EXODUS
Chapitre 1

 



 

 

Samedi 31 juillet 1999, 17h00 (heure locale)
Siège de Pentex, Zacalo
Mexico, Mexique

La vaste table ovale d'acajou poli reflétait les lueurs du soleil couchant sur la mégapole. A l'horizon, un légère brume (causée par la pollution due aux émissions de gaz carboniques) surplombait la ville qui s'étendait sous ses yeux.

Francesco, Directeur de la Subdivision du Projet Iliade (IL), lupus Danseur de la Spirale Noire et Philodox, contemplait la magnifique vue sur les 20 millions d'humains (et autant de nourriture!) qui grouillaient sous ses yeux. Comme il les détestait, tous autant qu'ils étaient, ses faibles humains, ce troupeau inconscient de ses propres bergers! Comme il était bon de les diriger, de les manipuler comme les moutons qu'ils étaient! La cathédrale s'enfonçait doucement, parabole de la longue et inévitable descente de la plus grande ville du monde dans la corruption, la misère, la pollution – reflet du l'œuvre du Ver sur la terre. Et pourtant, ce n'était qu'un reflet imparfait, distordu. Il restait tant à faire. Francesco détestait cet état intermédiaire. Il détestait cette dcompagnie, qui se disait au service de son Maître, mais qui était si peu efficace. Il détestait…

Francesco quitta sa rêverie quand il entendit la légère clochette de l'ascenseur teinter. Quatre hommes en sortirent, tous en costume sombre sur mesure. L'aîné (dans tous les sens du terme) d'entre eux, Peter Culliford, Directeur Exécutif de Pentex Corporation, s'avança vers le Danseur et lui serra vigoureusement la main. "Francesco," dit-il avec un sourire qui éclaira son visage de gentil grand-père, "quelle joie de vous revoir. Harold nous dit que tout se passe bien à Vancouver?"

Francesco, ses cheveux attachés en une queue de cheval, lui aussi vêtu d'un costume sur mesure, aussi sombre que ses "collègues," toussota pour s'éclairer la gorge avant de répondre. "Oui, tout à fait, M. Culliford. Je vous remercie d'avoir organisé cette réunion en si peu de temps."

"Oh, ce n'est pas moi qu'il faut renseigner," protesta faAussement Culliford, "mais Harold, qui nous a convaincu."

Sale hypocrite! pensait le Danseur de la Spirale Noire. Francesco haïssait ce semblant d'affabilité de la part du Directeur Exécutif. Peter Culliford était un monstre au service du Ver depuis plus de 400 ans. Pourquoi faire semblant d'être des humains "normaux" en faisant des politesses? Cela dépassait l'entendement. Toutefois, ce qui empêchait Francesco d'étriper cet humain devant lui qui démontrait ainsi sa faiblesse, c'était ses instincts: Peter Culliford, malgré son air de grand-père inoffensif, dégageait une aura de pouvoir qui faisait se recroqueviller le loup qu'était Francesco.

Francesco indiqua la table, invitant les Directeurs de Division à s'asseoir. A l'extérieur, le soleil avait disapru derrière l'horizon, et le filtre de la baie vitrée avait été activé, plongeant la pièce dans la pénombre. Francesco se plaça au bout de la table tandis que les autres s'installaient. Francesco tapota sur un clavier incrusté dans le bois, et un écran apparut dans son dos.

"Comme vous le savez déjà, la mousson s'est transformée en typhon - baptisé Justin par les météorologues – centré autour du Bengale Occidental et du Bangladesh. Il a ravagé la région du 21 au 24 juillet." Francesco faisait défiler des images tirées de CNN, CBS et de journaux du monde entier derrière lui. "Il a causé la mort de centaines de milliers de personnes, dues aux accidents, aux inondations, et au raz-de-marée qui a dévasté le détroit du Gange. Le typhon Justina finalement fini par perdre de la puissance après une semaine de pluies diluviennes sur l’Inde, et il est retourné au statut de tempête tropicale." De nouvelles images apparaissaient: des photographies de bâtiments effondrés dans différentes villes. "Ensuite, le Bangladesh a souffert de coulées de boue massives dans tout le pays. Enfin, le Bangladesh a été l’épicentre d’un tremblement de terre considérable dont les secousses ont été senties aussi loin que Delhi et Rangoon."

"Oui, nous sommes au courant," dit, tout Asourire, Adrian Newberry, Directeur de la Division des Opérations (OPD), son visage de poupon à la Kennedy ou à la Clinton donnant furieusement envie à Francesco de l'égorger. Mais le Philodox, qui savait se contenir, lui sourit en retour.

"Ce n'était qu'un rappel, M. Newberry." Reprenant sa démonstration, Francesco poursuivit: "A peu près au même moment, une vague d'hystérie collective s'est répandue dans le monde et a frappé tous les êtres sensibles psychiquement. M. Yamazaki confirme un fort taux de saturation chez ses recrues du Projet Odyssée." D'un clic, Francesco fit apparaître les statistiques.

