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Prophecy

Le pacte de Krakaï Mo’do

samedi 16 juin 2007, par azathoth

Récit : Le vent glacé souffle, Braham et ses hommes doivent s’arrêter quelques jours dans un village perdu dans les montagnes de Kern. Seulement, tout ne doit pas se passer aussi facilement, c’est ainsi qu’est la volonté de Moryagorn. Cette nouvelle a vous faire regretter un feu dans l’âtre vous plongera dans une aventure comme il en existe tant sur Kor.

Nous nous étions fait surprendre par le blizzard. Le vent froid nous brûlait la peau malgré les fourrures et les épaisses couvertures que nous portions. La visibilité était réduite à quelques mètres. Un autre de mes camarades se laissa envahir par le sommeil. Nous savions tous qu’il ne se réveillerait pas, aucun ne s’était réveillé. Nos montures étaient mortes il y a quelques jours de cela, elles n’étaient pas préparées à vivre dans de pareilles conditions et nous non plus ! Leurs cadavres nous permirent d’avoir suffisamment de nourriture jusqu’à maintenant.

Malheureusement notre lente progression due aux intempéries faisait que nous serions vite à court de viande. Nous ne sentions plus nos jambes engourdies par la neige qui nous arrivait à mi-tibia.
Deux portes de bois nous barraient la route. Nous devions enfin être arrivé à Kirza, dernière étape avant Kern. Je hurlai contre le vent afin que quelqu’un nous ouvre. Quelques minutes plus tard, une jeune femme et deux hommes, tous emmitouflés dans d’épaisses fourrures, nous permirent d’entrer dans leur village. Epuisés, mes quatre camarades restants (sur neuf) et moi nous laissâmes tomber dans la neige. Le vent avait beaucoup moins de force, l’air était moins froid, nous pouvions enfin dormir…

Je me réveillai dans un bassin rempli d’eau naturellement chaude. Une forte odeur d’herbes émanait du liquide translucide. Un mur encerclait les bassins et un toit permettait de se protéger du climat extérieur. La jeune femme qui nous avait ouvert était là, elle me regardait et semblait heureuse que je me sois réveillé.

- Vous avez dormi pendant deux jours, il vous faut reprendre des forces. Habillez-vous avec ça et suivez moi.
- Où sont mes affaires ?
Elle se mit à rougir lorsque je me relevai. Je n’avais pas fait attention à ma tenue, un simple pagne. Je lui prenais les vêtements qu’elle me tendait et les mis en bougonnant.
- Que sont ces cicatrices que vous avez sur la poitrine ? Et ce tatouage dans votre dos ?
- Vous aviez dit qu’il me fallait reprendre des forces… je vous suis… Au fait, où sont mes camarades, nos armes et armures ?
- Ils sont chez les personnes qui les hébergeront durant le séjour que vous passerez ici, quand à vos armes elles sont rangées.
- J’aimerai voir mes hommes.
- Vous pourriez être un peu plus aimable envers ceux qui vous ont sauvés !
- Excusez-moi, c’est que je suis assez contrarié d’avoir perdu une journée. Nous devons nous rendre à Kern au plus vite…

