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Pendragon

L’Outre à Vent

lundi 19 juin 2006, par Arion

Connaissez-vous l’histoire, gentes dames et gentes damoiseaux, de l’outre à vent ? Cet outre si fabuleuse et dont le souvenir est presque effacé... Cet outre qu’un dieu fit cadeau à un marin et qui contenait sa clémence et sa colère...

Jadis, il y a très longtemps, quand la terre n’était pas encore terre, quand les premiers chevaliers n’étaient pas apparus, quand les hommes chevelus, nos vaillants ancêtres se disputaient le vin et les femmes dans des banquets orgiaques, jadis les dieux étaient encore sur la terre. Ils vivaient près de nous et se divertissaient de ces hommes simples et braves dont la bonne foi ne pouvait faire la distinction entre le bien et le mal. Le bruit de chaque ruisseau était en permanence couvert par le chant d’une ondine qui habitait ses eaux. Alors, les trolls et les fées peuplaient encore les bois et il n’était point rare d’en rencontrer. Ils vivaient en bonne entente avec les hommes. Personne en ce temps là ne songeait par crainte ou superstition à chasser le merveilleux du monde.

Il existait, sur ce qui sera plus tard la côte de Galles, une peuplade de marins, les Fir, qui étaient sans doute les meilleurs navigateurs de la Bretagne d’alors. Mais à cette époque, la navigation se limitait le plus souvent au cabotage le long des côtes. Pourtant un homme osait affronter le grand large sur sa frêle esquif. Avec une poignée d’hommes courageux, il voulait découvrir le bord du grand océan. Ses aventures furent nombreuses et célèbres, mais je ne pourrais vous les conter toutes aujourd’hui.

Artix, car tel était son nom, s’embarqua par un beau matin de printemps. La toile de mauvaise jute fut déroulée à l’instant où le soleil pointa à l’horizon. Après avoir prié bruyamment et avec force jurons les dieux de leur être favorables, les hommes se plièrent sur leur rame. Ils mirent le cap au sud pour contourner l’Irlande. Le temps était clément et la grande barque filait sur l’eau. Artix remercia les dieux.

Après plusieurs jours de mer, bien après qu’ils eussent obliqué vers l’ouest, le ciel était toujours bleu, la mer d’huile et la brise soutenue. Artix, comme à son habitude, passait son temps à jouer aux échecs avec tous ceux qui n’étaient pas encore dégoûtés de se faire battre continuellement. Le moral des aventuriers était excellent. Ils n’avaient pas peur de la mort même s’ils savaient qu’ils avaient peu de chance de revoir la terre de leurs ancêtres.

Soudain, à l’horizon, à la limite de la mer et du ciel, apparut droit devant, une large bande sombre qui grossissait rapidement. Aussitôt Artix ordonna le changement de cap pour éviter la tempête. Les hommes souquèrent et souquèrent, transpirant toute l’eau de leur corps sur les rames. Mais l’ouragan avançait à une vitesse incroyable. La peur pointa dans le coeur des marins chevelus. Seul le visage d’Artix rayonnait. Il aimait le danger et l’épreuve des dieux l’enchantait. Le ciel était devenu noir et la mer se creusa d’une houle monstrueuse. Ballottée comme un fétu de paille, la barque tournoyait sur elle-même. Les rames se brisaient. La voile déjà déchirée fut ramenée juste à temps pour ne pas être emportée. Des paquets de mer balayaient le pont. Artix cria aux hommes de s’attacher, puis d’amarrer les vivres, dont la perte signifiait la mort. Déjà deux des quinze hommes étaient passés par dessus bord. On ne savait plus si la mer était au dessous ou au dessus d’eux. Elle les entourait, les pressait, les roulait et les étouffait. Artix se redressa et cria à la tempête : " Dieux du ciel et de la mer, je sais maintenant que je suis près du but et vous faites tout pour m’empêcher d’atteindre le bord de l’océan. Vaillants marins n’ayez pas peur, il est là , là tout près, je le sens, et ce misérable grain ne saurait faire barrage aux valeureux Fir !!! ". Malgré la foi de leur chef, les Fir voyaient mal comment se sortir de ce " misérable grain ".

(Ici le conteur fit une pause. Chacun dans l’assistance retenait son souffle.)

Le bruit de la tempête était terrible. Pourtant, on pouvait entendre les bois du navire travailler et craquer. La frêle esquif menaçait de se briser en mille morceaux. La fin était proche. Chevaliers et Nobles Dames, priez pour l’âme de ces barbares présomptueux !

Soudain, du côté du couchant, une trouée se fit dans le ciel. Comme une clairière dans un bois touffu, une zone d’accalmie fleurissait au milieu de l’ouragan. Stupéfaits, les hommes redressèrent la tête. Et ils aperçurent au centre de cette clairière d’écume, un grand et magnifique char, tiré par trois fois trois chevaux blancs d’écume. Sur le char se dressait un guerrier en armure de cuivre et d’étain. Sa parure était riche et décorée de multiples courbes entrelacées. Son visage était beau et pur, d’une perfection sans égale.

"Ainsi tu oses défier les dieux, impudent Artix. Ton courage me divertit, mais tu es loin d’avoir atteint ton but. Ce misérable grain ne fut provoqué que par le passage de mon char. Moi, Manannan Mac Lyr, j’aime courir cette vaste plaine fleurie, par les beaux jours du printemps. L’éternité est si ennuyeuse. Mais tu m’as fait outrage en accusant injustement les dieux de la mer et du ciel. Nous nous battrons donc. Choisis ton arme humain et ensuite toi et tes hommes servirez d’esclave sur mon île de l’éternelle beauté. Si par hasard ou ruse tu me vaincs, je te ferai un cadeau qui te ramènera chez les tiens".

