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Polaris

"Insecticide ?"

samedi 15 janvier 2005, par Schmill

Tout se passait bien jusqu’ici dans la base de surface Ensai XIII... Malheureusement, ce qui devait arriver arriva ! Découvrez le récit d’un assaut de fourmis géantes sur cette base et la résistance des malheureux soldats... Comme quoi, il faut vraiment éviter la surface...

Chapitre I : Ensaï XIII

Mardi 12 février 563, 10 heures du matin, base de surface hégémoniene de Ensaï XIII.

La salle des radars de la base était une sorte de long hall voûté en béton, à l’aspect peu engageant. De fait, on aurait dit une grotte, seulement éclairée par les écrans verdâtres des ordinateurs, et peuplée d’hommes condamnés à scruter des machines. Leur attention était d’autant plus grande qu’une erreur aurait put provoquer la mort rapide de soldats hégémoniens, quelques dizaines de mètres plus hauts.

Le colonel Destreillac, de vieille famille d’aristocrate, régnait sur ce royaume souterrain. Homme nerveux depuis son arrivée ici, il y a 10 ans, il avait pris l’habitude d’arpenter la salle de long en large. Les hommes s’étaient habitués à le voir surgir derrière leurs épaules, pour regarder à son tour les écrans de contrôle. Toutes les deux heures, enfin, il s’accordait un traditionnel synthécaf avant de transmettre un rapport d’activité au bureau du général.

L’heure approchait et, le pas rythmé selon un rituel invariable, le colonel se dirigea vers la machine à boisson. Une fois devant, il se mit à fouiller laborieusement dans la poche droite de son veston et en sortit triomphalement une barrette d’un sol. Souriant, il la présenta devant l’orifice du distributeur.

- Mon colonel ? Excusez moi... le surprit une voix venant de derrière lui. -Qu’y a t’il Major ? répliqua l’officier, un peu contrarié.

- Alerte radar dans le secteur 20.6 par 63.4.

- Nature ?

- Encore indéterminée, mon colonel. Nous avons également perdu le contact subitement avec le poste avancé Epsilon.
L’air serein de Destreillac tomba tout de suite.

- Faites immédiatement décoller un chasseur en reconnaissance et obtenez-moi une vision directe. En vitesse. Rétablissez au plus vite la liaison avec Epsilon.

- Bien mon Colonel !

Le major fit un rapide salut et transmis les ordres aux officiers responsables. La ruche souterraine d’Ensaï XIII commença à s’animer.
Destreillac, pugnace, glissa son jeton dans la machine, attendit quelques secondes, et prit le gobelet de synthécaf brûlant dans sa main gauche. Le chasseur Vipère, à décollage vertical, ne devrait pas tarder à obtenir des images du secteur. Fixant le grand écran de contrôle, il ordonna calmement à l’un de ses aides de camp de lui obtenir une communication avec le général.
Dans la grande salle, les officiers techniques s’efforçaient de coordonner les escadrilles de drones de surveillance de la base, tandis que les officiers tactiques du quadrant Nord revoyaient tous les scénarios possibles.

- Le général est en ligne, mon Colonel dit l’aide de camp en tendant son communicateur.

- Bien. l’officier prit le combiné. Mon général, reprit-il, nous avons une alerte dans le quadrant Nord. Les communications avec Epsilon ont été coupées...Oui mon général, j’ai demandé une reconnaissance aérienne. Elle ne devrait plus tarder.

Le lieutenant chargé des télécommunications fit alors signe au colonel, pour l’avertir de l’apparition sur l’écran des images de la reconnaissance.
Les courbes météo de la zone firent place à un grand panoramique du quadrant Nord. La caméra ventrale du chasseur donnait l’impression au spectateur d’être devenu un fantastique oiseau de proie. Les collines rougeâtres et desséchées défilaient rapidement tandis qu’une projection tactique indiquait plus loin la progression de l’appareil.

- 20.3, 20.4, 20.5, ...égrena l’officier radar... 20.6 !

