon je lui permettrai de vous écraser à nouveau." Hatsu regarda chacun des frères prudemment. "J'ai déjà été trompé auparavant par des Dragons," dit-il. "Comment puis-je être sûr que ceci est la vérité ?" "Vous ne le pouvez pas," dit tristement Hitomi Shougo. "La seule consolation que je peux vous offrir c'est qu'il n'y a plus de raison pour mentir. Le Dragon Caché n'a plus rien, à part nous. Nous devons lutter ensemble. Comme une famille. Lutterez-vous avec nous, Kitsuki Hatsu ?" Hatsu hésita. "Je n'ai jamais eu de famille," dit-il. "Je n'en ai jamais vraiment eu besoin." "Maintenant, qui déforme la vérité ?" répondit Shougo. "Vous avez toujours eu une famille. Hisojo vous a toujours protégé. Derrière lui, il y avait un millier de Dragons prêts à combattre et mourir pour vous à chaque instant de votre vie. Vous n'avez jamais eu besoin de nous. Vous étiez assez fort tout seul. C'est nous, maintenant, qui avons besoin de vous." Hatsu n'avait toujours pas l'air convaincu. "Hisojo aurait pu me le dire," dit-il, en regardant sur le côté. "Alors, pensez à Agasha Hisojo," poursuivit Shougo. "Il est le plus puissant shugenja que le Dragon ait jamais eu depuis Tamori lui-même. Il peut faire pleuvoir le feu du ciel d'un simple effort, et créer des inventions tetsukami qui pourraient stupéfier les Maîtres Elémentaires. C'est un génie, comme nous n'en verrons plus jamais. Cependant, comment a-t-il utilisé les vingt dernières années de sa vie ? Dans un laboratoire, à créer des armes pour le Dragon Caché ? Dans un temple, à perfectionner la magie qui nous protégera des ténèbres ?" Hatsu garda le silence un bref instant. Il sourit lentement et hocha la tête. "Non," dit-il. "Il fit semblant d'être un vieil homme dans une petite boutique de souvenirs." Shougo acquiesça. "Pour vous. Agasha Hisojo est votre famille. Nous sommes votre famille. Le Dragon Caché est votre famille. Ne soyez pas trop en colère pour ce que nous avons fait. Dirigez cette fureur contre votre véritable ennemi - celui qui a créé un monde où les subterfuges sont des armes nécessaires." "Fu Leng ?" demanda Hatsu. "Non," répondit Shougo. "Fu Leng n'était pas maléfique. Vous allez affronter le vrai mal, Hitomi Hatsu, vous et les autres Tonnerres." "Vous m'avez appelé Hitomi Hatsu," dit Hatsu. "Mon nom est Kitsuki Hatsu." "Vous êtes les deux," répondit Shougo. "Le sang de celle qui fut jadis la lune coule dans vos veines et nous nous tenons à vos côtés comme vos frères. Kitsuki Hatsu est l'homme qui s'est avancé pour combattre pour l'Empire, mais Hitomi Hatsu est le Tonnerre qui sera le sauveur de tout ce qui est bon dans le monde. Ne trouvez-vous pas ce nom approprié ?" "Je n'en suis pas trop sûr," dit Hatsu. "Kitsuki est le seul nom que j'ai jamais connu, et c'est le seul auquel je répondrai." Shougo acquiesça, fermant lentement les yeux. "D'accord," dit-il. "Quel est ce vrai mal que vous avez mentionné ?" demanda Hatsu. "Que va-t-il arriver lors du Jour des Tonnerres ?" "C'est la prochaine étape de notre chemin, Hatsu," répondit shougo. "Venez avec moi, et nous allons le découvrir." |
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Le Croissant de Lune vibrait considérablement. Traverser le mur extérieur du Palais de Diamant n'avait pas fait du bien à la structure du vaisseau, et c'était grâce aux talents de pilote d'Isawa Saigo qu'il était toujours capable de se maintenir en vol. La douleur à sa jambe était un supplice, et il avait des difficultés pour se concentrer. Tsuruchi Shinden était toujours étendu sur le sol, inconscient. Il pouvait ressentir la présence du grand oni quelque part derrière lui, très loin, répandant la ruine dans la cité. L'oni savait sans aucun doute qu'ils s'étaient échappés avec l'Empereur. Il viendrait chercher l'homme qui portait son nom tôt ou tard, et le Croissant n'était plus en assez bon état pour permettre une fuite en catastrophe. Par Jigoku, qu'allaient-ils faire, maintenant ? Ryosei émergea de l'arrière du cockpit, luttant pour garder son équilibre tandis que le vaisseau vibrait. "Saigo !" cria-t-elle. "Pourquoi est-ce qu'on vole aussi mal ?" "Nous devons un endroit pour atterrir," dit Saigo par-dessus son épaule. "Dans la cité ?" répondit Ryosei. "Mais ta prophétie-" "Je n'aime pas plus que toi cette idée, mais nous allons mourir d'une manière ou d'une autre. Nous n'allons pas pouvoir pousser ce truc beaucoup plus loin," dit Saigo. "Nous avons déjà de la chance d'avoir pu traverser le mur." Ryosei baissa les yeux, et ceux-ci s'écarquillèrent. "Saigo ! Tu mets du sang partout !" "Ouais, peut-être que je devrais faire quelque chose pour ça," dit Saigo, en posant un regard légèrement vitreux sur son mollet transpercé. "Je me sens un peu étourdi." "Que tu es bête," grommela Ryosei. Elle se mit à genoux et déchira un morceau de sa manche, et fit rapidement un noeud serré autour de la blessure du Phénix. "C'est mieux comme ça ?" demanda-t-elle. Saigo acquiesça. "Je pense que je vois un endroit pour nous poser," dit-il. Il désigna un petit immeuble proche. Une grande zone sur le toit était marquée d'un signe pour permettre aux hélicoptères de s'y poser. "Je crois que c'est un hôpital." "Bien," dit Ryosei. "Je crois que tu en as besoin. Ta jambe a l'air dans un sale état, et Shinden n'a pas l'air beaucoup plus en forme. Et avec de la chance, ils pourront aider mon frère aussi." "Je crois que Kameru a besoin de bien plus qu'un hôpital," dit tristement Saigo. "Saigo, ne dis pas des choses comme ça," répondit doucement Ryosei. "Désolé," dit-il. "Je ne voulais pas paraître insensible, je voulais juste-" "Je sais," dit-elle d'un ton énergique, en le coupant. "Je sais que tu ne serais pas ici maintenant si tu n'avais pas voulu l'aider. C'est juste que c'est difficile pour moi, Saigo. Je suis désolée. Je suis heureuse que tu sois là." Saigo acquiesça et ne dit rien. Il n'y avait rien à dire. Le Phénix vira de bord avec le Croissant pour se diriger vers l'hôpital. Soudain, un mouvement à l'arrière de l'appareil attira son attention. Le Phénix orienta ses perceptions vers l'intérieur, balayant tout l'intérieur du véhicule pour déterminer ce qui se passait. Sa bouche s'ouvrit sous le choc. "Quoi ?" demanda rapidement Ryosei, devinant sa stupéfaction. "Qu'est-ce qui ne va pas ?" "La porte passager arrière vient de s'ouvrir," dit Saigo. "Kameru ?" demanda Ryosei, se relevant à moitié. "Non," dit rapidement Saigo. "Il n'y a plus de pression dans la cabine, là derrière. Tu pourrais tomber." "Mais mon frère," protesta Ryosei. "Non, Ryosei," Saigo hocha la tête. "Je peux voir à l'intérieur du compartiment passager. Ton frère vient juste de sauter." |
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Kitsuki Hatsu et les trois ise zumi se tenaient au centre d'un jardin ouvert. Le terme "jardin ouvert" était pourtant assez vague. En effet, le jardin était simplement une autre salle de l'Usine de la Montagne Togashi remplie de plantes et illuminée par une lumière du soleil créée artificiellement. Malgré ça, la proximité de cette salle avec la pureté de la nature était bien plus grande que tout ce que la plupart des Dragons avaient vu parmi le réseau de cavernes. Une demi-dizaine d'autre samurai et shugenja méditaient dans la grande salle, eux aussi. Hatsu contempla les dessins complexes sur la garde de son katana de la griffe du dragon et se demanda ce qu'il devrait faire ensuite. Hitomi Asahi et Hitomi Mayonaka se tenait à l'écart, observant Hitomi Shougo d'un air soucieux tandis qu'il errait sans but autour du jardin. "Frère," dit Asahi, avançant au côté de Shougo. "Tu dois retourner dans ta chambre. Tu ne vas pas bien." "Je vais suffisamment bien," répondit Shougo, tout en inclinant maladroitement la tête alors qu'il regardait son frère. "Je ne vais pas me sentir mieux si je reste enfermé dans cette chambre. Pas maintenant. Il arrive." Mayonaka regarda vers Hatsu, puis vers ses frères. "Qu'est-ce qui ne va pas, Shougo ? Qu'est-ce que disent les esprits ? Qu'est-ce qui arrive ?" Les yeux de Shougo se firent vitreux, et un frisson traversa son corps. "Ce n'est pas clair. Ne les entendez-vous pas, frères ? Nous partageons une seule âme. Ils parlent à vos esprits aussi. Je peux les entendre, mais pas seul." "Non," dit Mayonaka d'un ton tranché. "Cette histoire dans les montagnes t'a déboussolé-" "Cette histoire dans les montagnes n'a rien changé," rétorqua Shougo, sa voix soudainement claire et tranchante. Son regard était intense. "Souvenez-vous de qui nous sommes, mes frères. Nous sommes les Hitomi, et un jour, le monde s'éveillera et nous demandera de mourir. Est-ce que ça vous effraie ?" Mayonaka et Asahi ne dirent rien, détournant leur regard de leur frère. "Ne vous dérobez pas à vos responsabilités," dit Shougo. "Je ne peux pas faire ça seul. Les Dragons ne sont pas sensés combattre seuls." "De quoi parle-t-il ?" demanda