47. Gabi
| Gabi est en sueur. Il essaie de courir mais sa jambe blessée lui fait horriblement mal ! Au loin derrière lui il entend les râles de ses compagnons d’armes que les Impériaux achèvent. Il repense au jour où il s’est engagé ; il n’avait que 16 ans. Le célèbre Lafayette était venu à Bialystok pour inciter les jeunes à défendre leur nouvelle patrie : la République Universelle où le peuple polonais était enfin libre. Mais Gabi ayant un aïeul enterré dans la cathédrale du Wawel à Cracovie, avait hésité avant de faire confiance à ce nouveau monarque, libérateur sans foi ni couronne. Il se jette au pied d’un arbre… reprend son souffle… ce verger le protégera des tsaristes. |
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| La bataille est pourtant terminée ! Dans quelques jours l’armistice de l’année 20 RU (1812) sera signé à Minsk et les troupes prendront position le long d’une frontière une nouvelle fois « inviolable ». De l’autre côté de l’arbre Gabi aperçoit une chapelle, construction moitié minérale, moitié végétale méli-mélo de granit, stuc et moussus en tout genres. Cette vision de bon augure lui donne la force de se redresser. Caché au pied d’une effigie de Saint Stanislas, patron catholique polonais, un petit passage mène à un tunnel humide mais bien façonné. Gabi s’y traîne, rampe puis dans la moiteur s’abandonne. |
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| Sans qu’il puisse distinguer le rêve de la réalité il entend une voix s’adressant à lui : Mon fils je t’ai mené jusqu'à moi pour une tâche très importante… Tu bâtiras ici un sanctuaire pour protéger nos frères et sœurs de la folie des tsars et des hommes sans foi, je te fais cadeau de cette terre. A son réveil Gabriel Bathory se sent investi d’une mission : il est prince de cette terre ! Trouvant des escaliers, il atterrit dans la salle du trône de son aïeul Etienne Bathory, roi de Pologne en ces murs, mort il y a plus de 2 siècles. |
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| Quelques jours plus tard, il se rendit compte qu’un malentendu, entre les belligérants lors des négociations du traité de paix de Minsk, faisait de Grodna et de ses environs immédiats une enclave d’environ 700km² sur laquelle nul n’avait proclamé sa souveraineté… Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard que les deux géants, en pleine guerre dans les Balkans, entendirent la rumeur parlant du Prince de Grodna : Gabriel Ier Bathory, qui aurait chevauché seul jusqu’à Athènes pour prouver aux grecs que l’heure de la libération de l’oppresseur Ottoman était venue. Depuis les deux grands continuent à ignorer la principauté, elle est toutefois devenu la plaque tournante de toute la contrebande entre RU et EBR, et les espions assassins du prince sont tapis dans de nombreuses cités entre Paris et Moscou. A 90 ans aujourd’hui, Gabi remercie son aïeul de ce cadeau chaque jour que Dieu fait ; puis parfois, discute avec lui jusqu’à tard dans la nuit… C’est fou comme les fantômes ont besoin de parler, surtout lorsqu’on a perdu sa santé mentale… |
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