Destreillac fronça les sourcils pour mieux voir. Le fond de la vallée semblait être complètement noirci par une improbable ombre...sauf que celle-ci bougeait !
Le chasseur passa en trombe au-dessus de la vallée et fit une impressionnante ressource, révélant l’arrière pays. L’ensemble était submergé par cette marée vivante. Les yeux du colonel s’écarquillèrent

- Par la barbe des Patriarches ! déglutit Destreillac. Mon général, il s’agit d’une fantastique colonne de fourmis ! Il doit y en avoir des milliers ! Des dizaines de milliers peut-être !!!

Toute la salle avait désormais les yeux braqués sur l’écran de reconnaissance.
Le colonel fasciné mit quelques secondes avant de se rendre compte que la communication avec le général avait été coupée.

Dix secondes plus tard, les 226 sirènes d’Ensaï XIII se mirent à hurler à mort.

Chapitre II : Résistance

Couchés derrière la crête de la colline, système de camouflage enclenché, les deux soldats hégémoniens observaient la progression de la fantastique colonne de fourmis. Elle dévalait la vallée comme une avalanche noire, écrasant et broyant toute chose vivante. Le soldat KER 20 523 n’avait jamais vu ça de sa vie. Chacune de ses bestioles était longue d’au moins trois mètres, tandis que certaines, d’énormes soldats-chars, progressaient lourdement en enjambant leurs confrères par dizaines. Il se retourna avec appréhension vers son camarade :

- Ma poche urinoir est pleine, Vendels. Et ces foutues bestioles arrivent bientôt sur la ligne numéro une... -J’espère que les teckies ont bien fait leur boulot, sinon on va passer un sale quart d’heure...reprit l’autre.

En finissant ces mots, il appuya avec son lourd gantelet métallique sur son avant bras droit. Un panneau de l’armure glissa à cet endroit, révélant un ordinateur.

- Central, ici Thêta un. Je vais enclencher le dispositif thermique conformément aux ordres dans à peu près une minute.

Le dispositif optique de l’armure de Thêta un zooma sur le centre de la vallée : La ligne numéro une. Les insectes la franchirent bientôt par dizaines. Thêta deux les regardait avec angoisse se rapprocher d’eux. Etre un soldat de surface ne dispensait pas d’avoir peur de la mort. Bien au contraire. Mais seule une discipline de fer permettait de survivre dans cet enfer.

Thêta un avait les yeux rivés sur les créatures, comme s’il tentait de les compter. De fait, son ordinateur tactique le faisaient déjà assez bien tout seul. Bientôt près de deux cents fourmis eurent franchi la ligne numéro une, et de nombreuses autres se pressaient derrière.

- Central, ici Thêta un. Entre deux cinquante et trois cents hostiles ont franchi la ligne numéro une. J’enclenche le dispositif de défense dans 10 secondes...

- 10...
9...
8...
7...
6...
5...
4...
3...
2...
1...
TOP !

Vendels enfonça aussitôt un bouton sur le panneau de son armure et l’enfer se déclencha sur la ligne numéro une. Une gigantesque barrière de feu s’éleva sur plus d’un kilomètre de longueur et dix mètres de hauteur, désintégrant littéralement tous les insectes qui étaient alors au dessus de la ligne. Le corps d’un soldat titanesque, un de ces chars de chitine et de mandibules, fut coupé en deux par la matière en fusion et les deux parties de son corps s’écroulèrent avec fracas sur ses congénères.

Thêta un sourit nerveusement derrière la visière de son armure et se tourna vers l’autre soldat :

- C’est fini pour nous...on décroche sur la base...

Les deux hommes enclenchèrent avec soulagement leurs réacteurs dorsaux et quittèrent la colline à toute vitesse.

Derrière eux, trois cents fourmis se retrouvaient coupées de leur colonne. Un groupe de chars lourds Mantis, coupant leurs systèmes de camouflage, apparut devant elles à une distance raisonnable et commença à les disperser à coup d’obus électromagnétiques.

Chapitre III : Etat-Major

- Oui mon Général, quatre tirs lasers satellites en trois heures. Nous avons du éliminer ainsi entre deux et trois milles hostiles. Les tirs d’ogives nucléaires sont rendus impossible par la trop grande proximité du front...