Je sortis du bâtiment et fut surpris par le vent qui semblait ne pas avoir perdu de sa force. La jeune femme me prit la main et m’amena jusqu’à une maison basse. Carnos se faisait tirer les runes par une vieille femme. Quelques mètres plus loin, Wol aidait un homme à scier du bois. Pôl quant à lui tenait compagnie à un jeune couple, quand à Foren, l’Erudit, c’est dans la plus grande hutte qu’il se trouvait, se tirant les cheveux. Il n’arrivait pas à comprendre les règles d’un jeu de carte. Enfin, la jeune femme m’amena dans une autre petite bâtisse de pierre dont les seuls orifices étaient une porte et un conduit de cheminée. Je lui demandai où nous étions. Elle dit en enlevant ses fourrures qu’elle habitait là et que je devrai dormir chez elle le temps de notre séjour.
- Il n’en est pas question ! Bien que je vous trouve charmante, je ne vois pas pourquoi je dormirai ici.
- C’est la coutume du village, et il serait très mal vu que vous refusiez mon hospitalité.
- Où vais-je dormir ? Il n’y a qu’un lit…
- Je vais installer une paillasse…
- Parfait c’est excellent pour le dos !
- Vous n’avez pas compris, je dormirai sur la paillasse et vous, vous dormirez dans le lit.
- Et en quel honneur ? Vous êtes mon hôte… et de plus, vous êtes une femme, il ne serait pas convenable de vous laisser dormir sur une paillasse !
- C’est pourtant ce que je ferai !
Bon sang qu’elle était têtue ! Mais qu’elle le veuille ou non, j’aurai le dernier mot… où plutôt j’arriverai à mes fins.
- Et notre équipement ?
- Il ne vous servira à rien ici, le port des armes est interdit dans ce village.
- Et si quelqu’un décidait de vous attaquer que feriez-vous ? Le temps que chacun ait de quoi se défendre, votre village serait déjà en flamme.
- Je souhaite bien du courage à ceux qui voudraient attaquer Kirza en pleine saison des blizzards et qui tenteraient d’y mettre le feu…
- C’est aberrant !
- Ce qui est aberrant c’est de vouloir mettre le feu à nos maison de pierre…

Ses yeux étaient emplis de malice, j’avais dû rater quelque chose… Peu importe ! Jamais personne, hormis des membres influents de castes, ne s’étaient permis de me parler sur ce ton. Elle était d’une telle arrogance et d’une telle naïveté. J’étais bien placé pour savoir qu’avec une bonne motivation, les conflits ne connaissaient pas de saisons….
- J’vous ai eu !
- Comment ?
- J’vous ai eu : c’est moi qui ai eu le dernier mot…
- Je voudrai voir mes armures, jeune fille !
- Vous n’avez pas chaud, vieux croûton, avait-elle dit en esquissant un sourire à vous faire chavirer le cœur ?
Elle était déconcertante… Enlevant l’épais manteau qu’elle m’avait donné pour sortir de mon bassin, je la vis se diriger vers un petit escalier. Je n’avais pas remarqué son petit déhanchement, ni ses formes pour le moins attirantes, sans doute à cause des épaisses fourrures. Bon sang ! La courbe de ses hanches était parfaite, et ses…
- Vous venez, vieux croûtons ?
A moitié descendue dans l’escalier, il n’y avait que son buste qui était apparent. Elle n’avait pas le physique des gens de la montagne. Son teint n’était pas assez brûlé et elle était beaucoup trop fluette. Elle devait sûrement être venue visiter les environs et fut surprise, comme nous, par la saison des blizzards. Elle a ensuite dû s’établir ici, se plaisant parmi les habitants.
- J’arrive…

Le sous-sol n’était composé que d’une pièce, assez grande, où étaient entreposés du bois, un peu de paille, des flèches, mon équipement ainsi que celui de mes camarades et mes vêtements. Une bougie fournissait une faible lumière, mais curieusement, celle-ci se réfractait dans toute la pièce, il y avait là l’œuvre de la magie.

Un courant d’air froid traversa toute la demeure. La bougie s’éteignit. J’étais alors dans le noir complet avec une jeune femme des plus ravissantes. Mais elle était beaucoup trop jeune… Je l’entendis chercher quelque chose dans l’obscurité. Je fis alors apparaître une flamme dans ma main. Mon hôtesse était agenouillée. Je la vis faire un bond lorsque la lumière baigna de nouveau la pièce.
- Vous êtes un Mage ? Je ne l’aurais pas cru. D’habitude ils ne sont pas si lourdement armés.
- Je suis avant tout un Combattant, mais la magie m’intéresse.
Un homme descendit les escaliers et dit à la jeune femme une phrase que je ne comprenais pas, il y avait beaucoup de sons que je reconnaissais mais il parlait vite et sans doute dans une espèce de patois. Il avait commencé sa phrase par "Astreyia". Peut-être était-ce le prénom de la jeune fille.
- Nos ragoûts vont être froids si on ne se dépêche pas de les rejoindre à la maison du village.
L’homme s’éclipsa. Astreyia prit une paillasse et une couverture et m’invita à monter. Elle fit rapidement "son" lit. Nous mîmes nos fourrures.
- Nous ne nous sommes pas encore présentés.
- Je me demandais quand vous y penseriez.
- Je me nomme Braham. Et vous jeune fille ?
- Astreyia. Et entre nous, je préfère que l’on se tutoie. Comme tu me l’as fait remarquer, je suis plus jeune que toi et le "vous" me gêne.
- Je n’ai pas dit…
Elle ouvrit la porte et le vent couvrit le son de ma voix. Elle se retourna et approcha ses lèvres de mon oreille droite.
- Tu viens vieux croûton ?

