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Rokugan 2000

Rokugan 90210

Episode X

lundi 13 juillet 2009, par Yasuki Garou

Contient : Le tour du monde : Trucs en vrac, La Guerre des Cieux - Parties un, deux et trois

HANTEI XXIII
LYCEE PUBLIC
ALBUM DE FIN D’ANNEE

Alhundro Cornejo

N’aura probablement jamais de carte Expérimenté

Goju Adorai

Futur Manipulateur Professionnel

Balash

Programme d’échange d’étudiant Naga

Demi-tour vers l’Episode IX (de toute manière après y’a plus rien...)

Le tour du monde, partie sept : Quelques trucs...

"Gloire à Hida Yakamo," criai-je, "Héros du Clan du Crabe, revenu à la vie par le pouvoir de l’Oeil Pâle et l’Oeil Brillant !"

Les naga levèrent tous leur arc vers le ciel et l’acclamèrent bruyamment. J’espérais qu’aucun d’eux ne remarquerait qu’ils n’avaient pas vraiment ressucité Hida Yakamo comme ils l’avaient espéré, mais qu’ils avaient à la place utilisé leur artefact le plus précieux et unique pour rendre la vie à un poète Grue un peu fluet. Bien sûr, ils s’en rendraient compte tôt ou tard, mais j’espèrais que nous serions très loin d’eux à ce moment là.

"Hé, il ne ressemble pas-" commença Toku, mais il fut promptement coupé par Matsu Turi qui plaqua sa main devant la bouche du petit bushi.

Kakita Shijin observa la forêt autour de lui, d’un air indécis. Le petit poète était appuyé lourdement sur son tetsubo, pratiquement incapable de supporter le poids de l’armure d’Hida Yakamo. Le grand heaume de guerre glissa devant ses yeux, et le Grue tenta maladroitement de le remettre une nouvelle fois en place, alors que l’extrémité de ses doigts ne touchaient pas le fond des gantelets de Yakamo.

"Il a l’air un peu petit pour un Champion Crabe," dit Balash, en observant le prétendu Yakamo d’un air incertain.

"Tu as raison, Balash," ajouta Shagara, "Il ressemble plus à un Grue, selon moi."

"Il est juste fatigué," dis-je. "Il est resté mort pendant quelques temps, alors il a perdu beaucoup de poids. Mais il se sentira mieux bientôt, croyez-moi." Je tapotai gentiment Shijin dans le dos, et il s’écroula visage en avant avec un bruit sourd.

"Aidez-moi," gémit Shijin.

"Vous êtes sûrs de ne pas avoir ramené Hida Sukune par accident, les gars ?" demanda Sanzo, en baissant les yeux vers le petit homme étendu sur le sol. Turi lança au ronin un regard grave. Je crois que le Lion avait compris la quantité de problèmes dans laquelle nous étions et le paquet de poussières à glisser rapidement sous le tapis afin de sortir d’ici vivant. Ce n’était pas vraiment ma faute si le Shashakar avait ressuscité la mauvaise personne, mais avec notre chance, il n’y avait aucun doute que nous serions ceux qui seraient accusés pour ça.

"Qu’est-ce que le Shashakar peut nous dire à ce sujet ?" demanda Shahadet, en plissant les yeux d’un air suspicieux.

"Le Shashakar est mort," dis-je. "Il est mort en utilisant la Perle de l’Oeil Pâle pour ramener Shij- euh, Yakamo à la vie."

"Aucun naga ne meurt jamais," railla Balash. "Le Shashakar aurait dû passer son pouvoir, sa mémoire et son esprit à un autre naga avant de quitter le plan terrestre. Telle est la voie de l’Akasha. Et donc, quels autres nagas se trouvaient dans les environs lorsque le Shashakar s’est éteint ?"

"Aucun naga," dis-je. "Mais il m’a pris par erreur pour l’Ashamana." Je me suis rappelé alors de la petite bourse que le shugenja naga m’avait donné avant de muorir, en me confondant avec un jeune Ashamana. J’ai sorti la bourse et jeté un coup d’oeil à l’intérieur. Elle était remplie de perles magiques et scintillantes. Tous les naga firent soudain une profonde révérence tout autour de moi. Ma mâchoire faillit se décrocher.

"Gloire au nouveau Shashakar !" s’exclama fièrement Damesh. "Nous devons te faire rencontrer notre meneur immédiatement !"

Avant que je puisse protester ou m’éclipser, Damesh et Shahadet se postèrent à mes côtés et me guidèrent à travers le campement naga. Un autre grand naga ramassa Shijin-Yakamo et l’emporta avec nous. Sanzo, Turi, Toku et Seou suivirent de près. Matsu Turi se glissa rapidement à côté de moi, une expression de curiosité sur son visage.

"Bon, et maintenant ?" murmura-t-il. "Pourquoi est-ce que Kakita Shijin est habillé comme Yakamo ?"

"Tu connais Shijin ?" demandai-je.

"On se connait," dit Turi avec un sourire sarcastique. "Il était en classe d’anglais avec moi à l’école. Mec, ce type était vraiment le plus gros lèche-cul que je connaisse. Ses poèmes puaient tellement fort qu’on devait les sentir jusqu’aux cieux célestes, mais il avait quand même les meilleures notes."

"Je pensais qu’il était un grand poète," dis-je.

"Ben, ça c’est la théorie," répondit Turi. "En vérité, c’est le cousin de Kakita Yoshi. Yoshi voulait son propre petit poète, alors il a commencé à faire une publicité monstre pour lui. Je te jure, il fallait vraiment qu’un mec meure pour que ce crétin arrive à écrire un poème décent. En plus, bien que la plupart de ses poèmes étaient pourris, les gens les achetaient parce que Yoshi leur disait de le faire."

"Wow !" dit Sanzo, en s’invitant soudain dans la conversation. "Ca me fait vraiment penser aux Backstreet Boys."

"Sanzo, si c’est pour raconter des conneries sans aucun sens, je préfère que tu la fermes," dit Turi, énervé. "Garou et moi, on essaie de parler ici."

"Hé, désolé de vivre," Sanzo leva les yeux au ciel et s’éloigna les mains dans les poches. "J’essaie de faire quelques références de pop-culture humoristiques et tous les gens non-anachroniques me sautent dessus pour ça. Pfff."

"Il me fait peur, parfois," dis-je simplement. Turi acquiesça.

Nous arrivâmes rapidement à une tente plus grande que toutes les autres. Une grande bannière peinte à la main claquait devant la porte, sur laquelle on lisait "Qamar".

"Quay-mar ?" dit Toku, en lisant le signe.

"C’est le nom de notre grand dirigeant immortel," répondit Shahadet. "Et dans votre langue, on le prononce ’Ka-Mar’."

"Ka-Mar," dit Toku en riant, "C’est le Champion des Prix ?" (NdT : petit jeu de mot intraduisible sur le nom d’une célèbre chaîne de supermarchés américaine)

Tous les nagas dévisagèrent Toku et il cessa de rire.

"Désolé," dit Toku à voix basse.

J’écartais le rabat à l’entrée de la tente et entra. Les nagas emmenèrent également Shijin-Yakamo. Turi, Toku, Sanzo et Seou suivirent. Les autres naga quittèrent lentement les lieux, nous laissant seuls en présence du Qamar.

Le Qamar n’était pas un naga particulièrement grand, mais il était très digne. Son visage était anguleux, ses écailles étaient d’une couleur bleu nuit, et ses bras et son torse étaient très musclés. Un grand arc et un carquois pendait sur le côté la large pierre sur laquelle il était enroulé. Il se redressa, posant son menton au creux de sa main, un air extrêmement ennuyé sur le visage. C’est alors que je me rappelai de la raison pour laquelle nous étions venus dans le campement naga à l’origine. Pour retrouver Kakita Toshimoko, qui était supposé connaître une manière de ramener Toturi le Poulet Noir à sa forme originelle.

"Salutations, grand Qamar," dis-je. "Je suis Fuzake Garou, le nouveau Shashakar. Je suis venu pour vous demander où se trouve Kakita Toshimoko, le Grue Gris."

Le Qamar plissa le front. "Si vous êtes le nouveau Shashakar," dit-il. "Alors il vous suffit de demander à l’Akasha où se trouve Toshimoko. Avez-vous déjà essayé ?"

"Euh... non," dis-je.

Le Qamar soupira. "C’est pas comme si j’étais occupé ou quoi," dit-il, en faisant un geste ample désignant la salle clairement vide. "Tout le monde veut me voir pour que je solutionne leurs problèmes à leur place parce que je suis le tout puissant Qamar. Comme si j’avais demandé pour être le Qamar. Tout ça juste parce que le vieux Qamar est mort pendant le Jour des Tonnerres et que j’étais le premier à trébucher sur la lance de ce stupide serpent mort. Et maintenant à cause de ça, je suis le Qamar. Youpie, je suis trop content. Enfin, peu importe. C’est quoi le problème avec ce Grue ?" Il tendit le doigt vers Shijin. "Et au nom de Jigoku, pourquoi est-il habillé comme Hida Yakamo ?"