Le général Mélinkor fixait la grande projection holo-tactique du champ de bataille. Flèches noires et flèche rouges s’y opposaient, épousant la forme du relief et celles des quatre lignes de défenses de la base.

- Colonel, comment se fait-il que nous ne les ayons pas repérés plus à temps ? C’est une force de plus d’une dizaine de milliers d’individus...

- A vrai dire, mon général, selon les premiers rapports, ils semblent que l’ennemi ait emprunté des galeries souterraines pour se rapprocher de la base. Les sondes sismiques du quadrant Nord n’ont put repérer les tunnels à cause du débordement de la rivière souterraine Hélios-4, il y une semaine...

- Situation au sol actuelle ?

- Les lignes une et deux ont été enfoncées par le corps principal, composé d’à peu près 8000 individus. Cette force est maintenant stoppée devant la ligne numéro trois, un champ de spores carnophages. Nous estimons avoir gagné un délai supplémentaire de douze heures avant qu’elles n’atteignent la dernière ligne, mon général. En attendant, les bombardements auront permis de réduire les effectifs ennemis d’au moins 6000 individus supplémentaires. L’attaque sera endiguée...

- J’en doute, grinça un nouvel officier.

L’homme s’approcha de la projection holo-tactique et le général reconnut aussitôt OUR 27-237, leur représentant du Prisme sur la base.

- Que voulez-vous dire, lieutenant ? s’enquit Mélinkor.

- Je veux dire, mon général, que ces créatures sont moins bêtes que vous ne le pensez. Vous avez vu à quelle vitesse elles ont creusées sous la ligne numéro deux pour la franchir. Les spores sont certes dangereuses mais elles ne les arrêteront pas pendant douze heures. Et en attendant, les fourmis ouvrières construiront des tunnels pour abriter les soldats.

Le ton arrogant et pincé de l’officier du Prisme commença à agacer le général.

- Alors que proposez-vous pour sauver votre vie, OUR 27-237 ?

- C’est simple mon général. Pour vaincre son adversaire, il faut...lui couper la tête. Nous savons que cette race de fourmi est complètement désorganisée par la mort de sa reine. Frappons au cœur de la fourmilière et leurs précieux soldats ne serviront plus à rien.

Mélinkor se tourna vers le major Alliste, l’officier scientifique.

- Avons-nous identifié la provenance de ces fourmis, major ?

- Les derniers rapports d’autopsie me donnent la quasi-certitude qu’elles viennent d’Endas 5, mon général. Si vous permettez...

Le major se pencha au-dessus de la projection et activa une nouvelle vue stratégique, montrant la région à grande échelle. Endas cinq clignota comme un point orange à l’autre extrémité de la carte.

- Par la barbe des patriarches ! Cette foutue fourmilière est en territoire de la Ligue ! s’exclama le général.

Destreillac aurait juré qu’à ce moment là l’officier du Prisme s’était mis à sourire. Il aurait donné cher pour savoir ce que cette vermine préparait. De l’autre côté, la situation était délicate. Le général ne pouvait pas ordonner un bombardement d’un territoire de la Ligue sans provoquer des problèmes diplomatiques. Demander de l’aide ou une autorisation aux Rouges était par ailleurs hors de question pour n’importe quel gradé Hégémonien.

- Il y a peut être une autre possibilité, mon général, reprit l’officier politique.

Tous se retournèrent vers lui avec une méfiance peu dissimulée.

- Nos scientifiques ont récemment mis au point, continua t-il, un nouveau drone " insecticide ". Il s’agit d’un appareil automatisé, prévu pour simuler les phéromones des soldats fourmis et s’infiltrer au cœur de la fourmilière. Une fois au plus près de la reine, il fait exploser une charge nucléaire tactique. Personne ne pourra dire d’ou vient cette attaque, si tant est qu’on la repère pour ce qu’elle est. Dans cette région sismique, tout est possible...

- Il nous suffirait d’analyser les phéromones des fourmis abattues et de reprogrammer le drone pour qu’il les imite ? demanda Alliste, captivé.

