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Rokugan 2000

Rokugan 90210

Episode IX

lundi 13 juillet 2009, par Yasuki Garou

Contient : Le tour du monde : Le Foyer Ancestral du Lion, La Route vers la Montagne Endormie, et la Forteresse Naga

HANTEI XXIII
LYCEE PUBLIC
ALBUM DE FIN D’ANNEE

Asahina Dorai

Jeunes Marchands

Yasuki Nokatsu

Futur Vendeur de Tupperware

Matsu Hiroru

Pas un Ninja

Saut à cloche-pied vers l’Episode VIII

Le tour du monde, partie quatre : Le Foyer Ancestral du Lion

Sanzo me flanqua un coup de poing en plein visage.

"Aie !" dis-je, en massant ma mâchoire et en le dévisageant. "Pourquoi avez-vous fait ça ?"

"Mais où étais-tu, par Jigoku, Garou ?" cracha Sanzo. "J’ai du servir de nounou à Toku et à ce stupide poulet puant depuis un mois, maintenant ! Il a fallu du temps à Seou pour te retrouver !"

"Ouais, Garou," dit Toku qui se trouvait à côté de lui. "On avait peur que tu sois mort ou un truc dans le genre."

"Pourquoi es-tu habillé comme un Lion ?" demanda Turi, curieux.

Je dévisageai les trois samurai, puis je tournai mon regard vers Yotsu Seou, qui m’avait emmené à eux. "Est-ce que je connais ces types ?" lui demandai-je.

"Je pense bien," dit-elle. "Il s’agit de ceux dont tu murmurais les noms dans ton sommeil."

"Tu l’as entendu murmurer dans son sommeil ?" demanda Sanzo, sur un ton lubrique.

"Non, espèce d’obsédé," rétorqua Seou. "C’est... euh... la Fierté du Lion qui l’a entendu."

"Garou !" dit Sanzo. Son visage s’éclaira et il s’inclina respectueusement devant moi. "Alors là, je dis respect, mon pote."

"Attendez une seconde," Matsu Turi fronça un sourcil suspicieusement. "Garou rêve de moi ?"

"Bon sang, j’espère que non," Seou me lança un regard. "En tout cas, pas de la manière que vous pensez. La Fierté du Lion m’a dit que tu marmonnais sans cesse au sujet d’une quête inachevée."

"Je pense que vous êtes tous fous," dis-je. "Bon, c’était bien marrant, Seou, mais je dois retourner auprès de Matsu Ketsui."

Toku sursauta. "Garou est malade ?"

"C’est presque pire que ça," dit Seou. "Il est amnésique. Je l’ai retrouvé errant non loin du Château Akodo. Il croit qu’il est un Matsu, à présent."

"Je ne peux pas lui en vouloir," remarqua Turi.

Toku cligna des yeux. "C’est quoi l’amnésique ? C’est de là que viennent les Senpet ?"

Sanzo soupira et passa sa main sur son visage. "Non, andouille. Il a perdu la mémoire. C’est plutôt pratique, d’ailleurs, hein Garou ? Tu disparais de nos aventures pendant un mois complet et tu reviens amnésique. Si tu veux mon avis, je dirais que c’est plutôt bidon comme excuse." Il s’avança jusqu’à hauteur de Seou. "Mais peu importe, puisque vous êtes ici, c’est un plaisir de faire votre connaissance. Je m’appelle Sanzo. Ca signifie ’le bandit’. Vous voulez savoir pourquoi ?"

"Peut-être pas," dit-elle platement. Elle s’approcha de son visage. "Vous portez du rouge à lèvres ?" demanda-t-elle.

Sanzo essuya rapidement sa bouche et détourna le regard. Il éclaircit sa gorge bruyamment.

"Nous n’avions plus d’argent," expliqua Toku. "Nous devions essayer d’en gagner un peu."

"Alors vous êtes devenu geisha ?" demandai-je.

Sanzo toussa. "Non, crétin !" s’exclama-t-il. "J’ai rejoins une troupe de kabuki."

"Si vous voulez mon avis, ça revient au même," dit Turi.

"Ouais, ben, personne t’a demandé ton avis, Lion," dit Sanzo, fâché, alors qu’il s’appuyait contre son cheval et qu’il lançait un regard noir à chacun de nous.

"Il est toujours comme ça ?" demandai-je à Toku.

"Euh. Ouais. Souvent," répondit Toku. "Alors, depuis combien de temps es-tu amnésique ?"

"De quelle amnésie parlez-vous ?"

Seou passa une main dans sa longue chevelure et marmonna quelque chose à voix basse. "Ecoute, Garou. Tes amis m’ont dit qu’ils t’avaient vus la dernière fois dans une bâtisse qui a explosé. Peut-être que tu as cogné quelque chose un peu trop violemment ?" Elle tapota contre sa tempe. "Nous allons essayer de t’aider à retrouver la mémoire, mais tu dois aussi nous aider. Raconte-nous ton histoire depuis le début, depuis aussi loin que tu te souviennes. Peut-être que ça te remettra les idées en place."

Je plissai le front. "Pourquoi devrais-je faire ce que vous me demandez ?" demandai-je. "Je suis un Lion ; je ne reçois pas d’ordre d’une ronin."

Turi s’avança vers moi et saisit le col de mon kimono, me soulevant à trente centimètres du sol. "Et bien, je suis un Lion aussi, Garou," dit-il. "Et je suis plus grand."

Alors je leur racontai mon histoire.

Je me suis réveillé dans un cratère fumant dans le Village Stratégique de l’Ouest il y a environ un mois. Je ne parvenais plus à me souvenir de qui j’étais ou de comment j’étais arrivé là. Avec du recul, j’ai trouvé ça bizarre, mais comme je n’avais aucun souvenir pour comparer avec ma situation à ce moment-là, ça m’a semblé parfaitement normal. J’ai vagabondé quelques temps, demandant aux gens s’ils savaient comment je m’appelais ou d’où je venais. Je vis alors un groupe de soldats portant le mon de l’Empereur (étrange que je parvienne à me souvenir de ça mais pas de mon nom), alors je me suis dirigé vers eux pour obtenir de l’aide.

"Par les Sept Tonnerres !" dit un des hommes en se retournant vers moi, les yeux exorbités. "C’est toi !"

"Euh... salut," dis-je. "Je suis un peu confus. Je ne me souviens ni de mon nom, ni de mon clan. Où est-ce que j’habite ?"

"Hein ?" dit le samurai.

Un autre garde sur le côté fila un coup de coude au premier. "Il est amnésique !" dit-il. "Il ne se rappelle de rien !"

Le premier samurai fit un large sourire. "Tu es venu au bon endroit," dit-il. "Je sais exactement qui tu es. Mon nom est Makashi et tu es Matsu Garou."

"Matsu Garou ?" demandai-je. Ca ne sonnait pas très bien, mais je ne pouvais pas vraiment le contredire.

"C’est ça," dit-il. "Matsu Garou, l’époux de Matsu Ketsui."

"Hmmm," dis-je, en baissant les yeux sur mon kimono abîmé. "Pourquoi est-ce que je porte un kimono bleu si je suis un Lion ?"

Makashi jeta un regard au samurai à côté de lui, qui semblait, pour une raison que j’ignorais, essayer de retenir désespérément un fou rire. "J’sais pas," dit finalement Makashi. "C’est le Festival du Kimono Bleu ?"

"Ah," dis-je. "Pourquoi ne portez-vous pas de kimono bleu ?"

"On est en service," dit l’ami de Makashi, se retournant rapidement et pouffant de rire.

"Quelque chose ne va pas chez votre ami ?" demandai-je.

"Hasame est simplement bouleversé par la joie de vous savoir enfin revenu parmi nous," dit Makashi. "Dame Ketsui a remué ciel et terre pour vous retrouver. Peut-être pourrions-nous vous fournir une Escorte Impériale jusqu’à son château ?"

"Hé, ce serait super !" dis-je. "Vous autres, les Gardes Impériaux, êtes vraiment très courtois."

"Nous vivons pour servir," pouffa Hasame. Je me demandais ce qui n’allait pas chez lui. Il avait l’air vraiment hilare.

Quoi qu’il en soit, je les suivi jusqu’au Château Matsu. Je remarquai que nous voyagions vraiment rapidement, et que Makashi et Hasame me lançaient régulièrement des regards nerveux et qu’ils gloussaient. Leur comportement étrange ne me frappa pas vraiment. Tout d’abord, ils étaient de l’Armée de Toturi, et ensuite, ben, ils étaient des flics. De par ma propre expérience, on pouvait rencontrer de vrais bons flics, mais lorsque la police devenait étrange, elle devenait *vraiment* étrange, alors je me suis dit que ces types devaient appartenir à la seconde catégorie.

"Bien, nous y sommes," dit Makashi, en observant les remparts du Château Matsu. Le sol tout autour était brûlé et dévasté, comme s’il s’était déroulé une bataille récemment. Cet endroit me paraissait familier, mais ça ne me donnait pas l’impression d’être chez moi. J’avais comme un vague souvenir d’un évènement plus obscur, la dernière fois où je suis venu ici.

"Que s’est-il passé, ici ?" demandai-je.

"Bonne chance !" cria Hasame, ignorant la question. Il courut, sonna à la porte du chateau, puis ils s’enfuirent à toutes jambes.

"Hm," dis-je, les regardant partir avec ce que je pensais être un Froncement de Sourcils Désapprobateur du Clan du Lion.

"Bonjour," dit une voix derrière moi, "Je suis Ikoma Ryozo. Puis-je vous aider ?"

Je me suis retourné pour découvrir un grand samurai avec un visage gris et abîmé, similaire à celui d’un chat. "Euh," dis-je. "Que vous est-il arrivé ?"

"VOUS !" gronda-t-il. Il s’avança vers moi et s’empara du col de mon kimono avec une force inhumaine, me tirant à l’intérieur du château.

Je réussi à peine à distinguer ce qu’il marmonnait alors qu’il me tirait dans le couloir, une histoire de crème hydratante et d’un certain Seigneur Okura qui allait s’occuper de moi. Je ne cessais de penser à quel point il était chouette de voir que les Lions étaient vraiment excités de me voir revenir à la maison. Mais il me faudrait leur dire qu’ils en faisaient peut-être un peu trop. Ryozo cogna accidentellement ma tête plusieurs fois contre une embrasure de porte dans son zèle à m’emmener au plus vite auprès du Seigneur Okura. Peut-être qu’il aurait été plus précautionneux s’il n’avait pas été dans un état émotionel aussi intense.

Soudain, le trajet s’arrêta. J’étais perché sur un monticule au centre d’une petite pièce. Devant moi se trouvait une table recouverte de parchemins, derrière laquelle était assis un petit shugenja un peu obèse avec du maquillage bleu sur le visage. Un tetsubo de jade était appuyé contre le mur derrière lui et il portait un manteau ample aux couleurs criardes.

"Ahhh !" dit-il lorsqu’il me vit. Il se recroquevilla derrière le bureau.

"Euh... Seigneur Okura ?" demanda Ryozo.

"Emmenez ce fou dangereux loin de moi !" couina Okura. "Il va encore sortir son épée de sang et me hurler dessus comme la dernière fois, et je ne supporte pas lorsque les gens hurlent."