"Ce n’est pas un Grue," dit vivement Turi. "C’est Hida Yakamo ! Voyez, il a un tetsubo !"

"Oui, et je vois qu’il peut à peine le soulever," dit le Qamar. "Qu’est-ce qui s’est passé, Shashakar ?" Le Qamar regarda droit dans ma direction.

"Euh," dis-je, soudain mal à l’aise. "Je pense que le naga a ramené le mauvais corps à la vie. Il portait l’armure de Yakamo mais ce n’est pas Yakamo."

Le Qamar marmonna quelque chose en langue naga. Je ne comprenais pas ce dont il s’agissait, mais ça sonnait comme un chouette juron, alors je fis mon possible pour le mémoriser. "Je savais que ces oni nous cachaient quelque chose ! C’était une trop bonne affaire !"

"Affaire ?" dit Toku. "Vous avez fait un pacte avec des habitants de l’Outremonde ?"

Le Qamar fit une moue de dégoût. "En le disant ainsi, tu fais passer l’arrangement pour pire que ce qu’il est," dit-il. "Non, ce n’était pas un de ces arrangements du genre ’vends-nous ton âme et ton nom’. On avait besoin du corps de Yakamo pour aider un peu le Crabe et nous excuser de l’avoir fait tuer. Malheureusement, le corps était quelque part au milieu de l’Outremonde. Ca nous semblait un peu difficile de se taper un tel chemin, le trouver et le ramener, alors on a juste filé une poignée de koku à Oni no Pekkle et on lui a demandé d’aller chercher le corps de Yakamo."

"Pekkle ?" m’exclamai-je. "Pekkle n’arriverait pas à transporter le corps de Yakamo si elle le trouvait."

"Hé, nous ne le savions pas à ce moment-là !" rétorqua le Qamar. "A la réflexion... à la réflexion, je pense que c’était une mauvaise idée. Mais c’était tout ce que nous avions. C’est difficile de trouver des bonnes idées lorsque vous faites partie d’un groupe avec une conscience commune ! Tout le monde arrive tout le temps avec les mêmes idées. C’est vraiment frustrant parfois. Mais bon, vous devriez le savoir ; vous faites partie de l’Akasha, maintenant."

"Ouais, en parlant de ça," dis-je. "Tout le monde me répète sans cesse que je suis le nouveau Shashakar, mais je ne me sens pas très différent. Je ne sens pas votre Akasha, je n’ai pas les souvenirs du vieux Shashakar, je me sens vraiment pareil."

"Pareil ?" dit le Qamar. Ses sourcils se froncèrent légèrement. "En êtes-vous sûr ? Vous ne vous sentez pas différent du tout ? Rien n’a changé ?"

"Hmm..." dis-je. "Je pense que j’ai une petite douleur à l’estomac."

"C’est l’Akasha !" s’exclama le Qamar. "C’est sûrement ça. Tu le ressens comme si... euh... ton estomac s’agitait avec les souvenirs d’un millier de naga... comme... euh... comme si à travers une indigestion, ton âme flottait dans la mer de l’Akasha... euh... euh... comme si tu avais mangé du maïs."

"Balivernes !" cria soudain Sanzo. "Toute cette histoire d’Akasha sonne comme une vaste blague !"

La lèvre inférieure de Qamar s’affaissa. Il avait l’air d’être sur le point de pleurer.

Je me suis rapidement mis devant Sanzo. "Ne l’écoutez pas, Qamar, il plaisantait simplement," dis-je. "Hé, vous savez quoi, je... je peux sentir l’Akasha maintenant !" Je supprimai toute expression de mon visage et je me suis mis à fixer le plafond. "Ouaip ! Il est là ! Je peux sentir les pensées et les émotions de la race naga toute entière !"

"Vraiment ?" dit le Qamar avec optimisme.

"Oh, ouais," acquiesçai-je. "Ouais, vraiment. En fait, je peux sentir vos pensées en ce moment. Devinez à quel nombre je pense, Qamar ?"

"Quatre," dit le Qamar plein de confiance.

"Juste !" mentis-je. "C’est incroyable ! Maintenant, essayez ça. Je suis en train de penser à l’endroit où je peux trouver Kakita Toshimoko. Devinez donc l’endroit auquel je pense."

"Le Château Shiba !" dit le naga avec fierté.

"Juste !" répondis-je. "Bon, ben, nous devons partir, maintenant. C’était chouette de parler avec vous, mais nous devons ramener ce Shijin-Yakamo chez lui avant que son clan ne commence à s’inquièter."

"Hé, attendez !" dit le Qamar. "Maintenant, devinez à quel nombre je pense !"

Je lançai un regard nerveux à mes amis. "Nous devons vraiment partir. Maintenant." Seou comprit et sortit rapidement de la tente. Sanzo et Turi attrapèrent chacun un des bras de Shijin et le tirèrent vers la porte. Malheureusement, tout le monde n’avait pas été aussi observateur.

"Oh, vas-y, Garou !" dit Toku. "Devine le nombre auquel il pense ! Ca va êter marrant ! Tu l’as deviné, hein ?"

Je décochai mon regard le plus cinglant à Toku, qui se contentait de me regarder en souriant bêtement. "Très bien," dis-je. "Vingt-quatre."

Le Qamar plissa les yeux. "Trois cent soixante huit," dit-il. "Pourtant vous disiez faire partie de l’Akasha, n’est-ce pas ?"

"Non, non," dis-je. "Trois cent soixante huit aurait été ma réponse suivante."

"Vraiment ?"

"Oui." J’attrapai Toku par le col et je le tirai rapidement vers la sortie de la tente. Le Qamar nous regarda partir calmement, à nouveau confiant en les pouvoirs de son Akasha.

Nous nous précipitâmes à travers le campement naga aussi rapidement que nous le pouvions, répondant à peu de questions. S’il y avait vraiment un Akasha dont je faisais partie, je voulais m’éloigner le plus possible avant que les naga ne commencent à lire dans mes souvenirs et découvrent ce que j’avais fait à ce pauvre Kazaq aux début de nos aventures, il y a bien longtemps. Et s’il n’y en avait pas, il fallait que je sorte d’ici avant que je ne devienne aussi dingue que les autres. Kakita Shijin soufflait péniblement pour tenir le rythme alors que nous marchions dans la forêt, la lourde armure d’Hida Yakamo lui dérobait toute son énergie.

"Enlève cette stupide armure," dit Yotsu Seou. "Ca te ralentit."

"Bonne idée," dit Shijin, soulagé. Le petit poète commença à retirer des pièces de l’armure et les jeta sur le sol.

"Hé, nous ne pouvons pas laisser cette armure derrière nous !" dis-je. "C’est l’Armure Ancestrale du Crabe ! C’est une relique sacrée ! On ne peut pas la laisser par terre dans la forêt !"

"Je n’ai pas d’armure ! Je vais la porter !" fit Sanzo.

"Je pense que je préfèrerais qu’on la laisse dans la forêt," dis-je.

"Tu pourrais porter l’armure, Garou," suggéra Turi.

"Je ne peux pas la porter," répondis-je.

"Pourquoi pas ?" demanda Turi.

"Ben... parce que je suis un magicien," répondis-je. "Je ne pourrai plus lancer mes sors ou combattre si je porte une armure."

"Non, Garou," dit Sanzo. "Je pense que tu penses à cet autre jeu."

"Tu devrais la porter quelques temps, Garou," dit Toku. "Juste le temps qu’on trouve des chevaux ou quelque chose pour la transporter."

"Pourquoi tu ne la porterais pas, Toku ?" demandai-je.

Toku eut le souffle coupé. "Et abandonner l’Armure Ancestrale du Clan du Singe ? Jamais !"

"Ton armure n’est pas encore Ancestrale, Toku," soupira Seou. "Il n’y aucun ancêtre du Clan du Singe. Tu es le seul Singe à l’avoir jamais portée."

"La tradition doit bien commencer quelque part," dit fièrement Toku. Il croisa les bras devant la cuirasse de son armure trop grande pour lui. "Je la porterai jusqu’à ce qu’elle *soit* ancestrale, et vous verrez !"

Je réalisai que je n’irais pas plus loin dans cette discussion. J’étais le seul qui pouvait porter cette armure, et ainsi fut fait. J’ai endossé la lourde et encombrante armure de métal et nous avons continué notre chemin à travers la forêt. La route pour le Château Shiba était encore longue et nous n’avions pas de chevaux. Je fus très rapidement trempé de sueur à l’intérieur de l’armure et j’attrapai un solide mal de tête. J’étais de plus en plus fâché, amer, et d’humeur instable à force de porter cette fichue carcasse de métal et d’osier. Etrangement, je commençais à mieux comprendre Hida Yakamo et Hida Kisada pendant cette petite marche. Bien sûr, ils avaient tous les deux un passé plutôt tumultueux mais n’importe qui pouvait devenir un pauvre type si vous étiez obligé de porter une énorme armure de métal toute la journée. Je pouvais résumer leurs sautes d’humeur en quelques mots que j’espérais ne jamais devoir prononcer ou entendre à nouveau.

Saleté de coquille en fonte.

