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 Jeuderôlogie

A la force du poignard : de la vie des assassins

jeudi 16 janvier 2003, par Wenlock

Dans quasiment toutes les civilisations, la règle de vie en
société la plus basique consiste à ne pas tuer son prochain.
Mais, paradoxalement, presque toutes ces sociétés entretiennent
en leur sein des gens dont la fonction est de tuer, au mépris
des lois officielles et de la morale : les assassins. Examinons
un peu cette activité qui a généré autant de mythes que de cadavres.

Parce que le thème de ce numéro est "La Pègre", je n’aborderai
pas ici le cas des assassins d’état, agents secrets, terroristes
et assassins politiques, mais seulement de ceux qui ont fait
profession de tuer, à leur compte ou au sein d’une organisation criminelle.

Avant toute chose, l’assassin, parfois simplement appelé
"tueur", est celui pour lequel le meurtre est un acte prémédité
et professionnel, un objectif en soi plutôt que le moyen
d’arriver à une fin. Cette étonnante spécialisation tend
d’ailleurs à le détacher des buts réels du meurtre et des
intentions de son commanditaire, l’assassin n’étant alors plus
qu’un exécuteur agissant pour autrui contre paiement.

De ce fait, il est le plus souvent exclus de la prise de
décision et n’a comme possibilité de faire valoir son avis sur
la légitimité ou la pertinence d’un assassinat que le choix de
refuser un contrat, lorsque c’est possible.

1) "C’est toute une mentalité"

Le tueur a besoin d’exercer pour vivre et peut difficilement
refuser des commandes pour des raisons morales (ou par
sensiblerie) sous peine d’être rapidement considéré comme une
lavette, un traître s’il fait partie d’une organisation ou au
minimum un professionnel peu fiable, et il ne peut pas non plus
trop se permettre d’avoir des considérations
moralo-philosophiques trop poussées car il devrait justement
remettre en cause tout le système qui le fait vivre et se
prépareraient alors des nuits difficiles dans les affres du
remords, ce qui n’est pas souhaitable s’il veut durer.

Car ce métier a déjà de graves conséquences sociales et
psychologiques sur ceux qui l’exercent : par l’illégalité de son
activité autant que par la répugnance qu’elle provoque dans son
éventuel entourage (certains sont solitaires par goût avant de
l’être par profession), l’assassin est contraint à la
clandestinité et, bien souvent, à la solitude. Il ne peut avoir
de relation honnête qu’avec ceux de son espèce et le fait même
qu’il nie aux autres le droit à l’existence, tout en préservant
généralement la sienne, le met à l’écart de ses contemporains et
lui confère bien souvent un sentiment de supériorité et une
forme de mépris pour autrui. On accorde donc volontiers une
réputation de froideur, de cruauté ou même de folie meurtrière
aux assassins professionnels. Mais leur propre comportement au
quotidien influence aussi cette image : la clandestinité et les
menaces diverses les obligent à une méfiance constante et bien
souvent à une tension continuelle, en sus du stress des meurtres eux-mêmes.

Néanmoins on peut imaginer que certains d’entre eux aient pu
avoir une vie sociale active, par duplicité et intérêt
"professionnel" (Landru a même réussit le tour de force d’être
un meurtrier-séducteur avec un physique de nain de jardin) ou
par réelle affection. Dans ce second cas, la littérature, le
cinéma et la bande-dessinée fourmillent de variations sur le
thème classique du tueur repentant épris de sa cible, mais on
peut sans trop se tromper considérer tout cela comme des
exceptions montées en épingle.

Plus crédibles sont les assassins rusés (ou un peu schizophrène)
capables de mener une double-vie dont la partie "officielle"
peut-être celle d’une autorité, d’un brave type ou même d’un
héros, le type vaguement asocial pas vraiment conscient des
conséquences de ses actes, le tueur dépressif mais rigoureux, le
pauvre ère poussé par des besoins financiers déraisonnables (se
drogue ou vit simplement au-dessus de ses moyens, peut-être
a-t-il une famille exigeante...) ou carrément le théoricien du
meurtre ayant établi toute une philosophie personnelle
(raisonnée ou psychotique ?) pouvant faire de lui un PJ ou un
PNJ très spécial à interpréter.