Hatsu. "Les forces de l'Outremonde ont surgit alors que nous étions à la Cité du Foyer Sacré," dit Asahi. "Shougo a ouvert son âme aux esprits pour aider un Phénix Souillé à trouver la source de la Souillure. Il est devenu plutôt dérangé, depuis lors. Il n'est plus lui-même." "Je suis moi-même, Seigneur de l'Aube, c'est toi qui a changé," répondit Shougo, en dressant un doigt courbé vers son frère. Un grondement grave sembla se confondre à la voix de Shougo et ses yeux se mirent à briller d'un vert pâle. "Je peux sentir le flux et le reflux de Jigoku, maintenant. Je sens son pouvoir, et c'est une partie de moi." "Je suppose que ces yeux verts brillants ne sont pas normaux," dit Hatsu. "Frère ?" demanda Mayonaka, la voix légèrement alarmée. "Que pouvons-nous faire ?" "Vous pouvez m'aider," dit Hitomi Shougo, en tendant les mains. "Vous pouvez prendre une partie du fardeau que Zul Rashid a placé sur moi, m'aider à découvrir ce qui cherche à nous détruire, et être détruits ensuite." "Etre détruits ?" demanda Asahi. "Avez-vous peur ?" demanda Shougo. Mayonaka et Asahi s'avancèrent vers les mains de leur frère. Shougo referma ses yeux verts avec un sifflement, et fit reculer ses frères. "Ne commettez pas d'erreur, mes frères, si vous acceptez ce fardeau, vous en payerez le prix à mes côtés. Nous partageons toujours une âme..." Mayonaka et Asahi prirent ses mains. Les Frères du Jour étaient à nouveau réunis. Une brillante lueur recouvrit le jardin alors que les trois frères criaient tous ensembles. Kitsuki Hatsu se releva rapidement, l'épée à la main. Sur une impulsion, il activa le pouvoir de son tatouage et fit un pas en arrière, stupéfait. Les pouvoirs du sang de Hoshi lui révélèrent le flux d'innombrables esprits, tourbillonnants autour des trois frères. Certains étaient brillants et bienveillants ; la plupart étaient sombres et malicieux, et envahissaient la pièce avec une faim amère. Hatsu réalisa soudain que la vision qu'il avait n'appartenait pas à ce monde, mais à un autre, à un cheveu de la réalité. Les créatures de la lumière et des ténèbres tourbillonnaient maintenant, convergeant vers la Montagne Togashi, se préparant à leur conflit final. Hatsu remarqua très vite que les esprits des ténèbres l'emportaient en nombre sur les esprits de la lumière. Hatsu remarqua très vite que les esprits des ténèbres semblaient proches de gagner. Et par-dessus tous ces esprits, il semblait y avoir une énorme présence, menaçante et sombre. Elle pressait sur la Montagne Togashi, son poids était plus grand que la montagne elle-même. Et tandis qu'Hatsu la regardait, il réalisa que la présence le regarda à son tour. Il sentit une colère infinie, une vengeance froide et furieuse. Une vrille sombre s'avança en tournoyant et effleura l'esprit d'Hatsu. Les ténèbres parlèrent à Hatsu. |
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Iuchi Kenyu allait et venait dans sa cellule, se sentant impuissant. Il regardait vers la garde de temps en temps, puis recommençait à marcher. Il ne disait pas un mot, se contentant de marcher tout comme il le faisait depuis qu'ils l'avaient arrêté, quelques heures auparavant. "J'aimerais que tu arrêtes de faire ça," dit la garde Phénix en levant les yeux de son magazine. "Arrêter de faire quoi ?" répondit-il, s'approchant des barreaux avec un air curieux. "De marcher," elle le fixa du regard. "C'est agaçant." "Hé, je suis désolé," répondit-il avec un haussement d'épaule. "Je dois continuer à bouger. Je suis comme ça." "Ouais, ben tu vas t'asseoir ou je vais t'aider à ne plus bouger," grogna-t-elle, en le regardant d'un air plus sévère. Kenyu s'assit. Il regarda la cellule autour de lui quelques instants, puis se mit à tripoter ses doigts. "Hé, comment va ce type ?" demanda-t-il. Pas de réponse. La Phénix continuait sa lecture. "Ohé ?" dit Kenyu. "Je vous ai posé une question. Comment va ce type ?" "Quel type ?" dit la garde, irritée. "L'Inquisiteur," répondit Kenyu. "Le type qui a eu un malaise cardiaque. L'Asako. Je ne connais pas son nom. Il va bien ?" "Tu veux dire l'Inquisiteur Yao ?" répondit-elle. "L'homme que tu as agressé ? Je ne suis pas autorisée à te tenir au courant de son état de santé." "Je ne l'ai pas agressé," rétorqua Kenyu, légèrement vexé. "J'ai essayé de lui sauver la vie." "Ce n'est pas ça qu'il nous a dit," grogna la Phénix. "Il a dit ça ?" demanda Kenyu. "Il va bien, alors ?" La Phénix baissa son magazine et posa sur Kenyu un regard froid et immobile. "La ferme, Licorne," dit-elle. "Tu vas nous causer un tas de problèmes à tous les deux." "Des problèmes ?" répondit Kenyu. "Avec qui ? Shiba Gensu ?" La Phénix acquiesça. Kenyu haussa à nouveau les épaules. "Je m'en fiche un peu," dit-il. "Je veux pas offenser votre famille, mais Gensu est une enflure. Il veut tuer mes amis. Il veut probablement me tuer aussi. Ce qui veut dire que je ne dois pas trop me soucier de ce qu'il pense." La Phénix hocha la tête et retourna à sa lecture. "Je suppose que je n'ai pas le droit à un coup de fil, alors ?" tenta Kenyu. "Non," dit la Phénix. "Il n'y a personne que tu pourrais appeler qui sauverait ta misérable carcasse, Licorne." "Ca, je n'en suis pas sûr," rétorqua Kenyu. "Je peux utiliser le téléphone ?" "Non," dit la Phénix, la voix de plus en plus irritée. "Je peux utiliser le téléphone, s'il vous plaît ?" demanda Kenyu. Elle baissa à nouveau son magazine et lui lança un regard meurtrier. "Arrête de me déranger, maintenant." "Désolé," dit Kenyu, et il regarda le sol. "Je ne voulais pas vous irriter en vous demandant mes droits civils ou d'autres bêtises comme ça." Elle reprit sa lecture. "Dites, c'est quoi votre nom ?" demanda Kenyu après quelques instants. "Pourquoi ?" répondit-elle, sans relever les yeux. "Je suis simplement curieux," Kenyu haussa les épaules. "Vous les Phénix n'avez pas l'air d'être méchants. Je me demandais ce qui pouvait vous pousser à tous suivre une enflure comme Gensu. Je pensais que si j'apprenais à vous connaitre, je pourrais peut-être comprendre." La Phénix referma son magazine et se releva lentement. "Arrête d'insulter le Champion de mon Clan," dit-elle, la voix menaçante. "Je ne le fais pas," répondit Kenyu. "Je n'ai rien dit sur Sumi." "Sumi n'est pas la Championne du Phénix," répondit la garde d'un ton glacial. "Shiba Gensu est notre Champion." "Ce n'est pas ce que prétend l'Ame de Shiba," dit Kenyu. "Mais je suppose que Gensu le sait très bien, hein ?" Il rit nerveusement. La garde prit un air soupçonneux. "De quoi parles-tu ?" "De rien," il haussa les épaules. "Juste que Gensu a accusé Sumi de maho et l'a emprisonnée parce qu'elle pouvait porter l'épée alors que lui ne peut même pas la toucher." "Ecoute-moi bien, Iuchi, espèce de méprisable menteur," gronda la garde, en avançant vers la cellule. "Tu ne sais rien de ce dont tu parles." Kenyu leva doucement les yeux vers elle. "Bien sûr que non," répondit-il. "Sumi m'a sauvée de l'Oracle Noir de l'Eau. Shiba Gensu m'a fait arrêter parce que je faisais une réanimation cardio-pulmonaire à un homme. Manifestement, je fais partie des méchants, hein ? Je ne veux pas paraître impoli ou ce genre de choses, madame, mais Shiba Gensu est un con." La garde fulmina, se retourna, et retourna d'un pas rageur à son bureau. "Je ne sais même pas pourquoi je te parle," marmonna-t-elle. "Shinsei a toujours dit que les bidons vides sont ceux qui font le plus de bruit," répondit Kenyu. "Peut-être que vous me parlez parce que vous avez des doutes." Elle lui lança un regard par-dessus son épaule. "Il n'y avait pas de bidons à l'époque de Shinsei. Tu as pris ça d'une chanson." "Non, pas du tout," Kenyu haussa les épaules. "Shinsei était vraiment sage." "Tu es idiot," dit-elle, hochant lentement la tête. "Bien," acquiesça Kenyu, se levant et marchant jusqu'aux barreaux, les mains dans les poches. "Laissez-moi donner un coup de téléphone. Un seul et je vous fiche la paix pour toujours." "Gensu-sama a laissé des instructions spécifiques. Tu n'as pas le droit de téléphoner," répondit la garde. "Hm," acquiesça. "Qui Gensu a-t-il peur que j'appelle, exactement ?" La garde haussa les épaules, et reprit sa lecture. "Aura-t-il peur si j'appelle les Maîtres Elémentaires ?" La garde ne répondit pas. Ils restèrent silencieux tous les deux pendant un long moment. Kenyu ne bougea pas d'où il était, regardant calmement la garde. Elle leva finalement les yeux vers lui, un air de mépris sur le visage. "Arrête de me fixer," siffla-t-elle. "Désolé," dit-il, tournant le regard. "Qu'est-ce qui va pas chez toi ?" dit-elle d'un ton sévère, en fermant son magazine. "La moitié du temps, tu fais ce que je te dis. L'autre moitié, tu te moques ouvertement de mon Champion. Qu'est-ce qui ne va pas, Licorne ? Tu n'arrives pas à savoir si oui ou non tu as des couilles ?" "Non, à ce sujet, je suis plutôt sûr de moi," dit-il pensivement. "J'essaie