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Pendragon

La Pierre Sanglante

lundi 19 juin 2006, par Arion

(Introduction possible : C’est une vilaine blessure que vous avez là. Je n’ai pas la science des druides qui soigne et guérit de tous maux, mais il ne faut pas être grand clerc pour dire qu’elle ira de mal en pis.)

(Déclaration avec éloquence)

Une telle blessure ne pourrait être lavée que sur la Pierre Sanglante...

Oui, braves gens, vous connaissez tous l’ancestrale Forêt de Brocéliande. Forêt des merveilles, elle recèle en son sein un dolmen qui saigne et dont le sang recueillit et appliqué sur toute blessure donnée par le fer la referme et la guérit avant que l’aube ne pointe à nouveau. Peu de gens en connaissent l’existence car il faut s’aventurer profondément dans Brocéliande, bien plus profond que les sots de notre temps ne l’osent. La vue du dolmen est, il est vrai effrayante. La gigantesque pierre couchée repose à hauteur d’homme sur quatre pieds puissants. Une tache de sang large comme le corps d’un imposant guerrier semble suinter de la surface plane. Le sang s’égoutte peu à peu le long des piliers de pierre. J’en vois d’entre vous qui sont déjà effrayés et horrifiés. Certes il y a du surnaturel en cela, mais certainement aucune horreur comme les moines d’aujourd’hui veulent le faire croire en parlant de sacrifices humains auxquels les anciens s’adonneraient. Calomnies, je dis, Calomnies pour cacher leur ignorance et souiller la mémoire d’un des plus grands et généreux sacrifice d’un homme pour les siens depuis que les Grands Constructeurs ont dressé les pierres de Carnac.

Et si ce sacrifice était bien humain, il n’est point religieux, mais celui d’un grand chevalier qui défendit et assura la survie de la maison de Kynke et de leur gens, celui de Gandix de Kynke.....

(Le conteur marque une longue pause pour se rafraîchir le gosier)

Bien des siècles avant aujourd’hui, les moines venaient tout juste de débarquer sur la terre de Bretagne. Les druides les accueillirent avec entrain, reconnaissant une religion de bonté et de partage. Les moines installèrent leurs premiers monastères avec l’aide des druides et du petit peuple de la forêt. Puis il s’y enfermèrent, se retirant de la vie et de la Déesse Mère nature. Nos ancêtres furent choqués par cette attitude, mais l’esprit de tolérance qui animait leur enseignement respectait la différence.

Les moines qui s’étaient aventurés loin dans la forêt, perdirent contact avec les gens de leur religion. Or ils ne consacraient que peu de temps à cultiver ou récolter les bienfaits de la mère nature. Ainsi peu à peu leur colonie dépérit. Leur teint était jaune et maladif. Les os saillaient sous leurs bures. Dédiés à leur Dieu, ils oublièrent les autres divinités et en s’isolant entre leurs murs se dirigeaient droit vers une mort sainte et un monde qu’ils croyaient tellement meilleur qu’il rendait celui-ci sans saveur.

La faim, le froid et finalement la peste les décimèrent. En quelques années, malgré l’aide des anciens, seuls quelques moines malades et à moitié fous erraient dans des bâtiments à l’abandon. L’un d’entre eux, qui avait survécu à la peste, semblait être possédé d’une énergie débordante. Il s’enfermait dans le laboratoire qui brillait alors parfois de feux étranges. Il n’en sortait que pour se précipiter dans une fièvre démente à la bibliothèque, renversant ses congénères qui dans un dernier effort avant la mort lui réclamaient de l’aide. Insensible, la maladie avait mangé sa raison.

Un jour, plein d’une soudaine complaisance, il sortit du laboratoire avec un cornu à la main et fit boire le plus proche des moines qui agonisait devant la porte. Puis il se barricada dans le laboratoire. Le soir tomba sans qu’il ne ressorte. La nuit qui suivit fut épouvante. Des cris de douleur déchirèrent la pénombre, suivis de cris d’animaux et de terreur. Le monastère fut l’objet d’un terrible carnage. Au matin une silhouette recourbée, déformée déambulait dans le cloître au milieu des restes déchiquetés des moines. Le moine fou mis plusieurs jours à domestiquer la bête qu’il avait créé. Mais le savoir qu’il en tira fût immense.

