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Livre des cinq anneaux

Ere des Quatre Vents (1155-1160)

La tour du soleil couchant

traduction de Katsugi

jeudi 16 mars 2006, par Shawn Carman

Katsu signe un pacte avec le Sombre oracle de la Terre.

Peu après la bataille de la Porte de l’Oubli
La bête rampait dans sa cave, inattentive à la tempête qui faisait rage à l’extérieur. Son repas, les restes souillés d’un gobelin qu’elle avait tué, reposait abandonné dans un coin. La créature tenait sa tête entre ses mains, se tirant les cheveux et balançant sur ses hanches, fouillant désespérément son esprit en quête d’une vérité insaisissable qu’elle ne semblait pas pouvoir se remémorer.
Quel avait été son nom ?
Autrefois, elle avait eu une meute. Il y en avait eu d’autres comme elle, et ils l’avaient appelée par son nom. Mais c’était longtemps auparavant, avant qu’elle ait chu. Elle se souvenait de si peu de choses, et cela devenait chaque jour plus dur.
Un mouvement à l’entrée de la caverne attira son attention, faisant bondir la bête plus loin dans l’obscurité, grognant et montrant les dents. Une femme se tenait à l’entrée, ses robes noires claquant autour d’elle dans les vents de la tempête. Elle observa la bête pendant un long moment, puis psalmodia doucement et leva sa main dans sa direction.
Une secousse parcourut soudain la bête, l’envoyant s’étaler sur le sol rocheux, se tordant de douleur. "Ca va passer," dit la femme. "Peux-tu me comprendre à présent ?"
"Oui," dit-il en haletant. Il se releva difficilement, jetant un regard de biais à la carcasse qu’il s’était apprété à manger. Par les fortunes, avait-il vraiment tué cette chose à l’aide de ses dents et de ses mains nues ? Une vague de dégoût le parcourut. Il couvrit son visage de ses mains, et découvrit sa peau froide et flasque, ainsi que la fine couche de sueur qui la recouvrait.
"Tu dois m’écouter à présent," dit la femme d’un ton urgent, "car je n’ai aucun moyen de savoir combien de temps tu pourras t’en souvenir. Ma magie est différente à présent." Les vents soufflèrent plus fort, balayant à nouveau les contours de son kimono noirci. Elle regarda dans le vide un moment jusqu’à ce que les vents se calment, puis elle se concentra à nouveau sur l’homme qui lui faisait face. "Te souviens-tu qui je suis ?"
Il acquiesça. "Jomyako," chuchotta-t-il d’une voix rauque. "Nous nous sommes rencontrés pendant la bataille aux portes de Volturnum. Nous..."
"Nous nous sommes mutuellement offert du réconfort dans ces lieux maudits," termina-t-elle. "Les choses ont changé. Tu es ce que tu es, et je... je suis en train de changer. Je ne sais pas ce que je m’apprête à devenir, mais je sais quel est mon devoir." Pour la première fois, le samuraï remarqua ce que Jomyako tenait dans ses bras. Un baluchon qui bougeait par sa propre volonté. Elle le lui tendit.
"Qu’est-ce ?" demanda l’homme d’une voix râpeuse.
Jomyako sourit tristement. "Sans doute les derniers restes de notre humanité," répondit-elle. "Je ne peux pas le garder. Quoi que je puisse devenir, il ne survivra pas s’il reste avec moi." Les vents rugirent de colère à l’extérieur, et elle grimaça de douleur. "Tu dois l’emmener."
Il secoua la tête. "Je ne peux pas. Tu as vu ce que je suis devenu, ce que je m’apprétais à faire avant que tu apparaisses." Il tenta désespérément de ne pas penser à la viande froide et pourrie qui reposait sur le sol de pierre, dans son dos.
"Tu le dois. "Tu as été..." elle s’interrompit un instant, puis reprit : "tu es un homme bon et honnête. Si l’enfant a une chance de survivre en ces lieux, ce n’est qu’avec toi qu’il le pourra." Elle approcha, tenant l’enfant à bout de bras. "Prends-le, je t’en prie," murmura-t-elle. "Je dois m’en aller."
Le samuraï tendit les bras et se saisit du minuscule fardeau. A l’instant où il le fit, un puissant souffle de vent traversa la caverne, le repoussant en arrière de plusieurs pas, et le forçant à fermer les yeux. Quand il les rouvrit, Jomyako avait disparu. Il baissa les yeux sur la petite forme vêtue de haillons misérables.
"Je me souviendrai," promit-il. "Je me souviendrai de qui et ce que j’ai été, et de qui et ce que je suis encore." Il caressa la joue de l’enfant de ses doigts noircis. "Et je me souviens de mon nom, à présent," murmura-t-il.
Dans l’obscurité, le samuraï serra le paquet, le balançant et répétant son nom, encore et encore.

