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Rokugan 2000

Rokugan 90210

Episode VI

dimanche 12 juillet 2009, par Yasuki Garou

Contient : Hidden Emperor, Parties neuf, dix et onze

HANTEI XXIII
LYCEE PUBLIC
ALBUM DE FIN D’ANNEE

Naka Kuro

Recruteur en chef

Club de ceux qui apprécient les Phoenix

Asahina Tomo

Futur participant probable de l’horrible spécial noël

L’Ogre Bushi

Futur tanneur de Sanzo

Salto arrière vers l’Episode V

Hidden Emperor, Partie Neuf

Tsukune s’est retournée au milieu des escaliers, le visage sérieux. "Vous devriez vous préparez," dit-elle, "peu de gens sont capables de faire face à Norikazu."

Je me suis tourné vers mes amis Sanzo et Toku. Ils m’ont souri avec beaucoup d’incertitude dans les yeux. On était arrivés jusque là, ce serait idiot de faire demi-tour maintenant. On a continué à monter les escaliers jusque là où Norikazu nous attendait. Tsukune resta en arrière. On avait tous entendu parler de Norikazu, bien sûr, le prophète fou qui avait été l’un des rares Phoenix à survivre au Jour des Tonnerres. Sa réputation voulait que son grand pouvoir n’ait d’égal que la profondeur de sa folie. Mais s’il pouvait nous donner un indice quand à la localisation de l’empereur disparu, alors cela valait le risque.

"C’est quoi ce bruit ?" demanda Sanzo, "Vous entendez ça ?" Il inclina la tête vers le haut des escaliers.

"Du son... on dirait de la musique," bégaya Toku, "De la musique bizarre."

Nous pouvions sentir le rythme à travers le sol. Quelque part, au dessus de nous, une musique intense et tonitruante faisait vibrer de ses basses les couloirs du Palais Isawa. Une simple et large porte était en haut des escaliers, et sur cette porte, une pancarte. Il y avait écrit, simplement "La Rave de Norikazu" et la musique venait de l’intérieur.

On a poussé la porte et on est entrés.

Nous étions soudain entourés de danseurs, couverts de lumières colorées et masquées par un brouillard épais. La musique faisait vibrer le sol, si fort que nous ne pouvions rien entendre d’autre. C’était différent de toutes musiques que j’avais entendu auparavant.

"Des balles doum doum aux roues des bagnoles...."

"Bagnoles ? Qu’est ce que ça veut dire ?" cria Toku.

"Je sais pas," ai-je répondu, en regardant bouche bée les danseuses en habits moulants.

"Au rythme tchouc tchouc du train des Batignolles..."

"Hé j’aime bien !" dit Sanzo en hochant de la tête en rythme. Il s’approcha d’une jeune fille Phénix dans un kimono très court et très serré, tout en plumes et en spandex. "Hey, je suis Shiba Sanzo", dit-il, "Tu danses ?"

"Au murmure de la ville au matin des nuit folles.... OOOOOOOOooooooooohhhhh, rien ne t’affole !"

"Sanzo, on a beaucoup de travail à faire !" ai-je dit, mais il était déjà parti. Je pouvais pas trop le blâmer, l’endroit avait l’air sympa. Effrayant, mais sympa.

"Et j’aime encore mieux ça ! Oui je préfère ça !"

"J’ai peur, Garou !" couina Toku en serrant les bras et en se blotissant contre un mur, "Où est Norikazu ?"

"MmMMmmmmmBienvenue ce soir à la Big Bang Retro Night !" tonna une voix au dessus de nous, "Je suis votre D.J. Mixmaster, Mack Papa Norikazu ! MMmmmmmComment vous allez bien ce soir ?" Tout le monde se mit à hurler et à sauter de haut en bas. Un maigrichon avec des lunettes noircies et un appareil étrange autour des oreilles était assis derrière une énorme table sur un piédestal au fond de la pièce, entouré d’énormes boites noires d’où semblait venir la musique. Il faisait de grand signes et sautillait en rythme en pressant des leviers et des boutons sur la machinerie autout de lui.

"Ca doit être lui," ai-je dit en le montrant du doigt. On s’est faufilé dans la foule pour se diriger vers sa table.

"Hey, Norikazu !" cria Toku en agitant les bras et en essayant de se faire entendre par dessus la musique.

"Oh j’aime encore mieux ça... Car c’est vraiment toi..."

"Yo ! Norikazu !" ai-je dit en sautant de haut en bas en agitant mon chapeau.

"Et rien d’autre que toiiiiii, non rien d’autre que toi."

Norikazu acquiesca et me sourit, et faisant le signe de paix avec ses deux doigts dressés en l’air, toujours en dodelinant en rythme. Puis il m’ignora.

"Ca marche pas," couina Toku.

J’ai regardé alentours, en essayant de trouver un moyen d’attirer l’attention du prophète. J’ai remarqué un engin sur le coin d’une table. Cela ressemblait au cylindre noir rembourré dans lequel il avait parlé un peu plus tôt, l’engin qui avait amplifié la voix de Norikazu lorsqu’il avait parlé. J’ai sauté sur une chaise en attrapant le microphone.

"PAR LES SEPT TONNERRES !" ai-je crié, "C’EST ISAWA TSUKE !"

Le pièce devint silencieuse. La musique c’est arrêté avec un scratch aigu et dissonnant. Tout le monde a sorti des parchemins de sorts et s’est mis en cercle défensif. Enormément de gens se sont enfuis en criant. Sanzo était dans un coin et leva les yeux vers moi, confus, sa partenaire de danse disparue.

Norikazu m’arracha le micro des mains. "C’était pas drôle," dit-il en me regardant méchamment.

"Désolé," ai-je dit, "C’était le seul truc que j’ai trouvé pour attirer votre attention. Je suis Yasu— euh... Asako Garou."

Les yeux de Norikazu se firent plus fins. "Garou. Celui qui a transformé l’Empereur en poulet, c’est bien ça ? Je pensais que t’étais sensé être un Crabe. Lui doit être Toku, alors. Vous avez dix minutes de retard. Ou est Sanzo ?"

Toku et moi avons échangé un regard surpris.

Norikazu montre du doigt une porte dans un coin. "Entrez dans mon bureau, messieurs. J’arrive dans cinq sec’."

"C’est quoi tous ces trucs ?" demanda Toku en regardant émerveillé les grosses boites noires et l’équipement musical.

Norikazu fit un sourire en coin. "Je peux voir le futur," répondit-il, en baissant ses lunettes de soleil, "Bien sûr, les autres pourraient dire que je me sers de mon pouvoir de manière irresponsable, mais quel est l’intérêt d’être capable de regarder les réponses à la fin du livre si tu peux pas en recopier quelques unes pour ton compte, hein ? Maintenant, s’il vous plait, allez patienter dans mon bureau. Je dois lancer cette teuf. Rapidement. OK ? "

On acquiesça en se dirigeant vers la porte que le prophète nous avait indiqué. Sanzo nous rejoint sur le chemin, pendant que Norikazu récupérait le microphone et déléguait son devoir de DJ à un gosse qu’il appela "M.C. Hosigeru". Il se mit à jouer quelque chose appelé "Solaar."

"Le vent souffle—"

"En Arizona !"

"Un état d’Amérique dans lequel Harry zona !"

La pièce dans laquelle Norikazu nous avait envoyé était bizarre au possible, remplie de toutes sortes d’engins mystiques. Norikazu nous présenta certains d’eux comme la "télévision", le "Vé Cé Air", et mon favori, la "playstation". Après trois heures à s’occuper sur un petit jeu bizarre qu’il appelait "Bushido Blade", Norikazu a finalement étaient la télévision pour se mettre au travail.

"C’est incroyable, Norikazu !" ai-je dit, émerveillé, en posant ma manette après avoir battu Sanzo pour la quatre-vingt-neuvième fois, "Comment as-tu pu construire toute cette technologie futuriste simplement avec tes prophéties ? Je pensais que les visions qu’avaient les prophètes étaient pour la plupart des indices, vagues et sans aucun sens ?"

"Ouais, eh bin, en fait ça c’est ce qu’on fait croire aux gens, en fait," répondit Norikazu, ouvrant le réfrigérateur et me lançant un autre Dr Pepper. "Pour dire vrai, c’est la seule manière dont on peut s’en sortir. Sinon, on aurait l’air trop utiles. On passerait notre vie à contruire des playstations et des Porsches et on n’aurait jamais le temps de livrer des prophéties de malédictions et des trucs dans le genre."

"C’est quoi une Porsche ?" demanda Toku.

"T’occupe," dit Norikazu. "Bref, le boulot de diseur-de-malédictions est ce qu’on est vraiment sensés faire, en fait. C’est pour cela que les kami m’ont donné ce cadeau, au départ. Maintenant vous voulez de l’aide pour trouver Agetoki, je suppose, puisque vous ne pouvez pas trouver le Poulet Noir et sauver Rokugan à moins d’être tous les quatre réunis."

"Oui," ai-je répondu, "C’est exactement ce qu’Hoshi nous a dit."

"Hoshi," Norikazu fit la grimace, "Quel amateur. Je suppose qu’il a essayé de vous refourguer quelques uns de ses tatouages pendant qu’il y était ?"

J’ai essayé de regarder dans le vide.

"Bref, quoi qu’il en soit," continua le prophète, "Agetoki n’est pas très loin d’ici, en fait. Il est dans un village ravagé par la peste, à essayer de faire revivre une vieille flamme. C’est à environ deux jours de marche vers l’est, le long de la côte."

"Un village ravagé par la peste ?" ai-je demandé, "Qu’est-ce qu’il fiche là-bas ?"

Norikazu soupira. "Vous voyez ? C’est l’autre partie merdique quand on est un prophète. Tu fait une prédiction effrayante et tout d’un coup tout est de ta faute. Pourquoi vous demandez pas à votre pote Agetoki ce qu’il fout dans ce village ? C’est pas de ma faute s’il s’est rendu là-bas. Pfff."