Ryozo me lança un regard curieux. Je haussai les épaules. "Monsieur," dit Ryozo, en regardant par-dessus le rebord du bureau. "Il est mon prisonnier. Il ne hurlera pas sur vous sans que je l’y autorise."

Okura passa la tête par-dessus le rebord, seuls ses yeux étaient visibles. "Et vous allez le lui permettre ?"

Ryozo leva les yeux au ciel. "Non, monsieur."

"Ah-ah ! Dans ce cas !" hurla Okura. Il attrapa son tetsubo et il se redressa derrière le bureau, me jetant un regard triomphal. "La chaussure est sur l’autre pied, maintenant, Garou ! Akuma ! A moi !"

Ce nom m’était familier. Je devais vraiment être chez moi, en fin de compte.

Et la porte à l’arrière de la salle s’ouvrit brutalement, laissant apparaître une marée de tentacules verts et d’yeux rouges. Quoi que ceci puisse être, c’était probablement mieux que je ne m’en souvienne pas.

"GAAA-ROOUUUU" siffla l’oni. La masse de tentacules glissa dans la pièce, se solidifiant derrière Okura en une silhouette humanoïde de grande taille. "MAINTENANT, TU VAS MOURIR POUR-"

On frappa à la porte. Tout le monde devint silencieux.

"Qui est-ce ?" demanda Okura, la voix hésitante.

"C’est moi, Ketsui," dit-elle. "Je dois te parler au sujet de certaines stratégies de bataille, Okura."

"Catastrophe !" dit Okura, ses mains collées contre son visage. "Elle n’est pas au courant de cette histoire de ’Souillure’." Il mima des guillemets avec les doigts lorsqu’il dit ’Souillure’. "Akuma, retourne dans le placard ! Garou, Ryozo, vous n’avez rien vu !"

"Pigé, boss," dit Ryozo. L’oni acquiesça également et décampa vers le placard, claquant la porte lorsque la porte opposée s’ouvrit.

Matsu Ketsui entra dans la pièce, le visage dénué d’expression. Elle m’avait l’air familière. Elle avait un corps athlétique et svelte, des cheveux rouges vifs, et elle était vétue des pieds à la tête d’une tenue de cuir moulante. Je me suis dit qu’elle devait être une personne très intéressante.

"Okura, qu’est-ce que tu fais ici ?" demanda-t-elle, suspicieuse.

"Euh, rien," dit Okura, en sautant sur sa chaise, avec un journal entre les mains. Il le tenait à l’envers.

"Tu n’as pas un autre oni ici, n’est-ce pas ?" demanda-t-elle.

"Non, non," dit Okura, en retournant rapidement le journal. "Pourquoi demandez-vous ça ?"

"Parce que ça sent la Souillure, ici," dit-elle.

"Je pense que c’est moi," dit Ryozo, en levant une main.

"Oh," dit Ketsui. Elle s’avança à sa hauteur et renifla. "En effet. Pourquoi n’irais-tu pas dehors ou ailleurs, mmh ?"

"Euh..." Ryozo hésita quelque peu, embarrasé. "Ok." Il sortit rapidement.

"Et qui est-ce ?" demanda-t-elle. Elle attrapa mes cheveux et redressa ma tête pour voir mon visage. "Toi," siffla-t-elle.

Il me sembla éprouver un sentiment de déjà-vu.

"Vous le connaissez ?" demanda Okura.

"J’espère bien que vous me connaissez !" dis-je finalement, lassé de toute cette histoire. "Je suis Matsu Garou ! L’époux de Dame Ketsui !"

Ketsui se mit à tousser. "Mon quoi ?" dit-elle.

"Dame Ketsui ?" Okura ricana.

"Ecoute, je ne sais pas ce que ce type cherche à faire," gronda-t-elle. "Mais la dernière fois qu’il est venu ici, il a séduit et humilié la Fierté du Lion toute entière ! Je vais m’occuper de lui et de son espièglerie immédiatement !" Elle m’attrapa par le bras et tira dessus pour me faire tomber par terre, déchirant ma manche droite.

"Wow !" dis-je, en baissant les yeux. "J’ai un tatouage !" Mon bras se mit soudain à chauffer.

Ketsu observa mon bras d’un air vide pendant un moment, puis jeta un regard à Okura. "Comme je viens de le dire," dit-elle avec un petit sourire. "Je vais m’occuper de lui immédiatement." Elle m’entraîna hors de la pièce.

Après cela, elle me donna beaucoup de saké, et à cause de ça, j’ai des souvenirs très flous de cette nuit-là, mais je me suis réveillé avec pas mal de contusions et il y avait deux membres de la Fierté du Lion qui me suivaient partout après ça. Ketsui était une chouette fille, mais elle semblait plutôt violente et possessive. Par exemple, je me suis réveillé une nuit juste pour aller me balader hors du château. Je n’étais qu’à une dizaine de mètres des murs lorsque soudain je me suis retrouvé étendu sur le sol. Ketsui m’avait vu par la fenêtre et m’avait balancé un coup de pied sauté depuis le troisième étage.

"On essaie de s’échapper, petite souris ?" ronronna-t-elle. Je décidai de laisser tomber cette nuit-là, et je me suis réveillé avec encore plus de coups bleus et contusions.

Okura me regardait comme un faucon. Je crois qu’il ne m’aimait pas beaucoup. Il m’appelait toujours "Garou" au lieu de "Matsu Garou", et il avait tendance à faire la grimace et à poser la main sur la garde de son poignard de façon menaçante lorsque j’étais proche de lui. Après seulement une semaine, on dirait qu’il en avait déjà marre de moi. Je ne savais pas ce que j’avais pu faire pour le rendre aussi fâché, mais il alla parler de ça auprès d’Ikoma Tsanuri elle-même, la Championne du Lion. J’étais là, à la cour, lorsque ça s’est produit, avec sept femmes de la Fierté du Lion qui me gardaient, en cercle serré.

"Ma Dame Tsanuri," dit-il. "Je fais appel à votre sagesse. Un imposteur se fait passer pour un noble Lion, un imposteur se trouve au sein de la maison Matsu."

"De quel imposteur s’agit-il ?" demanda-t-elle, en démêlant ses dreadlocks. Un look bizarre pour une Lionne, mais bon, chacun fait ce qui lui plait, non ?

"L’imposteur se nomme Matsu Garou," dit Okura, en me désignant et en faisant un sourire sarcastique. "Un fou qui prétend être ce qu’il n’est pas, qui a séduit notre daimyo Matsu avec sa vile sorcellerie, et qui viole la justice de l’Empereur !"

"Comment a-t-il violé la justice de l’Empereur ?" demanda Tsanuri.

"Bon, en fait, il ne l’a pas vraiment fait," admit Okura. "Mais ça sonne tellement plus cool lorsque vous dites les choses par trois, et je n’en avais que deux."

"Ah," dit Tsanuri.

"Il a quand même fait les autres trucs, hein," dit Okura.

"Matsu Garou ?" cracha Tsanuri. Elle semblait dérangé par les mots eux-même. "Ca ne sonne pas bien du tout. Qui est-ce, par l’enfer ?"

"C’est moi," dis-je, en m’inclinant. "Salut."

"Je n’ai jamais entendu parler d’un Matsu Garou," dit-elle.

"Et bien, en réalité, il se nomme Yasuki Garou," dit Okura.

"Je croyais que c’était Kakita Garou," dit Ryozo, depuis l’assistance.

"Non, non," répondit un gros ambassadeur Phénix. "Je suis pratiquement sûr qu’il s’appelle Asako Garou."

"J’ai entendu dire il y a quelques temps qu’il y avait un Asahina Garou," dit un courtisan Grue effeminé.

"Non," dit une voix féminine. "Vous vous trompez tous."

Tout le monde se retourna vers une jeune femme en kimono bleu-gris qui s’avançait dans la chambre d’audience. Elle portait le mon du loup fièrement dans son dos.

"Qui êtes-vous ?" demanda Tsanuri.

"Mon nom est Yotsu Seou," dit-elle. "J’ai été envoyée par l’Empereur." Elle me regarda avec ses yeux sombres et magnifiques. Plusieurs membres de la Fierté du Lion se placèrent devant moi.

"Donc, c’est un faux Lion, alors," dit Tsanuri. "Dame Ketsui, est-ce vrai ?"

"Et bien," Ketsui baissa les yeux vers le sol. "Ouais. Ouais, je suppose." Elle releva les yeux, le regard plein d’espoir. "Je peux le garder quand même ?"

Tsanuri soupira et écarta les dreadlocks de ses yeux. "Ce n’est pas un animal de compagnie, Ketsui," dit-elle. "C’est un samurai."

"Je sais !" gémit-elle. "Je le promènerai et le nourrirai et... tout ça."

"Ca devient vraiment inquiétant," dit Ryozo.

"Ce n’est pas ça le problème," dit Tsanuri. "Il a prétendu être membre du plus fier clan de guerriers de l’Empire. Un affront qui ne peut être toléré. Nous n’avons pas d’autre choix que de l’exécuter."

Bien que ma mémoire me faisait toujours défaut, l’idée d’avoir déjà connu des moments où j’étais proche de la mort pour une chose dont je n’étais pas responsable ne me semblait pas nouvelle.

"Oh, zut," dit Ketsui. Elle s’effondra sur une chaise et posa son pied sur la table la plus proche. "Chaque fois qu’on a un nouveau jouet, ça arrive tout le temps." Les membres de la Fierté du Lion s’assirent toutes sur le sol et se mirent à bouder avec elle.

"Hm," dit Seou, en observant la Fierté du Lion et en hochant la tête. "De toute façon, l’Empereur a d’autres objectifs pour Fuzake Garou. Il ne peut pas être exécuté."

"Fuzake ?" dit Okura. "C’est quoi, un Fuzake ?"

"C’est ça, un Fuzake," dit Seou, en me désignant. Je m’inclinai.

"Hmm," dit Tsanuri, en se grattant le menton tout en méditant. "Peut-être qu’on pourrait trouver un compromis. Je le libèrerai s’il passe une cérémonie de gempukku. Es-tu d’accord avec ça... euh... Fukaze... Garou ?"

"Fuzake," dis-je. J’y réfléchis pendant une seconde. C’était seulement une cérémonie de gempukku, le genre de trucs que des gamins faisaient tous les jours. Quelle pouvait être la difficulté ? "Bien sûr," dis-je.

Alors j’ai regardé autour de moi et j’ai vu que Seou et toutes les membres de la Fierté du Lion me dévisageaient avec horreur. Okura et Ryozo ricanaient tout bas.

"Qu’il en soit ainsi," dit Tsanuri. "Le gempukku de Matsu Garou aura lieu demain, au lever du jour."

Alors Seou s’approcha de moi, les bras croisés devant sa poitrine, le regard furieux.

"Salut !" dis-je. "C’est quoi cette histoire de Fuzake ?"

"La ferme," gronda-t-elle. Elle attrapa ma main et me tira hors du bâtiment. "On a du boulot devant nous..."

"Et donc, elle m’a conduit jusqu’ici," dis-je, en regardant vers Toku, Sanzo et Turi. "Je suppose qu’elle espérait que vous autres pourriez m’aider pour mon amnésie."

"Nous le pouvons," dit Sanzo.

"Comment ?" demandai-je.

Sanzo me frappa sur le tête avec un tuyau qu’il avait trouvé quelque part. Je me suis effondré sur le sol et je me suis reveillé des heures plus tard. Toku, Sanzo, Seou, et Turi me regardaient avec espoir.