Le temps que je déchiffre ce qu’elle avait dit elle était déjà à dix mètres de moi. Je refermai la lourde porte et la rejoignit.

La maison du village était une longue bâtisse dans laquelle la chaleur fournie par deux grands foyers était douce. Des marmites chauffaient et tout le village semblait s’être réuni autour de grandes tables basses. Le sol était recouvert de tapis et les murs imposants étaient nus. Je rejoignis mes compagnons qui engloutissaient le contenu de leur bol d’argile. Après m’être assis en tailleur sur un coussin, je m’aperçus que je n’avais rien pour dîner. Je regardais autour de moi cherchant où se procurer un repas. Une femme qui devait avoir dans les vingt-cinq ans m’apporta une cuillère ainsi qu’un bol d’où s’échappait une bonne odeur de ragoût. Elle les posa sur la table de manière à ce que je puisse apprécier la vue de son décolleté. Elle repartie doucement en se retournant de temps en temps comme pour voir si j’appréciais son cadeau.

- Bah toi alors ! On peut dire que tu les attires. Et si tu veux mon avis, celle-là, elle ne serait par contre le fait que tu lui fasses une petit Braham !
Mes quatre amis éclatèrent d’un rire si fort que l’on n’entendait plus qu’eux. D’ailleurs tous les villageois s’étaient tut pendant quelques secondes, le temps de s’habituer à tout ce vacarme. Cela me faisait plaisir de voir mes camarades si enjoués. Je mis ma première cuillérée de ragoût à la bouche. Je n’en avais jamais mangé de tels. La viande était différente. Ils devaient utiliser du borok, l’animal local qui leur permettait de faire leur manteau de fourrure. C’était un peu particulier, mais bon. Je m’en resservis d’ailleurs deux fois. La jeune femme qui m’avait apporté mon premier ragoût ne cessa de me lancer des petits sourires en coin. L’homme à côté d’elle lui murmurait des choses à l’oreille. Ils me regardaient tous les deux. Sans doute son frère aîné. Carnos me tira de ma rêverie.
- Dis-moi, que penses-tu de ton hôtesse ?
- Elle n’a pas l’air d’être née dans ce village, elle parle très bien notre langue et elle n’a pas le teint suffisamment mât. J’aimerai bien savoir pourquoi une Voyageuse resterait dans un coin perdu comme celui-là…
- Tout le monde a ses petits secrets, n’est-ce pas, Braham
- Demain nous reprendrons la route, dis-je soudain à mes compagnons.

Ils se turent. L’un d’eux voulu émettre une objection, mais je lui rappelais brièvement l’enjeu de notre mission.

Je me levai et cherchai mon Hôtesse. Elle n’était plus là, elle devait être partie. Je m’approchai alors du chef du village et essaya de bredouiller quelques mots dans leur dialecte. Finalement, ne réussissant pas à me faire comprendre, je commençai à repartir vers l’extérieur. Une petite fille me prit la main et me conduisit, à travers des rafales de vents. Je n’eus même pas le temps de la remercier qu’elle avait déjà filé en direction de la maison du village d’où s’élevait une épaisse fumée. J’entrai dans la cabane en pierre. Même le toit était fait de cette matière. Je me souvins alors de la discussion que j’avais eue avec Astreyia sur une éventuelle attaque du village. Je m’aperçus de ce quelque chose que j’avais raté et qui m’avait valu un regard plein de malice. Je me mis à sourire. Elle avait l’esprit vif.

