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Rokugan 2000

Tetsugi (parallèle à l’Empire de Diamant, épisodes 5 et 6)

Le Tourbillon de la guerre

dimanche 27 décembre 2009, par Daidoji Kyome

Une histoire de l’Empire de Diamant,
par Seth Mason,
traduit par Daidoji Kyome

"Bienvenue, Magistrat," déclama à voix forte le grand garde Hida sous son heaume. Il ouvrit les portes du Kyuden Hida, et inclina la tête respectueusement devant Tetsugi, le conseiller personnel de l’Empereur, et devant son compagnon, un homme robuste portantla robe des experts légistes Iuchi.

"Votre arrivée est plutôt inattendue, Heichi Tetsugi-sama, je ne sais pas si mon Daimyo sera prêt pour votre visite." Le garde venait de rattraper les deux hommes alors qu’ils venaient de passer les portes et qu’ils marchaient dans le hall en direction des bureaux d’Hida Tengyu.

Le Iuchi releva les yeux vers Tetsugi et sourit, murmurant le mot "Heichi ?" et riant à voix basse.

"Il prendra le temps nécessaire," répondit Tetsugi en se dirigeant vers les larges portes et ignorant la remarque de son assistant. "J’apporte le sceau de votre Empereur avec moi, et je suis chargé d’une tâche des plus importantes." Le Magistrat commença à tirer les portes vers lui d’une main, mais il fut presque renversé alors qu’elles s’ouvrirent à la volée.

Debout sur le pas de la porte se trouvait l’imposant Champion du Crabe, Hida Tengyu. Chakara était glissée à ses côté dans un large obi, noir contrastant avec le gris et bleu terne de son kimono usé. Comparée à l’homme, l’Epée Ancestrale du Crabe ressemblait à un petit wakizashi.

"Magistrat Tetsugi," dit-il d’une voix calme et grondante. "Je n’ai pas été prévenu assez tôt de votre arrivée." Le grand homme s’inclina. "Veuillez pardonner cette réception inadéquate."

Tetsugi et le jeune Licorne lui rendirent son salut, le Iuchi s’agenouillant et Tetsugi s’inclinant simplement. Le Magistrat dit "Ne vous inquiétez pas, Tengyu-san. C’était l’intention de Yoritomo et moi-même que ma visite soit une surprise. Mon assistant, Iuchi Fujinku, et moi-même sommes ici pour inspecter vos armées."

"Je vois," dit Tengyu, en grattant son menton. Il plissa les yeux, comme s’il réfléchissait à quelque chose, puis il dit platement "Magistrat, j’aimerais vous parler dans mon bureau." Il regarda vers Fujinku. "En privé, si possible."

Tetsugi acquiesça, et dit au Iuchi, "Va, Fujinku. Je fais pratiquement autant confiance à tes yeux qu’aux miens." Le Magistrat lui tendit les lunettes vertes qui pendaient à sa ceinture et sourit. Puis il dit au Champion Crabe "Mon assistant va inspecter seul vos baraquements et vos centres d’entraînement, jusqu’à ce que je le rejoigne. Si ça ne vous dérange pas, je préfèrerais qu’il trouve lui-même son chemin, pour qu’il puisse les observer sans crainte d’être vu."

Tengyu acquiesça. "Je comprends." Il tourna la tête et parla à une femme derrière lui. "Keichi, guide ce Licorne jusqu’à l’entrée des baraquements Shiba. Attends son retour, puis emmène-le aux autres zones d’entraînement. Laisse-le seul pour inspecter nos hommes." La femme s’agenouilla, puis se releva et guida Fujinku dans le couloir.

"Par ici, je vous prie." Tengyu mena Tetsugi à travers plusieurs bureaux jusqu’à son bureau privé, une grande pièce un peu spartiate, avec assez de décorations pour faire de ce lieu un endroit raisonnable pour recevoir un invité Impérial, mais sans quoi que ce soit de plus que nécessaire. "Saké, Magistrat ?" Le Crabe offrit un petit flacon en porcelaine venant d’une vitrine.

"Non, merci," dit Tetsugi, alors que Tengyu avalait une longue rasade d’un des petits décanteurs de saké. Toutefois, le Champion Crabe le fit sans avoir l’air grossier ou insolent.

Tengyu s’assit sur sa large chaise, décorée d’un mon Crabe en séquoia dans son dos. Il s’appuya et ferma les yeux une seconde, comme s’il essayait de détendre son esprit. "Quelque chose ne va pas," dit-il sans ouvrir les yeux, "n’est-ce pas, mon vieil ami ?"

Tetsugi soupira et acquiesça. "Vous êtes au courant, vous aussi," dit-il sèchement. Tengyu et Tetsugi se connaissaient depuis neuf longues années, lorsque le Sanglier avait commencé à travailler comme Magistrat mineur pour le Champion Crabe. "Je suis le conseiller le plus proche de l’Empereur, et il m’a congédié sans un mot à une époque où le monde entier pourrait nous déclarer la guerre à n’importe quelle seconde." Tetsugi hocha la tête. "Comment se portent vos frontières, vieil homme ?"

Tengyu se pencha en avant et ouvrit les yeux. "Calmes, comme toujours. Calmes telles qu’elles le sont depuis que le Seigneur Oni a été banni, il y a si longtemps." Il haussa les épaules et se versa encore un peu de saké. "Peut-être que ce sera bon pour mes hommes. Certains commencent à se demander si leur entraînement ne devient pas inutile, maintenant que l’Outremonde a été détruit."

"L’a-t-il vraiment été ?" demanda Tetsugi, sans ambages.

"Quoi ?" Tengyu fut surpris et manqua de lâcher sa coupe de saké.

"Tengyu," il faut que je voie le Sceau."


Le marché bourdonnait d’activité alors que midi approchait, et Amaterasu dominait de toute sa hauteur les habitants d’Otosan Uchi alors qu’ils vaquaient à leurs affaires. Les marchands ventaient leurs produits à la criée, et des hommes d’affaires marchaient aux côtés de samurai tandis que chacun profitait de sa pause de midi. Au milieu de cette foule marchaient deux personnes encapuchonnées, portant les robes du Phénix. Même selon les standards traditionalistes Rokugani, la robe était un peu dépassée, mais personne ne semblait leur accorder la moindre attention.