Benjamin Rushin, Directeur de la Division de Coordination des Projets (PCD), modèle du professeur anglais, interrompit le Philodox. "Cela paraît tout de même un peu exagéré: êtes-vous sûr du lien entre les évènements du Bangladesh et cette vague psychique?" demanda-t-il, visiblement peu convaincu.

Cette fois, ce fut la froide créature qui se tenait dans un recoin assombri de la pièce. "Tous les êtres sensibles ont fait des rêves d'un monstre à dix têtes et dix bras se battant contre un dragon, un tigre et un héron," siffla Harold Zettler. "Dans le monde entier, un clan entier de vampires s'est entretué." Il marqua une pause, afin de bien faire comprendre l'impact de ses paroles. "Alors, oui, il est sûr."

Rushing rajusta sa cravate, sans mot dire. Zettler lui avait cloué le bec.

"Bon. Et qu'en déduisez-vous?" demanda Culliford posément, faisant baisser la tension autour de la table.

Francesco toussa avant de reprendre. "Nos sources gouvernementales nous ont permis de découvrir qu'une opération secrète conjointe de l'ONU et de l'OTAN a été menée en même temps. Le gouvernement indien a testé secrètement un nouveau type d'arme nucléaire dans la zone concernée."

Francesco éteignit l'écran. Les lumières des plafonniers éclairèrent la pièce. Dehors, les lumières jaunes et bleues de la métropole scintillaient à travers la baie vitrée. Les quatre hommes le regardèrent. "En fait, j'ai déduis de ces informations que M. Rushing pourrait nous en dire plus. Je suis sûr que ces amis ont eu vent de quelque chose, voire sont à l'origine de l'opération connue sous le nom de code Ragnarok."

Benjamin Rushing, mains jointes, regarda les autres. "Certes." Il rajusta ses lunettes sur les ailes de son nez. "Effectivement. L'opération Ragnarok a été déclenchée en réponse à la crise bangladaise. Toutefois, je n'ai pas pu en apprendre davantage."

"Cela suffit néanmoins," intervint Zettler de sa voix sans émotion, "pour en déduire que la Technocratie considère que le danger était suffisant pour lancer des missiles nucléaires."

"En bref, vous voulez me dire qu'un Antédiluvien s'est éveillé et a été tué, c'est cela?" demanda Culliford. "Voilà qui est intéressant. Quoi d'autre?"

Francesco sourit alors, et répondit: "L'œil du Maître s'est ouvert dans le ciel."

Culliford acquiesça en silence, toutes les implications d'une telle chose se faisant jour dans son esprit.

"M. Newberry," finit-il par demander. "Sommes-nous à l'heure dans le Plan Oméga?"

"Nous avons eu quelques difficultés," répondit le Directeur de la Division des Opérations, visiblement gêné.

Culliford absorba ceci en restant calme. Il se regardait Zettler qui était toujours un masque d'impassibilité. Puis, il se tourna vers Francesco. "Vous avez une solution?"

Et le Danseur de la Spirale Noire, qui avait organisé ce meeting avec Zettler, qui avait du supporter l'humiliation de cette présentation, avait attendu patiemment pour pouvoir entendre cela. Vous avez une solution? Il sourit. "Tout à fait, M. Culliford," répondit-il. "J'aimerai soumettre à votre considération, ainsi qu'aux autres Directeurs de Division" — il tapota quelques commandes sur son clavier — "le projet suivant. Il s'agit du projet baptisé Projet BioGenesis 6.9. Comme vous pouvez le constater sur vos écrans" — les Directeurs se penchèrent en avant, sauf Zettler, dont la bouche eut un rictus qui était probablement un sourire — "ce projet serait sous l'égide, donc, de la ADivision des Projets Spéciaux et donc la responsabilité de M. Zettler. Je propose la création d'une nouvelle Subdivision, baptisée BioGenesis. Je solliciterai de votre part, messieurs," dit Francesco en embrassant du regard les directeurs, "l'honneur d'en prendre la tête."

"Si vous voulez bien examiner ses fondements théoriques," continua-t-il, sans leur laisser le temps de rétorquer. "Ce projet est basé sur les recherches de Miss Tar-Anis dans le cadre du projet BioLuna sous l'égide de la compagnie Tellus. Je vous laisse le soin d'en consulter les conclusions qui, j'en suis sûr, seront pour vous d'un plus haut intérêt. Je dois ajouter, avant de m'en remettre à votre sagacité, que les propres recherches de M. Zettler ont été la première piste de recherche."

Adrian Newberry, sourcils froncés, calculait déjà les coûts, les financements. "Vous avez que nous ne pouvons pas approuver seuls ce genre de décision, M. Francesco?" fit-il observer. "Seul le Conseil d'Administration y est habilité."

