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Rokugan 2000

La Guerre des Ombres, chapitre I

L’Eveil des Ombres

mercredi 9 décembre 2009, par Daidoji Kyome

Par Aaron Medwin
Traduit par Washi Kagemaru
Relecture et corrections par Daidoji Kyome

Deux moines étaient assis sur une grande pierre. Le ciel était clair, et Mère Soleil se couchait avec une lumière chaleureuse. Les oiseaux chantaient, et le monde semblait en paix. Hitomi Hatsuyoko sourit tandis qu’elle se tournait face au soleil, les yeux fermés. Elle était une jeune Ize zumi, encore en train de découvrir le monde avec émerveillement et délice.

"Peux-tu sentir le soleil, Ki ?" dit l’Ize zumi, "Il est chaud."

Elle se tourna et jeta un regard à son compagnon muet. Il était assis dans une position zazen, comme à son habitude. Par bien des aspects, Ki était un moine traditionnel, y compris en raison de ses voeux d’ascèse. Pourtant il restait sans voix - étrange pour un moine de la Confrérie de Shinseï. Il ne regardait pas le soleil, mais regardait droit devant lui. En dépit de la chaude brise, il frissonna comme sous l’effet du froid.

"Je le sens aussi. Le froid approche, mais rien à craindre pour toi-même. Le froid viendra, et il restera un bon bout de temps." Elle rit doucement. "Finalement, le froid s’éloignera, et la vie ressurgira du refuge où elle se cachera durant l’hiver."

Hoshi Ki secoua lentement la tête.

"Oui, Ki, cet hiver partira." Son insistance du contraire l’inquiéta. Il n’était pas un Dragon, mais l’un des rares Ize zumi de la Confrérie de Shinsei. Parfois elle se demandait combien il en savait. "N’est-ce-pas ?"

Ki se releva, face au sud, et commença à pleurer. Il secoua la tête.

"Parfois l’échec provient de l’attente d’une destinée qui n’est pas la nôtre." Elle ne savait pas pourquoi elle citait son daimyo, Seigneur Hoshi, mais elle savait que cela avait un sens pour quelqu’un qui se trouvait dans la direction à laquelle Ki faisait face. Un vent froid la fit frissonner, et elle commença à marcher en direction du monastère. "Allez, Ki. Il commence à faire froid."


"’Le titre de Malekish n’est pas souvent trouvé parmi les Naga. Ce n’est pas un titre d’importance, ni une position nécessaire. Au contraire elle est seulement rapportée durant les temps de grands changements, quand les étoiles et les cieux dansent et que les alignements célestes sont pris de soubresauts.’" Le Constricteur jeta un oeil hors de sa hutte dans Nirukti, la cité reconstruite des Couleuvres. "Daïni, tu ne sais que peu de choses, encore une fois." Le Malekish était un titre usé constamment, c’était le lien de l’Akasha vers le futur. Il n’y avait pas de prophètes parmi les Naga, à part les astrologues, et ils étaient très estimés. Le Malekish actuel était capable de déceler la moindre faille, le moindre mouvement imperceptible que les cieux laissaient apparaître, et il en tirait de la confiance et de la force. "Te rappelles-tu quand tu as écris ton journal au Père-Dragon ?"

L’Akasha lui chuchota sa réponse. "Nous nous rappelons. Nous avions raison. Si nous savions pourquoi les cieux sont dans une danse perpétuelle, et si nous avions ta capacité à l’interpréter, j’aurais pu dire plus de vérités à Toturi." Il y eut une pause. "Dis-moi, Malekish, qu’est-ce que la danse des étoiles t’a révélé ce soir ?"

Le Malekish quitta sa hutte, leva les yeux et contempla les étoiles. L’Oeil blafard, brillait sur son visage avec une lumière intense. Cela obscurcissait beaucoup de son champ de vison, mais de l’autre coté du ciel, il vit quelque chose qu’il aurait souhaité ne jamais voir.

Il appela le Quêteur Crabe qui marchait sur le coté. "Nakasho, j’ai un message d’une extrême importance." Le Crabe acquiesça. Il avait été mis en place ici pour une telle éventualité, justement. "Dis aux Crabes stationnés au Chateau Hiruma que...", Il fit une pause, durant laquelle il chercha les noms humains des étoiles qu’il avait vu. "Dis-leur que le Tisseur et le Kappa sont ensembles comme des amants. Les Terres Sombres se lèveront en force ce soir."

