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Livre des cinq anneaux

Période impériale (0-1120)

Cours privés

par David Thun, traduit par Katsugi/Gap

jeudi 16 mars 2006

Doji Hoturi accompagne son sensei, Kakita Toshimoko.

Un vieil homme et un jeune garçon marchaient en silence le long de la route de Tachibana.
Un groupe de paysans, qui travaillaient dans les champs situés le long de la route, arrêta de travailler pour les regarder passer : ces deux-là formaient en effet un couple inhabituel. Le garçon devait avoir treize ans. Il était petit mais bien bâti, et vêtu de soie bleue digne d’un fils de courtisan. Ses cheveux sombres étaient longs, et sa queue de cheval en était décolorée selon la mode suivie par les jeunes du clan de la Grue. Il ne portait pas d’arme et, à chacun de ses sourires, les jeunes paysannes rougissaient et cachaient leurs visages.
A l’opposé, lorsque le vieil homme passa, les corbeaux s’envolèrent des champs, croassant de peur. Ses robes grises délavées laissaient penser qu’il avait dormi habillé, et ses cheveux en désordre avaient une couleur similaire à celle de ses vêtements. Ses bras et son torse noueux étaient couverts de cicatrices. Cependant, les pommeaux de ses sabres brillaient d’un entretien sans faille, et ses yeux noirs déterminés semblaient tout étudier autour de lui, même ce qu’il ne regardait pas.

"Hoturi-kun," dit le vieil homme, marquant soudain une halte.
"Hai, Toshimoko-sensei !" répondit de garçon, détournant son attention du champ où travaillaient les charmantes jeunes filles.
"Regardes-tu ces paysannes ?"
Doji Hoturi avala sa salive. Il savait que s’il répondait honnêtement, il aurait des problèmes. Mais il savait également que mentir ne lui causerait que plus de problèmes.
"Hai, sensei," répondit-il, hésitant.
"Bien," dit Toshimoko, reprenant sa marche. "Si tu aspires à devenir un kengo, un maître de sabre, tu devrais toujours être conscient de tout ce qui t’entoure." Se grattant la nuque, il ajouta avec philosophie : "Surtout quand de jolies filles sont impliquées."
Hoturi cligna des yeux, quelque peu incertain. Il n’avait après tout que treize ans.

Au final, le vieil homme et le garçon présentaient un spectacle surprenant. Mais les paysans, où qu’ils vivent, sont des gens d’esprit pratique, et quand des paysans rokugani se retrouvent face quelquechose d’inattendu, la solution la plus sûre reste de s’incliner profondément, et d’espérer que la chose en question s’en aille d’elle-même. Cette fois-ci, malheureusement, la méthode no fonctionna pas.

Des bruits de métal et un choeur de cris rauques s’éleva derrière les deux samuraï.
"Qu’est-ce ?" Le garçon se retourna, mais le vieil homme garda sa position.
"Ceci," dit Kakita Toshimoko, "n’est pas une jolie fille."
Derrière le maître et son élève, un samuraï robuste portant les couleur du clan du Lion se tenait sur la route. Son visage rouge était crispé de rage, et il tenait en main un katana orné de joyaux. Les craquements de son armure lacée de soie, le bruissement de son plumet de crin, tout chez ce samuraï exprimait la colère. Même le bandeau d’ivoire retenant son chignon semblait se balancer sous l’effort d’une rage à peine contenue. Les paysans levèrent les yeux à son arrivée, soupirèrent, et rabaissèrent vite leurs têtes.

Le samuraï du clan du Lion rugit d’indignation.
"Kakita Toshimoko !"
Le vieil homme leva un peu la tête, mais ne se retourna toujours pas.
"Hai ?"
Le samuraï du clan du Lion lui jeta un regard acéré. "Je suis Matsu Shigatori ! Je suis venu jusqu’à la capitale pour éprouver mon sabre face au vôtre ! Pendant cinq jours et quatre nuits, mes messagers ont apportés mes défis à votre dojo. Pendant cinq jours et quatre nuits, vous les avez ignorés ! Et voilà que pour vous affronter, je dois vous poursuivre comme un chien errant ? Vous êtes un lâche !"

Le garçon retourna son regard et fit un pas en avant, avant que Toshimoko ne l’arrête d’un geste.
"Je reçois de nombreux défis," dit le vieil homme. "Quel était votre nom, déjà ?"
"Matsu Shigatori ! J’ai vaincu six Scorpions lors de la bataille des Pins Blancs ! C’est moi qui ai fait face en bataille à Hida Matahachi, et qui l’ai battu en combat singulier malgré ma lame brisée, au pont de Sengyo. C’est moi qui -"
"Oh, oui," l’interrompit Toshimoko au milieu de sa tirade. "Shigatori. Pas très malin de votre part d’avoir brisé votre sabre."
Le garçon regarda avec intérêt le visage du Lion passer du rouge à différentes teintes violacées. Shigatori s’étouffa en bredouillant, mais finit par ne rien dire.

Toshimoko continua : "Je suis actuellement occupé par d’autres sujets. J’accompagne mon disciple, Hoturi-kun, pour un voyage d’entraînement..." Hoturi s’inclina poliment ainsi qu’on lui avait enseigné. "... et je serai indisponible pour un jour ou deux. Cela dit, vous êtes le bienvenu pour prendre rendez-vous plus tard à mon dojo. Les cours pour débutants ont lieu à l’heure du Lièvre..."
"Débutant ? Débutant !" hurla Shigatori. Il chargea, balançant son katana par-dessus sa tête.
Les épaules de Toshimoko réagirent, et son katana, encore enveloppé dans son saya, se retrouva dans sa main. Son poignet s’agita, deux craquements secs retentirent, comme si un pic-vert frappait son arbre favori, et deux marques éclatantes apparurent sur le visage de Shigatori. Un petit pas à droite, un son semblable à celui que feraient des bâtons de repassage frappant des draps, et ce dernier glissa inconscient jusqu’au sol, son arme ornée de joyaux brisée en deux.

"Votre coude était plié," fit remarquer Toshimoko en rattachant son arme à sa ceinture. "Pas étonnant que vous brisiez vos sabres." Il jeta un coup d’oeil à Hoturi. "Disciple, viens ici."
"Oui, sensei ?" demanda Hoturi, courant auprès de lui les yeux brillants d’admiration.
Toshimoko fit un geste. "Aie la gentillesse de fouiller dans la bourse de cet homme, et trouve-moi deux kokus-or."
Hoturi cligna des yeux. Fouiller les bourses n’était pas dans les habitudes de son clan, surtout chez des personnes bien éduquées. "Sensei ? N’est-ce pas du vol ?" s’enquérit-il.
Toshimoko le regarda fixement. Hoturi connaissait bien ce regard. Il ravala sa salive, pêcha deux pièces d’or dans la poche de Shigatori, et les tendit silencieusement à son maître. Le vieil homme fit rebondir les pièces dans sa main, puis sourit légèrement.
"Les cours privés," dit-il, "coûtent cher."



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