Le Phénix en tête tourna la tête sur le côté tout en marchant, et marmonna "Même en des jours plus sombres, le commerce continue." Il rit alors qu’il réalisait que Rokugan pouvait être frappé durement demain, tandis qu’à côté de lui, deux hommes marchandaient le prix d’un rouleau de soie.

"Qu’avez-vous dit, Maître Sano ?" dit le second, sa grande silhouette dominait celle du premier d’une bonne tête.

"Rien, Calin." Celui appelé Sano se tourna, rejeta sa capuche en arrière, et regarda droit vers la capuche de l’autre. "Et arrête de m’appeler Maître !" Les traits de l’homme le plus petit étaient ceux d’un homme d’âge moyen, peut-être trente-cinq ans, ses longs cheveux noirs étaient parsemés de quelques mèches grises. Mais ses yeux semblaient porter la connaissance de nombreuses vies, alors qu’ils se plissaient pour observer son compagnon.

"Oui, Ma-"

Sano leva ses mains vers le ciel et se retourna. "Que Shinsei me sauve de ce stupide gaijin," dit-il de façon dramatique. "Tu ne ressembles pas à ton père, tu sais. Ca, c’était un barbare avec la tête bien sur ses épaules. Peut-être le dernier de son gener," Le Phénix se mit à méditer alors qu’ils poursuivaient leur chemin à travers la foule, qui prétait à peine plus attention au petit homme bruyant.

Calin éclata de rire sous sa capuche, et dit "Si vous vous attendiez à ce que je vive comme mon père, vous avez placé la barre de vos attentes un peu haut, Asako Sano-sama."

"Peut-être," gloussa-t-il, en menant son compagnon vers une petite allée. Ils émergèrent dans une autre rue fréquentée, mais cette fois sans marchands. Les gens allaient et venaient sous une grande arche avec le mon du Clan de la Mante emblasonné de chaque côté du portail, et avec une immense sculpture semblable à une mante se dressant de manière imposante à son sommet.

"Que faisons-nous ici, Sano ?" demanda Calin, le ton inquiet.

Sano le guida vers le Palais Impérial sans même s’interrompre dans sa marche. "Je vais solliciter une audience à la Championne de Jade," dit-il simplement, puis d’un ton plus calme "Espérons qu’elle sera plus nette que la précédente que j’ai rencontrée..."

Sano et Calin passèrent sous l’arche, son marbre veiné de vert brillait sous la lumière du soleil, l’air toujours aussi neuf malgré toutes ces années. Ils s’avancèrent vers le Palais Impérial, et de temps en temps, Sano marmonnait des choses comme "il y avait des parterres de chrysanthèmes ici," ou "j’ai jadis joué au go sous cet arbre lorsqu’il était à peine aussi haut qu’un ogre." Lorsqu’ils arrivèrent à l’entrée du palais, un grand bushi Mante les arrêta en interposant son yari devant la porte.

"Que venez-vous faire ici, Phénix ?" dit-il.

"Je suis venu parler à la Championne de Jade, samurai," dit Sano d’un ton calme en écartant l’arme sur le côté, tout en s’avançant vers la porte.

Le Mante hésita une seconde devant l’arrogance de l’homme, puis reposa bruyamment le bout de sa lance sur le sol juste devant Sano. "Kitsune Maiko-sama est une femme extrêmement occupée et importante, Phénix. Etes-vous attendu ?"

Sano fixa le samurai des yeux et dit d’un ton furieux "Est-ce que l’on s’attend toujours à un désastre, guerrier ?" Derrière lui, Calin se raidit dans sa robe alors qu’il voyait le visage du Mante s’empourprer.

"Un désastre ?" dit-il, presque en aboyant. Le grand bushi se pencha vers Sano et gronda, "De quoi parles-tu, petit homme ?"

"Je suis venu pour-" Sano fut interrompu par le bruit des sirènes, dans la rue. Les trois hommes détournèrent leur attention vers le bruit, et virent les lumières d’une ambulance de la Miséricorde du Phénix qui traversait le trafic.

"Ils se dirigent vers le Temple des Eléments," murmura Calin, et sous son capuchon, ses yeux reflétaient la peur. "Il est trop tard, Maître."

"Bah !" cracha Sano, en attrapant son compagnon par le bras. "Vis aussi longtemps que j’ai vécu, et tu apprendras qu’il n’est jamais trop tard, mon garçon." Ils s’éloignèrent à toute allure du Mante confus, et l’Asako ajouta, "Et je ne suis pas ton Maître !"


Loin à l’Ouest, sur les terres du Crabe, une grande silhouette suivait silencieusement un couloir calme et s’arrêta devant de grandes portes. C’est là que les Maîtres Phénix se rencontrent lorsqu’ils sont ici, pensa Chobu, puis il ouvrit lentement une des portes et se glissa à l’intérieur. Je suis sûr que ces soi-disant Maîtres de Toutes Choses auront quelque chose sur la maho là-dedans...

Chobu entra dans la pièce, une grande salle circulaire avec une table à cinq chaises au centre. Les murs étaient couverts d’étagères et de tables avec toutes sortes de papiers, parchemins, maquettes et autres choses. Chobu était impressionné par la quantité de rituels délicats et d’informations sur les Fortunes que les Maîtres laissaient traîner ici.

Si j’étais quelqu’un de plus patient, je pourrais passer un bon moment ici, Chobu se demandait parfois pourquoi les kami l’écoutaient et lui permettaient de leur donner des ordres comme il le faisait. Il n’était pas aussi concentré et aussi patient que n’importe quel autre shugenja qu’il avait jamais connu. Chobu baissa les yeux vers son badge d’identification. Même ce Iuchi Fujinku, qui n’existe pas, est sûrement plus patient que moi. Il leva les yeux au ciel et poursuivit sa recherche.

Chobu fouina livre après livre aussi vite qu’il le put, mais ne trouva rien. Le jeune Blaireau soupira, puis s’arrêta. Souriant, Chobu prit à sa ceinture les lunettes vertes que Tetsugi lui avait prêté. Le Magistrat avait dit qu’il y avait un réglage ’souillure’, qui soulignait l’aura de l’Outremonde et son influence. Peut-être que ça détecterait toute sorte de maho. L’idée que les Maîtres Elémentaires eux-même pouvaient pratiquer la magie du sang fit parcourir de frissons la colonne vertébrale de Chobu.