- C’est précisément ça, Major. conclut l’homme du Prisme en souriant.

La jubilation de cet homme sournois révulsait Destreillac. Il lui fallait réagir.

- Et comment votre drone va atterrir sur une fourmilière de plusieurs milliers d’individus, OUR 27-237 ? Il va y aller sur ses petites pattes ? railla t-il.

Le lieutenant prit un air condescendant, celui d’un professeur expliquant une évidence à un élève un peu simple.

- Un commando héliporté sur le toit de la structure insecte devra s’emparer d’un accès et le défendre jusqu’à ce que le drone s’y soit introduit en toute sécurité. Après il lui suffira de...

- Tous ces hommes seront condamnés à mort, lieutenant, et vous semblez prendre ceci avec la plus grande légèreté. reprit Destreillac.

- L’esprit de sacrifice est la première vertu des soldats hégémoniens, mon colonel, répondit l’officier du Prisme en souriant.

- Croyez bien que nous appréciions tous votre dévouement, lieutenant, conclut le général.

Le visage du jeune officier devint subitement pâle.

Chapitre IV : Endas-5

Le transporteur lourd Scarab-IV volait à très faible altitude pour éviter les radars de la Ligue. Comme un gros bourdon d’acier, il suivait méticuleusement le relief, mettant ses passagers à rude épreuve. Le lieutenant OUR 27-237, sanglé dans une lourde armure exo-3, se savait pour le moment à l’abri dans le ventre de l’appareil. Mais quant à la suite des opérations...il avait peu d’espoir d’en revenir vivant. Seul son cercueil aurait droit aux honneurs militaires et à une promotion bien méritée. Le jeune officier se rappela les dernières paroles de ce maudit général. Ce salaud était en train de foutre tout son plan de carrière au Prisme par terre. Il ricana nerveusement en se rappelant le dernier rapport qu’il avait eut le temps d’envoyer avant de partir.
Pour essayer de se redonner espoir, il regarda les autres membres de l’équipe.
Le sergent NOX 22 536 était un solide gaillard. Il scruta son casque pour essayer d’y voir les deux orbites noires où étaient plantées les yeux du sous-officier. Un regard dur et froid qui maintenait la discipline autour de lui. En tant qu’officier du Prisme, OUR 27-237 avait appris comment ce vétéran avait obtenu les décorations parmi les plus glorieuses de l’empire Hégémonien. Seule cette bravoure l’avait sauvé d’un internement à Yucata comme prisonnier politique. Jusqu’à aujourd’hui. Le lieutenant aurait en effet mille fois préféré être en prison plutôt que partir vers Endas-Cinq.
L’équipage était constitué de quatre autres hommes, qu’il avait du mal à voir, à cause de la faible mobilité de son armure une fois sanglée. Deux de ses soldats étaient des grenadiers, des hommes spécialisés dans la manipulation d’armes lourdes, même selon les critères de la surface. Ils tenaient sur leurs " genoux " d’énormes modules de combat bardés d’instrument de mesures. Les deux autres étaient des soldats de seconde classe, dont l’un d’eux avait reçu une formation complémentaire de technicien. Celui-là l’aiderait à manœuvrer le drone lors de son activation. Durant les premières minutes, l’appareil devait être dirigé manuellement jusqu’à ce qu’il ait suffisamment d’informations sur la fourmilière. Il se déplacerait alors par lui-même et pourrait imiter toutes les phéromones des gardes insectes. L’unité du lieutenant se replierait à ce moment. S’il en restait encore quelque chose.

OUR 27-237 sentit tout d’un coup son système antichoc s’activait et lui maintenir le corps, alors que son estomac lui remontait entre les amygdales. Un puissant impact avait ébranlé l’appareil, secouant tout l’équipage.
Le lieutenant activa son communicateur et demanda un rapport au pilote.
Son récepteur grésilla :
" - Mon lieutenant, nous approchons de la fourmilière d’Endas 5. Il semble que certains des insectes nous prennent pour cibles.

- Comment ça,... nous prennent pour cibles ? Ce sont des fourmis...