juste d'être poli. Je ne veux pas avoir de problèmes avec vous. Je déteste tout simplement votre patron. Comparé à certains que j'ai rencontré récemment, vous êtes plutôt sympa, en fait. Je voulais juste que vous m'appréciez." "Tu es bizarre," dit-elle, en réouvrant son magazine. "Pas tant que ça," dit Kenyu. "Arrêter son Champion de clan, l'enfermer dans une boite et l'enterrer dans une arrière-cour, ça c'est bizarre. La Licorne a un mot pour désigner des gens comme ça, vous savez, et ce n'est certainement pas 'sama'." "La ferme," dit la garde. "Tu me déranges." "Désolé," répondit Kenyu. Elle hocha la tête. "Bon, très bien," dit-elle. "Si Shiba Gensu était aussi détestable que tu le dis, pourquoi ne le prouves-tu pas ?" "Je vais le faire," acquiesça rapidement Kenyu. "Laissez-moi donner mon coup de téléphone." "Pas de téléphone," sourit la garde en hochant la tête. "Je sais que tu es un shugenja. Tu vas essayer un truc de tetsukami." "Très bien, dans ce cas," acquiesça Kenyu. "C'est vous qui téléphonez. Vous n'aurez qu'à leur répéter ce que je dis." La garde regarda le téléphona, puis Kenyu. Elle souleva un sourcil. "Et qui vais-je appeler ?" "Shiro Otaku," répondit-il. "Demandez si Ide Daigoro est là." "Ide Daigoro ?" elle rit, ôtant sa main du téléphone. "Le propriétaire d'Ide Motors ?" Kenyu acquiesça. "Oui, c'est lui." Elle rit et décrocha le téléphone. "Ca pourrait être marrant," dit-elle d'un ton sarcastique. "Et je lui dis que l'appel est de la part de qui ?" Kenyu soupira. "Dites-lui que c'est Kenyu. Dites-lui que c'est son fils." |
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Yoritomo no Oni souleva ses énormes griffes vers le ciel et hurla. Au son de sa voix, les fenêtres des immeubles environnants explosèrent en poussière. Les rues devant lui étaient encombrées par le trafic et les gens terrifiés, hurlant et grimpant les uns sur les autres pour s'échapper. L'énorme oni baissa les yeux sur les habitants d'Otosan Uchi, et sourit. Ils étaient si pressés de fuir qu'ils s'entretuaient pour lui. Le démon pouvait sentir qu'une demi-douzaine de gens venaient d'être écrasés dans la rue, déjà. Amusant, mais pas assez. Vraiment pas assez. La destruction de la Tour Shinjo était seulement le commencement. Maintenant, la vraie terreur pouvait commencer. L'oni ouvrit la bouche, aspirant l'air dans ses grands poumons métalliques. Il gardait l'air en lui pendant un moment, laissant le pouvoir de sa corruption le corrompure. Et dans un rugissement formidable, il vomit un nuage noirâtre. Au premier coup d'oeil, ça ressemblait à rien de plus que de la fumée, mais lorsque le nuage descendit jusqu'à la foule en fuite, il se changea en des millions et des millions de minuscules insectes métalliques. Ils mordirent et déchirèrent les gens en fuite, réduisant en un instant les hommes et les femmes en tas de viande déchiquetée et d'os. L'oni éclata de rire et hurla à nouveau son nom dans toute la cité. "YORITOMO !" La créature n'était en vie que depuis très peu de temps. Comme tous les oni, elle existait depuis toujours aux bornes de la conscience, simple fragment de la masse souillée qui composait Jigoku. Mais après avoir reçu un nom, elle recevait une forme et le pouvoir qui l'accompagnait. Et ayant reçu le nom de l'Empereur, elle héritait de tout ce que ce nom impliquait. Toutefois, elle sentait quelque chose d'autre... une chose empiétant sur le pouvoir absolu de son nom... le protégeant... l'oni n'aimait pas ça. Un mystère dont il faudrait se soucier une prochaine fois. Il avait de la destruction à causer, aujourd'hui. Les yeux de l'oni parcoururent la ligne d'horizon de la cité, à la recherche d'un autre immeuble à détruire. Un autre se dressait au-dessus de tous les autres, maintenant, une flèche de cristal bleu, parfaite. Dojicorp. Il sentait le pouvoir du Maître à l'intérieur, mais le Maître n'y était pas. Ca voulait dire que l'utilité de Dojicorp était arrivée à son terme. Tous les emblèmes humains, tout ce qui peut leur apporter de la confiance doivent être détruits. Otosan Uchi doit être piétinée, et Dojicorp était la prochaine cible. Yoritomo no Oni frappa de sa griffe colossale et faite d'acier et de pierre. Un immeuble de vint étages fut renversé par ce coup. L'oni avança. Une toile d'autoroutes surélevées se trouvait devant lui. L'oni les traversa aussi aisément qu'une toile d'araignée, provoquant la chute vers le sol de dizaines de véhicules. L'oni souleva ses griffes et se prépara à détruire un autre immeuble sur sa route vers Dojicorp, et soudain, il ressentit une vive douleur au niveau du dos. Yoritomo no Oni se retourna en grognant. Une formation de douze hélicoptères rouge sang viraient de bord et se préparaient à l'attaquer à nouveau. L'oni aspira une bouffée d'air et recracha un nuage noir d'insectes métalliques vers ses agresseurs. Deux des hélicoptères virèrent sauvagement de bord et battirent en retraite, mais les autres explosèrent dans une gerbe de flammes. "YORITOMO !" rugit l'oni. L'oni baissa les yeux. Il vit une petite famille qui se cachait dans une des voitures sous lui. Ils avaient échappés au nuage de l'oni et espérait maintenant se cacher jusqu'à ce qu'il s'en aille. L'oni ricana sinistrement et écrasa une jambe insectoïde à travers le toit de la voiture, tout en poursuivant son chemin vers Dojicorp. Yoritomo no Oni se pencha en avant sur ses quatre jambes segmentées et recouvertes de saillies, nées des ruines du Palais de Diamant. Des gouttes d'un sang noir et purulent coulaient de son dos tandis qu'il se déplaçait. Certaines se transformaient en touchant le sol, amenant à la vie d'autres créatures de Jigoku. D'autres brûlaient et trouaient la surface de la rue, et se creusaient un chemin à travers les égoûts jusque d'autres parties de la cité. Chaque fois qu'une autre créature de Jigoku apparaissait dans les rues d'Otosan Uchi, Yoritomo no Oni se sentait devenir plus fort. Il était invincible. Plus rien ne pouvait l'arrêter maintenant. Un orchestre de sirènes hurlantes résonna dans les rues. L'oni se retourna pour découvir un groupe de véhicules lourdement armés tourner au coin d'une rue, en crissant des pneus, et fonçant droit vers lui. Des lumières brillaient sur leur toit. Des survivants de la Tour Shinjo. Des samurai. Même à cette époque, ils étaient toujours aussi stupides et prompts à se sacrifier. Mais qu'espéraient-ils accomplir ? L'oni se tourna vers eux et leva deux de ses jambes bien haut dans le ciel étoilé, puis les planta avec un craquement assourdissant. Une onde de choc traversa les rues. Le béton se boursoufla et se déchira comme du papier de riz. Des conduites de gaz explosèrent. Les véhicules de police disparurent dans la conflagration, totalement éradiqués. L'oni gloussa à nouveau, son rire lugubre résonna dans toute la cité. Il continua d'avancer à travers la cité, confient en son pouvoir. Les samurai avaient été fous de permettre aux choses d'en arriver là. S'ils avaient agi rapidement, peut-être que la suprématie de l'oni aurait pu être contestée. Maintenant, il n'était plus vulnérable. Rien ne pouvait l'arrêter. Ni l'acier, ni la magie, ni même le jade tant détesté. "YORITOMO !" rugit l'oni, partageant son nouveau nom avec le monde. Rien ne pouvait l'arrêter. Rien du tout... |
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"Par Jigoku, où est-ce que tu crois aller ?" cria Kaiu Toshimo, en marchant d'un pas rapide dans les couloirs du Kyuden à la suite d'Hida Yasu. "Yasu !" gronda Hida Tengyu qui marchait aux côtés de l'ingénieur. "Arrête, mon fils ! Explique-moi ce que tu comptes faire !" "Je pense que Toshimo l'a déjà très bien expliqué, papa," répondit Hida Yasu, sans regarder derrière lui tout en ajustant et resserrant son armure. "La cité est en proie à Jigoku. Le Palais de Diamant s'est changé en un foutu oni et il a détruit la Tour Shinjo ! On doit sortir et aller se battre !" "On ne peut pas charger la tête baissée, mon fils !" rugit Tengyu, en attrapant son fils par l'épaule et l'obligeant à se retourner. "Nous ne connaissons pas la situation !" ajouta Toshimo. "Les techniciens-opérateurs disent que les compteurs de Souillure de l'Outremonde sont tous hors-échelle ! Cette créature n'est pas seule. La cité entière est très probablement remplie d'abominations de l'Outremonde. De plus, nous n'avons toujours pas évalué les dégats causés par Mizu no Oni. Le Kyuden n'est peut-être pas prêt à combattre !" "Ouais, mais on ne va rien apprendre si on reste assis ici," rétorqua Yasu. "Je vais prendre Ketsuen et aller botter quelques culs." Tengyu soupira, hochant légèrement la tête. "Je pensais que je t'avais mieux éduqué que ça, fils. Tu es un Crabe, pas un Lion. On apprend de quoi l'ennemi est capable avant de le tuer. Nous ne savons même pas si cette chose peut mourir." "Ouais, je le sais," dit Yasu. "Je sais que nous ne pouvons pas