Regardant le ciel une autre fois, il vit que les étoiles refusaient de s’écarter de leur position. "Va maintenant, Nakasho-san. Le futur tout entier repose peut-être sur cet avertissement."

Nakasho s’en alla dix minutes plus tard dans un hélicoptère.

Il fut tué par un Oni volant avant qu’il put jamais apporter le message au chateau. Même s’il avait vécu, cela ne les aurait pas sauvés de ce qui allait arriver.


"Peuple de Rokugan," entonna la voix sur chaque station de radio et chaîne de télévision dans l’Empire. "Vous êtes tous conscients de l’Outremonde dont les Crabes et les Naga nous gardent et nous protègent chaque jour, comme il l’ont fait pendant des siècles."

Ikoma Mizaki, le conseiller principal de l’Empereur continua : "Aujourd’hui, à l’aube, les armées de l’Outremonde se sont rassemblées en une grande force. Leur attaque fut d’une force sans précédent. Ils ont pris toutes les terres depuis la frontières des Terres Maudites jusqu’au Chateau Hiruma, et en menace bien d’autres." L’aube. C’était seulement trois heures plus tôt.

Des halètements choqués et des chuchotements sur l’avenir se répandirent parmi le peuple, de l’attroupement regroupé sous le grand écran du Parc Hantei à Otosan Uchi jusqu’aux petites places de marché de chaque clan. "Les Crabes et les Naga rapportent que les Oni augmentent et s’organisent, avec chaque heure qui passe, leur armée commence, de plus en plus, à imiter la formation et la structure de nos propres armées glorieuses."

Les gens fixèrent l’homme sur l’écran. Ils stoppèrent tout ce qu’ils étaient en train de faire, et se concentrèrent sur celui qui énonçait ces terribles informations. "En ce moment, nous sommes en train d’évacuer les terres du clan du Crabe. Tout le personnel non-militaire doit abandonner la zone immédiatement. Toute l’assistance militaire possible sera fournie au Crabe pour leur permettre de nous défendre. L’Empire ne tombera pas. La gloire de l’Empire de Jade ne tombera pas dans l’oubli !" Des acclamations s’élevèrent vers le poste de télévision, alors que la transmission s’arrêtait.


"Ouais, c’est génial," Hida Yono prit un air renfrogné alors qu’il faisait tournoyer son tetsubo face au démon qu’il affrontait. "De l’assistance." Il avait logé son tetsubo dans la gueule de l’Oni, il dégaina son pistolet et tira plusieurs balles de jade dans la vague d’Oni qui arrivait.

Yono était un soldat stationné au village du Lever de Soleil Fidèle, un grand village près des frontières de l’Outremonde. C’était la première cible des armées d’Oni, et Yono était fier de défendre son village.

Il le défendit bien, détruisant chaque zombie et chaque démon qui venait a sa portée. Il le défendit jusqu’à ce qu’un Oni lui planta ses serres dans son crâne, faisant de lui la première victime de ce qui serait appelé plus tard la Guerre des Ombres.

Il ne serait pas le dernier. Des millions mourraient avant que ce ne soit terminé.


Daidoji Kurichiki sera l’un de ceux qui oublieront où ils étaient durant l’annonce de Mizaki. Il était dans son bureau, situé dans les bâtiments de la famille Daidoji, revoyant certaines propositions concernant des accords commerciaux Yasuki. Depuis la guerre Daidoji-Yasuki trois cent ans plus tôt, les Daidoji contrôlaient tous les aspects des affaires commerciales des Yasuki, autorisant seulement les transactions qu’ils approuvaient et interdisant la plupart des voyages proposées par des commerçants Yasuki.

Malgré cela, Kiruchiki n’était pas sans coeur. Parce que c’était son travail de décider, il autorisait les Yasuki à survivre et à prospérer, mais dans une certaine limite. Il y avait eu beaucoup de Superviseurs bien pires.

