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Rokugan 2000

Rokugan 90210

Episode VIII

lundi 13 juillet 2009, par Yasuki Garou

Contient : Le tour du monde : l’Estimée Maison de la Grue, Le Palais d’Otosan Uchi, et le Guide des Marchands...

HANTEI XXIII
LYCEE PUBLIC
ALBUM DE FIN D’ANNEE

Matsu Turi

Club de poésie

Fuzake Garou

Futur redoubleur de classe terminale

Empereur Toturi Premier

Futur poulet

Fuite héroïque vers l’Episode VII

Le tour du monde, partie un : L’Estimée Maison de la Grue

Je n’étais plus venu au Palais Doji depuis le lycée. A cette époque, il était très différent, puisque ça datait d’avant l’époque où le Faux Hoturi a tout brûlé et tout ça.

Toutefois, c’était toujours un lieu magnifique. Les palissades du château décrivaient des arcs gracieux au-dessus d’une cascade scintillante, se déversant avec sérénité dans un ruisseau serpentant devant les portes du château. Les seigneurs Grues aux cheveux de platine et leurs épouses étaient assis ici et là sur les chemins, jouant à des instruments de musique ou appréciant simplement la journée. De l’autre côté de la route, les têtes coupées grimaçantes de nombreux samurai nous observaient.

"Et ben," remarqua Sanzo, "ça fout un peu l’atmosphère en l’air, vous ne trouvez pas ?"

"Je ne sais pas," répondit Matsu Turi, examinant la tête la plus proche, "Je crois que j’apprécie."

Sanzo jeta un regard au Lion pour voir s’il plaisantait ou pas. Il ne plaisantait pas, bien sûr. "Hé, Dorai," dit Sanzo, changeant rapidement de sujet tout en se tournant vers notre bienfaiteur Grue, "Encore merci pour ce nouveau cheval. Il est encore meilleur que celui que j’ai laissé au Château Hiruma."

"Je l’espère," dit le jeune shugenja Grue, se retournant avec un sourire sur le visage, "C’est une monture Otaku."

"Otaku," dit Sanzo, impressionné. "Je pensais qu’elles ne les vendaient pas. Où avez-vous eu un cheval pareil, Dorai ?"

"J’ai des relations," répondit vaguement le Grue.

Toku me fit un geste, et nous nous sommes reculés un peu.

"Qu’est-ce qu’il y a, Toku ?" demandai-je.

"Je sais pas, Garou," dit Toku, "Je ne fais pas confiance à ce type."

"Qui, Dorai ?" dis-je en riant, "C’est un brave gars. Pourquoi ne lui fais-tu pas confiance ?"

"Il..." Toku hésita, "Tu vas me trouver stupide." Toku hocha la tête et se tut.

"Non, vas-y, Toku," dis-je, "Tu peux me le dire."

"Hm," dit Toku, "Je, euh... Je pense que c’est un truand ou quelque chose du genre."

"Un truand ?" répétai-je, en jetant un coup d’oeil vers Dorai. Le jeune shugenja nous observait, les yeux à moitié refermés.

"Je savais que tu trouverais ça stupide !" gémit Toku, "Mais écoute. J’y ai beaucoup réfléchi. Que penses-tu de cette visite qu’il a fait avant que nous ne venions ici ?"

"Dans cette cabane dans les montagnes ?"

"Ouais," dit Toku, "Celle en face du grand champ de pavot. Tu n’as pas trouvé quelque chose de bizarre, là ?"

"Non," répondis-je.

"Il a frappé trois fois, il a appelé ’Vinnie’, posé un gros sac plein de koku sur le porche, et il est reparti," dit Toku, "Tu ne vois rien d’étrange à cela ?"

"Non," répondis-je, "Mais je suis un Yasuki. Ma famille fait tout le temps ce genre de choses."

Toku soupira. "Je crois que cette histoire d’allégéance te monte à la tête, Garou," dit le petit samurai, "Tu es tellement heureux de retrouver un clan que tu ignores ce qui est l’évidence même."

"Peut-être," dis-je, "Je ferai attention, Toku."

"De quoi est-ce que vous parlez, vous deux, là-bas derrière ?" gloussa Dorai.

"De rien !" dit Toku, un peu trop hâtivement, "Et surtout pas de truands !"

"Oh," dit Dorai, en soulevant un sourcil avec curiosité. "Quoi qu’il en soit, nous devrions nous arrêter ici. Pour nous reposer, récupérer et guérir. Ensuite, nous pourrons aller à Otosan Uchi et voir ce que nous pouvons faire au sujet de ce poulet, Garou."

J’acquiesçai, en jetant un regard à la petite cage que Toku transportait sous son bras. A l’intérieur, Toturi le Poulet Noir caquetait. Nous avions enfin retrouvé l’Empereur Caché, dans un château rempli de ninja plutôt bizarres. Malheureusement, il était toujours un poulet et nous n’étions pas plus avancé dans notre tâche de le remettre sur le trône.

"Yo, yo, yo !" appela une voix. Nous nous sommes tous retournés.

"Non, pas encore ce type," grogna Sanzo.

Daidoji Karasu s’avançait lentement vers nous, tirant d’une main son arc qui traînait par terre derrière lui. "Yo les keums ! Ca roule ?" demanda-t-il, en dressant les épaules et en faisant des signes secrets Grue de la main, "Ouais, ouais, les mecs ! Dorai est dans la place !"

"Karasu, je pense que nous t’avons déjà fait la remarque," soupira Dorai, "Tu dois cesser de parler ainsi. Tu ne t’exprimes pas comme un Grue. C’est exactement ce genre de comportement qui ruine notre crédibilité dans les cours, Daidoji."

Karasu l’observa un moment, un air vide sur le visage. "T’es juste jaloux parce que ma science est trop hermétique," il ricana et s’éloigna vers le château.

"Ah les jeunes," grogna Turi.

"La nouvelle génération de Grues," acquiesça Dorai, "Ils semblent devenir violents, militants. Nous perdons nos liens avec les voies anciennes."

"Ca arrive," dis-je tristement, "Les gens changent, les temps changent. De plus, si vous vous éveillez chaque matin et que tout est toujours pareil, alors pourquoi être obligé de sortir de son lit ?"

"Hm," dit Dorai, "Une réflexion philosophique intéressante, Garou, mais as-tu remarqué les têtes coupées sur le gazon à l’entrée ?" dit Dorai en les désignant.

"Ouais," dis-je, un peu embarrassé, "Je les avais remarquées."

Nous suivîmes Dorai et son cortège dans les couloirs du Château Doji. Sanzo, Toku, Turi et moi restèrent légèrement derrière le groupe de Dorai pour regarder un peu autour de nous.

"C’est exactement tel que je m’en souvenais," dit Sanzo.

"Je sais pas," répondit Toku, "Il y a vraiment beaucoup de gardes et d’armes partout."

"Ouais," dit Sanzo, "Ca me rappelle ce concert de White Zombie qu’on a vu ici."

"Hein ?" dit Turi, la main sur la garde de son katana. "Quel zombie ?"

"Oh, c’était avant qu’on te rencontre, Turi," dis-je. "A cette époque, on faisait beaucoup plus de trucs anachroniques."

"Ah," répondit Turi, "Bon, quoi qu’il en soit, c’était sympa de voyager avec vous, les gars, mais maintenant que vous êtes en sécurité, je dois vraiment m’en aller."

"Tu nous quittes ?" demanda Toku.

"Ben, ouais," dit Turi, "Je dois réunifier le Clan du Lion et tout ça."

"Tu ne peux pas partir !" dit Sanzo.

"Pourquoi pas ?" dit Turi, se tournant vers lui avec un air perplexe sur son visage.

"Nous devons avoir un Lion dans le groupe !" dit Sanzo, "Sans toi, nous n’avons pas les quatre personnalités nécessaires ! Nous avons besoin de quelqu’un d’agressif ! Un malin ! Et le côté humoristique de cette histoire va s’en ressentir sans personne pour cogner sur Toku !"

"Mais de quoi est-ce qu’il parle, par Jigoku ?" dit Turi, en me regardant.

"Sanzo fait ça parfois," dis-je, "Je pense que c’est à cause des stupides épées de sang qu’il transporte. Elles ne m’ont jamais dérangé, mais Sanzo..."

"Ah," répéta Turi, "Bon, ben, si c’est tout, alors je vous souhaite à tous une bonne jour—" Turi s’immobilisa alors qu’il se retourner pour partir. Ses yeux se fixèrent sur le bout du couloir.

"Quoi ?" demanda Toku, en regardant dans la même direction. "Qu’est-ce qui ne va pas ?"

"Cet homme," dit Turi, en le désignant. "C’est CET HOMME qui ne va pas."