Le jour suivant, nous étions assis autour de notre feu de camp, écoutant les bruits de la forêt et nous demandant sur quelle sorte de catastrophe nous allions tomber la prochaine fois. La nuit était très calme, et des ombres s’étiraient autour de nous. Je pense que nous étions tous un peu nerveux à cause du silence et de l’obscurité, suite à nos récents problèmes avec des ninja et tout ça. L’heure d’aller au lit était passée et donc, nous étions hors d’atteinte de Goju Adorai et de ses ninja, mais nous étions quand même vraiment nerveux. Je me suis retourné vers Kakita Shijin, espérant briser la tension ambiante.

"Et donc, tu es un poète, hein ?" demandai-je.

J’entendis Matsu Turi grommeler quelque chose à voix basse.

"Oui, c’est exact," dit Shijin en souriant. "Je suis le plus grand poète de toute l’histoire de l’Académie de Poésie Kakita."

"Et bien, pourquoi ne composerais-tu pas un poème pour nous, alors ?" suggéra Seou, adossée contre une souche d’arbre alors qu’elle essayait de trouver le sommeil. "Un haiku improvisé."

Shijin sembla surpris. "Un quoi ?" demanda-t-il.

"Tu ne sais pas ce qu’est un haiku improvisé ?" demanda Seou, en relevant un sourcil.

"Euh, non," dit Shijin. "Je suis plutôt du genre pentamètre iambique. J’écris des tas de poèmes pour la collection de Cartes de Voeux Grues de Kakita Yoshi. Peut-être avez-vous entendu parler d’eux ? Voici un de mes plus populaires :"

"J’ai entendu dire que vous étiez malade aujourd’hui
Et tout le monde en était très triste.
J’espère que vous vous sentez mieux aujourd’hui,
Comme ça nous ne serons plus si tristes."

Shijin fit un large sourire, attendant notre réaction. Son sourire disparut un instant plus tard devant notre silence abasourdi. "Vous n’avez pas aimé ce poème, n’est-ce pas ?"

"C’était *affreux*," cracha Sanzo. "As-tu seulement *essayé* d’écrire un truc bien ?"

"Les rimes sont plutôt réussies, je trouve," dit Shijin sur la défensive.

"Ce ne sont pas des rimes !" dit Sanzo. "Tu as réutilisé les même mots à chaque fois !"

"Très bien, en ce cas !" rétorqua Shijin. "Je voudrais bien te voir essayer de faire mieux, ronin !"

"Et bien, je pourrais sans doute y arriver," dit Sanzo.

"Je voudrais entendre ça," fit Shijin, froissé.

"Très bien," dit Sanzo. "Voici un haiku improvisé..."

On est tous restés assis pendant quelques moments, observant attentivement Sanzo. Sanzo leva les yeux, perdu dans une profonde réflexion. Je pouvais presque sentir l’odeur d’ozone dûe aux petits mécanismes qui grinçaient dans sa tête. Finalement, il revint à la réalité avec un sourire satisfait sur son visage.

"Ok," dit-il. "Préparez-vous à entendre ça :"

Il y avait jadis une fille appelée Hitomi
et tous les dragons disaient qu’elle était moche.
Elle ressemblaient peut-être à un homme,
Avec des mains d’obsidiennes
Mais ses montagnes étaient assurément bien dures."

Turi renifla bruyamment pour s’empêcher de rire.

"C’était moyen," dis-je. "Hitomi est une chouette fille et lorsqu’elle n’est pas habillée dans un de ces collants jaunes bizarres, elle est même assez féminine."

"J’sais pas trop, Garou," dit Turi. "J’ai jamais fait attention."

"Attends une minute," dit Toku. "Sanzo, tu essaies de nous dier que Hitomi... n’est pas un homme ?"

"Bien sûr qu’elle n’est pas un homme, Toku," dit Sanzo. "Tu sais, quand Garou est allé à la montagne Hitomi. Tu sais ce qui s’est passé là-bas, hein ? Je pensais te l’avoir raconté."

"Tu m’as dit qu’ils avaient passé leur temps à cuire des biscuits," dit Toku.

"Mais non, tu paraphrases, là," répondit Sanzo. "Ce que j’ai vraiment dit c’est que-"

"Les mecs !" les interrompis-je. "On pourrait pas parler d’autre chose ?" Je lançai un regard en coin à Seou. Elle avait toujours ce sourire amusé sur son visage et je détournai le regard, embarrassé.

"Bien sûr, Garou," dit Sanzo en haussant les épaules. "Turi, c’est ton tour."

"Pour quoi, un poème ?" demanda Turi. "Ou un truc en cinq vers humoristique et un peu cochon comme tu viens de faire ?"

"Les deux me vont," répondit Sanzo.

"Très bien," dit Turi. Son visage fut ridé par sa méditation pendant quelques instants. Ensuite, il fit un signe de tête de satisfaction. "Très bien, ce poème parle du Clan du Lion. J’ai beaucoup réfléchi sur comment laver notre nom après toutes ces choses maléfiques qu’ont fait Kitsu Okura et ses amis, et je suppose que ceci résume bien ma campagne..."

Le Champion de jade est peut-être fou,
C’est de sa faute qu’Akuma est revenu,
Mais il faut relativiser les choses avant tout,
Au moins, nous ne sommes pas des Grues.

Kakita Shijin sembla être sur le point de dire quelque chose, puis il se ravisa en se rappelant que Matsu Turi mesurait presque un mètre quatre-vingt.

"Quoi, c’est ça ?" demanda Toku. "C’est comme ça que tu crois que les gens vont arrêter de penser que les Lions ne sont qu’une bande de maho-tsukai et de collabos de l’Outremonde ? ’Au moins, nous ne sommes pas des Grues’ ?"

"Tu ne penses pas que ça va marcher ?" dit Turi.

"Oh mon salaud, c’est génial !" dit Sanzo. "Félicitations, Turi. Je voudrais y avoir pensé moi-même. Woah, Turi, on est vraiment de bons poètes."

"Aucun de ces poèmes n’est un vrai haiku," dit Seou en soupirant. "Ils n’ont pas le bon nombre de syllabes ni rien du tout."

"Et bien, pourquoi n’en ferais-tu pas un, Seou ?" demandai-je. "Montre-nous comment ça fonctionne."

"Ok, d’accord," dit-elle. "Cela ressemble à ceci :"

Arpentant la terre,
Les héros du Poulet Noir
Etrange destin.

On s’est tous tû un instant, réfléchissant à ce poème.

"Ca ne rime même pas," dit finalement Shijin.

"Ce n’est pas sensé rimer !" rétorqua Seou d’un ton fâché. "Ce n’est pas le but d’un haiku ! Tout est dans le rythme, la métaphore, l’histoire et toutes ces sortes de choses ! Tu es sensé communiquer quelque chose, pas de montrer à quel point tu es malin en trouvant des mots qui s’achèvent avec la même syllabe !"

"Il est évident que tu n’y connais rien en poésie," gloussa le Grue.

"Ben, terre et noir, ça rime un peu non ?" dit Toku, d’un ton conciliant. "Bon ok, c’est pas vraiment la syllabe, mais bon juste le R, ça peut aller quand même non ?"

"Vous n’êtes qu’une bande d’idiots," dit-elle, furieuse, en quittant le campement pour rentrer dans la forêt.

"Ca va aller pour elle ?" demanda Toku.

"T’inquiète, elle se débrouillera," dis-je. La dernière fois que j’avais essayé de suivre Seou, elle avait disparu. Je ne voulais plus me déranger à le refaire. "Bon, c’est le tour de qui ?"

"Le tien," dit Sanzo avec un sourire. "Je parie que tu pourras pas faire mieux que moi."

Je fis la grimace en regardant Sanzo, prenant son commentaire pour une insulte personnelle. Et en fait, ce fut une bonne idée. Il ne fut pas réellement difficile de trouver un poème après ça. Ca a surgi d’un coup dans ma tête.

Il y avait jadis un ronin appelé Sanzo,
Qui venait des terres du Dragon,
Il était tellement pressé,
De chasser la mort avec une furie aveugle,
Qu’il est parti en oubliant son pantalon, yo.

Tout le monde se mit à rire. Enfin, tout le monde sauf Sanzo.

"Je pensais que tu m’avais promis de ne jamais en parler à quelqu’un, Garou," dit Sanzo.

Je le regardai. "De quoi tu parles, Sanzo ?" ajoutai-je. "Je ne devais jamais parler de quoi ?"

"Euh, Sanzo ?" dit Toku. "Garou ne savait pas. C’est moi qui t’ai vu faire ça."

"Vu faire quoi ?" demanda Turi, observant Sanzo l’air curieux.

"Non, rien, c’est bon !" rétorqua Sanzo, en rougissant. "C’est le tour de qui maintenant ?"

"Moi !" dit Toku. "Et je suis tout excité parce que mon poème est tout prêt !"

"Bon," dit Turi. "Il est vraiment tard. Peut-être qu’on devrait penser à aller dormir."

"C’est vrai," acquiesça Sanzo. "Plus besoin de perdre encore du temps avec ces bétises. Bonne nuit tout le monde."

Toku plissa les sourcils, déçu. "Alors je vais pas pouvoir raconter mon poème ? Je suis un bon poète, sérieux !"