"Neuf tonnes de nouilles pour les Ide ?" Il était surpris. C’était une grosse transaction de nourriture, et dans la mauvaise direction - les Edits Impériaux demandaient aux Crabes de rassembler de la nourriture pour la contre-attaque planifiée contre l’Outremonde. Puis il vit l’offre que les Ide avaient fait pour ces nouilles. Impressionnante. Il chercha le tampon pour refuser la transaction, mais il reconsidéra la situation. Les Crabes voudraient toutes les ressources qu’ils pourraient rassembler pour la guerre dirigée contre eux, et des nouilles n’étaient pas une nourriture de guerriers. Mais ces objets de techno-meishodo, eux pourraient aider les Crabes. Il soupira, sachant que ses supérieurs désapprouveraient, et il parapha la demande, approuvant ainsi la transaction.

Passant à la requête suivante, il fut momentanément déconcerté. "Les Yasuki veulent du parfum. Je ne pense pas." Il rit tandis qu’il tamponna cette demande "REFUSE".


"Que va-t-il nous arriver ?" demanda Iuchi Arumiko. "Cette évacuation n’a jamais été effectuée avant. Rien de cette échelle ..." Elle commença à renifler. Elle avait été élevée dans le riche environnement de Kyuden Iuchi, choyée, et avait vécu tellement longtemps dans le luxe qu’elle s’y était accoutumée. Avant qu’elle ne déménage à Shiro Yogo, et fut mise en apprentissage auprès de Yogo Hacharui, elle n’avait quasiment jamais vu de crime. Une guerre à cette échelle la terrifiait.

Mais elle avait vu beaucoup, beaucoup de mal depuis qu’elle était arrivée. Elle portait maintenant ce que Hacharui appelait ’son masque invisible’, et retint ses larmes. Elle s’inclina profondément devant son maître, et dit avec la voix la plus calme qu’elle put prendre : "Maître, qu’allons nous faire maintenant ?" Elle n’était pas sûre que sa peur fut totalement bannie, mais s’il le vit il n’en donna aucun signe.

Yogo Hacharui n’était pas effrayé par l’une ou l’autre des possibilités du futur. Sans le soutien financier des Crabes - même les petites sommes que les Daidoji autorisaient, il n’y aurait pas beaucoup de clients pour les produits de YogoCorp. Pas de client pour les nombreuses inventions du maître de YogoCorp. Il regarda sa petite apprentie, et dit à travers son masque : "Arumiko-chan, nous allons nous rendre indispensables."


Fuzake Nez était paniqué. Le gros Oni-Oni était venu et avait cassé son magasin. Sa maison. Ses pauvres outils. Il était en train de conduire son prototype de voiture aussi vite qu’il pouvait pour aller le plus loin possible.

Il avait travaillé-travaillé sur une nouvelle voiture pour le commerce intraclan, et elle ronronnait comme un chaton. Le moteur était bon, la conduite était bonne, les freins étaient bons, mais il manquait une couche de peinture. C’était une petite voiture, alors elle avait besoin d’une petite couche. Il prit le spray de peinture pour faire un joli brun à la voiture, mais l’Oni était arrivé juste quand il allait commencer. Bien, un de fait. C’était un gros Oni. Grand comme beaucoup de Nezumi. Il agita les bras et frappa contre un mur. Nez pensa vite, et vaporisa de la peinture dans l’unique oeil de l’Oni. Celui-ci était aveuglé et il en profita.

La voiture roulait vite-vite. Vraiment vite-vite. Elle se vendrait bien, s’il amenait jamais la voiture-voiture au magasin.

Il ne l’amènerait jamais.

Il franchit les portes du chateau Hiruma, et ne s’arrêta pas. Il vit l’explosion dans son miroir-miroir. Son pauvre labo. Ses pauvres outils.


"Uchi no kaisha, créature démoniaque," gronda Yasuki Punu, tenant son katana en face du bavant Nekasu no Oni qui était sur le point de délivrer la mort ou pire. "Va-t-en loin de ma famille." Il espérait que son sabre lui donnerait le courage que son coeur lui refusait, car il n’était pas un guerrier.

Yasuki Punu était le gouverneur du village du Lever de Soleil Fidèle, un village juste au sud du chateau Hiruma, ce qui avait bâti sa réputation. Le village était près de l’Outremonde, et était protégé par un incroyable rassemblement de troupes, sous le commandement de sa charmante femme, Hida Yamahime. Malheureusement elle était ailleurs en train de défendre la ville, et il était la seule chose entre ses enfants et l’Oni.

