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Mage : l'ascension

Orphelins

jeudi 1er avril 2010, par LT-P

Seule sur une terrasse je bois mon café. Comme dans la chanson. Et mon esprit s’égare une fois de plus alors que je contemple le carré de sucre en train de se dissoudre lentement.

L’odeur me rappelle invariablement ma grand-mère Aglaé. Dans notre village, les gens faisaient souvent appel à elle plutôt qu’au docteur. Celui-ci habitait la ville et ne se déplaçait pas volontiers, et puis il se faisait payer cher. Selon ma mère, les femmes ont toujours eu le Don dans notre famille. La mère éduquant la fille, sous les conseils de la génération précédente. Soigner les verrues, faire reculer la fièvre, réduire les fractures et poser des attelles, combattre les maladies et redonner le sourire aux gens.

Notre famille était pauvre mais vivait bien. Les gens pourvenaient à nos besoins en échange de notre aide, et mon père travaillait aux champs. Mes parents ne pouvaient pas payer l’instituteur pour que je suive les cours, mais le prêtre de notre paroisse rassemblait le jeudi après-midi les enfants comme moi et nous enseignait les rudiments de culture générale. Il disait "qu’importe que l’on ne sache pas lire, du moment que l’on marche dans la parole de Dieu". Il disait aussi qu’il était néanmoins nécessaire de savoir compter pour ne pas se faire escroquer par "ces pharisiens de commerçants aux dents longues."

Pour lui, nous répandions le Bien autour de nous, nous étions une famille était bénie. Ce n’est pas le cas. Je vois encore ma mère pleurer durant des heures tellement la douleur était grande. Et moi-même j’ai toujours le ventre noué par la peur de m’effondrer les os déformés par les spasmes du choc-en-retour. Et les larmes de sang, et les hémorragies subites... C’est aussi réel que le Don. Une mauvaise préparation, une erreur et c’en est fini du bonheur. Tout cela, ma famille l’a gardée pour elle durant des générations. Parfois, les crises sont irréelles : la peau qui change de couleur toutes les minutes, passant du vert au brun, puis au rouge, au bleu pour redevenir verte. Les cheveux qui poussent à l’envers jusqu’à la calvitie.

Lorsque j’étais encore enfant, Aglaé me racontait comment les personnes ayant le Don étaient chassées et brûlées pour sorcellerie au moyen-âge. L’ignorance des gens pour notre Don est la meilleure façon de nous protéger. C’est pour cette raison qu’il faut aborder un profil bas et ne pas tenter de nous surpasser.

De toute façon, vu les effets des chocs-en-retour, je n’en n’ai plus jamais eu envie après la nuit où j’ai soigné Gaston. il avait eu la poitrine éventrée par un ours et ne vivait encore par je ne sais quel miracle. Ma mère était en ville et j’étais seule avec mon père. Ils m’ont supplié de faire quelque chose. J’étais en larme, terrifiée par tout ce sang. J’ai posé les mains sur son torse. Je n’avais jamais guéri une plaie aussi grande. Et je sentais que le prix que je devrais payer en échange de sa vie risquerait de me tuer.

Je me suis trompée. Gaston a survécu, j’ai mis un mois à récupérer de mon arrêt cardiaque et notre famille a dû partir précipitamment car le prêtre a crié au miracle. Il voulait me présenter à l’évêque et me faire sainte. Plus jamais je me suis dit. Que Dieu reprenne son Don, je n’en veux pas.



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