"C’est juste un vieux Grue," dis-je, en regardant le vieil homme qui disparaissait au fond du couloir.

"Non," dit Turi, d’un ton féroce, "Ce ’vieux Grue’ n’était autre qu’Akodo Kage, le Maître Kolat. Je reconnaîtrais son visage n’importe où. Je pense que je vais rester un peu ici."

"Glimpse of Kage," dit Sanzo, "Tu défausses une carte de destinée !"

"Sanzo, arrête avec ça," dit Turi. On a continué à marcher dans le couloir.

"Wow !" dit Toku en entrant dans la cour du Champion Doji, "Regardez toutes ces jolies demoiselles !"

"Non, Toku," dit poliment Dorai, "Ce ne sont pas des demoiselles, ce sont des courtisans."

"Que signifie ceci ?" rugit un grand samurai chauve assis à la tête de la cour. "Qui sont ces intrus dans ma maison ?"

"Intruders in da house !" se mit à chanter Daidoji Karasu, derrière nous.

"La ferme, Karasu," ordonna le samurai chauve.

"Mon seigneur Kuwanan," dit Dorai, en s’inclinant poliment, "Voici mes invités. Matsu Turi, Sanzo, Toku le capitaine de la Garde Impériale, et Garou, anciennement du Crabe. Garou est venu pour vous offrir sa loyauté."

"Vraiment," gronda Kuwanan, en s’asseyant sur son trône et en m’observant attentivement. "Est-il un courtisan ?"

"Non," dis-je, "Mais je peux apprendre."

Kuwanan ramassa une table à thé de taille moyenne et me la lança sur la tête. Je vis des étoiles et je m’effondrai sur le sol.

"Je n’ai pas BESOIN d’autres courtisans !" rugit Kuwanan, "J’en ai ma claque, des courtisans ! Regardez-les !"

Les courtisans s’agitaient derrière leurs éventails comme des singes craintifs. Il y en avait vraiment beaucoup.

"Inutiles ! Chacun d’eux !" poursuivit Kuwanan, en faisant les cent pas à travers la pièce. "Et je ne peux pas me débarrasser d’eux ! Tu sais pourquoi ?" Il se pencha au-dessus de mon visage, attendant une réponse. Je pouvais voir les veines battre sur son front.

"Non, pourquoi ?" dis-je, en essuyant le sang sur mon visage et en me relevant.

"Parce qu’ils sont tous des parents," dit Kuwanan, en abaissant les épaules. "Ma soeur me tuerait si je leur faisais quoi que ce soit. C’est ce qu’elle m’a dit. Alors ils restent ici."

Les courtisans gloussèrent et rirent sous cape, se jetant des regards triomphant tout en mâchant des petits biscuits à thé.

"Mais je ne comprends pas," dit Sanzo, croisant les bras, "Si vous êtes le Champion, pourquoi être obligé d’écouter votre soeur ?"

Tout le monde dans la pièce se tut, même les courtisans, leurs yeux remplis de peur et rivés sur Sanzo.

"Ne cherche -jamais- d’histoires avec ma soeur," dit Kuwanan, un léger soupçon de terreur dans sa voix. "Si tu le fais, tu risques de te retrouver au milieu de l’Outremonde avec un tatouage, une épée de sang et la moitié de l’Empire qui veut te tuer. Elle a les moyens de faire tout ce qu’elle veut."

"En fait," dit Sanzo, "On a déjà dû subir tous ces trucs-là."

"Hm," dit Kuwanan, "C’est pas de bol pour vous. Quoi qu’il en soit, nous n’avons plus besoin de courtisans, Crabe. Tu peux aller au diable !"

"En fait," dis-je, "Je suis un shugenja. Je peux lancer Tremblement de Terre, Frappe de Jade, Energies Sympathiques, et toute une panoplie d’autres sortilèges intéressants."

"On s’en fiche de tout ça," dit rapidement Kuwanan, "Tu peux lancer Flee ?"

"Quoi ?" demandais-je.

"-Flee- -The- -Darkness-," dit Kuwanan, "Tu le connais celui-là ?"

"Euh, non," dis-je, "Jamais entendu parler."

Kuwanan soupira et nous tourna le dos. "Dégage," dit-il, "Je n’ai pas le temps pour toi."

Les courtisans gloussèrent et se mirent à chuchoter entre eux.

"Et vous autres, vous la fermez," dit Kuwanan, en les désignant du doigt. "C’est pas parce que je dois vous laisser en vie ici que je vous apprécie pour autant. Torikage, vire-moi ce sourire de ton visage avant que je ne le fasse à ta place." Il désigna un autre courtisan. "Yogoso ! Yogoso, tu la boucles ! Et n’essaie même pas de protester."

"Nous devrions partir," murmura Dorai, "Il n’a pas l’air de bonne humeur."

Turi lança un regard circulaire à la salle une dernière fois, comme s’il recherchait Kage. Puis il se retourna et nous suivit hors de la cour, et s’est éclipsé dès que nous sommes arrivé dans le couloir.

"Je suis vraiment désolé pour ça, Garou," dit Dorai, "Je pensais vraiment que Kuwanan serait heureux de vous accueillir dans le Clan. Après tout, il devient de plus en plus violent chaque jour et qui connaît la violence mieux qu’un Crabe ?"

"Merci," dis-je amèrement.

"C’est une honte que tu n’ais pas été accepté," dit Toku, en observant Toturi dans sa cage, "Tu aurais pu aider les autres Asahina à essayer de guérir Toturi avec leur magie."

"Pas vraiment," renifla Dorai, "Tout ce qu’ils semblent lancer ces jours-ci, c’est ’Flee The Darkness’-ceci, ou ’The Great Silence’-celà. Pfff. Parfois, je me demande encore pourquoi je reste. Tu t’es déjà posé cette question, Garou ?"

"Hein, quoi ?" demandai-je, sans vraiment faire attention.

"Se demander pourquoi on reste avec des idiots comme dirigeants, sans rien faire pour arranger ça ?" dit Dorai, "Tu t’es déjà posé cette question ?"

"Euh, ouais, je crois que ça m’est arrivé, Dorai," dis-je.

"Hm," marmonna Dorai, "Peut-être qu’on pourrait utiliser quelqu’un comme lui dans le Programme."

"Qu’est-ce que t’as dit ?" demanda Sanzo.

"Euh, rien," dit rapidement Dorai. "Partons pour Otosan Uchi."

Alors nous sommes partis de la cour des Doji. Sanzo essaya de m’encourager à rester quelques jours de plus pour tester mon tatouage sur des filles Grues. J’ai dû lui dire "non". Ca me semblait un peu irresponsable et de toute façon, ce truc ne semblait jamais me procurer autre chose que des ennuis. Quelques jours plus tard, la resplendissante cité d’Otosan Uchi apparut à l’horizon. Alors que nous traversions l’un des villages stratégiques à l’extérieur, Matsu Turi nous rattrapa, l’air irrité.

"Où étais-tu, Turi ?" demanda Toku.

"Où est Asahina Dorai ?" demanda brusquement Turi.

"Il chevauche devant avec Sanzo," dis-je, "Ils parlent de courses de chevaux."

"Des courses de chevaux !" dit Toku, "Je le savais ! Je t’avais dit que Dorai était un truand, Garou ! Les truands sont friands de courses de chevaux !"

"Alors, ça voudrait dire que tous les Licornes sont des truands, Toku. Ce serait tout simplement idiot." Toku sembla déçu. "Alors, qu’as-tu trouvé, Turi ?"

"Akodo Kage n’était nulle part," dit Turi, "Il a dû me remarquer et a sans doute fui le château."

"Je l’avais dit !" dit Toku, en désignant Turi, "Akodo Kage ! Le Maître Kolat ! Un truand ! A la Cour Grue ! Combien d’autres preuves as-tu besoin pour me croire ?"

"Ce n’est pas parce que Turi a vu Kage que tous les Grues sont des Kolat, Toku."

"Par les Tonnerres, comme je l’aimerais !" dit Turi, rêveur, en massant la garde de son katana.

"Bon, okay," dit Toku. "Très bien. Ne me croyez pas. Nous verrons bien. Mais ça tournera comme la fois où je vous ai dit qu’Agasha Nabe était un oni."

"Agasha Nabe n’était pas un oni," dis-je.

"Ah non ?" demanda Toku.

"Non," dis-je, "Agasha Nabe était juste un idiot."

"Oh," répondit Toku, "Bon, c’était probablement ce que j’avais voulu dire, alors."

"Laisse-moi te poser une question, Toku," dit soudain Turi.

"Oui, vas-y," répondit Toku.