Un petit avertissement tout de même : individualiste, très
spécialisé, inquiétant, parfois asocial ou complètement pété du
bocal, le tueur est un personnage très difficile à intégrer dans
un groupe qui ne soit pas spécifiquement orienté vers les
"black-ops", la truande ou les coups tordus. C’est encore au
sein d’une guilde de voleurs, d’un groupe de Shadowrunners ou
d’une quelconque équipe en marge de la légalité qu’il pourra le
plus facilement s’exprimer.

2) Précautions d’emploi

On l’a dit, de manière générale la vie quotidienne de l’assassin
est déterminée par le souci de sécurité et plus particulièrement
de discrétion, même en dehors de l’exécution proprement dite de
ses contrats.

*Trouver des clients :* Comme tout autre prestataire de service,
le tueur s’inscrit dans une trame économique et sociale, bien
qu’elle soit dans ce cas très restreinte, pour des raisons de
sécurité : il ne peut pas avoir pignon sur rue, sa publicité est
limitée au bouche à oreille ou à un système d’annonces codées ne
s’adressant dans les deux cas qu’à une poignée d’initiés. Il
doit compter avec l’hostilité et la curiosité de pas mal de
monde (proche d’une "cible" nourrissant des idées de vengeance,
police, services secrets, enquêteurs privés, client désirant une
confidentialité totale et "définitive", groupes criminels, tueur
concurrent, journaliste en quête de scoop... ) et, de manière
générale, l’ensemble de la société « normale » est une menace
pour lui parce qu’il est considéré comme une menace potentielle
par l’ensemble de cette société dont il viole le principal tabou.

Il doit donc souvent se considérer comme recherché "a priori" et
protéger tant son identité que sa résidence en laissant filtrer
aussi peu de renseignements que possible sur ces sujets. Il a
donc besoin d’un réseau de contacts suffisamment développé pour
lui permettre d’obtenir une assez large clientèle et prospérer,
mais assez restreint pour que l’assassin puisse le contrôler et
s’assurer de la loyauté de ses collaborateurs, notamment en ce
qui concerne sa propre sécurité et la nécessaire confidentialité
demandée par ses clients.

Dans le cas d’un assassin "free-lance", on comptera au minimum
une personne de confiance (rémunérée à la commission) qui gère
la prise de contact avec les commanditaires, négocie pour le
tueur et préserve son anonymat. Un minimum de confiance est
alors nécessaire, mais peut aller de paire avec certaines
précautions : utiliser des pseudonymes, des lieux de rendez-vous
protégés, des "boîtes au lettres" anonymes et parfois
improvisées. On peut également imaginer divers moyens permettant
aux commanditaires de contacter le tueur sans intermédiaire mais
en préservant son anonymat : courrier poste-restante, e-mail,
Bat-signal, affichage public crypté, dazibao discret,
communication magique ou autre, mais aucun ne résout la question
"qui va savoir et faire savoir aux clients potentiels et
uniquement à ceux-là comment contacter le tueur ?", et en
général un "délégué" de confiance recruté avec d’infinies
précautions est encore le mieux.

Même au sein d’une organisation criminelle, le ou les tueurs
sont généralement tenus à l’écart, particulièrement si celle-ci
possède une vitrine officielle, et même dans le cas contraire
parce que toute information circulant sur l’exécuteur le met en
danger (et donc potentiellement l’organisation elle-même) et que
les dirigeants conservent souvent l’arrière penser de pouvoir
utiliser le tueur contre d’autres membres de la même
organisation. Le plus souvent, le tueur n’a donc de rapport
qu’avec un ou deux "responsables", qui peuvent être les chefs de
l’organisation ou leur proche collaborateurs, mais se doit
d’être lui-même en disponibilité quasi-permanente pour répondre
sur l’heure à l’appel de ses seuls commanditaires, les mafias
tenant généralement à l’exclusivité de leurs employés.

