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Dix miches la passe

dimanche 7 novembre 2010, par N’Qzi

Un témoignage de Nezha, une Khalère fraîchement débarquée à Bejofa pour y exercer le plus vieux métier du monde. Un scribe a accepté de le consigner en échange d’une petit paiement en nature.

Un texte sans fard qui plonge dans misère des pires quartiers immigrés de Bejofa. Âmes sensibles, s’abstenir.

Puisse cette lecture vous ouvrir les yeux sur la terrible réalité de ces maisons de passe...

L’inspiration de ce texte provient d’un document qui traite du délicat sujet de la prostitution. Retirez les références à Nightprowler et vous obtenez la situation des prostituées dans les pays arabes.

Comment tout a commencé

Mon nom est Neziha. J′ai 17 ans. J’ai commencé à me prostituer en cachette de ma famille comme occasionnelle. Juste pour acheter de la nourriture à la famille... Il y a quelque temps, je me suis laissée engrosser par un client. J’avais pourtant mon amulette de stérilité sur moi… Ne sachant que faire, j′ai fui mon quartier et je suis arrivé à Bejofa où j’ai retrouvé Naïma. Elle avait aussi quitté sa famille pour des raisons assez similaires aux miennes. Elle m′a aidée à me débarrasser du bébé chez une une sage-femme des Thaumaturges pour 1500 miches.
L’opération a été douloureuse mais la sage-femme m’a droguée et je n’en garde qu’un souvenir très diffus.
J’étais terrifiée à l′idée que ma famille ne prenne connaissance de ce qui s’était passé. Ne pouvant plus rentrer chez moi, j′ai prié Naïma de m′introduire dans le milieu. Solidarité oblige, elle m′a trouvé une place chez Zahara, une maquerelle qui l’avait autrefois accueillie chez elle...

En route vers la maison de passe

Je me suis laissée entraîner à travers les ruelles de la ville, traînant ma honte et ma douleur vers Derdatric, une commune du quartier du Vieux Port principalement peuplée de Khalers. La chaleur est suffocante. La rue où on aboutit ne diffère en rien des autres. Des façades de maisons qui tombent en ruine, des enfants sales qui s′amusent à s′insulter et à se taper dessus, et des femmes pendues à leurs fenêtres qui les traitent de tous les noms, espérant ainsi les convaincre de rentrer chez eux.

Deux bandes de voyous Khalers nous ont regardées du coin de l’œil mais ils n’ont pas bougé, sans doute parce que nous sommes aussi Khalères. Ou alors, il n’avaient tout simplement pas envie à cause de la chaleur.

A la porte d′une maison délabrée, assise sur une petite chaise bricolée avec un peu de bois et quelques clous, une femme, jellaba brune, foulard et teint gris, veille sur l’entrée. C′est, Zahara, ma future patronne.

Zahara, ma mère maquerelle

"Tu verras, me dit Naïma. Elle est honnête. D’accord, ici, c′est le bas de gamme du métier mais les filles sont ne sont pas méchantes. Fais preuve de modestie et elles t′adopteront très vite. Et puis, ce n’est pas comme si tu avais le choix. Personne ne te connaît et personne ne peux te recommander.

En nous apercevant, la maquerelle se lève et entame une discussion avec Naïma. Pendant la conversation, Zahara m′examine du coin de l′œil sans demander qui je suis. Elle nous invite ensuite à entrer.
A l′intérieur, une odeur de moisi me transperce les narines. J′en ai la tête qui tourne. Mon instinct me crie de rebrousser chemin. Pas de revêtement sur le sol poussiéreux, juste de la terre battue. Aucune fenêtre pour laisser passer un peu de lumière. Un trou à rats…Qualifier ces lieux de "bas de gamme" relève presque de la complaisance. J’ai du mal à imaginer qu’une telle misère puisse devenir mon quotidien.

Plus j′avance vers la chambre qui va désormais m′abriter, plus les battements de mon cœur s′accélèrent. Le regard pesant de la maquerelle, l′obscurité générale du lieu... Tout, dans cette maison, donne son plein sens au mot "bordel". Quand la porte s′ouvre, la puanteur me saisit à la gorge. La pièce fait un mètre cinquante sur trois. La moitié est occupée par le "dortoir" : un tapis de paille doublé d′une couverture et de quelques oreillers - je vais le partager avec deux filles, dont je vais bientôt faire connaissance. L′autre moitié de la pièce fait office de cuisine. Tout cela est aéré par une unique fenêtre, minuscule et très haut perchée.