"SANZO !" hurlai-je, en sautant à la gorge du ronin.

"Woah, du calme," dit Turi. Il ôta facilement mes deux bras et me repoussa sur le sol. "Ca suffit la violence, j’essaie juste de t’aider. Comment va ta mémoire ?"

Je me suis tut pendant une seconde. "Elle... elle est revenue," dis-je. "Je me souviens de tout."

"Tu vois ?" dit fièrement Sanzo. "Ca marche toujours à la télé."

"C’est quoi une télé ?" demanda Toku.

"Ignore-le," soupira Turi.

"Mais, attendez une seconde..." dis-je, me massant la tête. "J’ai une cérémonie de gempukku demain ! Je dois étudier !"

"Hé, ne t’inquiète pas pour ça," dit Turi. "C’est juste un gempukku Matsu. Ils est facile."

"Qu’est-ce que je vais devoir faire ?" demandai-je.

Turi réfléchit un moment. "Et bien, d’abord tu devras réciter par coeur le Commandement d’Akodo. Du gâteau. Ensuite, tu devras porter vingt armes de guerre. Simple. Ensuite, tu devras couper une grenade en quatre morceau avant qu’elle ne touche le sol. Un jeu d’enfant. Ensuite, tu devras recevoir quatre cent coups de bâton et tu devras simplement rester assis et éveillé. Facile. Ensuite, tu devras jeûner pendant trois jours dans une pièce remplie de nourriture. Sans problème. Oh, et alors, ils te tatoueront au fer rouge."

"C’était chouette de te connaître, Garou," dit Sanzo en posant la main sur mon épaule.

"C’est ridicule !" dis-je. "Que se passera-t-il si j’échoue à l’une de ces épreuves ?"

"Tu mourras," dit Turi.

"Attendez, ça n’a aucun sens," dit Toku. "La famille Matsu est la plus grande famille de Samurai de l’Empire. Comment pourraient-ils avoir un gempukku aussi difficile et rester aussi importante ?"

Turi haussa les épaules. "C’est juste qu’on est *vraiment* bons," dit-il.

"Ca craint," dis-je. "J’suis mort."

"Pas tant que ça," dit Seou. "Tu as retrouvé ta mémoire."

"Ouais ?" dis-je. "Et alors ? Je suis mort ! J’suis grillé ! J’suis foutu !"

Elle me gifla. "Tu es un shugenja. Et je ne parle pas du fait que tu sois un Yasuki. Alors triche."

"Oh, ouais," dis-je.

"Nous dirons que je n’ai jamais entendu ça, en tout cas," dit Turi.

Alors on s’est organisés. J’ai parcouru mes sorts et j’ai essayé d’imaginer ce que je pouvais faire. Etonnamment, ça ne semblait pas si dur quand on y réfléchissait. J’avais oublié que j’avais certains de ces sorts. Je me suis juré alors de nettoyer mon sac à parchemins plus souvent, tout spécialement lorsque j’ai retrouvé une barre de nougat tellement ancienne que je ne me rappelais même pas de l’y avoir mise. Elle était si vieille qu’on pouvait la plier en deux sans efforts. Je l’ai offerte à Sanzo, mais même lui n’en a pas voulu.

Et bientôt, ce fut le matin suivant. Nous nous sommes rassemblés devant le Kyuden Matsu parmi les différents membres du Clan du Lion. Je n’étais pas le seul à passer ma cérémonie de gempukku aujourd’hui. Matsu Bufu, le petit frère de Ketsui, était là pour ça lui aussi. C’était un samurai plutôt grand et à l’air un peu idiot. A début de la cérémonie, il fit un sourire à Okura, avec ses quatre dents restantes.

"J’espère moi passer," grogna-t-il.

"Euh, bonne chance," gémit Okura, en s’écartant du grand homme.

"Récitez le Commandement d’Akodo," dit Okura d’une voix profonde, et la foule devint silencieuse.

Je murmurai rapidement un sort, libérant un flot d’esprits de l’air dans l’esprit d’Okura. Il récitait le livre entier dans sa tête, prêt à me corriger si je me trompais. Je me suis contenté de déclamer à voix haute ce que je lisais dans son esprit.

"Et vous, Bufu," dit Okura. "Récitez le Commandement d’Akodo."

"Lions gentils !" dit le garçon, et un filet de bave coula de sa lèvre.

Okura regarda autour de lui, mal à l’aise. "Euh, oui," dit-il. "Oui, c’est bien. Epreuve suivante."

Les vingt armes de guerre étaient une partie de plaisir. Turi m’avait donné un petit truc. Vous deviez porter vingt armes, mais vous n’étiez pas obligé de *bien* les porter. Heureusement, j’avais grandi sur le mur Kaiu et je m’y connaissais plutôt bien en armes. Bufu, de l’autre côté, et bien... ils le laissèrent compter les armes. Il n’arriva que jusqu’à quatre, mais Okura dit que c’était assez proche, et donc, nous avons continué.

Un juré jeta une grenade en l’air. Je murmurai un sort rapide et j’obligeai un esprit de l’air à apparaître invisible, maintenant le fruit en l’air assez longtemps pour que je la coupe. Okura grogna et acquiesça à contrecoeur.

Le juré lança une autre grenade. Bufu hurla et coupa le juré en quatre morceaux. Ce n’était pas le résultat qu’ils voulaient, mais c’était plutôt créatif alors ils l’acceptèrent.

L’épreuve suivante était plutôt difficile. Je ne disposais pas d’un sort qui durerait assez longtemps pour tenir le temps de quatre cent coups de bâton en bambou. Heureusement, Sanzo avait une bouteille de saké. Je l’ai bue aussi rapidement que mon corps me permit de le faire, et ça sembla faire l’affaire. Le juré me frappa avec le bambou et je trébuchai avec un sourire. J’avais le corps endolori mais je ne ressentais rien.

La première fois que le juré frappa Bufu, il sortit son épée et coupa le gars en quatre morceaux également. A nouveau, ils dirent que c’était bon.

Le dernier test était plutôt simple. Je n’arriverai sûrement plus à bouger pendant trois jours après le saké et les coups de bâton, mais de toute façon, Bufu mangea toute la nourriture dans la pièce. Le juré sembla sur le point de dire quelque chose, puis il se rappela de ses deux prédécesseurs et revint sur son idée.

Ikoma Tsanuri s’approcha de nous deux lorsque ce fut terminé, un large sourire sur son visage. "Félicitations," dit-elle. Elle nous tendit à chacun un katana ouvragé aux couleurs brun et or. "Matsu Garou. Matsu Bufu. Vous êtes maintenant des Lions."

"Wow," dis-je. L’épée était l’arme la plus belle que j’avais jamais vu.

"Ok, maintenant, rendez-là moi," dit-elle, en me l’arrachant des mains. Elle se précipita en direction du Kyuden Matsu, le reste des Lions derrière elle.

"Et bien voila," dit Sanzo. "Tu es libre maintenant, Garou."

"Pas tout à fait," dis-je. Je me retournai vers Seou. "Vous avez dit que l’Empereur vous avait envoyé. Pourquoi l’Empereur aurait-il envoyé quelqu’un pour nous protéger ?"

"C’est simple," dit-elle. "J’ai menti. Je suis venue pour vous aider à démasquer l’imposture."

"Vous savez que l’Empereur est un faux ?" demanda Toku, stupéfait.

"Et bien," dit-elle. "Les crânes et les chauves-souris sont un indice plutôt évident. Sans parler du fait qu’il court comme un Grue à chaque fois qu’arrive l’heure d’aller au lit. Ce qui me rappelle que... Garou, cette histoire de Fuzake était vraie, au fait. Toturi a vraiment proclamé une nouvelle famille à ton nom. Et il t’a désigné comme Gardien de l’Horloge Impériale."

"Hm," dis-je. Je ne savais pas vraiment quoi en penser.

"Ben vous voyez," dit Sanzo. "C’est peut-être un imposteur, un meurtrier, un ninja et un dictateur, mais malgré tout ça, Toturi a quand même un sacré sens de l’humour."

"Sanzo ?" dis-je, en l’observant plus attentivement. "Tu portes des boucles d’oreilles, maintenant ?"

"Oh, pas un mot," dit Sanzo, en les arrachant rapidement et les glissant dans sa poche. "Pas un seul."


Le tour du monde, partie cinq : La Route vers la Montagne Endormie

Je sortis des portes du Château Matsu pour ce que j’espérais être la dernière fois.

"Tu es prêt à partir, Garou ?" demanda Toku.

"Bien sûr," dis-je. "Allons nous-en d’ici."

"Qu’est-ce qui t’as pris aussi longtemps, Fuzake ?" demanda Yotsu Seou, en me lançant un regard désapprobateur du haut de son cheval.

"Je... euh..." J’achevai ma phrase en marmonnant.

"Qu’as-tu dit ?" demanda-t-elle.

"Je vous parie qu’il a achevé son gempukku," dit Turi.

"Achever ?" répéta Seou. "Je pensais que c’était déjà terminé."

"Et bien, ouais," dit Turi. "Sauf pour le marquage au fer rouge. Ils font ça en privé."

Sanzo dressa l’oreille. "Ils t’ont tatoués au fer, Garou ?" demanda-t-il.

J’acquiesçai et grimpa sur mon cheval.

"Hé, je peux voir ?" demanda Sanzo.

"Tu la boucles, Sanzo," dis-je, avec brusquerie.

"Tu as l’air assis plutôt bizarrement sur ta selle, Garou," poursuivit Sanzo.

"Sanzo, la ferme !" criai-je. "Je n’ai pas passé une très bonne journée."

"Noté," dit Sanzo, en levant les mains pour se défendre. Il écarta sa monture de quelques pas et commença à ricaner tout bas.

"Hé, Garou ! Attends !" cria quelqu’un depuis le Château Matsu. A ma grande surprise, je vis que c’était Ikoma Ryozo, qui galopait pour nous rejoindre.

"Ryozo," dis-je, en regardant autour de moi après une arme.

"Hé, du calme !" dit-il, souriant du mieux qu’il le put avec son visage délabré. "Je suis désolé d’avoir cogné ta tête contre les murs et tout ça, auparavant. Je voulais juste te féliciter pour ton gempukku. On dirait que tu es taillé pour être un Lion, après tout."

"Et bien, merci," dis-je. "Je vais le prendre comme un compliment."

"Et si jamais, tu as besoin d’aide," dit Ryozo, "Toi et tes amis pouvez compter sur Ryozo, le Lion Noir." Il s’assit bien droit sur sa selle, puis s’inclina profondément.

"Wow," dit Sanzo. "Genre, peut-être que moi et Toku on pourrait rejoindre le Clan du Lion aussi, hein ? Je serai le Lion Vert et Toku pourrait être le Lion Rouge et Garou, vu que tu portes beaucoup de bleu, alors je suppose que tu serais le Lion Bleu et puis Turi serait le Lion Jaune vu que c’est la couleur par défaut."

"Sanzo, mais de quoi est-ce que tu parles ?" demanda Toku.

"C’est juste que ça serait cool si nous cinq, on partait à l’aventure ensemble et qu’on combattait toutes sortes de monstres géants de l’Outremonde. On pourrait dresser nos épées enflammées contre le mal. Et Ryozo pourrait être la tête."