"Hey, je te crois," dit Sanzo, "Tant que tu y es, t’aurais pas une idée sur la localisation de Toturi, par hasard ?" il siffla une autre des bières de Norikazu et la lança à la poubelle.

Norikazu secoua la tête. "Désolé, je peux pas vous aider. Le truc marrant sur les héros c’est que bien que vous soyez destinés à sauver l’Empire, vous êtes sensés trouver les choses importantes par vous-même. Je suppose que c’est pour que vous ayez l’air surpris quand ça vous tombe dessus. Me demandez pas pourquoi. Si je vous donnais tous les détails, ça ferait capoter toute l’histoire."

"On pourrait faire semblant d’être surpris," offrit Sanzo.

Norikazu souleva un sourcil en signe de réflexion. "Bonne remarque," accorda-t-il, "Ca rend les choses plus simples pour tout le monde. Le Poulet Noir est au Château Morikage."

"Au Château Morikage ?" ai-je demandé, surpris d’avoir enfin un indice, "C’est où, ça ?"

Norikazu m’a fixé comme deux ronds de flanc. "Dans les ténèbres, les ombres attendent," dit-il d’une voix à vous faire frémir, "les vents de la guerre se lèvent sous les mains ensanglantées des vivants !"

"Quoi ?" ai-je répondu.

Norikazu secoua la tête, comme pour chasser les effets d’un sort de trouble. "Désolé," il sourit faiblement, "Ca m’arrive de temps en temps. L’inconvénient d’être un prophète, je suppose."

"Ouais," dit Sanzo, "Et donc, Morikage..."

Les yeux de Norikazu se mirent à briller d’une lueur rouge. "Rien ne peut nous sauver," grogna-t-il, "Seul le rien, toujours rien, rien et seulement rien."

On s’est tû pendant une seconde.

"Bien, je pense qu’on a déjà consommé suffisamment de ton temps," ai-je dit nerveusement en reculant vers la porte avec Toku et Sanzo, "On connait le chemin..."

Norikazu secoua à nouveau la tête, "Non, les mecs, attendez ! N’ayez pas peur, je—" il recommença à péter les plombs. "Je... J’entends sa voix... sa voix... La voix du rien... L’Ombre... parle !!"

"Ouais. bin... Bye !" ai-je dit, avant que nous ne nous faufilions tous par la porte.

Dehors, dans la Rave, tout le monde faisait "kung fu fighting," selon la chanson qui boomait dans les baffles. Mais on avait tous hâte de mettre un peu de distance en Norikazu et nous, alors on ne s’est pas attardés. De retour dans la cour, il était preque minuit (on avait quand même passé pas mal de temps à jouer à Bushido Blade). Il n’y avait plus personne sinon quelques Phénix/Scorpions, qui s’entrainaient à se cacher derrière des trucs.

"Alors on va où maintenant, Garou ?" demanda Sanzo.

"Pourquoi c’est à moi que tu le demandes ?" ai-je demandé.

"Bin, c’est toi le chef, pas vrai ?" demanda Sanzo.

"Pourquoi moi ?" ai-je répondu, "Pourquoi diable serais-je le chef ?"

"Bin, Agetoki n’est pas là," répondit Sanzo, "Je veux pas être le chef, et il est hors de question que j’obéisse à des ordres de Toku."

"Hey !" dit Toku.

"Bin, je pense que l’on pourrais se diriger vers ce village pour chercher Agetoki," ai-je répondu, "Puis on pourrait commencer à chercher ce Château Morikage."

Toku a soudain fait son regard. Ce regard qu’avait Toku quand il était prêt à dire quelque chose d’honorable, de noble, et d’incroyablement stupide.

"C’est quoi le problème , Toku ?" lui lança Sanzo en reconnaissant très bien ce regard.

"Bin, on est des Phénix maintenant, non ?" répondit Toku, "On est pas plus ou moins obligés de rester ici à attendre des ordres de Tsukune et Naka Kuro ?"

Sanzo soupira. "C’est pour cette meuf, Osugi, c’est ça ?"

Toku prit un air embarrassé. "Elle a dit qu’elle sortirait avec moi demain soir."

Sanzo agita les bras en exhalant fortement. "TOKU ! C’est juste un RENCART ! On parle du putain d’Empereur là ! On a un destin ! Je sais pas toi, mais moi le destin ça me fout les boules. Tu vois je préfères qu’on trouve ce satané poulet et qu’on en finisse avec cette quête stupide si ça te dérange pas trop. Il y aura d’autres Osugis."

Toku plissa le front et ses yeux devinrent humides. "Mais..."

"Mais quoi, Toku ?" ai-je demandé avec précaution.

"C’est la première fois que je demande à une fille de sortir avec moi. La toute première fois."

J’ai regardé Sanzo.

"La toute première ?" ai-je demandé, "Et au lycée ? Et cette fille Licorne dont tu parlais toujours ? C’était comment déjà son nom ?"

"Sachimikichufuroko," répondit Sanzo, "Oui, celle que tu as rencontré au camp d’été. Tu n’arrêtais pas de parler de cette fille."

Toku sourit faiblement et se mit à trembler "Je... Euh..."

"Tu l’as inventé, c’est ça, Toku ?" demanda Sanzo.

"Bien... euh..." Toku bégaya, "Oui. Je voulais pas que vous pensiez que j’étais un nul."

"Toku," dit Sanzo d’un air aimable, en mettant un bras autour des épaules du petit samurai, "Tu n’as pas à nous mentir. On est tes amis. On pensera toujours la même chose de toi."

"Vraiment ?" dit Toku, émerveillé.

"Bien sûr," dit Sanzo, "Je pensais que tu étais un nul bien avant ça et cela ne change rien."

"Pauvre con !" cracha Toku et il repoussa Sanzo. Il s’enfuit s’asseoir sous un cerisier, près de l’endroit où Osugi avait donné ses cours un peu plus tôt.

Sanzo pouffait de rire. "C’était méchant" ai-je dit.

"Il s’en remettra," répondit Sanzo, "Quoi qu’il en soit, je vais lui filer un coup de main."

J’ai regardé Sanzo d’un air suspiscieux. "Qu’est-ce que tu veux dire ?"

"Prends de l’avance pour trouver Agetoki," dit-il, "Je vais rester ici avec Toku pour lui filer un coup de main avec son rencart. Ca lui fera du bien. On te rejoindra plus tard."

"Pas de problème," ai-je dit, "Mais je ne pense pas qu’on reviendra par ici. Si les Phénix essaient de faire prêter allégeance à Agetoki, les choses pourraient rapidement tourner au bain de sang."

Sanzo siffla. "Bonne remarque. On se retrouve où, alors ?"

J’y ai réfléchi un moment. "L’Académie de Duels Kakita," ai-je dit.

"Huh ?" répondit Sanzo, "Pourquoi ?"

"On doit trouver ce Château Morikage," ai-je dit, "Et pour ce faire, on a besoin de se renseigner auprès de quelqu’un en qui on peut avoir confiance, quelqu’un qui a des relations. Takuan est un peu occupé. Hoshi est trop hermétique. Shahai ne veut plus nous parler, et Hitomi, c’est tout bonnement trop riqué. Ca laisse—"

"Toshimoko," finit Sanzo, "t’es sûr qu’il sera là bas ?"

"C’est leur grand maître," ai-je répondu, "et c’est la fin du trimestre. C’est l’époque des finales. Il sera forcément là bas. Il ne peut pas être ailleurs, si ?"

Sanzo se mit à rire. "Il pourrait être devenu ronin et être parti à la recherche de l’Empereur, comme nous !"

"Ne sois pas bête, Sanzo. Souhaite bonne chance à Toku de ma part."

Et c’est ainsi qu’au coeur de la nuit je me suis échappé du Palais Isawa, en espérant que Naka Kuro ne me tombe pas dessus en me demandant où j’avais l’intention d’aller. Lorsque je m’étais suffisamment éloigné, j’ai remis mon vieux kimono bleu et j’ai décollé le mon Asako de mon chapeau. Les plumes, ça m’allait vraiment pas, et de plus je n’étais pas vraiment sûr de la validité de ce serment d’allégeance. J’ai fourré le kimono Phénix dans mon sac avec mes sorts et mes potions, juste au cas où il puisse servir plus tard.

Après deux jours de marche (je n’ai pas de cheval et j’en ai jamais vraiment voulu un) je suis finalement arrivé sur la côte. Je me demandais où pouvait être le village que Norikazu avait mentionné, puis j’ai vu l’énorme colonne de fumée s’élevant dans le ciel et je me suis dit que cela devait être l’oeuvre d’Agetoki. Je me suis dirigé dans cette direction et j’ai rapidement entendu un claquement de sabot et un doux henissement.

"Salut, Voiture," ai-je dit au cheval d’Agetoki. L’énorme pur-sang leva les yeux vers moi pour vérifier si j’avais de la nourriture pour lui. N’en voyant pas, il continua à m’ignorer.

J’ai regardé la plage derrière Voiture. Là, assis en regardant le soleil couchant, était un énorme samurai. Son armure dorée et sa coiffe rouge brillaient au soleil. Je me suis approché pour m’asseoir à côté de lui. "Hey Agetoki, quoi de neuf ?" ai-je dit.

"Garou," dit-il sans surprise. Son visage semblait plus marqué qu’auparavant, plus triste.

"Tu as rattrapé Kamoko ?" ai-je demandé.

Agetoki grogna et lança un caillou à la mer. "Elle m’a plus ou moins trouvé," dit-il. Il s’est tû une seconde. "J’ai encore merdé, Garou."

"Qu’est-ce qui s’est passé ?"

"Boarf, tu connais le scénario. Tu te débrouilles pour organiser une jolie surprise romantique pour une fille et tu te retrouves à la vexer par accident et tout et tout, et du coup maintenant tout ce qu’elle veut c’est me tuer."

J’ai cligné des yeux. "Qu’est-ce que tu as fait ?"

"Bin, je voulais un diner romantique aux chandelles..."

"Ouais..."

"Et j’ai pas pu trouver de chandelles, mais j’ai trouvé ce village rongé par la peste..."