"Tu es le Capitaine de la Garde Impériale, c’est correct ?" demanda le Lion.

"C’est bien ça," dit Toku, en tapotant sur le sommet de la cage du poulet noir, "Garde du corps principal de Seigneur Toturi Premier !"

"Je vois," dit Turi, "Mais, as-tu été choisi pour cette position pour cause de mérite et de capacités, ou as-tu gagné une sorte de concours ?"

"Concours ?" demanda Toku, "Comme un duel, c’est ça ?"

"Non, je pensais plutôt à un truc genre deviner combien de haricots y a-t-il dans cette jarre ou un truc du même style," ajouta Turi.

"Pourquoi demandes-tu ça ?" répondit Toku, un peu irrité.

"Tu... comment dire ça," marmonna Turi, "Tu n’es pas le genre de personne que je choisirais pour être Capitaine de la Garde. Enfin, pas mon premier choix, en tout cas. Sans vouloir t’offenser."

"En fait, on me dit ça souvent," dit Toku, en regardant vers le sol, "Apparemment, tu n’as jamais rencontré Toturi. Ca me rappelle que depuis que je suis Capitaine et tout ça, je devrais probablement aller voir mes hommes, et leur dire que nous sommes ici et tout ça."

Alors que Toku s’éloignait, Turi me regardait, un air incrédule dans son regard. Je me suis contenté de hausser les épaules. Ca fait longtemps que je m’étais résigné à cesser de comprendre les trucs bizarres dans l’Armée de Toturi. La Garde Impériale quitta la cité pour venir à notre rencontre, leurs lances cliquetant sur la rue pavée alors qu’ils approchaient. Je me suis senti soulagé d’être enfin arrivé à la capitale, d’avoir la Garde Impériale de notre côté et de ne plus rien comme obstacle avant de pouvoir remettre ce poulet noir à sa place.

"Hé, Garou !" gazouilla le dirigeant des soldats qui s’approchaient, "Comment ça va ?" J’ai fermé les yeux et secoué la tête, compté jusqu’à dix, puis j’ai regardé en bas de mon cheval.

Makashi me regardait en souriant, ajustant la ceinture en peau de ratling autour de sa taille. La dernière fois que je l’avais vu, il avait tenté de me tuer alors je l’avais cogné avec mon tetsubo et ligoté à l’arrière de mon cheval.

"Hé, Makashi," dis-je, "Sans rancune, hein ?"

"Bien sûr que non," dit Makashi d’un ton joyeux. "Bienvenue à Otosan Uchi. Vous êtes tous en état d’arrestation."

A SUIVRE...


Le tour du monde, partie deux : Le Palais d’Otosan Uchi

J’espérais sincèrement que ceci serait la dernière fois où je dois marcher dans le Palais Impérial avec un naginata pointé dans mon dos.

"Ca craint," dit Sanzo, en regardant le garde derrière lui," J’espère qu’ils me rendront mon épée de sang lorsque tout ça sera fini."

"Hé, silence !" cracha le garde, un petit gars maigre avec un bouc qui portait une armure légèrement trop massive pour lui.

"Huh, huh," gloussa Makashi, "Bien dit, Hasame ! Bien dit."

"Hé, libérez Sanzo," dis-je, "Je suis celui qui a un problème avec Makashi. Si vous voulez le résoudre, c’est avec moi seul."

Makashi me lança un regard en biais. "Nous nous occuperons de toi en son temps, Yasuki Garou. Vous êtes en état d’arrestation."

"Ouais, vous l’avez déjà dit," dis-je, "mais vous ne nous avez pas encore dit les charges contre nous. De plus, c’est simplement Garou, maintenant."

"Vous êtes, euh..." Makashi regarda autour de lui, "Hasame ?"

"Ils sont en état d’arrestation," termina Hasame.

"Ouais, c’est ça," dit Makashi, "Vous êtes en état d’arrestation."

"Je n’arrive pas à croire que vous deux soyez des Gardes Impériaux," dit Turi, en hochant la tête tout en regardant la tête de lance d’Hasame. "Ils devraient cesser d’engager des étudiants à mi-temps. Oh, et je me demandais. Vous êtes frères, vous deux, ou cousins ?" demanda Turi. "Ou les deux ?"

"Hé !" aboya Makashi, "Silence ! Tu es mon prisonnier !"

"Je ne suis le prisonnier de personne," répondit Turi, en soulevant un de ses gros sourcils.

"Ben..." hésita Makashi. "Je suppose que dans un sens, c’est vrai. Takuan nous a seulement ordonné d’arrêter ces deux-là. Mais tu dois quand même obéir à ce qu’on te dit. Nous sommes magistrats."

"Et moi aussi," répondit Turi, en montrant son badge. "Et vu que j’ai trouvé Sanzo et Garou en premier, peut-être que je devrais les amener en détention moi-même."

Makashi et Hasame se regardèrent mutuellement.

"Ben, nous sommes des Magistrats IMPERIAUX," dit Hasame, en faisant un signe de tête audicieux. "Alors, on t’est supérieur en grade. Ils sont sous notre juridiction."

"Oui," dit Turi, "C’est sans doute vrai. Mais vous devez garder à l’esprit que je suis plus grand que vous deux." Il fit craquer ses articulations.

"L’Armée de Toturi Premier ne cèdera pas à de telles menaces, Lion !" proclama courageusement Makashi.

"Euh, j’sais pas, Makashi," dit Hasame, en abaissant sa lance vers le sol, "Il EST vraiment grand."

"Hasame, t’es qu’un couard !" répondit Makashi. "Très bien ! Fuis donc tel le chien de ronin que tu es ! Vous autres, emmenez Matsu Turi en détention."

Les autres gardes étaient déjà retourné à l’intérieur du palais, laissant Makashi tout seul.

"Alors ?" demanda Turi, en se penchant vers le petit Mante.

"Euh..." Makashi recula un peu sous le regard de l’énorme Lion, "Je suppose que ça ne me vaudrait pas que du bien si je vous demandais de vous pousser sur le côté au nom de l’Empereur ?"

"Je pense que tu sais où tu peux te la mettre, ta Faveur Impériale," dit Turi. Makashi acquiesça pathétiquement, posa l’épée de sang de Sanzo, et s’éloigna rapidement.

"Bien, messieurs," dit Turi, en se retournant vers nous avec un large sourire sur le visage. "Je pense que vos difficultés avec les autorités sont terminées. Devons-nous aller au Palais, maintenant ?" Il se retourna et se mit à marcher vers les portes d’Otosan Uchi.

"Il est vraiment plus subtil qu’Agetoki," me murmura Sanzo, en glissant son épée sous son obi, "Agetoki se serait contenté de les assommer."

"Ouais," répondis-je, "mais ces bastons un peu irréfléchies ont toujours eu un certain charme." Sanzo haussa les épaules, ayant toujours eu plus que sa part de ces séances de baston.

Je me suis demandé brièvement où était Agetoki, maintenant, s’il était parti vers un monde meilleur. Je me demandais comment serait la vie sans lui. Je connaissais le Matsu tête-brûlée depuis longtemps, et je le considérais comme un de mes meilleurs et plus fidèles amis, en dépit de ses constantes crises de violence berserk. Matsu Turi était noble, brave et courageux ; de beaucoup de manières, il ressemblait à Agetoki. Bien sûr, ce n’était pas la même personne. Notre ami était parti. Il me manquait.

Nous avons traversé les portes du Palais. Lorsque nous sommes arrivés dans la cour, Toku était là, parlant âprement avec une jolie jeune femme, bien que je réalisai un instant plus tard que c’était un jeune homme au genre extraordinairement effeminé. Divers courtisans et samurai marchaient dans le jardin de la cour, admirant le magnifique coucher de soleil.

"Mais vous devez me laisser voir la cour !" dit Toku, "C’est important !" Sous un bras, il tenait la cage à oiseau contenant le poulet noir qui fut jadis l’Empereur Toturi Premier. (Si vous avez loupé le reste de l’histoire, faites moi confiance. C’est une longue, longue histoire.)

"Je suis désolé, monsieur," répondit l’homme d’une voix faussement polie, "mais la cour est très occupée pour l’instant à essayer de désigner un successeur pour le trône. Vous allez devoir prendre un rendez-vous et revenir une autre fois."

"Mais si vous me laissez entrer, vous ne DEVREZ PAS choisir un successeur !" cria Toku. "J’ai l’Empereur juste ici !" Il présenta la cage devant le visage du jeune homme.

"C’est un poulet," dit-il.

"Un coq, en fait," corrigea Sanzo.

"Est-ce une blague ?" demanda l’homme.

"Nous n’avons pas le temps de faire des blagues," dit abruptement Turi. "Ecoute-moi, petite fille, pourquoi n’irais-tu pas chercher le Champion d’Emeraude. J’aimerais lui parler directement."