Il manipula quelques instants les commandes, puis les posa sur ses yeux. Chobu fit un pas en arrière et coupa rapidement les lunettes alors que le monde explosa d’une lumière blanche pendant un court instant. Abruti, se dit-il, c’était le réglage kami.

Le shugenja changea à nouveau quelques réglages, puis il mit à nouveau les lunettes sur son visage, cette fois ouvrant les yeux très lentement. La pièce était colorée de tons violets, et sur une étagère éloignée, il y avait une brillante aura verte derrière quelques livres.

Chobu courut jusqu’à l’étagère, et retira rapidement les livres pour découvrir que l’aura venait de derrière un panneau d’acier dans le mur. Il manipula les bords du panneau pendant un instant, puis il se décrocha, inondant sa vision d’une puissante lumière verte. Le Blaireau retira les lunettes et tendit la main pour récupérer ce qui était caché dans le compartiment.

Dans sa grande main, Chobu tenait un parchemin de papier noir roulé dans un ruban vert décoloré. Un grand sceau fissuré de cire rouge refermait le parchemin. Pendant un instant, il l’observa, sans savoir ce qu’il avait dans sa main.

Puis il comprit.

Il tenait dans sa main un pouvoir qu’on n’avait plus vu depuis des années. D’une certaine façon, il sut que le parchemin dans sa main lui donnerait les moyens d’écraser ceux qui avaient détruit son père, et la puissance pour écraser l’Empereur lui-même, s’il le désirait. Tout ça pour un petit prix, que Chobu était tout à fait disposé à payer.

Chobu ricana en refermant le panneau et en replaçant les livres sur l’étagère. Tout ce dont il avait besoin maintenant, c’était que ce vieux fou de Tetsugi le mène à son ennemi, pour qu’il puisse tous les transformer en cendres.


Ils arrivèrent tous deux à l’entrée des jardins du Temple, pour se faire arrêter par un autre garde, mais cette fois-ci, Sano n’avait pas de temps à perdre. "Bredouillez comme un fou au sujet du règlement," dit-il en poussant le bushi Shiba sur le côté et en suivant un groupe de d’auxiliaires médicaux dans l’immeuble, "ou faites ce que vous êtes sensé faire et gardez les vraies menaces hors d’ici." Calin se dit que c’était probablement l’attitude typique d’un homme saint Phénix envers un bushi Shiba qui avait permis au garde de se décontracter.

Lorsqu’ils arrivèrent à l’étage le plus haut, les deux hommes furent choqués. Mais là où Calin fut simplement dérangé par la quantité de destruction dans cette pièce, Sano sentit une rage brûler en lui telle qu’il n’en avait plus connue depuis de nombreuses années. Il promena son regard sur tout l’Etage du Feu et tout ce qu’il vit ne fut que profanation. Près du centre de la pièce, Sano reconnut le corps de l’Oni, sa tête gisant à trente centimètres de son cou. Non loin du corps de ce dernier se trouvaient quelques autres cadavres, dont la dépouille du Maître du Vide et celle inerte du Maître de la Terre. Dans un autre endroit de la pièce, il reconnut le Champion du Phénix grâce à son armure, car la moitié de sa tête et de son corps subsistaient. Les auxiliaires médicaux se précipitèrent dans la pièce, allant vers les blessés mais vivants. La pureté du sol le plus sacré d’Otosan Uchi avait été violée par une force maléfique que l’on n’avait plus vu depuis des générations.

"Est-ce que vous allez bien, Sano ?" demanda calmement Calin, en posant sa main sur l’épaule du vieil homme.

"Ca va aller..." Sano combattit pour garder un ton neutre dans sa voix. "Ca va aller," dit-il platement, puis il désigna les survivants. "Il ne reste que trois Maîtres." L’Asako se mit à marcher vers eux, "Nous devons leur parler."

Lorsqu’ils arrivèrent près du groupe, une jeune fille avec des larmes coulant de ses yeux les remarqua en premier. Un homme plus âgé en robe la soutenait, mais elle n’avait aucune blessure visible. Sano reconnut l’Epée Ancestrale du Phénix gisant sur le sol à côté d’elle. "Qui êtes-vous ?" demanda-t-elle calmement, en se relevant. Le vieil homme vit les kanji sur sa robe et devina qu’il se trouvait devant la Maîtresse du Feu.

Sano s’inclina profondément devant elle. "Je suis Asako Sano, Maîtresse. Je suis venu pour prévenir l’Empire qu’un danger maléfique le guette."

"D’où venez-vous ?" demanda la fille, le visage clairement troublé. "Mon nom est Isawa Sumi, Asako-san, et de quoi parlez-vous ?"

Un autre homme s’avança aux côtés de la fille, il était petit et trappu, plus ou moins comme Sano, mais il était plus âgé. "Je suis Isawa Kukimitsu, le Maître de l’Eau," il s’inclina légèrement, en tenant son bras gauche, fraîchement bandé par un infirmier. "Vous avez dit que votre nom était..." Il laissa sa phrase en suspend, comme s’il n’arrivait pas à prononcer le nom.

"Asako Sano," répondit-il, et les yeux de Kujimitsu s’écarquillèrent.

"Sano," murmura-t-il.

"Que se passe-t-il ?" dit une voix rude, et Sano se retourna pour découvrir à quelques pas de lui ce qui ressemblait à un homme des Terres Brûlées portant les couleurs du Phénix. Ce qui était le plus étarnge au sujet de l’homme sombre était la grande chose ressemblant à une aile qui ressortait de sa poitrine. Il écarta d’un geste un infirmier qui insistait pour le soigner.

"On dirait que vous êtes blessé, Maître de l’Air," dit platement Sano, en désignant la poitrine de l’homme. Calin tressaillit sous sa capuche. "Et ce qu’il se passe c’est que je suis revenu dans l’Empire à la recherche de maho-tsukai faisant partie des plus grands shugenja de Rokugan, et pour prévenir l’Empereur de l’avenir de Rokugan." Les yeux de Sano se plissèrent alors qu’il observait le Maître de l’Air.

"Qui sont ces gens ?" grogna le Maître en regardant Kujimitsu.

"C’est Asako Sano, Zul Rashid." répondit Kujimitsu, la voix toujours calme, presque respectueuse. "Je ne connais pas son compagnon, mais Sano-sama est un homme de confiance." Il se tourna pour regarder Rashid de face. "C’est un Henshin."