"Je crois que votre ami devrait arrêter immédiatement de visiter des fumeries d’opium," dit gravement Ryozo. Il se retourna et fit route vers le Kyuden Matsu.

"C’était juste une idée," Sanzo haussa les épaules.

"Assez d’idioties," dit sèchement Seou. "Nous avons beaucoup de chemin à faire. Venez, dépêchons-nous." Elle fit ruer son cheval et se mit à galoper, ses longs cheveux flottants derrière elle dans la brise.

"Depuis quand est-ce que c’est elle qui commande ?" demanda Turi, en soulevant un sourcil.

"Ouais, sans rire," dit Toku. "Je suis le Champion du Clan du Singe. Si quelqu’un doit commander, ça devrait être moi."

Turi dévisagea Toku pendant une minute presque complète. "Tu n’es pas sérieux, si ?"

"Et pourquoi ne le serais-je pas ?" gémit Toku. Son visage afficha une expression légèrement boudeuse. "Je suis le daimyo d’un clan mineur, maintenant ! Sans parler du fait que je suis Capitaine de la Garde Impériale ! J’ai des titres ! J’ai des relations !"

"Quelles relations ?" demanda Sanzo. "Quels amis as-tu ?"

"Euh... vous, les copains," dit Toku.

"Toku," dit lentement Turi. "Est-ce que quelqu’un a déjà juré fidélité au Clan du Singe ?"

"Euh..." Toku s’interrompit. "Non."

"Combien de personnes y a-t-il dans le Clan du Singe, en te comptant également, Toku ?" demanda Turi.

Toku garda le silence un instant, comme s’il comptait. "Une."

"Tu n’as pas un clan, Toku," dit Turi. "Toturi t’as juste donné ce titre pour que tu aies l’air idiot."

"Ben je prendrai ce que je trouverai !" rétorqua Toku. "Je ne vois aucun de vous diriger de clan mineur ! Vous ne savez faire qu’une chose, les gars : attendre ! Un de ces jours, j’aurai des gens qui me jureront fidélité et alors vous verrez ! Vous verrez tous !"

"Toku, j’ai un gros mal de tête, en plus d’autres choses," dis-je, en massant mon front. "Pourrais-tu me faire une faveur et te taire ?"

"Je ne peux pas me taire, Garou !" hurla Toku. "Turi dit du mal du Clan du Singe ! Je dois me dresser pour l’honneur de mon clan !"

"Toku," dis-je un peu plus sévèrement. "Si je jure fidélité à ton stupide Clan du Singe, vas-tu te taire et me donner un peu de calme ?"

Toku y réfléchit. "Oui," dit-il.

"Ok, très bien," dis-je. "Gloire au puissant Clan du Singe. Puisse la lignée de Toku Premier vivre à jamais." Je me retournai vers Toku et m’inclinai calmement.

"Chouette," fit Toku. "Tu veux que je te fasse un chapeau avec un mon avec un petit singe dessus, Garou ?"

"Toku," dis-je, un ton d’avertissement dans ma voix.

"On en reparlera plus tard," dit humblement Toku, en croisant les bras et en laissant son cheval perdre du rythme pour se placer à l’arrière du groupe.

"Où est-ce que nous allons, alors ?" demandai-je. "Où nous emmène-t-elle ?"

"Et bien, nous avons combattu les Naga dans la Montagne Endormie il y a quelques temps," dit Sanzo. "Je suppose que nous y retournons, maintenant."

"Qu’est-ce que vous faisiez à la Montagne Endormie ?" demandai-je.

"Et bien, la dernière fois que tu as disparu, tu avais été capturé par Hitomi," répondit Sanzo. "Je m’étais imaginé qu’elle t’avais repris. C’est alors qu’on a entendu que tu étais au Kyuden Matsu."

"Et comment avez-vous fini dans une troupe kabuki, encore ?" demandai-je.

"Hé, c’est privé," dit Sanzo, offensé. "Est-ce que je te demande de me raconter tous les détails croustillants de tes nuits avec la Fierté du Lion, moi ?"

"Non," dis-je. "En effet."

"Garou ?" dit Sanzo.

"Oui ?"

"Tu voudrais me raconter tous les détails croustillants de tes nuits avec la Fierté du Lion ?"

"Non, Sanzo."

"Zut."

Ca nous a pris plusieurs jours pour revenir sur les terres du Dragon. Pendant le trajet, j’ai beaucoup observé Seou, essayant de deviner ce qu’elle voulait. Elle sortait de n’importe où et maintenant elle s’attendait à ce qu’on obéisse tous à ses ordres. C’est pas que je ne voulais pas ; notre groupe semblait avoir un peu plus d’idées où aller que d’habitude et elle tolérait beaucoup moins les bêtises de Sanzo que Turi. Toutefois, elle semblait plutôt du genre mystérieuse alors j’ai tenté de lui parler en privé, espérant qu’elle pourrait révéler quelque chose. J’ai tenté de la rattraper alors qu’elle galopait devant, j’ai tenté de reculer alors qu’elle était à l’arrière, ou de la trouver tout simplement. Et à chaque fois, elle était trop occupée pour me parler ou je ne parvenais simplement pas à la trouver.

Après quatre jours sur la route, j’ai abandonné cette idée. Lorsque nous campions le soir, je laissai les autres pour prendre un bain dont j’avais bien besoin dans la rivière. J’étais donc enfoncé jusqu’à la taille dans la rivière, en train de rincer mes chaussettes dans mon nouveau chapeau (oui, il avait un mon avec un petit singe dessus), lorsque j’ai entendu un bruit sur la rive.

"Ohé ?" appelai-je nerveusement. Ma sacoche à parchemins était sur la rive, et je n’avais plus d’armes depuis que j’avais donné mon épée de sang et que j’avais abandonné mon tetsubo il y a bien longtemps.

"Salut," rit Seou, en se laissant tomber d’un arbre et en s’asseyant sur une souche au bord de l’eau. Elle croisa les jambes et me sourit.

"Euh... salut," dis-je. "Je ne savais pas que tu étais là."

"C’est parce que je suis venue silencieusement," dit-elle. "Comme c’est inhabituel pour un Crabe de ne pas rester sur ses gardes."

"Et bien, je ne suis plus un Crabe, maintenant, je suis un Singe," dis-je.

"Toi aussi tu m’as suivi," dit-elle, en soulevant un sourcil. "Tu as essayé de me forcer à révéler quelque chose. Et bien, tu peux me demander tout ce que tu veux, Garou, mais ce sera selon mes termes, désolée. C’est à dire, tu as droit à cinq questions. Vas-y."

"Okay," dis-je, en rougissant furieusement. "Puis-je avoir deux minutes pour remettre mon pantalon ?"

"Non," dit-elle, en limant ses ongles avec une lime qu’elle avait pris dans sa poche. "Ca fait une question."

Je soupira, ennuyé et humilié. "Pourquoi es-tu venu nous trouver ?" demandai-je.

"Et bien, Toturi t’a proclamé comme étant son gardien de l’horloge officiel, chargé de protéger Rokugan de l’heure d’aller au lit," dit-elle. "Son comportement est devenu plutôt étrange. Je pensais que quelqu’un qu’il craignait à ce point pourrait m’aider à le démasquer."

"Il semble que tu n’as pas spécialement besoin de mon aide pour démasquer les gens," dis-je, en observant la rive. J’étais heureux qu’il soit tard et que l’eau soit plutôt sombre.

Elle rit. "Ca fait deux questions."

"Pourquoi allons-nous à la Montagne Endormie ?" demandai-je.

"Il y a eut une grande bataille entre les Naga et le Dragon," dit-elle. "La dernière bataille de leur guerre. Tout est probablement fini maintenant, mais j’espère y aller et découvrir pourquoi ils combattaient."

"Et bien, ça je peux te le dire," dis-je. "C’est parce que mon ami Agetoki a tabassé le fils du Qamar et l’a laissé devant la boutique de Kokujin."

"Non, il y a plus que ça," dit-elle, souriant énigmatiquement.

"Genre quoi ?" demandai-je.

"Les Naga sont les ennemis ancestraux de la chose qui a remplacé Toturi," dit-elle. "Je pense qu’ils sont partis à la Montagne Endormie pour la combattre."

"Et bien, qu’on les laisse faire !" dis-je. "Je m’en fiche de ça ! Tout ce que je veux, moi, c’est retransformer le vrai Toturi en humain pour qu’il puisse arranger tout ce désordre lui-même ! Kakita Toshimoko a dit qu’il connaissait un moyen la dernière fois que je l’ai vu, mais l’immeuble entier nous a explosé dessus. Si seulement je pouvais le retrouver..."

"Je sais où se trouve le Grue Gris," dit-elle.

"Ouais ?" demandai-je. "Où ça ?"

"Il est avec l’armée de la Confrérie de Shinsei," dit-elle. "A la Montagne Endormie."

"Wow, ça c’est génial," dis-je. Seou m’observait toujours, de l’amusant dans ses yeux sombres. Elle était très mignonne, dans son genre ténébreux. Je vérifiai à deux fois pour m’assurer que mon chapeau était bien placé en position de préserver ma modestie. Et puis ça me frappa. "Attends une seconde, Seou," dis-je. "Comment sais-tu toutes ces choses ? Comment as-tu découvert tout ça au sujet des ninja ?"

"Désolée," dit-elle. "Tu as eu tes cinq questions." Elle se retourna dans les buissons et disparut.

Seou ne nous en dit pas plus jusqu’au matin suivant, elle avait juste l’air très contente d’elle-même. J’étais assis près de la rivère, silencieux, et furieux sur moi-même de l’avoir laissé me surprendre et encore plus furieux de m’être fait passer pour un idiot.

"A quoi tu penses, Garou ?" demanda Toku. Il mâchait un gateau de riz en venant s’asseoir près de moi.

"Les femmes," dis-je.

"Hé," dit Toku. "Que veux-tu faire ? On peut pas vivre avec elles. Mais on peut pas vivre sans elles non plus. Prends ma petite amie, par exemple..."

"Tu as une copine ?" demandai-je, stupéfait.

"Ouais, bien sûr !" dit Toku. "Je dois bien penser à la descendance du Clan du Singe, maintenant ! Il est important que je m’établisse."

"Tu ne parles pas d’Osugi, n’est-ce pas ?" grimaçai-je.

"Oh," Toku plissa le front. "Non, c’est fini, avec elle. J’en veux toujours à Toturi de lui avoir coupé la tête, mais je me suis dit qu’il était temps de cesser d’y penser." Il sourit rapidement. "Non, c’est une autre fille ! Une avec une tête ! Je l’ai rencontrée à la Montagne Endormie !"

"Quel est son nom, Toku ?" demandai-je.

"Mara !" dit-il. "Tu devrais la voir, Garou. Elle est si jolie. Enfin, je pense qu’elle l’est. Il faisait plus noir lorsqu’on s’est vus et elle portait un capuchon. Elle avait une voix vraiment jolie, en tout cas. Il faudra que je te la présente, Garou. Ce pourrait être la future femme de ton daimyo !"

"Ce serait super, Toku," dis-je. "En parlant du Clan du Singe, j’y ai beaucoup réfléchi. Ca pourrait vraiment marcher, Toku. Je pense que le Clan du Singe pourrait être vraiment gros."