"Oui, bien sûr. Mais avant de réunir le CA, je souhaitais vous soumettre ce projet afin que vous puissiez me dire s'il était viable," répondit Francesco, jouant les faux modestes à son tour.

"Il me paraît tout à fait viable," dit Culliford. Francesco sut alors que c'était dans la poche. "Je vois ici," dit-il en indiquant son écran, "qu'une phase de recherche doit être conduite en Afrique. Vous mentionnez une équipe de paléontologues français. Nous pourrions passer par Endron, non?" Culliford s'était tourné vers Newberry.

Celui-ci consulta à son tour son écran. "Oui, je pense. Il faudrait également des financements pour les gouvernements locaux."

Benjamin Rushing répliqua: "Ce ne sera pas facile. Vous savez que notre budget n'est pas illimité." Mais tous savaient qu'il disait cela pour la forme, ayant été vexé un peu plus tôt. "Je crois que l'on va pouvoir s'arranger," dit doucement Culliford. Newberry demanda à Francesco: "Il risque d'y avoir des problèmes. Savez-vous que cet espace est particulièremeAnt difficile à exploiter. L'Afrique est le territoire de toutes sortes d'activistes."

"Bien sûr," répliqua Francesco. "Mais nos informateurs nous ont informé qu'une guerre "civile" entre ses activistes a eu lieu. Ler chef mercenaire Croc Noir est mort. Nous allons pouvoir nous infiltrer dans le vide que sa mort a causé."

Ce fut Culliford qui fit alors observer, s'adressant à Zettler: "Bravo Harold, votre poulain est une vraie merveille."

Et Francesco se surprit à bomber le torse de plaisir. Zettler, lui, acquiesça en silence, son visage le même masque impassible. Ses yeux cruels fixés sur Culliford.

Vendredi 4 août 2000, 23h30
Caern de la Roche Ensanglantée
Parc National de Tsavo, Kenya

L'immensité de la voûte céleste est constellée de millions d'étoiles comme autant de témoins à leurs échanges nocturnes. Eclairés par les lueurs tremblantes d'un feu de camp, rassemblés ainsi dans la savane, les représentants de l'Ahadi sont silencieux, profitant un instant de la douceur de la nuit avant d'en venir à la raison qui les a amenés ici.

La demi-douzaine de personnes rassemblées ici est brièvement éclairée par des lumières bleutées, signalant l'arrivée du dernier par pont de lune. Sous la forme d'un loup fin couleur sable, avec une fine cicatrice qui va de sa truffe à son oreille gauche, Marche-avec-la-Puissance trotte silencieusement jusqu'au feu de camp où l'attendent les autres chefs de l'Ahadi sous le regard étonné, furtif, craintif, admiratif – tout cela en même temps – des lycaons qui gardent ce caern. Leur chef, présent avec les autres, lui souhaite la bienvenue alors qu'il les rejoint.

Celui-qui-Marche-avec-la-Puissance est le bienvenu chez les Kucha Ekundu du Sept de la Roche Ensanglantée, jappe-t-il sous la forme du lycaon.

Déjà, l'ancien Arpenteur Silencieux s'est transformé en humain: c'est un grand homme noir, à la carrure athlétique. Sa cicatrice est différente sous cette forme, comportant deux lignes obliques parallèles sur le front. "Bonsoir à tous," salut-il en swahili. "Pardon pour mon retard. J'apporte de graves nouvelles."

"Comme à ton habitude," réplique, sur un ton taquin, la jeune et belle Kisasi. Le grand Masai qui fait face à Marche-avec-la-Puissance de l'autre côté du feu reste lui plongé dans son mutisme.

Marche-avec-la-Puissance ne répond pas à Kisasi, même si ses instincts de loup l'y incitent (il lui prend soudain l'envie de jouer avec elle, par le biais de piques dans le langage des hommes si elle le souhaite, mais il se retient, d'autres affaires plus importantes l'amènent ici).

"Roger Daly est mort," annonce-t-il sans ambages. Autour du feu, un silence tombe.

Pendant un long moment, personne ne dit rien. Seul les crépitements du feu, accompagnés parfois de nuées d'étincelles qui s'envolent dans la vaste étendue céleste, retentissent, comme des coups de tonnerre. Marche-avec-la-Puissance n'a nul besoin d'ajouter quoi que ce soit. Tous ont compris que leurs ennemis, dont ce Francesco, n'ont pas abandonné, et ont tué pour récupérer l'artefact.

Ce loup-garou corrompu était venu ici, avec des abominations, avait payé les gouvernements, enrôlé les bandes de mercenaires, les milices qui contrôlaient les zones de non-droit, afin de mener ses "recherches" sous la couverture de prospections pétrolières. L'Ahadi avait alors suscité des émeutes chez les humains, mais cela n'avait pas suffit, malgré la couverture d'une partie de la presse internationale. De plus, l'Ahadi était occupée à lutter contre les derniers partisans de Croc Noir et à accomplir ce que la vivions des chefs avait impliqué, et ce fut trop tard lorsqu'ils découvrirent que Francesco avait établi une base dans le cratère du Ngorongoro, salissant ainsi ce lieu sacré.