*Se procurer le matériel :* C’est aussi un problème, dans le
sens où l’essentiel du matos d’un tueur consiste en des moyens
variés de faire passer les gens de vie à trépas, il est
généralement prohibé ou sévèrement réglementé. Le tueur devra
donc avoir recours le plus souvent au marché noir et, au choix,
soit rencontrer lui-même ses fournisseurs (et donc s’exposer) ou
faire confiance à de nouveaux intermédiaires (ou faire encore
plus confiance à ceux qui lui amènent les contrats, si ce sont
les mêmes), le prix de ses "fournitures" étant bien entendu
d’autant plus importants qu’elles sont rares, plus ou moins
illicites ou difficile à produire. Utiliser un matériel trop
spécifique est d’ailleurs un risque de plus d’être "repéré" par
ce biais, et il est souvent préférable de tuer avec des "armes"
courantes dont l’assassin compensera la médiocrité par une
compétence accrue. Le tueur peut encore fabriquer lui-même tout
ou partie de son matériel. Pour tout ce qui relève d’une
certaine technicité, cela lui demandera du temps, du
savoir-faire et des outils (en plus de la permanente contrainte
de sécurité), mais il peut encore détourner de leur usage
habituel certains objets ou des outils courants (bombes
artisanales, corde de piano, couteau de cuisine, véhicule saboté
ou lancé sur la cible,...) ou user d’armes légales ou volées
pour dissimuler sa qualité de professionnel sous les apparences
de l’amateurisme.

Au final, se sont les univers qui vont déterminer ce qui est
accessible, mais on notera certaines tendances : le matériel
militaire est très mal vu en période de paix (et en Europe comme
aux USA ce type d’armement et très surveillé), dans les villes
médiévales on tolérait rarement d’autres armes que les couteaux
et bâtons entre les mains du petit peuple, les sociétés les plus
violentes sont celles où la possession et la vente d’armes sont
le mieux acceptées (il n’est pas très compliqué de se procurer
un colt dans un univers Far West ou un poignard dans des
contrées "barbares"), dans le monde carcéral tout ce qui
pourrait servir à tuer est interdit (mais pas toujours hors de
portée) et de toutes façons posséder un matériel de qualité est
toujours coûteux, en termes d’argent et/ou de temps.

*Engranger les Sous :* La récupération de l’argent est aussi une
phase délicate du contrat : soit c’est un virement sur un compte
numéroté aux îles Caïmans et ça peut être pister (pas simple,
mais possible), soit c’est du liquide est les problèmes sont
autres. En effet, les grosses sommes en liquide (pièces d’or,
gemmes, billets usagés...) attirent la convoitise et la
fiabilité des intermédiaires et souvent mise à rude épreuve. Si
le tueur vient chercher sont dû lui-même, c’est le meilleur
moment pour un traquenard et, la cible exécutée, les
commanditaires ont souvent moins à c ?ur de payer.

C’est l’instant des remises en question et des trahisons, et le
tueur a alors besoin de garanties : connaître ses commanditaires
(A quel point sont-ils anonymes ? Où ira la loyauté des
intermédiaires ?) ou préparer le terrain (et tenter de se mettre
soi-même dans le rôle de l’embusqué), prévoir la plupart des
situations et être capable d’improviser l’imprévisible.
Récupérer l’argent, particulièrement des mains de commanditaires
dont on ignore presque tout, peut-être aussi difficile que
l’exécution du contrat elle-même.

Autre problème : masquer la provenance de l’argent. S’il a
encore une existence légale et une vie "officielle", l’assassin
doit trouver une "couverture" qui lui permette de justifier ses
revenus, sans jamais dévoilé la réalité de son activité. Dans un
milieu déjà criminel, il peut compter sur une relative
discrétion (mais aussi sur la cupidité et la curiosité des
autres truands) et il devra bien cacher son magot, mais dans un
contexte contemporain, il lui faudra inventer de multiples
combine pour ne pas attirer l’attention du fisc, les mouvements
de fonds étant l’une des premières choses que vérifie la police
dans les affaires criminelles.