"Ouais..."

"Alors je me suis dit que je pourrais le brûler et que ça serait pareil, tu vois ?"

Les Lions avaient vraiment un sens étrange du romantisme.

"Eum... Je crois qu’elle a pas trop apprécié, hein ?"

"Nan," Agetoki lança un autre caillou dans l’océan, "Bref, tout ce dont elle voulait parler, c’était au sujet de sa mère. Elle pense toujours que c’est moi qui l’ai tuée."

"Bin je croyais que c’était bien toi, non ?" ai-je répondu.

"Non, c’était pas moi !" cria Agetoki, "C’était les kol—euh... Si on changeait de sujet ? T’as vu Sanzo et Toku ?"

"Ouais, ils vont bien. On est tous prêts pour recommencer à chercher l’Empereur. Tu veux bien nous aider, ’Toki ? On peut pas le faire sans toi."

"Bien sûr, pourquoi pas ?" Agetoki haussa les épaules. "Kamoko me déteste et je peux rien y faire. Autant mourir."

"Autant quoi ?" ai-je répondu.

Agetoki me fixa, sérieux. "Mourir. Tu sais qu’on va tous mourir, hein ?"

"Ouais, bien sûr," ai-je répondu, "mais de préférence pas dans le futur proche..."

"Garou, Garou, Garou," pouffa Agetoki, "T’as toujours pas compris ! On est des héros samurai ! Tu sais ce que cela veut dire."

"Désolé, mais non" ai-je dit.

"Ca veut dire qu’on va mourir ! Les histoires de samurai, ça a pas de happy ends ! C’est contre le genre ! Ou ils faut au moins qu’on soit horriblement mutilés !" Agetoki souriait fièrement, comme si il était impatient de la chose.

"Et le Jour des Tonnerres ?" ai-je contré, "On s’en est bien tirés !"

"Ouais, mais on était pas très importants pour celui-là," dit Agetoki, "Mais tu peux demander à Hoturi, Yokuni et Tadaka leur opinion sur le Jour des Tonnerres ! Je suis sûr que ton pote Hida Kisada a sa propre petite opinion là dessus, aussi. Non, je suis désolé Garou mais c’est le bout du tunnel pour nous. On est au coeur de l’action ce coup-ci. On a même une prophétie et tout."

"Eh bin ça c’est nul," ai-je dit doucement.

"T’inquiète pas, Garou," dit Agetoki d’un air rassurant, "Tout le monde ne doit pas mourir. Il faut quelqu’un qui reste derrière pour être bouffé par les remords et la frustration. Si ça peut te rassurer, je suis sûr que Toku et Sanzo ont beaucoup plus de chances de mourir que toi, et je serai probablement le premier que nos légions d’ennemis chercheront à détruire !"

"En fait ça me rassure pas trop," ai-je dit, en regardant le soleil se coucher.

"Oh allez !" dit gaiement Agetoki en se levant d’un bond, "Au boulot ! On a des gens à tuer, Garou !"

Je suis monté sur le cheval d’Agetoki et on est repartis. Agetoki était un peu énervé quand je lui ai dit que nous nous dirigions vers l’Académie de Duels Kakita, mais je pense que cela aurait été pire si on s’était donnés rendez-vous au Château Isawa et que les Phénix avaient essayé de lui faire porter des plumes. (Agetoki avait des opinions plutôt carrées sur les Grues, la plupart causées par le fait que c’était Kakita Yoshi qui avait servi de cavalier à Kamoko au bal de fin d’année.)

On s’est vite dépéchés, laissant derrière nous les montagnes Dragon et Phénix, et nous avons traversé les plaines du Clan du Lion. On a vu un groupe de samurai Lions à l’horizon à un moment, mais j’ai demandé à Agetoki s’il était possible de les éviter.

"Pourquoi ?" dit il en me lançant un regard suspicieux.

"Juste au cas où," ai-je répondu.

"Juste au cas où quoi ?" demanda-t-il.

"Les Vierges de Bataille Matsu sont à ma recherche," ai-je dit, "Ketsui est amoureuse de moi et la dernière fois qu’on s’est vus elle a essayé de me faire des choses bizarres avec un fouet."

Agetoki leva les yeux au ciel en grommelant. "Je veux bien faire ce que tu dis, Garou," dit-il, "mais un jour il faudra que tu me dises la vérité."

On a avancé, et nous sommes vites arrivés en terres Grues. Etrangement, les terres semblaient désertes, et l’air avait une odeur de fumée. J’ai remarqué un peu de mouvement dans un arbre.

"EMBUSCADE !" ai-je crié.

Juste à ce moment, une flèche sortit des bois. Agetoki se tourna sur son cheval et attrapa la flèche au vol.

"Apparemment quelqu’un n’a pas lu le cadre de mon texte," dit bizarrement le Lion.

Agetoki chargea en direction de l’archer, katana tiré. Une masse coagulée de fermiers emergea soudain devant nous.

"Ack !" siffla Agetoki, "Des réfugiés ! Garou, tu vas devoir continuer sans moi !"

"Okay," ai-je dit, sans vraiment comprendre. J’ai sauté du cheval en courant dans la forêt, tetsubo au clair. Un simple homme en armure était devant moi. il jeta son arc et tira son katana.

"Je te connais," dit-il, sa voix froide et pleine de colère, "Tu es Yasuki Garou ! Le pote des ratlings !"

"Ouais, c’est moi," ai-je dit, bien que cela fasse des mois que je n’avais pas vu mes amis ratlings et que je me demandais d’ailleurs comment ils allaient.

Puis j’ai remarqué le gros crâne de Nezumi sur la ceinture du mec.

"Jolie ceinture," ai-je dit, en colère.

"Tu aimes ?" il sourit, "Je fais de mon mieux. Mon nom est Makashi. Je suis l’Exterminateur du Clan de la Mante. Tous les Nezumi doivent mourir au nom de l’Alliance et de l’Armée de Toturi."

"L’Armée de Toturi ?" ai-je répondu, amer. Non seulement c’était un tueur de ratling, mais en plus il faisait partie de l’armée de Toturi. C’en était trop.

"Ouais m’sieur !" dit-il en montrant ses dents. Il me montra sa carte de membre.

Je l’ai cogné en pleine face avec mon tetsubo. Il frappa le sol plus fort qu’un acrobate Kaiu.

"Comment ça c’est passé ?" demanda Agetoki alors que j’émergeais de la forêt, en tirant Makashi derrière moi.

"C’était juste ce type," ai-je dit, "Il était tout seul. On devrait probablement l’emmener avec nous. Je parie que les Grues seront plutôt surpris de voir un espion Mante sur leurs terres."

"Bonne idée," dit Agetoki, "On aura besoin de tout l’appui qu’on pourra trouver pour qu’ils nous traitent gentiment. J’ai une sale réputation là-bas tu sais..."

On a donc attaché Makashi sur le dos du cheval d’Agetoki et j’ai marché. On a continué vers le sud pendant plusieurs kilomètres, en parlant de nos aventures, de la pluie, du beau temps, et d’autres choses. Makashi s’est réveillé après un petit bout de temps, alors on a attaché ses bras et on l’a fait marcher devant nous. En fait, c’était plutôt une mauvaise idée, puisque quand on est arrivé en terre Kakita il y avait une armée de vingt mille samurai Mantes qui nous attendaient.

Quand ils ont vu Makashi, ils n’ont pas été très impressionnés.

A SUIVRE


Hidden Emperor, Partie Dix

Joyeux Noël à tous !

Qu’Onnotangu vous bénisse, chacun d’entre vous !

"Chiens de Lion !" hurla Kanbe à plein poumons.

"On est pas des Lions," lui ai-je répondu en criant. J’ai regardé vers Agetoki. "Enfin, lui oui," je l’ai désigné du doigt, "mais moi j’suis un Crabe."

Kanbe m’observa, indécis, puis jeta un coup d’oeil aux milliers de samurai Mantes rassemblés autour de lui. "Ok, alors," dit-il. "Rendez-vous, chiens de Crabe !"

"Non, non, non, lui c’est un Crabe," répéta Agetoki, en me désignant. "Je suis un Lion. Et lui c’est un Mante." Il désigna Makashi, qui était ligoté devant le cheval d’Agetoki. "Mais je suppose que vous le savez déjà."

"Salut, Kanbe !" dit Makashi d’un ton joyeux.

Le visage de Kanbe se déforma alors qu’il tentait de digérer toutes ces nouvelles informations. "Bon, ça n’a pas d’importance !" cria-t-il finalement. "De quelque clan que vous soyez, vous devez vous rendre immédiatement, ou subir l’ardeur de la Mante !"

"Je vous demande pardon ?" ai-je dit.

"tu m’as bien entendu, stupide Lion !" hurla Kanbe, "Rends-toi, ou subis l’ardeur de la Mante !" L’armée de samurai en armure verte se mit à bouger et tousser distraitement derrière lui.

"Vous êtes foutus, maintenant !" dit Makashi, avec un large sourire.

"Premièrement, je suis un Crabe," dis-je, "et deuxièmement, je pense que vous utilisez un mauvais mot."

Kanbe plissa le front. "Lequel ? Se rendre ? Ca veut dire que vous devez laisser tomber les armes."

"Non, il parler du mot ardeur," dit Agetoki, "Ca signifie ’passion romantique’, et je pense que ne l’utilisez pas dans ce sens-là."

"Oooooh, non, tu vas pas t’y mettre aussi !" dit Kanbe d’un ton sournois, en pointant un doigt avec Agetoki, "Ces Grues ont tenté de me faire la même chose, déformant mes mots et essayant de me pousser à lancer ces stupides duels, mais je suis prêt maintenant !" Il fouilla dans un grand sac à sa ceinture et en sortit un épais parchemin. "J’ai mon dictionnaire des synonymes juste ici ! Bougez pas, je vérifie..." L’Armée de la Mante grogna et ils s’assirent tous sur des rochers ou sur le sol pendant que Kanbe cherchait dans son dictionnaire.