Face à cette chambre se trouve une seconde pièce, aussi généreusement meublée que la première, dont l′entrée est recouverte d′un rideau. C′est "la salle des opérations". A 10 miches la passe, les clients ne peuvent revendiquer le grand luxe.

Dans la salle d′attente-dortoir, nous sommes accueillies par Fatima et Fatiha. La première, la trentaine bien tassée, a du mal à porter son quintal de chair et de graisse. La seconde, sa cadette d′au moins 5 ans, beaucoup moins ronde, est récemment arrivée d’un autre petit village. C′est une saisonnière. Plus curieuses que la maîtresse des lieux, elles m′invitent à m′asseoir et m’interrogent sur mon histoire.

Tractations

Après un long aparté avec Naïma, la maquerelle m′annonce qu′elle ne peut pas me prendre pour le moment : "tu ne peux pas travailler dans cet état. Reviens dans un mois, quand tu seras complètement rétablie". Elle prend ensuite Naïma dans un coin et lui expose les raisons profondes de son refus, "Elle ne peut pas payer son séjour. Si je la fais travailler, elle risque de faire des complications, une hémorragie, une infection. Je n′ai pas besoin d′un autre ′mountif′ (problème). Les temps sont durs et les gamelles, les miliciens, ne nous lâchent plus".

Naïma commence par expliquer qu′elle aurait voulu me garder chez elle, mais qu′elle manque d′espace car elle vit dans une simple chambre avec ses cinq enfants, "ses batards". Elle insiste sur le fait qu’elle se porte garante de moi. Du reste, elle viendra en visite de temps à autre, assure-t-elle comme pour rassurer la maîtresse des lieux.

La caution d′une habituée est indispensable pour qu′une nouvelle soit admise. Généralement, c′est aux maquerelles qu′incombent la tâche d′alimenter leur catalogue. Zahara, elle, ne va pas souvent à la pêche, elle est donc contrainte de piocher dans les connaissances de ses filles. Mais mon "état" pose problème...

Après une longue négociation, Zahara finit par abdiquer, non sans une condition : que je ne me prostitue pas du tout, vu les risques encourus. Elle me prévient "affectueusement" que si je ne respecte pas cela, elle m’abandonnera dans les terres molles et que je devrai me débrouiller avec les gouris. J′accepte la condition avec joie, je n’ai pas envie que des hommes me touchent de suite. C′est ainsi que je suis acceptée dans un bordel. Je devrai payer à la maquerelle 200 miches par trois nuitées tant que je ne serai pas remise. Avec mes 17 couronnes d’économie, je pourrai tenir une vingtaine de jour.

Le client est servi

C′est à quatre heures de l′après-midi que le premier client, un Khaler, franchit le seuil de la porte. La trentaine, plutôt propre. Ce n′était pas un bourti - un voyou. Il n′en est manifestement pas à sa première visite, vu la familiarité avec laquelle il salue la maquerelle. Il lui tend une poignée de miches qu′elle range soigneusement dans sa djellaba, sans émotion particulière. Elle ne semble pas se soucier de la surveillance dont elle pourrait faire l′objet. La prison, elle y a déjà séjourné à plusieurs reprises. Un "risque du métier", manifestement intégré. D′autant plus que les questions pénales peuvent toujours se régler. Elle libère le passage au client et appelle Fatima qui se lève, machinalement, et quitte la pièce.

Ici, les passes se font à tour de rôle et c′est à la maquerelle d′y veiller. Une manière d′assurer une certaine équité entre les filles. Cependant, si la fille n′est pas à son goût, le client peut la refuser et en choisir une autre. C′est le cas de Fatima. Au bout de quelques secondes, elle revient dans la chambre, suivie du client. Celui-ci balaye la pièce d′un coup d′œil rapide avant de pointer son index en direction de Fatiha. L′incident ne suscite aucune réaction : la grosse Fatima est habituée à se faire rejeter. Sans rancune.

Le client se dirige vers la "salle d′op". Fatiha traîne un moment avant de le rejoindre, le temps de prendre une bougie pour atténuer l′obscurité, le temps aussi de vérifier s′il y a encore de l′eau chaude dans le bouilloire - nécessaire pour se débarrasser de ce que laisse le client et pour essayer d’éviter la grossesse. C′est la seule règle d′hygiène systématique. Les philtres anti-contraception ? Un luxe, aussi incongru que d′éventuels préliminaires. On ne fait pas l′amour, ici, on consomme.

