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Pendragon

L’Outre Perdue

lundi 19 juin 2006, par Arion

Vous, membres de cette noble assemblée, connaissez Elric le Marin qui voyagea jusqu’aux bords de l’Océan. Ces exploits sont multiples et son voyage fut long et périlleux. Laissez-moi vous conter, puisque l’obscurité se saisit du monde à l’extérieur de ces murs, l’une de ses aventures...

Elric et ses marins voguaient depuis des lunes et des lunes dans un gros grain permanent. Ils n’avaient pas vus le soleil depuis si longtemps que leurs yeux étaient éblouis par la lueur faible de la torche qui brûlait péniblement à l’avant du bateau. Le vent soufflait comme ce soir. La nuit battait comme ce soir. Mais comme ce soir peut-être, la mise à l’épreuve menait à un monde merveilleux. L’outre magique, inutile depuis bien des jours, gisait au fond du bateau, sur le recoin qui sert de couche à l’opiniâtre Elric. Sang Bleu, je vous le dis, la vie pour cet homme était encore plus dure que pour ces marins.

Mais, je m’égare... Un matin, alors que les hommes qu’Elric n’avait pas perdu dans la tempête étaient si épuisés qu’ils gisaient sans force au fond de la grande barge, le soleil se leva. Premières lueurs d’espoir, ses doux rayons réveillent les hommes qui défiaient l’océan. Lorsque leurs yeux furent habitués au soleil, ils distinguèrent non loin au sud une île circulaire. Elle ressemblait à immense roc planté dans la mer. Des rives découpées le terrain s’élevait rapidement pour former un dôme en son centre. Elric penseur se rappela les tumulus que les anciens respectaient. "Cet endroit ne peut pas être mauvais. Hissez la voile et souquez aux avirons !!" s’écria Elric. "Ce soir, fruits pour tous et viandes pour ceux à qui le scorbut a laissé des dents. Souquez, Que diable !!!!"

Les bras musculeux s’arc-boutèrent aux rames et rapidement la proue du navire tranchaient les flots en soulevant des germes d’écumes. Elric haut perché sur la proue scrutait l’île et encourageait de la voix les gaillards. Pourtant le navire peu à peu perdit de l’allure et les avirons s’abattirent un à un à mesure que les matelots découvraient inquiets que ce roc semblait percé de part en part par des tunnels et des caves d’où sortait lentement une population armée. "Par la barbe du Christ (expression favorite d’Elric), ramez malheureux. Voulez-vous rester là à mourir de faim. Si la peur vous paralyse plus sûrement qu’une sirène, j’irai à la nage". Les rames reprirent lentement leur mouvement. Le navire filait sans un bruit parallèlement à la côte et les étrangers vêtus de longues toges le regardaient passer, immobiles.

Enfin, s’ouvrit à eux une crique. En son fond, un rocher plat semblait pouvoir servir de quai. Là attendaient une trentaine de trio d’étrangers en arme. Sans ordre apparemment, ceux-ci allaient toujours par trois. La composition du trio n’avait pas d’importance et semblait changer en permanence comme des nuages qui se font et se défont inlassablement. Mais toujours par trois ils allaient.

Elric sonda le fond et commanda la manoeuvre, puis d’un bond fut sur le quai. Sans un mot, sans un geste hostile, les soldats s’effacèrent. Devant lui, il découvrit une ouverture béante dans la paroi rocheuse. Il s’avança et pénétra dans la pénombre rafraîchissante. Irrésistiblement attiré, il parcourut dix, vingt, cent coudées dans le noir. Enfin une lueur apparut. Le tunnel débouchait sur une grande salle éclairée par une ouverture au plafond. Un chêne somptueux poussait en son centre. A son pied, une femme superbe était étendue sur un tapis de feuille morte. "Entre, homme du monde convertit, repaît toi et satisfait la reine". Ses cheveux sauvages ondulaient au son de sa voix sur son buste nu.