"Hey !" s’écria Makashi, furieux.

"Attends," dit Kanbe, en levant un doigt tandis qu’il parcourait le parchemin.

"Kanbe, fais attention !" hurla Makashi.

"J’suis occupé !" rétorqua-t-il, "Ok, c’est ici. Non, tu te trompes, Crabe, ça veut également dire ’ferveur’ alors QUI avait raison ?"

Mais lorsqu’il releva les yeux, nous étions parti, galopant à travers la forêt à pleine vitesse sur le cheval d’Agetoki. Nous avions une quête importante et même Agetoki qui est habituellement ultra-violent ne voyait que peu de raisons de s’attarder là-bas et de combattre le Clan de la Mante au grand complet.

"Ben, c’est bizarre," dit Agetoki en regardant par-dessus son épaule, "Qu’est-ce que Yoritomo fait aussi haut dans le nord, tu penses ?"

"Qui sait ?" ai-je répondu, "Nous vivons une époque étrange. Je me demande comment ils sont arrivés aussi loin sur les terres Grues sans que personne ne les remarque ?"

"Les Grues," renifla Agetoki, comme si ça expliquait tout. Et d’une certaine manière, je pense que ça l’expliquait, en effet. Je me souviendrai toujours de la fois où à l’école, Agetoki avait menacé de tabasser Kakita Yoshi et que Yoshi s’était caché dans les toilettes toute la journée, debout sur le siège des toilettes pour que personne ne puisse le voir, puis le lendemain il était revenu à l’école avec une fausse note de ses parents disant qu’il avait dû partir plus tôt la veille pour aller à un rendez-vous chez le dentiste. Agetoki l’a menacé à nouveau de le tabasser mais cette fois, Yoshi eut le temps de s’éclipser jusqu’au Palais Impérial et récupérer une Légion Impériale de son ami Hantei. "Fichue Faveur Impériale," avait grogné Agetoki ce jour-là alors qu’il était raccompagné chez lui.

Mais revenons à notre histoire. Nous avons voyagé à travers la forêt pendant un jour ou deux, contournant largement l’armée Mante. Après un moment, il a commencé à neiger légèrement, recouvrant la forêt et le sol d’une fine couche blanche. L’hiver approchait rapidement, et bien que l’hiver à Rokugan soit magnifique, il rend les voyages pratiquement impossibles. J’espèrais que nous puissions arriver à l’Académie de Duels Kakita et parler à Toshimoko avant que la neige ne s’installe complètement. J’espérais également que l’Empereur avait trouvé un poulailler bien chaud et douillet au Château Morikage (ou où qu’il soit d’autre) pour s’installer pour l’hiver.

Au fait, pour ceux qui prendraient cette histoire en route, l’Empereur Toturi a été magiquement transformé en poulet noir, et maintenant, d’après un prophète plutôt hors du commun, seuls mes amis et moi pouvont le retrouver et lui rendre son aspect avant que Rokugan entier ne soit détruit. Le résumé vous convient ?

Peu importe, nous continuons à voyager, et après un moment, je commençais à envier l’épais kimono, l’armure et la coiffe ridicule que Agetoki pourtant tout le temps. (Ou étaient-ce ses cheveux ? Je n’ai jamais trouvé ça poli de lui demander et le sujet ne s’est jamais présenté.) Il avait peut-être l’air d’un lunatique mais au moins, il avait chaud. La neige commençait à tomber plus fort, mais avant que je ne gèle et me transforme en glaçon au goût crabe, nous arrivons à la fameuse Académie de Duels Kakita. Cela ne surpris aucun d’entre nous lorsque nous découvrîmes qu’elle était actuellement entourée par ce infâme Juggernaut bleu, l’armée Daidoji.

Les soldats se tenaient fièrement debout dans la neige, frissonnant, et pour la plupart observant vers le campement Mante au nord, bien que de nombreux d’entre eux pendaient joyeusement des décorations pour préparer le Festival du Chrysanthème imminent. J’ai également remarqué un nombre assez important de femmes en violet sur des chevaux avec des gros chapeaux de fourrure. Des Vierges de Bataille Otaku. Agetoki fit son possible pour les éviter, toujours un peu nerveux après son récent faux-pas amoureux avec Kamoko. Et c’était une bonne chose que nous ayons fait un si long détour, car nous découvrîmes rapidement Toku et Sanzo, planqués derrière un talus enneigé, observant prudemment le camp Grue.

"Salut les copains," dis-je, en sautant du cheval d’Agetoki et en avançant vers eux.

"Oh, salut, Garou," dit Sanzo, en regardant par-dessus son épaule.

"Joyeux Festival du Chrysanthème !" dit joyeusement Toku. Je vis qu’il avait une petite boucle verte nouée à son heaume rouge.

"Salut Toku," dis-je, "Comment ça s’est passé, le rencard avec Isawa Osugi ?"

"Je vais me marier !" dit-il avec un grand sourire.

"Oh, mon dieu, Sanzo, qu’as-tu fait ?" dis-je, me tournant vers Sanzo.

Sanzo haussa les épaules, un air de culpabilité sur son visage. "C’est une longue histoire. Toku a pris un peu trop mon conseil au sérieux, c’est tout. J’arrangerai tout ça si nous retournons sur les terres Phénix, t’inquiète pas."

"Alors, c’est quoi la situation ?" demanda Agetoki, en s’avançant et en observant le campement Grue devant nous.

"Les Grues sont super-parano," dit Sanzo, "Ils ont des gardes partout, attendant de tendre une embuscade à tout Mante qui s’approcherait."

"Vous avez un plan ?" demanda Agetoki.

"Ouais," dit Sanzo, "Nous allons partir." Il désigna une route particulière. "Mais nous irons par ce côté."

"Pourquoi par là ?" demandais-je.

Sanzo fit un large sourire. "Tu verras."

"Arrêtez !" cria une voix alors que nous avancions sur la route. Un grand Grue élancé brandissant un yari se mit en travers de notre route, pointant son arme vers nous. "Un Crabe, un Lion, et deux ronin," dit-il, en souriant légèrement. "Un groupe bien étrange sur ces terres."

"Tu veux que je les bute, frérot ?" cria une voix excitée. Un jeune Grue masqué surgit d’un buisson proche couvert de neige, pointant un arc sur nous.

Le Grue plus agé soupira et leva les yeux au ciel. Sanzo me fit un signe de tête connaisseur. "Karasu, tu es sensé rester dissimulé jusqu’à ce que nous découvrions qui ils sont," dit le premier Grue, "Disons que ça ruine totalement l’EMBUSCADE, si tu te dévoiles."

"Vous vouliez nous tendre une embuscade ?" gronda Agetoki.

"Euh, ben, peut-être," répondit le Grue, "Attends une seconde, j’ai pas fini de parler avec mon frère."

"Très bien," acquiesça Agetoki, en baissant son katana.

"Oh, ALLEZ, Tsumerai !" ricana Karasu, en baissant son arc vers le sol, "C’est pas comme si c’était compliqué ou quoi ! Ces gars-là sont pas inquiétants ! On est des Daidoji, enfin ! On peut se les faire !"

"Karasu, espèce de crétin, ils sont à deux contre un ! Et ça aiderait beaucoup si tu les POINTAIS avec ton arc !" ordonna Tsumerai.

"Oh, désolé," Karasu reprit la corde de son arc à la va-vite, laissa tomber sa flèche dans la neige, et tenta d’en récupérer une autre dans son dos.

"Je suis vraiment désolé," nous dit Tsumerai poliment. "D’ordinaire, nos embuscades sont beaucoup plus professionnelles."

"Ah," dit Toku, d’un signe de tête.

"C’est parti !" dit Karasu, en prenant une autre flèche avec jubilation et en la pointant vers la poitrine d’Agetoki, "J’suis prêt !"

"En fait, je suis immunisé aux attaques à distance, Karasu," dit Agetoki.

"Zut !" cracha Karasu. Il me regarda. "Et ce gars est immunisé aux attaques à distance, lui aussi ? Non, hein ? Dites-moi qu’il ne l’est pas."

"En fait, si," dis-je en mentant, en essayant de me cacher derrière Agetoki au cas où il déciderait de le vérifier.

"Nous aussi," ajouta vivement Sanzo avant que Toku ne dise la vérité et ne ruine tout.

"Mééeuh, c’est toujours pareil !" gémit Karasu, en jetant son arc dans la neige et en le piétinant avec son pied, "Koikonfait, brother ?"

"Karasu, arrête de parler comme un gaijin anachronique !" cracha Tsumerai, irrité. "Et ramasse ton arc, c’est cher ces trucs-là. Papa ne t’en achètera pas un nouveau." Il nous tourna le dos. "Merci d’être aussi patient. C’est un stagiaire."

"Moi je vais faire une pause," dit Karasu, en s’éloignant sur la route d’un pas lourd.

"Voila, c’est de ça que je parlais," murmura Sanzo, "Pendant les vacances, il faut toujours choisir la file d’attente où il y a le nouveau qui travaille."

Tsumerai regarda Karasu s’en aller, puis se tourna vers nous avec un sourire triste. "On ne choisit pas sa famille, hein ?" dit-il.

"Ne m’en parle pas," répondis-je, "Je pourrais te raconter des histoires pareilles au sujet de mon cousin Nokatsu."

"Je préfèrerais que tu n’en parles pas," dit Tsumerai, l’air effrayé, "Bon, ben, vu que l’embuscade est totalement foirée, que puis-je faire pour vous aider, les gars ?"

Je descendis du cheval d’un bond. "Mon nom est Yasuki Garou," dis-je en m’inclinant, "Shugenja du Clan du Crabe et copain des Ratlings. Voici mes amis, Matsu Agetoki, Sanzo, et Toku. Nous sommes ici pour retrouver nos amis et pour parler à Kakita Toshimoko. Nous sommes sur une quête très importante et je suis sûr que Toshimoko acceptera de nous recevoir."

"Je suis le Capitaine de la Garde Impériale !" ajouta joyeusement Toku.