"PARAA NI HOTSHUKI, CRAAABE !" Les quatre yeux de l’Oni clignèrent dans un crépitement hypnotique. Il avait tué le reste du village de cette façon, Punu le savait. Les attirer dans le sommeil, puis la bouche au centre de ce démon presque humanoïde se nourrissait. Plus pour longtemps, diraient ses cousins de la famille Hida. Punu espéra juste qu’il pourrait s’enfuir assez rapidement.

Les clignements continuaient, et Punu commença à tomber dans le sommeil tandis que la magie du Nekasu commençait à agripper son esprit. Frappe, espèce de fou. Il ne pouvait tout simplement pas rassembler ses forces.

Le premier signe de bonne fortune depuis des mois, depuis que les armées d’Oni avaient attaqué les frontières du clan du Crabe, fut une flèche faite de pierre verte, avec des sigles rougeoyants pour lui procurer la force du jade, qui perça de l’intérieur l’oeil le plus a droite de l’Oni. Derrière l’Oni, Punu vit sa femme, sa guerrière, son amour, tenant une arbalète, chargée avec un autre carreau à pierre verte, visant directement l’Oni. Elle tenait fermement ses côtes avec son autre bon bras. L’Oni sautilla pour faire face à la nouvelle menace.

"KYOSO BYI NASHOO !", hurla-t-il tandis qu’il bondissait sur Hida Yamahime.

"Retourne en enfer," siffla-t-elle, et elle tira.

L’Oni explosa dans des gerbes de sang et d’os, éclaboussant la forme blessée de Yamahime. Punu se rua sur sa femme, berçant son corps alors qu’elle s’effondrait au sol, proche d’une délicieuse inconscience.

"Le village est sauf," chuchota-t-elle, n’ayant presque pas de force pour autre chose.

"Tu as été magnifique, mon amour." Il la tint près de lui, dans le son de sa respiration calme, puisant dans le simple fait d’être avec la femme qu’il aimait.

"Les enfants ?"

"Matsuro et Shiniko sont saufs. Aucun n’a attaqué ici, à part celui-ci."

"C’était un Nekasu assez faible, Punu-kun." Elle esquissa un faible sourire. "Mon puissant protecteur m’a certainement sauvé. Souviens-toi de ce que ton sensei t’a enseigné."

Il finit sa déclaration, récitant le chant qu’il avait appris lors des rares leçons de kenjutsu qu’il avait pris. "Frappe fort, frappe vite, et frappe souvent."

Ils restèrent assis un long moment dans le silence, non pas un silence géné, mais le silence plaisant de deux vieux amis. Après un long moment, Yamahime brisa ce silence.

"Prends les enfants, et fuis cet endroit. Le chateau Hiruma est retombé, et le Mur ne pourra les retenir plus longtemps. Fuis vers les endroits les plus éloignés de Rokugan, sur les terres du Phoenix." Elle agrippa son cou, et se redressa pour lui chuchoter en face. "Promets-le moi, mon mari."

"Fuir ? Pourquoi ? Les Hida nous-"

"Les Hida essayent de se sauver eux-même." Elle fit une pause. "Mon époux, durant les neuf années depuis lesquelles je fus mise en charge de la défense du village, jamais tu ne m’as questionnée. Pour ta propre securité, gouverneur-sama, quitte cet endroit. Pars maintenant, ou toi et nos enfants allez mourir ici."

Punu n’était pas médecin, mais il s’y connaissait assez en premiers secours pour savoir qu’elle était sévèrement touchée. Elle ne pourrait pas être déplacée. Alors il le lui rappella.

"Je sais."

Une larme lui vint aux yeux. "Comment vais-je vivre sans toi ?"

Elle detourna les yeux, pour ne pas voir le regard du seul homme qui pouvait lui inspirer de telles émotions. "Tu es un Crabe."

"Ma famille n’a pas combattu dans une guerre durant des siécles !"

"Tu es un Crabe," répéta-t-elle, avec plus d’assurance cette fois. "Tu es un Crabe et tu peux jouer un rôle pour la première fois de ta vie, Punu. Va-t-en, et..." Sa voix s’étouffa. Elle baissa ses yeux presque embués de larmes, sachant la douleur qu’elle causait à son mari.