Une rafale de vent plus forte que les autres me tira de mes pensées. J’ouvris la porte et entrai. Elle n’était pas là. Le feu vacillait dans la cheminée avec ce crépitement caractéristique d’un bois trop humide. Je commençai à descendre les escaliers. Je me penchai et vis qu’elle était là, entrain de se fabriquer des flèches. Elle portait autour du cou un collier de fourrure blanche. Cela ne lui allait pas du tout. Il était bien trop énorme, il masquait toute sa nuque. Le collier vibra et changea de forme. Une tête émergea et ses yeux me fixèrent pendant quelques secondes. La belette me tira la langue et reprit sa position autour du cou d’Astreyia. J’avais honte : ne pas reconnaître une belette ! Je remontai l’escalier sans faire de bruit. Je me couchai sur la paillasse, là elle serait bien obligée de prendre le lit ! Emmitouflé dans ma couverture, je commençais à m’endormir.

Une femme me tournait le dos. Elle se déshabillait et enfilait une grande robe de nuit. Elle se tourna vers moi et me souhaita la bonne nuit en murmurant. Je lui répondis de la même façon, en m’approchant d’elle. Je la caressais doucement…
- Tu ne dormais pas ?
La voix d’Astreyia était tremblante, sans doute avait-elle peur de quelque chose.
- Si, mais tu viens de me réveiller, bougonnai-je. J’étais en train de rêver d’une superbe…
- Tu m’as vue me changer ! Tu m’as dit bonne nuit après que je te l’ai dit, tu ne dormais pas !

Ce n’était pas un rêve alors… Je l’entendais se retourner rageusement dans son lit en bougonnant. Le sourire aux lèvres je m’endormis. Mon sourire s’effaça lorsque je réalisai que je parlai en dormant. C’était fort fâcheux. Je risquais ainsi de divulguer des secrets pendant mon sommeil ! Je n’avais jamais parlé avant, il doit y avoir une raison… je ne devais pas dormir complètement, mais cette femme alors…

Je n’avais pas la moindre idée du moment où je me réveillai. Le feu brûlait encore, les bûches avaient été changées. Je sorti et vis un temps clair, presque sans nuage. Le vent ne soufflait pas trop fort. Le soleil n’était pas très haut, c’était donc le milieu de la matinée. Je me baladais dans le village. J’étais content, mes camarades et moi pouvions reprendre notre route vers Kern dès que nous aurions réunis suffisamment de vivres.

Une main me prit le bras et me tira dans une demeure. C’était la femme de la maison du village. Elle se plaqua contre moi, m’embrassant. Ce n’était pas désagréable néanmoins je n’étais pas intéressé… je la saisi par les bras et la recula. Ses yeux commençaient à être envahis par des larmes. Elle me tourna le dos et me dis quelque chose. Je fus surpris de comprendre la plupart des choses qu’elle me disait. Elle avait appris au contact des marchands. Son mari ne pouvait pas lui donner d’enfant, elle cherchait donc quelqu’un pour lui permettre d’être mère. Son mari, qui venait d’entrer n’avait rien contre, il était même d’accord. Ils étaient prêts à me payer… Je déclinai leur offre malgré tout. La femme tomba en larme.

Un cor retentit. Le couple semblait affolé. Je sortis rapidement et m’aperçu que le vent avait forcit et que des nuages commençaient à obstruer le ciel.
- C’est juste pour signaler les blizzards, me dis-je.