Kisasi, surtout, était ulcérée. Là-bas se tenait la montagne sacrée de son peuple. C'est elle qui, enragée, avait demandé à Hakimu de faire quelque chose. Ensembles, hyènes et lions avaient attaqué, sans attendre l'aide des autres membres de l'Ahadi. Mais Francesco et ses forces – humaines, fomoris, Danseurs de la SApirale Noire – avaient été trop nombreuses, et les Bastet avaient perdu une demi-douzaine des leurs avant de devoir battre en retraite.

C'est alors que les panthères de Nairobi avaient découvert que Pentex – car c'était de la compagnie de Calash dont il s'agissait – avait installé plusieurs bases de la sorte, utilisant des humains comme couverture. Appelant les loups-chacals à la rescousse, les Bastet avaient été désolés d'apprendre qu'une Ancienne Arpenteur Silencieuse, Enterre-les-Morts, préparait une grande offensive contre les vampires d'Egypte. Marche-avec-la-Puissance lui-même, et sa meute, le Vent du Désert, combattait les vampires au Soudan, à la demande des Mokolé là-bas. Bref, les forces de l'Ahadi étaient trop réduites, trop dispersées et les fronts de combat trop nombreux. Il fallait se concentrer sur un objectif.

Et puis soudain – aussi soudainement qu'ils étaient venus – Francesco et sa meute étaient partis. Et c'est alors que les panthères avaient rapporté la nouvelle: au cours de fouilles archéologiques le long du Rift, à l'est, Pentex avait trouvé un très, très vieux squelette. En même temps, à l'ouest du Rift, des combats avaient éclaté près du lac Kivu, dans les montagnes, opposant partisans de Croc Noir avec une meute de Kucha Ekundu qui cherchait à accomplir la vision du cratère. C'est dans ces tristes occasions qu'un caern oublié, gardé par une large meute de Kucha Ekundu avait été redécouvert – pour périr sous les attaques de Pentex profitant de la faiblesse des antagonistes. Un artefact avait été dérobé dans le caern, protégé depuis des millénaires par les Kucha Ekundu. Francesco avaitalors quitté l'Afrique, emportant le squelette et l'artefact.

Cela s'était passé il y a moins d'une semaine. L'Ahadi avait alors envoyé quelques uns de leurs membres pour suivre Francesco, embarqué dans le cargo Ngorongoro, jusqu'à Vancouver. Marche-avec-la-Puissance avait cherché à comprendre l'importance de l'artefact pour Pentex. Ce qui'l en avait déduit l'avait inquiété. Il avait convaincu l'AAhadi de demander son aide à Roger Daly… avec les conséquences que l'Arpenteur Silencieux venait de leur annoncer.

"Roger Daly a réussi à confier l'artefact à une meute de louveteaux," dit Marche-avec-la-Puissance, toujours calme. "Je vais aller à Vancouver, pour les y trouver."

Les chefs de l'Ahadi acquiescèrent leur accord.

"Je vais les ramener ici, s'ils se montrent dignes."

Personne ne bouge. Personne ne dit rien. "Et ils iront au Caern des Premiers Singes."

Fils-le-Plus-Fort, alpha du Sept de la Roche Ensanglantée, Ancien Théurge des Kucha Ekundu, n'y tenant plus, jappe contre le Nubien. Les Kucha Ekundu du Caern des Premiers Singes sont malades à cause de Pentex, sont en colère, sont prêts à massacrer quiconque s'approcherait de leur territoire. Le jappement de Fils-le-plus-Fort exprime tout cela, et son inquiétude.

"Je sais tout cela, Fils-le-plus-Fort. Mais je sais aussi ce que j'ai vu, au cratère, l'an dernier. Et je sais que ces louveteaux ont été choisis. Et tu le sais aussi. Peut-être que ta tribu n'est plus apte à garder le Caern des Premiers Singes. Peut-être qu'il devrait être protégé par tous les Garou, voire toutes les créatures changeantes de la Terre Mère. Peut-être que cela aurait du être depuis bien longtemps." Marche-avec-la-Puissance dit cela avec beaucoup de compassion. Et Fils-le-plus-Fort n'en fut pas fâché, malgré l'attaque que cela représentait contre sa tribu.

"C'est une bonne idée, Marche-avec-la-Puissance," dit, un peu trop solennellement Hakimu, le nouveau – et jeune – roi des Simba, des lions changeants. "Un lieu sacré qui servirait de lieu de rencontre à toutes les lignées de l'Ahadi."

"Oui," approuva Kisasi. "Mais les louveteaux vont devoir convaincre les lycaons de Gardien du Peuple."