Le modus operandi est simple comme bonjour. Pas de place pour la séduction ou la sensualité. Les prostituées se contentent de se défaire de leurs atours puis de fermer les yeux, "le temps que ça passe"... Si le client en désire plus, il doit payer plus... Les filles n’ont pas d’illusion sur ce qu′elles sont pour ces hommes : des objets. "Je ne comprends pas comment certaines peuvent se laisser embrasser par ces porcs. Ils font leur affaire et ils s’en vont, c’est ainsi que cela doit se passer. C′est tout ce que ses 10 miches peuvent lui payer". Le commentaire de Fatima est détaillé, cru, sans finesse...

Tout comme les manières des clients. Pour Fatiha, le service a duré en tout et pour tout 7 minutes.

Une après-midi ordinaire

Durant l′après-midi, trois clients se succèdent, sans que Fatima, le canard boiteux de la maison n′ait été honorée. Elle le sera au bout de la quatrième passe, par un autre habitué dont elle est la favorite. La séance est très longue : 23 minutes. A son retour, Fatima raconte : "il était saoul. C′est à chaque fois la même chose avec ces ivrognes. Ils mettent une éternité. Ils t′épuisent, et quand ils ont enfin fini, ils se laissent tomber sur toi, à moitié endormis."

Passée me rendre visite, Naïma, se joint à la conversation : "Moi, ceux que je supporte le moins, ce sont les gros. Tu n′arrives même pas à respirer. On dirait qu′ils sont au bord de la crise cardiaque et tu as peur de te retrouver avec un cadavre sur les bras".

Toutes ces plaintes sont néanmoins réservées au dortoir. Aussi détestables soient les habitudes du client, aucune prostituée n′a le droit d′en refuser un. Seules les plus demandées peuvent prétendre à ce privilège. Pas Fatima avec ses 109 kilos, ni Fatiha, qui ne peut travailler que certaines saisons, et qui doit mettre les bouchées doubles en compensant la misère des tarifs par le nombre de clients...

Mon amie Naïma a de gros problèmes de santé. Régulièrement victime d’une infection qui l’empêche de travailler, elle peine à nourrir ses cinq enfants... Assez jolie, elle se fait pourtant un peu mieux payer mais même à 15 miches la passe, il faut en faire beaucoup, pour nourrir 5 bâtards...

L’heure des petits comptes

Ce jour-là, sur 12 clients, 7 ont été servis par Fatiha et 5 par Fatima. La moitié de la recette a été prélevée à la source par la maquerelle comme paiement pour l’hébergement et pour payer la protection de l’endroit par la bande locale. Sur les 50 % restants, elle a retiré un supplément de 10 miches à chacune, dont 5 sont destinés à payer la consommation d′eau et de bougies. Elle prend les autres 5 miches comme "provision pour risque", en cas d′irruption de la milice. Un prétexte supplémentaire pour soutirer de l′argent aux filles. En cas de descente, ce sera, bien sûr, chacune pour soi - et la maquerelle d′abord.

Après une journée bouclée, soit 14 heures de travail, Fatiha récolte 25 miches, Fatima 15 miches. Mauvaise journée... Parfois, c′est pire : il arrive que les prostituées ne touchent rien... voire paient de leur poche. C′est, par exemple, ce que Naïma a vécu lorsqu′un client, membre d’une bande, est revenu trois jours après le service pour l′accuser de lui avoir transmis une maladie. Il demandait l′équivalent d′une visite chez le barbier sous peine de représailles... Elle a payé 150 miches sans mot dire. Elle sait que le Sahar n’est pas loin et que c’est probablement là qu’aurait été retrouvé son corps si elle avait refusé…

En temps normal, la maison accueille en moyenne 30 clients par jour. La recette quotidienne par fille varie alors de 50 à 80 miches. C′est le cas des fins de semaines, quand les ouvriers touchent leur paie.

Zahara, accepte aussi d′héberger, le temps d′une passe, des prostituées de passage. Dans ce cas, le prix de location de la "salle d′op" est élevé : 10 miches plutôt que 5. D′abord parce que les tarifs des occasionnelles sont plus élevés, ensuite pour "couvrir le risque" : une fille inconnue peut ramener un client inconnu, qui pourrait créer des problèmes...

Entre deux passes

La journée commence vers 10 heures du matin. On se lève, on range les couvertures et on prépare la "salle d′op" au cas où des clients matinaux viendraient. Ce n′est pas rare. Les filles ont un mépris profond pour ces clients-là, dont la frustration est telle qu′ils ne peuvent attendre l′après-midi, heure "normale" pour le début de l′activité.