- Sauf votre respect, mon lieutenant, on dirait que certaines de ces fourmis projettent de l’acide par leur abdomen. "

OUR 27-237 essaya de ne pas laisser paraître sa surprise. Il semblait que cette fourmilière de développait plus vite que prévu. Voilà qui serait matière à un nouveau rapport pour le département recherche du Prisme.

" - Pilote, neutralisez parmi ces fourmis celles qui sont le plus proche d’Endas 5, et reprenez le cap. "

Le pilote accusa réception. Le lieutenant sentit l’appareil virer de bord, puis entendit nettement les décharges de la batterie de neutron. Il ne voulait pas que les fourmis les plus éloignées soient abattues pour éviter que la Ligue puisse retrouver des traces du passage d’Hégémoniens. Quant aux sentinelles détruites sur le nid même, il n’en resterait de toute façon plus rien une fois la charge activée. Les minables petits enquêteurs de la Ligue en seraient pour leurs frais. Ça lui ferait au moins une satisfaction dans cette affaire.

De l’autre côté, le sergent NOX et les deux grenadiers enfilèrent leurs lourds modules sur leurs bras gauches. Les fixations automatiques des armures se refermèrent les unes après les autres en plusieurs claquements secs. Les deux autres hommes retirèrent les sangles qui retenaient leurs armures pour se lever et empoignèrent la lourde caisse d’aluminium qui contenait le drone.

L’heure de vérité approchait.

Le lieutenant sentit la vitesse de l’appareil décroître, bien que les turbines fissent toujours un bruit incroyable.
L’air sain commença à être aspirer de la soute en grandes trombes. Quand une des lumières de sécurité du Scarab devint rouge, l’air de la surface envahit la pièce. Les deux grenadiers se postèrent de chaque côté de la porte coulissante encore fermé. Le sergent et le lieutenant se placèrent au plus près de la caisse et de ses porteurs.
Tous leurs prochains gestes avaient été longuement répétés avant la mission. Chaque seconde de moins qu’il aurait à passer dans le monde extérieur serait une chance de plus de survie.

Un compte à rebours électronique se déclencha pour prévenir de l’ouverture de la porte. Le Scarab était maintenant juste au-dessus d’une des entrées de la fourmilière d’Endas-5.
La conscience que sa vie allait peut être se finir dans quelques secondes submergea le lieutenant. Son souffle se fit plus profond, plus rapide, et son cœur s’emballa à tout rompre. L’ordinateur de son armure réagit aussitôt et déclencha une injection de calmant, afin de garder au pilote toutes ses capacités de commandement. Il ne restait plus que deux secondes avant l’apocalypse.