Elle se redressa. "Que m’as-tu apporté ?". "Puissante reine, je n’ai que moi-même. Mes quelques hommes rescapés sont plus démunis que le plus pauvre des manants". "Tu mens ! Mais cela m’amuse ! Viens t’asseoir auprès de moi ! Faîtes venir ses hommes, des danseurs, des musiciens, du vin et de la viande" cria-t-elle à l’attention des multiples ouvertures qui débouchaient sur la caverne. "Bois" dit-elle en lui tendant une coupe de vin "et profite de ce repos que je t’offre en ce jour".

Peu après les hommes d’Elric arrivèrent, poltrons en groupes resserrés. Mais de partout jaillirent bientôt des enfants rieurs, des femmes aux seins nus et des hommes musculeux dont la poitrine était cachée par une laine noire. La nourriture était abondante et le vin coulait à flot. Très vite, l’atmosphère fût au banquet. Certains marins partagèrent même l’amour offert de belles étrangères.

Mais un fois tous repus, la reine se leva et porta son verre aux lèvres d’Elric. "Maintenant, bel étranger, contes-moi tes aventures, contes-moi ta vie, contes-moi tes secrets et dis moi ton nom intime !" commanda-t-elle. Elric étourdit la regarda, dans sa bouche les mots hésitèrent encore un instant et il conta.

Il conta son enfance dans le port de Kynke. Il conta sa rencontre avec l’ermite de la grotte battue par les flots. Il conta la poursuite de la mouette, comment il tua le taureau de l’île aux trois pics, comment il domestiqua le vent et comment le mage de l’orient lui avait fabriqué‚ l’outre à vent. Il raconta ensuite sa vision d’Avallon et sa longue traversée vers le bout du monde.

Sa voix diminuait peu à peu. Et il s’endormit dans les bras de la reine dont les yeux enflammées fixait la nuit par l’ouverture du plafond. Tout était endormit.

Les feuilles du chênes frémirent. "As-tu entendu, Alga. Cet homme est notre seule chance. Allié à mon art, sa magie peut nous sauver". Le vieil homme qui venait de parler s’avança dans la clarté des étoiles. Ses traits creusés suivaient les lignes verticales de ses longs cheveux blancs. Relevant sa toge, il approcha lentement sa main et caressa doucement le front de la belle reine. Celle-ci frémit. "Tu as raison. Nos dieux ne nous ont pas abandonnés. Ils l’ont mis sur notre route pour sauver notre peuple et ils nous ont mis sur sa route pour préserver les limites de l’océan". Elle se tourna vers Elric qui souriait endormit : "Impétueux étranger, tu nous sauves et nous te sauvons de la mort atroce que t’auraient réservés les dragons des chutes infinies. Ta ténacité t’aurait sans doute mené à cette fin terrible".

Se dégageant du poids d’Elric, elle émit un doux sifflement. Hommes et femmes se relevèrent. "Portez les dans leur navire... Atar, prends l’outre et que les vents et la pluie balayent l’océan".

Quand Elric se réveilla au fond de son bateau, sa tête sonnait comme l’écu d’un novice à son premier tournoi. La barge était à nouveau ballottée dans un gros grain. Le vent claquait la voile libre. La pluie rebondissait sur le pont. Il se demanda d’abord s’il avait rêvé. Lorsqu’il vit les jarres de nourriture et d’eau claire, il sourit et bénit la reine Alga. Ce n’est qu’en réveillant ses compagnons qu’il découvrit la disparition de l’outre. Il cria, pleura, tempêta, jura, s’arracha les cheveux. Rien n’y fit. Désormais, les chutes infinies étaient hors de portée.

Et c’est ainsi Messires de Bretagne et d’Armor,

qu’à Alga, Elric apporta l’Outre à Vent,

et écarta du peuple de l’Ile Ronde, la mort,

perdant espoir de voir le bord de l’Océan.



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