Mais en voyant Astreyia grimper sur la palissade sud, son arc bandé et une flèche encochée, je me dis qu’une bataille allait avoir lieu. Je me précipitai chercher mon arme et mon armure. Je pris aussi celle de mes camarades et le leur donnai. Ça y est, l’ennemi était là. On entendait leurs montures pousser des cris à chacune des flèches qu’elles recevaient. Je montais à la palissade. Ils étaient bien une cinquantaine, soit presque le double des villageois femmes et enfants compris. La bataille allait être une véritable boucherie ! Il fallait tenir jusqu’à la prochaine tempête ! Le vent était de plus en plus fort, elle serait là dans une vingtaine de minutes. C’était beaucoup trop ! Me concentrant du mieux que je pouvais, je fis naître chez les agresseurs une boule de feu qui n’avait ni la taille ni la puissance que j’espérai. Deux hommes étaient quand même morts et un petit éboulement permit de disloquer le groupe. Ils atteignirent la palissade. Celle-ci s’ébranla faisant tomber certains villageois qui ne s’étaient pas préparés à un choc si violent. Je descendis en courant et prêtais main forte aux personnes qui essayaient de maintenir la porte close. Le bois craquait et le hurlement des agresseurs commençait à se perdre dans le vent. Les charges s’arrêtèrent. Astreyia nous cria quelque chose, mais le vent était trop fort. Je la vis encocher une flèche et la tirer, elle en encochait une autre. Elle semblait pressée.

La porte céda sous le violent assaut. Ils avaient pris plus d’élan et avaient attendu que les deux groupes se rejoignent. Les habitants se défendaient comme il pouvait avec leurs haches… L’ennemi avait des épées et d’épaisses fourrures qui cachaient leurs armures. Ils n’étaient pas très coriaces, mais il y en avait beaucoup trop.

Mon épée fendait l’air et fracassait les crânes de ceux qui osaient s’approcher un peu trop près de moi. J’essayais d’aider des villageois en difficulté mais les masses des assaillants formaient une barrière de métal infranchissable. L’un d’eux réussit à me blesser le bras gauche, dévoilant ainsi sa jolie gorge qui fut bientôt ouverte par ma lame d’acier. La fureur m’envahissait peu à peu à chacun des coups que je portais et qui donnait à la neige une teinte de plus en plus rougeâtre. Le vent faiblissait. J’entendis Wôl qui hurla lorsque lorsqu’il s’interposa entre un villageois et une hache. Il était retombé lourdement pour ne plus se relever. Il fut venger dans la seconde par ce même villageois que Wôl venait de sauver.

Le son d’un cor réussit à passer à travers le vent, les ennemis rebroussèrent chemin. Pourquoi ? Ils avaient largement l’avantage. De nombreux villageois se tordaient de douleurs, il n’y avait pas beaucoup de tués seulement de nombreux blessés. Beaucoup seraient amputés, ce qui signifiait peut-être la mort dans cette région, mais ils étaient presque tous vivant. Ainsi, en ce funeste jour je perdis deux amis : Wôl et Pôl. Ils me manqueraient, ils savaient manier l’épée et leur courage était immense. Quant à Carnos, il s’en tira avec seulement quelques égratignures. Devant ce carnage, J’avais envie de hurler mais une femme me devança. Elle était devant la maison où avaient été cachés les enfants. Ils n’étaient plus là. Les barbares n’étaient venus que pour les prendre ! Il ne semblait pas y avoir de traces de lutte. La palissade nord était grande ouverte et intacte. Les empreintes des montures locales étaient visibles mais elles commençaient à disparaître : le blizzard se levait.

Astreyia me rejoignit et vit mon bras couvert de sang qui avait du mal à geler malgré la basse température extérieure. Elle me conduis chez elle et me fis un bandage. Elle s’étonna de voir que la plaie continuait à saigner malgré les emplâtres qu’elle avait appliqués quelques minutes auparavant. Je répondis à ses questions par des silences.
- C’est pour cela que vous faîtes de la magie ? Pour pouvoir éviter de faire couler votre sang ? Quelle marque de courage ! Et après on vient me dire que l’arc est une arme de lâche !
- L’arc ne fait pas de bruit et peu d’armure résiste aux flèches. Tout le monde peut échapper aux sortilèges dont la plupart de ceux que j’utilise ont une clé sonore. L’assaillant sait ce qui va lui arriver bien avant qu’il n’en soit la victime… Une flèche ne prévient pas…
Ma voix manquait d’assurance, la perte de mon sang commençait à me tourner la tête. Elle serra plus fort le nouveau bandage qu’elle me mettait.