"Je suis sûr que tu l’es," dit Shijin avec un ton condescendant. "Maintenant, pourquoi n’irais-tu pas dormir et rêver de poésie ?"

"Non, sérieusement !" dit Toku. "Je suis un bon poète !"

Tout le monde ignora Toku, chacun préparant son sac de couchage et se couchant pour dormir. Je me suis senti mal pour lui, partiellement parce que c’était techniquement mon daimyo, mais surtout parce qu’il avait si pathétique. Je me suis bruyamment éclairci la gorge. "Les gars," dis-je. "Toku est vraiment un bon poète. Il a écrit le haiku mortuaire d’Agetoki, après tout. Et puis pensez au fait que c’est toujours Toku qui faisait les travaux scolaires à domicile à la place d’Agetoki. Je pense qu’on devrait lui donner une chance. Il a dû écouter tous nos poèmes dégueulasses après tout."

Turi grogna. "Bon, très bien," dit-il. "Mais fais vite, Toku."

"Okay !" dit-il d’un ton joyeux. Il lissa sa petite moustache et retira son heaume, préparant sa plus belle voix d’orateur. Toku commença :

Feuilles dorées d’automne
Tombe, tombe, le froid sur la terre
Tristesse et DES SCORPIONS !

"Hein ?" dit Sanzo. "Il a encore moins de sens que les autres. C’est quoi cette histoire de Scorpions ?"

La mâchoire de Toku était grande ouverte, et il tendit le doigt.

On s’est tous retournés. Suivant la route dans notre direction, dans l’obscurité de la nuit, avançaient des milliers de samurai, de shugenja et de paysans. Ils portaient le rouge et le noir du Clan du Scorpion exilé. Leurs visages étaient durs et déterminés. On s’est remis rapidement sur pieds et on a cherché un endroit pour se cacher.

"Non, non, Garou," dit Yogo Asami, en sortant de la forêt à l’autre côté de la clairière. "Je t’en prie, reste donc un peu. Nous avons beaucoup de temps à rattraper."

J’ai rapidement réfléchi à un truc à dire. C’était notre faute si le Scorpion avait été exilé dans les Terres Brûlées au début, mais heureusement, ils n’en savaient rien. Par chance, je réussi à agir calmement et de façon suffisamment décontractée pour qu’ils ne réalisent pas à quel point j’étais nerveux. J’avais seulement à éviter de dire quelque chose de stupide.

"Euh, joli bronzage," dis-je.

A SUIVRE...


La Guerre des Cieux, partie un...

"Turi !" gémit la voix de la samurai-ko. "Turi, tu dois sauver le Lion !"

La voix grave de Matsu Turi marmonna quelque chose en réponse. Je clignai légèrement des yeux, en émergeant de mon sommeil.

"Turi, tu dois stopper les Ikoma !" ajouta la femme.

A nouveau, Turi grogna quelque chose en réponse. "Hein ?" dis-je, en relevant le buste et en regardant autour de moi. Il me semblait être assis dans une pièce obscure. Non loin, Matsu Turi était assis avec la tête baissée, plongé dans sa méditation, son katana glissé dans son fourreau qu’il tenait des deux mains.

"Turi, tu dois arrêter Kitsu Okura avant qu’il soit trop tard !" dit la voix de Matsu Tsuko.

"Oui ma chérie," dit Turi.

"Turi, tu dois détruire Akuma !" ordonna-t-elle.

"Oui ma chérie," dit Turi.

"Turi, tu dois rétablir l’honneur et la gloire du Lion !" cria-t-elle.

"Oui ma chérie," dit Turi.

"Turi, est-ce que tu m’écoutes ? Tu ne m’écoutes pas, hein ?" la forme fantômatique de Matsu Tsuko surgit des ombres de la pièce. Elle croisa les bras devant sa poitrine et dévisagea Turi, en tapant du pied par terre.

"Ouais, j’écoute !" grogna Turi. "Pour l’amour de Dieu, je suis *occupé*, femme ! Je vais m’occuper de tous ces trucs pour le Lion mais je suis vraiment en plein milieu d’un sauvetage de l’Empire, pour l’instant !"

Tsuko souleva un sourcil spectral. "Vraiment," dit-elle. "A mes yeux, on dirait plutôt que tu es en train de jouer avec tes amis du Singe."

Turi soupira. "Très bien, très bien," dit-il. "Je vais le faire ! Je te le promets ! Mais je suis sûr de ne pas pouvoir sauver le Clan du Lion si tu viens jacasser et me casser les oreilles tous les jours !"

"Jacasser ?" dit Tsuko, en hochant la tête et en reculant d’un pas. "Alors comme ça, je jacasse, hein ? Ben, même avec mes ’jacassements’, je ne te vois pas beaucoup sauver le Clan du Lion, alors j’voudrais bien voir ce que tu ferais si je ne venais pas ! Et c’est quoi cette histoire entre toi et cette fille ? Cette nouvelle fille avec qui tu sors dont j’ai entendu parler ?"

"Je ne sors avec personne, c’est juste une amie !" gronda Turi. "De plus, ce ne sont pas tes affaires ! C’est fini entre nous ! Tu te rappelles comment tu m’as largué ? Oh, et, ouais, tu te rappelles comment tu es *morte* ? Tu ne crois pas que ça pourrait constituer un obstacle à notre relation, hein ?"

"Bien, prends-le comme ça," dit Tsuko avec arrogance. "J’aurais mieux fait de ne jamais te rencontrer. Tu ne me mérites pas. J’aurais dû choisir Matsu Yojo pour sauver le Lion."

"Il est mort aussi ! C’est de ça que je te parle !" rétorqua Turi. "Tu vis dans ta petite réalité, Tsuko. Tous les matins, c’est ’Turi sauve les Lions’, ’Turi, tue Akuma’, ’Turi, arrête Okura’, ’Turi, coupe tes cheveux’. Merde, t’es vraiment trop exigeante !"

Tsuko cligna des yeux. "Très bien," dit-elle. "Très bien, Matsu Turi. Très bien. Nous verrons comment tu te débrouilles sans Matsu Tsuko pour te guider." Elle renifla bruyamment, rejeta sa tête en arrière, fit claquer ses doigts et disparut subitement. Turi soupira profondément et inclina la tête, sa grande crinière bruissa assez fort.

"Que se passe-t-il ?" demandai-je, en observant la petite pièce autour de moi. Je ne me souvenais pas de cet endroit. J’avais une sensation d’engourdissement.

"Ben ça, Garou," dit Turi. "J’avais déjà entendu parler du phénomène de dépendance, mais cette Tsuko à côté, c’est rien du tout. Je n’ai jamais eu d’ex-petite amie qui m’appelle aussi souvent. Même depuis qu’elle est morte, elle continue de m’appeler. Si ça continue, va falloir que je pense à faire quelque chose pour ça."

"Ca pourrait être pire," dis-je.

"Comment ça ?" demanda-t-il.

"Ca pourrait être Kamoko."

Turi acquiesça rapidement, acceptant ce fait sans discussion. "Alors comment ça va, Garou ?"

"Où sommes-nous ?" demandai-je. "Je ne me rappelle pas de cet endroit. Je ne me souviens de rien. La dernière chose dont je me rappelle, c’est que nous étions dans les bois avec un tas de Scorpions."

"Ouais, tu es resté dans le cirage pendant un bout de temps, Garou," dit Turi. "Dans le coma. On ne t’a plus entendu dire un mot pendant deux mois. On était inquiet que tu sois mort ou pire."

"Ouais, ben, je ferais mieux de retrouver rapidement la mémoire," dis-je. "La dernière fois que ça m’est arrivé, je me suis réveillé en croyant être un Lion. Cette marque au fer rouge des Matsu me démange toujours."

Je regardai rapidement autour de moi. L’Armure Ancestrale du Crabe était posée contre un mur, en sécurité. Tout comme ma sacoche à parchemins magiques et mon chapeau du Clan du Singe. Toutefois, le sac de perles que le Shashakar m’avait donné avait disparu.

"Où est Sanzo ?" demandai-je rapidement.

"Sanzo ?" demanda Turi. "Je ne l’ai plus vu depuis un moment. En fait, plus depuis que tu as été assommé. Pourquoi ?"

"Pour rien," dis-je, en soupirant. Quelque part dans Rokugan, les reliques les plus sacrées de l’Akasha Naga étaient probablement utilisées pour acheter des chevaux d’occasion ou pour financer les goûts fétichistes de Sanzo pour le kabuki. Mais ce n’était pas le plus important pour le moment. Je frottai mes yeux et relevai la tête. "Que s’est-il passé, alors ?" demandai-je. "Est-ce que Yogo Asami m’a assommé ? Elle m’a empoisonné ou quoi ?"

Turi éclata de rire. "Ouais, tu rêves," dit-il. "Pire que ça, en fait. Je ne suis pas surpris que tu ne t’en rappelles pas. Les Scorpions n’étaient pas tous fâchés de te voir."

"Est-ce qu’ils savaient pour..." Ma phrase s’estompa.