"S'ils réussissent," dit Marche-avec-la-Puissance, "ils comprendront beaucoup de choses, et pourront rapporter cette connaissance chez les leurs."

Tous approuvèrent.

Fils-le-plus-Fort émit un couinement interrogatif, demandant comment l'Ahadi pourrait êtrAe sûre de suivre les progrès de ces louveteaux.

"Je sais comment faire," fut la réponse sibylline du vieil Arpenteur Silencieux.

"Frère Loup voyage dans la savane asséchée. Frère lion baille à son passage. Frère Lycaon grogne à son arrivée. Et Frère Corbeau vole au-dessus du carnage," chanta alors doucement Kisasi, comme à son habitude.

 

Samedi 5 août 2000
22h59 HOS headquarters
Madison Avenue New York City

La chaleur orageuse avait tourné à la pluie, remarqua la réceptionniste, ce qui conforta sa prédiction de l'après-midi. Il avait fait bien trop chaud pour que cela ne vire pas à l'orage, puis à la pluie. D'ailleurs, même si la pluie apportait un peu de fraîcheur dans la ville étouffée de chaleur (elle avait laissé la porte d'entrée ouverte afin de faire rentrer la fraîcheur, la climatisation était encore en dérangement), il faisait encore bien moite, et son chemisier lui collait à la peau.

Un grand homme noir, svelte, vêtu d'une robe de lin blanc à la manière des nomades du Sahara, entra, dégoulinant de pluie, dans les locaux cosy de Helios Overnight Service (symbole NASDAQ HOSer), surprenant la réceptionniste, car elle ne l'avait pas vu arriver.

"Bonsoir," dit-elle malgré tout avec ce sourire Je-ne-sais-pas-qui-vous-êtes-mais-je-suis-contente-de-vous-voir-quand-même qu'ont toutes les réceptionnistes partout dans le monde, lorsqu'elles font bien leur métier.

"Je désirerai voir Miss Northup-Medina," dit l'homme au visage intemporel et empli de sérénité.

"Bien sûr." La réceptionniste se leva, contourna son guichet, et indiqua: "Suivez-moi, je vous prie." Elle conduisit l'étranger jusqu'aux ascenseurs, en appela un, et attendit avec lui. Celui-ci gardait le silence, ce qui était assez inhabituel – souvent, les clients mâles, lorsqu'ils avaient affaire à la poitrine généreuse d'Elizabeth et à ses longues jambes mises en valeur avec son tailleur moulant, cherchaient à engager la conversation. Ce ne fut pas le cas. Il est peut-être gay, pensa Elizabeth alors que l'ascenseur arrivait.

Elle lui fit signe d'entrer, ce qu'il fit avec réticence (il se méfie, pensa la jeune femme, se trompant encore une fois). "Miss Northup-Medina vous attend," annonça-t-elle de sa voix réjouie alors que les portes se refermer sur le visiteur.

Celui-ci émergea au bout d'une petite minute, probablement au dernier étage de la tour. Au bout de dizaines d'années passées à côtoyer les humains, il n'avait toujours pas pris l'habitude de ses appareils automatiques qui vous élèvent en hauteur. Et – de la même manière – il n'avait toujours pas compris pourquoi les femelles humaines émettaient des signes de chaleur à n'importe quel moment. Quelle étrange race qui pouvait se reproduire à n'importe quelle saison dans l'année!

Marche-avec-la-Puissance déboucha dans une vaste suite tapissée d'une épaisse moquette, aux murs recouverts de livres anciens aux reliures précieuses, au centre de laquelle un vaste bureau XVIIIe trônait. Un ordinateur portable ronronnait doucement sur ce bureau. Devant l'écran, une femme, jolie, blonde aux cheveux courts, vêtu d'un tailleur strict, scrutait quelque chose.

Le Garou s'approcha, se planta devant le bureau, et salua.

"Bonsoir," salua la femme poliment. "J'ai été très surprise que vous me contactiez," ajouta-t-elle, sans perdre de temps, ce que Marche-avec-la-Puissance apprécia.

"Et bien voilà," dit le Nubien. Et il raconta toute l'histoire. Croc Noir, l'Ahadi, Pentex, l'artefact, la meute de louveteaux en devenir. "J'ai besoin d'un corbeau pour les surveiller," conclut-il. "Un jeune oisillon. Je dirais qu'il fait partie de l'Ahadi aux Anciens du Grand Caern de Vancouver. Ils seront d'accord. Le Peuple Corbeau voulant se rapprocher du Peuple Loup."

"Je n'ai pas besoin de vous demander ce que j'y gagnerai," dit Miss Northup-Medina, se levant et allant jusqu'à un pan de la bibliothèque. Elle se servit un scotch (sans en proposer au loup assis devant son bureau) et tourna le bouton d'un antique poste de radio. Un air de jazz emplit la pièce.