risquer le Kyuden dans quelque chose d'aussi stupide qu'une attaque frontale." "Bien," dit Toshimo, l'air légèrement soulagé. "Je suis heureux qu'il y a un Hida sur ce vaisseau qui sait entendre raison." "Exactement," acquiesça Yasu. "C'est ridicule de vouloir risquer le Kyuden." Il se tourna et se remit à marcher dans le couloir, vers les hangars. "Où vas-tu, Yasu ?" cria à nouveau Tengyu, lançant un regard irrité à Toshimo avant de le suivre. "Prendre Ketsuen," dit Yasu. "Voici mon plan. Hayato et moi, on sort d'ici avec une escouade de tanks amphibies, on essaie toutes nos armes dessus, et on voit ce qui le blesse et ce qui ne le blesse pas. Si j'arrive à voir comment lui faire des dégats, alors on saura comment le tuer avec le Kyuden." "Et si tes armes ne lui font rien ?" demanda Tengyu. "Alors, on saura ça aussi," Yasu se retourna et fit un sourire triste à son père. Toshimo marmonna quelque chose dans sa barbe et tourna la tête. Tengyu garda le silence un moment, observant son fils. Après un certain temps, il s'avança et posa une main sur l'épaule de Yasu. "Yasu, je n'ai jamais rien vu de comparable à ce monstre. C'est un combat qui ne ressemblera à rien de ce que nous avons connu auparavant." "Je sais," acquiesça Yasu, lucide. "Te tracasse pas pour moi. J'ai eu les meilleurs profs." Il fit un signe de tête à Toshimo et à son père. "Yasu," poursuivit Tengyu. Un air de regrets sembla traverser le visage du Champion Crabe tandis qu'il cherchait ses mots. Bien que le père et le fils avaient toujours été en très bons termes, ni l'un ni l'autre n'avaient jamais été proche ou intime au point de montrer ses émotions à l'autre. Yasu acquiesça, et souleva une main. "Ouais, je sais, papa," dit-il, la voix légèrement enrouée. "Crois-moi, je sais. Je ferai attention. Vous aussi faites attention, ok ?" Il regarda son oncle, puis son père. "On y veillera, Yasu," acquiesça Toshimo. "Maintenant, ne perds plus de temps. Sors d'ici et fais-lui mal. Tu testes et puis tu décroches. Laisse le coup de grâce à Tengyu et au Kyuden. N'essaie pas de jouer au héros." "Je n'ai pas besoin d'essayer. J'ai ça dans le sang," dit Yasu avec son habituel sourire en coin, bien qu'il semblait moins confiant que d'habitude. Il s'inclina une dernière fois devant les deux hommes puis se retourna et se mit à courir dans le couloir. Toshimo et Tengyu restèrent immobiles pendant un moment. "C'est une tête de mule," grommela Tengyu, irrité. "Tout comme sa mère." "Je ne suis pas sûr qu'il tienne ça uniquement de sa mère," dit Toshimo avec un petit rire nerveux. "Ne vous inquiétez pas, mon vieil ami. Il est assez courageux. Il doit beaucoup à Moruko." "Bon, rentrons à la salle de contrôle, Toshimo," dit Tengyu avec une confiance soudaine. "Je suis sûr que mon fils s'en tirera sans problèmes." Toshimo se tourna vers son vieil ami. "Etes-vous optimiste à ce point ?" "Il le faut," répondit calmement Tengyu en rebroussant chemin. "Si jamais je le voyais mourir, je crois que j'arrêterais de combattre. Maintenant, retournons sur le pont et espérons que Yasu découvre un moyen de blesser cet oni." |
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Dans le Temple des Eléments, quatre des Cinq Maîtres Elémentaires étaient rassemblés. Au loin, le chaos et la destruction provoqués par Yoritomo no Oni étaient clairement audibles. Les Gardiens en robe bleue vaquaient toujours à leurs occupations dans le temple, avec dignité, à peine conscients des bruits à l'extérieur. Leur vie était dédiée au Temple. S'il le fallait, ils mourraient ici. Leur destin était clair. Isawa Kujimitsu enviait cette clarté. Asahina Munashi était absent, et Kujimitsu n'était pas de très bonne humeur. Tandis que le Maître de l'Eau marchait de long en large à l'Etage du Vide, les trois autres Maîtres Elémentaires, Iuchi Hiro, Hoshi Hisato et Ranbe Kuro, le regardaient, impassibles. "Il faut prendre une décision, messieurs, c'est aussi simple que ça," grogna Kujimitsu. "Je n'arrive pas à croire que vous trois puissiez ignorer ce qui se passe dehors à cause d'un problème politique !" Hoshi Hisato haussa les épaules. C'était un homme d'un certain âge, la tête rasée à la manière des moines. Il s'était récemment retiré de sa retraite pour remplir le rôle de Maître du Vide. "Je comprends votre tension, Maître Kujimitsu, mais j'étais jadis un Phénix et je comprends la manière dont le Conseil doit fonctionner mieux que quiconque. Il est important que nous agissions en temps voulu. Nous ne pouvons pas commencer un combat contre cet oni sans connaître ses capacités, et sans le Maître de l'Air ou le Champion du Phénix pour nous donner leurs opinions à ce sujet, je crains que nous ne puissions prendre de décision sans un quorum adéquat. Un quorum représente quatre votes, comme vous le savez, et je suis désolé de devoir m'abstenir. Mes voeux envers Shinsei m'interdisent d'accepter tout comportement violent. Je crains que ceci ne mérite pas une exception." "Vraiment ?" acquiesça Kujimitsu, comme s'il réfléchissait aux mots du moine. Ranbe Kuro acquiesça. "Le quorum, selon les lois du Conseil, est effectivement de quatre voix," ajouta le vieux Mante, en tirant sur sa longue moustache avec deux doigts. "Soit quatre, soit l'entièreté des membres survivants du conseil." "Par les Sept Fortunes !" jura Kujimitsu, en abattant un poing sur la table. "Dans une heure, il n'y aura peut-être plus de Conseil ! Qu'est-ce qui ne va pas avec vous autres, par Jigoku ?" "Allons, allons," dit Hiro, sans regarder directement vers Kujimitsu. "Perdre notre calme ne nous aidera pas à accomplir quoi que ce soit." Le jeune ex-Licorne tourna son regard sur la table, une de ses mains tremblait légèrement. "Vous me faites tous pitié," grogna Kujimitsu. "J'ai été fou de croire Munashi." "Maintenant, vous devenez paranoïaque, mon vieil ami !" gloussa Hisato. "Munashi est un homme honorable. Quelle part pourrait-il prendre dans tout ceci, voyons ?" Kujimitsu arrêta de marcher un instant, et affronta sereinement le regard d'Hisato. "Paranoïaque ?" dit Kujimitsu. "La paranoïa sous-entend un certain niveau d'incertitude. C'est comme si le fardeau des évidences pesait sur mes seules épaules - moi, le seul membre du Conseil Elémentaire qui veut faire quelque chose contre cet énorme oni qui dévore la cité, et toute décision légitime est empêchée par des imbéciles radoteurs ainsi que par le maître-marionnettiste qui les contrôle et qui n'est pas là. C'est comme s'il était de mon devoir de corriger votre folie à présent si évidente. Est-ce qu'aucun d'entre vous ne réalise à quel point cette situation est grotesque ? Est-ce que vous vous entendez ?" Hisato plissa le front. Hiro bougea un peu maladroitement, assis sur sa chaise. Kuro regardait ailleurs. "Très bien," dit Kujimitsu. "Si vous voulez des preuves, je vais vous en donner. Vous connaissez tous les tetsukansen qu'on a découvert lors de la tentative d'assassinat du daimyo Blaireau." Kujimitsu avança vers le fond de la pière. Une grande boite laquée se trouvait sur un autel. "Vous connaissez leurs effets sur le comportement. Vous savez qu'il a été déduit que des tetsukansen plus puissants pouvaient être créés, capable d'avoir un degré influence encore plus grand." "Seriez-vous en train de suggérer que le Conseil Elémentaire pourrait être influencé d'une manière ou d'une autre par ces tetsukansen ?" rit Hisato. "Et bien, je vais vous dire une chose avec certitude," Kujimitsu afficha un sourire sinistre. "L'homme qui dispose des moyens et des ressources pour concevoir de telles choses n'est justement pas ici, pour l'instant." "Des tetsukansen ?" les yeux de Iuchi Hiro s'écarquillèrent. "Nous ? Mais comment ? Nous... Je... C'est impossible !" "Alors, dites-moi, Hiro," dit Kujimitsu, se tournant vers le Licorne. "Que devons-nous faire contre cet oni, là-dehors ?" Hiro garda le silence un court instant. "Rien," dit-il. "Et pourquoi ça ?" dit Kujimitsu. "Pourquoi ne devons-nous rien faire ?" "Nous ne devons pas..." Hiro se tut un moment. "Et bien, il faut un quorum. Oui. Le quorum. Nous ne pouvons rien faire." Hisato et Kuro échangèrent un regard nerveux. "C'est une accusation ridicule," dit soudain Kuro, d'un ton fâché. "Kujimitsu, vous savez qu'il n'y a aucun moyen de prouver que nous avons été implantés. Les implants sont indétectables ! Il n'y a aucun moyen de prouver ou de réfuter leur présence, à part en pratiquant une autopsie ! C'est à cause de ce genre de chasse aux sorcières que nous ne vous rallierons pas dans votre croisade insensée contre cette chose à l'extérieur !" "Bien, il y a aussi ceci," acquiesça Kujimitsu. Son regard se fit plus dur, et il fixa Kuro. "Il y a aussi le fait que vous trois, avec le soutien de Munashi, avez donné votre accord pour qu'on arrête notre Championne suite à une étrange accusation de maho." Les trois hommes parurent surpris. Hisato