"Pour le petit canard en peluche que tu as toujours baladé avec toi jusqu’à tes treize ans ?" demanda Turi. "Ouais, ils m’en ont parlé."

Je plissai le front. "Comment ont-ils—" Ma phrase s’estompa à nouveau. "Peu importe. Est-ce qu’ils savaient que c’est à cause de nous qu’ils ont été bannis ? Que nous avons kidnappé l’Empereur et que Toshimoko a rejeté toute la faute sur eux ? Est-ce qu’ils le savaient ?"

La mâchoire de Turi faillit se décrocher. "Vous avez kidnappé l’Empereur ? Et vous avez rejeté la faute sur les Scorpions ?"

Je marquai une pause. "Euh, ouais, Turi," dis-je. On te l’avait raconté, tu te souviens pas ?"

"Je pensais que vous l’aviez seulement transformé en poulet !" dit Turi. "Je ne savais pas que vous l’aviez kidnappé aussi ! C’est terrible ! Le déshonneur ultime !" Il me pointa du doigt. "Le déshonneur ultime sur toi !" Il tapota avec son doigt sur mon bras. "Le déshonneur ultime !" Il tapota encore. "Aucune clémence ! Quelle honte !"

"Turi, du calme," dis-je. "Tu n’as rien dit quand on t’a dit qu’on avait engagé une maho-tsukai et qu’on avait accidentellement transformé Toturi le Noir en Toturi le Poulet Noir, mais maintenant, tu me tapes sur le bras avec le doigt parce qu’on l’a kidnappé ? Tu réalises à quel point c’est stupide ?"

"Non," dit Turi.

"C’est vrai, j’oubliais," dis-je. "Tu es un lion. Peu importe, continue. Qu’est-il arrivé après ? Est-ce que les Scorpions m’ont torturé ou quoi ?"

"Non, ils se sont moqués un peu de Toku. Ils ont tous promis de rejoindre le Clan du Singe. Puis ils ont désigné du doigt la poitrine de Toku et lui ont demandé si c’était le mon du Singe qu’il portait sur sa cuirasse."

"Et qu’est-il arrivé ?" demandai-je.

"Ben, lorsqu’il a baissé les yeux pour regarder leur doigt, un des Scorpion lui a donné une chiquenaude sur le nez et s’est enfui en courant, tout en se marrant."

J’éclatai de rire.

"Hé, Garou," dit Turi, en fronçant un sourcil. "Toku n’est-il pas ton daimyo, maintenant ?"

J’y réfléchi pendant une seconde. "Hé," dis-je. "C’est vrai." Soudain, je me suis senti offensé. "Qui est le Scorpion qui a fait ça ?" demandai-je. "Quel était son nom ?"

"Jujun," dit Turi. "Soshi Jujun."

"Jamais entendu parler de lui."

"Tiens, regarde," dit Turi. "Il m’a donné sa carte." Il me tendit un petit morceau de parchemin rigide. On lisait dessus :

Soshi "Sauvage" Jujun
Traître du Clan du Scorpion
Pour toutes vos tâches de trahison.
"Vous avez essayé les autres ! Testez maintenant le meilleur !"
Mariages * Soirées Cocktail * Animation de Bar
Appelez quand vous voulez !

Je relevai les yeux vers Turi, curieux, puis je relus le papier. "Mais qu’est-ce que c’est que ça ?" demandai-je. "C’est une blague ?"

"Non, il semblait plutôt sérieux," dit-il. "Il m’a demandé s’il pouvait m’être utile. Je lui ai demandé quel genre de trucs pouvait bien faire un traître professionnel."

"Qu’a-t-il dit ?"

"Il m’a dit, ben, des trahisons et tout ça," Turi haussa les épaules. "Je lui ai demandé quel genre de trahison, si ça pouvait être par exemple raconter à l’Empire entier que le Clan du Scorpion avait rompu son exil ?"

"Et ?"

"Il m’a dit qu’il pouvait le faire, pour quatre koku."

"Et qu’as-tu fait ?"

"Je lui ai donné quatre koku."

"Tu as payé un homme pour qu’il trahisse son propre clan ?" demandai-je.

"Hé, je voulais voir s’il allait vraiment le faire !" rétorqua Turi. "C’est pas comme si j’avais kidnappé l’Empereur ou un truc du genre !"

"Un point pour toi," dis-je. "Tout bien réfléchi, je suppose que c’était une mauvaise idée."

"Shinjo en est sûre, en tout cas," dit Turi, en acquiesçant pensivement.

"Hm ?" dis-je. "Shinjo qui ? Yasamura ?"

"Non," dit Turi. "Shinjo. Comme dans Shinjo-Shinjo. Dame Shinjo. La kami. La Première Licorne. La Grosse Moche. La Femme Cheval. Enfin, je suppose que je ne devrais pas l’appeler la Femme Cheval, mais tous les autres sont plutôt adéquats. Elle était avec les Scorpions. Apparemment, elle est revenue avec eux."

"Shinjo ???" me suis-je exclamé. "La kami est revenue ? Oah, j’ai *vraiment* raté un paquet de trucs !"

"Ben, juste une kami, en fait," dit Turi, en levant un doigt. "C’est pas si grave. C’est pas comme si c’était Akodo ou quoi. Et puis je ne m’exciterais pas comme ça si j’étais toi, Garou. La dernière fois que tu as rencontré Shinjo, les choses ne se sont pas très bien passées."

"J’ai rencontré Shinjo ?" sursautai-je. "Je ne m’en rappelle pas. Qu’est-il arrivé ?"

"Ben, elle t’a regardé et a hurlé un truc comme quoi tu étais un kolat," dit Turi.

"Wow," dis-je. "Ben, techniquement, c’est vrai. Akodo Kage m’avait dit que je pouvais les rejoindre, bien que mon entraînement a été un peu abrégé lorsque... euh... Ginawa a coupé Asahina Dorai en deux."

"Oh, en parlant de ça, il est vivant lui aussi," dit Turi. "Il te remet son bonjour."

"Mais ???" dis-je. "Dorai est vivant ? Comment— bon, oublie ça," dis-je pour écarter le sujet. "Trop de choses confuses en même temps. Finissons cette histoire avec Shinjo. Qu’est-il arrivé après ?"

"Ben, elle a tiré sa grande épée pourpre et a commencé à charger," dit Turi. "Je me suis dit que les choses allaient vraiment mal se passer quand tous les Scorpions et les Licornes ont commencé à se mettre à bonne distance de nous. Sanzo, Toku et moi, on était prêt à combattre avec toi... enfin, Toku et moi en tout cas, mais tu nous as ordonné de nous mettre sur le côté et tu nous as dit que tu pouvais t’occuper de Shinjo tout seul."

"J’ai dit ça ?" répondis-je, incrédule. "J’ai défié un kami ? Mais qu’est-ce que j’espérais pouvoir faire ?"

"Tu lui as montré ton tatouage," dit Turi. "Pas la marque au fer des Matsu, mais celui avec la gonzesse Crabe en bikini avec un marteau. Celui que tu n’avais jamais montré à personne. Celui où il est indiqué ’Les Crabes font ça de côté’."

"Bon dieu," répondis-je, en me frappant sur le front. "A quoi est-ce que je pensais ?" Le tatouage était un don de Togashi Hoshi, qui dans un délire éthylique avait trouvé nécessaire d’inscrire un tatouage magique sur mon bras. Je n’avais aucun contrôle sur lui, ou si peu. Il avait un effet très puissant et dérangeant sur les femmes...

"Je suppose que tu te demandes ce que Shinjo a fait ensuite ?" dit Turi.

Je regardai Turi. "Bien sûr que je me demande ce que Shinjo a fait ensuite," dis-je.

"J’étais sûr que tu te le demandais !" dit Turi.

"Ouais, ben vas-y, raconte," dis-je.

"J’suis sûr que tu voudrais savoir !" dit-il, en souriant comme un idiot.

"Turi, c’est quoi le problème, là ?" demandai-je. "Raconte-moi ce qui s’est passé ! Tu te comportes comme Sanzo."

Le visage de Turi devint soudain calme et sans la moindre trace d’humour. "Hé, excuse-moi de vivre, Fuzake Garou," dit-il. "J’essayais juste de rendre l’histoire plus intéressante. Je *suis* un poète, après tout."

"Poète ?" remarquai-je. "Turi, tu n’es pas resté avec Kakita Shijin, hein ?"

"Tu veux dire Hida Yakamo ?" demanda Turi. "Ce poseur ? Bah. Non, je me suis dit que j’avais besoin d’un peu plus de culture. J’ai exercé mon talent pour la poésie et le conte."

"Vraiment ?" demandai-je. "Pourquoi ?"

Turi toussota et détourna le regard. "Euh, tu veux savoir la suite pour Shinjo, hein ?"

"Euh, ouais," dis-je, en revenant au point précédent. "Ouais, continue."

"Ben, elle s’est arrêtée," dit Turi. "Elle a jeté un regard à ton tatouage et elle s’est figée brutalement avec un air amoureux dans le regard."

"Wow," dis-je. "Ca c’est bon."

"Pas tant que ça," dit Turi. "Elle s’est arrêtée. Mais pas son cheval."