Il se redressa, brusquement, s’éloignant d’elle. "Non, non, je ne peux pas faire ça."

"Punu-kun, mon mari, mon amour-"

"Ce sont mes mots. Les mots sont mon domaine, tu combats. Tu est la guerrière, la vraie Crabe. Je ne peux ... je ne vais pas ..." Il commença à sangloter.

Il savait qu’il était plus faible qu’elle, mais il s’en fichait. Il pleura, la seule personne qui pourrait l’entendre était sa femme. Et elle comprenait.

Ce qui ne voulait pas dire qu’elle acceptait sa faiblesse.

"La Kyoso approche," dit-elle. "La Seigneur Oni. Cet Oni confirme les derniers rapports que j’ai reçu de mes hommes. Je ne peux la tuer. Sais-tu ce que cela veut dire ? Son feu noir consumera mon âme. Je ne me reincarnerai jamais. Je ne connaitrai jamais la paix et l’illumination dans ma future vie car mon pleurnichard de mari Grue n’aura pas eu les tripes de faire ce qui doit être fait quand les dés sont jetés." Avec fureur, elle se coucha sur le sol de bois, froid et mouillé, et lui lanca un regard furieux. "Je suis déjà morte. Bientôt je me releverai en tant que zombie pour te prendre ce que tu m’as laissé."

Punu renifla, les larmes le quittant. Il dégaina son wakizashi.

Yamahime le vit et sourit. Elle fit le vide de toute peur et doute dans son esprit, et fit un signe de tête à son mari.

Il murmura les mots, "Je t’aime," puis abattit son épée.

Trop de mariages à Rokugan ne sont pas par amour, mais le père de Punu ne voulait pas qu’il en fut ainsi. Il arrangea le mariage aprés que Punu tomba amoureux, et eut dérobé le coeur d’une samurai-ko. Ils s’aimaient vraiment beaucoup et cet amour grandit avec le temps. Il pouvait à peine imaginer sa vie sans elle. Et maintenant elle était partie.

Il ferait ce qu’elle lui avait demandé, il fuirait avec leur enfants.


Kyuden Shiba était vraiment très beau, vu la nuit. Dans la lumière diffuse, on pouvait voir les bushi sur les murs. On pouvait voir le déploiement des bushi dans le noble rouge et rose du Phénix, et les plumages imposants des occasionnels guerriers de la Garde de la Famille Shiba. Shiba Nakira, le Champion du Clan du Phénix, voyait le campement Kuni à l’extérieur des murs. Même les lumières elles-même étaient magnifiques à regarder. Elles n’étaient pas d’origine technologique, ni magique mais d’une combinaison des deux. Le nouvel art du "Tetsukami" promettait d’ouvrir un chemin vers un nouvel âge de prosperité au Clan du Phénix, si ce n’était l’étrange talent des Yogo dans cet art.

Les Murs Eternels existent depuis que Shiba vint pour la première fois sur les terres de la Tribu d’Isawa, et Nakira aimait revisiter souvent ces souvenirs. Tellement souvent, en fait, que derrière son dos, on le disait fou. Vingt ans en tant que Champion du Clan, chacun apportant de plus en plus de connections avec les anciens souvenirs de l’Ame de Shiba, et de moins en moins de connections avec la réalité. Il marchait dans les halls cherchant la paix intérieure, mais, comme d’habitude, il ne trouvait rien. Il se tenait dans les salles grandioses, admirant un portrait de Dame Asako et de son mari, Yogo.

Je suis Shiba Tsuzaki. J’ai donné les clefs du Passage de l’Homme à Asako sans les comprendre totalement moi-même. J’ai laissé les Isawa et les Asako se battre entre eux, et Yogo quitter notre clan et fonder une lignée de traîtres. Je pensais que j’étais un daimyo bon et conciliant mais je ne l’étais pas ...

Nakira remarquait à peine quand l’Ame de Shiba intervenait dans ses pensées. Cela arrivait tellement souvent...

Je suis Shiba Noyomi. J’ai essayé de préserver la paix à la bataille du Cerf Blanc, et j’ai payé cette erreur avec ma tête, arrachée par un canon gaijin...