sursauta. "Mais comment ? Je veux dire..." "Oh, je n'étais pas sensé l'apprendre, rassurez-vous," acquiesça Kujimitsu. "Je n'étais pas non plus sensé survivre au poison que j'ai découvert dans mon repas, la nuit dernière. Par chance, j'ai un peu l'habitude de reconnaître ce genre de choses. Je ne vous ai pas fait appeler ici pour vous entendre tous les trois débattre de tout ce que je sais déjà. Je vous ai fait appeler pour atteindre un quorum, d'une manière ou d'une autre." Kujimitsu regarda par-dessus son épaule et ouvrit lentement la boite laquée. "Kujimitsu, revenez à la raison-" commença Kuro, tout en se levant de son siège. "Je crois que j'ai assez raisonné, je suis maintenant prêt à utiliser la manière forte," cria Kujimitsu, sa voix résonnant dans tout l'Etage du Vide. Isawa Kujimitsu plongea rapidement derrière lui, sortit un petit pistolet d'argent de la boite laquée et le braqua vers le Conseil Elémentaire. Trois sifflements accompagnés d'une odeur d'air brûlé résonnèrent dans l'Etage du Vide, et trois hommes s'effondrèrent sur la table avec un impact de balle en pleine tête. "Fortunes !" jura l'un des Gardiens. "Kujimitsu-sama, qu'est-ce que vous faites ?" "Je réalise que ceci n'est pas très orthodoxe. Je répondrai à vos questions dans un instant," promit-il, le regard intense, tandis qu'il s'approchait des corps. Et juste quand Kujimitsu atteint la table, trois petites machines noires surgirent de chacune des têtes, se déplaçant rapidement sur la table. Des grincements étouffés surgirent des créatures mécaniques maculées de sang tandis qu'elles couraient dans tous les sens sur la table, des petites antennes reniflant l'air à la recherche d'une proie. Un des Gardiens se retourna vivement et fut soudain prit de vômissements. Kujimitsu plissa le front, et avec une détermination presque sinistre, il pointa un doigt vers les tetsukansen. Prononçant un mot de magie, le Maître de l'Eau remplit la pièce d'une lumière de jade. Les tetsukansen hurlèrent, s'embrasèrent et furent réduits en cendres fumantes. "Maître-" dit l'un des Gardiens. "On dirait que j'avais raison," soupira Kujimitsu, les épaules s'affaissant de fatigue et de peine. "Ne me posez pas de questions. Emmenez simplement les corps hors d'ici." "Kujimitsu-sama ?" dit une voix venant de la porte. Le Maître de l'Eau leva les yeux. C'était Shiba Genichi, son ami loyal et son yojimbo depuis dix ans. C'était un guerrier vieillissant, mais il avait toujours de bons yeux, et Kujimitsu appréciait l'intuition de cet homme. Le yojimbo jeta un regard aux cadavres pendant un bref instant, acquiesça, et accorda son attention à son maître. "Avez-vous trouvé ce que j'ai demandé ?" demanda Kujimitsu. "Oui, Maître," acquiesça le Gardien. "Ils dînaient au restaurant de l'autre côté de la rue un peu avant que le désastre ne nous frappe. Je les ai fait venir ici. Ils attendent dehors." "Bien, alors ne les faites pas venir tout de suite," répondit Kujimitsu, en désignant la salle du Conseil ensanglantée et les corps affalés. "Attendez que nous nettoyons un peu avant. Il serait stupide de les effrayer plus que je ne vais déjà le faire." |
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Le jardin disparut. Hatsu se trouvait maintenant dans une grande plaine ténébreuse, sans horizon ni ciel. Tout ce qu'il reconnaissait était la lueur de son katana en griffe de dragon et le pâle reflet des corps des trois Frères du Jour, sur le sol non loin. Hatsu ne pouvait dire s'il étaient morts ou inconscients, même avec le pouvoir de son tatouage. Il ne sentait presque rien, à part la présence qui se dessinait au-dessus de lui. "Qui êtes-vous ?" murmura Hatsu. "QUELLE QUESTION EST-CE DONC ?" répondit la présence, sa voix était rude, courroucée, et immensément puissante. "COMMENT OSES-TU ME QUESTIONNER ? COMMENT OSES-TU T'ADRESSER A MOI ? COMMENT OSES-TU ME PERCEVOIR ? TU N'ES RIEN DE PLUS QU'UN OUTIL, L'ARME D'UN ENNEMI. JE NE ME SOUCIE PAS PLUS DE TOI QUE TU NE TE SOUCIES DE LA LAME DANS TA MAIN." "Alors, pourquoi me parlez-vous ?" répondit Hatsu. Il fit un petit pas vers les Frères, espérant s'approcher suffisamment pour s'assurer de leur sécurité, sans déranger la présence maléfique. "PARCE QUE JE LE DESIRE," répondit la présence. "JE NE SUIS PAS FACILEMENT SURPRIS, ET TU M'AS SURPRIS EN ME PERCEVANT AUSSI TOT." "Qui êtes-vous ?" demanda à nouveau Hatsu. Il y eut un silence curieux pendant un moment, et Hatsu sentit une vague de confusion chez la présence. "VOUS AUTRES, OUTILS MORTELS, VOUS POSEZ DES QUESTIONS SUR TOUT. IL N'Y A AUCUN INTERET A INTERROGER. TOUT CE QUI EST, EST. INTERROGER NE CHANGERA PAS LE DESTIN." "Je connais beaucoup de gens qui ne seraient pas d'accord avec ça," répondit Hatsu, en faisant un autre pas. Il baissa les yeux vers Hitomi Asahi. Il ne semblait pas respirer. "TES AMIS NE SAVENT RIEN. TU NE SAIS RIEN. TU N'ES RIEN." "Comprenez-moi, alors," dit Hatsu. "Divertissez votre égo divin, qui que vous soyez. Prouvez-vous à quel point je sais peu de choses en illuminant mon fragile esprit de mortel." "JE SUIS CE QUI REPOSE AU-DELA," répondit la présence, un coup de tonnerre noir résonna dans les ténèbres les plus profondes. "JE SUIS CE QUI ETAIT LA AVANT." "Avant ?" demanda Hatsu. "Avant quoi ?" "AVANT TOUT," répondit la présence. "VOUS AUTRES MORTELS CROYEZ STUPIDEMENT QU'IL N'Y A PAS D'ABSOLUS. VOUS VOUS TROMPEZ, SANS ABSOLUS, IL N'Y AURAIT PAS DE VARIATIONS. L'UNIVERS EST COMPOSE D'ABSOLUS. VOS SHUGENJA SE TOURNENT VERS LA PURETE DU FEU, DE L'AIR, DE L'EAU, DE LA TERRE, DU VIDE, DU TONNERRE, ET DES CIEUX EUX-MEME POUR UTILISER LEUR FAIBLE MAGIE. CHAQUE OUTIL MORTEL, DANS TOUS LES DECISIONS QU'IL PREND, SE TOURNE VERS UN ABSOLU. IL Y A UN ABSOLU A LA RACINE DE CHAQUE DECISION, COMME CAUSE DE CHAQUE EVENEMENT, A L'ORIGINE DE CHAQUE ATOME DE L'EXISTENCE. JE SUIS UN ABSOLU. JE SUIS LA RACINE DE CE QUI A GUIDE ROKUGAN PENDANT DEUX MILLE ANS." "Qui êtes-vous ?" demanda Hatsu. "JE SUIS LE CHOIX," répondit la présence. "JE SUIS LES TENEBRES DE L'AMBITION. JE SUIS LA LUMIERE DANS LES YEUX DU TUEUR. JE SUIS LE FEU AU COEUR DE TOUTE DESTRUCTION. JE SUIS LA JOIE QUI ECARTE LES REMORDS. JE SUIS LE BESOIN DE PLUS LORSQU'IL Y A DEJA SUFFISANCE." "Vous êtes Jigoku," dit Hatsu. Les ténèbres semblèrent onduler, comme pour marquer leur accord. "J'EXISTE DEPUIS L'AUBE DES TEMPS. JE SUIS LE MAL." "On m'avait dit que Jigoku et Yomi utilisent des pions mortels," dit Hatsu. "Je pensais que votre existence abstraite limitait votre compréhension de notre monde." "EXACT," répondit Jigoku. "Pourtant, vous me parlez, maintenant," répondit Hatsu. "Vous semblez me comprendre parfaitement." "OBSERVER, C'EST COMPRENDRE," répondit Jigoku. "VOUS AUTRES HUMAINS AVEZ UN CONCEPT - VOUS L'APPELEZ L'APPRENTISSAGE. J'AI ADAPTE CE CONCEPT. JE NE SUIS JAMAIS LOIN DE VOS COEURS. DES BILLIONS D'HOMMES ET DE FEMMES M'ONT APPRIS DEPUIS L'AUBE DES TEMPS, ET J'AI CHANGE POUR POUVOIR COMPRENDRE. UN TEST DE PLUS, ET MA VOIE SERA CLAIRE. VOTRE MONDE SERA A NOUVEAU MIEN, COMME IL L'A TOUJOURS ETE." "Vous vous trompez," dit rapidement Hatsu, il s'agenouilla pour prendre le pouls du frère le plus proche. Il semblait vivant, mais à peine. "Les Naga vous ont vaincu. Nous vous avons vaincu aussi. Deux fois !" "TROIS VICTOIRES PARMI UNE PLETORE DE DEFAITES," répondit Jigoku. "CE QUE VOUS APPELEZ YOMA EST UN ENNEMI QUI N'EST PLUS DIGNE DE MES EFFORTS. VOTRE TEMPS EST PRESQUE FINI, OUTIL. PROFITE DE TA LIBERTE TANT QU'IL T'EN RESTE." Un bruit assourdissant surgit du coeur de Jigoku et Hatsu fut rejeté en arrière, ses sens totalement anéantis. Lorsqu'il revint à lui, il était assis dans le jardin sous la Montagne Togashi, indemne. |