Toku sursauta. "Tu le penses vraiment, Garou ? Tu ne te moques pas de moi ?"

"Non, je le pense," dis-je. "L’Empire est au coeur de la tourmente, pour l’instant. Rokugan pourrait avoir besoin de quelques personnes honnêtes en plus pour le diriger. Et les gens peuvent dire ce qu’ils veulent à ton sujet, Toku, mais personne ne pourra jamais dire que tu es malhonnête. Stupide, peut-être, mais pas malhonnête."

"Oh, j’ai pas de problème avec la stupidité," dit Toku. "C’est dans la famille. Mais tu penses vraiment que je pourrai faire un bon meneur ? T’es le meilleur, Garou !"

"Et bien, je dirais qu’on a beaucoup de boulot à faire," dis-je. "On a besoin de plus de samurai. Est-ce que tu connais d’autres samurai sans clan, des gens sur qui on pourrait compter pour rendre le Clan du Singe plus glorieux ?"

Sanzo passa dans les buissons non loin, en rentrant au campement.

"Non," dit Toku.

"Moi non plus," dis-je en soupirant. "Bon, garde les yeux ouverts, Toku."

Toku acquiesça. "Ben, il y a ce type bizarre au masque brun qui nous a aidé à repousser les ninjas à Morikage," dit-il. "Il semblait assez cool, mais nous ne l’avons plus vu depuis."

"Ouais," dis-je. "Je pense l’avoir aperçu à Otosan Uchi, mais je ne suis pas sûr. Il semblait si familier... Oh tant pis. Tant qu’on y est, aide-moi à me remettre à jour. J’ai été emprisonné, amnésique, dans le Château Matsu pendant un mois. Tout ce que je sais c’est que nous allons vers la Montagne Endormie et que Sanzo est un maniaque du kabuki. Que s’est-il passé d’autre ?"

"Et bien, après que la maison Kolat ait explosé, nous avons perdu trace de Dorai et Kage," dit Toku. "Je n’ai plus jamais revu Kage, mais je suis tombé sur Dorai dans une étable à Otosan Uchi."

"Ah bon ?" demandai-je. "Comment allait-il ?"

"Pas si mal," dit Toku. "Ginawa l’avait coupé en deux, mais sinon il n’avait pas trop changé. Plus calme, c’est vrai, mais le même."

"Dorai est mort ?" demandai-je. Quel choc c’était. C’était un Kolat et un conspirateur des ombres mais malgré tout, c’était un type plutôt sympa. Je me suis senti triste pour lui.

"Ouais," dit Toku. "Toutefois, c’est un méchant, alors il finira probablement par revenir."

"C’est vrai," dis-je. J’oubliais ce détail. Etre un vilain semblait parfois tellement plus facile que d’être un héros. "Alors, comme va Ginawa ?"

"Il a dit que Kage lui avait filé entre les pattes," dit Toku, "et que Hiroru avait été poignardé plusieurs fois et kidnappé par sa petite amie. Il était vraiment secoué."

"Je suppose qu’il était inquiet pour Hiroru ?" dis-je.

"Non, il était plutôt content d’être débarrassé de lui, en fait," dit Toku. "Tu connais Hiroru."

J’acquiesçai. "Ouais. Qu’est-ce qui l’a tant secoué alors ?"

"Il n’arrivait pas à croire que Toturi allait me donner mon propre clan. Il a dit que si j’étais le daimyo d’un clan mineur, alors que lui devait êre l’Empereur de l’Univers. J’ai trouvé que c’était plutôt cool, vu qu’il est gentil avec nous d’habitude, et que ça serait super d’avoir l’Empereur de l’Univers à nos côtés, hein ?"

"Ah," dis-je. "Il ne s’est rien passé d’autre, après ça ?"

"Ben, il y a eu le siège," dit Toku. "L’Empereur Toturi a envoyé ses armées pour soutenir Hitomi dans sa guerre contre les Naga. Mais j’étais au bon endroit au bon moment, et j’ai obtenu le droit de commander un peloton entier ! C’était sensass’. Ils m’ont donné une lance. Elle n’était pas aussi chouette que celle que j’ai reçu de Naka Kuro mais c’était cool quand même. On a botté le cul des Naga... euh... si les Naga ont des culs, en fait. Ils en ont ?"

"Toku," dis-je, étourdi. "Tu réalises que tu as rejoins l’armée de l’empereur ninja-doppleganger maléfique pour combattre les créatures qui pourraient être nos seuls alliés contre lui."

"Oh, wow," dit Toku, stupéfait. "Quelle coïncidence. La vie est vraiment trop étrange."

"Laisse tomber, Toku," dis-je en soupirant. "Quoi d’autre après ça ?"

"Quedalle," dit Toku. "Oh, si, Turi a trouvé Sanzo et Alhundro Cornejo qui travaillaient dans une troupe kabuki, et Seou est arrivée pour nous dire qu’elle savait où tu étais. Voila, c’est tout."

"C’est bizarre," dis-je. "Rien de tout ceci ne colle. Rien du tout. Seou veut nous aider à sauver Toturi. Seou veut nous aider à sauver Hitomi. Hitomi, bien que ça soit une chouette fille, est la dirigeante du culte le plus craignos de târés au crâne chauve de Rokugan. Toturi veut nous voir mort, mais il te donne ton propre clan et il me donne un titre Impérial et mon propre nom de famille. Et pendant ce temps, nous avons toujours le vrai Toturi maudit dans une cage à oiseau, et pas la moindre piste pour arranger ça."

"Bonne explication, Garou," dit Toku.

"Merci," répondis-je. "Ce qui m’inquiète le plus, en fait, c’est qu’il fasse si calme. Pourtant je pense que si les ninja voulaient nous voir mort à ce point, on tomberait sur eux à chaque coin de rue."

"Ouais," dit Toku.

On s’est levé et on a tourné au coin du buisson. Goju Adorai nous attendait avec cinq ninjas.

"J’aurais mieux fait de rien dire," dis-je.

"Oh, ouah, cet Adorai te ressemble beaucoup, Garou," dit Toku.

"Chuut !" sifflai-je.

"Je crois que c’est le chapeau," ajouta Toku. "Vous portez tous les deux le même type de chapeau."

"Chuuut !" ajoutai-je.

"Salutations, Yasuki Garou," dit Adorai avec un gloussement malicieux. Il croisa les bras devant sa poitrine. "Toi et tes amis m’avez vaincu une fois, mais maintenant vous n’êtes plus que deux. Nous allons maintenant nous emparer de vos vies, de vos noms, et de votre empereur."

"Je ne suis pas Yasuki Garou," dis-je. "Je suis Fuzake Garou. Vous vous trompez de type."

Adorai jeta un regard empli de doute à ses ninjas. "Hé, attends une seconde !" dit Adorai. "C’est le nom que l’Empereur Ninja t’a donné ! Tu essaies de nous tromper !" Il brandit un doigt accusateur sur moi. Je me contentai de hausser les épaules. "Bah, nous ne nous laisserons pas avoir. NINJAS, ATTAQUEZ !"

Adorai referma le poing dans notre direction et les cinq ninjas sautèrent dans les airs et se mirent à courir précipitamment sur le sol dans notre direction. Toku sortit son yari Phénix et se mit à frapper au hasard alors que nous reculions. Je marmonnai quelques sorts et projetai quelques globes de feu sur eux qui n’eurent pas d’autre effet que de les ralentir.

"Ils sont trop nombreux, Garou !" dit Toku. Nous avions presque reculé jusqu’à la rivière. Toku tomba à genoux alors qu’un bo venait de le frapper dans les tibias, et j’ai senti un shuriken me frapper l’épaule.

"Joli tir, Ninja Ramasseur de Quilles !" ricana l’un d’eux.

"Je te remercie, Ninja Réparateur d’Air Conditionné," répondit l’autre.

Et juste à cet instant, Seou sauta des buissons avec un cri frénétique, lançant une poignée de quelque chose sur les ninjas qui s’avançaient. Deux d’entre eux hurlèrent alors que leur corps se déchirait et se dissipait.

"Ninja Chef-Cuistot ! Ninja Conducteur de Bus ! Non !" hurla Adorai avec anxiété.

Je vis l’un des projectiles de Seou se loger dans le sol devant moi, un shuriken parfait en cristal. Sanzo et Turi chargèrent pour venir à notre secours. Sanzo brandissait sauvagement Ambition et Turi agitait ce qui semblait être un petit arbre.

"Seou !" criai-je. Elle était au milieu des ninjas restants, et ils commencèrent à l’entraîner dans les ombres à coups de griffe.

"Courez !" cria-t-elle.

"Tu ne peux pas la sauver, Garou !" me cria Sanzo. "Nous devons partir !"

"Pourquoi ne puis-je pas la sauver ?" demandai-je.

"C’est une histoire de samurai, Garou," dit Turi. "Les amoureux potentiels doivent toujours mourir."

Ben, c’était vraiment stupide. Je n’éprouvais rien pour elle. J’ai attrapé le yari de Toku et j’ai chargé au milieu des ninjas, empalant deux d’entre eux sur la lance. Le dernier sautant en arrière avec un glapissement. Seou était étendue sur le sol, tremblante. Je l’ai soulevée et jetée par-dessus mon épaule. Puis je me suis immédiatement effondré. Quand Turi faisait ce genre de chose, ça avait pourtant l’air simple.

"Ils sont trop puissants pour nous, maître !" cria le dernier ninja.

"Ridicule, Ninja Livreur de Jus d’Orange à la Cafétéria," répondit Adorai. "Aussi longtemps que l’Ombre existera, je pourrai invoquer plus de nos frères ! Ninja ! Venez à votre maître, moi, Adorai, vous ordonn- urk."

Adorai s’effondra sur le sol alors qu’un gros rocher rebondit sur sa tête et tomba dans la rivière avec un grand splash. Le grand samurai masqué que nous avions rencontré à Morikage s’avança sur la rive, soulevant un autre rocher dans son autre main. Il lança rapidement le rocher, mais le Ninja Livreur de Jus d’Orange à la Cafétéria fut plus rapide, disparaissant dans les ténèbres en emportant le corps inerte d’Adorai avec lui.

"Qui êtes-vous ?" demanda Sanzo au samurai sombre. "Pourquoi nous suivez-vous ?"

"Je ne suis personne d’important," dit l’homme, en se retournant et s’éloignant.

"Oh, non, tu ne vas pas partir," dit Turi. "J’en ai marre de ces conneries mélodramatiques." Il ramassa le rocher qui avait manqué le second nija et le lança, frappant personne d’important à la base du crâne. Le samurai vacilla sur ses pieds et s’effondra.

"Joli tir, Turi," dit Seou, en clignant des yeux alors qu’elle se redressait, essayant de dissiper les effets des ténèbres des ninjas. Je l’aidai à se remettre sur pieds et elle me fit un sourire reconnaissant.

"Ouais," acquiesça Turi.

Nous courûmes au côté du Samurai. Il était déjà en train de se redresser, regardant autour de lui l’air groggy. "Ok, je recommence, qui êtes-vous ?" demanda Sanzo.

"Mon nom est Tzurui," dit l’homme. "J’ai entendu parler de vos exploits et je vous ai suivi depuis quelques mois, en espérant en apprendre plus sur vous."

"Hmmm," dis-je. Je retirai son masque.

Nous sursautâmes tous.

"Agetoki !" cria Toku. "Tu es vivant !"