Il apprit ainsi à transformer toute créature en un monstre qu’elle recèle dans les replis sombres de son coeur. Puis il le domestiquait. Le breuvage qu’il leur faisait absorber brisait l’équilibre naturel de leur esprit. Dans sa folie il voulut peupler le monde de ces bêtes en son pouvoir. Toutes les nuits, chevauchant un monstre-ours, qu’il créa dès les premiers jours, il allait verser dans les étangs et les rivières des quantités du liquide noirâtre. La silhouette de cette étrange couple hantait maintenant les nuits du monde des vivants : le moine, la bure en lambeau, gesticulant et gueulant et ce qui fut autrefois un ours, le poil pelé, plein de boursoufles, les dents à ce point allongées qu’elles traînaient par terre, l’une des ses pattes avant s’étant rigidifiée en une griffe immense, si bien qu’il galopait sur trois pattes dans un mouvement grotesque et horrifiant.

(Pause du conteur qui dévisage attentivement l’auditoire de façon accusatrice)

La Bretagne entière aurait sans doute été décimée par ce couple venu tout droit de l’enfer chrétien que ce moine avait si longtemps voulu éviter, si un homme seul ne s’était dressé sur son chemin. Cet homme s’appelait Gandix. Il habitait ce qui n’était alors qu’une petite bourgade appelée Kynke. Il était resté dans ce village tant pour sa sagesse que pour sa force et son habileté aux armes. Son père était venu seul du nord avec cet enfant. Atteint par la fièvre, il délirait lorsqu’il atteint le village et c’est l’enfant qui le guidait. Il disait venir des îles boréales et avoir eu un enfant de Orine la belle ondine. La fièvre tomba en quelques jours et le père et l’enfant furent adoptés par la communauté. Bien que très vite l’homme du nord, comme on l’appela, montra une force et une adresse avec lesquels aucun des hommes de Kynke ne pouvait rivaliser, il n’aspira jamais à devenir le chef du village. Il consacrait tout son temps à son enfant et à de lugubres méditations sur le promontoire que l’on appelle maintenant le cap du nord à Kynke.

Un jour, l’enfant devait avoir quinze ans, il embarqua au matin dans une barque seul, hissa la voile et mis le cap au nord. Personne n’avait jamais connu son nom. L’enfant ne montra pas de surprise au départ de son père, tout juste un peu de tristesse. Il annonça que c’était son choix de rester à Kynke pour y fonder une dynastie puissante d’hommes courageux et généreux. Pour son seizième printemps, il épousa une femme brune venue du peuple des forêts. Par amour pour lui, elle accepta de quitter ses bois et de vivre à Kynke. En trois ans, elle lui donna trois fils. Comme son père, Gandix fût vite l’homme le plus sage et le plus puissant de Kynke, mais il refusa la charge de Chef en déclarant : "Je ne dirigerai jamais Kynke, mais l’exploit qui anoblira ma lignée sera si grand que mes fils régneront sur cette terre de par le simple droit des exploits de leur père. Et les exploits de Gandix furent nombreux, mais jamais ils ne semblaient le satisfaire.

Jusqu’au jour où la dévastation vint jusqu’à la forêt de Kynke. Promettant une mort atroce à tous ceux qui s’aventuraient dans les bois, les montres loups, ours, satires et que sais-je encore rodaient de plus en plus nombreux aux alentours de Kynke. Gandix aussitôt harangua les hommes du village, proposant une battue gigantesque. "Que chaque homme en âge prenne une arme, et réduisons cette engeance de ... à la poussière". Mais aucun n’osa se porter volontaire. Dignement Gandix sonda du regard les hommes qui depuis sa tendre enfance avaient été ses compagnons et il vit qu’il était temps que l’ordre du monde change et que les puissants se dressent, s’organisent et soient reconnus comme défenseurs des faibles.

La bonne volonté des généreux gaulois ne suffisait plus à contenir ce mal créé de la démence des religieux. Il dit alors : "Devant la Déesse Mère, jurez que vous ferez de moi et de ma descendance vos seigneurs jusqu’à la nuit des temps si je vous délivre de ces montres". Un silence un instant marqua la solennelle déclaration et d’une voix tous s’exclamèrent : "Nous jurons !".

"Et moi," reprit-il "je jure en mon nom et au nom de tous les miens à venir que les seigneurs de Kynke défendront leur peuple, assureront la justice et adoreront la Déesse Mère et toutes les divinités qui peuplent les vivants, les pierres, les éléments et les astres !". L’aîné de Gandix avait alors 9 ans.