"Je SUIS le Champion d’Emeraude," dit l’homme, en passant sa main dans sa longue chevelure noire. "Seppun Toshiken, à votre service."

Turi le dévisagea pendant un long moment. "Oh non, c’est impossible," dit-il.

"Pourquoi est-ce que tout le monde me dit ça ?" répondit Toshiken, s’offusquant légèrement.

"Ne vous inquiètez pas," dit Toku. "Moi aussi, on me dit ça souvent."

"Mais pourquoi ?" demanda Toshiken, "Qui êtes-vous ?"

"Je suis Toku, le Capitaine de la Garde !" répondit Toku, bien qu’un peu vexé, "Je vous l’ai déjà dit !"

"Oh," répondit Toshiken, "Je devais être inattentif."

"Alors, comment devient-on Champion d’Emeraude ?" demanda Turi, "C’est juste par curiosité. Je veux dire, je suis magistrat depuis des années et je n’ai jamais reçu de promotion. Et vous vous êtes là, sorti de nulle part, et vous obtenez le poste. Vous avez des parents dans le palais ou quoi ?"

"Et bien, ma maman est une Seppun," admit Toshiken, "Mais mon papa... Ben, personne ne sait qui est mon papa."

Du coin de l’oeil, je remarquai qu’un courtisan Grue avait surpris notre conversation, et qu’il regardait en coin, en rougissant avec un léger sourire sur le visage. "Wow," me suis-je dit, "Ca doit être le papa de Toshiken. Et Toshiken ne le sait même pas. La vie est amusante."

Et j’ai vu alors un samurai Shiba non loin, qui n’avait pas remarqué le courtisan, et qui écoutait également notre conversation avec la même expression sur le visage. Ce devait être une coïncidence.

Et j’ai regardé à ce moment le reste de la cour, et j’ai vu que deux Lions, six Mantes, tous les Grues, et un petit bouc non loin de l’étang avaient le même sourire embarrassé. "Wow," fit Sanzo qui l’avait également remarqué, "Je dois absolument rencontrer la maman de Toshiken." J’ai ignoré cette remarque.

"Hey les potes !" appela une voix, "Bon sang, qu’il est bon de vous revoir tous les trois de retour en ville !"

Nous nous sommes tous retournés pour voir le visage fatigué et pas rasé de Takuan, le Régent Impérial. On aurait dit qu’il n’avait plus mangé depuis plusieurs jours, et son kimono était recouvert de tâches de thé avec de gros ronds de transpiration sous les bras. Il faisait un petit sourire.

"Salut Takuan," dis-je en m’inclinant assez bas pour cacher l’expression effarée sur mon visage. Toshiken, Turi, Toku et Sanzo firent de même.

"Alors, euh..." commença-t-il, "Laissez-moi tout d’abord m’excuser d’avoir lancé cette chasse à l’homme Impériale sur vous et tout ça. Je ne voulais pas vraiment vous voir exécutés, les gars, j’étais juste effrayé que vous puissiez avoir perdu Toturi, et bon, on avait vraiment besoin de lui. Le Palais est un fameux bordel sans lui. Les Lions essaient de me flatter. Les Grues essaient de m’écarter. Les Phénix essaient toujours de faire jurer fidélité à la cour entière. Le petit gars, Banu, n’arrête pas de gémir tout le temps et les Mantes essaient sans cesse de m’écarter également. Et je ne vous parle même pas des Scorpions."

"Takuan-sama," dit poliment Toshiken, "Il n’y a plus de Scorpions."

"Ah bon ?" demanda Takuan, ses yeux rougis étaient écarquillés.

"Non, monsieur," dit Toshiken, "Vous les avez bannis dans le désert, vous vous souvenez ?"

"Oh, ouais," dit Takuan avec un soupir. "Ben, il faut vraiment que je dorme un peu plus. Peu importe, personne ne semble plus faire attention à moi. Toku, maintenant, je sais ce que ça fait d’être à ta place."

"Cool !" dit Toku.

"Mais revenons à nos affaires," poursuivit Takuan, en massant ses mains l’une contre l’autre. "Vous nous avez ramené Toturi, hein ? Je peux arrêter d’être régent et tout ça, alors ?"

"Oui, m’sieur !" dit Toku, en présentant fièrement la cage à oiseau. "Dès que nous aurons réussi à le retransformer en homme."

"C’est vraiment très amusant, Toku," dit Takuan, sans la moindre trace d’humour sur son visage. "Garou, où est le vrai Toturi ?"

"C’est lui," dis-je, "On l’a transformé en poulet."

La mâchoire de Takuan se décrocha presque. Un mince filet de bave se mit à couler de sa lèvre supérieure.

"C’était un accident," dit Sanzo.

"Toshiken," dit Takuan, ses yeux dans le vide. "Viens avec moi une minute."

"Pourquoi ?" demanda Toshiken, "Qu’est-ce qu’il y a, patron ?"

"Euh, rien," marmonna Takuan, sa main sur la garde de son wakizashi, "Et prends ton katana, hein ?"

Le régent et le Champion d’Emeraude s’en allèrent dans une autre partie du jardin. "Que sont-ils partis faire, à votre avis ?" demanda Sanzo.

"Je ne sais pas, mais ça n’a probablement rien à voir avec nous," dis-je, "Ramenons Toturi dans le Palais. Je suis sûr que quelqu’un à l’intérieur saura quoi faire."

Nous sommes alors entré dans le Palais Impérial, déposant nos armes et la chaîne du portefeuille de Sanzo à l’entrée. Nous avons rapidement rejoint la cour principale, entrant à l’arrière d’une énorme salle remplie de courtisans de tous les clans majeurs et mineurs.

"Ben," dit Sanzo, "Y’en a du monde."

"Ok," dis-je, "Il doit y avoir quelqu’un ici qui sait comment sauver l’Empereur. Nous allons tenter de passer par les côtés et d’arriver devant, et puis nous tenterons d’attirer leur attention d’une manière ou d’une autre."

"Laissez-moi m’en occuper," dit Turi, "Je suis très bon pour ça."

Alors nous avons commencé à traverser la foule, nous frayant un chemin en bousculant de petits courtisans Grues et de robustes diplomates Crabes, laissant derrière nous une traînée de Je-vous-demande-pardon et d’Excusez-moi marmonnés sur notre passage. Sur l’estrade devant le trône se trouvait un homme obèse en robe brune et un homme chauve et mince en kimono vert.

"Je n’ai jamais vu ces deux-là auparavant," dis-je, "Qui sont-ils ?"

"Yoritomo Hogosha, le diplomate Mante," dit Toku, "et Otomo Banu, le cousin d’Hantei le 39ème."

"Cousin des Hantei ?" demanda Sanzo, "Est-ce que ça signifie qu’il est Fu Leng ou était-ce juste un truc qui ne s’est produit qu’une seule fois ?"

"Je ne sais pas trop," dit Toku, indécis, "Je pourrais lui demander."

"J’ai le sang des Hantei !" dit fièrement Banu, son double menton se secouait joyeusement, "Je devrais être l’Empereur !"

"Un bon argument," dit Hogosha avec un sourire, "Bien sûr, nous devons vérifier votre revendication. Lorsque mon maître Yoritomo arrivera, nous lui demanderons qu’il inspecte personnellement un échantillon de votre sang pour déterminer la part de vérité de votre témoignage. Je suis sûr qu’il ne réclamera pas plus d’un quart de votre sang. Est-ce acceptable ?"

"... Non," dit Banu avec un plissement du front. "Je n’aime pas ça du tout."

"Hé, laissez Banu tranquille !" dit une autre voix, "Espèce d’allumé de Mante."

"C’est ma petite amie !" dit Toku en souriant, "C’est Osugi !" Il tenta de lui faire un signe de la main, mais elle ne le remarqua pas.

"Ecoutez donc la Phénix, espèce d’allumé," dit Banu, en posant une main sur l’accoudoir du Trône de Jade, "Le trône est à moi !"

"Non, Banu-san," proclama une voix grave à l’arrière de la chambre d’audience, "Il est à moi."

Tout le monde dans la pièce se retourna et soudain, les lumières se mirent à décliner. Un homme mince avec des cheveux blancs s’avança à côté des portes du fond, un sourire passionné sur le visage.

"Kakita Yoshi," dis-je avec un air maussade, en reconnaissant son visage.

"C’est le type qu’on s’amusait à ennuyer tout le temps au lycée, hein ?" demanda Sanzo.

"Ouais," dis-je, "Le boulet de la classe. Et il prépare quelque chose."