"Ouais, et rien ne serait jamais arrivé sans que ce fichu Garou ne fourre son nez partout," il me dévisagea. Il avait l’air fatigué, épuisé, et un peu pâle d’avoir porté un masque pendant des mois, mais c’était Agetoki à coup sûr.

"Agetoki, pourquoi n’es-tu pas mort ?" demanda Sanzo, sa mâchoire toujours ouverte. "Je pensais que Kamoko t’avait tué !"

"Déçu ? Elle m’a perforé le poumon," Agetoki haussa les épaules. "Mais j’en ai encore un autre."

"Voila qui est parlé comme un vrai Lion, cousin," Turi sourit fièrement.

"Pourquoi vous faites-vous passer pour un ronin ?" demanda Seou.

"Pour que je puisse éviter cette Vierge de Bataille psychotique !" s’exclama Agetoki. "Elle m’a embroché la dernière fois, Amaterasu seule sait ce qu’elle ferait si elle m’attrapait encore ! Kamoko est bornée comme une Otaku !" !"

"Alors que vas-tu faire maintenant, cousin ?" demanda Turi.

"Hé, j’sais pas," Agetoki regarda le sol avec tristesse. "Je n’ai pas de famille. Pas d’autres amis. Si je recommençais à voyager avec vous les gars, je sais qu’elle m’attrapera encore et là, tout sera fini."

"Peut-être que tu pourrais faire remplir un mandat officiel pour la tenir écartée, ou quoi ?" demanda Toku.

"Laisse tomber," dit Sanzo. "C’est tous des flics dans sa famille. Ca marcherait jamais."

Agetoki acquiesça. "Il n’y a pas d’autre solution. Je suis juste Tzurui, maintenant. Et Tzurui n’est rien. Je n’ai même plus mon trait cavalerie." Il tenta de contenir ses larmes.

Toku s’illumina soudain. "Hé !" dit-il. "Tu veux faire partie du Clan du Singe ?"

Sanzo grimaça. "Non, Toku. Agetoki t’a jamais aimé. Il ne veut pas faire partie de ton ridicule petit-"

"Hé !" l’interrompit Agetoki. "Je pense que c’est à moi de décider, Sanzo. Je ne peux pas me permettre d’être trop difficile maintenant, et en plus, Toku est le seul parmi vous à avoir pris la peine de laisser quelque chose sur ma tombe. Les mecs, c’est sûr qu’on voit qui sont vos amis, quand vous mourez. C’est d’accord, Toku. Je ferai partie de ton Clan du Singe."

"Ouais !" cria Toku, en imitant le geste d’une pompe invisible.

"Bon, je ferais mieux d’y aller, moi," dit Agetoki, se relevant et remettant son masque. "Je vais aller construire le château du Clan du Singe ou un truc dans le genre. Bonne chance les mecs."

"Ouais, Agetoki," dis-je. "Toi aussi."

"Tzurui !" répondit Agetoki. "C’est Tzurui, maintenant." J’acquiesçai. Agetoki s’éloigna en marchant sans autre mot, nous laissant tous, plongés dans un silence gêné pendant quelques instants.

Puis, le vacarme revint soudain, alors qu’une dizaine de Naga se levèrent sur la rive et pointèrent leur arc sur nous.

"Regardez, des huu-mains," gronda leur meneur. "Cssse jour ne sssera pas totalement perdu, mes frères. Cssses csssinq-là feront d’excsssellentes csssibles d’entraînement."


Le tour du monde, partie six : La Forteresse Naga

"Regardez, des huu-mains," gronda leur meneur. "Cssse jour ne sssera pas totalement perdu, mes frères. Cssses csssinq-là feront d’excsssellentes csssibles d’entraînement."

J’observai les archers naga autour de nous. "J’imagine qu’il n’y a pas moyen de discuter ?" dis-je.

"Nous ne sssouhaitons pas dissscuter de quoi que cssse sssoit avec vous autres, huuu-mains," dit le naga, en articulant les mots avec quelques difficultés.

"Ben mon pote," dit Sanzo, "C’est quoi le problème avec ta bouche ?"

Le meneur des naga se retourna, braquant son arc directement sur Sanzo. "Excussse-moi ?" siffla-t-il. "Tu as dit quelque chossse ?"

"Beuh !" Sanzo recouvrit son visage avec ses mains. "Arrête de parler comme ça ! Tu craches partout sur moi !"

Le naga siffla de colère. "Je devrais tuer cssset humain pour ssson impudencssssse."

Un des autres naga s’éclaircit la gorge. "Et bien, il semble quand même avoir raison sur ce point, Balash, mon vieil ami," dit-il. "Tu as quand même un défaut d’élocution."

Le meneur naga regarda son camarade suspicieusement. "Qu’est-cssse que tu ssssous-entends, Ssssshagara ?" dit-il. "Qu’il y a quelque chossssse qui ne va pas avec mon élocutssssssion ?"

"C’est juste que tu as l’air un peu ssssstupide," dit un des autres naga, en souriant.

"Hein ?" Balash releva les yeux. "Qui a dit çsssssa ? Qui a dit çsssssa ? Ssssortez du rang et exsssssspliquez-vous !"

Les naga restèrent totalement silencieux, bien que plusieurs d’entre eux évitèrent judicieusement tout contact visuel avec Balash.

"Je ssssssuis sssssssérieux !" s’irrita Balash. "Voussssss les jeunes de nos jours, vous n’avez plus la moindre oncsssssssssse de ressssssssssssssssssspect !"

"Balash, peut-être devriez-vous vous calmer," dis-je, en essayant d’apaiser le naga. "Mon frère aîné bégayait et lorsqu’il perdait son sang-froid, ça empirait à chaque fois."

"Je n’ai pas de sssssssssatané défaut de prononcssssssssssssiation !" cria Balash, en pointant son arc sur moi. "Maintenant, le prochain de vous qui aura la ssssssssssssssssstupide idée de sssssssssssssssssssssssse moquer de moi devra exssssssssssssssssssstraire lui-même les flèches que je lui aurai planté dansss lesssssssss yeuxssssssssssssssssss !" Balash s’était mis à siffler après chaque mot, à tel point que Shagara fut obligé de le taper dans le dos pour l’arrêter.

"Je ne rigole pas," dit Balash, en évitant prudemment tous les sons en ’s’. "Qu’aucun d’entre vous ne tente de rire de moi."

"A vos ordres, monssssssssssieur !" dit Sanzo et tous les naga éclatèrent de rire.

"D’accord, je vois csssssssssssssssssse que cssssssssssssssssssssss’est ! MOUREZ DONC, SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSTUPIDE HUMAIN !"

Sanzo déglutit, réalisant qu’il était allé trop loin. Matsu Turi et Toku se mirent en positions défensives, prêts à combattre. Yotsu Seou avait disparu quelque part. Je me torturais les méninges pour trouver une solution non-violente à tout ceci. Puis, je trouvai.

"Hé, Balash," dis-je.

"Qu’est-csssssssse que vous voulez, humain ?" dit férocement le naga. Il pointa son arc sur moi et glissa dans ma direction. "Vous voulez être le premier à mourir à la placsssssssssssse ? Prononcsssssssssssez une ssssssssssssssssseule phrassssssssssssssse pour vous moquer et vous y passsssssssssssssssssez."

"Non, mais pourrais-je vous proposer une suggestion ?" dis-je. Je levai les mains, essayant d’apparaître aussi inoffensif que possible.

"Une ssssssssssssuggesssssssssssssstion ?" demanda Balash. "Quelle est votre ss-" il s’interrompit, comme s’il ne voulait pas buter à nouveau sur ce mot. "Que recommandez-vous ?"

"Et bien, à mon avis, je ne pense pas que vous ayez un défaut de prononciation, en fait," dis-je. "Vous devez simplement arrêter de manger ces biscuits."

Tout le monde regarda l’énorme boite de biscuits salés que Balash tenait sous son bras gauche.

"Wow," dit Toku. "Je ne l’avais même pas remarquée. T’as de bons yeux, Garou !"

Balash lança un regard aux biscuits, puis releva les yeux sur moi, toujours en train de mâcher. "Tu crois vraiment que çssssssssssssa va ssssssssss’arrêter ?" demanda-t-il.

"Ouais," dis-je. "Avalez ces stupides trucs et trouvez-vous un verre d’eau ou un truc dans le genre. Et ça ira."

Balash eut soudain l’air plein d’espoir. Il se retourna vers les naga. "Sssssssshagara, Malekissssssh, Radakassssssss— euh, Radakassssssssssss- ahem," il se reprit pour tenter de prononcer le nom une nouvelle fois, "Radakassssssssssssssssssssss - oh zut - Quakar, vous l’avez entendu. Allez me chercher un peu d’eau, et plus vite que çsssssssssa !"

Les trois naga obéirent promptement, s’enfonçant en glissant dans les bois. Ils revinrent quelques instants plus tard avec un grand verre d’eau claire qu’ils avaient apparemment déniché quelque part. Balash but lentement et avala, puis releva la tête, un air curieux sur son visage.

"Un chasseur sachant chasser chasse son chien dans un sachet," marmonna-t-il. "Par les Sept Fortunes, je suis guéri !" cria-t-il. Il jeta la boite de biscuits salés sur le sol et glissa dans ma direction, attrapant mon bras et serrant ma main. "Huuuuu-main, je suis votre débiteur !" dit-il. "Vous m’avez sauvé d’une vie de zézaiement stupide !"

"Pas de problèmes," dis-je. "Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider avec ces ’u’."

"Que voulez-vous dire, huuuuu-main ?" demanda-t-il, curieux.

"Rien, laissez tomber," dis-je. "Je suis heureux d’avoir pu vous aider. Je suis Fuzake Garou."

Balash acquiesça. "Je suis le Balash, comme vous avez pu l’entendre," dit-il. "Voici mes frères, le Malekish, le Qakar, l’Ashamana, le Shagara, le Radakast, et le Sysh."

Je m’inclinai devant chacun des naga. "Et voici mes amis, Matsu Turi, Toku, et Sanzo."

"J’aimerais qu’on m’appelle ’Le’ Sanzo à partir de maintenant," lança Sanzo.

Je regardai vers Sanzo. "Il n’est pas question que je t’appelle comme ça."

"Hé, si les serpents peuvent le faire, je devrais être autorisé à le faire aussi !" gémit-il. "En plus, ça sonne vraiment trop cool."

"’Le Radakast’ sonne cool," corrigea Turi. "’Le Sanzo’, ça sonne comme un truc que j’aurais retrouvé collé sous ma chaussure."

"Hé, j’essaie juste d’élargir mes horizons, ici," dit Sanzo, blessé. "C’est quoi le problème si j’ajoute un article à mon nom ? Ce type, là, Daini, il l’a fait aussi, vous vous rappelez ?"

Balash grogna. "Vous êtes des amis du Daini, hein ?" demanda-t-il.

"Pas vraiment," dis-je. "On l’a juste rencontré une fois, pourquoi ?"

"Oh, mon gars," dit Balash, soulagé. "Ce type. Il se prend pour un naga. Il me rend malade."

"Un bien bel exemple de convoitise vis-à-vis de nous," dit Radakast, acquiesçant.

"Bon, oubliez le Daini, alors," dit Sanzo. "Et moi ? Vous trouvez que ’Le Sanzo’, ça sonne cool ou pas ?"