"Impossible," cracha Rashid, sans écarter ses yeux de l’Asako et de son grand compagnon. "Le dernier Henshin est mort pendant la Guerre des Ombres."

"Testons-le, alors," dit soudain Sumi, et tous se tournèrent pour découvrir une résolution de marbre sur son visage. "Préparez-vous, Asako Sano." Sumi ferma les yeux, et fit un pas en arrière, levant les mains sur les côtés et appelant les esprits du feu à elle. Les autres Maîtres et Sano comprirent ce qu’elle faisait, et les auxiliaires médicaux s’écartèrent rapidement des environs.

Sumi avait son compte de mansonges. On lui avait menti quand on lui avait raconté que son père pourrait récupérer. On lui avait menti quand on lui avait raconté qu’elle serait en sécurité. On lui avait dit qu’ils pourraient la protéger de toute menace, et ça avait été à nouveau un mensonge. Maintenant, les esprits du feu dansaient autour d’elle, et elle pourrait purger les mensonges avec le feu.

Tous observèrent Sumi lorsque ses mains et ses bras furent entourés de flammes dansantes, et le feu plongeait de ses yeux vers ses paumes. Soudain, elle ouvrit les yeux en grand et pointa les doigts vers Asako Sano. Un grand cône de feu fut projeté vers l’homme.

Sano fit un pas en arrière et tendit sa main gauche devant lui, les doigts écartés. Il se mit à chanter doucement alors que les flammes bondissaient vers lui. Et dès que le feu toucha sa main, il se divisa et commença à encercler son corps. L’Henshin poursuivit son chant, et les flammes tournaient autour de lui de plus en plus proches, puis bondirent vers sa main tendue. Sano se tourna alors vers le corps de l’oni mort, et referma son poing gauche. Le corps fut agité d’une secousse, comme frappé par une force invisible.

Les Gardiens, les infirmiers et même les Maîtres regardèrent Asako Sano avec une stupéfaction non feinte. Le compagnon silencieux de Sano quand an lui souriait doucement.

"Vous... vous avez changé le feu en air ?" dit Sumi, étonnée, en reprenant ses esprits.

Sano observa la jeune Maîtresse du Feu, apparemment très impressionné lui aussi. "Non, jeune fille. J’ai simplement demandé aux kami de le faire pour moi..." Il hocha la tête. "Cela fait une éternité que je n’avais plus vu une telle puissance mise en oeuvre."

"C’est donc vrai, alors," dit calmement Rashid, son regard habituellement cynique montrait lui aussi de l’étonnement. "Pourquoi êtes-vous venu à nous, et pourquoi vouloir parler à l’Empereur ?"

"Mes visions," répondit Sano. "Je n’en avais plus eu depuis très longtemps, et elles me sont revenues lors de cette décennie." Le Henshin haussa les épaules. "En toute honnêteté, je ne les ai pas crues, jusqu’à présent." Il désigna le corps de l’Oni sur le sol. "J’ai vu votre combat avec l’Oni se produire il y a sept ans, mais je l’avais rejeté comme un rêve. Maintenant je suis convaincu que Calin et moi sommes sur le bon chemin."

"Calin ?" demanda Kujimitsu. "Votre compagnon n’est pas de Rokugan ?"

"Non," dit Sano, en désignant le grand homme derrière lui, dont le visage était caché par l’ombre de sa capuche. "Calin est le fils d’un... important seigneur de l’Île de l’Homme, Magh De Cheo." L’Asako prononça les mots étrangers sans effort. "Il est ici pour voir notre histoire se révèler et pour ramener cette histoire chez lui."

"Comme vous l’avez fait depuis de nombreuses années, je suppose, Asako sano-sama ?" dit Sumi, les yeux plein de respect pour l’homme âgé.

"Hai, et nous devons partir maintenant." Sano s’inclina profondément, à l’instar de Calin, devant les Maîtres rassemblés. "Je souffre profondément pour votre perte... notre perte, mais nous devons voir Yoritomo avant qu’il soit trop tard."

"Trop tard ?" Les yeux de Rashid se plissèrent tandis qu’il parlait. "Que..." Soudain, le visage du Maître de l’Air se calma, puis se contorsionna comme s’il tentait de crier mais qu’il ne trouvait plus le souffle pour le faire. Les infirmiers se précipitèrent à son côté, écartant les autres Maîtres, Sano, et Calin, et allongeant rapidement Rashid sur le sol.

"Rashid !" cria Isawa Sumi. Elle posa ses poings fermés contre sa poitrine, et pouvait sentir que les larmes étaient proches de revenir. "Qu’est-ce qu’il a ?" Elle se mit à balbutier et un infirmier la repoussa pour laisser aux autres l’espace nécessaire pour l’examiner. Rashid était sur le sol, se tordant lentement de douleur, avec les poings fermement agrippés à sa poitrine, là où son coeur se trouvait jadis.

"Son coeur," murmura Sano. "Son coeur de khadi a été détruit. J’ai déjà vu deux fois une telle chose arriver auparavant."

Kujimitsu regarda vers le vieil Henshin, et dit, "Mais son coeur se trouve au Joyau du Désert, dissimulé."

"Votre prophétie, seigneur Sano," dit Calin, ses yeux trahissant la totale absence d’émotion alors qu’il observait la scène. Sano regarda vers son compagnon et vit à quel point le jeune homme tentait de réprimer ses émotions cachées. Le gaijin pouvait sentir les énergies de vie, leurs flux et reflux, et à cet instant très précis, quelque chose venait de déferler sur lui qui lui donnait envie de pleurer.

Sano sut qu’il était bien trop tard. L’Empereur avait bombardé le Joyau du Désert, tuant des millions de gens en ce terrible instant, et laissant des millions d’autres voués à une lente agonie.


A la Demeure Ancestrale de la Famille Bayushi, une femme seule était assise sur un trône rouge et noir, lisant un livre abîmé et tâché. Bayushi Shiriko, la Championne du Scorpion, acquiesça la tête prise dans ses pensées alors qu’elle arrivait à la note de son père sur la Guerre des Clans, il y a un millénaire d’ici.

Avant que la Guerre ne débute pour de bon, le Champion du Dragon, se faisant appeler Togashi Yokuni à cette époque, disparut, laissant les légions des Mirumoto et d’ise zumi aux mains d’un ronin déshonoré. Connu alors comme Toturi le Noir, il fut jadis le seigneur des Akodo, et le général préféré d’Hantei.