"Mesdames et messieurs et Rokugani de tous âges !" cria Yoshi de toute la force de ses poumons, essayant de fouetter la foule pour la plonger dans la frénésie. "Est-ce que vous êtes PRÊTS A CRIER ?"

"Ouais !" tous les Grues de derrière se mirent à crier.

"J’AI DIS, est-ce que vous êtes PRÊTS A CRIER ?" répéta-t-il, en hurlant dans son tessen et agitant son poing en l’air.

"OUAIS !" la foule cria plus fort cette fois-ci. Plus de gens criaient cette fois-ci parce que d’autres avaient osé la première fois, et ça semblait être la meilleure chose à faire. Toku criait aussi fort qu’il pouvait, et Sanzo lui fila un coup de coude dans les côtes.

"JEEEE NEEEE VOOOOOUUUUS EEEEENTEEEEENDS PAAAAAAAAASSSSS !" dit Yoshi. Tout autour de lui, des shugenja commençaient à invoquer de la fumée et des éclairs de lumière pour accentuer l’entrée dramatique.

"Oh, ferme-là et dis-nous ce que tu veux dire, Grue," grommela Turi au milieu des cris et des acclamations de la cour.

"Et bien, le voici !" proclama Yoshi, "Vous vouliez le meilleur, vous aurez le meilleur ! L’Empereur le plus chaud du monde..." Une grande silhouette musclée apparut dans l’encadrement de la porte.

"Oh, mon dieu, non," dis-je.

"TOTURI !" hurla Yoshi, en sautant en l’air alors que Toturi Premier entrait dans la salle en courant, se frayant un chemin dans l’allée centrale et tapant au passage dans les mains levées de tous les courtisans. Il fit un tour sur lui-même sur l’estrade centrale, se hissa sur un des accoudoirs du Trône de Jade, et mit la main à son oreille pour entendre les applaudissements. Alors la foule se mit à hurler encore plus fort, il sauta sur l’autre accoudoir et fit pareil. Puis il déchira son kimono avec ses mains et le jeta dans la foule, où Otaku Tetsuko l’attrapa et le serra contre sa joue avec un petit cri de satisfaction.

"Un vrai homme politique," commentai-je.

"Mais il se passe quoi, bordel ?" me murmura Sanzo, "Si c’est Toturi, alors après quoi est-ce qu’on a couru à travers tout Rokugan pendant un an ?!?"

"Attends, Sanzo," dis-je, en regardant attentivement l’Empereur, "Il y a quelque chose qui cloche."

Toturi garda les poings levés vers la foule pour une ovation finale, puis il se jeta dans le Trône de Jade avec une jambe passée au-dessus d’un accoudoir. "Oh, putain !" dit-il à voix haute, "Qu’il est bon d’être de retour chez soi." Il observa la salle pendant une minute. "Bon sang, il fait si vide ici," dit-il, "Hé, Yoshi, tu crois pas qu’on devrait mettre quelques crânes et des chauves-souris et tout ça, ici, histoire d’égayer un peu l’atmosphère ?"

"Comme vous le désirez, mon Empereur !" dit joyeusement Yoshi.

"Et, au fait..." dit Toturi, en regardant la salle avec une expression détendue, "Combien de clans avons-nous ?"

"Excusez-moi, votre Grandeur ?" demanda Banu.

"Combien de clans avons-nous ?" demanda Toturi, "Combien en reste-t-il ?"

"Bon, voyons voir," répondit Hogosha, "Le Crabe, la Grue, le Dragon, le Lion, la Mante, le Phénix, la Licorne, et si on y réfléchit, on peut aussi compter le Scorpion pour un total de huit, votre Grandeur."

"Et combien de petits ?" demanda Toturi.

"Euh... voyons voir..." répondit Hogosha, "Je n’arrive jamais à me souvenir de tous... Le Renard, la Guêpe, le Moineau, le Panda, le Blaireau, la Tortue, le Sanglier, le Faucon, le Mille-Pattes, la Libelulle, le Lièvre..."

"Non, abruti," dit Banu d’un ton virulent, "Le Lièvre et le Sanglier ont disparus tous les deux, et il n’y a jamais eu un Clan du Panda."

"Ah bon ?" répondit Hogosha, "Je croyais."

"Non, tu viens de l’inventer," dit le petit courtisan obèse.

"Inadmissible !" déclara Toturi, "Il n’y en a pas assez. Il en faut plus."

"Plus, sire ?" demanda Banu.

"Oui, alors écoutez-moi," dit Toturi, "Je vais penser à un nombre entre un et quatre-vingt trois. Celui qui s’en approchera le plus sans le dépasser aura droit à son propre clan mineur ! Prêts ? Partez !"

La salle fut envahie par une cacophonie de cris alors que tout le monde hurlait des chiffres à plein poumons. "Il est fou !" me murmura Sanzo, "Il est pire que le vrai Toturi !"

"Attendez, attendez !" dit Toturi, faisant terre la foule avec une main tendue. "Qui a dit trente-deux ?"

La salle fut envahie par le bourdonnement des conversations alors que tout le monde cherchait le vainqueur.

Et Toku leva la main.

"Félicitations, petit gars," dit Toturi, "Tu peux te considérer désormais comme le Champion du Clan du Singe."

Et tout le monde se mit à rire. Toku rougit de bonheur, apparemment insensible aux moqueries de la cour. "Wow," dit-il, "C’est exactement comme ça que je suis devenu Capitaine de la Garde."

"Je le savais !" dit Turi.

"Bon, c’est quoi le problème avec ce type ?" me murmura Sanzo, "C’est vraiment Toturi ou pas ? Qu’est-ce qui se passe ?"

"Je ne sais pas," dis-je, "Il y a pourtant quelque chose de vraiment familier en lui. Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus."

"Ouais, bon, préviens-moi quand tu y seras arrivé," dit Sanzo, "Je vais aller draguer les Vierges de Bataille."

"Votre Grandeur ?" demanda une petite voix. "Puis-je vous poser une question ?"

"Bien sûr, petite fille," dit Toturi, "Viens me rejoindre."

"Hé !" dit joyeusement Toku, en sautillant et en la désignant du doigt. "C’est Osugi ! C’est ma petite amie !"

La jeune fille monta sur l’estrade, souriant nerveusement à l’Empereur.

"Quelle est ta question ?" demanda-t-il.

"Et bien, où étiez-vous ?" demanda-t-elle.

"KOLAT !" hurla-t-il, sautant de son trône, tirant son épée, et lui coupant la tête.

"Il—" pleurnicha Toku.

"Amaterasu !" s’exclama un courtisan Lion au premier rang, "Vous venez— Vous v-, vous venez—"

"KOLAT !" hurla Toturi, coupant également la tête du Lion.

"Votre grandeur !" cria un Grue.

"Bonté divine !" dit un diplomate Ide en se pâmant.

"Comment ose-t-il !" fit un Mante, révolté.

"KOLAT ! KOLAT ! KOLAT !" gronda Toturi, en se frayant un chemin dans le premier rang. Quelques eta discrets ramassaient rapidement les têtes alors qu’il avançait et les empilaient soigneusement sur le Trône de Jade.

"Elle va bien Osugi ?" demanda calmement Toku.

"Quelqu’un d’autre ?" gronda Toturi, son regard féroce balayant la salle. Ses yeux se posèrent finalement sur moi et je sentis comme une boule se former au creux de mon estomac.

"TOI !" dit-il, me désignant de son katana. Turi m’attrapa rapidement à l’épaule et me tira sur le côté pour que la foule entière pense qu’il désignait Makashi. Deux Gardes Impériaux assomèrent le Mante rapidement à la requête de l’Empereur. C’était plutôt amusant, mais à présent, Toturi se dirigeait vers moi personnellement.

Et soudain, dix coups sonnèrent à l’horloge Licorne dans le coin.

"Oh oh," dit Toturi, un air apeuré dans son regard. Il laissa tomber son katana sur le sol et décampa vers la sortie de secours, en manquant de trébucher sur les têtes coupées.

"Ben, c’est le présage le plus sombre que j’ai jamais vu," dis-je.

"Elle va bien Osugi ?" redemanda Toku.

"Toku, la ferme," dit Sanzo, en massant le coup bleu qu’Otaku Tetsuko avait laissé sur son menton.

"Bon," dit Turi, sa bouche formant une mince ligne, "Tout ceci a pris une tournure bien étrange, Garou. Que faisons-nous à présent ?"

Je n’ai pas hésité un seul instant. Je savais exactement ce que nous devions faire. "Nous devons sortir d’ici," dis-je, "et vite."


Le tour du monde, partie trois : Le guide des marchands...

"Mec, elle a eu la tête coupée," dit Sanzo, en hochant la tête. "C’est fini."