3) Préparer le Terrain

L’assassinat est une profession exigeante où les distraits et
les sanguins ne font pas de vieux os, aussi le tueur qui
souhaite faire carrière devra-t-il accorder une attention toute
particulière à la préparation de ses "contrats". A partir des
informations fournies par le commanditaire (parfois un simple
nom, une photo ou tout un dossier), et en fonction des exigences
de celui-ci, il va d’abord devoir repérer sa cible, connaître
son emploi du temps, les lieux où elle se rend souvent, les
protections dont elle dispose, les différents risques...
Certains tueurs travaillent en tandem sur cette phase de
surveillance, parfois avec le même "contact" qui lui sert de
rabatteur ou avec un assistant (un bleu gaffeur ou un véritable
poisson-pilote expérimenté), parfois fourni par le commanditaire
lui-même. A partir de ces repérages, le tueur va décider d’un
mode opératoire. S’il a le choix, la méthode indirecte est la
plus sécurisante pour lui (sniper/carreau d’arbalète en ville,
poison, explosif, sabotage, "accident"...), car aller au contact
est toujours une prise de risque : risque d’être pris, tué ou
blessé dans un combat, mais aussi d’exposer son identité (il
faut alors liquider les témoins qui sont parfois très sur leurs
gardes, ça complique tout), de laisser des traces, des
empreintes (difficile de maintenir la discrétion dans une telle
situation). Les situations de combat direct sont donc autant que
possible à éviter, et même si l’assassin doit y être préparé en
dernier recours, il préfèrera toujours la méthode l’exposant le
moins, ne serait-ce qu’en s’assurant de ses cibles par la
surprise ou l’embuscade ("Baaaaaaaackstaaaaaab ! ! ! !"), en les
neutralisant avant tout et en limitant les risques de déclencher
l’alarme (neutraliser les éventuels protecteurs d’abord, couper
le téléphone et l’alarme, refermer les portes derrière soi pour
éviter une fuite de la cible, etc...). Il ne doit rien laisser
au hasard, car sur une attaque ratée, en plus de se mettre en
danger directement, il prends le risque d’alerter la cible, de
déclencher une enquête ou une mise sous protection ou de voir
son commanditaire s’affoler. Il doit également être aussi
polyvalent que possible pour pouvoir s’adapter à chaque contrat
et être capable d’improviser, et un entraînement très complet
est souvent indispensable (forme physique, bien sûr, mais
également techniques de combat, crochetage de serrures,
discrétion, explosifs, déguisement, pharmacologie, médecine...
comme les systèmes de JdR sont souvent moins permissifs que les
scénaristes hollywoodiens, les compétences qu’il possédera
effectivement détermineront souvent le "style" et la méthode
favorite d’un tueur). On peut ajouter à cela que les contrats
comportent parfois des clauses strictes quand à la méthode (que
le crime soit impossible à prouver ou soit maquillé en accident,
en meurtre crapuleux, signé de la main d’un autre...) qui
compliquent le travail et la nécessité pour l’assassin de
laisser le moins possible de traces de son passage : il doit se
considérer comme recherché par défaut, protéger sa couverture,
éviter d’être "marqué" par son crime (traces de sang ou de
lutte, blessures, odeur...) et de laisser une piste derrière
lui. Bien évidemment plus la technologie progresse plus cette
part du travail devient complexe, et à notre époque le tueur qui
perd un cheveux sur le lieu d’un contrat ne peut compter que sur
la virginité de son casier judiciaire pour échapper aux fichiers
de la police scientifique. De même, une empreinte digitale est
vite laissée, alors que les nettoyer systématiquement peut-être
en soi l’indice de son passage. L’époque médiévale est de ce
point de vue moins dangereuse, mais le tueur a souvent à
s’exposer plus (moins de technologie, mois de méthodes
"indirectes") et doit plus qu’à notre époque compter sur les
réactions d’une foule pas toujours confinée dans son individualisme.

4) Petites ficelles du métier.

En plus d’avoir travailler comme "nettoyeur" pour la CIA pendant
trente ans (ça commence à se savoir à "MJ", ça me permet d’être
craint des illustrateurs)j’ai un peu lu sur le sujet, et fort de
cet enseignement je m’en vais vous refiler quelques trucs glanés
par-ci par-là, bien utiles pour vous éviter des ennuis au cours
des scénarii si vous êtes joueurs, pour insuffler un peu de
réalisme dans vos parties si vous êtes MJ ou pour liquider
belle-maman sans que ça se voit trop si vous êtes marié(e).