"Mais oui, mais oui," dit Tsumerai d’un ton condescendant. "Donc... vous êtes là pour parler à Toshimoko..."

"C’est bien ça," répondit Sanzo.

"Hm," dit Tsumerai, "C’est une bonne chose que vous ayez un shugenja, alors."

Je regardai vers les autres, puis à nouveau Tsumerai. "Pourquoi ça ?" demandais-je.

"Toshimoko est mort," répondit-il, "Il a sauté d’une falaise il y a quelques mois."

Ma mâchoire s’ouvrit sous le choc. Nous avions quitté Otosan Uchi il y a seulement quelques mois. Toshimoko ne pouvait être mort. Ce n’était pas possible. Ca craignait vraiment. Je n’avais plus la moindre idée de ce que nous pouvions faire, à présent.

"Désolé," dit Tsumerai, "Si ça peut vous aider, Garou, vous êtes les bienvenus au temple, si tu veux essayer de parler avec son esprit. C’est pas comme un si Crabe pouvait être un risque pour la sécurité, hein Lion ?" Il rit en regardant Agetoki. "Je veux dire, avec l’armée du Lion qui est partie vers le Mur Kaiu et la Horde de l’Outremonde qui encercle le Château Hiruma et tout ça, vous n’avez pas trop le temps pour nous causer des problèmes."

"C’est quoi cette histoire de Château Hiruma ?" demandais-je, curieux. C’était la première fois qu’on le mentionnait pendant notre voyage.

"Vous savez pas ?" demanda Tsumerai, "Où étiez-vous donc, Yasuki, dans un monastère ?"

"Oui," dis-je, "Plusieurs monastères, en fait."

"Oh. Ben, les Crabes et les Naga ont repris le Château Hiruma, mais la Horde est revenue en force. Maintenant, Kuni Yori affame l’armée Crabe enfermée à l’intérieur et certains disent qu’il a déjà tué Yakamo."

"MONSIEUR KUNI ???" dis-je avec un hoquet. Je savais que Kuni Yori avait filé un mauvais coton depuis que je l’avais connu en cours, mais je l’imaginais difficilement être devenu le meneur de la Horde de l’Outremonde. Ma tête se mit à tourner.

"Ouais, lui-même !" dit Tsumerai, "Vous deviez être du lycée Hantei XXIII aussi, hein ? Algèbre moderne. C’était un balaise. Toutefois, ils disent que même la Horde n’aurait pas eu la moindre chance si les Naga n’avaient pas décampé et fuit à la dernière seconde."

"Ah, quels lâches, ces serpents ! Pourquoi ont-ils fait ça ?" demanda Agetoki.

"A cause de cette guerre sacrée," dit Tsumerai, en hochant la tête, "une histoire au sujet du premier né du Qamar qui aurait été ravi par les Hitomi. Un naga appelé Kazaq."

"Hé, c’est le gars—" Toku s’interrompit soudain avec un glapissement lorsque le cheval d’Agetoki écrasa son pied.

Mes genoux se mirent à trembler et je commençais à avoir des problèmes pour respirer. "Sanzo, je dois rentrer chez moi," bégayais-je, en m’appuyant sur mon tetsubo pour me soutenir.

"Quoi, Garou ?" dit Agetoki, en se retournant sur sa selle avec un air sérieux sur son visage. "De quoi tu parles ? On a une quête importante, là. Je sais que c’est le Festival du Chrysanthème et tout ça, mais—"

"Je ne parle pas de ces foutues vacances !" dis-je en l’interrompant, en colère. Agetoki cligna des yeux. Les gens ne lui parlaient pas souvent sur ce ton-là. "Tu ne comprends pas ?" demandai-je, en me relevant. "Tout est de ma faute. Les Lions, la Horde, tout. Mon clan est sur le point d’être détruit et c’est entièrement de ma faute." J’avançai vers un arbre couvert de neige et je le frappai violemment avec mon tetsubo, faisant tomber accidentellement une avalanche de neige sur la tête de Tsumerai. Le Grue disparut avec un petit cri aigu.

"C’était mon idée de déposer Kazaq devant la boutique de tatouage et de le laisser là," ai-je poursuivi, "C’est ça qui a déclenché la guerre."

"T’es con," dit Sanzo, "Si tu vas par là, c’est ta faute aussi si le Clan du Crabe a perdu la Bataille de la Passe de Beiden et si Monsieur Kuni a commencé à suivre la voie de la corruption."

"Merci, Sanzo," dis-je sèchement, "Mais tu sais quoi ? T’as raison. C’est ma faute. Et c’est ma faute si Toturi a disparu et a laissé tout Rokugan dans un état de faiblesse et mûr pour la conquête." Je m’assis sur la route, en observant le sol, d’un air grave. "Tout est de ma faute."

"Je crois que tu souffres de la dépression des vacances, Garou," dit Toku. "Tu dois te calmer."

"Tu pourrais toujours laver la honte en faisant seppuku, Garou," suggéra Agetoki.

"QUOI ??" s’exclama Sanzo, "J’arrive pas à croire que tu as dit ça, Agetoki !"

"Hé, j’ai rien contre Garou," dit Agetoki, "C’est juste une suggestion. Un petit suicide rituel, ça fait toujours des miracles, chez nous les Lions."

"Non, merci, Agetoki," dis-je, "Ca n’arrangerait rien. On peut plus rien faire, maintenant. On s’est trompés, en pensant qu’on pouvait tout changer." Je lançai un caillou sur un arbre proche, il rebondit et toucha Tsumerai à la tête. "Nos clans sont tous condamnés," dis-je, "On devrait s’y préparer."

"Voyons, voyons, Garou," dit une voix joyeuse, "Tu n’y es pas."

On s’est tous retournés pour voir un grand homme sortir des fourrés. Il avait un gros ventre rond, une robe rouge, et une barbe blanche. Son visage était souriant et ses joues roses.

"Père Noël ?" dit Toku, émerveillé.

"Non, crétin," dit-il, "Je suis Asahina Tomo. C’est dingue, vous prenez votre retraite et un peu de poids, et plus personne ne vous reconnaît."

"Mais pourquoi une robe rouge ?" demanda Sanzo.

"J’ai PRIS MA RETRAITE !" dit le vieil homme, agacé, "Je fais ce que je veux. J’ai jamais aimé le bleu. Bon, c’est quoi le problème, ici ? Je suis là pour vous aider."

"Comment ?" demandai-je.

"Encore des questions !" dit Tomo, exaspéré, "Oh, attendez. Celle-ci est raisonnable. Il y a un moyen d’aider vos amis du Château Hiruma, mais il n’y a plus beaucoup de temps. Attendez ici."

Le gros et vieux shugenja disparut dans la neige. On s’est tous regardés, l’air troublé, pendant quelques instants. Il est revenu, en tirant un énorme sac derrière lui, il l’a ouvert et dedans il y avait un tas de tetsubo et des gros morceaux de jade.

"Où avez-vous eu tout ce matos ??" demanda Sanzo, émerveillé.

"C’est un petit miracle du Festival du Chrysanthème," dit Tomo avec un sourire. "Chaque année, à la Cour Impériale, il y a un échange de cadeaux, et on dirait que chaque année, Hida Tsuru a tiré mon nom. Il pensait trouver ça marrant de me donner des grosses armes ou des morceaux de jade, et puis garder le reçu pour que je ne puisse pas les lui renvoyer. Ca fait vingt ans que ça dure. Le vieux fou. Bah, on dirait que finalement, toutes ces crasses vont enfin pouvoir servir à quelque chose, vos amis du Château Hiruma sont vraiment dans les emmerdes."

"Mais comment on va pouvoir leur amener ça à temps ?" demandai-je.

"Ah !" dit Tomo avec un sourire en coin, et il sortit un autre sac de derrière son dos, "En fait, cette année, Tsuru n’a pas participé ; il était plutôt occupé. Ide Daikoku a tiré mon nom à la place. Et lui, c’est quelqu’un d’un peu différent." Il sortit une étoffe colorée de son sac et l’étendit sur le sol. "Les gens des Terres Brûlées appellent ça un ’tapis volant’, et ce truc va vous emmener tous les quatre au Château à temps. Même vos chevaux peuvent monter dessus. Mais vous devriez vous dépêcher. Je crains que les Crabes n’aient plus beaucoup de temps."

Je m’inclinai profondément devant le vieux shugenja. "Merci, Tomo-sama !" dis-je avec soulagement, "C’est le meilleur cadeau du Festival du Chrysanthème que j’ai jamais eu !"

"Zut," marmonna Sanzo, "Les vacances commencent à prendre une drôle de tournure."

On est tous rapidement monté sur le tapis et on s’est envolé dans le ciel. J’espérais seulement que nous arrivions à temps au Château Hiruma...

VOICI UN OBSCUR EXTRAIT DES ECRITS DE KUNI YORI, DECOUVERT DES ANNEES PLUS TARD DANS LES BIBLIOTHEQUES DES DOMAINES YASUKI...
(note du traducteur : un poème en rimes de 56 lignes bourré de jeux de mots, je vous raconte pas l’horreur pour la traduction. J’ai gardé le contexte au mieux, tout en gardant les rimes, mais il a fallu changer quelques mots. Pfiou, la vache, c’était pas facile !)

C’était la nuit avant le Festival, la Horde était réunie,
Pas une créature ne s’agitait, pas même un seigneur oni.
Les têtes soigneusement coupées pendaient au château, là-bas.
Dans l’espoir que ce vieux Yakamo serait bientôt là.

Les ogres étaient blottis bien au chaud dans leur lit
Faisant des rêves de... euh... oubliez ça, j’ai rien dit.
Et Kappuksu dans son foulard, et ma geisha volage
Venait de recoudre sur ma tête un nouveau visage.

Et lorsqu’un tel vacarme retentit dans les environs,
J’ai bondi de mon cercueil pour voir de quoi il était question.
Je me suis rendu auprès de l’Oracle en courant.
Invoquant son pouvoir avec une entaille rouge sang (dans mon bras. Je sais, c’est une contraction, mais j’avais besoin d’une rime)

La lune sur la poitrine de l’Oracle scintillait,
Eclairant d’une lueur pâle les goules qui regardaient ;
Lorsque devant mes yeux ébahis soudain apparut
Un petit tapis volant avec deux chevaux dessus.