"Non. Je suis Shiba Nakira, et mes pensées me sont propres," insista-t-il. Immédiatement, les voix se turent, pour un moment. Trop court, il le savait.

"Nakira-sama." La voix était celle de Shiba Konyo, la belle, jeune et impétueuse samurai-ko récemment promue à la tête de la Garde de la Maison Shiba. "J’ai de mauvaises nouvelles," dit-elle de cette façon franche qui lui était typique.

"Quel genre de nouvelles ?"

"Avez vous allumé la radio durant les six dernières heures ?"

"Non, je n’aime pas la radio. Cela rappelle à Guseryo-"

"L’Outremonde a commencé son invasion," dit-elle franchement. Elle s’était habituée depuis longtemps à ses constantes références aux anciens Shiba, comme s’ils vivaient encore aujourd’hui.

Le Champion du Phénix demeura silencieux.

"Ils ont pris le Chateau Hiruma. Ils ne montrent aucun signe de ralentissement, et seules les Fortunes savent si le Mur Kaiu les stoppera."

"Jishi dit que le mur est imprenable. Il a assisté à sa construction."

"Nakira-sama. Je suis en train de parler à Shiba Nakira, champion du clan ici et maintenant. Nous avons besoin de la sagesse des temps passés, et pas des murmures inintelligibles de leurs commentaires. "

Elle ne comprenait pas qu’il y avait deux millénaires de voix dans sa tête, toutes parlant comme une seule. Elle ne le comprendrait probablement jamais, et il avait donc accepté son dédain pour elles sans trop se plaindre. A la place, il soupira et continua, "Et qu’est ce que le capitaine de la Garde veut de moi ?"

"Les Kuni sont partis. Tous."

Nakira fronça les sourcils. Les Kuni étaient arrivés sur les terres du Phénix il y a cinq mois, comme exprimé dans l’Edit Impérial sur la destruction de l’Outremonde. Les Phénix acquiereraient ainsi la sagesse des Kuni, et avec de l’espoir garantirait une victoire. Cette guerre avait été planifiée cinq ans auparavant, toutefois. "Dites-leur de revenir. Si l’Outremonde nous a attaqué, nous aurons plus que jamais besoin de leur sagesse."

"Vous voulez que j’aille voir Kuni Kachiri, et lui dire d’ignorer les ennuis de son clan et de revenir simplement ici ?"

"Je n’ai pas dit de le formuler comme cela, mais oui."

Ce n’était pas une scène peu courante - les deux se disputaient sur presque tout les sujets, et presque à chaque fois qu’ils parlaient. Il leva les yeux, et observa la peinture au mur. "Yogo était plus petit qu’Asako. Alors que dans cette toile il est plus grand."

Elle soupira, mais suivit son regard. "Quel est le rapport ?"

"L’Ame connait des choses, Konyo-chan," dit-il de façon énigmatique.

"Ne m’appelez plus jamais comme cela, que vous soyez daimyo ou pas."

"L’Ame sait aussi que les Kuni sont dans l’erreur. Dans son expérience,..." Konyo se mordit la langue. Au moins il ne faisait pas référence à un autre daimyo Shiba mort. Ils étaient peut-être ses honorables ancêtres, mais elle préferait negocier avec le reste du monde en prenant ses propres decisions. C’est ce qui faisait d’elle une bonne Capitaine de la Garde Shiba. "..., le Crabe s’est toujours débrouillé seul. Ils s’en sortiront avant même que les Kuni n’aient fini notre instruction."

"C’est une *grosse* armée. Le Crabe ne peut se défendre tout seul. Même s’il le pouvait, ce n’est pas à nous de régir la famille Kuni. Ils ne sont pas une famille Phénix."

"Ils devraient l’être."

Elle tapa du pied droit, exaspérée par son incapacité à voir l’évidence. "Ils ne le sont pas. Et il y a peu de chance qu’ils en deviennent une." Retrouvant un peu son calme, elle poursuivit. "Nakira-sama, je suis juste venue ici pour vous apporter les nouvelles. J’ai d’autres choses à régler. Nos armées seront bientot appelées, je vais les preparer."