- Les armes à feu : à considérer comme "jetable" à l’époque
contemporaine, car il suffit parfois d’une seul balle pas trop
déformée (et un corps humain amorti pas trop mal) pour retrouver
l’arme si elle est "fichée". Encore une fois, un "outil" sortant
de l’ordinaire augmente les risques d’être repéré, et on
privilégiera les armes courantes et/ou faciles à cacher. Faire
gaffe aussi au coup du reflet de lumière dans la lunette du
fusil, ça gène le tir et ça fait repérer bêtement. Ne pas
oublier non plus que la cordite, très volatile, est connue pour
couvrir les mains et avant-bras des tireurs, tout en dégageant
une odeur assez repérable dans une espace restreint.
Penser à deux autres choses importantes : charger son arme avec des gants
(pour éviter de laisser des empreintes sur les douilles, avec
une arme automatique ça réserve des surprises) et prévoir un
réducteur de son (mêmes les "silencieux" actuels sont encore
relativement bruyants, mais les versions antérieures étaient
souvent volumineuses et peu efficaces), au pire, une bouteille
où demeure un fond d’eau ou un bon oreiller piqué "sur place"
peut aider (on tire à travers pour absorber la flamme et une
partie du son), mais avec une perte de précision suffisante pour
n’être utile qu’à très courte portée.

- Le poignard : c’est con à dire, mais il vaut souvent mieux
compter sur l’estoc (d’où le terme "poignard") que sur le
tranchant, sans oublier qu’à moins d’un avantage tactique c’est
la méthode qui expose le plus l’assassin (c’est toujours risqué,
le combat au contact), tout en étant TRÈS salissante : c’est
quand on retire un poignard d’un cœur que le raisiné coule à
flots, trancher une gorge "d’une oreille à l’autre" libère en
général une ÉNORME quantité de sang (80% du contenu sanguin de
la victime, en fait, donc entre 3 et 5 litres, je vous laisse
imaginer le merdier)pendant que la victime se débat
frénétiquement et la proximité avec la cible expose le tueur à
se tâcher (et le sang aussi à une odeur, que nombre de gens et
d’animaux identifient d’instinct, en plus d’être analysable et
très difficile à nettoyer, pour ne pas dire indélébile sur
certains textiles).
Avantage tout de même : c’est clairement d’un bon rapport efficacité/facilité
d’approvisionnement/anonymat de l’arme, mais les risques sont
reportés sur l’exécution. C’est au choix. Évidemment, dans
certains univers (notamment med-fan et western), il y a peu
d’alternatives, surtout si on se rappelle qu’une épée est plus
dangereuse quand on cogne fort avec que tranchante quand on
tente juste de faire glisser le fil sur la peau d’une cible. Une
lame empoisonnée peut encore assurer le coup (sauf dans
"Hamlet", c’est une tragédie), mais fait monter le risque de "repérage".

- L’étranglement : au contact, c’est peut-être la meilleure arme.
Propre (note, contrairement aux films de James Bond, on
préfèrera une corde de piano, un lacet en cuir, une ligne de
pêche au gros ou du fil électrique à une espèce de fil à couper
le beurre, sinon ça découpe vraiment et on se retrouve au
chapitre "égorgement cradingue"), relativement sûre (avec un peu
de technique, une seule attaque réussie permet souvent de
maîtriser la cible pour l’achever), silencieuse (si on empêche
la victime de trop remuer), mais demande une force physique
importante (sauf pour les malins qui utilisent les poignées à
cran pour faire les ligatures de câbles électriques) tout en
étant souvent assez longue (même si on casse l’os hyoïde qui
maintient la trachée ouverte, il faut compter parfois plusieurs
minutes pour que passent les stades de résistance,
d’inconscience puis d’asphyxie du cerveau qui déclenchera la
mort). Le lacet d’étrangleur doit être lui-même assez solide
pour ne pas casser, et s’il est très fin il faut prévoir de quoi
le tenir fermement sans se couper, mais ça se fabrique très bien soi-même.