Nous fûmes bloqués dans le village le restant de la journée. Nous enterrâmes les morts sans autres formes de cérémonies. Pôl voulait que son corps repose dans une des Eeries de Kroryn. Malheureusement, le froid trop intense m’empêcha de réaliser sa volonté. Dans la maison du village, l’esprit n’était guère à la fête. Pourtant, le lendemain, les villageois semblèrent peu à peu reprendre leurs habitudes, comme si rien ne s’était passé. Je sentais la colère monter en moi. Fay, la femme qui m’avait servi mon ragoût, avait perdu son mari durant la bataille et s’entraînait à manier l’épée à l’abri des regards. Le temps devenait plus clément. J’allais pouvoir partir à la recherche des enfants, que les habitants du village le veuillent ou non. Astreyia s’était étonnée lorsque je lui avais demandé de me servir de pisteur.
- Ainsi il y a quelqu’un qui s’intéresse au sort des enfants, devait elle penser. Tu ne devais pas quitter Kirza pour une mission plus importante ? Sa voix était tendue et pleine de reproche. Elle semblait fatiguée.
- Oui, mais mon compagnon Foren n’étant pas en état d’aller à Kern, je me suis dis que je pouvais occuper mes journées à savoir où les enfants étaient partis ; et pourquoi pas, les ramener.
- Je suppose que tu voulais dire où les enfants ont été emmenés ?
- Non.
- Comment ça, non ?
- Ils sont partis d’eux mêmes, tu ne te souviens pas ? La palissade a été ouverte par quelqu’un, de l’intérieur…
- Un traître ?
- Non, elle a été ouverte par les enfants ! Je suppose qu’ils savaient pourquoi le village était attaqué et qu’ils ont dû se livrer afin d’épargner les vies des villageois…
- Ils se seraient sacrifiés ? Il faut les ramener ! Je pars dans une heure !
Etait-ce moi, ou bien avait-elle les larmes aux yeux ? Toujours est-il qu’elle était très déterminée. Pendant une seconde elle me rappela Solania.
- Je me demande bien où elle est en ce moment. M’a-t-elle pardonnée ? Cela va bientôt faire douze ans… A quoi peut-elle bien ressembler maintenant ? Pensais-je.

Un flocon de neige me tira de mes songes. Rassembler de la nourriture et de l’eau, des couvertures ainsi que du bois pour faire du feu. Nous allions en avoir besoin pour ne pas nous transformer en glaçon. Une fois prêt, j’attendais devant la porte massive de l’entrée Nord du village montagnard. Il faisait beau en ce début d’après midi. J’avais demandé au chef du village de surveiller Fay pour qu’elle ne fasse pas de bêtises… Je demandais aussi à Carnos de surveiller Foren et le restant du village.
Astreyia arriva quelques minutes après moi. Elle avait à peu près autant de matériel que moi. Nous nous mîmes en routes. Le chemin était assez linéaire. Certaines routes s’étaient effondrées et d’autres étaient bien trop étroites pour accueillir les boroks. Astreyia ne semblait pas très sûr de l’endroit où nous nous dirigions.

La nuit approchait et avec elle, le froid encore plus meurtrier. Nous montâmes le campement le plus à l’abri du vent possible. Je fis le feu et elle s’occupa de la nourriture. Son ombre dansait sur la toile de la tente. La chaleur fut bientôt suffisante pour enlever nos lourds manteaux.
Elle était si désirable… Elle venait à peine de sortir de l’adolescence et pourtant je la désirai ! Peut-être parce qu’elle me rappelait Solania. Si c’était le cas, l’union de nos deux âmes ne serait pas pure. Mais qu’est-ce qui l’était de nos jours ? Une décennie devait nous séparer et pourtant je la désirai. Mais qu’est-ce qui m’attirait chez elle ? Son obstination, peut-être, sa naïveté sans doute. Je sentais qu’elle avait besoin de réconfort, qu’elle se sentait seule. Je l’aimais. Non comme un amant mais comme un père, et pourtant, seule, une petite décennie nous séparait… Quel étrange sentiment… je n’avais jamais ressenti cela… Je ne savais pas ce qu’elle pensait et ce qu’elle éprouvait pour moi…. Quelle importance ! Je la considérai comme la petite Solania qu’il me fallait protéger. Si seulement j’avais pu le faire il y a douze ans !