Puis, dans un grincement de métal, la porte s’ouvrit vers la surface. Une lumière rouge acide envahit la pièce, striant les armures des soldats de raies pourpres et sang. Dans un bruit d’enfer, les modules des grenadiers se mirent à cracher l’acier à une cadence incroyable.
Tout s’enchaîna ensuite très vite.
Le lieutenant donna l’ordre d’avancer aux porteurs, et tous les quatre, couvert par les tireurs, sautèrent par l’ouverture en allumant leurs réacteurs de saut.
La fourmilière se présentait comme une montagne percée de mille grottes, et surtout recouverte d’une faune grouillante et énorme d’insectes. L’ouverture visée par l’escouade aurait laissé passer un char reptile hégémonien. Déjà elle grouillait d’ouvrières, des fourmis d’environ trois mètres de long, sur active et rapide. A leurs pieds se tordaient les restes désarticulés de plusieurs de leurs sœurs, hachées vivantes par les grenadiers.
Trop rapidement à son goût, le lieutenant et ses hommes touchèrent le sol. Le sergent hurla quelques ordres rapides, tout en balayant l’entrée au lance-flammes d’un vaste geste circulaire. Un des deux soldats porteurs posa la caisse contenant le drone, et se retourna vers le flanc de la fourmilière pour couvrir les arrières du groupe. L’officier se plaça de l’autre côté et lâcha une série de mini grenades vers la crête, où s’amassait déjà une dizaine de nouvelles ouvrières.
Le périmètre tenu, les deux grenadiers sautèrent du Scarab afin de lui permettre de prendre de la hauteur. Si l’appareil était détruit, il n’y aurait de retour pour personne.
Au sol, les douilles commencèrent à s’accumuler aux pieds du lieutenant. Reprenant pas sur lui-même, il se dirigea à reculons vers le drone qu’avait fait déployer le technicien. Les deux armures lourdes complétèrent le dispositif. Il était temps. S’ils étaient toujours là dans deux minutes, les hégémoniens seraient complètement submergés.
Alors que les armes hurlaient tout autour de lui, l’agent du Prisme entra rapidement le code secret d’activation du drone. Avec une lenteur désespérante, l’appareil fit le check-up de ses fonctions. L’écran de contrôle fut soudain recouvert d’une ombre. Le jeune homme releva son casque et aperçut la menace. A cinq mètres de lui, derrière la crête, venait d’apparaître une énorme tête triangulaire, recouverte de chitine noire et bardée de mandibules dégoulinantes d’acide. La première guerrière venait d’arriver.
Un grenadier et le sergent ouvrirent aussitôt le feu sur elle. L’officier resta comme hypnotisé par le spectacle. Les balles s’écrasaient à toute vitesse sur la tête de la fourmi, la cabossant comme des cailloux sur une carrosserie. La créature continuait même à avancer. Enfin, après une poignée de secondes interminables, la créature explosa, répandant de la lymphe et des bouts de chitine sur les armures. De l’autre côté, deux nouveaux insectes-soldats apparaissaient, supportés par une vingtaine d’ouvrières. L’ordinateur injecta une deuxième dose de calmant au lieutenant, plus forte cette fois-ci.
Ses yeux papillonnèrent, comme s’il voulait se sortir de cet affreux cauchemar. Puis le bruit assourdissant du combat lui rappela sa mission. Il se reprit et pianota rapidement sur l’écran du robot, achevant le protocole d’activation. Le drone se hissa sur ses six pattes et dégagea ses antennes télescopiques. Quelques instants, elles s’agitèrent étrangement, afin d’analyser l’air pour en extraire les phéromones des fourmis gardant Endas-5.
Il ne restait plus que quelques manœuvres à faire accomplir au drone et l’escouade pourrait évacuer. Le lieutenant se retourna pour voir ses hommes. Il poussa aussitôt un hoquet d’horreur. Un des deux soldats, son module tirant en continu, fut submergé devant ses yeux par une horde d’ouvrière enragée, mutilée, les secondes avançant sur les corps des premières. Le sergent tira dans le tas une dizaine de micros missiles, le lieutenant y rajouta un tir continu de micro grenades qui transformèrent la place en un vaste cratère recouvert d’une bouillie noirâtre. Qu’importe. Les insectes devaient maintenant être une centaine autour des hégémoniens. Plus loin, un grenadier décocha un missile qui vint pulvériser la tête d’une guerrière, qui s’écroula au sol en écrasant plusieurs ouvrières.