Vers 10h 30, Le guerrab (porteur d′eau) apporte la provision d′eau pour la journée. La jarre enfin remplie, les filles peuvent faire leur toilette. Elles cotisent ensuite entre elles et donnent chacune 10 miches pour les repas. La caisse commune est leur seul moyen de s′offrir des repas décents. Comme je suis la seule à ne pas travailler, c′est à moi de faire les courses.

Le petit déjeuner est préparé. La maison est rangée... Quand tout est prêt, nous partons chercher Zahara - qui couche ces derniers temps chez son petit ami. Un moustachu de quarante ans, qui lui sert aussi de garde du corps et de mac. Zahara ne participe jamais au budget nourriture. Ce qui ne l′empêche pas de piquer dans la gamelle des filles. Mais elle mange toujours à part. D′abord, parce que c′est la patronne. Ensuite parce qu′elle est tuberculeuse. En sa présence, les discussions portent sur les prouesses ou les drames des autres prostituées. Dans le milieu, chacune connaît les histoires des autres, qu′elles soient ou non du même standing, qu′elles travaillent ou non dans le même secteur.

Commérages et ragots

L′histoire de Aïcha, une jeune femme de 20 ans, est sur toutes les lèvres. Elle n′a plus besoin des services d′une maquerelle. Elle est passée à la gamme supérieure et travaille directement pour les Fils du Sabre. Ses clients sont de riches notables, notamment des avoués. Elle a beaucoup de clients réguliers. Certains ne paient pas toujours. C’est le cas des avoués, par exemple. Les prostituées ont besoin d′eux en cas d′ennuis avec la justice. Et leur défense est souvent rétribuée "en nature". Le "troc" s′étend à d′autres professions. Même la maquerelle, en ferait... avec le boucher et le vendeur de légumes !

On me raconte aussi que Zahara a un fils, un gigolo de 21 ans parti depuis une semaine pour Samarande.

L′homosexualité est fréquente dans la prostitution. Les prostitués mâles s’organisent cependant différemment. Ils paient souvent la dîme à une bande qui, en retour, les protège plus ou moins. Souvent, ils arpentent les rues à la recherche du client potentiel. Les étrangers du quartier "qui en sont" sont vite repérés. Il suffit alors aux prostitués de leur décocher des sourires qui en disent long sur ce qu′ils seraient prêts à faire pour quelques dizaines de miches.

Fatima surenchérit : "Qu′est ce que tu veux qu′un enfant devienne quand il a grandi dans une maison comme celle-ci ? Dieu seul sait ce qui lui est arrivé quand il était enfant. Les hommes qui passent par là ne sont pas des saints ! Tous aussi pervers les uns que les autres. Que dieu préserve nos enfants !". Un silence pesant s′installe. Les enfants, c′est un sujet sensible. Toutes en ont eu...

Rabiha

La discussion s′interrompt à l′arrivée d′une certaine Rabiha, enceinte jusqu’aux oreilles. Rabiha en est à son dernier mois de grossesse.

  • Tu accouches quand, lui demande Fatima ?
  • Je ne sais pas. Je ne sais pas exactement quand je me suis fait engrosser…
  • Je connais un gouri qui recherche toujours de jeunes enfants. Il m’a promis que les enfants ne souffriraient pas… Et il paie bien.
    Devant le regard des autres filles, elle ne peut s’empêcher de se défendre : Pourquoi il mentirait ? Moi je le crois.
    Tout le monde se garde bien de répondre. Fatima a déjà vendu deux bébés au gouri et c’est à elle de s’arranger avec sa conscience…
  • Je te tiendrai au courant mais je pense que je pourrai éviter d’en arriver là. J′ai déjà un tuyau. Je connais un jeune couple. Ils veulent un enfant mais la femme est stérile comme un mulet. Ils en prendront soin. Ils me paieront même pour l’avoir.

Ainsi a été décidé du sort de cet enfant. Toutes le considèrent comme un véritable chanceux. Une occasion comme celle que vient d’avoir Rabiha est une véritable aubaine. Faute de moyens, rares sont les prostituées qui gardent leurs bébés. Elles les remettent à des "placeuses". Le marché des enfants est un commerce parallèle à celui du sexe. Une prostituée, me raconte-ton, avait vendu son fils de 7 ans, pour 500 miches. Les mères, bien sûr, ne sauront jamais rien de ce qu′il adviendra de leurs enfants "placés". C′est mieux comme ça, s′accordent-elles. "J′en connais qui les tuent à leur naissance parce qu’elles ont trop peur de ce qui pourraient leur arriver si elles les vendaient". Enfin, il reste la solution des gouris. Ils paient bien mais personne n’ose imaginer ce qu’il advient des enfants…