- Les Explosifs : on distinguera les explosifs "artisanaux",
"industriels" et "militaires". Les premiers se fabriquent
aisément avec quelques produits chimiques et un peu de doigté et
leur peu de "traçabilité" n’a d’égale que leur peu d’efficacité,
puisqu’ils sont bien plus souvent incendiaire que détonants.
Les explosifs industriels, utilisés dans le bâtiment, le forage
ou l’industrie chimique et métallurgique sont déjà nettement
plus efficace, et nettement plus surveillé. Suivant l’époque, il
est plus ou moins difficile de se procurer de la poudre noire,
du TNT ou de la nitroglycérine (il en existe bien d’autres,
évidemment), mais disons que piquer de la dynamite dans un
cabanon de chantier est devenu quasi-impossible dans les pays
occidentaux et que les approvisionnements "officiels" sont bien
sûr extrêmement surveillés. Le matériel militaire n’est disponible à prix prohibitif qu’auprès des trafiquants d’armes et, avec les progrès de police scientifique, son usage est actuellement très risqué.

En fait, les avantages de l’explosif (pouvoir bousiller à peu
prés n’importe qui protégé par n’importe quoi sans avoir à
s’exposer directement) ne contre-balancent ses défauts
(discrétion très relative, difficultés et risques variés
d’approvisionnement, investissement très élevé, ...) qu’à
condition d’avoir des connaissances et une technique très sûres,
ce qui ne s’acquiert qu’auprès des organisations terroristes les
plus importantes ou des groupes gouvernementaux, mais ces
gens-là n’ont pas l’habitude de laisser leurs disciples s’égayer
dans la nature. A éviter, dans l’immense majorité des cas, donc
(comme film référence, on préférera "Blown Away" avec Jeff
Bridges et Forrest Whitaker au lamentable "L’Expert" avec Sly
dont le seul intérêt réside dans la plastique de Sharon Stone).

- La Discrétion et l’Anonymat : on l’a assez dit, c’est une
nécessité absolu pour un assassin. Outre les classiques faux
papiers et les mille et une manière de se dissimuler une arme,
certains tueurs usent de postiches pour masquer leur apparence
réelle (mais encore faut-il savoir s’en servir), changent de
logement régulièrement, ne payent qu’en liquide, etc... Dans les
univers où les communications et l’archivage des données sont
encore archaïques, changer de ville de temps en temps peut
suffire à protéger l’intimité du tueur, mais aujourd’hui la
réalité est que la clandestinité occasionne toutes sortes de
frais (un hacker pour effacer vos traces dans les fichiers, des
pots de vins pour se faire oublier de certaines instances
judiciaires, déplacements, hotels, etc...) sans jamais garantir
une sécurité totale, si les enquêteurs y mettent les moyens.

C’est alors plutôt par le choix de ses contrats que l’assassin
va faire en sorte de ne pas trop attirer l’attention des organes
policiers. d’un autre côté, le risque d’enquête musclée est un
élément de négociation du salaire des tueurs qui prenennt pour
cible des personnalités en vue.

- La Méfiance : est une nécessité constante de la vie du tueur,
mais elle est génératrice de stress et peut conduire, lié à
l’isolement affectif, à une véritable psychose. Le tueur doit
donc se méfier de la méfiance elle-même et se ménager un espace
de vie protégé, un lieu ou un milieu séparé de son activité où
il trouvera le repos et une forme de tranquilité. Cette part de
sa vie sera ce qu’il a de plus précieux, et ce qu’il devra le
mieux protéger.