Nakira inclina la tête vers Konyo alors qu’elle le laissait regarder Asako et Yogo. Il pensait au passé qu’il n’avait jamais vécu, dont il se rappelait plus vivement que le sien.

Je suis Shiba. Asako était ma meilleure amie, l’alliée en laquelle j’avais le plus confiance...


La nuit comme le jour
Dans les ombres des démons
Le ciel ne change pas.

Le ciel était d’une couleur grise, les nuages éclipsant totalement le soleil. La famille Yasuki marchait péniblement à travers la crasse qui avait été la route Majikani Kakon qui allait du village du Lever de Soleil Fidèle au chateau Hiruma et à d’autres destinations plus lointaines. La route semblait avoir été le théâtre d’un combat - des corps, des bouts de véhicules détruits, et différents équipements parsemaient les alentours. Aucune voiture ne passait, tout ce qui vivait avait fui des jours plus tôt, quand les armées d’Oni avait envahi.

Certains des corps étaient, Punu les reconnu, des villageois du village. Il n’avait pas réussi à les protéger, et maintenant les séides de l’Outremonde les avaient détruit. Avaient détruit Yamahime.

Interrompant le silence, sa fille Shiniko le fit sursauter. "Où est Maman, Papa ?"

Matsuro répondit rapidement. "Elle est morte." Il avait toujours été proche de sa mère, et en apprenant la mort de sa mère, il était devenu sombre. C’était la première fois qu’il parlait depuis qu’il savait. "Elle est morte, et noua allons mourir, nous aussi."

"Ce n’est pas vrai, Matsuro." Même si Punu prononçait ces mots, il n’était pas sûr de leur véracité. S’accroupissant et regardant sa fille droit dans les yeux, il désigna le mon de leur famille. La Carpe était sale mais le doré toujours visible. "Qu’est ce que c’est, Shiniko ?" demanda-t-il, s’efforçant d’adopter un ton enjoué.

"Tu es bête, papa", rit-elle, "C’est notre Carpe."

"Exact !" sourit Punu.

Matsuro détourna les yeux.

"Et qu’est ce qui est spécial à propos de cette Carpe ?" continua Punu.

"Elle est vraiment, vraiment très chanceuse !" s’exclama Shiniko.

"Alors tant que l’on aura notre Carpe, nous irons bien. N’est-ce pas bien d’être Yasuki ?"

Shiniko, conquise, embrassa son père. Punu la souleva et la mit sur son dos.

Matsuro voulut dire quelque chose, mais se ravisa. Il regarda aux alentours, se sentant très en colère, mais surtout plus triste. Il vit un pistolet, gisant dans la poussière à quelques pas, et il courut le ramasser. Il le reconnut comme étant un pistolet Yasuki, petit mais précis. Il l’ouvrit et vit qu’il était pleinement chargé.

Courant vers son père, il s’exclama, "Regardez, père ! Un pistolet !" Punu n’était pas surpris ; Matsuro s’entraînait pour devenir éclaireur, et était parfaitement compétent dans l’utilisation de petites armes à feu. C’était le genre de chose qui réconforterait son fils.

"Ce sont des munitions Naga, papa ! Rien de Souillé ne peux résister à plus de quelques balles de ce truc !"

Punu acquiesça. Peu importait ce qui pouvait rendre Matsuro heureux. Avec lui, enchanté par sa nouvelle arme, examinant chaque millimètre du petit pistolet, les trois Crabes continuèrent.


Quatre heures plus tard, les oreilles entraînées de Matsuro entendirent un mouvement. Punu était de plus en plus fatigué, et Shiniko s’était endormie sur son dos depuis bientôt trois heures, mais Matsuro était toujours aussi énergique. Il mit son doigt sur sa bouche imposant le silence à son père, et le poussa sur le coté de la route, maintenant couvert par un brouillard épais.

Matsuro vit cinq formes, quelque peu humanoïdes, les approchant. Ils bougeaient lentement, et Matsuro les identifia comme étant des zombies, se basant sur leur mouvement et leur silhouette. Puis, alors que Punu marchait sur le coté, ils se séparèrent, et essayèrent d’encercler Matsuro.

Voyant cela, il chargea la silhouette centrale, tirant directement sur sa cible. "Je suis Yasuki Matsuro, et je vais tous vous détruire, bande de bâtards souillés !"