Malekish songea à cela pendant un moment, grattant son menton pendant sa réflexion. "Et bien, vous devez comprendre que nous autres naga n’avons pas des noms comme vous les humains. Nous nous reconnaissons à vue grâce à notre lien avec l’Akasha, alors les noms ne sont pas nécessaires. Les mots que nous utilisons pour nous adresser aux autres sont ce que vous pourriez appeler des titres, décrivant notre fonction particulière dans l’Akasha."

"A vos souhaits," dit poliment Toku.

Malekish lança à Toku un regard agacé. "Toutefois, en réfléchissant à la traduction directe du mot ’Sanzo’ dans notre propre langue, je pense qu’il serait plus qu’acceptable pour nous de nous adresser à vous en tant que ’Le Sanzo’."

"Ah, voila !" dit Sanzo, en se tournant vers nous et en croisant triomphalement les bras. "Même les naga pensent que je ressemble à un Sanzo."

Les naga éclatèrent tous de rire derrière Sanzo.

Sanzo tourna sur lui-même. "Pourquoi vous marrez-vous ?" demanda-t-il. "Qu’est-ce que ça veut dire, ’Sanzo’, dans votre langue ?"

"Euh... nous ferions mieux de partir," dit Balash, en regardant le soleil tout en sifflant. "Le... euh... soleil se couche, hein. Faudrait vraiment qu’on y aille, pour qu’on puisse rentrer au campement avant qu’il fasse noir. Hé hé." Il partit à toute allure vers la forêt. Les autres naga le suivirent, en gloussant comme des écolières.

"Hé ! J’en ai pas encore fini avec vous !" dit Sanzo, en courant derrière eux. "C’est quoi un Sanzo ?!?"

"Devons-nous les suivre ?" demanda Turi, en se tournant vers moi.

"Je crois que ce serait le mieux," dis-je. "Les naga ne semblent plus vouloir nous tuer et ce serait un bon endroit pour passer la nuit. De plus, ils pourraient même savoir où nous pourrions trouver Toshimoko."

"Hé !" dit Toku, radieux. "Vous croyez qu’un de ces Naga voudrait rejoindre le Clan du Singe ?"

Je me suis écarté rapidement vers les bois, laissant Turi répondre à la question de Toku.

Quelques temps plus tard, nous sommes arrivés au campement naga. Un grand nombre de naga s’y trouvaient, parlant ensemble ou dégustant des racines et des baies. Balash et les autres me firent signe lorsque je suis arrivé. Ils gloussaient toujours entre eux. Sanzo était assis à quelques mètres d’eux, en train de bouder. Je me suis figé sur place, surpris de voir Yotsu Seou au milieu du campement naga.

"Mais que fait-elle ici, par Jigoku ?" me demanda Turi.

"Pas la moindre idée," dis-je. "Je pense qu’il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas au sujet de cette fille."

"C’est ça le problème avec les femmes," dit Toku avec sagesse. "Elles nous cachent toujours quelque chose. Sauf pour ma Mara, en fait. Elle est cent pour cent honnête dans notre relation."

"Salut Toku !" dit une voix non loin. C’était une fille naga magnifiquement belle, vêtue d’une courte tunique verte.

"Wow," dit Toku avec un rire forcé. "Si je ne la connaissais pas aussi bien, je dirais que cette naga a la même voix que Mara."

"SALUT, Toku !" répéta-t-elle, en se plaçant devant le petit samurai et faisant un signe juste devant son visage.

"M-m-mara ?" bégaya Toku.

"Oui, enfin, la dernière fois que j’ai vérifié, je m’appelais bien ainsi," dit-elle.

"Tu es une naga ?!?" s’exclama-t-il. "Et tu ne me l’as jamais dit ?!?"

Elle semblait troublée. "Tu ne me l’as jamais demandé," dit-elle. "Je ne pensais pas que ça avait de l’importance."

"Pas important ???" demanda Toku. "Tu es à moitié reptile et tu penses que ce n’est pas important ?"

"Voyons, Toku," dit Turi. "Je pense que tu es un peu raciste, là."

"Xénophobe, en fait," corrigea Mara.

"Ou peut-être juste un peu herpéphobe ?" proposais-je.

Tout le monde regarda vers moi.

"Oh, voyons, les gens !" dis-je. "Ca veut dire ’peur des reptiles’ ! Vous ne connaissez pas le Latin ?"

"Garou, arrête ça," dit Turi. "Tu parles comme Sanzo, maintenant."

Je soupirai et parti rapidement, les laissant à leur discussion. Je me suis assis à côté du feu de camp des naga. Bientôt, je senti que quelqu’un s’asseyait à côté de moi.

"Salut, Seou," dis-je, sans relever la tête.

"Garou," dit-elle, surprise. "Comment savais-tu que c’était moi ?"

"Tu es la seule personne que je connaisse qui s’amuse à s’approche de moi discrètement," dis-je. "Enfin, excepté les ninjas mais j’imagine qu’un ninja se ficherait un peu que je l’appelle Seou."

"C’est vrai," dit Seou. "Alors, qu’as-tu découvert ?"

Je relevai les yeux. "Que veux-tu dire ?" Je n’avais rien découvert à part que Balash aimait les biscuits et que Toku était bien involontairement devenu charmeur de serpent.

"Garou, Garou, Garou," dit Seou, en hochant la tête avec un sourire. "Tu ne sais pas comment utiliser ton temps. J’ai découvert toutes sortes de choses depuis que je suis ici. J’ai même réussi à négocier une entrevue avec leur plus grand guerrier, le Dashmar."

"Et bien, c’est pas mal," dis-je. "Mais tu avais un peu d’avance sur nous, aussi. Nous avons dû négocier avec ces nagas alors que tu avais simplement disparu."

"Ce n’est pas ma faute si tu ne les avais pas vu venir," fit-elle en haussant les épaules. "Je m’étais dit que vous les garçons pouviez gérer ça. Vous avez réussi à gérer Morikage sans mon aide, non ?"

"Ouais, mais nous avions Agetoki, Shosuro, et l’heure d’aller au lit de notre côté," répondis-je.

"Peu importe," dit-elle dédaigneusement. "Un vrai héros a toujours des options, il n’a qu’à les découvrir. Tu as réussi à trouver des biscuits et j’ai trouvé un buisson pour me dissimuler. C’est le passé. Maintenant, souhaites-tu rencontrer le Dashmar ou pas ? Pour ce que j’en sais, il est le dernier naga à avoir vu Toshimoko."

"Très bien," dis-je. "Emmène-moi auprès de lui."

Seou sourit triomphalement et sauta sur ses pieds. Elle me prit par la main et me guida à travers le campement. Après l’humiliation qu’elle m’avait fait subir l’autre fois, je n’avais pas vraiment envie de la suivre, mais je ne voulais pas lâcher sa main non plus. C’est comme mon Oncle Taka l’avait toujours dit : "L’argent fera faire des choses stupides à un homme, mais une femme fera faire un millier de choses stupides à un homme." Et à ce moment-là, ma maman rétorquait toujours avec une de ses phrases favorites : "Oncle Taka est un idiot et il ne se mariera jamais." Oncle Taka n’avait pas vraiment d’argument pour répondre à ça, du moins, jamais avant que maman ait servi le dîner.

De l’autre côté du campement naga, une petite tente se trouvait au milieu des arbres. Un grand naga se tenait droit devant la porte. Ses bras épais étaient croisés et son visage arborait l’expression calme, sûre et ennuyée d’un garde d’honneur d’élite. Je lui fis un signe de la main pour voir s’il réagirait. Son expression faciale ne changea pas, mais je me suis soudain senti soulevé dans les airs par la queue de plusieurs mètres du garde.

"Qu’est-ce que vous voulez, huuuu-mains ?" siffla le garde.

"Nous voulons juste voir le Dashmar," dit Seou, en se tenant fièrement campée sur ses jambes. "Nous avons un rendez-vous."

"Je vais voir," dit le garde. "Vous attendez ici, huuuuu-mains." Il se retourna et entra dans la tente, toujours en me gardant prisonnier de sa queue.

"Je me demande s’ils savent qu’il n’y a qu’un seul ’u’ dans ’humains’," dis-je. "Peut-être que c’est pour ça qu’ils le prononcent ainsi ?"

"Je vous ai entendu !" dit le garde. Seou rigola à voix basse.

Quelques instants plus tard, le garde revint. "Vous pouvez entrer pour voir le Dashmar, maintenant," dit-il.

"Euh, pourriez-vous me lâcher ?" demandai-je.

Je savais que je n’aurais jamais dû demander ça de cette manière. Croyez-moi, je savais que je n’aurais jamais dû le formuler ainsi. C’est juste que parfois, je dis des choses stupides sans raison. C’est presque comme si j’étais l’élément comique de l’histoire de quelqu’un d’autre. Cette pensée me traversa pendant le bref instant qui accompagna ma chute, mais me quitta lorsque je heurtai la sol avec un bruit sourd.

"Ca va ?" dit Seou, en me tendant une main pour m’aider à me relever.

"Ouais, ouais, ça va," dis-je, en prenant sa main et en me redressant. "Fichu naga sarcastique." Je dépassai le naga et rentrai dans la tente. Je m’imaginais que le garde riait de moi, même si je ne pouvais pas le voir, mais je n’en étais pas sûr.

L’intérieur de la tente était étroit et petit. Quelques meubles de petite taille couvraient le sol. Un petit pot se trouvait dans un coin, et derrière lui était assis un petit naga très âgé portant une veste rouge. Il était assis sur une petite souche, en train de remuer une cuillère dans le pot, qui remplissait la tente d’une odeur de soupe. Son visage était flétri et creusé par les ans, mais il ne regardait avec un regard rapide et acéré.

"Assis, assis," dit-il en indiquant les coussins. Sa voix était aigüe et gaie, et il riait doucement dans sa barbe.

Je me suis assis et j’ai regardé autour de moi avec curiosité. Seou s’assit à côté de moi, l’air aussi perplexe que moi. Elle me lança un regard avec ses yeux sombres.

"Confus vous êtes," rit le vieux naga. "Vous aider je puis."

"Euh... Nous sommes ici pour rencontrer le Dashmar," dis-je. "Nous avons entendu dire qu’il était un grand guerrier."

"Personne par la guerre ne devient grand," gloussa le naga.

"Etes-vous le Dashmar ou pas ?" dis-je, irrité.

Le petit naga soupira et ses yeux devinrent distants. "Impatient il est. Beaucoup de colère en lui, comme son père."

"Mon père ?" dis-je, confus. "Mon père était marchand de poissons."

"Il est trop vieux !" dit le naga avec autorité. "Oui, trop vieux pour commencer l’entraînement !"

"Quel entraînement ?" demanda Seou.

"Il est fou," dis-je. "Complètement dingue. Le vieux naga a pêté une durite. On ferait mieux de le dire au garde dehors." Je me suis relevé et je me suis dirigé vers la porte de la tente.

"Attention au côté obscur !" s’exclama le naga.

"Oh, la ferme, imbécile," rétorquai-je. Je traversai le voile de la tente et je tapotai sur l’épaule du garde.

"Ne me touchez pas, huuu-main," gronda-t-il, me soulevant à nouveau dans les airs avec sa queue.

"Urk," dis-je, alors que l’air était chassé de mes poumons.