Considération historico-lexicales pour briller en société

/L’Ordre des Assassins :/ le terme "assassin" vient de la
francisation de l’arabe "haschichin", qui désignait une secte
musulmane ismaélite sous les ordres du "Vieux de la Montagne"
(Hasann Sabbah), dissoute en 1265 et dont les membres étaient de
grands consommateurs de haschisch. Pour la plupart des
occidentaux, ces hommes étaient des tueurs fanatiques, alors
qu’on trouve dans les enseignements de Sabbah une volonté
 ?cuménique, une critique en profondeur de la loi islamique et
des concepts tout à fait rationalistes, dont cette idée "la
raison consiste à ne rien croire et tout oser" (sources :
"Dictionnaire de l’Occultisme" de Roger Luc Mary, éditions
Dervy, collection "La Roue Céleste" et "Encyclopédie Critique de
l’Ésotérisme" de Jean Servier, éditions des Presses
Universitaires de France). Je ne prétends pas être capable de
dire qui étaient alors vraiment les "haschichins", mais le jeu
"Miles Christi" leur a consacré un intéressant supplément,
exploitable également pour nombre d’autres jeux plus ou moins
"médiévaux-historiques" (je pencherais pour "Vampire/Mage : the
Dark Ages" et "Ars Magica", à première vue).

/Le Spadassin :/ Popularisé par le théâtre d’inspiration
italienne puis les romans de cape et d’épée, le "spadaccino" (de
"spada", épée) était d’abord l’amateur de duel de la renaissance
italienne avant de devenir l’exécuteur des basses œuvres des
vendettas, conflits politiques et luttes d’influences dans une
époque particulièrement troublée ou les cités-états et les
grandes familles s’entre-massacraient allégrement, puis d’être
élevé au rang d’allégorie de la félonie dans tout le théâtre
romantique. Si vous êtes amateur de l’époque et que les états
d’âme des assassins vous branchent, je ne peut que vous
conseiller la lecture (ou la vision) de l’excellent
"Lorenzaccio" de Musset.

*Quelques références culturelles :*

Les œuvres citées ici ne sont qu’une sélection personnelle, que
je crois suffisamment documentaire et "éclairante" sur le métier
d’assassin. Il en existe des centaine d’autres, évidemment.

Films : "The Mechanic" (avec Bronson, très "technique" et très
70’s), "Assassins" (la version hollywoodienne avec Stallone et
Banderas, pas merveilleux mais des choses à prendre) et
"Assassin(s)" (de Kassowitz, pas génial mais valable par la
prestation de Serrault et le petit quotidien mesquin d’un vieux
tueur aigri), "Fallen Angels" (Wong Kar Waï, intéressante
relation tueur/intermédiaire), "Cible émouvante" (de Salvadori,
plein de "petits trucs qui font vrais" en plus d’être hilarant,
notamment Jean Rochefort en tueur dépressif...).

Romans : le cycle de "L’assassin Royal" de Robin
Hobb (remarquable sur les trois premiers tomes, après on
s’éloigne un peu du thème de l’assassin), "La position du tireur
couché" de JP Manchette (comment devient-on un tueur, pourquoi en
meurt-on souvent), "Un tueur sur la route" de James Ellroy (le
personnage est un serial killer, mais l’aspect technique et
l’ambiance malsaine sont très bien rendue).

BD : "Le Tueur" de Matz et Jacamon (très bon, à la fois dans
l’aspect documentaire, la qualité du scénario et du graphisme.
Très recommandé.), "SODA" de Tome et Gazzoti (les tomes 4,6, 7
et 8, qui traite plus spécifiquement des tueurs). "Les Enragés"
de le Saec et Chauvel (excellent scénariste), qui diversifie les
points de vue sur cette profession (la petite frappe, le vieux pro, etc...).

P.-S.

Bon, comme c’est encore un article fait par le chef de
rub’ pour sa propre rubrique, j’aimerais un maximum d’avis et de critiques, et notamment si vous avez d’autres "techniques de pro", ça m’intéresse.


Encadrement arrondi
Les commentaires sur cet article

2011-04-17 00:20:10 - Pitche

Un article des plus intéressants qui met bien en relief tout ce qui peut occuper un assassin tant en amont qu’en aval de son "travail". Une lecture fort plaisant et instructive pour "éviter" des lieux communs et renforcer la réalité de l’action, du personnage.

2009-08-21 16:19:58 - Tancrieler

En tant que film, je recommande fortement aux âmes modérément sensibles de regarder "C’est arrivé près de chez vous" avec Poelvoorde, très bonne documentation sur les méthodes d’assassinats crapuleux d’un tueur à la petite semaine.

Et en plus, si vous aimez le mauvais goût, vous trouverez sûrement ça marrant...

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