A l’époque des Quatre Vents
Bien que certainement impressionante, Otosan Uchi ne ressemblait pas à ce que Katsu avait imaginé. Les histoires de son père avaient évoqué les images d’une cité vaste et impénétrable, parfaite dans tous ses aspects. Cette cité était entourée d’un mur en ruines sur tout son périmètre. Même avec beaucoup d’imagination, elle était loin d’être sans faille.
Il s’était peut-être trompé, et cette ville pourrait ne pas être Otosan Uchi.
Non, c’était impossible. La baie était telle que son père l’avait décrite, avec les ruines de la Tour du Soleil Couchant qui parsemaient l’une des péninsules jumelles gardant l’entrée des eaux de la cité. Durant sa jeunesse, le père de Katsu avait servi dans la garde impériale de Rokugan. Pendant une période de son service à Otosan Uchi, il avait été posté sur la Tour du Soleil Couchant, surveillant les vastes mers qui s’étendaient au-delà à la recherche de vaisseaux en approche. Katsu et son père s’étaient accrochés aux images évoquées par ces contes pour résister à la corruption de la Souillure. Leur combat avait été long et difficile, mais ils l’avaient remporté. Ils étaient souillés, mais pas Egarés. Ils avaient tous deux survécu pendant de longues années, errant entre le nord de l’Outremonde et les Montagnes du Crépuscule. La lame de son père et son intelligence les avaient protégés pendant l’enfance de Katsu, et au fur et à mesure de son évolution, Katsu commença à utiliser sa propre magie du feu pour protéger son père faiblissant.
Une douleur soudaine frappa le corps de Katsu, l’étouffant et le faisant chuter à genoux. Il s’écroula, ramassé sur lui-même, du sang coulant de son nez et de sa bouche. Le combat constant contre la Souillure avait un terrible prix pour son corps. Le même que son père avait payé avant lui. Cette bataille l’avait consumé des années plus tôt. Le vieil homme était mort brisé, mais pas vaincu.
"Donne-moi la force, père," murmura Katsu. "Je ne tiendrai plus longtemps." En effet, souvent Katsu imaginait simplement laisser la corruption s’emparer de son corps comme elle l’avait fait avec sa mère, et parfois il pensait même simplement au suicide. Maintenant qu’il avait fui l’Outremonde, il était quasiment certain de ne pas se relever en temps que mort-vivant au service de Daigotsu.
L’image de son père jaillit, libérée dans l’esprit de Katsu. Pour un guerrier, la reddition ne serait jamais une option. Dans ses derniers jours, la douleur qui déchirait le corps de son père avait terrifié Katsu. Mais le vieil homme n’avait jamais crié, ne s’était jamais rendu jusqu’à sa mort. Celle-ci avait été son triomphe.
Katsu savait qu’il ne pourrait jamais remporter une telle victoire. Il n’avait que deux choix : mort ou corruption. Et il savait qu’il ne serait pas assez courageux pour affronter l’un des deux.
Plein d’effroi mais résigné, il se leva du sol. Il fouilla la sacoche qu’il emportait toujours avec lui, et en retira un énorme diamant d’un noir d’encre. Pour ceux qui n’en connaissaient pas l’usage, le diamant aurait été un trésor d’une grande valeur. Pour ceux qui le connaissaient, il était à la fois inestimable et insidieusement dangereux, un objet à craindre et à détruire si cela était possible. Pendant un long moment, Katsu se dressa sur la colline dominant la baie, tenant le diamant dans sa main. Il attendit jusqu’à ce que le soleil eût disparu au-delà de l’horizon. C’était aussi beau que son père le lui avait souvent répété. Il était temps.
Au nom du Sombre Traité de la Terre," prononça-t-il dans la sombre langue de l’Outremonde, "je t’ordonne d’apparaître devant moi."
Un grondement emplit l’air. Plus bas, il pouvait voir le mur d’enceinte de la cité trembler et s’écrouler à certains endroits. Des paysans sortaient de leurs maisons en courant et se ruaient frénétiquement dans les champs, sans raison apparente. Aux pieds de Katsu, le sol entra en ébullition, des rochers remontant du plus profond de la terre. De façon étonnament peu impressionnante, un homme gigantesque s’arracha enfin du sol.