L’oracle me montra alors le conducteur au ralenti,
Et je sus à cet instant que c’était Tomo sur ce tapis.
Plus rapide que des faucons, il volait avec ses amis,
Et il sifflait et criait à leur intention, aussi.

Allons Garou ! Allons Sanzo ! Allons Matsu Agetoki !
Préparez-vous, Toku, c’est pas le moment de faire l’abruti !
Allons au sommet de ce château, et de ces murs si élevés !
Et lorsque je prendrai ce virage serré, attention de pas tomber !

Et tel un squelette qui explose en ossements sêchés,
Dispersés par une Frappe de Jade qu’un Tsugasu a lancé,
Le tapis poursuivit son vol jusqu’au Château Hiruma,
Avec un sac rempli de jade - et des samurai, mon gars !

Soudain près du mur j’ai entendu des bruits suspects,
Les cabrioles et jurons de quelqu’un qui chutait,
Et lorsque j’ai redressé la tête et me suis retourné,
A travers le toit de ma tente, Garou s’est écrasé.

Ses vêtements jadis en soie fine étaient tout déchirés,
Et son chapeau était couvert de poussière et saletés ;
Un sac à parchemins venait de tomber à son côté,
Et le Yasuki ouvrit rapidement ce dernier.

Son regard envahi par la peur me rendit guilleret.
Il grogna en regardant mes zombies tous frais,
Sa petite bouche se tordit en rictus hilarant,
Je suppose que c’est parce que mes amis puaient autant.

Il serrait dans sa main la poignée d’un tetsubo qu’il brandit,
Comme si ça pouvait l’aider contre ma bande de zombies.
Il avait un air sinistre, comme dans le lointain passé,
Un tatouage sur son bras disait "Les Crabes font ça de côté."

Il était tel qu’à l’école - une personne d’exception ;
Et j’ai ris lorsque je l’ai vu, malgré ma Corruption.
D’un clin d’oeil et d’un hochement de tête, sans feindre,
Je lui ai fait comprendre qu’il n’avait rien à craindre.

Il recula vers les tours Hiruma, tout en restant silencieux ;
Il évita les zombies et se mit à incanter des Ailes de Feu.
Et pressant un doigt de chaque côté de son nez,
Il lança le sort qui lui permet de s’envoler.

Il sauta sur les remparts, alertant son clan d’un cri fier,
Et le tapis de Tomo disparut tel un missile nucléaire (ignorez cet anachronisme)
Mais je l’ai entendu s’exclamer avant que de vue je le perdis,
"Joyeux Festival à tous, et bonne nuit les petits !"

RETIRE ULTERIEUREMENT DES ECRITS ORIGINAUX DE KUNI YORI PAR L’ONI NO AKUMA, POUR D’EVIDENTES RAISONS.

A suivre...


Hidden Emperor, Partie Onze

Le Château Hiruma n’était pas un endroit si terrible que ça, en réalité.

Je veux dire, d’accord, il était au coeur de l’Outremonde et entouré par des hordes de zombies, mais les samurai enfermés à l’intérieur l’avaient rendu intime et accueillant. Les bannières de guerre avaient été arrangées avec goût et les gros tas de jade brillaient doucement à la lumière de la lune. Je sentis l’arôme de la nourriture qu’on cuisinait et je me suis avancé vers le feu.

"Hé, Garou !" appela Sanzo, en me tendant un bol, "Tu devrais goûter ce riz ! Il est délicieux !"

Je me suis assis entre Sanzo et Agetoki et j’ai pris le bol. J’ai attrapé du riz avec mes baguettes et j’ai goûté. Le cuisinier Nezumi me regardait, dans l’expectative.

"Il est vraiment bon," dis-je en mâchant.

"Merci-merci, Maître Garou !" dit le ratling, en sautillant joyeusement. "Heureux je suis que vous appréciez le chef-d’oeuvre culinaire de Michnuk !"

"Il n’avait pas l’air aussi excité lorsque nous avons essayé," observa Agetoki.

"Oh," répondis-je, "Ben, tu vois, les Nezumi et moi, on a une sorte de passé commun. Particulièrement la Tribu de la Troisième Moustache. En fait pour eux, hum, je suis... euh, c’est difficile à expliquer."

"Garou est le Rat Qui Marche Comme Un Homme !" gazouilla joyeusement Michnuk.

Sanzo cligna des yeux. "Le quoi ?"

"Le Rat Qui Marche Comme Un Homme !" répéta Michnuk, "Un grand chef Nezumi né sous forme humaine pour lui apprendre l’humilité !"

"C’est vrai Garou ?" demanda Agetoki.

"Je crois que c’est possible," dis-je, "C’est une sorte de truc religieux pour eux, et j’essaie de rester autant éloigné que possible de tout ce qui touche à la religion."

"Mais je croyais que tu étais shugenja, Garou ?" dit Sanzo, "Est-ce que les shugenja ne sont pas tous des prêtres ?"

"Si, exactement," dis-je, "Donc, c’est pour ça que je le sais mieux que quiconque, pas vrai ?"

Sanzo et Agetoki avaient l’air confus, j’ai décidé de changer de sujet. "Hé, Michnuk, vous et les autres Nezumi avez réussi à faire discrètement entrer toute cette nourriture dans le château, hein ?"

"C’est vrai," acquiesça fièrement Michnuk, "Vrai-vrai, Maître Garou. Travaillons très dur pour garder nos amis Crabes en vie."

J’observai autour de moi les samurai Crabes rassemblés dans le Château Hiruma. "Pourtant, il y vraiment un grand nombre de samurai ici. Comment avez-vous réussi à transporter assez de nourriture pour eux tout en ne vous faisant pas remarquer par les oni ?"

"Facile," dit Michnuk, "Avons mangé le riz à l’avance puis régurgité une fois à l’intérieur du château. Ca l’a gardé chaud, aussi."

J’ai posé mon bol exactement à la même seconde qu’Agetoki et Sanzo.

"Qu’y a-t-il ?" demanda Michnuk, en dressant la tête, "Samurai plus faim ?"

Je me suis rapidement relevé et je me suis écarté du feu en marchant. J’ai remarqué Toku qui se tenait sur les remparts, observant les terres désolées de l’Outremonde, le vent nocturne faisant claquer la bannière Hida au-dessus de lui.

"Quoi d’neuf, Toku ?" demandai-je.

Toku aussi les épaules. "Tout et rien." Il soupira.

"Quelque chose ne va pas ?" demandai-je.

"Ben qu’est-ce que tu crois ?" rétorqua-t-il d’un ton sec, "On se balade dans Rokugan depuis un an maintenant, essayant de réparer ce gâchis avec Toturi. Et on n’est toujours pas plus avancé maintenant que lorsqu’on s’est tiré de l’appartement de Sanzo et qu’on a battu ce pauvre Kazaq. Et regarde ce qu’on a fait ! On a déclenché une guerre ! On a maudit les Naga, les Dragon, les Crabes et les Scorpions. On a ruiné le Sanctuaire Ténébreux de cette pauvre Iuchi Shahai. On est pourchassés par les Mantes et les Lions et Togashi Kokujin et qui sait qui d’autre. On a même tué Toshimoko. C’était un gentil vieil homme, en plus."

"Hé, il s’est tué tout seul," dis-je.

"Ca ne change rien !" rétorqua Toku, "Et les Phénix. Nous avons abandonné les Phénix."

"Hé, tout ça, c’était de l’arnaque," dis-je, "Je veux dire, Sanzo et moi, on s’est fait tout simplement avoir, mais toi tu as été échangé contre un chariot rempli de foin."

"Une allégéance, c’est une allégéance, Garou," dit Toku, en reniflant et en regardant à nouveau la lune, "Je me sens tellement stupide. Maintenant, on va mourir au milieu de nulle part, tués par notre vieux prof d’algèbre qui est maintenant un sorcier mort-vivant et c’est probablement de notre faute aussi."

"Ben, en fait, si tu veux être technique à ce sujet, tu peux dire que c’est de la faute de Yakamo. Les oni étaient son idée, à la base. Mais il s’est enfoncé dans l’Outremonde et il n’est pas encore revenu, alors il va être difficile de lui reprocher quoi que ce soit, maintenant. On dirait qu’il est mort en martyre, finalement."

"Le veinard," dit Toku.

"De plus," dis-je, "On n’a pas fait que de mauvaises choses pendant cette quête. On a apporté des armes précieuses et des réserves au Clan du Crabe. On a arrêté Toturi avant qu’il ne publie ses chartes et que ça ne provoque plein de dégats. J’ai... euh... je me suis fait des amis dans le Clan du Dragon. Et ils m’ont donné ces potions, bien que je n’ai aucune idée de ce que je pourrais en faire."

"Ouais," dit Toku, "C’est cool pour toi, Garou."

"Toku," dis-je, "Dis-moi, c’est Osugi, pas vrai ?"

Toku sembla nerveux. "Euh... non."

"Si," rétorquai-je, "C’est ça, hein ? Tu n’as pas vu ta petite amie depuis trois semaines et maintenant, tu déprimes, hein ?"

"Euh, sois pas con, Garou. C’est pas ça du tout."

"Oh, par Jigoku, viens pas me faire croire ça !" me suis-je exclamé, "Et est-ce que Sanzo ne m’a pas dit que tu allais te marier avec elle ?"

Toku haussa les épaules, un petit sourire sur les lèvres. "Ben, je ne lui ai pas encore demandé... mais je crois que j’suis amoureux, Garou. Je crois qu’elle est la bonne."

"C’est ta première petite amie, Toku," dis-je, "Tu es sorti une seule fois avec elle."

"Hé, t’en sais rien, Garou," dit Toku, secouant la tête, "Je suis sérieux. C’est la meilleure. C’est la fille la plus unique que j’ai jamais rencontrée."