"Mais je vais vous le dire quand même," dit Marche-avec-la-Puissance. "La compréhension de la Tisseuse."

"Et je n'ai pas besoin de vous demander pourquoi vous me faîtes confiance," ajouta la corbeau, regardant de ses yeux perçants le Garou par dessus son verre, faisant teinter les glaçons dans le liquide ambré.

"Parce que je crois en la coopération entre les lignées changeantes," dit-il simplement.

"Et entre les loups et les mages," dit brusquement la femme en se rasseyant. "Et entre les loups et les momies."

Marche-avec-la-Puissance demeura impassible. "Mais je ne leur fais pas confiance," dit-il simplement.

"Vaut mieux. Ils n'ont pas été très dignes de confiance sous Cléopâtre, non?"

L'Arpenteur sourit: la Corax essayait de l'agacer, comme le font tous les corbeaux avec les loups. Elle cherchait à lui soutirer des informations. Il connaissait ce jeu par cœur.

"Mais cela vaut mieux que de s'en remettre à des vampires, non? Que diriez-vous d'un coup d'œil à la bibliothèque sous Vancouver?" demanda l'Arpenteur. Miss Northup manqua de s'étrangler avec son scotch.

L'une des plus sages Corax, l'une des plus informés, ignorait qu'il y avait une bibliothèque à Vancouver! Ce qui eut le mérite de faire taire la femme et de lui faire ravaler ses remarques acides. Elle en restait muette.

Marche-avec-la-Puissance se réjouissait: faire taire une Corax n'était pas du ressort de tout le monde. Miss Northup ouvrit un tiroir et en sortit une fiche: "J'ai justement une éclosion qui vient d'avoir lieu. Ce serait un excellent moyen pour moi de tester une recrue potentielle. Très bien, vieux loup, je vais vous donner ce que vous voulez, mais à une condition…"

 

Mardi 8 août 2000, 01h59 (heure locale)
Bibliotheca Alexandrina
Alexandrie, Egypte

Les eaux noires du port d'Alexandrie reflétaient la lueur non pas du célèbre phare qui resterait à jamais attaché au nom de cette ville, mais des néons et des lumières des voitures qui circulaient le long du port. En cette orée du XXIe siècle, Alexandrie était une métropole moderne, quand bien même elle baignait dans l'évocation nostalgique de son passé quasi-mythique.

Au treizième étage de la Bibliotheca Alexandrina, dans un vaste bureau dont la vue donnait sur le port et sur la Méditerranée, cette réflexion fit sourire Ismaïl Serageldin. L'ancien docteur de Harvard, professeur itinérant des plus prestigieuses universités américaines, directeur du projet pharaonique qu'était la Bibliotheca Alexandrina par une loi du Parlement égyptien qui faisait de la Bibliothèque un organisme indépendant n'ayant de compte à rendre qu'à la présidence, Ismaïl Serageldin prit soudainement conscience que ce passé mythique était en train de ressusciter sous ses yeux. Peut-être pas littéralement, mais…

Il se souvint de la première fois lorsque Lord Gilmore lui avait fait part du projet de la Bibliotheca Alexandrina. Le Collège de Mus était encore la plus brillante institution du savoir de la Tellurie alors, et Ismaïl n'avait pas compris ce qui poussait le vénérable Hermétique à s'engager dans un tel projet.

"Le temps approche," avait répondu le maître en substance à la question du jeune acolyte qu'était Ismaïl, "où il va bien falloir que nous redonnions à la société sa propre conscience de son passé et de ses accomplissements d'antan, si nous voulons réussir à forger un futur digne de l'Ordre et de ses idéaux."

Ismaïl n'avait pu que hocher de la tête.

Ismaïl se rappelait également cette nuit-là, il y a plus de dix ans, en 1989, chez lui, dans sa résidence de Héliopolis lorsqu'elle était venue le voir. Il l'avait trouvé dans son salon, assise en fumant une cigarette. Il n'avait pas paniqué, n'avait pas cherché à appeler la police, ou ses gardes du corps. Il était habitué à ce genre de visites. Il n'avait tout de même pas pu retenir un mouvement de surprise et - surtout - un sentiment de peur quand elle lui avait révélé ce qu'elle était. Elle avait les traits d'une Egyptienne, de cela il était sûr. Mais elle s'habillait, se comportait comme une Occidentale, tout comme lui d'ailleurs…

"Mes informateurs au Parlement et à la présidence m'ont rapportée que vous aviez été désigné comme le directeur du projet Bibliotheca Alexandrina," avait-elle annoncé sans vergogne de sa voix suave. "Cela m'intéresse au plus haut point, et je suis prête à vous aider dans votre tâche qui suscitera, vous en êtes conscient, d'énormes difficultés dont certaines seront plus de mon… ressort," avait-elle dit avec un sourire d'où perçait alors des crocs carnassiers et avec une lueur jaune comme celle d'un loup dans les yeux, "… que du votre et de vos amis."