"T’en sais rien, Sanzo !" répondit Toku en reniflant. "C’était peut-être un sort ! C’était peut-être une... une... une fausse tête. C’est peut-être toutes sortes de trucs."

"Mec, écoute," dit Sanzo, "Ta petite amie était une Kolat et l’Empereur lui a coupé la tête. Il est temps de te trouver une nouvelle petite amie. Moi c’est ce que je ferais."

"Je ne peux pas !" répondit Toku, "Je dois aller la venger !" Toku se retourna et regarda en direction du Palais.

"La seule chose que tu vas faire, c’est garder ce poulet puant et bruyant loin de moi, Toku," rétorqua Sanzo.

"Vous ne la bouclez jamais, tous les deux ?" dit Matsu Turi par-dessus son épaule, irrité, "Garou et moi, on essaie de réfléchir à ce qu’on va faire maintenant !"

"Tu ne devrais pas laisser ce type te parler comme ça," dit calmement Sanzo à Toku, "T’es un daimyo maintenant."

Toku sourit soudain. "Hé, c’est vrai !" dit-il, "Je suis le Champion du Clan du Singe !"

"Toku," dit Turi avec un léger mouvement de la tête, "Tu sais, tu devrais ne jamais écouter Sanzo."

"Pourquoi pas ?" demanda Toku, perplexe.

"Parce que tu vas finir par avoir mal," dit Turi.

"Je ne vois pas comment," répondit Toku, grattant sa petite moustache.

"Et bien, je vais te faire du mal," dit Turi, "et tu ne pourras t’en vouloir qu’à toi-même."

"Oh," dit Toku, et il garda le silence.

"Tu es sûr de ne pas avoir de lien de parenté avec Agetoki ?" demandai-je à Turi.

"Seulement distant," dit-il, "Pourquoi ?"

"Laisse tomber," répondis-je, en détournant le regard. Une foule de gens se démenaient tout autour de nous, remplissant les rues d’Otosan Uchi. La nouvelle du retour de Toturi s’était répandue, et maintenant tout le monde était dans la rue pour parler de ça. Ce qui était bon pour nous, vu que la foule nous apportait un certain couvert pour échapper à la cité avant que l’empereur ninja dément ne nous retrouve.

"Nous devons retrouver cet Asahina Dorai," dit Turi, "Je pense qu’il pourrait avoir un rapport avec Akodo Kage, et je ne quitterai pas la cité sans l’avoir retrouvé."

"C’est un truand !" dit soudain Toku, "Peut-être que c’est un Kolat ! Peut-être que Toturi essayait de le tuer et qu’il a raté et qu’il a touché le cou d’Osugi à la place."

"Toku, qu’est-ce que je viens de te dire ?" demanda Turi en soupirant.

"Désolé," répondit Toku, en posant sa main devant sa bouche.

"Ben, je ne sais pas trop quoi penser de vos soupçons les gars," dis-je, "Mais une chose est sûre : Dorai nous a aidé à sortir de la forêt Morikage. Ce serait mal de le laisser derrière nous, ici dans la cité ninja."

"Mes oreilles sifflent !" dit une voix venant de derrière nous, "Est-ce que quelqu’un parle de moi ?" Le jeune shugenja Grue s’approchait de nous, venant de la direction du quartier des marchands. A ses côtés marchait un grand samurai en kimono bleu sombre, qui nous observait avec un regard glacial.

"’lut Dorai," dit Sanzo, "’ava ?" Il fit quelques signes secrets Grues que Daidoji Karasu lui avait appris.

Dorai se contenta de regarder Sanzo pendant un instant. "Peu importe," dit-il, "J’aimerais vous présenter un de mes amis. Il va nous accompagner hors de la cité. Garou, Toku, Sanzo, Turi, voici Kado. Dis bonjour, Kado."

Kado dévisagea Dorai, puis chacun de nous rapidement. "Est-ce qu’ils savent ?" dit-il, "Est-ce qu’ils savent au sujet de ça ?"

"Savoir quoi ?" demanda Dorai, soulevant un sourcil.

"Et bien, pour ’bonjour’. Je pensais que ’bonjour’ faisait partie du Programme. Notre message secret de salutations. Comment l’ont-ils découvert ? Dois-je m’occuper d’eux ? On n’est jamais trop prudent !" Sa main se posa rapidement sur la poignée de son katana.

"Euh," Dorai fit un rire nerveux et se posta rapidement entre Turi et Kado. "Le mot ’bonjour’ est couramment utilisé, Kado. Calme-toi."

"Ah," dit Kado, en redressant son kimono avec un sourire embarrassé. "Je te demande pardon. Vous êtes tous des Kolat vous aussi, alors ?"

Dorai donna un coup de poing à Koda au niveau des reins, et le grand samurai se plia en deux en gémissant.

"Qu’est-ce que je vous avais dit ?" demanda Toku, Triomphant, "Qu’est-ce que je vous avais dit ?"

"Explique-toi, Grue," gronda Turi.

"Hé, hé, Wombat !" dit rapidement Dorai, "Il a dit ’Wombat.’ Il pense que je suis du clan du Wombat. Il oublie tout le temps que je suis un Grue."

"Oh mais bien sûr," dit Turi en fermant légèrement les yeux, "Suis-je bête." Le grand magistrat Lion se retourna et se dirigea vers les portes de la cité, s’attendant à ce que nous le suivions tous.

"Tiens, mon pote," dit Sanzo, aidant Kado à se relever et lui tendant quelque chose. "C’est tombé de ta poche alors que tu étais par terre."

"Merci," dit Kado, en arrachant presque le gobelet doré des mains de Sanzo et en regardant autour de lui avec attention.

"C’est du jade ?" demanda Sanzo, "C’est très beau."

"Oui," dit machinalement Kado, en glissant le gobelet dans son kimono, "Il est tombé d’un camion." Il se retourna et suivit Dorai.

Je me suis arrêté un instant avant de lui emboiter le pas, une étrange sensation me venant à l’esprit. J’ai regardé la foule autour de moi. Un grand samurai se retourna rapidement et plongea dans une allée éloignée. Il était loin de moi, et il disparut en un instant, mais il ressemblait au samurai au masque brun qui avait assomé Goju Adorai au Château Morikage. Il semblait nous suivre.

"Bizarre," dis-je, et j’ai couru pour rattraper les autres. Turi était déjà loin devant, marchant d’un pas rapide vers les portes de la cité. Il semblait qu’il avait une sorte de mission en tête, alors je me suis dépéché de le rattraper. "Qu’y a-t-il ?" demandai-je.

"Dorai," dit Turi, "Je veux être à bonne distance de la cité lorsque je le couperai en deux."

"Tu veux tuer Dorai ?" répondis-je, choqué.

"Tu as entendu ce qu’ils viennent de dire, Garou," répondit Turi, "Bien que cela m’effraie, Toku avait raison. Ils sont tous les deux des Kolat. On ne peut pas leur faire confiance, ni même compter qu’ils nous mènent à Kage. Ils doivent être tués."

"Ben..." dis-je, en regardant derrière moi, incertain, "Tu en es sûr ?"

"Si je suis sûr ?" s’étouffa Turi, "Son stupide ami vient juste de le dire !"

"Ouais, c’est vrai, mais écoute," dis-je, "Je sais que moi je suis sûr que je ne voudrais pas être tenu pour responsable de toutes les conneries que mes stupides amis racontent. Regarde Sanzo."

"C’est pas faux," grogna Turi. "Mais tu dois être aveugle, Garou. Même Toku a vu que ces fous étaient des Kolat."

"Ouais, peut-être bien," dis-je, "Mais ça ne me donne pas des envies de meurtres. Après tout, c’est quoi un Kolat ? Qu’ont-ils fait ?"

Turi éclata de rire. "Ce sont des trafiquants de drogue, des assassins, des contrebandiers, des coupeurs de gorge, des espions et des racketeurs !" s’exclama Turi, "La pire raclure qui soit !"

"Un peu comme ma famille, quoi," dis-je avec un sourire en coin, "Rappelle-toi, je suis un Yasuki."

Turi tiqua. "Où veux-tu en venir, Garou ?"

"Juste que parfois, les criminels sont les gens les plus dignes de confiance," dis-je, "Au moins avec eux, tu sais toujours à quoi t’en tenir. De plus, nous sommes les seuls parmi tout Rokugan à savoir que l’Empereur n’est pas lui-même. La moitié de Rokugan ferait n’importe quoi pour tuer n’importe qui sous l’ordre de Toturi. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous montrer trop difficile au sujet de nos alliés, pour le moment."

"Tu parles vraiment comme un Yasuki," dit Turi, en hochant la tête. "Ton raisonnement me rappelle beaucoup celui de cette racaille de Taka."