"Unique ?" demandai-je, "Elle a l’air gentille et tout, mais elle n’a pas l’air si unique que ça."

"Oh, crois-moi, Garou, elle est vraiment unique. Tous les Phénix le disent..." Toku sembla confus pendant un instant, "Bien que ça ait l’air de les ennuyer, en fait..."

Je levai les yeux au ciel. "Ecoute, Toku, je ne veux pas avoir l’air de penser comme Sanzo, mais je pense que tu es un peu trop obsédé par cette meuf. Tu dois te calmer, prendre un peu de distance. Voir d’autres gens. Malheureusement, on est dans un château plein de samurai encerclé par des zombies, pour l’instant. La chose la plus proche d’une fille pour un rencard c’est Kyoso no Oni, et c’est probablement une mauvaise idée, donc on attendra d’être de retour à la civilisation pour reprendre cette discussion, ok ?"

"Comme tu veux, Garou," dit Toku, "mais lorsqu’on se mariera, j’aimerais que tu sois mon témoin."

Je me suis interrompu, choqué. "Moi ?" demandai-je, "Pourquoi ?"

"Tu es mon meilleur ami, Garou," dit Toku d’un air triste, "Tu ne te moques jamais de moi."

"Ah bon ?"

"Enfin, très peu," dit-il. "Tous les autres disent que je suis un abruti. Sanzo m’ignore tout le temps et Agetoki passe son temps à me taper dessus. Tu es le seul qui me parle comme à un être humain. Même maintenant, tu as essayé de me donner un conseil, plutôt que de hocher la tête en disant ’c’est bon Toku, on va le faire à ta place’. La seule autre personne à avoir jamais agi ainsi, c’est Toturi."

"Toturi", répétai-je, "Vraiment ? Toturi. J’arrive pas à le croire. Je sais que de réputation, c’est un grand héros et un samurai noble et très sage, mais toutes les fois où je l’ai rencontré, il était tellement bourré qu’il en était presque psychotique."

"Ben voila," répondit Toku, "C’est pour ça qu’il a toujours placé de grands espoirs en moi. Il était tout le temps bourré. Morito Tokei l’a résumé ainsi : ’Toturi voit beaucoup de potentiel en toi. Mais il voit également beaucoup de potentiel en cette cloture, l’âne, et cette pierre à laquelle il est en train de parler. Alors, laisse ce vieil ivrogne en paix et reste bien en dehors de notre chemin, Toku’. Ca m’a inspiré. Je n’oublierai jamais ce que Tokei m’a dit. C’était juste avant que cet oni ne lui tombe dessus."

"Epatant," dis-je.

"De quoi vous parlez, les gars ?" demanda Agetoki, en montant sur les remparts et en observant les armées des ténèbres.

"De Toturi," dis-je.

"Ah," répondit le Lion, "Notre poulet noir en fuite. Je sais qu’on va bientôt le retrouver."

"Vraiment," dis-je.

"Oui," répondit Agetoki. "J’ai un plan."

J’ai regardé vers Toku, puis vers Agetoki. "C’est super, Agetoki ! Enfin une direction à prendre. C’est quoi ton plan ?"

"Je vais commencer à tuer des gens," dit Agetoki, plutôt sérieusement. "Je les coupe en deux, de gauche à droite, jusqu’à ce que quelqu’un me dise où est ce Château Morikage. Et s’ils ne le savent pas, alors au moins la population sera tellement furieuse qu’ils lèveront une armée contre moi et je mourrai dans une bataille honorable, et pas en train de traquer un poulet dans l’Outremonde."

"Ce n’est pas marrant, Agetoki," dis-je.

"J’avais l’air de plaisanter ?"

"Bien sûr que non," dit Sanzo, en s’avançant auprès de nous, "Si tu avais essayé de faire de l’humour, tu aurais frappé quelqu’un."

"Et ça veut dire quoi, ça, exactement ?" dit Agetoki sèchement.

"Juste que ton sens de l’humour se résume toujours à taper sur la tête de quelqu’un avec quelque chose," répondit Sanzo.

"Et tu serais en train de me dire que ça ne serait pas amusant ?" gronda Agetoki.

"Hé, les mecs !" dis-je, en sautant entre eux, "Je sais que vous êtes tous un peu tendus ! Une semaine dans le Château Hiruma à manger du riz prédigéré par des ratlings provoquerait la même chose chez tout le monde ! Mais nous n’arriverons à rien en nous disputant !"

"Désolé, Garou," dit Agetoki, d’un ton aigre, "C’est lui qui a commencé."

"Moi ?" s’étouffa Sanzo, en tapant sur sa poitrine, "Hé, si tu tiens à ce point à te faire tuer, je ne t’en empêche pas, Lion ! En fait, je vais même t’aider ! Attends ici, je vais aller chercher quelques Vierges de Batailles pour venir botter ton gros cul ! Oh, Kamoko !"

"Tu l’auras voulu !" gronda Agetoki. Il ramassa un rocher et le lança sur Sanzo, qui se pencha pour l’éviter plus rapidement que je ne l’avais jamais vu bouger auparavant. Le rocher s’écrasa dans les ombres avec un bruit sourd et un homme en tenue noire moulante et portant un masque s’effondra sur le sol, inconscient. Il tenait une sorte de parchemin plié dans sa main.

"Mais que ?" dit Agetoki, "Je ne le visais pas."

"Mais c’est qui ?" demanda Toku, "Il est mort ?"

"Non, il n’est pas mort," dis-je, m’agenouillant et prenant son pouls, "On dirait un ninja."

"Un ninja ?" fit Agetoki, "Mais ça n’existe pas !"

"Mec," dit Sanzo, "On était dans la même classe que le Ninja Shapeshifter, à l’école, tu te rappelles ? Ca existe, les ninja, Agetoki. Admets-le."

Agetoki resta silencieux, contemplant le ninja inconscient.

"La vérité est ailleurs, Agetoki," dit Toku.

Agetoki flanqua une patate à Toku.

"Hé, les mecs," dis-je, en regardant incrédule le parchemin que j’avais déplié, "Vous devriez y jeter un coup d’oeil."

"C’est quoi ?" demanda Sanzo, en regardant par-dessus mon épaule, "Oh, par les Sept Fortunes."

Agetoki refusa de regarder le parchemin, ignorant toujours l’existence du ninja. Mais peu importe. J’arrivais moi-même difficilement à croire ce que je voyais.

C’était une carte pour atteindre le Château Morikage.

"Qu’est-ce qu’il est écrit, dans le bas, là ?" demanda Sanzo.

J’ai lu à voix haute. "Cher Espion Ninja : Vous avez fait du très bon travail jusqu’à présent en suivant et en rapportant les mouvements des Héros de la Prophétie du Poulet Noir. Assurez-vous pour qu’ils continuent leur chemin loin du Château, et qu’ainsi, jamais ils ne puissent intervenir à temps pour empêcher le Grand Festin de ce Dimanche. MOUHAHAHAHAHAHA ! Signé, le Maître Ninja."

"Le maître ninja a vraiment écrit ce rire machiavélique ?" demanda Sanzo. "Comme c’est pathétique."

"C’est quoi le Grand Festin ?" demandai-je.

"Ca n’a plus d’importance, à présent," dit sombrement Agetoki, en jetant un oeil à la carte, "Nous ne pouvons plus sauver Toturi, maintenant. Morikage est à l’autre bout de Rokugan."

"Si seulement nous avions le tapis volant de Tomo," dit Toku, en massant son visage tuméfié.

"Je pense qu’il ne peut s’en servir qu’une fois par an," dit Sanzo, "De plus, il est reparti vers les terres Grues pour donner des cadeaux à tous les gentils petits garçons et petites Doji."

Toku s’est assis sur les remparts, les épaules affaissées. Agetoki s’est assis à côté de lui. Sanzo se mit à marche de long en large.

"Ca m’énerve !" aboya Sanzo, "Ma seule vraie première chance de faire quelque chose de mémorable et on la gâche. Pourquoi est-ce que je suis venu au Château Hiruma ? C’est vraiment trop bête ! On a passé tellement de temps à essayer de sortir des Terres Phénix, et où est-ce que Morikage se trouve ? Sur les Terres Phénix. Ca m’énerve !" répéta-t-il.

J’ai replié la carte et je l’ai tendue à Toku. "Tiens," dis-je, "Vous en aurez besoin."

"Pourquoi ?" demanda Toku.

"Au cas où je ne reviendrais pas," dis-je.

"Oh, non !" dit Agetoki, en sautant sur ses pieds, "Pas question, Garou ! La dernière fois que tu es parti tout seul, tu as fini par te faire séduire par Hitomi et tu as manqué de te faire fouetter par des Vierges de Bataille Matsu ! Je préfèrerais devoir traverser Jigoku que de rater un truc comme ça à nouveau ! Où est-ce que tu vas ?"

"Ouais," dit Sanzo, en se plançant de l’autre côté de moi, "On est sensés former une équipe, là, Garou. C’est quoi ton plan ?"

"Je vais sortir du château pour parler à Kuni Yori," dis-je.

"Oh," Sanzo se rassit, "Très bien, amuse-toi bien, Garou."

"Relève-toi, crétin," gronda Agetoki, en attrapant le col de Sanzo et en le relevant, "Et va chercher les chevaux. On va tous partir avec Garou."

Alors on est descendus dans la cour où j’ai retrouvé Michnuk, toujours en train de touiller dans le pot de riz.

"Michnuk," dis-je, "Je veux savoir où sont les tunnels secrets."

"Les quoi ?" dit Michnuk.

"Les tunnels secrets," dis-je, "Ceux que vous avez utilisés pour rentrer dans le château. Ceux que Yakamo a utilisé pour sortir chercher de l’aide."

"Oh, ces tunnels secrets," gloussa-t-il, "Pourquoi vouloir ? Outremonde plein de monstres. Vous n’irez pas loin."

"C’est parfait," dis-je, "On les cherche, les monstres."

"Pourquoi pas sauter des murailles ?" dit-il, "Mourir plus vite comme ça."