Elle s'était levée, alors, et marchant jusqu'à lui avec la grâce féline d'un prédateur, lui avait tendu un rouleau de papier usé et jauni. Ismaïl avait pris d'une main étourdie le rouleau et sa peau avait reconnu avant son cerveau le contact du papyrus. "Voici cependant les quelques modifications que vous allez devoir introduire aux plans actuels."

Ismaïl avait voulu protester, mais elle l'en avait empêché. "Oh! Je me suis procuré vos plans le plus simplement du monde… Vous ne croyez pas que vos ordinateurs sont suffisamment protégés pour que les esprits n'y aient pas accès?"

Ismaïl avait réagi alors, sentant une pointe de colère grandir, car c'était ses protecteurs - et sa fierté avec - qu'elle attaquait.

"Ne vous méprenez pas," ajouta-t-elle aussitôt avec un regard langoureux. "Je ne cherche pas à vous vexer, simplement à vous convaincre. Oui, je suis douée. Oui, je peux savoir ce qu'il se trame quelque part. Et oui, je veux être associée à votre projet, car je crois en lui. Il est temps de redonner à ce pays l'éclat de son passé. Cet éclat, c'est le savoir. J'en ai assez de cette ignorance brutale qui règne ici. Mais afin de pouvoir être en harmonie avec les énergies de la terre, vous devez m'écouter. Je connais des architectes - ils sont Norvégiens - qui sauraient bâtir un tel ouvrage selon les instructions qui se trouvent dans ce rouleau. Vos plans actuels sont bons, mais ne prennent pas en compte certains… éléments. Faîtes-moi confiance," avait-elle fini par dire, et cette fois son regard n'était celui d'une séductrice, mais celui d'une femme de passion.

Il lui avait fait confiance alors, et l'avait embrassée.

"Je te donnerais une protection pour que nul ne puisse contrer cette grande œuvre," avait-elle dit alors dans un souffle, le fixant des yeux.

Ismaïl n'avait pu que demander: "ton nom?"

"Leila," avait-elle répondu avant de disparaître dans une lueur bleutée.

Ismaïl revint à lui. Aujourd'hui, la Bibliothèque était en voie d"achèvement. Dans deux ans, selon toute probabilité, elle serait ouverte au public. Cela, grâce à Gilmore et aux autres, grâce à Leila et sa lutte couverte contre les ennemis d'un tel projet, grâce à son allié aussi, un homme étrange, un Bédouin au visage sec mais aux yeux pleins de bonté et à la force apaisée comme l'océan. Il ne connaissait pas son nom, mais il supposait que, toute façon, il n'en avait que dans la langue des loups.

Leila le lui avait présenté deux ans auparavant. Ils prenaient un petit déjeuner sous les arcades d'un prestigieux hôtel de style colonial. Il était arrivé, à pied, vêtu d'une tunique de lin blanc comme les Bédouins en portent habituellement. Ismaïl avait cru reconnaître l'habit de cette tribu de Bédouins sufi du Désert Occidental, mais n'en était pas sûr.

Ils avaient parlé, sans ambages. Ismaïl avait fait part à ses étranges alliés de l'avancement des travaux: la Bibliothèque ferait 70,000 m2 répartis sur 13 niveaux dans un espace ouvert; elle compterait sept étages ouverts au public qui pourraient accueillir jusqu'à 2,000 personnes. Au rez-de-chaussée, la religion, base de la culture, puis, à mesure que l'on s'élève, littérature, beaux-arts, médecine, sciences, sociologie pour finir au septième étage avec l'informatique et les technologies de l'information. Il y aurait la Bibliothèque Taha-Hussein (du nom d'un des plus grands écrivains égyptiens du XXe siècle frappé de cécité dès son enfance) consacrée aux ouvrages en braille ou numérisés avec ordinateurs adaptés. Le quatrième étage serait doté de 200 serveurs informatiques qui donneraient accès à dix milliards de page Web (de 1996 à 2001) provenant de 16 millions de site, résultat d'un don d'une valeur de cinq millions de dollars de l'Internet Archive de Californie. De même, le catalogue des autres bibliothèques du monde serait disponible, tel celui de la Bibliothèque du Congrès américain et ses 28 millions d'imprimés.

Ismaïl avait évoqué les chiffes du budget - des chiffres vertigineux - se laissant emporter par son enthousiasme. Il avait vu que Leila souriait, fière de lui, semblait-il. Puis, il avait remarqué que le Bédouin restait de marbre. Alors, Ismaïl avait abordé le point sensible - la collecte des manuscrits.

Elle posait problème.