Presque deux ans plus tard, Yokuni revint, arrivant au Château Hida en secret, et aidant Hida Yakamo, le Tonnerre Crabe, lors de ces instants de besoin. Le Dragon avait fait le présent de la Main de Jade à Yakamo, et il avait apporté à l’Empire une flamme d’espoir : le descendant de Shinsei lui-même. Ensemble, Yokuni et le Ronin Encapuchonné, comme l’héritier de Shinsei se faisait appeler, désignèrent et guidèrent les Sept Tonnerres vers leur destinée, pour détruire un mal que l’on croyait mort depuis longtemps.

Shiriko se releva et hocha la tête avec fascination. "C’est incroyable," dit-il aux ombres et à l’espace vide de la cour. "L’histoire semble se répéter," elle observa l’obscurité à travers une fenêtre. "Il est intéressant que ces choses soient restées inconnues tout ce temps..." dit-elle, en se tournant à nouveau vers la cour. "L’épée de Doji Chomei, Ambition, est une lame de magie du sang et de corruption, Taigo. Nous sommes les Scorpions, les gardiens des secrets et les défenseur de l’Empire face à des menaces qu’il ne peut voir..." Sa voix déclina alors qu’elle soupesait une grande décision dans son esprit.

"Taigo," dit-elle finalement, "lorsque tu auras terminé ici, va à Otosan Uchi, et ramène-moi Ambition." Elle hocha la tête. "Bien que certains puissent douter de la santé mentale de notre Empereur, il ne fait aucun doute dans mon esprit de ce qui pourrait arriver si Yoritomo sentait le besoin de conserver cette lame."

"Hai, ma Dame," dit une voix venant des ombres. "Il y a d’autres nouvelles, Shiriko-sama."

"Parle," ordonna-t-elle.

"Le Joyau du Désert n’est plus, comme vous le savez, mais nous avons reçu un rapport d’une action militaire Senpet contre nous. Nos agents ont confirmé que la Pharaon a envoyé un large détachement de la force sous-marine des Nations Alliées contre nous. Ils atteindront nos plages de l’est vers minuit, demain."

"Est-ce que l’Empereur le sait ?" demanda Shiriko, sa voix trahissant une légère appréhension.

"Nous n’avons aucune raison de le croire, ma Dame."

"Alors, va, Taigo. Je protègerai l’Empire, tu protègeras notre Empereur de lui-même."

"Oui, ma Dame."

"Et Taigo," dit soudain Shiriko. "Tu me sers bien. Je vois maintenant pourquoi tu étais l’allié de mon père en qui il avait le plus confiance."
"Merci, ma Dame."

Une seconde plus tard, Shiriko sut que Taigo était parti, et elle se mit à marcher vers le téléphone près de son trône. Après avoir donné quelques ordres, le Palais Bayushi devint une ruche d’activité, et les baraquements non loin furent mobilisés en moins de cinq minutes.

Dix minutes après ça, Shiriko et presque toutes les forces militaires du Scorpion étaient en route vers Otosan Uchi, et la Championne téléphonait à son Empereur pour le prévenir du danger imminent.

Et d’un point surélevé dans les montagnes proches, une petite ombre disparut alors que les hurlements des avions déclinaient, et un rire creux résonna alors que l’ombre poursuivait son chemin à travers les terres du Scorpion.


Dame Soleil était totalement couchée lorsque plusieurs hommes se rassemblèrent autour des portes du Château Hida. La garde de Tengyu se tenait autour du grand Champion Crabe alors qu’il s’inclinait pour saluer le départ du Magistrat Tetsugi et de son compagnon. Une voiture était garée non loin, attendant de les emmener à travers l’Empire de Diamant vers les terres traditionnelles du Phénix.

"J’espère que tout vous a semblé parfait, Magistrats." Tengyu parlait sur un ton formel, et il se redressa de toute sa hauteur.

"Oui, Tengyu-san. Fujinku m’a dit que vos soldats étaient très impressionnants, pour le moins qu’on puisse dire. L’Empereur sera très satisfait." Tetsugi et le jeune magistrat Licorne rendirent le salut.

Tengyu congédia sa garde, et attendit un moment avant de parler franchement. "Ce sont des temps troublés, Tetsugi. Le Sceau est intact, mais les récents évènements me font douter qu’ils puissent avoir la moindre importance concernant la sécurité de l’Empire, comme vous le craigniez."

"Hai," dit Tetsugi, en faisant signe à Fujinku de rentrer dans la voituer. "J’aimerais pouvoir rester pus longtemps, mais avec la destruction de Medinaat-al-Salaam, mon retour à Otosan Uchi est ma première priorité. Je vais assigner mes assistants à l’évaluation des autres armées. Maintenant vos troupes en état d’alerte maximum jusqu’à ce que moi ou l’Empereur vous ordonne le contraire, Tengyu. Vous pourriez recevoir une demande de mobilisation d’un moment à l’autre. Les Fortunes vous gardent, Champion du Crabe." Après cela, il s’inclina à nouveau profondément, et rentra dans sa voiture.

"Les Fortunes vous gardent, Heichi Tetsugi-sama," murmura Tengyu alors que le véhicule s’éloignait à vive allure. "Je n’aimerais pas être à votre place lorsque la guerre éclatera." Le grand homme observa l’horizon pendant une seconde, puis rentra chez lui.


Plus tard cette même nuit, les lumières d’Otosan Uchi se mirent à briller plus vivement que jamais, en dépit des ténèbres qui s’étaient immiscées dans le coeur des gens. Les rues étaient aussi animées que d’habitude, et les citoyens marchaient, à la recherche d’un moyen de se divertir pour la nuit. Toutefois, près du Musée d’Otosan Uchi, trois hommes marchaient avec des intentions moins innocentes.

Ils étaient sales, pas rasés, manifestement pas de noble naissance, et même les ronins ne gardaient pas leurs mains aussi sales. Ils approchèrent du Musée en silence, et le contournèrent. Il n’y avait pas de garde à l’entrée de derrière, puisque de nos jours, tout était question de verrouillage digital et sous surveillance électronique.

Aux yeux d’un Sauterelle, c’était une porte ouverte.