Naïma

L′histoire de Naïma, ma marraine, sans être plus triste que les autres, est particulièrement tragique. Il y a quelques années, elle faisait partie des "gens respectables", comme elle dit. Son mari et elle étaient de petits fonctionnaires de l′administration. Elle avait une maison, des enfants, une bonne... Son drame a commencé le jour où elle a levé la main sur cette dernière qui, fragile, en a fait une dépression. Son état empirait de jour en jour. Elle refusait toute nourriture et se murait dans un silence inquiétant. Sa santé se dégradant à vue d′œil, eux, ses employeurs étaient terrifiés qu′elle puisse mourir dans leur maison. Un soir, après le dîner, le mari de Naïma tente de faire avaler à la bonne son repas de force. Elle s′y refuse, se débat. La bouchée reste coincée au travers de l′œsophage. Elle étouffe et meurt. C′est la panique générale. Appeler sa famille ? La milice ? Un médecin ? Toutes les solutions sont envisagées. Aucune n′est retenue. C′est le mari qui trouve un moyen définitif de régler "l′incident" : il abandonne le cadavre non loin de la maison. Le lendemain, le corps a disparu. Le couple fait savoir que la bonne a trouvé une autre place. La vie reprend… Les semaines passent sans que rien ne transparaisse dans le comportement du couple... jusqu′au jour où Naïma se dispute violemment avec sa sœur, qu′elle avait mis dans le secret. Sous l′emprise de la colère, sa soeur menace de tout dévoiler à la milice. Elle n′en fera rien... Contrairement aux voisins, qui ont tout entendu. Interpellation par la milice, interrogatoire, aveu, condamnation des deux époux : l′homme pour meurtre (12 ans), sa femme pour complicité (6 ans).

A sa sortie de prison, le mari répudie Naïma qui se retrouve à la rue avec cinq enfants à nourrir - que le père naturellement, abandonne. C’est ainsi qu’elle tombe dans la prostitution…

Malika

L′histoire de Malika est beaucoup plus simple, plus courante aussi. 28 ans, célibataire, elle n′a ni mari, ni enfant ni problème avec la justice, mais un père invalide suite à un accident survenu à son travail dans la fonderie et deux petites sœurs et un frère.

Elle est arrivée dans une maison de passe il y a deux ans, après l′accident de son père. Au début, elle espérait trouver du travail comme bonne. Ne trouvant pas de travail, elle avait loué une chambre dans une maison qui abritait trois autres filles. Au bout de deux semaines, elle avait épuisé ses maigres économies. Ce sont ses colocataires qui l′ont initiée au métier.

"C′était très dur, au début. Les deux premières fois, je me suis enfuie au moment de passer à l′acte. J′ai cherché du travail partout où il pouvait y en avoir. J′ai fait du porte à porte. Sans résultat. De l′autre côté, il y avait ma famille. Mon père n′avait pas de ressources. Je n′allais pas les laisser mourir de faim. Et puis, moi-même, j′avais besoin de payer mon loyer, de manger. Je n′allais pas mendier. De toute façon, ça ne sert à rien dans cette ville. Tout le monde vit dans la misère".

Il lui a fallu trois semaines pour céder. Aujourd′hui, au moins, elle arrive à préserver ses petites sœurs d′un destin comparable... pour le moment.

Elle a depuis longtemps cessé de rêver du mari charmant. Tout ce qu′elle espère, c′est qu′un richissime bourgeois monte une usine dans cette partie de la ville. Elle serait alors fière d′être ouvrière.

Profession : désespérées

Fatima, Naïma, Fatiha, Rabha et les autres ont d′elles-mêmes une image très précise : celle de la putain, objet sexuel sans émotion, dont le travail est de monnayer le vice. Aucune, bien sûr, n′a choisi ce métier de gaieté de cœur. "Que ceux qui pensent que la prostitution est un choix de vie vivent dans un bordel pour voir ! ", lâche Fatima.

Ces filles-là, ces femmes qui peuplent les maisons closes de Bejofa, sont des épouses, des filles et des mères qui ont intégré le milieu par désespoir. Continuellement, elles prient pour échapper à cet enfer. Puisse Arlam nous accorder la rédemption !, cette prière revient dans toutes les discussion.

Et c′est ainsi que les journées s′écoulent. Zahara sur sa chaise, à la porte du bordel, les filles dans la petite pièce à se consoler de leurs malheurs, et des clients dont on oublie les visages à peine sortis.



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