"Leila a demandé," dit Ismaïl en avalant sa salive et en jetant un regard à sa maîtresse, "comme condition explicite de son soutien - condition acceptée par mes protecteurs - que l'on recouvre le manuscrit du Am-Duat, le Livre des Portes, ainsi que le Pert Em Hru, que les Occidentaux connaissent sous le nom du Livre des Morts, mais que nous appelons 'La Venue dans la Lumière.'"

Le Bédouin acquiesça en fermant les yeux. Ismaïl ne savait comment continuer.

"Elle pose problème." Le Bédouin ne leva pas les yeux vers Ismaïl, se contenant de boire un filet de thé qu'il fit couler entre ses lèvres minces. Ismaïl se rendit compte en cet instant qu'il n'arrivait pas à donner un âge à son interlocuteur: il pouvait avoir 30 ans (la vigueur de sa constitution l'indiquait) comme 60 ans (s'il se basait sur l'impression de sagesse qui émanait de lui).

"Oui," confirma Ismaïl. "Mes protecteurs refusent d'engager leurs forces pour aller les récupérer depuis qu'ils ont appris où ils se situaient. Ils ne veulent pas agir à Vancouver. Ils disent qu'ils ne peuvent pas agir là-bas. Je suis désolé."

Leila et le Bédouin avaient échangé un regard, avant que ce dernier ne se lève. "J'avais prévu la réticence de tes maîtres. Ne t'inquiètes pas. Celle-Qui-Déchire-le-Voile m'a parlé de toi en bons termes. J'ai prévu un plan d'action pour aller chercher ce qui nous appartient là-bas. J'ai un contact, grâce à Celle-Qui-Déchire-le-Voile. Je comprends que tes maîtres ne veulent pas agir là-bas. Ils ont peur de lui, et ils ont raison. Mais peut-être allons-nous pouvoir le convaincre. Si nous n'y arrivons pas, alors il faudra faire en sorte que nos ennemis le fassent…"

Ismaïl avait peine à suivre les allusions du Bédouin. Celui-ci termina son thé, reposa sa tasse, et ajouta, avant de partir, toujours à pied: "Au revoir. Je t'appellerais de Vancouver quand ce sera réglé."

Ismaïl avait regardé le silhouette svelte et banche s'éloigner dans les rues alexandrines, se faufilant au milieu de la circulation des vieilles automobiles. Il se demandait qui était cet homme (ce loup) qui allait défier un être aussi vieux - sinon plus - que la première Bibliothèque. Il allait mettre une ville à feu et à sang, et venait de le décider en prenant un thé.

"Cela en vaut-il vraiment le coup?" demanda Ismaïl, imaginant les morts d'innocents, les implications politiques et internationales.

"Oui. Bien sûr," répondit Leila, plus déterminée que jamais.

Ismaïl s'en souvenait parfaitement - son expression grave, ses yeux fixés sur quelque chose que elle seule pouvait voir. Il s'était rendu compte, alors, de l'importance que revêtait pour elle la Bibliotheca Alexandrina. Bien sûr, pour lui aussi c'était important, c'était son projet après tout, mais il avait compris, au moment où elle avait approuvé le déclenchement d'une tuerie à plusieurs milliers de kilomètres de là, que Leila n'était pas comme lui - elle était un loup sous forme humaine pour qui le sang était chose naturelle. Cela était en parfaite contradiction avec les idéaux d'Ismaïl mais - était-ce par peur, par amour, par lâcheté? - il ne le luit dit pas et garda le silence.

Il ne pouvait s'empêcher, à présent, deux ans plus tard, alors qu'il se tenait face à la mer, apercevant son reflet dans la vitre sombre de la baie qui s'ouvrait sur le port d'Alexandrie, de repenser à ce moment. Tout le bâtiment qui se tenait autour de lui et qui serait bientôt ouvert au public et, plus encore, l'ensemble des manuscrits parmi les plus précieux du monde qui, eux, ne seraient accessibles qu'à un public restreint et trié sur le volet - tout cela, il le savait, était tâché du sang de parfaits étrangers pour lui; c'était l'enjeu d'une guerre couverte multi-millénaire dont il n'était qu'un maillon bien ignorant.

Ismaïl se détourna de la baie vitrée et retourna à son bureau. L'écran plat à cristaux liquides de son ordinateur affichait le message sibyllin quoique parfaitement explicite:

 

 

>Marche-avec-la-Puissance a commencé la chasse pour récupérer nos biens.
>La proie est plus difficile à localiser que prévu.
>Nous allons pouvoir commencer l'opération au Caire.
>Ton amie,
>Leila

 

Oui, pensa Ismaïl, les contes de bonnes femmes sont vrais: il existe des créatures de la nuit et elles s'affrontent pour la domination de l'espèce humaine.

Mais comment tout cela en était-il arrivé là?

 

 

 

Exodus Prologue

Exodus Chapitre 1

Exodus Chapitre 2

Exodus Chapitre 3

Exodus Chapitre 4

Exodus Chapitre 5

Mise à jour : Novembre 2003    Auteur : Mattbogan