Un homme sortit un petit appareil de sa poche, et rit lorsqu’il pressa un bouton dessus, ce qui engendra un petit bruit, puis toutes les lumières de la porte de sécurité s’éteignirent en même temps. La caméra de surveillance avait cessé de bouger, et même la lumière du lampadaire s’était éteinte. Le groupe de Sauterelles se précipita jusqu’à la porte et ils se préparèrent à l’ouvrir.

Ils ne remarquèrent jamais l’homme qui descendit du ciel, tout de noir vêtu, qui portait un masque noir et lisse. Un des Sauterelles s’effondra avant même de savoir qu’il était en danger. Les deux autres touchèrent le sol quelques secondes plus tard.

L’homme connu sous le nom du Père en laissa un vivant, par gratitude pour lui avoir ouvert la porte.

Le ninja franchit les couloirs du musée rapidement et silencieusement, il tourna à quelques angles, gravit une volée d’escaliers, et arriva finalement dans la salle des armes. Il se posta devant la vitrine d’Ambition et observa la lame scintillante. On avait dit au Père que c’était une lame maléfique, qu’une soif de sang consumait la volonté de son porteur. Lorsqu’il vit comment la lumière était absorbée par la lame, comment le joyau rouge à sa garde semblait briller pour attirer son regard, tout doute dans son esprit fut dissipé, les légendes qui parlaient d’une lame honorable étaient fausses.

Le Père posa sa main sur la vitrine qui le séparait de la lame, et se mit à se concentrer. Le verre n’était rien pour le ninja. Toutes les barrières étaient comme l’air pour ceux qui étaient avec l’Ombre.

La silhouette du Père devint trouble pendant un moment, et il traversa le verre comme s’il n’existait pas. Il reprit sa forme normale, et juste au moment où il allait atteindre la lame, une alarme bruyante se mit à résonner dans les couloirs du musée, et le ninja sauta en arrière, se fondant dans les ombres quelques secondes avant que les gardes n’arrivent à toute allure, venant de l’escalier d’où il était arrivé. Apparemment, ce que le Père avait fait au dernier Sauterelle ne l’avait pas empêché de vouloir tenter d’entrer quand même dans l’immeuble.

Il y eut un scintillement de lumière dans la petite vitrine, alors qu’une cage de faisceaux bleus se forma autour de l’épée. Des lasers. Il n’arriverait plus à récupérer Ambition, à présent. Jurant dans sa tête, le Père s’avança vers la porte vitrée par où il était rentré. Eclaircissant son esprit pendant un instant, il s’avança simplement dans le couloir, délibérément, et passa à côté de plusieurs gardes pressés qui ne le remarquèrent jamais.


Le matin suivant, le jet privé de Tetsugi se posa près du Kyuden Isawa, dans les montagnes Phénix. Lui et son assistant Fujinku rencontrèrent le Daimyo faisant fonction des Shiba, Gensu, et ils rendirent une visite surprise aux baraquements de la garde militaire Shiba. Après la première visite, Tetsugi demanda au Daimyo de rassembler les samurai pour une inspection plus formelle, et il se retira dans son bureau dans le jet avec Fujinku.

Lorsqu’ils furent seuls, Tetsugi dit platement "Il y a quelque chose qui ne va pas."

"Que voulez-vous dire ?" dit Chobu, en retirant son imperméable Licorne et en se laissant tomber sur une chaise.

"Les Shiba dissimulent quelque chose, Chobu."

Le Blaireau haussa les épaules et leva les yeux au ciel. "Alors, retournons découvrir ce que c’est, vieil homme."

"Je vais le faire," dit Tetsugi, en ouvrant un tiroir de son bureau et en sortant de celui-ci quelques armes discrètes. "Vous allez devoir rester ici et inspecter les troupes Shiba."

Les yeux de Chobu s’écarquillèrent soudain "Mais bordel, de quoi parlez-vous ? C’est stupide !"

"Quelqu’un doit rester ici pour préserver les apparences, Chobu... et ce n’est pas comme si je ne te faisais pas confiance," dit le Magistrat en glissant les armes dans son obi et ses bottes, "Mais ma confiance repose sur le fait que je peux te faire confiance pour faire quelque chose d’irresponsable. De plus," Tetsugi se leva pour partir, "si tu meurs, les gens pourraient se poser des questions sur Iuchi Fujinku, et découvrir que c’est une fausse identité. Et dans ce cas, je devrai remplir des papiers et esquiver les journalistes Ikoma pour l’éternité."

"Bien," Chobu roula des yeux. "Nous ne voulons pas vous causer de troubles," dit-il, la voix sarcastique.

"Il n’y a probablement rien là-bas, de toute manière." Il hocha la tête, puis remit ses lunettes en place. "J’étais sûr que nous allions découvrir quelque chose dans les provinces Crabes."

Chobu haussa les épaules. "Hmph. Quelque chose va probablement arriver. Peut-être qu’on devrait retourner à Otosan Uchi, où vous pourriez retrouver les petits amis de Shiriko en pyjama noir, et leur demander de trouver quelque chose pour nous."

"Gardez les yeux ouverts, Blaireau," fut tout ce que Tetsugi ajouta avant de partir.

Ichiro Chobu soupira et sourit en tapotant sur la poche dissimulée sous sa chemise. Il finirait par rentrer tôt ou tard à Otosan Uchi...


Tetsugi marchait silencieusement dans la forêt. Les bois de Mori Isawa n’avaient pratiquement plus été dérangés depuis la fin de la Guerre des Ombres. Les shugenja Phénix s’étaient déplacés vers ce qu’il restait de l’Outremonde, avaient purgé la Souillure et maintenaient le Sceau fermé. Malgré ça, le pouvoir de cette forêt n’avait jamais été oublié ou ignoré. Grâce à ses bottes à coussin d’air, il pouvait avancer sans bruits et il fut capable d’observer certains animaux dans la forêt. Tout semblait parfait. C’était vraiment un lieu d’équilibre et d’harmonie.

Il fallut un moment à Tetsugi pour réaliser que pendant qu’il marchait, le chant des oiseaux s’était arrêté et que tout était devenu silencieux. Lorsque le Magistrat sortit enfin de sa méditation, il regarda prudemment autour de lui. Il lança un regard par-dessus son épaule, et vit la lumière se réfléter sur sa petite moto, non loin du sentier, et il plaça sa main droite sur un pistolet. Tetsugi regarda à nouveau autour de lui, et il vit l’ouverture d’une grotte qu’il n’avait pas remarqué auparavant.