Artix réfléchit. Il savait que Mac Lyr était un guerrier redoutable contre lequel aucun homme ne pouvait lutter. Sa ruse, ses pouvoirs de transformation et sa séduction le rendait de plus insaisissable. Par contre il savait aussi que Mac Lyr aimait l’action et que l’ennui pouvait vite le saisir dans des activités trop moroses à son goût. Alors, il était prêt à tout perdre pour retrouver une activité vivifiante pour son corps. Artix répondit : "Qu’il en soit ainsi, Patron des Marins et des Pécheurs, je tenterai donc de te vaincre aux échecs".

Mac Lyr comprit aussitôt le piège tendu par Artix, mais accepta, stimulé soudain par l’intérêt d’une partie où les chances seraient égales : "En effet, ta chance est bien là et tu as manipulé ma langue. Soit, un combat déséquilibré eût été des plus ennuyeux".

Mac Lyr détacha l’un de ses chevaux et lui parla à l’oreille. Le cheval d’écume bondit hors de la clairière et disparut à travers le gros temps qui commençait à se calmer.

Les compagnons d’Artix se jetaient des regards inquiets. Artix avait-il une chance de vaincre Mac Lyr ? Le Dieu userait-il encore de sa fourberie pour se divertir de leurs malheurs ? Ils s’étaient regroupés à l’arrière du bateau et regardaient peureusement Artix qui à la proue commençait à se concentrer.

Manannan Mac Lyr, lui, s’allongea sur la prairie des vagues et contempla quelques instants la course des nuages. Un sourire amusé se lisait sur ses lèvres. Bientôt le cheval revint avec, sur son dos un sac contenant une jeu d’échec gigantesque. Mac Lyr le lança devant la proue du bateau et installa les pièces. Artix bondit sur le plateau et prit à bras le corps pion après pion pour les mettre en lignes. Artix avait d’emblée pris les pièces blanches qui lui portaient toujours chance. Mac Lyr avait l’air de s’amuser de voir ce petit bonhomme manipuler des pièces plus grosses que lui. Quand Artix eut enfin rangé toutes ses pièces, il suait comme une outre percée. Tout rouge, il s’adossa à son roi blanc et invita Mac Lyr à commencer la partie.

Vous l’imaginez, la partie fut longue. Rapidement Artix fut en difficulté. A tel point que ses hommes préféraient ne plus regarder le jeu. Puis comme le coup de grâce se faisait attendre, ils reprirent intérêt à la partie espérant que la stratégie d’Artix allait réussir. Le jeu était égal et équilibré. Le visage de Mac Lyr s’assombrissait. Mais bientôt c’est le sommeil qui eut raison des courageux marins ; et tous, petit à petit, selon leur force et leur vaillance, tombèrent dans l’oubli le plus profond et le plus proche de la mort, celui qui redonne la vie, le sommeil.

Ils furent tous réveillés par un cri de victoire formidable : "Enfin, enfin, la faille est là. Ton erreur est flagrante et ton impatience t’a enfin perdu !!!". Artix trépignait de joie sur le plateau de jeu où il ne restait pas la moitié des pièces : "Regarde... là et là. Tu ne peux que te défendre. Et là, mat en trois coup...!!! J’ai gagné !".

Mac Lyr devint grave. Son visage se remplit d’une grande tristesse et soudain il partit d’un grand éclat de rire. " Et bien soit petit homme, marin de grande mer, je suis fait !! " dit-il en donnant un formidable coup de poing sur l’échiquier. Les pièces volèrent et Artix fut projeté dans les airs à plusieurs toises et retomba dans l’eau. " Alors petit homme, on veut disparaître sous terre après une si belle victoire " dit Mac Lyr en tirant de l’eau Artix qui épuisé commençait à sombrer. " Tu m’as vaincu, et il ne sera pas dit que Mac Lyr a manqué à sa parole, même si sa langue avait été manipulée par un marin qui cherchait le bord de la grande mer. Voici ton cadeau et le juste prix de ton intelligence ! Ceci est l’Outre à Vent. Elle contient ma clémence et ma colère. J’ai enfermé dedans les brises chaudes et soutenues qui ramènent les navires après les pêches abondantes, mais aussi les tourbillons de la tempête et des ouragans. Elle est à toi. Uses en avec circonspection".

Mac Lyr lui serra la main et bondit sur son char. "Il est grand temps que mes chevaux reprennent de l’exercice et moi aussi. Comme les humains peuvent être patients" ajouta-t-il pour lui-même. Et il s’en fut. Lançant des gerbes d’eau en tous sens, le char disparut dans un tourbillon d’écume.

Ils restèrent seuls à se regarder. Misérables, les vêtements en lambeaux, l’oeil hagard. Autour d’eux, la mer était grosse, mais se calmait. " Utilisez tout ce que vous trouverez et refaites une voile " ordonna Artix. Aussitôt fait, il déboucha l’Outre à Vent et un souffle formidable en sortit propulsant le navire des Fir.

Et c’est ainsi Messires de Bretagne et d’Armor,

que le vent des Dieux, couvert de bronze et d’or,

dans les mains d’un marin, échoua pour une fois,

mais l’histoire raconte, que personne ne le garda.



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