Le nouveau-venu était énorme, presque aussi grand qu’un ogre. Sa peau avait la couleur de la cendre, et son bras gauche avait été remplacé par une pince monstrueuse. Son visage était déformé par la colère. "Qui ose m’invoquer ?" résonna-t-il d’une voix qui sonnait comme des rochers chutant d’une montagne. La pince gigantesque claquait et déchirait l’air furieusement, comme si le fait qu’on dérange son maître l’avait mise en colère.
"Je t’ai invoqué, Nokatsu," dit simplement Katsu.
L’homme qui avait été Yasuki Nokatsu lui jeta un regard plein d’un mélange de surprise et de dégoût. "Tu es le fils de Jomyako. Celui qui refuse d’accepter son destin." Le Sombre Orable poussa un ricanement empli de haine. "Epargne-toi cette douleur, petit. Assume-le."
Ignorant ses conseils, Katsu leva le diamant dans sa direction. "Le Sombre Traité de la Terre t’oblige à accomplir une tâche selon mon désir." Il fit une pause, permettant à Nokatsu de s’irriter de ses paroles. A sa grande surprise, le Sombre Oracle ne fit que montrer ses crocs.
"Allez, dépèche-toi. On a besoin de moi ailleurs, et j’ai peu de temps à consacrer à ton idiotie, fou que tu es."
Déstabilisé par l’acquiescement de Nokatsu, Katsu fit une nouvelle pause, examinant le monstre consciencieusement. Sa recherche ne donnant rien, il haussa les épaules et continua. "Je t’ordonne de rebâtir la Tour du Soleil Couchant, exactement telle qu’elle était avant sa destruction, et sans que la moindre trace de la souillure ne l’imprègne."
Nokatsu regarda le jeune homme, momentanément ébahi. "A quoi joues-tu, gamin ? Tu m’as invoqué pour ça ?"
Katsu acquiesça. "En effet. C’est un dernier présent pour mon père, un monument dédié à sa mémoire et à sa force."
L’homme massif secoua la tête. "Tu sais que le Traité ne te donne qu’une seule faveur, et qu’une fois celle-ci accomplie tu ne jouiras plus de sa protection contre ma puissance." Katsu acquiesça à nouveau silencieusement. Le visage de l’Oracle se fendit en un rictus animal, prédateur. "Quand ma tâche sera achevée, soit tu m’accompagneras de ton plein gré en Outremonde, où tu devras utiliser ta magie au service de Daigotsu... soit tu mourras de ma main, ici et maintenant." La terrible pince de métal s’ouvrit et se referma de façon répétée, comme désireuse de goûter sa chair.
Katsu ferma les yeux. Il savait que c’était le choix qu’il aurait à affronter. Il avait espéré qu’au moment décisif, il aurait la force de choisir la mort. Mais il découvrait que ce n’était pas le cas. "Je t’accompagnerai," murmura-t-il.
Dans un rire qui secoua les collines, Nokatsu fit un geste de la main en direction de la péninsule. En un instant, les vieilles ruines de la Tour du Soleil Couchant bondirent du sol et commencèrent à se réassembler. Après quelques secondes à peine, la majestueuse tour se dressait à nouveau face à la baie, son ombre immense s’étendant sur l’eau jusqu’aux docks d’Otosan Uchi. De là où il se tenait, Katsu pouvait voir les dockers la pointer du doigt et courir prévenir la garde. "C’est pour toi, père," dit-il doucement.
Nokatsu rit à nouveau. "Ta mère sera très heureuse de te revoir, Katsu. Elle a souvent regretté de t’avoir laissé auprès de cet imbécile il y a des années. Il n’est peut-être pas trop tard pour t’assurer une éducation correcte, dans ta véritable famille."
Katsu ne répondit pas, mais se retourna soudainement, et balança le diamant noirci, le faisant voler en direction de la baie jusqu’à ce qu’il disparaisse dans ses flots. Nokatsu gronda férocement dans sa direction. "Tu paieras pour ça, chien."
"Ce prix a déjà été payé au centuple," répondit Katsu. Il ne dit plus un mot quand la terre s’éleva et avala les deux hommes, les emmenant loin de la capitale, au plus profond du terrible royaume de l’Outremonde.



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