Tetsugi sortit le pistolet du vide de son obi et marcha calmement vers la grotte. Tandis qu’il s’approchait, il sentit un vent froid souffler légèrement depuis l’ouverture, et il put sentir quelque chose.

De la chair en décomposition.

Après des années de travail aux côtés de plusieurs experts légistes de la Licorne, le Magistrat reconnut très rapidement que l’odeur était humaine. La grotte était totalement plongée dans le noir peu après l’ouverture, et Tetsugi ajusta ses lunettes en vision en lumière faible, puis il avança prudemment.

L’odeur devint rapidement plus forte, et Tetsugi put distinguer les traces laissées par des griffes sur les parois de pierre de la grotte, et il enjambait occasionnellement un os laissé sur le sol. Lorsqu’il tourna à un coin, il le vit finalement.

C’était une pile de corps pourrissants et d’ossements, disposés comme une sorte de nid. Même avec ses sens entraînés, Tetsugi était presque depassé par l’envie de vômir. Il couvrit rapidement son nez et sa bouche, et courut hors de la cave. Tetsugi s’appuya contre la façade de pierre tout en ouvrant la bouche, haletant pour respirer de l’air frais. Lorsque sa respiration reprit un rythme normal, il releva soudain la tête lorsqu’il entendit un bruit de métal qu’on déchirait.

Penchée par-dessus sa moto était une créature aux cheveux bleus qui la déchirait en lambeaux de métal. De derrière, c’est tout ce qu’il put voir. Un oni. Tetsugi le savait. Elle déchiquetait son véhicule à la manière d’un enfant qui essayait de comprendre comme les choses étaient assemblées. Tetsugi s’avança calmement derrière un arbre, observant la bête.

Presque une minute plus tard, l’oni ramassa les débris de la moto, les entassant sous un bras, et il se mit à marcher vers la grotte. La chose avait un visage immonde, plein de dents et de morceaux de chair pourrie pris dans sa chevelure bleue. Tetsugi eut à nouveau un haut-le-coeur alors que l’oni passait, pensant à la pile de corps qu’il devait utiliser comme une sorte de lit. Il semblait ne se soucier que du métal qu’il avait sous ses bras. Tetsugi le suivit sur quelques distances derrière lui, braquant lentement son pistolet sur l’arrière de son crâne.

Et lorsqu’ils passèrent le coin à nouveau, en entrant dans l’antre de l’oni, Tetsugi s’arrêta, visa soigneusement, et enfonça la gachette. L’oni ne poussa aucun bruit quand il s’effondra sur le sol, sans vie et décapité.

Tetsugi s’agenouilla à côté du corps, se penchant pour l’examiner en détails. Il était trop grand pour être transporté et il n’avait plus de moyen de transport. Le Magistrat redressa le buste et soupira. Ca allait être une longue marche, pour revenir aux provinces Shiba. Il se releva et se retourna pour sortir, glissant son pistolet dans son obi.

Juste avant qu’il fasse son premier pas, il entendit quelque chose bouger derrière lui. Tetsugi tourna rapidement la tête, et pour la première fois depuis dix ans, ses yeux s’écarquillèrent, en proie à une terreur absolue.

La pile de corps bougeait, et certains d’eux s’animèrent en partie, ainsi que les morceaux de métal venant de la moto du Magistrat. Le corps de l’oni s’éleva avec les corps, et ils se fondirent en une sorte de forme humanoïde composée de multiples corps et morceaux de métal. Le bruit était effroyable, car la chair était déchirée par le métal qui se tordait, celui-ci grinçant en frottant contre d’autres pièces de métal, et le tout se redressa. La tête était constituée d’un torse brisé, et un phare cassé s’illumina d’une lueur irréelle, faisant office d’oeil droit. Des crocs surgirent du milieu du torse, et l’oni ressucité tordit sa nouvelle bouche d’un rictus malveillant.

Tetsugi fut tellement choqué qu’il ne réalisa qu’à peine que la créature avançait vers lui. Elle l’assaillit d’un geste circulaire avec un bras constitué de diverses parties, dont les griffes mortelles étaient les rayons de ses anciennes roues. Tetsugi fut lacéré en travers de la poitrine car il bougea trop tard, et il s’effondra par terre, ses deux mains plongeant vers son obi à la recherche de toute arme qu’il put trouver. Le Magistrat tourna sur son dos, et tira à l’aveuglette sur le corps de l’oni. Un tir explosa le bras gauche de l’oni au niveau de l’épaule, mais à peine un instant plus tard, un corps s’arracha du sol et s’attacha là où le bras s’était décroché.

Tetsugi se releva et sprinta hors de la caverne. Il devait écarter cette chose du métal et des corps. Lorsqu’il arriva dehors, il entendit le bruit grinçant du métal proche derrière lui, et le coeur de Tetsugi faillit manquer un battement lorsqu’il aperçut un mouvement dans les buissons, marqué par la forme indistincte d’une chevelure bleue et d’une peau orange. Ils étaient deux, et le Magistrat regarda vers le ciel, dans l’espoir que Dame Soleil pourrait l’aider.

Alors il remarqua que l’épaisse couverture nuageuse étouffait totalement la lumière du soleil dans le ciel.


Le long du littoral d’Otosan Uchi, les vagues s’agitaient violemment, et les eaux reflétaient le gris terne du ciel. De nombreux citoyens qui se trouvaient sur la plage étaient rentrés chez eux, car l’arrivée de la tempête était totalement inattendue. Il n’y avait personne sur les plages, lorsque les vagues refluaient pour révéler de nombreux véhicules aquatiques en forme d’insectes. Aucun témoin lorsque les machines s’ouvrirent à l’avant, et qu’une horde de soldats Senpet fourmillèrent sur le sable, criant vengeance contre l’Empereur de Rokugan. Le premier signe de guerre fut la batterie de missiles tirée depuis le sommet des véhicules Senpet, et cinq immeubles imposants près du littoral furent détruits. Ils furent engloutis par les flammes, et les vagues de Senpet ralentirent leur avance alors que des silhouettes semblaient émerger des flammes pour venir vers eux.