"Aïe," dis-je.

"Ben ouais," ajouta Turi. "Cette fichue bête t’a fait voler sur cinq mètres."

"Puis que s’est-il passé ?" demandai-je.

"Alors Toku et moi, on t’a relevé puis on a profité de la confusion pour foutre le camp !" dit Turi. "Tu avais assez de problèmes comme ça sans avoir besoin d’une kami folle d’amour à ta poursuite !"

"Bah, je sais pas," dis-je pensivement. "Je suppose que ça serait cool d’avoir une kami qui est amoureuse de moi."

"Garou," dit Turi, avec un air très sérieux. "Réfléchis-y. Tu as déjà vu le mon du Clan de la Licorne ?"

"Ouais," dis-je.

"J’ai un truc nouveau à te dire," dit Turi. "Je ne crois pas que c’est sensé être une Licorne. Je pense que c’est plutôt l’auto-portrait de Shinjo."

"C’est une jument ?" demandai-je.

"Non, mais elle y ressemble beaucoup," répondit le Lion. "Elle en a l’odeur aussi. De plus, j’ai le sentiment que la famille du Seigneur Lune était très soudée, si tu vois ce que je veux dire."

"Bizarre," dis-je. "Je suppose qu’on ne choisit pas ses dieux."

"Marrant que tu dises ça, tiens," dit Turi en gloussant.

"Pourquoi ?" demandai-je.

"Tu as la moindre idée d’où on est ?" demanda Turi.

"Euh..." je regardai autour de moi. "Non."

Turi acquiesça. "Je me disais bien. Tu te rappelles du château Morikage ?" demanda-t-il. "J’avais pris les choses en main et je vous avais aidé alors que je ne vous avais jamais rencontré auparavant. On avait couru et sauvé Toturi des griffes des ninja maléfiques, avant de repartir vers la Cour Impériale ! Tu te souviens de ce jour-là ?"

"Ouais," dis-je sèchement. Turi commençait à avoir une lueur berserk dans ses yeux, ce genre de regard que mon Oncle Taka avait chaque année aux alentours de la saison des achats pour Noël.

"Ce n’était pas marrant ?" demanda Turi.

"Euh..." Je cherchai une réponse en vain. Puis la porte de la pièce s’ouvrit. Toku entra avec un air morne sur son visage.

"Garou," dit-il en souriant soudain. "Tu es réveillé ! Juste à temps !"

"Pourquoi ?" demandai-je.

"Nous allons tuer Seigneur Lune !" dit Toku.

"Hein ?" dis-je. "Qu’est-ce que ça veut dire ?"

"Tu ferais mieux de jeter un coup d’oeil dehors, Garou," dit Toku.

Je sorti de la petite maison et j’arrivai dans la rue. Je reconnus immédiatement le coin comme étant le Village Stratégique du Nord. Il faisait très sombre, mais tout semblait être recouvert d’une lueur bleutée qui irradiait du nord. Je me suis tourné dans cette direction et j’ai sursauté.

La lumière remplissait une bonne moitié du ciel.

"Woah !" dis-je. "C’est depuis quand, CA ?"

"Depuis quelques jours," dit Toku. "Apparemment, ton ex-petite amie a fait quelque chose qui a foutu les nerfs à Onnotangu. Maintenant, ils se battent."

"Mon ex—" Je lançai un regard confus à Toku.

"Le type chauve," dit Toku.

Je levai les yeux au ciel. "Tu veux dire, Hitomi ? C’est elle qui a fait ça ? Pourquoi ?"

"Qui peut savoir pourquoi les femmes font ce qu’elles font ?" grogna Turi, qui venait de nous dépasser en marchant à grandes enjambées.

"Il ne va pas faire comme Agetoki, hein ?" demanda Toku, pensif.

"Je ne sais pas," dis-je. "J’espère seulement— MAIS QU’EST-IL ARRIVE A OTOSAN UCHI ????"

"Arrête de crier, Garou !" dit Toku, en se couvrant une oreille et en grimaçant. "Je suis à côté de toi !"

"M-m-m-m-m-m-mais—" Je pointai du doigt en bégayant. La capitale Impériale se dessinait à l’horizon. Des ombres noires planaient au-dessus d’elle. Les pierres de la cité semblait avoir vieilli de dix mille ans. La cité était en ruines. Je regardai Toku rapidement. "Elle n’est pas comme la dernière fois, hein ? Dis-moi que je ne suis pas en train de délirer là." J’attrapai ma tête des deux mains, comme si j’avais peur qu’elle puisse tomber. Mes genoux chancelaient.

"Du calme, Garou," dit Toku, en posant une main ferme sur mon épaule.

Je ne savais pas ce qui était le plus inquiétant : que le monde était en train de complètement s’effondrer ou que la seule personne qui semblait avoir encore de l’emprise sur lui-même était Toku.

"Bon, les gars, vous êtes prêts ?" demanda Turi. Il fit un signe de tête en direction d’une armée de samurai qui arrivaient vers nous, se préparant à prendre la cité d’assaut. A la tête du groupe se trouvait une grande samurai-ko en brillante armure violette, assise sur un destrier mesurant au moins deux mètres cinquante.

"Est-ce ... ?" demandai-je.

"Ouaip, c’est Shinjo," dit Toku. "Peut-être que tu ferais mieux de remettre l’Armure du Crabe. Elle pourrait ne pas te reconnaître avec ce masque."

"Bonne idée," dis-je, en disparaissant dans la maison.

"Salut Garou," dit le moine assis sur la chaise à l’intérieur. Je ne l’avais pas remarqué auparavant. Dans mon état déjà fort instable, je fus tellement surpris que je glissai et m’écrasai visage contre terre.

"Faites attention aux dalles," dit-il, sans relever les yeux du dernier numéro de l’Héraut Impérial. "Elles sont un peu branlantes depuis que l’Ombre s’est infiltrée dans la cité et a fait en sorte que tout se dégrade. Foutus ninja. Ca s’infiltre partout. Pire que des cafards, si vous voulez mon avis." La poitrine de l’homme était nue et d’étranges tatouages brillants tourbillonnaient dessus. Un grand chapeau pointu en paille était posé sur son crâne chauve et un bâton de bambou était appuyé contre le mur à côté de lui.

"Qui êtes-vous ?" demandai-je, en me relevant.

"Je suis Takao," dit-il. "Acolyte du Feu." Il se releva et s’inclina devant moi.

"Joli chapeau," dis-je.

"Merci," dit-il. "Il était en soldes."

"Que faites-vous ici ?" demandai-je.

"J’ai été envoyé par votre ami Hoshi Maseru," dit-il. "Je suis venu pour vous aider à vaincre l’Ombre et à rendre à Toturi le Noir son apparence normale."

"Wow," dis-je. "Vraiment ? Comment allez-vous faire ça ? Nous avons voyagé dans tout Rokugan pour trouver un moyen d’y arriver !"

"Le chemin est facile à suivre pour celui qui a des yeux pour voir," dit le moine avec un sourire. "Tel le soleil qui doit parfois se lever à l’ouest, le poulet doit aller gazouiller avec le soleil et le champignon doit toujours pousser du côté nord le plus à l’ouest de l’arbre, et tant qu’il y aura des chansons à chanter, il y aura des petites filles heureuses avec des cheveux éclatants et lorsque j’ai rencontré l’alligator, je lui ai souhaité une bonne journée et tout ce qui s’ensuit."

"Hein ?" dis-je. "Qu’est-ce que tout ça à comme rapport avec Toturi ?"

Le moine soupira. "Certaines personnes ne comprendront jamais."

"Merde !" dis-je. "Vous ne savez rien ! Vous ne savez pas comment le retransformer, hein ?"

"Si ça vous aide à vous sentir mieux de le croire, alors croyez-le," dit le moine. "Vous n’espérez pas transporter l’Empereur sous forme de poulet pour toujours, n’est-ce-pas ?"

"Ben, c’est spécial," dis-je. "Je pensais que Toshimoko était sensé nous aider... ou Shahai... ou quelqu’un, mais maintenant, vous venez et vous dites comme ça que vous pouvez tout arranger."

"Ouais," dit Takao. "Vous n’avez jamais eu le sentiment que vous étiez dans une histoire que l’auteur s’amuse à faire durer pour son propre plaisir ?"

"Quoi ?" dis-je. "Pourquoi cette remarque ?" Pour une raison inconnue, cette remarque m’avait grandement offensé.

"Oh, pour rien, puissant Fuzake Garou," dit Takao avec un ton vaguement moqueur. Il fit de petits guillemets avec ses doigts lorsqu’il dit ’puissant Fuzake Garou’. "Plus rien de tout ça n’a d’importance à présent. Tout ce qui importe, c’est que nous ramenions Toturi dans le Palais d’Otosan Uchi, dans le lieu à présent occupé par la marionnette d’Onnotangu."

"Onnotangu ?" demandai-je. "Je pensais que Goju Adorai était derrière tout ça."

"Oui, mais les vilains sont comme des crottes de nez. A chaque fois que vous croyez vous être débarrassé d’une, une autre plus grosse finit par arriver."