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La voiture de patrouille de l'officier Shinjo Rakki traversa la vitrine d'une petite boulangerie, projetée par la magie de l'Oracle Noir de l'Air. Pendant un moment, Rakki sut qu'il allait mourir. Puis ses yeux remarquèrent l'éclat de la pierre dans sa main et il sentit quelque chose changer juste avant que le monde ne devienne noir. Huit silhouettes brûlées et roussies par l'électricité traversèrent la rue couverte de débris pour aller vers la boutique, leurs yeux brillants du pouvoir de l'Oracle. Ils avançaient sans craintes et confiants. Leur pouvoir était sans égal dans la cité, à part l'oni qui portait le nom de l'Empereur. Un corps menait les autres, un jeune garçon qui avait perdu ses cheveux sur un des côtés de sa tête. Il escalada le tas de briques cassées et de verre brisé devant la façade de la boutique, le regard avide. Un coup de feu résonna derrière, explosant le crâne de l'enfant. Il tituba et tomba en avant. Les sept autres corps de l'Oracle Noir se retournèrent, leur visage affichant le même masque de colère. Un grand homme en veste noire et portant un masque d'éléphant en caoutchouc se tenait au centre de la rue, un énorme pistolet braqué vers leur groupe. Et tandis qu'ils le dévisageaient avec colère, il tira encore et en abattit deux autres, les plus proches de lui. L'Oracle Noir rit à travers toutes ces bouches volées. Le corps central, un vieil homme en pantalon vert à damier, tendit un doigt vers le Scorpion. "Eclair !" rugit-il. Bayushi Zou tenta d'esquiver l'éclair d'électricité pure qui tomba du ciel. Une odeur de chair brûlée et de composants électroniques grillés amplit l'air tandis que le Garde du Corps roulait la tête la première sur le trottoir. Sa chute fut arrêtée par un horodateur, qui fut totalement plié lorsque le dos du Garde du Corps le heurta. Les corps de l'Oracle Noir tournèrent leurs yeux partout, parcourant les rues avec une expression amusée. "Je ne suis pas fou, Scorpions, j'existe dans cet Empire depuis bien longtemps," dit-il. "Vous agissez toujours par paire. Feinter avec les pinces et tuer avec la queue. Mais c'est raté. Eclair !" Six autres éclairs s'abattirent du ciel obscurci, frappant la rue et les immeubles au hasard. L'un d'eux frappa directement le corps allongé de Zou, le faisant rebondir sur le trottoir comme une poupée désarticulée." "Montre-toi, Bayushi !" rit l'Oracle. "Tente ton ambuscade, si tu l'oses. Le Garde du Corps est mort, de toute façon." Immédiatement, un coup de feu résonna d'un toit proche. Un autre des corps de l'Oracle s'effondra, un impact de balle dans la tête. Deux autres tirs résonnèrent, abattant un second corps et blessant un troisième, avant qu'un éclair frappa le toit en réponse. Un petit homme en masque rouge sauta de l'escalier de secours tandis que l'éclair illuminait l'immeuble, et il tomba dans l'allée alors que la lumière de l'éclair déclinait. L'Oracle invoqua son pouvoir à nouveau, l'électricité inonda l'allée tandis que le Scorpion se jetait en avant dans la rue. "Tu es celui de tout à l'heure," rit l'Oracle alors que le petit homme esquivait et zigzaguait pathétiquement entre les colonnes d'éclair. "Le petit kolat qui a jeté le morceau de pierre dans le vide. Quel dommage que tu ne puisses vivre pour voir le résultat de ton erreur." "J'étais sur le point de te dire la même chose," rétorqua Oroki. L'Oracle hurla de douleur lorsque Bayushi Zou s'empara soudain de deux corps dans leur dos, les écrasant l'un et l'autre d'une simple pression de ses puissants bras mécaniques. Zou lança les deux corps sur le côté et courut pour atteindre le dernier corps de l'Oracle Noir de l'Air, le vieil homme en pantalon vert. "Tornade !" rugit le vieil homme. De puissantes rafales de vent se mirent à tourner autour du corps volé, soulevant Zou en pleine course et le projetant contre un mur, six mètres plus loin. Bayushi Oroki se cacha derrière une voiture cassée pour se protéger des bourrasques de vent. "Vous m'avez suffisamment trompé, Scorpions," cria l'Oracle, à la recherche d'Oroki. "Maintenant, il est temps d'achever tout ça." L'Oracle fit un pas dans la direction d'Oroki, puis s'arrêta soudain. Sa tête se tourna dans la direction de la boutique détruite. Son visage afficha une expression totalement déconcertée. "Non," dit l'Oracle. "Ca n'est pas possible. La Pierre au Sang Blanc..." Une silhouette métallique émergea des décombres de la boutique, grande et blindée, et de couleur violet et argent. A partir de sa taille, son corps était celui d'un énorme cheval. En tout, il devait mesurer plus de trois mètres de haut, un puissant centaure portant une longue lance à la main. "Une Machine de Guerre ?" murmura l'Oracle, stupéfait. "Tu as créé une Machine de Guerre ?" "Moi ?" dit la voix de Shinjo Rakki, déformée électroniquement. Il avait l'air vraiment surpris. Le centaure mécanique baissa les yeux vers son propre corps. "Oh... On dirait que oui." Et avant que l'Oracle ne puisse réagir, la machine s'élança depuis les décombres du magasin, ignorant la force du vent et heurtant l'Oracle de plein fouet. L'électricité crépitait autour d'eux, transformant leurs formes combinées en une silhouette sombre. Bayushi Zou se releva péniblement d'où il s'était effondré, se protégeant les yeux d'une main tandis qu'il observait le combat. La Machine de Guerre saisit l'Oracle Noir des deux mains, et jeta en l'air le corps du vieil homme, sans le moindre effort. Il s'immobilisa soudain en plein vol, lança un regard haineux à son adversaire, et puis plongea vers son adversaire. La Machine de Guerre bondit en avant à la vitesse du vent lui-même, sa longue lance déchirant le vent avec un sifflement strident. Le dernier corps de l'Oracle Noir de l'Air retomba sur le sol, tranché en deux morceaux. La silhouette mécanique s'immobilisa au milieu de la rue, son armure crépitant toujours du pouvoir de l'Oracle. Il baissa les yeux vers ses mains, émerveillé, comme surpris par sa propre existence. Bayushi Oroki sortit de sa cachette, observant avec prudence le nouvel arrivant. Il tenait un petit pistolet noir dans chaque main. Il s'arrêta et étudia le corps de l'Oracle. "Il est mort," dit Oroki avec une certaine surprise. "Je pensais que seuls les Migi Hidari pouvaient tuer un Oracle." Zou apparut tel une ombre derrière son maître, son regard froid observant la Machine de Guerre à la recherche de tout signe d'intention hostile. "Hé, du calme," dit la Machine de Guerre, en tendant les mains pour montrer aux Scorpions qu'il ne leur voulait aucun mal. "Je ne veux faire de mal à personne. Je suis un flic." "D'où venez-vous ?" demanda Oroki, en inclinant la tête devant l'armure de combat. "La Tour Shinjo ne possède pas une technologie comme ça." "Je... euh..." le Licorne sembla dérouté, puis tourna soudain la tête vers Oroki. "Comment savez-vous que nous n'en avons pas ?" "Je suis un Scorpion. Maintenant, répondez à la question !" "Je ne sais pas !" dit Rakki, légèrement effrayé. "Ca s'est produit tout seul. J'ai trouvé cette pierre et..." "L'Eclat de Sang Blanc ?" s'exclama Oroki. "Vous avez trouvé l'Eclat de Sang Blanc ?" "Euh... peut-être," dit Rakki. "J'ai trouvé une pierre brillante. Je crois que c'est elle qui a fait ça. Cet type était juste sur le point de me tuer, et puis alors, j'ai souhaité avoir une Machine de Guerre, et voila." "C'est ridicule," dit Zou, platement, en observant le centaure mécanique. "Hé, faut pas me le reprocher !" rétorqua Rakki. "Ce n'est pas ma faute !" "Est-ce que les Eclats peuvent faire des choses comme ça, monsieur ?" demanda Zou. "Les Eclats de Sang Blanc ont le pouvoir de manipuler la réalité, Zou," dit Oroki, en reculant tout en observant Shinjo Rakki prudemment. "Dans certaines conditions, un éclat de la Pierre au Sang Blanc peut donner le pouvoir pour créer une Machine de Guerre. C'est ainsi que nous t'avons créé, Zou. Les kolat ont utilisé les Eclats de Sang Blanc pour créer toutes les Machines de Guerre - Lion, Crabe, Phénix, et Scorpion. Toutefois, on ne peut pas les créer à partir de rien. Du moins, pas à ma connaissance. Comment avez-vous appris à utiliser le pouvoir de l'Eclat, Shinjo ?" "Je ne sais pas," Rakki haussa les épaules. "Je suppose que j'ai eu de la chance." La Machine de Guerre Licorne regarda à droite et à gauche, essayant de voir par-dessus ses épaules. "Est-ce que l'un de vous voit un moyen de sortir de ce truc ? Je voudrais vraiment sortir de là, maintenant. Mes jambes sont toutes repliés et je vais attraper des crampes." "Vu les circonstances," répondit Zou, en désignant l'énorme forme sombre qui se déplaçait à l'horizon dans la cité, "je pense que ce serait une bonne idée si vous restiez à l'intérieur." "En effet," répondit Rakki. "Et maintenant, monsieur, où va-t-on ?" demanda Zou, ajustant sa veste brûlée et déchirée, tout en se tournant vers Oroki. Etrangement, le masque de Zou était toujours en parfait état. "Au Labyrinthe," répondit Oroki. "La cité plonge en enfer, alors on va avoir besoin de t'équiper un peu. Vous venez avec nous, Shinjo, que vous le vouliez ou non." |