"Contente-toi de nous montrer les tunnels," gronda Agetoki.

Michnuk haussa les épaules et nous montra les galeries secrètes sous le Château Hiruma. En chemin, il nous expliqua comment ils avaient été créés. Depuis que le château avait été envahi par les forces du Mangeur plusieurs générations auparavant, beaucoup de forces différentes l’avaient contrôlé. Parfois des gobelins. Parfois des oni. Parfois des Crabes, mais jamais longtemps. Et parfois des ratlings. Et les ratlings n’avaient jamais de nid avec une seule issue. Ces tunnels étaient les autres sorties, construits pour être dissimulé à l’extérieur et à l’extérieur, pour que seuls les Nezumi puissent les utiliser.

"Après tout," dit Michnuk, "Personne jamais gardé longtemps Château Hiruma. Tôt ou tard, ceux dedans sont tués par quelque chose plus gros ou s’ennuient et partent chercher autre proie. Nous Nezumi pas nous tracasser. Nous toujours le récupérer."

"Alors pourquoi vous en soucier cette fois ?" demandai-je, "Pourquoi aider le Crabe, maintenant ?"

"Histoire de respect," répondit Michnuk, "Nous autres nezumi aidons le Crabe depuis des centaines d’années. Et qu’avons-nous en échange ? ’Oh, merci ratling. Tiens, voici quelques graines, ratling.’ Petite tape sur la tête. Les Naga arrivent et vous aident pendant combien de temps ? Quatre mois, plus ou moins ? Maintenant eux grands amis de Rokugan. Reçoivent traîté. Reçoivent respect. Même reçu permission d’aller à la capitale. Grand héros-serpents de Rokugan. Maintenant, après que Naga laissent mourir les Crabes dans Château Hiruma, Nezumi ont compris que grosses têtes-de-serpent sont partis et ont laissé le ballon. Donc, on prend la balle au rebond."

"Je ne comprends pas ces histoires de ballon," dit Toku.

"Basketball," dit le Nezumi, en écartant un rocher à la fin du tunnel, "Pauvre humains. Si peu de culture. Michnuk vous apprendra, un jour. Peu importe, voici la sortie. Bonne chance à tous." Michnuk écarta l’épais buisson qui recouvrait la sortie. Nous pûmes voir le ciel étoilé et les brumes de l’Outremonde. Au loin, quelque chose poussait un gémissement implorant.

"Vite, vite," gazouilla Michnuk, "Pire chose qui pourrait nous arriver serait de montrer la porte aux zombies-zombies ! Crabes dedans ont déjà assez de problèmes."

"Merci, Michnuk," dis-je, m’inclinant devant le ratling.

"Plaisir," dit-il, en me tendant un sac. "Prenez ceci. Riz pour la route. Cuisiné moi-même."

"Euh... merci," dis-je.

"Pas de problèmes," dit Michnuk et il referma la sortie derrière nous. J’ai laissé tomber le riz dès que la sortie fut refermée. Je vis quelques parasites de l’Outremonde s’en éloigner rapidement.

Le paysage autour de nous était noir et désseché. Des arbres tourmentés se courbaient et se tordaient ici et là, bougeant doucement dans la brise. Le sable noir bougeait légèrement avec les mouvements de quelque chose sous la surface.

Un des chevaux hennit nerveusement. "Chut, Voiture," dit Agetoki. Le cheval de Sanzo était trop bête pour avoir peur.

"Et maintenant ?" demanda Toku, "Comment on va trouver Yori avant que quelque chose nous mange ?"

"Sanzo," dis-je, "Passe-moi l’Epée de Sang."

"Euuh," gémit Sanzo, "J’espérais que tu aurais oublié que je l’avais encore."

"Tu pourras la récupérer quand j’aurai fini. Mais maintenant, j’en ai besoin."

Sanzo fit la grimace et me tendit la lame maléfique que j’avais volée à Ginawa à l’époque de la Bataille de la Passe de Beiden. Je commençais à préparer un sort.

"Hé, fais gaffe avec ça, Garou," dit Sanzo, "Si tu lances un sort ici, tu vas chopper la Souillure."

"En fait, la Souillure est le dernier de mes soucis," dis-je, "Nous devons sauver l’Empereur."

"Hé, cool !" dit Toku, "Ca ressemble à une réplique de Tadaka !" Toku portait son t-shirt des Sept Tonnerres.

"Ouais," dit Sanzo, "Maintenant que tu m’en parles, c’est vrai que Garou me fait beaucoup penser à Tadaka. Il a le même chapeau. Hé Garou, si tu choppes la Souillure, essaie d’avoir des yeux verts méga-cools qui brillent comme Tadaka, pas la tête-toute-décomposée qu’Amoro a eut."

"Les gars, je vous dérange pas ?" dis-je. "J’essaie de me concentrer, là."

"Désolé," dit Sanzo.

"Désolé," dit Toku.

"Crétins," dit Agetoki.

"Toi t’es qu’un groupie des Vierges de Bataille," dit Sanzo.

"Oh tu vas voir !"

"FERMEZ VOS GUEULES LES MECS !" dis-je, "J’ESSAIE D’INVOQUER UN PUTAIN DE KANSEN, LA, ET VOUS NE ME FACILITEZ VRAIMENT PAS LA TACHE !"

"Désolé," dirent-ils tous.

Et l’épée parla, d’une voix claire et calme. "Salut, salut, tout le monde. Test, test, un, deux. Ici Vengeance, l’Epée de Sang. Allo, Iuchiban ? Est-ce qu’on envahit le palais ?"

"Non," dis-je. "Et je ne suis pas Iuchiban. Je m’appelle Yasuki Garou."

"Ah, oui, le maho-tsukai Crabe qui m’a volé au ronin."

"Je ne suis pas un maho-tsukai," répondis-je.

"Ah, vous, les humains," gloussa l’épée, "Vous avez la mémoire tellement linéaire. Bien, que puis-je pour toi, Garou ?"

"J’ai besoin de trouver Monsieur Kuni," dis-je, "Kuni Yori. Le dirigeant de la Horde de l’Outremonde."

"D’accord," dit l’épée. Un étrange éclat rose entoura la lame et je l’ai senti battre et tirer dans ma main. "Suivez-moi," dit-elle.

J’ai suivi la traction de l’épée vers les légions qui entouraient le Château Hiruma. Agetoki, Sanzo, et Toku me suivaient lentement. Nous avons grimpé au sommet d’une colline, et des milliers de zombies et de gobelins nous observèrent.

"TUER LES HUMAINS !" hurla un gros gobelin, nous désignant.

"NON !" rétorqua l’Epée de Sang d’une voix puissante, "C’est Yasuki Garou. Y’a pas de problèmes. Il est de notre côté." Les zombies et les gobelins reculèrent, nous observant avec crainte.

Je n’aimais pas du tout ça, mais je n’avais vraiment pas le temps de la contredire. L’épée continua de me tirer en avant, alors que la Horde se fendait en deux devant nous.

"Garou," siffla une voix menaçante, "Je savais que tu reviendrais." Un grand homme mince s’avança jusqu’à la tête de la Horde. Sa robe était sombre et abîmée, et sa peau était rapiécée et recouverte de coutures. Il portait une épée noire glissée à sa ceinture et un crâne grimançant était coincé sous un bras.

"Monsieur Kuni," dit Toku, "Vous avez l’air en forme." Il s’avança nerveusement et tendit une pomme à Kuni Yori.

"Oh, merci Toku," Kuni Yori fit un sourire malveillant, "Tu as toujours été très prévenant. Sanzo, as-tu réussi à rester à l’écart des prisons ?"

"La plupart du temps," répondit Sanzo.

"Et Agetoki," poursuivit-il, "Toujours en train de courir après des Licornes ?"

"En fait, c’est plutôt eux qui me courent après," dit Agetoki.

"Ah, les enfants," dit-il, "Comme ça me fait du bien de vous revoir. C’est comme si presque rien n’avait changé, pas vrai ?" Les zombies et les gobelins souriaient avec nostalgie.

"Hum," dis-je en pointant le doigt, "C’est le crâne de Fu Leng ?"

"Oui, Garou, pourquoi ? Tu voudrais le voir ?"

"Non, c’est pas grave," dis-je, "On est venus pour vous demander une faveur."

"Dites-moi," dit-il, en posant la main sur la garde de sa Lame d’Obsidienne.

"Nous devons aller au Château Morikage et vite. Vous êtes le plus grand shugenja de l’Empire, Monsieur Kuni. Nous avons besoin de votre aide pour sauver l’Empereur ou des Ninja vont lui faire Jigoku seul sait quoi. On parle aussi d’un Grand Festin."

"L’Empereur ?" ricana Monsieur Kuni, "J’ai certainement le pouvoir de vous envoyer à Morikage, les garçons, mais pourquoi me soucierais-je de l’Empereur ? Je suis le méchant, maintenant, Garou. L’Empereur peut rester transformé en poulet, moi je m’en fiche."

"Ouais, je sais," dis-je, "Ce n’est pas pour Toturi que je demande ça. C’est pour nous. Une dernière faveur pour votre classe du Lycée Hantei XXIII."

"Bah, peu importe, Garou," rit-il. "Vous me manquez beaucoup et tout ça, mais vous devez vous rappeler que je suis un dément corrompu par l’Outremonde, maintenant. Alors, qu’est-ce que j’y gagnerais ?"

"Ceci," dis-je, en brandissant le sac de potions, "Fraîchement créées par les alchimistes Agasha."

"C’est quoi ça ?" dit Kuni Yori, en rétrécissant les yeux suspicieusement.

"De la crème hydratante."

La bouche de Kuni Yori s’ouvrit en grand, et il leva une main vers son visage ravagé. "Garou," dit-il, la voix tremblante, "Tu as toujours été mon élève favori."

Je fis un large sourire, rengainant l’Epée de Sang et secouant le sac. "Alors, c’est d’accord ?"

A SUIVRE

Roulade avant vers l’Episode VII


Tous les zolis petits dessins ont été créés par Rich Wulf.



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