Le village offrit à Gandix, un cheval que lui seul aurait le droit de monter et qui lui appartiendrait en propre (en ce temps la communauté partageait tout). Gandix prit son épée, une couverture et son arc. Il sauta sur le cheval et dans un dernier adieu dit à sa femme en désignant ses trois fils : "Fais en des sages dignes de ton peuple. Fais en des combattants dignes de mes ancêtres. Fais en des hommes dignes de l’égard des Dieux. Qu’ils puissent se montrer dignes de mon serment jusqu’à la nuit des temps". Et il s’en fut. Jamais il ne devrait repasser une nuit entière à Kynke dans les bras de sa femme.

Pendant trois fois trois hivers, il traqua les monstres dans toutes les forêts de petite Bretagne et de Bretagne, revenant tous les trois ans, un soir pour rapporter les têtes des montres vaincus et repartant avant l’aube dans sa quête interminable. Mais le moine fou était si dément que ses actions étaient imprévisibles et que Gandix n’arrivait à le confronter. Le moine était si furieux que Gandix extermine une à une tous ses créatures, plus vite même qu’il n’était capable d’en créer, qu’il décida de l’affronter.

Alors que pour la troisième fois, après trois ans de quête et une nuit incomplète de repos, Gandix quittait la chaleur de son foyer pour l’âpreté de sa quête, le moine lui tendit une embuscade dans la clairière sacrée de la forêt de Kynke. Gandix avant de partir à nouveau, vint dans la clairière pour obtenir l’aide des Dieux afin de trouver et tuer le moine fou. A peine eut-il prononcé sa prière debout, l’épée brandit, face au Dolmen sacré par les druides, que le rugissement de l’ours-monstre retentit. Après n’avoir bu pendant neuf ans que le breuvage maudit, il avait tellement grandit qu’il atteignait la hauteur de trois hommes perchés les uns sur les épaules des autres. Il écarta de sa patte valide les arbres qui le séparaient encore de la clairière et se dressa sur ses pattes arrières. Le soleil disparu du ciel. L’ombre du monstre engloba Gandix. Tous deux avides de ce combat qu’ils avaient attendus trop longtemps, se précipitèrent l’un sur l’autre en criant. Le combat fut terrible. Lequel des deux combattit le plus comme une bête, une prêtresse d’Avallon elle-même ne pourrait s’avancer à le professer. Le sol fut labouré des griffes du monstre, les arbres alentour abattus par ses charges, le sol fendu des coups d’épée qui manquait leur cible, et le sang de la bête et de l’homme se mélangèrent et imprégnèrent la terre ancestrale. Mais le fou avait fait l’erreur dans sa hâte d’attaquer Gandix sur le sol sacré des Dieux et ceux-ci écoutèrent sa prière et lui donnèrent la force ; la forêt lui donna la ruse et son serment lui donna le courage. Si bien que quand le jour se leva à nouveau, Gandix appuyé sur son épée contemplait le gigantesque corps du monstre étendu en face de lui sur toute la longueur de la clairière. La bête était encore parcourue de tremblements et contractions comme si la vie avait plus de mal à se séparer de cette dépouille ignominieuse que d’un corps sain.

Le moine, qui avait observé coît le combat pendant un jour et une nuit depuis un bosquet avoisinant, se précipita sur la dépouille de celui qui avait été son compagnon de démence.

Gandix sans une hésitation, presque sans un regard lui trancha la tête d’un coup net.

Comme si l’accomplissement de sa quête avait drainé de son corps ses dernières forces vitales, il savait que les Dieux ne l’autoriseraient pas à retourner dans le monde des mortels après avoir pu jouir de leur puissance divine pendant un jour et une nuit. Le corps criblé de blessures, il se retourna donc vers le Dolmen et s’y allongea pour que celui-ci l’emporte vers l’autre monde comme la barque avait autrefois emmenée son père. Sa mort fut douce. La vie partit peu à peu à mesure que le sang se vidait par ses blessures.

Et c’est ainsi que le Dolmen Sacré devint la Pierre Sanglante, que la maison de Kynke fut fondée et que la première démence apportée par les moines en la terre de Bretagne fut anéantie.

(reprise)

Et c’est ainsi Messires de Bretagne et d’Armor,

que des moines, la première démence fût mise à mort,

que le Dolmen Sacré devint la Pierre Sanglante,

et qu’à Kynke fût fondée une maison éclatante.



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