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Livre des cinq anneaux

La première partie de chasse

jeudi 16 mars 2006, par Shiba Akaijin

Cette brève nouvelle se réfère au Clan du Cygne, création originale de Shiba Akaijin et Akodo Sonohito.

Jiruma Utien pressait son cheval tout en discutant avec son ami. Ils traversaient une forêt aux larges espaces, en longeant un torrent clair. Les pas des chevaux faisaient crisser la neige. Dans ce matin clair d’hiver, les formes habillées de blanc semblaient
quasi-surnaturelles de luminosité.

- Et maintenant, voudrais-tu m’expliquer ce qu’on est censé faire ? demanda Kamisen Garowu.
- On doit chercher quelqu’un.
- Qui ?
- Quelqu’un.
- Pour quoi faire ?
- L’éliminer.
- Et on est censé le trouver comment ?
- Je n’en sais rien. On est censé le trouver, c’est tout. Sotei-sama m’a dit qu’il se trouverait derrière le col.
- Parfait. Mais qu’est-ce que je fais ici ?
- Tu n’avais qu’à ne pas demander à Kamisen Demisuru-sama le droit de m’accompagner.
- Et qu’est-ce que tu aurais fait, tout seul ? De plus, le plus tôt viendra mon gempukku, le mieux ce sera.
- Si tu ne t’améliores pas rapidement, tu l’attendras pendant des années, ton gempukku...

Utien ne participait que distraitement à la
conversation. Une chose l’intriguait. Depuis leur départ dans sa mémoire flottait une phrase, une phrase qu’il connaissait : Quel que soit l’endroit... C’était le début d’un haiku. Mais Utien avait beau fouiller sa mémoire pourtant excellente, il lui était impossible de se rappeler la suite. Et cela faisait des heures qu’il cherchait.

Le soir commença de tomber lorsque les deux jeunes gens sortaient de la forêt. Leurs chevaux, de grandes et puissantes bêtes, au poil long et immaculé, semblaient ne pas souffrir de l’effort, pourtant compliqué par l’altitude qui devenait plus que conséquente. Utien frissonna.

- Tu as froid ? demanda Garowu.
- Pas toi ? répondit Utien.
- Tu sais bien que je n’ai jamais vraiment froid. Au plus je ressens
une agréable fraîcheur.
- Ah oui, le fameux enseignement Kamisen... En attendant, moi je fais
un feu. Autant se protéger des bêtes.

Le feu prit rapidement. Tandis que Garowu s’endormait,
Utien restait plongé dans ses pensées. Quel que soit l’endroit... Qu’est-ce que cela signifiait ? Il se laissa glisser dans la méditation. Il entrevit une lumière au centre de son esprit, qui grandit rapidement pour devenir un sentier immaculé. Alors que sa conscience le suivait, il vit se profiler au loin un obstacle sombre. Alors, sans lutter, il vit le sentier lumineux vaincre et dissoudre l’obstacle. Alors que sa pensée
sortait de la méditation, il entrevit aux franges de la conscience deux phénomènes. L’un, d’une blancheur éclatante, d’une puissance phénoménale, semblait irradier d’une protection et d’un orgueil paternel énorme. De l’autre, plus gris, plus nuancé, plus faible, émanait une satisfaction sourde à l’image de
l’obstacle détruit.

Utien revint à la conscience. Le feu s’était éteint, et la nuit touchait à sa fin. Les chevaux étaient réveillés. Il regarda Garowu, qui semblait devoir bientôt
s’éveiller. Incessamment le soleil allait sortir de derrière le Pic Bleu. Il allait falloir reprendre la route.

Garowu et Utien, sur leurs chevaux, contemplait
la vallée qui s’étendait derrière le col des quatre-vingts. Il était tôt, et la neige prenait une teinte rosée sous le soleil. De la buée sortait des naseaux des chevaux. En bas
s’étendait une large plaine recouverte de neige vierge qui allait se perdre dans une sombre forêt de conifères.

- Splendide, murmura Utien.
- C’est le territoire de ma famille, répondit Garowu non sans fierté.

Utien ne répondit pas. Quelque chose venait
de heurter son esprit. Il se souvenait de la deuxième phrase du poème : Notre vengeance attendra... Et il sembla à Utien que cela lui donnait une compréhension nouvelle. A nouveau cette
puissance immaculée et protectrice. Du coin de l’oeil, Utien vit le regard de Garowu changer. Lui aussi, il ressentait cette présence.

Puis elle s’évanouit. Mais Utien avait
le regard fixé sur un endroit de la forêt. Là était leur objectif, il en était certain.

C’était le milieu de la matinée,
et les deux jeunes samouraïs venaient de pénétrer dans la forêt au-delà des territoires de Rokugan. Ils cherchaient quelque chose, quelque chose ou plutôt quelqu’un.

Ce fut Garowu qui le premier vit le campement.

- Regarde !
- On dirait un site de camp, fit Utien en observant les besaces, et les différentes fioles remplies de diverses résines végétales.

Un futon était par terre, et un foyer était visible.

- Je suppose que c’est l’homme qu’on cherche, fit Garowu.
- En effet, répondit une voix derrière eux.

L’homme les avait aperçus dès
leur entrée dans la forêt. La façon dont ils se tenaient indiquait clairement qu’il s’agissait de jeunes inexpérimentés.
Il pouvait se permettre un vrai combat tel qu’il en rêvait depuis des semaines qu’il était ici. Il les avait laissés pénétrer
jusqu’à son campement parce qu’il y connaissait mieux le terrain. A présent il s’avançait, la main sur son katana, tandis que les deux jeunes habillés de blanc faisaient volte-face.

En voyant l’homme vêtu de noir approcher,
la main sur son arme, Utien saisit son wakizashi. Mais avant qu’il n’ait sorti la lame, il entendit son compagnon dire :

- Arrête. Tu connais la règle. Tu cherches, je détruis.

Garowu descendit de cheval pour faire face à
l’inconnu. En même temps ils sortirent leurs katanas de leurs fourreaux. Ils commencèrent à tourner, l’un en face de l’autre, sur la neige. Soudain l’homme en noir s’élança. Une large estafilade courut le long de la poitrine de Garowu, le sang commençant à imbiber le tissu immaculé que portait le jeune bushi du clan du Cygne. Ses yeux rétrécirent tandis qu’il murmurait :

- Joli. A mon tour maintenant.

Le coup que porta Garowu désorienta complètement son adversaire. Utien le ressentit comme si la nature entière portait le coup en même temps que son ami. Alors que le corps de l’homme
en noir, la poitrine fendue en deux, s’effondrait, Utien réalisa la véritable puissance que détenait son ami. A ce moment précis le jeune shugenja ressentit la présence de cet être
gris, portant un soulagement infini devant la destruction de son adversaire. A cet instant revint à sa mémoire le dernier vers : L’âme
n’oublie pas.

Une fois Garowu soigné, ils repartirent
en emmenant les pièces à conviction.
Sur le chemin, le bushi demanda à son ami :

- Et maintenant, tu as une idée de pourquoi Sotei-sama nous a envoyé tuer ce type ? Il lui en voulait ?
- A mon avis, c’est une histoire bien plus ancienne.
- Je suppose que tu ne m’expliqueras rien d’autre ?
- ...
- Bien sûr.
- ...
- Au moins, on aura mérité notre gempukku.

Quel que soit l’endroit
Notre vengeance attendra
L’âme n’oublie pas.

attribué à Taroki Tsuruma, poète peu connu.



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