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Livre des cinq anneaux

Matsu Nikkei - IV

Tragédie

dimanche 8 février 2009, par Togashi Norimune

La conclusion de cette présentation de Matsu Nikkei, dont vous pourrez prochainement découvrir les aventures dans la rubrique Scénarios.

Le vent devenait de plus en plus frais ; annonçant les prémices d’un hiver encore rude sur les terres centrales de l’Empire d’Emeraude. Les feuilles jaunies par l’automne finissaient de tomber dans les jardins, aux abords des routes et dans les forêts. Sur les plus hauts sommets des montagnes Koka, au sud de la ville de Tonfajutsen ; la cité capturée était drapée de l’or du soleil naissant. De ce point, c’était une vue des plus enchanteresse ; un royaume de paradis tout droit sorti de l’imagination d’un peintre. Nul bruit ne venait perturber le spectacle et nulle odeur ne se dégageait de l’estampe. Pourtant, la beauté abritait une nouvelle fois une chose dramatique en son sein.

Les yeux sévères du seigneur Karoïshi étaient fixés sur le centre de la cour de gravier blanc, scrutant les deux bushis qui se faisaient face, dans un silence de mort. Comme toujours, il s’était arrêté un instant pour contrôler la perfection de la scène, scrupuleusement méticuleux dans le respect du protocole et avait pris place sur son estrade avec gravité. A sa droite, siégeait sur un tabouret pliant, Akodo Noburo, et à sa gauche, Matsu Nikkei.
Leur présence à ses cotés l’avait toujours réconforté, mais la tragédie d’aujourd’hui était trop personnelle pour que, cette fois, cela soit le cas. Pire, il n’osait pas se tourner pour les regarder. La culpabilité de ne pas avoir su trouver de meilleures solutions au problème l’envahissait. Que pouvais-je faire d’autre ? pensa t-il. Comment aurais-je pu rétablir l’honneur de Matsu Toshiro, tout en évitant un duel contre l’un des meilleurs bretteurs de tout Rokugan ? Mais les questions ne trouvaient pas de réponses.

Il revint dans le présent et desserra peu à peu les mains qui froissaient inconsciemment son hakama. Quoiqu’il en fût, les évènements de ce matin entacheraient les liens d’amitié que le temps et les épreuves avaient mis si longtemps à tisser entre les trois hommes. Il inspira profondément et frappa dans ses mains, annonçant le départ de la procédure du duel. Les deux bushis étaient à quelques mètres l’un de l’autre ; impassibles dans leur kimono de cérémonie. Autour d’eux, plaqués contre les hauts murs fortifiés, des gardes armés de yari et de sabres restaient immobiles en fixant un point imaginaire droit devant, semblable à des statues.
Des témoins étaient assis sur des sièges derrière l’estrade du seigneur. Tous muets et révérencieux. Un homme avec un petit tambour se mit à battre la cadence lentement en chantant d’une voix chaloupée des prières aux kamis, alternant voix aigue et voix grave. Même si la plupart des protagonistes ne comprenaient pas le sens des mots, tous en percevaient le sentiment de peine et de destin brisé qui s’en dégageait. Les derniers sons moururent et laissèrent place au silence, de nouveau pesant. Le seigneur Karoïshi prit alors la parole d’une voix grave.

- Nous sommes ici en ce jour pour assister au duel au premier sang d’Akodo Tekusaï et de Matsu Toshiro, suite à la demande de celui-ci. L’insulte faite à l’honneur de Matsu Toshiro exige réparation. La volonté des kamis décidera de la véracité des dires d’Akodo Tekusaï. A la suite de l’affrontement et qu’’importe les résultats, tous devront en accepter les conséquences sans aucun recours. Il s’arrêta en posant fermement son regard sur chacun des bushis qui le saluait et reprit. Puisses vos ancêtres vous guider vers votre destin.

Les combattants se saluèrent et prirent chacun rapidement une posture de combat. Tekusaï avait déjà sorti son sabre de son saya en prenant une garde haute, alors que Toshiro restait les bras le long du corps, le regard brulant de haine. Ils se jaugèrent pendant quelques secondes lorsque, soudain, Toshiro laissa exploser sa rage en un rugissement. Tekusaï fut si surpris par la manœuvre qu’il perdit sa concentration et laissa à son adversaire le temps de parcourir l’espace qui les séparaient sans réagir.
Il réussit de justesse à contrer la puissante attaque horizontale en bondissant en arrière et en accompagnant la lame avec la sienne, mais déjà Toshiro enchainait sur une multitude de coupes meurtrières dans une volonté de tuer incontrôlable. Tekusaï réagit avec fluidité en épousant chacune des attaques et laissa le berserker s’essouffler petit à petit. Après un moment, les assauts perdirent de leur sauvagerie et Tekusai commença à imposer son rythme, ne laissant pas de repos au lion enragé. Cependant alors que la donne avait changé en un battement de cœur, Toshiro ne faiblissait pas et rendait coup pour coup ; envahi d’une énergie inépuisable. Il puisait en plein cœur de la haine éprouvé pour sa Némésis, que le destin avait trop longtemps mis sur son chemin.