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"Avez-vous déjà vu quelque chose de semblable ?" demanda Orin Wake, regardant au loin, en direction du gigantesque oni. Mirumoto Chojin lança un regard irrité au gaijin. "Bien sûr que non, je n'ai jamais rien vu de tel !" Il fit un geste de la main en direction de la créature en forme de mante. "Vous croyez que le Dragon Caché pourrait dissimuler quelque chose de ce genre ?" "Hé, lâchez-moi un peu, je ne pense pas très rationnellement," répondit Orin. "Il y a un monstre grand de deux cent mètres en train de détruire la cité ! C'est comme un vieux film-catastrophe !" Un craquement effroyable résonna dans toute la cité au moment où l'oni renversait un autre gratte-ciel. "Il vient juste de renverser l'immeuble de la Shosoil," dit Daidoji Ishio, s'asseyant sur le capot de leur voiture Phénix volée et observant la scène la mâchoire entrouverte, intimidé. "J'espère que tout le monde a réussi à s'en sortir indemne," dit Togashi Meliko d'une voix faible. Elle était toujours recroquevillée dans le siège conducteur de la voiture, comme si elle se cachait de Yoritomo no Oni. "J'espère qu'on va s'en sortir indemne," dit Orin, en se retournant pour la regarder. La rue était encombrée par les voitures collées pare-choc contre pare-choc des gens qui tentaient de fuir la cité. Des passants apeurés couraient dans tous les sens, sans accorder la moindre attention à l'armure ancienne de Chojin ou à la grande épée qu'Orin portait à la ceinture. Avec tous ces évènements dans la cité, quatre réfugiés du Dragon Caché passaient totalement inaperçus. "Quel est le plan, Orin ?" demanda Chojin. "Oui, qu'est-ce qu'on fait maintenant, chef ?" dit Meliko, se penchant à travers la fenêtre de la voiture et levant les yeux vers lui. Ishio se releva et regarda Orin comme un soldat au garde à vous. Orin les observa tous les trois. "De quoi est-ce que vous parlez ? Chojin est bien plus expérimenté que moi," il fit un signe de tête vers le vieux forgeron. "C'est lui qui devrait nous commander." Chojin hocha la tête et sourit légèrement. "Hisojo vous a confié le commandement du Dragon Caché à Otosan Uchi," répondit-il. "Je pense que nous ne pouvons pas nous tromper en disant que le reste des agents du Dragon sont probablement en train de fuir la cité. Donc, nous sommes tout ce qui reste du Dragon Caché à Otosan Uchi." "Hé, ça veut dire que je suis un Dragon, maintenant ?" dit Ishio avec enthousiasme. "Je peux avoir un tatouage ?" "Chojin, avec tout le respect que je vous dois, il y a un foutu oni en train de détruire la cité !" Orin pointa le doigt vers la forme à l'horizon. "Je sais que vous respectez le Seigneur Hoshi et que vous accordez un sens tout particulier au sujet de ce qu'il a dit sur moi, mais soyons pratique ! Il y un temps et un lieu pour les idioties pseudo-mystiques." "Je suis d'accord," acquiesça Chojin, le regard soudain dur comme l'acier. "Et ici, il s'agit justement du temps et du lieu pour cela. Vous pouvez vous moquer de la voie du Dragon si vous le désirez, mais rappelez-vous quand même que je suis un Dragon. Si le Seigneur Hoshi vous a orienté vers votre destin, alors je ne vais certainement pas me mettre en travers de celui-ci. Je suis parfaitement disposé à vous conseiller, Orin-sama, mais je suis navré, c'est vous qui devez commander." "Ouais," dit joyeusement Meliko. "Je suis une Dragon tout comme lui. Bien dit, Chojin." "Bon, très bien," grogna Orin. "Je prends le commandement, mais c'est uniquement pour qu'on arrête de discuter de ça et qu'on puisse se tirer d'ici." "Je peux avoir un tatouage, chef ?" demanda Ishio. "Voici mon premier ordre - Ishio, boucle-là," dit Orin. "Hai," salua Ishio. "Un bon début," marmonna Chojin. "Que fait-on ?" demanda Meliko, demanda Meliko en se tortillant pour sortir par la fenêtre de la voiture, puis sautant sur ses pieds. "Par où fuit-on ? Quel est le chemin le plus rapide pour quitter la cité ?" Orin regarda à nouveau les gens terrifiés, en train de fuir. Il leva les yeux vers les hélicoptères qui fourmillaient dans le ciel du matin, essayant en vain de combattre un ennemi qui ne pouvait pas être vaincu. Il entendit le gémissement des sirènes et des hurlements un peu partout autour de lui. Il serait si facile de partir, de fuir, de laisser tout ça derrière lui. Personne ne lui en voudrait, personne ne s'en soucierait. Qu'est-ce que quatre personnes isolées pourraient bien faire comme différence, lors d'une nuit comme celle-ci ? Pas la moindre différence. C'était peut-être mieux de laisser ce genre de choses aux professionnels, non ? Otosan Uchi avait des tas de policiers, de soldats et de shugenja pour s'en occuper. Il ne ferait que les gêner. De plus, il n'était même pas Rokugani, alors ce n'était pas son problème, pas vrai ? "Orin ?" le pressa Chojin. "Que fait-on ?" Juste à ce moment, la rue explosa à un quartier d'eux. Des automobiles détruites et des morceaux de trottoir retombèrent un peu partout tandis qu'un rire saccadé et hystérique retentit. Des dizaines de petites créatures noires affluèrent dans les rues, portant de petites lames et d'autres armes improvisées, tandis qu'ils pourchassaient la foule en fuite et sans défense. Ils n'avaient pas remarqués Orin et ses amis. Ils pouvaient s'enfuir facilement. Le regard d'Orin quitta cette scène de chaos et se posa sur les rues relativement vides qui menaient hors de la cité. "Orin, vu la situation, une décision rapide serait vraiment la bienvenue," dit Meliko. "Par où doit-on aller ?" Orin désigna les créatures et sortit son épée-ours. "Par là." Meliko fronça les sourcils. "Orin, tu es sûr ? Il y en a vraiment beaucoup, et-" "POUR LE DRAGON !" hurla Orin à pleins poumons. Ishio et Chojin s'avancèrent à ses côtés en un instant. Chojin dégaina son grand katana scintillant et Ishio sortit sa propre lame, un cadeau des Dragons, pas aussi impressionnante que celle d'Orin, mais néanmoins remarquable. Les trois hommes chargèrent impétueusement dans la rue. Meliko marqua une brève pause avant de les suivre. Elle poussa un cri aigü et son corps changea. Sa peau bronzée et ses magnifiques cheveux rouges furent remplacés par des tatouages tachetés et tourbillonnants, et une crinière verte. Orin frappa les créatures en premier, son épée décrivit un puissant arc de cercle et trancha trois des créatures de l'épaule à la hanche. Il donna un coup de pied sur le côté d'une autre qui se jetait sur une femme recroquevillée dans les ombres d'un abri d'arrêt de bus. Chojin apparut à son côté, son katana laissa une trainée de lumière en découpant une créature qui essayait de surprendre Orin. Ishio sauta dans la mêlée, écrasant le crâne de la plus proche sous ses pieds. Meliko arriva derrière elles, rassemblant les passants effrayés et les faisant entrer par la porte d'un magasin de meubles abandonné. De plus en plus de petites créatures noires surgissaient à chaque seconde de la faille dans la route. Chojin, Orin, et Ishio les combattirent sans répit, et bientôt, ils furent tous les trois recouverts d'un sang noirâtre. "Quelles sont ces choses ?" gronda Orin, en découpant le crâne d'une d'entre elles avec sa lame. "Des bakemono," dit Chojin, d'un ton sévère. "Votre peuple appellerait ça des 'gobelins'." "Des gobelins ?" rétorqua Ishio, reculant alors que sept gobelins l'assaillaient tous en même temps. "Je pensais que les gobelins étaient mignons et stupides." "Vous regardez trop de films," fit Chojin, du même ton. "Croyez-moi, rien n'est mignon quand ça essaie de vous tuer." Une autre dizaine de gobelins surgirent de la faille et Chojin recula, les yeux s'écarquillant lorsqu'il vit que les créatures avaient coupé leur retraite. "Mais d'où sortent-ils ?" demanda Orin, se déplaçant pour se mettre dos à dos avec le Mirumoto. Ishio vint se mettre à côté d'eux, formant une étoile à trois branches avec les lames de leur épée. "C'est l'oni qui les attire ?" "C'est très probable," acquiesça Chojin. "La cité bascule littéralement en enfer, et ceux-là sont la piétaille de l'enfer." Les bakemono commencèrent à se rapprocher, caquetant et riant comme des hyènes. "Très bien !" cria Ishio. "Approchez donc !" Il piétina un autre gobelin et frappa un autre du poing. Il recula en poussant un cri bref lorsque la lame rouillée d'une des créatures s'enfonça profondément dans son estomac. Un rire jubilatoire secoua la horde de gobelins lorsque le Grue s'effondra lourdement sur le sol. "Ishio !" hurla Orin, en sautant pour venir aider le Grue. Il s'avança auprès de son ami au sol, baissant les épaules pour repousser la foule et les forcer à reculer, grâce à sa force et sa volonté. Une brique tomba de quelque part, heurtant violemment Orin à la tempe. Le grand gaijin chancela et du sang coula le long de son visage. Dans sa tête, il prit la douleur et s'en débarrassa. Elle ne le dérangerait plus. Chojin passa devant Orin, se concentra un instant et pointa son katana vers les rangs gobelins. Un instant plus tard, un rayon d'énergie pure frappa la horde, réduisant plusieurs créatures en cendres fumantes. La horde se ressembla à nouveau, prêts à tuer. Chojin lutta pour soulever à nouveau l'épée, mais l'effort l'avait épuisé. "Désolé pour ça, Chojin," fit Orin d'un ton sévère tandis que les gobelins se rapprochaient. "Je pense que comparé à tous les dirigeants du Dragon, je ne suis pas aussi doué que le Seigneur Hoshi le pensait." "Hé, vous seriez surpris," rit Chojin, se préparant pour l'attaque des gobelins. "Vous faites un meilleur boulot que certains." Les gobelins crièrent de triomphe. Au centre du groupe, l'un d'eux, plus grand que les autres, portait un énorme maillet. Il pointa l'arme vers Orin et rugit. Les gobelins chargèrent, brandissant des morceaux de verres et des couteaux rouillés. Orin resserra les mains autour de la garde