La horde répliqua, mais une forte voix avec un accent Senpet résonna. "Arrêtez de tirez ! Ce sont d’autres réfugiés !" Les coups de feux cessèrent.

Alors que la voix s’approchait, Matsuro vit celui qu’il avait pris pour cible.

C’était un homme très grand, très musclé, avec une peau très sombre. Dans une armure de bataille Senpet. Il marcha droit vers Matsuro. Matsuro réalisa qu’il tenait toujours son pistolet pointé, prêt à tirer. Il tenait la poitrine de l’homme à bout portant.

"Petit, tu peux baisser ton arme maintenant. Nous ne vous ferons pas de mal."

Punu accourut, accompagné de Shiniko. Le Senpet lui tendit la main, puis hésita, et s’inclina à la place. "Je suis le sergent Hotep, de la Légion Etrangère Alliée Senpet. Nous sommes ici pour sauver vos culs Rokugani." sourit-il. Punu fronça les sourcils. Si l’Empereur autorisait les gaijins à combattre dans leurs guerre... c’est que la situation était plus dramatique qu’il ne le pensait.

"Yasuki-sama, je dois vous emmener vous et vos enfants loin d’ici. Les démons sont en route. Nous pensions que vous étiez des éclaireurs avant que votre garçon nous avertisse que vous étiez humains avec son pistolet."

"Nous sommes, nous sommes... nous sommes..." Punu ne pouvait rester debout, il ne pouvait regarder devant lui. L’épuisement de la journée l’avait rattrapé, et il ne put rester conscient. Alors il s’évanouit.


Nakira était dans son bureau en haut de la plus haute tour de Kyuden Shiba, contemplant la magnifique ligne d’horizon. Il entendit un carillon, et y répondit. L’écran de télévision sur son bureau afficha une image du Conseil des Cinq.

Isawa Takige, le Maître de l’Air récemment nommé, se leva et s’approcha. "Shiba-sama, il est bon de vous voir en bonne santé." Il était vraiment béni par Benten. Ses mouvements était gracieux, et sa voix claire comme le cristal. Il n’était pas un Tensai - un des rares spécialistes des éléments qui peuplent normalement le Conseil, mais simplement extraordinairement doué dans sa profession.

"Merci, Takige-san. Que puis-je pour vous aujourd’hui ?"

"Je suis certain que vous êtes au courant du désistement de la famille Kuni."

Nakira se replongea dans ses pensées récentes. Shiba, Tsuzaki, et... oh oui, il avait parlé avec Kyono plus tôt. Elle avait mentionné quelque chose à propos du départ des Kuni. Il acquiesça.

"Bien, nous ne sommes pas totalement non-préparé. Le Conseil a noté des remous dans les éléments, et nous pensons que cela à voir avec l’invasion de l’Outremonde."

"Bien sûr que non. Les remous sont normaux pour cette nuit. Cette nuit, chaque année, ils agissent ainsi."

"Hum... Nakira, je suis Maître de l’Air depuis huit ans, et je n’ai jamais senti cela auparavant."

"Cela se produit chaque décade. C’est normal."

Takige était surpris. Nakira n’était pas si instable, d’habitude.

"Oh, très bien alors." Takige écouta quelqu’un parler en dehors de l’écran, et acquiesça. Se tournant vers le daimyo Shibo, "Maître Kujishi veut vous parler à propos des perturbations. Peut être que l’Ame en a fait l’expérience auparavant."

"Oh ... très bien." Un homme plus âgé, d’un aspect ratatiné mais avec une voix forte et un esprit solide, apparut au centre de l’écran, alors que Takige s’éloignait. "Maître Kujishi, dites-moi ce qu’était cette perturbation."

Nakira était si absorbé par la discussion avec Kujishi, le vénérable Maître de l’Eau, qu’il ne remarqua pas son assaillant qui approchait par derrière.

Depuis les ombres, un silhouette dit "Dors," et Nakira s’évanouit au sol, inconscient. "Dors, Shiba. Le Conseil peut se défendre seul."

"Mon cher Nakira," dit l’homme alors qu’il passait au dessus du corps endormi de Nakira. "Les perturbations commencent juste, et nous ne pouvons vous avoir en travers de notre route."

A suivre...



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