Le lieutenant se retourna rapidement vers le contrôle du drone et entra les dernières données. Il maudit un instant ses supérieurs qui avaient refusé la préprogrammation de l’appareil, pour éviter que ses secrets ne puissent tomber aux mains de l’ennemi. Puis un cri vrilla tout d’un coup les oreilles de l’officier. Un des grenadiers venait d’être saisi par une guerrière qui avait surgi du sol sous ses pieds. Son armure éclata bientôt, découpé par les mandibules comme du papier.
S’en était trop pour lui. Il donna l’ordre au Scarab de venir les récupérer. Leur position n’allait plus tarder à être complètement submergé.
Les quatre survivants formèrent un carré autour du drone, leurs armes en surchauffe continuant à tirer.
Le robot entra enfin en mode automatique et s’extraya difficilement du cercle des combattants. L’agent du Prisme guetta avec angoisse la seconde où la machine arriverait au contact des vraies fourmis. Il la vit s’approcher d’une guerrière, puis se faufiler naturellement entre ses pattes avant de se frayer un chemin parmi les ouvrières dupées.
Une bonne chose de faite.
Mais lui et ses hommes étaient loin d’être sorti d’affaire. Dans cinq minutes le drone ferait sauter sa charge nucléaire tactique. De l’autre côté, les fourmis formaient désormais un cercle tout d’autour d’eux. Bien que fauchés par dizaines par les projectiles hégémoniens, elles se rapprochaient inexorablement.
Les quatre armures étaient maintenant dos à dos.
Tout d’un coup, plusieurs grands flashs bleutés vinrent éclater tout autour des hommes, repoussant les fourmis d’une bonne dizaine de mètres. Les neutrons du Scarab-IV étaient entrés en action. Le vrombissement des turbines de l’appareil se faisait maintenant nettement entendre au-dessus des Hégémoniens. Le moral serait remonté si toute la ligne de crête autour de l’ouverture ne s’étaient pas à ce moment recouverte de monstrueuse fourmis-guerrières. Un géant trônait parmi elle, un de ces chars de chitine d’une dizaine de mètres de haut que l’Etat-Major comptait comme des chars dans les statistiques.
Le lieutenant n’eut aucune hésitation. Il engagea aussitôt ses réacteurs de saut à pleine puissance et franchit en quelques secondes les quinze mètres qui le séparaient du Scarab. Les pieds à peine posés dans la soute, il hurla au pilote l’ordre de décrocher. Il ne se le fit pas dire deux fois.
Le sergent atterrit à l’intérieur juste après, et sentit l’appareil commençait à virer. Il se retourna vers l’officier, une main accrochée à la carlingue pour ne pas basculer dans la manœuvre :

" - Mon lieutenant, le soldat KER 35 et le technicien sont toujours en bas ! "

Le Scarab commençait déjà à s’éloigner. Par la porte encore ouverte, les deux hommes pouvaient voir les deux armures du reste de l’escouade qui s’étaient élevés au-dessus de la mêlée grâce à leurs réacteurs. Sans transport, ces deux là seraient condamnés à mort.
L’agent du Prisme sourit. Il était toujours en vie, et pouvait être sûr d’une belle promotion au retour.

" -Tant pis pour eux, sergent ! C’est la guerre ! " finit-il, pris tout d’un coup d’une crise de fou rire.

Le sous-officier savait ce qu’il lui restait à faire.

Epilogue

Au milieu de la salle funéraire, les quelques personnes présentes s’écartèrent pour laisser passer un prêtre du temple patriarcal. Le religieux se mit devant le cercueil, et après avoir imposé le silence de son regard, commença l’oraison.

" - Tu étais poussière et tu redeviendras poussière. Par ces paroles de sagesse, les Patriarches nous rappellent l’aspect éphémère de notre vie. Le lieutenant OUR 27-237 était un de leur plus fidèle serviteur, et c’est tout au long de ces années qu’il a prouvé son mérite... "

Le Sergent NOX 22-536 n’écoutait déjà plus. C’était la première fois qu’il assistait à un enterrement. Pourtant, tout au long de sa carrière, il avait vu beaucoup de gens mourir qui méritaient plus les honneurs que ce sale lieutenant. Il fallait vraiment être officier et au Prisme pour avoir ce genre de luxe. Tout ce qu’il détestait. D’autre que lui n’avait pas l’air plus intéressé par la cérémonie. Juste en face, un colonel du Prisme en uniforme bleu acier se cachait à peine de regarder sa montre. Un autre sale type.