Sa belette me tira la langue.
- Elle ne te quitte jamais ? bougonnais-je.
- A quoi penses-tu vieux croûton ?
Elle me souriait. La tension qu’elle avait accumulée lors de la journée devait être évacuée, elle me préparait sans doute quelque chose…
- Je ne suis pas beaucoup plus vieux que toi !
- C’est toi qui m’a appelée "jeune fille"…
- C’était pour te rappeler à l’ordre.
- Les Combattant de Kroryn prônant l’ordre ! Tu ne te serais pas trompé de caste ? Elle partit d’un bon rire qui était doux à entendre.
Le vent fit claquer un des cordages qui retenait la tente. Je mis mon manteau et m’apprêtais à faire une sortie pour retendre le filin. Elle s’enroula dans sa couverture et remis une bûche dans le foyer.

Une fois sorti, je m’aperçus qu’il y avait des feux au loin. Un village sans doute. La tente de nouveau solidement ré-attachée, je demandai à Astreyia s’il y avait un village dans le coin. Sa réponse étant négative, je lui montrai les lueurs. Elle semblait toute excitée. Elle bredouilla sous sa couverture quelque chose comme :
- C’est sûrement eux ! Dans deux jours nous y serons et nous pourrons ramener les enfants…
J’espérais que cela serait aussi simple.

La nuit se passa calmement. Mon réveil fut accueilli par un regard en coin que me jetait la belette blanche. Astreyia était déjà en train de préparer le repas. Mon sortilège avait été efficace, le feu avait consommé beaucoup moins de bois qu’il aurait dû, créant ainsi peu de fumée et favorisant ainsi nos chances de rester discrets. Après le rapide petit-déjeuner, nous nous mîmes en route vers le camp qui devait appartenir aux kidnappeurs. Le restant du voyage fût assez calme malgré quelques rafales de vents. Un blizzard allait bientôt voir le jour. Nous entendîmes les rires de deux gardes qui se rapprochaient de nous. Nous nous cachâmes dans un interstice. Une flèche partit avant que j’eus le temps de l’empêcher. Le plus grand des deux s’affaissa, une flèche en travers de la gorge, son compagnon sortit son épée mais j’étais déjà sur lui. Je réussis à l’assommer assez facilement d’un coup de pommeau à la tempe

Il se réveilla quelques minutes plus tard. Un rapide interrogatoire nous permis d’apprendre où les enfants étaient emmenés après un raid. Dans un regain de vitalité, l’homme essaya de me trancher la gorge avec une dague qu’il avait dissimulée dans sa botte droite. Sa tête vola et retomba des centaines de mètres plus bas. Il avait néanmoins réussi à percer mon armure et un mince filet de sang commençait à couler. Astreyia me soigna tout de suite avec, semble-t-il, des onguents plus puissants que la dernière fois. Obligé de me séparer de mes fourrures pour qu’elle puisse me soigner, j’attrapai vite froid.

Le borok des deux sentinelles attendait sagement à proximité d’un abri de fortune. Nous l’empruntâmes et nous nous dirigeâmes vers la grotte de Shashkarnar. J’étais étonné par notre monture. Bien qu’elle soit bien plus lourde qu’Astreyia et moi réunis, elle se déplaçait avec facilité sur les pans de montagnes abrupte sans causer d’éboulement.

Après quelques heures de voyage nous arrivâmes devant une sombre grotte d’où s’échappait un grondement sourd faisant trembler la terre. Un Dragon devait se trouver à l’intérieur de cette cavité. Un Dragon de l’ombre sans doute. Que manigançait-il avec ses enfants ? Souhaitait-il les élever afin d’en faire des disciples ?