"C’était une métaphore vraiment stupide," dis-je.

"Hé, elles ne peuvent pas être toutes des chefs-d’oeuvre," dit Takao. "Quoi qu’il en soit, votre vieil ami Hoshi Maseru s’est récemment infiltré dans la forteresse d’Hitomi. Il nous a ramené ceci." Takao mit la main dans la poche de son pantalon et en sortit quelques portes-clés moches en plastique (le genre qu’ils vendent pour cinq koku pièce à la Maison Internationale du Tao), quelques mouchoirs et une paire de lettres abîmées. Il sépara les lettres et rangea le reste.

Je pris une des lettres et y jetai un coup d’oeil. "C’est d’Hitomi," dis-je.

Takao acquiesça. "Lisez-là."

Et je la lus.

"Mon bien-aimé Garou...
Pourquoi ne m’as-tu pas appelé ? J’attends depuis si longtemps que tu reviennes au Kyuden Hitomi. Si tu as peur de Kokujin, ben il est, disons, parti et tout ça, donc tu n’as plus à t’en soucier. Tu me manques vraiment. S’il te plaît, reviens vite. Je donnerais n’importe quoi pour te revoir, la lune, les étoiles, n’importe quoi. Je t’en prie, reviens-moi.
Hitomi."

"Etrange," dis-je. "Je n’ai jamais eu cette lettre."

"Oui, je sais," dit Takao. "Elle est datée de quelque part pendant la période où tu étais amnésique au Château Matsu. Regarde, voici la réponse..."

"La réponse ?" dis-je, troublé. Je pris l’autre lettre.

"Salut, ma poule !
Merci d’avoir écrit ! Malheureusement, je suis super occupé pour l’instant et je ne peux pas venir pour te voir. Mais bon. Si jamais tu me décrochais *vraiment* la lune et les étoiles, peut-être que je passerai.
Garou."

Je plissai le front. "C’est l’écriture de Sanzo."

"Oui," dit Takao en soupirant. "Je pense qu’il voulait vous rendre service, ou qu’il a essayé. Peut-être pensait-il que cette réponse permettrait qu’elle vous laisse tranquille. Malheureusement, il a sous-estimé la puissance de votre tatouage et le coeur d’Hitomi."

"Pourquoi voudrais-je qu’elle me laisse tranquille ?" dis-je, l’air interdit. "Hitomi est une chouette fille. Je l’aime beaucoup."

Takao cligna des yeux. "Vous plaisantez. Nous parlons de la même Hitomi, n’est-ce pas ? Ce truc androgyne et chauve, à moitié composé de roche et qui fait office de ratelier d’armes portable, qui vit au sommet de la montagne qu’ELLE A RENOMMEE D’APRES SON PROPRE NOM. C’est bien cette Hitomi-là ?"

"C’est juste son image publique," dis-je. "Elle est gentille, vraiment."

"Et apparemment totalement lunatique," dit Takao, en glissant les lettres dans sa poche. "Sanzo n’a pas idée de ce qu’il a fait. Elle a défié le Seigneur Lune lui-même pour vous récupérer, Fuzake Garou."

"Wow," dis-je. "Je suis flatté et un peu effrayé par ça."

"Et vous avez raison," dit Takao. "Vous avez regardé dehors ?"

"Ouais," dis-je, en glissant nerveusement ma main dans mes cheveux. "Seigneur Lune est venu pour détruire la terre. L’Ombre a envahi Otosan Uchi. Qu’allons-nous faire pour arrêter ça ?"

"Combattre," Takao haussa les épaules.

"C’est tout ?" demandai-je. "C’est ça le grand plan que vous êtes venu partager avec nous ? C’est ça la sagesse de Shinsei ? Merci beaucoup, Takao."

"Que voulez-vous dire ?" rit Takao. "Vous autres samurai êtes habituellement très heureux lorsque quelqu’un se contente de désigner une direction et vous dit d’aller casser des trucs. Pourquoi est-ce que vous êtes si difficile, d’un seul coup ?"

"Vous avez raison," dis-je, d’un ton sec. "Suis-je égoïste... Laissez-moi une seconde pour revêtir l’Armure Ancestrale du Crabe volée et je serai à vous."

"Très bien," dit Takao. "Je serai à l’extérieur."

Je lançai un regard plein d’appréhension à l’Armure Ancestrale du Crabe. Je ne voulais vraiment pas la remettre. Pas à cause de la responsabilité que ça représentait. Pas à cause de ses étranges pouvoirs magiques. Pas à cause de son histoire obscure et de l’étrange destin qui était voué à tous ceux qui l’avaient portée. Je pense... Je pense que c’était à cause de la coquille.

Ouais, c’était définitivement la coquille. Je ne savais même pas que les armures de samurai avaient des coquilles, mais pour le Crabe, ça devait être une idée géniale. Ils semblaient l’avoir imaginée et inventée pour cette tenue, et elle n’était pas conçue pour le confort.

Soupir.

Si vous ne savez pas ce qu’est une coquille, je ne vais pas vous le dire. Contentez-vous de vous réjouir de la chance que vous avez et continuez votre lecture.

Quoi qu’il en soit, après avoir à nouveau lutté contre l’armure, je ressortais. Je fis rapidement demi-tour lorsque je vis que Shinjo se tenait à moins d’un mètre de l’entrée.

"Et pour le Crabe ?" cria soudain Shinjo. Je m’immobilisai, pensant qu’elle me parlait. Heureusement, ce n’était pas le cas. "N’y aura-t-il aucun héros qui se dressera et qui représentera le Crabe contre cette terrifiante armée ? Un champion de chaque clan est nécessaire ! Nous devons nous unir !"

Je me mis à marcher plus vite.

"Hé !" cria quelqu’un. "Pourquoi pas ce type là-bas ?" La voix ressemblait étrangement à celle de l’ami de Makashi, ce nabot d’Hasame.

"Vous là !" dit Shinjo, en saisissant soudain la plaque d’épaule de mon armure.

"Euh... oui ?" dis-je, en essayant d’éviter le contact visuel. Elle n’avait pas l’air aussi laide que Turi l’avait décrite, mais ce n’était pas un canon non plus. Disons simplement que quelques siècles dans le désert avait un peu usé Shinjo. Bon, usé n’était pas vraiment le mot adéquat. Pour être plus descriptif, c’est comme si quelqu’un avait étiré son visage entre deux bâtons pour couper le vent pendant la nuit, puis avait relâché la pression. J’écartai immédiatement cette pensée un peu blasphématoire, de peur que Shinjo me piétine si jamais elle apprenait à quoi j’étais en train de penser.

"Vous tiendrez-vous aux côtés des héros de Rokugan - car les héros ne sont pas choisis par le destin mais par nécessité - pour combattre les ténèbres qui consument notre capitale ?"

"Euh, ok," dis-je.

"Excellent !" répondit Shinjo, sa voix s’achevant par un henissement. "Quel est votre nom, samurai ? Nous sommes-nous déjà rencontrés ? Vous m’êtes familier."

"Je suis..." Je choisis le premier nom Crabe auquel je pus penser. "Hida Unari." C’était un type que j’avais connu en classe de gymnastique au lycée. Je ne l’avais plus vu depuis des années.

"Hida Unari ?" dit Tsuruchi du Clan de la Guêpe, troublé. "Je pensais que Hida Unari était à Ryoko Owari."

"Il y a un autre gars appelé Hida Unari," dis-je. "C’est à lui que vous devez sûrement penser."

"Oh," dit Hasame, hésitant.

"Alors, bienvenue à Otosan Uchi, Hida Unari," dit Shinjo, qui me regardait toujours avec une expression curieuse. C’était comme si elle m’avait presque reconnu. Heureusement, l’Armure du Crabe avait la réputation d’être d’une certaine manière résistante à la magie, et je pense que ça déstabilisait ses capacités de perception mystique ou un truc dans le genre. Ou elle était seulement un peu myope. Elle avait le même genre de regard chevalin que Sanzo.

"Bon, qu’est-ce qu’on fait ici ?" demandai-je. "On dirait que la grosse baston se passe au Kyuden Hitomi."

"Ah, peut-être puis-je vous l’expliquer," dit une voix derrière moi.

On s’est tous tournés pour voir un grand homme en armure brillante bleu et noir. Un katana extrèmement bien aiguisé à son flanc. "Salut," dit-il avec un sourire chaleureux. "Salut à tous. Je suis le Champion de la Lune et je suppose que je vais être votre conquérant ce soir, si tout se passe bien." Il s’inclina. "Navré si je ne connais pas tous vos noms, je ne voudrais pas paraître impersonnel, mais vous êtes *vraiment* trop nombreux." Il gloussa. "Est-ce que vous allez bien ?"

"Bien sûr," dis-je. "Ravi de vous rencontrer."

Le Champion de la Lune sourit poliment. Il s’éclaircit la gorge et poursuivit. "Bon, très bien, alors voici l’explication. Le Seigneur Lune est vraiment quelqu’un d’occupé. Toutefois, il souhaiterait se venger de tous les pathétiques servants mortels de ses traîtres enfants déchus, en même temps..." Le Champion marqua un moment de silence. "C’est vous, au fait," dit-il, en écartant les mains d’un geste large pour inclure toute la foule. "Les pathétiques servants mortels de ses traîtres enfants déchus sont vous autres, messieurs. Sans vouloir vous offenser, c’est bien de vous qu’il s’agit."