L’oraison finie, l’officier supérieur remit sa casquette sur la tête et partit d’un pas rythmé, ses bottes claquant sur le sol de béton. Il avait la tête à bien autre chose que ce rituel funéraire. Certes, il déplorait la perte du lieutenant. Cette chute stupide du Scarab, alors que tout danger semblait écarté, avait mis fin à une belle carrière dans le Prisme. Mais l’essentiel avait été fait. La mission avait été exécutée. Tout comme la fourmilière, se mit à penser le colonel, s’offrant un rictus de joie. La charge nucléaire avait bien explosée, ravageant le cœur de la structure insecte et annihilant toute menace fourmi pour un bon bout de temps. Il restait tout de même assez de créatures sur place pour que les enquêteurs de la Ligue ne prennent le risque d’aller y fourrer leur nez tout de suite. Tout ça valait bien le sacrifice de quelques hommes.
Le colonel s’arrêta devant un des ascenseurs de la base et tapota sur un clavier mural un code secret, avant d’appliquer son pouce sur une serrure dermale. La porte s’ouvrit en sifflant. L’officier rentra et programma l’appareil pour le dernier sous-sol. Les laboratoires du Prisme.
La descente sembla durer un temps interminable. Finalement, un léger choc prévint le colonel de son arrivée. Les portes se rouvrirent devant deux soldats de la division Reflet, équipé lourdement en armure de sécurité. Ils effectuèrent un rapide contrôle de sécurité de ses papiers, puis de sa rétine, avant de le laisser continuer. Le bruit cadencé des bottes du colonel retentit à nouveau dans les couloirs d’Ensaï XIII. Ses sous-sols constituaient en fait un grand espace d’expérience sur toutes les curiosités que les troupes hégémonienes avaient pu trouver en surface. A gauche du colonel, derrière deux scientifiques en train de discuter, se trouvait le bloc rouge deux. Un endroit où l’on testait les capacités des mutants de la surface, ces " buveurs d’atome ", comme les appelait la légende. A droite, de l’autre côté de la porte Vert douze, se trouvaient une annexe de l’institut génétique hégémonien. On y menait des expériences de greffes assez diverses, dont la seule évocation suffisait à faire vomir le commun des mortels.
Le colonel ne faisait heureusement pas partie de ces êtres faibles. Il se voyait même plutôt sur le dessus du gâteau.
L’officier venait d’arriver au bout du couloir, devant deux nouveaux gardes. Des hommes qu’il connaissait bien, puisqu’il les avait lui-même fait transférer ici. Ils n’en firent pas moins les contrôles de sécurité standard. On n’était jamais assez prudent.
Certes, aucun espion du Neptune ne risquait d’arriver jusqu’ici. Mais le Prisme se méfiait plutôt de l’Amirauté hégémoniene elle-même. Cette dernière ne serait pas forcément enchantée de découvrir toutes les expériences que menaient les services secrets.
Le colonel pénétra dans le bloc et se dirigea vers un des laboratoires. Il s’arrêta dans un vestiaire et se mit à enfiler une combinaison hermétique, avant de passer dans un sas de décontamination. Au milieu des jets à haute température, il se demanda quel serait son sort si on découvrait que ses services étaient responsables de l’attaque des insectes. De son point de vue, le jugement serait sans surprise. Il serait exilé en surface, ou déporté en banque de corps. L’Etat Major manquait souvent d’imagination, contrairement à ses laboratoires. Lui avait compris, découvert, une immense et incroyable perspective.
Les portes du sas s’ouvrirent enfin. Elles donnaient sur un vaste poste de contrôle rempli de techniciens et de scientifiques. Mais surtout, derrière les pupitres, se trouvaient une grande baie vitrée qui permettait d’avoir un surplomb sur la pièce principale. Le grand œuvre du colonel. Il se rapprocha et admira une fois de plus la créature qui en était prisonnière.
Derrière la vitre se trouvait un insecte gigantesque, maintenu par une forêt de câbles, perfusés de tous côtés, recouvert d’instrument de mesures. Une fourmi blanchâtre d’une quinzaine de mètres de long, à la tête hypertrophiée, aux yeux invisibles, le crâne recouvert de nombreuses antennes.
La créature venait directement d’Endas-5. L’opération de récupération avait été plus que coûteuse, mais le jeu en valait la chandelle. Il s’agissait ni plus ni moins de la progéniture de la reine de la fourmilière, qui était destinée à la remplacer. S’en emparer avait provoqué l’invasion d’Ensaï XIII.
Plus fascinant encore, cette attaque prouvait que la créature arrivait à communiquer à distance avec les siennes.

Quels secrets fantastiques allait-elle encore lui permettre de découvrir ?
Le colonel regarda sa montre. Une nouvelle journée de travail commençait pour lui.

Bref proverbe hégémonien : " Tout commence chez soi et finit au Prisme. "


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