Je me suis dit que ce n’était probablement pas une bonne idée de lui révéler le fait que Yasuki Taka était mon oncle.

Nous sommes sortis de la cité sans incident. Les gardes nous ont regardés curieusement lorsque nous sommes arrivés, mais Turi a exhibé son badge de magistrat et leur a lancé un regard suffisamment hostile pour qu’ils décident de ne pas nous chercher d’ennuis.

"Bon, où allons-nous, maintenant ?" demande Sanzo.

"Je ne sais pas," dit Turi, en se retournant et en regardant vers le Grue. "Où allez-*vous*, maintenant, Asahina ?"

"Je vais aller rendre visite à des parents," répondit le Grue, "Au Village Stratégique de l’Ouest."

"C’est une information classifiée !" s’exclama Kado. "Maintenant, ils doivent mourir ! Ils vont découvrir tout ce q-"

La phrase de Kado s’acheva brutalement lorsque Dorai lui mit un coup de genou à l’aine.

"Wow," dit Toku en ramassant la chose qui était tombée de la poche de Kado. "C’est l’Eventail de Commandement !"

"Non, c’est juste que ça y ressemble beaucoup !" dit Kado, irrité, en lui arrachant l’éventail des mains. "Il est tombé d’un camion."

"Peu importe," poursuivit Dorai, en s’éclaircissant la gorge et en remettant sa robe en place, "Nous partons vers l’ouest."

"Amusant," dit Turi. "Nous allons par là aussi. Pourquoi ne nous guideriez vous pas ?"

Nous continuâmes, vers Mura Nishi Chushin, le village stratégique de l’ouest de la grande capitale de l’empire. Bien que riches de beauté et de splendeur, les villages stratégiques étaient bien plus petits et plus réservés. Les habitants de ceux-ci venaient de tous types de vie, marchands, paysans, eta, samurai. Tous travaillaient et commerçaient côte à côte. J’aimais beaucoup ça. Ca me faisait penser aux Terres Yasuki, mais avec moins d’oni et de ratlings.

"L’endroit que nous cherchons est par là," dit Kado, en désignant une allée sombre. "Vous pouvez me suivre."

"Très bien, Kado," dit Dorai.

Sanzo pouffa.

"Oui ?" dit Kado, sa tête se pencha en lançant un regard vers Sanzo, "Tu as un problème, ronin ?"

"Nan, c’est juste que j’ai entendu ton nom," rit à nouveau Sanzo.

"Qu’est-ce qu’il a de marrant, mon nom ?" demanda Kado, l’air dangereux.

"J’me demandais juste..." Sanzo étouffa un autre éclat de rire, et renifla bruyamment.

"Demandais quoi ?" demanda Kado.

"J’mde demandais si tu pourrais me présenter au Frelon Vert !" Sanzo se mit à rire aux éclats, s’écroulant sur le sol et roulant sur lui-même dans la rue.

Kado se contenta de regarder Sanzo, l’air curieux. "Qu’est-ce que ça veut dire ?" demanda-t-il.

"Bah, ignore-le," soupira Dorai, "Ta vie n’en sera que plus simple."

Toku et moi aidâmes Sanzo à se remettre sur pieds et nous les suivîmes dans l’allée. Soudain, un silence de mort s’installa. Le bruit de la cité s’éteint. Turi lança un regard suspicieux à Dorai et Koda, mais ils semblaient aussi mal à l’aise que nous. Kado désigna une cabane à la fin de l’allée, la porte semblait bailler un peu, sous l’effet du vent.

"On dirait un piège..." dit Dorai. "Passe devant, Toku."

Toku leva les épaules. "Okay," dit-il. Il s’avança vers la porte.

"Toku !" dis-je, en l’attrapant par le col et en le tirant en arrière, "Qu’est-ce que tu veux faire ?"

"Je voulais déclencher le piège," dit Toku.

"Ne fais pas ça," dis-je, "C’est stupide. Tu pourrais être blessé."

"Mais vous me faisiez faire des trucs comme ça tout le temps, avant," répondit Toku.

"C’est différent," dit Sanzo, "On était pas très sympa, à cette époque-là."

"Très bien," soupira Dorai, "Kado, vas-y et regarde à l’intérieur."

Kado acquiesça et se dirigea vers la porte. Il disparut à l’intérieur, et le silence s’installa pendant quelques instants.

"Bon." dit Sanzo, "On rentre chez nous ?"

"Nous ne pouvons pas partir," dis-je, "Nous devons découvrir ce qui se passe... Quelqu’un doit aller voir."

"Moi je dis que le Grue doit y aller," dit Turi, "Car c’était son idée en premier."

Dorai avala sa salive avec difficulté. "Bon, très bien," dit-il, en regardant la porte avec attention. Le Grue agrippa la poignée de son katana et s’avança lentement. Il approcha de la porte un pas après l’autre, calmement, prudemment, attentif tout aux alentours. Finalement, il atteint la porte, et l’ouvrit tout doucement avec une main.

"SURPRISE !" crièrent de nombreux hommes et femmes, sautant de derrière des caisses et de l’ouverture de la porte, tout en faisant tomber une douche de confettis sur le jeune shugenja.

Dorai avait dégainé son katana et tranchés quelques membres des nouveaux arrivants avant qu’il réalise vraiment ce qu’il se passait et qu’il s’écroule contre le mur, en riant.

"Ah c’est vous !" dit-il d’une voix enrouée, en essuyant un peu de sang dans ses cheveux.

"Euh... bon anniversaire, Dorai," dit un des hommes, en regardant son bras coupé sur le sol. Du sang giclait sans cesse de son moignon.

"Je suis vraiment désolé pour ton bras, Yazaki," dit Dorai, à moitié mort de rire. "Vous êtes les meilleurs, les gars, vraiment."

"Ca m’a l’air malsain, les mecs," dit Turi à voix basse, "Ces types sont peut-être tous des Kolat. Nous ferions mieux d’être très prudent."

"Oui, faisons attention," dit solennellement Toku.

"Venez, faites entrer vos amis," murmura un homme chauve avec des tatouages sur ses bras et son torse, "Nous avons du gâteau."

"Ouais, du gâteau !" dit Toku, dépassant tout le monde en courant et entrant dans la cabane.

Alors nous avons suivi Toku dans la cabane, les Kolat rassemblés étaient tout autour de nous. Un vieil homme à la porte sourit et nous accueillis, avant de tendre à chacun d’entre nous une assiette avec du gâteau et une petite crécelle ou un sifflet.

"Wow," me dit Sanzo, en regardant son petit sifflet, "Serait-ce un cadeau des Kolat ?"

Tout autour de nous, des hommes et des femmes ordinaires étaient assis en train de boire du punch et de déposer des cadeaux sur une grande table. Turi avait un air maussade et restait debout, le dos collé contre le mur, convaincu que toutes les personnes ici étaient des Kolat. Kado s’approcha de la table, regarda autour de lui, et commença à vider ses poches.

"Bon anniversaire," dit-il, en posant le Médaillon de la Nuit, le Gunsen de l’Eau, un tapis volant, trois flèches de cristal, le Douzième Parchemin Noir et la Terrible Machine de Guerre de Fu Leng sur la table.

Tout le monde se mit à le regarder.

"Ils sont tombés d’un camion," dit-il.

"Garou ?" demanda Toku en se tournant vers moi, "C’est quoi un camion ?"

"C’est un genre d’oiseau," dis-je.

Dorai était au centre de l’attention, riant, gloussant, acceptant des cadeaux, et s’excusant sans cesse d’avoir tué des gens. Il s’avança petit à petit vers moi, s’écartant des autres invités.

"Garou," dit-il, "Je peux te parler une minute ?"

"Bien sûr, Dorai," dis-je, "Quoi de neuf ?"

"Tu te souviens de cette discusion que nous avons eu, dans les provinces de la Grue ? Où nous disions combien les temps avaient changés ?"

"Ouais, je suppose. Pourquoi ?"

"Et bien, Garou, je représente une certaine faction qui cherche à empêcher la dégradation de l’Empire, qui cherche à nous sauver de nous-même. Tu sembles être le genre de personne qui pourrait travailler avec nous. Toutefois, nous sommes un groupe ancien, secret et très sélectif, et tu n’es probablement même pas au courant de notre existence."

"Tu veux parler des Kolat, c’est ça ?" demandai-je.

"Urt !" bafouilla Dorai, en se frappant sur le front, "Kado t’a tout dit, hein ?"

"Euh, non," dis-je, "Tout le monde connait les Kolat."

"Hé, hé," gloussa nerveusement Dorai. "Euh, ’tout le monde’ qui, exactement ?"