Portant les couleurs de la Mante et le sceau de l’Empereur lui-même, la Garde Impériale de Rokugan fondit sur leurs ennemis, en rang serrés et aussi sauvagement que la pluie d’un ouragan.

Cependant, ils n’étaient pas prêts, en dépit de l’avertissement de Shiriko, et ils étaient largement en sous-nombre.


Dans une tour dominant la cité, des officiers Impériaux se ruaient comme des déments d’une console de contrôle à une autre, essayant de coordonner la défense de leur capitale. L’Empereur s’était attendu à ce que les Senpet arrivent un jour ou l’autre, grâce à l’avertissement de Shiroko, et les troupes de réserve Mantes étaient rapidement en train de s’organiser pour intervenir. Mais pendant ce temps, les zones-clés de la défense de la cité seraient perdues.

Les grandes portes de la salle de contrôle s’ouvrirent à la volée, et une femme agile fit irruption. Les officiers relevèrent les yeux pour voir Bayushi Shiroko entrer, habillée pour la guerre, Itsuwari à ses côtés.

"Qui est le commandant responsable ?" demanda-t-elle d’une voix sévère.

Un grand homme trapu en armure de la Mante se précipita au devant d’elle et s’inclina profondément. "Yoritomo Kama. Je suis le responsable, Bayushi-sama."

"C’est moi qui commande maintenant, samurai," dit-elle d’un ton léger, et il lui fit signe de se retirer. Le garde Mante s’inclina à nouveau et retourna rapidement à une des consoles. La Championne du Scorpion marcha jusqu’aux contrôles des communications, et posa un casque à écouteurs sur sa tête. Après avoir réglé un canal, elle dit simplement "Frappe", et elle ajusta l’écran en face d’elle pour observer la bataille principale.

Les Senpet avançaient dans les rangs des Mantes déterminés, lentement écrasés sous le nombre imposant des ennemis, combinant des tactiques de corps à corps et à distance, avec le soutien des bombardements de longue portée des navires. A l’instant où l’Armée Impériale fut repoussée à certains immeubles en flammes d’Otosan Uchi, un puissant grondement retentit dans le ciel, et la bataille s’arrêta un instant. Tous levèrent les yeux pour découvrir deux groupes de cinq chasseurs à réaction en formation serrée qui passaient au-dessus d’eux, en direction des sous-marins Senpet, et qui commençaient à les bombarder avec une précision stupéfiante.

L’armée Mante poussa un cri de victoire alore que les navires explosaient, et ils chargèrent les rangs Senpet avec une nouvelle vigueur.

Plusieurs silhouettes fuirent des sous-marins Senpet avant que ceux-ci ne commencent à couler. Shiriko reconnut l’ordre des Khadi sur son écran, elle aboya des ordres dans son micro et regarda patiemment les sorciers noirs commencer à invoquer des djinns.

Dans la tour de commande, le regard dur de Shiriko se posa sur le jeune Yoritomo Kama. "J’avais prévenu Yoritomo-sama que cetet attaque était imminente, et la Garde Impériale ne semble pas prête. Pourquoi ?"

Le bushi Mante baissa les yeux. "Nous patrouions la Baie du Soleil d’Or, Bayushi-sama." Il semblait devenir agité, frustré qu’une femme plus jeune que lui, connue pour être plutôt une femme de cour qu’une quelconque commandante, était venue ici et l’humiliait complètement devant ses propres hommes. "Nous étions sûr qu’ils ne viendraient pas si tôt, ou du moins, qu’ils passeraient invisibles à nos radars."

"Votre erreur sera prise en compte en son temps," dit Shiriko, se tournant vers son moniteur. "A présent, nous avons des choses plus importantes à traîter." Elle regarda l’écran, donnant de rapides ordres grâce à son casque.

Des créatures enflammées parcouraient le ciel, et fondaient sur les bushi Rokugani, les arrachant au sol avec une force et une vitesse inhumaine. Un djinn attrapa un Garde Impérial et s’envola dans le ciel avec lui, son yeux irréels rempli d’une joie malsaine. Et juste au moment où le djinn se préparait à lâcher l’homme, sa tête fut tirée en arrière, comme s’il était retenu par une laisse invisible reliée au sol.

Au sol, des silhouettes des ombres elles-même. Les armées du Scorpion. Les rusés samurai Bayushi contournaient le flanc des Senpet par le nord, qui se divisèrent immédiatement en deux groupes pour éviter d’être complètement encerclés.

Derrière les samurai, les shugenja Soshi surgirent, les lèvres et les mains agitées par des prières, attrapant les djinn et les forçant à revenir au sol. Leur chef, Soshi Isawa, éclata d’un rire tonitruant et cria "Pourriture Khadi ! Je brûlais d’envie de faire couler votre sang !" Et ce faisant, il entonna un chant rapide et frappa ses poings sur le sol. La plage trembla près des Khadi, et plusieurs d’entre eux perdirent l’équilibre et tombèrent les uns sur les autres.

Depuis la tour de contrôle, Shiriko regardait avec fierté les enfants de son Clan travailler avec une telle harmonie.

"Shiriko-sama ?" l’appela la voix de Yoritomo Kama, derrière elle.

"Hai ?" dit-elle en se retournant vers l’homme.

Il observait une autre caméra de surveillance de la cité et dit "Deux autres navires Senpet viennent de débarquer sur les plages du sud."

"Combien d’autres soldats avons-nous dans la cité ?" demanda-t-elle.

"Plus aucun," dit Kama, ses yeux trahissaient la peur que son visage ne divulgait pas, "Sauf la garde personnelle de Yoritomo."

"Unité de contournement sud, déviez votre route vers ces coordonnées," Shiriko donna la localisation des Scarabées Senpet aux commandants de l’unité. "Et ralentissez leur approche aussi longtemps que possible." Elle se retourna vers Kama. "Combien de temps avant que vos navires de patrouille puissent venir nous aider ?"

Kama regarda son propre moniteur, et parla rapidement dans un petit micro. "Une demi-heure, sama," dit-il, sa voix reprenant un peu d’assurance.

"Shiriko-sama," La voix venait d’un de ses gunso, dans ses écouteurs, "Les véhicules Senpet au sud sont sortis de l’eau et commencent à évoluer sur la terre ferme. Nous avons besoin d’un tir de missiles concentré pour les arrêter."

Shiriko jura à voix basse et étreignit son casque. Ceci serait son premier test, et il n’allait pas être facile.



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