de son épée-ours et se prépara à rejoindre son père. Un cri sauvage et strident ébranla la rue, et un rideau de flammes s'abattit sur la horde de gobelins. Les petites créatures se dispersèrent, brisant les rangs et courant à couvert tout en glapissant de terreur. Même le chef déguerpit, de la fumée s'échappant de son chapeau roussi. Il se retourna pour lancer un dernier regard à Orin avant de disparaître dans la foule de gobelins. Dans les ombres du magasin de meubles abandonné se tenait Togashi Meliko, de la fumée s'échappant de ses lèvres. Elle leur sourit faiblement et s'écroula. "Mel !" cria Orin. Les gobelins se regroupaient déjà. "Allez la chercher !" cria Chojin, passant le bras d'Ishio autour de ses épaules et aidant le Grue blessé à se remettre sur pieds. "Nous devons récupérer ces gens et sortir d'ici !" Orin regarda d'un côté de la rue, puis de l'autre. "Non," dit-il. "Il n'y a pas de sorties. Allez dans le magasin, Chojin, et prenez Ishio. Nous allons nous retrancher là-bas." Le vieux Dragon acquiesça sans discuter. Orin sauta au-dessus d'un tas de débris et souleva facilement la jeune fille. Elle ne pesait pratiquement rien - Orin s'imagina qu'une rafale de vent aurait probablement pu l'emporter. Les couleurs qui tourbillonnaient sur sa peau avaient déclinées en bleus ternes et en gris. Son visage était tiré et blême, mais elle était vivante. L'utilisation d'une magie aussi puissante l'avait épuisée. Orin leva la tête vers le magasin, et vit les yeux de la vingtaine de personnes effrayées à l'intérieur. "Je sais que vous avez peur," cria-t-il en Rokugani avec un fort accent. "Mais je suis ici pour vous aider. Ecoutez ce que je vais dire et nous allons tous sortir d'ici. Barricadez les fenêtres ! Bloquez la porte dès que mes amis et moi-même seront rentrés !" Ensuite, il courut à l'intérieur du magasin, Chojin et Ishio juste derrière lui. Les gens obéirent rapidement, jetant des tables et des commodes contre les fenêtres tandis que d'autres coinçaient la porte juste au nez des premiers gobelins. Orin posa délicatement Meliko sur un divan et courut pour aider à obstruer toutes les issues en coinçant des petits objets dans les fentes en martelant avec la lourde garde de son épée. Chojin courut à l'intérieur du magasin, poussant d'autres meubles pour bloquer le chemin des gobelins avant qu'ils ne fassent le tour. Les cris à l'extérieur ne s'arrêtaient pas, et les martèlements contre les barrières de fortune étaient incessants, mais rien ne céda. "Que se passe-t-il ?" demanda un jeune homme, regardant vers Orin, les yeux désespérés. "Que nous arrive-t-il ?" "Je ne peux pas vous l'expliquer maintenant," répondit Orin, en parlant assez fort pour que tous puissent l'entendre. "Est-ce que l'un d'entre vous a des connaissances médicales ? Un infirmier ? Un étudiant en médecine ? Un vétérinaire ? N'importe quoi ? Mon ami est gravement blessé." "Je suis infirmière," fit une jeune femme, en levant la main. "Bien. Quel est votre nom ?" demanda Orin. La femme sembla légèrement troublée par la question. "Yonai," dit-elle. Orin acquiesça et mémorisa son nom. "Yonai, mon ami Ishio a été poignardé," Orin désigna Ishio. "Aidez-le, s'il vous plaît." Yonai acquiesça et courut rapidement auprès du Grue. Après avoir observé sa blessure un instant, elle releva les yeux, l'air perdue. "Je n'ai aucun matériel, ni bandages. Il saigne vraiment beaucoup." Ishio grogna de douleur et murmura quelque chose au sujet de tatouages. "Vous, et vous," Orin désigna deux hommes debout et immobiles. "Quels sont vos noms ?" Les jeunes hommes se regardèrent mutuellement. "Ebizu," dit l'un. "Keichi," dit l'autre. Orin acquiesça, et mémorisa leur nom et leur visage. "Ebizu, Keichi, Ishio a besoin de matériel médical. Fouillez ce bâtiment. Il doit y avoir une trousse de premiers soins, quelque part. Même du linge propre et de l'eau feront l'affaire. Allez voir à l'étage et trouvez-moi ça. Si vous avez des ennuis, courez et revenez ici. Ne jouez pas aux héros. C'est compris ?" Les hommes inclinèrent la tête et se mirent à courir. Orin parcourut le magasin du regard. Sa première estimation était bonne ; il compta vingt personnes, sans compter l'infirmière et les deux à l'étage. Six étaient des enfants de moins de douze ans, blottis dans les bras de leurs parents. Deux semblaient être de vieux messieurs de plus de quatre-vingt ans, mais il y avait quelque chose de particulier chez eux. Ces deux-là étaient assez malins pour s'asseoir ailleur que près des fenêtres. Ils avaient probablement déjà dû connaître une situation comme celle-ci auparavant. Et tandis qu'Orin étudiait chaque personne dans la pièce, il remarqua à sa grande surprise que toutes ces personnes le regardaient également. Ils attendaient qu'il leur dise ce qu'ils devaient faire. "Très bien, voici ce que nous allons faire," cria-t-il d'une voix forte. Chojin apparut à la droite d'Orin, les bras croisés devant sa poitrine armurée, et observant la foule d'un regard d'acier. "Mon nom est Orin Wake, et voici mon ami Chojin. Nous sommes ici pour vous aider. Si nous voulons tous nous en sortir vivants, vous devrez m'écouter. Est-ce clair ?" Tous les gens acquiescèrent. "Pour commencer, je veux savoir vos noms," dit Orin. "Je vous que vous connaissiez tous les noms des autres. Et après ça, il n'y aura plus d'étrangers ici. Nous sommes tous ici ensemble. Veillez sur les autres. Sachez qui sont les autres. Si quelqu'un venait à disparaître, vous devez me le faire savoir immédiatement. Nous allons tous nous en sortir. Avez-vous compris ?" Ils acquiescèrent encore. Pendant les quelques minutes suivantes, les noms furent échangés. Ce fut difficile, mais Orin parvint à mettre un nom sur chaque visage, et à se rappeler de tous. Ebizu et Keichi redescendirent avec des bandages et un seau d'eau. Yonai commença à soigner la blessure d'Ishio. "Très bien, maintenant," dit-il. "Est-ce que certains d'entre vous ont un jour été militaire ? Policier ? Garde National ? N'importe quoi qui implique le combat, la tactique, ou l'utilisation des armes ?" Il observa les hommes agés, Gyukudo et Haruki. "Par le cul d'Osano Wo, oui !" cria l'un d'eux d'un ton passionné. "Haruki et moi étions dans la Marine Marchande de la Mante !" Il fit un signe de tête à l'autre vieux monsieur, qui sourit de sa large bouche édentée. "Je suis videur dans un... euh... club de strip-tease," fit Gihei, un petit ronin mais large d'épaules. "C'est déjà ça," acquiesça Orin. "Je suis garde de la sécurité dans une école publique," dit Toyoko, une jeune femme plutôt mignonne. "Alors, je suppose que ces gobelins ne sont pas nouveaux pour vous," répondit Orin à Toyoko. Un rire parcourut la pièce, dissipant une partie de la peur et de la nervosité de la situation. "Très bien," fit-il. "Nous allons nous séparer en quatre groupes. Toyoko, Gihei, Haruki, Gyukudo, je veux que chacun de vous choisissiez les cinq personnes les plus proches de vous. Vous êtes responsables de leur vie. Gardez un oeil sur eux. Assurez-vous qu'ils ne s'éloignent pas et ne fassent rien d'insensé. S'ils sont blessés, assurez-vous que quelqu'un d'autre les aide. Est-ce compris ?" "Oui, monsieur," dit Gyukudo, un air enthousiaste était soudain apparut dans son regard. Il se releva et salua. Orin lui rendit son salut avec un sourire. Les trois autres se levèrent et imitèrent ce geste. "Très bien," dit Orin. "Gihei, Gyukudo, je veux que vous et vos groupes viennent avec moi, et que vous m'aidiez à fouiller cet immeuble à la recherche d'armes, de provisions, d'une radio, ou d'un moyen de sortir d'ici. Les autres, vous restez ici et vous surveillez les portes. Vous ferez ce que Chojin vous demandera de faire. Est-ce compris ?" Ils acquiescèrent. Orin se retourna pour partir, et il vit que Chojin souriait au coin de son heaume. "Quoi ?" murmura-t-il au vieux Dragon. "Qu'est-ce qui vous fait sourire, vieux lézard ?" "Pour un meneur d'homme réticent, vous vous débrouillez plutôt bien," murmura-t-il à son tour. "Ce truc de leur faire apprendre les noms des autres était excellent. Vous avez pris un groupe de réfugiés, et vous les avez transformés en équipe, et ça vous a pris moins de dix minutes pour y arriver." "Mon père était diplomate," répondit calmement Orin. "Mon père disait toujours qu'il est important d'apprendre le nom d'une personne si on veut découvrir la vérité à son sujet." "Il avait raison," acquiesça Chojin tandis qu'ils continuaient d'avancer vers les escaliers. Gihei et Gyukudo étaient juste derrière, chacun gardant un oeil attentif sur leurs protégés. Chojin parla à voix basse. "Vous avez bien fait de ne pas leur dire que vous ne saviez pas pourquoi les gobelins sont ici. L'incertitude détruit la confiance. Il est mieux qu'ils pensent que vous le savez." "Et lorsqu'ils découvriront que je ne sais rien ?" demanda Orin, en regardant le vieil homme d |