Il brulait de colère mais il la maitrisait, ou tout du moins, il la canalisait. Les enseignements des professeurs Matsu lui avaient appris comment utiliser la rage au combat, tout en évitant de se laisser consumer par elle. Les kiaï et les bruits de lames qui s’entrechoquaient résonnaient dans la cour, ponctués par les brèves courses sur les graviers. Tous les spectateurs retenaient leurs souffles, hypnotisés par la danse des lames, qui semblait ne trouver aucun vainqueur.
Peu à peu, les coups devinrent moins précis et énergiques, mais beaucoup plus dangereux. Les esquives devinrent de vraies prouesses d’acrobaties. C’est alors que Toshiro surpris l’assemblée, en s’accroupissant devant Tekusai et en pointant son katana vers ses yeux. Là, il respira à plein poumons et étudia son adversaire, observant son rythme régulier d’inspiration et d’expiration. L’Akodo ne comprit pas la manœuvre, essayant par tous les moyens de saisir la stratégie de son adversaire, il oublia de maintenir une attitude imprévisible. Il réalisa trop tard son erreur.

Toshiro stabilisa son souffle et s’élança de la pointe des pieds vers lui, sabre haut, dans une tentative de frappe sur le sommet du crane. Son rival réagit en un éclair en anticipant avec une coupe horizontale, qui ne trouva aucune résistance. Toshiro avait feinté en s’immobilisant net avant sa réaction. Tekusai était le meilleur bretteur mais il ne jouissait pas des capacités d’endurance musculaires et de récupération de Toshiro. Il ne put retenir son sabre, trop lourd, ni esquiver ; ses sens figés dans l’incompréhension. Il ne put percevoir que la sensation de froid qui irradiait sur sa joue gauche. Les informations visuelles transitaient trop rapidement pour son intellect. Il vit Toshiro se retirer calmement, faire un quart de tour sur la droite et s’incliner profondément une fois son sabre rangé, mais il ne le concevait pas.
Ses muscles étaient toujours tétanisés par la dernière action. C’est alors qu’il relâcha la tension et reprit une position normale, en sentant un liquide perler jusqu’au menton. Il toucha plus par reflexe que dans une attention particulière de constater les dégâts et éprouva une vive douleur lorsque ses doigts écartèrent les deux cotés de la plaie. Il laissa échapper un soupir de douleur en reprenant conscience. Son esprit s’ouvrit et il sut entre toutes autres choses, qu’il avait perdu.

Après un court instant de silence solennel, il rangea son arme à son tour et s’inclina devant son seigneur, ses traits masquant sa honte tant bien que mal. Il entendit le verdict et vit le soulagement se dessiner sur les visages de son professeur et du supérieur de son ennemi. Finalement tous s’inclinèrent et le daïmyo Akodo Karoïshi prit congé. Puis ce fut au tour de ses lieutenants et enfin des témoins, laissant les deux bushis seul dans la cour avec les ji-samouraï. Matsu Toshiro épousseta son hakama énergiquement et défit l’attache qui relevait ses amples manches.

- Il semblerait que mes ancêtres étaient avec moi aujourd’hui, du bon coté, du coté de la vérité. Le regard qu’il jeta à Tekusaï était démoniaque. Celui-ci ne répliqua pas le moins du monde et son visage restait transparent à toutes émotions.

- Ne t’inquiète pas Toshiro-san, dit-il dans un murmure. Ce soir tu les rejoindras.

Le Matsu resta un instant interdit, les mots trouvant lentement un chemin vers sa conscience.

- Si tu tentes quoi que ce soit, je te jure que je...

- Bonne journée, le coupa Tekusaï en s’inclinant devant lui. Puis il quitta la cour laissant son interlocuteur savourer une amère victoire.

La journée se passa dans un calme relatif pour la population de la cité capturé. Mais le lendemain matin, on sonna le glas lorsque le corps de Matsu Toshiro fut retrouvé décapité dans une ruelle qui conduisait au temple de ses ancêtres.



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