"Tout le monde tout le monde," répondis-je, "C’est de notoriété publique. Lorsque nous étions à Otosan Uchi, Toturi coupait des Kolat en deux un peu partout. Hé, même Toku vous connait."

"Ben merde," dit Dorai, en s’asseyant lourdement sur une chaise. "Je ne savais pas tout ça. On est foutus, mec."

"Hé, t’inquiète pas, Dorai," dis-je, "C’est pas parce que tout le monde vous connait que ça veut dire que tout est fini."

"Le Kolat est une société secrète, Garou," dit Dorai, avec effronterie, "Et le mot-clé dans cela, c’est ’secret’. C’est vachement dur d’aller assassiner et kidnapper des gens si tout le monde sait qui vous êtes. Et les pauvres agents en sommeil..."

"En sommeil ?" demandai-je.

"Ouais," dit-il, "Les gens à qui nous avons fait un lavage de cerveau de façon subliminale. Conditionnés à agir sur un simple mot. J’espère qu’ils s’en sortiront."

"C’est ridicule," dis-je, "On dirait que ça sort d’un jeu d’aventures bizarres ou un truc du genre. Ca n’existe pas, ces trucs-là."

"Ouais, c’est vrai Garou. Bien sûr que ça n’existe pas," dit Dorai. "Quoi qu’il en soit, est-ce que tu serais intéressé de devenir un Kolat ?"

J’y réfléchis pendant un minute. "Et que devrai-je faire ? Devrai-je assassiner des gens et tout ça ?"

"Et bien, non, pas nécessairement," dit Dorai, "Je veux dire, peut-être que tu devras le faire parfois."

"Ah," dis-je, "Ca me semble quand même pas très sympa, selon moi."

"Crois-moi, Garou," dit Dorai, "On ne tue personne pour le plaisir, c’est toujours par nécessité."

"Je vois," dis-je, en cherchant la porte du regard.

"Et nous avons également de nombreux shugenja de grand talent. Nous pourrions peut-être t’aider pour ton histoire de poulet."

"Où est-ce qu’on signe ?" demandai-je instantanément.

"Suis-moi," dit Dorai, "Je vais te faire rencontrer le patron."

Dorai me mena dans une pièce en-dessous du couloir (c’était une hutte remarquablement grande) où deux grands gardes bloquaient la porte. Dorai leur fit un signe de tête et ils se poussèrent sur le côté. Nous entrâmes dans une salle faiblement éclairée où un homme agé portant une robe brune était assis sur un trône noir. Il portait un mon abimé de la famille Akodo sur son kimono, au niveau de la poitrine.

"Maître Kage," dit Dorai, en s’inclinant très bas, "Je vous ai amené un autre candidat potentiel pour le Programme."

Kage demeura immobile, nous observant.

"Son nom est Garou, anciennement membre de la famille Yasuki. C’est un shugenja et un guerrier talentueux. Il a reçu le pouvoir d’un tatouage Dragon d’Hitomi elle-même. Il a combattu contre les forces de Fu Leng et contre la Sombre Voie de l’Ombre, et il est toujours là pour en parler."

Kage croisa les mains et plissa les yeux.

"Parmi ses alliés se trouvent un magistrat Lion de grand talent, le Capitaine de la Garde Impériale, et le porteur d’une des fabuleuses épées de sang. Ce sont des héros de prophéties et de légendes."

Kage caressa sa longue barbe blanche.

Dorai soupira et me regarda. "Son oncle est Yasuki Taka lui-même. Il a encore de nombreux alliés au sein de la famille Hiruma et des hordes de Nezumi le considèrent comme leur plus grand ami. Je crois qu’il ferait une magnifique recrue pour le Programme."

Kage demeura immobile.

"Maître ?" demanda Dorai, hésitant.

"Hein ?" demanda Kage, sursautant et hochant la tête. "Dorai ? Depuis quand es-tu là ?" Il poussa un petit gloussement aigu et se mit à fixer le mur à nouveau.

"Maître Kage ne va pas très bien depuis le Jour des Tonnerres," dit paisiblement Dorai. "Kyoso no Oni lui a fait une chose innomable et ça lui a détraqué le cerveau."

"Qu’a-t-elle fait ?" demandai-je.

"Je ne le sais pas exactement," dit Dorai, "Mais il n’arrête pas de sourire."

Kage sourit.

"Tu vois ?" dit Dorai, "Ca fout les jetons."

"Vous voulez des bonbons, les enfants ?" demanda Kage, en tendant un plateau de sucreries durcies, "Peut-être que vous pourriez rester un moment, on pourrait se regarder un film ?"

"Peut-être plus tard, Maître," dit Dorai, "Je suis juste venu pour vous demander si je pouvais commencer l’entraînement de Garou en tant que Kolat ?"

"Hm ?" demanda Kage, "Bien sûr, bien sûr, pourquoi pas ?" siffla-t-il, "C’est bon, il est pris. Toute façon, c’est pas comme si ça changeait quelque chose. Les jeunes garnements ne prennent plus le temps de rendre visiter à un vieil homme, de nos jours. Ils restent juste ici assez longtemps pour apprendre le truc de télépathie, et puis ils vous abandonnent. Il n’y a plus la moindre gratitude."

"Le truc de télépathie ?" demandai-je.

"Je te montrerai plus tard," soupira Dorai, "Maintenant, sortons d’ici avant qu’il essaie de nous faire boire sa soupe aux nouilles faite maison."

"Pas si vite !" cria une voix et Turi fit irruption dans la pièce avec Sanzo et Toku derrière lui, "Enfin, nous nous rencontrons, Akodo Kage."

"Oh, bonjour," dit Kage, et il s’inclina.

"Pas si vite !" cria une autre voix et la porte du fond de la salle s’ouvrit brusquement. Cinq gardes du corps Kolat firent irruption dans la salle, armés de mousquets pointés sur nous.

"Oh, merde," dit Turi, et il lâcha son épée.

"Pas si vite !" cria une autre voix. Une autre porte de la salle s’ouvrit brusquement et un grand samurai avec un masque gris effrayant fit irruption dans la pièce, le katana à la main. Il désarma tous les mousquetaires d’un seul coup.

"Vous !" cria Kage.

"Vous !" cria le samurai.

"Vous !" siffla Kage.

"Vous !" siffla le samurai.

"Qui êtes-vous ?" demanda Kage d’un air distrait.

"Je suis Kakita Toshimoko, espèce de vieux crétin sénile !" cria-t-il, en arrachant son masque et le jetant derrière lui. Je vis Kado le ramasser et le glisser dans sa poche.

"Toshimoko !" m’exclamai-je, "Vous êtes vivant !"

"Oh, hé, Garou, comment ça va ?" demanda-t-il, "Comment ça se passe avec le kidnapping ?"

"Pas très bien," dis-je, "Shahai a transformé Toturi en poulet."

"Encore ?" s’exclama Toshimoko, "Ah, la petite... Bon, pas grave, je vais arranger ça, Garou. Laisse-moi d’abord m’occuper de ce Maître Kolat en vitesse. Toshimoko chargea en direction de Kage, l’épée tirée.

"Sanzo," dit rapidement Dorai, "Bah-weep-gragnah-weep-nini-bong."

Sanzo eut un air absent sur son visage et il tendit la jambe pour faire un croche-pieds à Toshimoko. Le Grue Gris s’effondra lourdement sur le sol.

"Par tous les dieux !" m’exclamai-je, "Sanzo est un agent en sommeil !"

"Mmquoi ?" dit Sanzo, en hochant la tête, à moitié endormi, "Où suis-je ?"

"Pas si vite !" cria encore une autre voix et un gaijin de corpulence mince sauta à travers la fenêtre, un air dément sur son visage.

"Quoi ?" dirent à l’unisson toutes les personnes dans la pièce.

"Je suis Alhundro Cornejo !" cria-t-il fièrement, "Je suis miraculeusement de retour et je suis venu pour détruire mes assassins ninja !"

"Nous ne sommes pas des ninja," dit Dorai, "Nous sommes des Kolat."

"Oh," dit Alhundro, "Mon visage est rouge de honte."

"Sortez d’ici, par Jigoku, espèce de crétin !" gronda Turi.

"En fait, c’est vraiment une foutue bonne idée," dit Cornejo, "Je crois que tout le monde ferait mieux de sortir, en fait."

"Pourquoi donc ?" demandai-je.

"Euh..." répondit Cornejo, en rougissant, "Je crois que j’ai utilisé une mèche un peu courte."

"Quelle mèche ?" demanda Toku.

Le bâtiment explosa.

A SUIVRE

Charge glorieuse vers l’Episode IX


Tous les zolis petits dessins ont été créés par Rich Wulf.



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