A l’intérieur du passage titanesque nous pûmes apercevoir un homme de bonne stature en cotte légère. Il offrait à un Dragon de l’ombre agonisant un enfant encore vivant et hurlant de terreur. Celui-ci était tétanisé et ne pouvait plus bouger lorsqu’il se trouva à moins d’un mètre des terribles dents de l’agent de Kalimsshar. C’est dans un bruit atroce de craquement d’os et de déglutition que l’enfant disparût. Le dragon semblait aller mieux et l’homme qui se tenait devant lui se tourna vers une dizaine de bêtes à l’apparence humanoïde. D’un seul mot venant de l’homme, l’une d’elle se dirigea vers une cage de fortune où étaient retenus beaucoup d’enfants. Il n’y avait pas seulement ceux du village de Kirza.

Je sentis alors la bête me submerger. Lorsque j’étais dans cet état j’avais conscience de mes actes mais je ne pouvais pas me contrôler. Je ne pus m’empêcher de hurler en me jetant sur ce séide qui osait donner à un vieux Dragon mourant de la chair enfantine. J’étais comme sourd, j’entendais uniquement les bruits de lames qui s’entrechoquaient et la fureur qui emplissait ma voix à chacun des coups que je portais. Malgré la folie que je pouvais lire dans ses yeux, il semblait maître de ses mouvements et maniait bien mieux l’épée que moi. Toutefois, affaibli par la maladie qui semblait le ronger, il ne résista pas à la puissance répétée de mes assauts.

Une fois son Elu à terre, le dragon de l’ombre poussa un gémissement horrible. La plupart des champignons qui couvraient la caverne commençaient à disparaître et la dizaine de serviteurs avaient de la peine à rester debout. Le souffle du dragon cessa, les esclaves s’effondrèrent.
Je sombrai alors dans l’inconscience.
Lorsque je me réveillai, quelques enfants se tenaient autour de moi et récitaient une sorte de litanie. J’étais épuisé.
- Que s’est-il passé ? Demandais-je à Astreyia.
Elle me répondit d’un signe de tête en direction du corps du séide. Devant ce cadavre désarticulé et dont le bras droit manquait, je compris qu’une fois de plus la bête avait prit le dessus. Que devait-elle penser de moi à présent ? Peu importe ! Bientôt je serais à Kern et je ne la reverrai plus !

Je me relevai fébrilement et constatai que seule une dizaine d’enfant avait survécu à leur emprisonnement. Deux ou trois étaient originaires de Kirza. Quand aux autres, leurs villages avaient été rasés.
Le retour se fit dans le silence. Le campement des pillards avait disparu. Ils devaient être partis lorsqu’ils se sont aperçus qu’ils avaient été découverts. Le mugissement du vent était assourdissant. La nourriture commençait à se faire rare. Heureusement, grâce à notre monture, nous pûmes rentrer dans le village avant que l’un de nous ne gèle. Les villageois nous accueillirent en héros et acceptèrent les enfants en leur sein. Avaient-ils vraiment le choix ?
- Nous avons toujours le choix…
Cette phrase résonna en moi. Mon Dragon se permettait de lire dans mes pensées maintenant ?

Le village fut frappé d’une tempête encore plus terrible que les précédentes. C’était signe que la prochaine allait avoir lieu dans plus d’une semaine. J’allais pouvoir repartir à Kern. Astreyia semblait vouloir venir avec moi, cette idée me réchauffait le cœur mais quelque chose l’en empêchait, une promesse peut-être, ou une dette. Oui, c’était sûrement la seule possibilité pour contraindre une Voyageuse à s’établir quelque part.
- Adieu ! Leur avais-je dit Nous nous reverrons sûrement Astreyia…
- J’espère bien vieux croûton !
- Au revoir jeune fille, dis-je de concert avec Foren.
Elle sourit. Le vieil Erudit en rougit. Le chef du village éclata d’un rire puissant. Les portes du village s’ouvrirent. Nous reprîmes, Foren, Carnos et moi, notre route pour Kern.

C’est une nouvelle Helenea Luwina.

Cette nouvelle est une adaptation de jeu tiré d’un Scénario Backstab "Au coeur de la tempête"

P.-S.

C’est une nouvelle Helenea Luwina.



Encadrement arrondi
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