"Et bien, en fait, il ne peut pas faire autrement que de vous toucher, maintenant," dit Seou, en sortant de la tente. "Vous avez la queue enroulée autour de lui. Techniquement, c’est vous qui le touchez."

"Ah oui, c’est vrai," dit le naga et il me lâcha à nouveau.

Je sautai sur mes pieds et m’époussetai. "Vous avez un problème, là," dis-je. "On dirait que votre Dashmar est devenu dingue."

Le naga jeta un coup d’oeil dans la tente. "Ciel," dit-il. "Je savais qu’il passait trop de temps avec ces moines, tout spécialement Yodin. Est-ce qu’il raconte des trucs insensés à nouveau ?"

"Oui, m’sieur," dis-je. "Peut-être pourrais-je parler à quelqu’un d’autre ?"

"Attendez juste une seconde," dit le naga. Il mit deux doigts dans sa bouche et siffla. "YO !" cria-t-il. "ASHAMANA ! RAMENE-TOI ICI !"

Quelques instants plus tard, le jeune naga du groupe de Balash arriva en glissant et nous salua. "Quoi de neuf, Shahadet," dit-il. "Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?"

Shahadet roula des yeux d’un air morose et pointa son pouce par-dessus son épaule, vers la tente.

"Oh, non, il a recommencé ?" demanda Ashamana.

Shahadet acquiesça.

"Oh, bon, je vais voir ça," dit Ashamana avec une grimace. Il observa les alentours un instant, puis ramassa un grand bâton par terre. Il fit ensuite un signe de tête à Seou et moi, et entra dans la tente avec le bâton sur son épaule. Nous entendîmes plusieurs coups et des grognements étouffés, et un moment plus tard, Ashamana sortit de la tente, portant la petite veste rouge du Dashmar.

"Vous vouliez me parler de quelque chose, tous les deux ?" demanda-t-il. "Je suis le Dashmar mainetnant, alors vous pouvez me parler. C’est réglé."

Seou et moi avons regardé tous les deux vers Shahadet. "Quoi ?" demanda-t-il. "Vous avez un problème avec la manière dont nous autres naga faisons les choses ?"

"Non, non, pas vraiment," dis-je. "Je pensais juste à quel point ce serait une foutue bonne idée. Ca nous aurait épargné un sacré tas d’ennuis dans cette histoire de poulet noir. Ben, si on avait fait les choses de cette façon, Agetoki serait Empereur, maintenant."

"Ciel, est-ce que ça serait une bonne chose ?" demanda Seou.

Je haussai les épaules. "Avec nous, ce serait pire," dis-je. "De plus, en tant qu’Empereur, il aurait pu s’établir et se marier, et il aurait cessé d’être obsédé par Kamoko et vice-versa. De toute façon, ce n’est pas de ça que nous sommes venus vous parler, Monsieur Dashmar. Mon nom est Fuzake Garou et voici mon amie, Yotsu Seou."

"Ah, oui," dit Dashmar, d’un signe de tête. "La fille de l’Armée Impériale. Dites donc, vous nous avez bien botté le cul."

Je regardai Seou. "Je pensais que tu m’avais dit que tu avais combattu aux côtés des naga à la Montagne Endormie," dis-je.

"Non, Garou," répondit-elle. "J’ai dit que nous nous étions battu *avec* les naga à la Montagne Endormie. Tu as tout compris de travers. Est-ce que tu penses que Toku se serait battu contre l’Armée de Toturi ? Tous ses amis sont dans l’Armée de Toturi !"

Ma mâchoire s’ouvrit sous le choc. "Quoi, vous avez combattu aux côtés des forces de cette dingue d’Hitomi et de ses monstrueux ise zumi ? Et puis après tu viens avec nous dans le campement des gens que tu as tués ? Es-tu folle ?"

"Garou, tu t’emportes," dit-elle, en croisant les bras. "Ca ne dérange pas le Dashmar ou Shahadet, je ne vois pas pourquoi ça devrait te déranger."

"Ouais, Garou, du calme," dit Shahadet. "Moi, en tout cas, j’ai été impressionné par l’Armée de Toturi. Normalement, je ne suis pas impressionné quand quelqu’un fout une branlée à mon peuple, mais ces gars-là ont vraiment fait du bon boulot."

"Ouais !" ajouta Dashmar. "On a vraiment ramassé une belle raclée !"

"Et bien, vous êtes vraiment indulgent," dis-je.

"C’est comme ça que nous sommes," dit Dashmar avec un sourire éclairé. "Je veux dire, ce n’est pas comme si vous aviez tatoué le premier-né du Qamar ou quoi."

"Ouais, c’est clair," ajouta Shahadet. "Si jamais je mettais la main sur ces types..."

"Peut-être que c’était l’Oni no Bécasse !" dis-je, irrité.

"Hé, on est vraiment désolé pour ça," dit Dashmar. "On se sent un peu responsable de la mort d’Hida Yakamo et tout. C’était juste une petite chasse à la bécasse inoffensive."

"En tout cas, Yakamo avait l’air plutôt en forme comparé à ce que l’Armée de Toturi nous a mis, hein, Dashmar ?" demanda Shahadet.

"C’est clair, mon frère !" dit Dashmar. "Nous, on était un peu comme un sandwich et eux, c’était comme Ikoma Ujiaki !"

"Ouais, d’ailleurs, qu’est-ce que ce type était gros," acquiesça Shahadet.

"Hé !" dis-je, haussant la voix pour récupérer leur attention. "De quoi parlez-vous ? Est-ce que Yakamo est MORT ???" Peut-être que je n’étais plus un Crabe à présent, mais j’étais né Crabe. Les gens de ma famille sont des Crabes. Yakamo était peut-être un pauvre type, mais c’était notre pauvre type, et je me sentais mal en entendant qu’il avait été tué.

"Euh, ouais, vraiment désolé pour ça," dit Dashmar. "Toutefois, ne vous inquiétez pas, le Shashakar est sur le point de le faire revenir d’entre les morts. Le seul truc, c’est que son corps était vraiment dans un sale état lorsqu’on l’a récupéré. On l’a à peine reconnu. Apparemment, Moto Tsume lui avait vraiment fait sa fête."

"Mais pas au point de la raclée qu’on s’est ramassé !" dit Shahadet d’un air joyeux.

"C’est bien vrai !" rit Dashmar. "Hé, Shahadet, tu te rappelles quand Toku t’as tué ?"

"Ouf !" dit Shahadet, en se giflant lui-même. "Ne m’en parle pas."

"Hé ! Hé ! Hé !" dis-je, en agitant les mains pour attirer leur attention. "Vous avez dit que vous allez ramener Yakamo à la vie ? Vous pouvez faire ça ?"

"Hé, nous sommes des naga, nous pouvons tout faire," dit Dashmar, l’air offusqué.

"Sauf battre l’Armée de Toturi !" dit Shahadet.

"Oh, mon gars, qu’est-ce qu’ils nous ont éclatés !" gloussa Dashmar.

"Hé !" je les interrompis une dernière fois. "Indiquez-moi juste la direction de votre stupide Shashakar et vous pourrez continuer à causer entre vous à votre aise, vous pourrez continuer à raconter à quel point l’Armée de Toturi est balaise ! Ok ?"

"Ca me va," dit Dashmar. Il désigna une direction. "Il est dans une grande tente verte dans cette direction."

"Merci," dis-je. "Seou, tu m’accompagnes ?"

"Non, c’est bon," dit-elle avec un petit sourire. "Je pense que je vais rester ici quelques temps et écouter à quel point je suis balaise."

"Okay," dis-je. Je suis sorti hors de la tente, pressé de voir Yakamo revenir d’entre les morts. Peut-être qu’il serait content de me voir. Peut-être qu’il me referait devenir Crabe. Non, ce serait trop beau pour y croire. J’avais un nouveau clan, de toute manière. Ce serait tout simplement bon de revoir un vieil ami, même si ce vieil ami était un pauvre taré notoire qui s’amusait à cogner les gens sur la tête avec des objets lourds. Je passais la porte de la tente. Un grand naga à tête de cobra était assis sur ses anneaux à côté du corps ruiné et dévasté d’un homme. Une pile composée d’une lourde armure de samurai et d’un tetsubo à pointes de jade se trouvait dans un coin.

"Oh, bonjour," dit le naga avec une voix amicale. "Tu es l’Ashamana qui sera le nouveau Shashakar ?"

"Euh, non," dis-je. "Mon nom est Fuzake Garou et je suis un vieil ami de Yakamo. Je suis venu voir-"

"Bien, bien, c’est bien," dit le naga en souriant. "C’est toujours bien de rencontrer un jeune fringant prêt à reprendre les rênes de la prochaine génération. Lorsque je serai parti, tu auras besoin de ceci," dit-il, me tendant une petite bourse. Il souleva une très grosse perle noire dans son autre main. Je remarquai qu’elle était la seule source de lumière de toute la pièce. C’était l’une des plus belles choses que j’avais jamais vu.

"Qu’est-ce que c’est ?" demandai-je.

"La perle de l’Oeil Pâle," répondit-il. "Une de nos plus puissantes reliques. Lorsqu’elle disparaîtra, et moi avec, le plus grand héros que le Clan du Crabe ait jamais connu foulera à nouveau la terre."

"Cool !" dis-je. "Allez-y !"

Le naga acquiesça et tomba en transe. La magie commença à tourbillonner autour de lui, le recouvrant doucement d’une brume qui descendait le long du corps. Je remarquai qu’il semblait un peu petit pour Yakamo, mais il était tellement brûlé gravement que ce n’était pas surprenant. Le corps commença à trembler, et le Shashakar se mit à chanter d’un ton grave. Yakamo souleva une main ensanglantée et décharnée vers le ciel.

Une main gauche.

Je me suis souvenu à cet instant que Yakamo n’avait pas de main gauche, l’ayant perdue il y a longtemps lors d’un duel dans la Passe de Baiden. Je tapotai le Shashakar sur l’épaule.

"Euh, j’suis un peu occupé, là," dit le Shashakar. "Qu’est-ce qu’il y a ?"

"Ce n’est pas Yakamo," dis-je.

La mâchoire de Shashakar s’ouvrit brusquement. Il sursauta, haussa les épaules, et mourut. La Perle Noire disparut. Le corps s’assit soudain, recouvert d’une nouvelle couche de peau et de muscles. C’était un petit homme avec une fine moustache blanche.

"Bonjour ?" dit-il, en regardant autour de lui. "Je suis à la cour ?"

"Non," dis-je. "Vous n’êtes pas à la cour."

"Et bien, la situation actuelle est assez confuse," dit le petit homme. "Pour autant que je me souvienne, je me trouvais à la cour, en train d’écrire un poème sur la beauté de dame Shizue, lorsque soudain notre Empereur Hantei est entré et m’a dit qu’il avait un truc rigolo à me montrer, et j’ai dis ok et alors il a sorti un couteau à viande et puis voila !"

"Qui êtes-vous ?" demandai-je.

"Je suis Kakita Shijin," dit-il. "Barde et poète du Clan de la Grue." Il fit un petit sourire.

"Faux," dis-je.

"Faux ?" dit-il.

"Oui," dis-je, en lui tendant le tetsubo. "Maintenant, tu es Hida Yakamo."

Envolée lyrique vers l’Episode X


Tous les zolis petits dessins ont été créés par Rich Wulf.



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