"Nous le savons !" gronda Shinjo. "Nous savons ce qu’Onnotangu pense de nous !"

"Hé, pardonnez-moi !" dit le Champion. "Je voulais être sûr. Quelques-uns d’entre vous semblaient un peu confus, c’est tout. J’essayais seulement d’aider à comprendre. Bon, où en étais-je ?" Le Champion soupira et posa ses mains sur ses hanches, en jetant un vague regard vers le ciel.

"Vous alliez nous expliquer ce que nous faisons tous ici," dit Turi.

Le Champion claqua des doigts et désigna Turi. "C’est ça ! Merci, mon gars. Quoi qu’il en soit, Seigneur Lune et omnipotent et tout ça, mais il ne peut vraiment pas perdre son temps à tous vous massacrer et à corrompre votre Empereur lui-même. Il a d’autres choses à faire. Pourchasser le soleil. Tuer Hitomi. Eduquer l’Ombre. Ce genre de choses. Alors il m’a envoyé pour détruire la Cité Impériale et pour vous éclater un peu. Alors, je vais me rendre maintenant dans la capitale et lorsque vous serez prêts, vous viendrez me voir et on règlera tout ça. Mais dépêchez-vous, hein ! J’ai des ninja frais pour tout le monde !" Le Champion de la Lune se retourna et partit à son aise vers la cité d’Otosan Uchi, en sifflotant.

"Hooooo !" dit Hasame. "Des Ninja !"

"Et bien, il était vraiment poli," remarqua Toku.

"Les mégalomanes cherchant à conquérir le monde sont toujours polis," dit sèchement Shinjo. "Vous devriez rencontrer mon petit frère, un jour. Il offrait toujours les meilleurs cadeaux d’anniversaire. Il nous avait donné de magnifiques katana et des petites statuettes à collectionner d’ogre en obsidienne, et des poupées et ce genre de choses. Vous savez pourquoi ? Parce qu’il pouvait prendre l’air amer et mécontent lorsque Hantei lui offrait des chaussettes en retour. Même lorsqu’il *savait* que Hantei offrait des chaussettes à tout le monde, chaque année. Je vous jure, quel naze c’était, Fu Leng."

"Et bien, voila une phrase que je ne pensais jamais pouvoir entendre," observa Matsu Turi.

"Bon, allons-y," dit Shinjo, l’air un peu impertinent. "Nous avons beaucoup de monde à tuer aujourd’hui." Elle fit avancer son cheval, et l’armée se mit en route vers la cité. Je remarquai que des guerriers de chaque clan marchaient parmi nous. J’essayais de ne pas me faire remarquer et je restais autant que possible à l’écart des rares autres Crabes du groupe. J’espérais qu’aucun d’eux ne me reconnaisse. Toutefois, après un moment, j’avais tellement chaud que j’ai tenté de retirer mon mempo, l’air de rien.

"Hé, Garou !" cria une voix joyeuse dès que j’eu retiré mon masque. "Comment ça va ? Je ne t’avais pas reconnu !" Isawa Hochi me rejoint en trottant, avec un large sourire. Son yojimbo, Shiba Tetsu, était un pas derrière, en train de regarder vers la cité avec un air totalement terrorisé sur son visage.

"Chut !" Dis-je rapidement, en espérant que Shinjo ne l’avait pas entendu. "Je suis déguisé !"

"Oh," dit Hochiu acquiesçant. "Pas grave. Alors, mon pote, prêt pour la grosse baston ? Moi oui ! Enfin une chance d’en découdre !"

"Avec ?" demandai-je.

"Hein ?" dit-il.

"En découdre avec qui ?" demandai-je. "Les ninja t’ont fait quelque chose ?"

"Euh, non," dit Hochiu. "Mais mon père était Isawa Tsuke. Ca me donne pas mal d’excuses pour vouloir en découdre. Même avec les gens qui n’ont pas spécialement fait quelque chose. C’est un fameux boulot, mais je suis vraiment motivé."

"Je suis heureux pour toi," dis-je.

"Unari !" dit Turi, sautant soudain à mes côtés, l’épée tirée. "Regarde !"

Je relevai les yeux et vit le début du combat. Une armée d’ombres quittait la cité d’Otosan Uchi, chacune avec des griffes acérées et des yeux rouges brillants. Shinjo donna la charge et les premiers rangs furent attaqués par les ténèbres. Certains furent happés dans les ombres et devinrent des ombres eux-même. D’autres furent simplement déchirés membre après membre par les lames des ninja. Seule l’épée de Shinjo semblait avoir de l’effet. Tous les autres étaient simplement massacrés méthodiquement.

"Euh..." dis-je. "Est-ce que quelqu’un a pensé à prendre du cristal ?"

"Euh..." dit Hochiu. "Oups ?"

"J’ai quelques flèches," dit Tsuruchi. "Mais ce sont les miennes."

"Hé !" dit soudain Hasame. "Il y a un chouette fleuriste près du mur ouest qui vend aussi du cristal ! Je le sais, j’y vais tout le temps !"

"Hasame," dit Turi. "Pourquoi passes-tu ton temps chez un fleuriste ?"

"Je... euh... ma maman aime les fleurs," dit-il, sur la défensive, croisant les bras et se détournant de Turi.

"Ce n’est pas le plus important pour l’instant !" criai-je, en sautant entre les deux. "Nous devons trouver des armes avant que tout le monde meure ! Et bien que ça semble improbable, on dirait que ce sont nos petites étrangetés au sein de l’Armée de Toturi qui nous donneront une chance ! Hasame, peux-tu retrouver le fleuriste ?"

"Bien sûr," dit-il.

"Toku," dis-je. "Tu as le poulet ?"

"Juste ici," dit Toku, en soulevant la cage de Toturi Premier.

"Euh... Qu’est-ce que vous foutez avec un poulet, les mecs ?" demanda Tsuruchi en arrêtant son geste, une flèche à moitié bandée sur son arc, pour nous dévisager avec un air de curiosité horrifiée.

"C’est une longue histoire," dit Takao. "Allons chez ce fleuriste."

Turi nous précéda. Son épée ne faisait pas plus de dégats aux ombres que celles des autres, mais sa taille et sa force balayaient les ninja sur le côté comme le vent souffle les feuilles. Toku combattait vaillamment avec le yari magique que le Phénix lui avait donné, coupant quelques ninja en morceaux alors que nous courions. Hochiu et moi utilisions notre magie, projetant flammes et éclairs dans les rangs de l’ombre. Le bo de Takao était tel un puissant derviche tourneur, brûlant d’un feu élémentaire. Tsuruchi projetait des traits de cristal, frappant deux ou trois ninja d’un tir mortel. Shiba Tetsu et Hasame se tenait en arrière et évitaient courageusement de se mettre dans le chemin d’un autre.

Après quelques minutes de combat, nous avons tourné au coin du Mur Nord d’Otosan Uchi. Nous étions presque arrivé à notre objectif. Le Mur Ouest était en vue !

Ainsi qu’une armée de samurai Lions.

Et Kitsu Okura.

Et Oni no Akuma.

Akuma se tourna vers moi, debout sur un tas de ninja morts, et sourit.

"GAROUUUUUUUU," rugit-il. "JE SUIS SI HEUREUX QUE TU SOIS VIVANT..."

"Un ami à toi ?" demanda Hasame.

"Euh," dis-je, "Pas exactement..."


La Guerre des Cieux, partie deux...

Ainsi, nous étions là, dans le Village Stratégique de l’Ouest d’Otosan Uchi. Moi-meme, Matsu Turi, Takao, Toku, Isawa Hochi, Shiba Tetsu, Hasame, et Tsuruchi. Une armée de ninja nous poursuivait. Le Champion de Seigneur Lune avait envahi la cité. L’armée de Shinjo n’avait pas d’armes en cristal avec lesquelles combattre. Et nous venions de tomber droit sur une armée de samurai Lions, menés par Kitsu Okura et Oni no Akuma. L’oni me regardait pour l’instant, et il se taillait les crocs en pointe sur une petite maison de thé.

"Donc... euh... Garou," marmonna Tsuruchi. "Qu’allons-nous faire, maintenant ?"

"Je m’occupe de tout," lui murmurai-je. "Matsu Turi est un Lion et techniquement moi aussi. Je vais juste demander à Okura de nous laisser passer et il n’y aura pas de problèmes."

"Tu en es sûr ?" bégaya Hasame, en observant l’oni pris d’une terreur pitoyable.

"Ouais, Garou," dit Matsu Turi. "Tu en es sûr ?"

"Pratiquement, oui," je haussai les épaules. Je me suis avancé pour parler aux Lions.

"Alors, euh... comment ça va, Okura ?" demandai-je, en essayant d’avoir l’air sympathique.

Okura acquiesça et gloussa. "Salut," dit-il. Il ouvrit la bouche, et une coulée de bave pendit jusqu’à ses genoux. Il commença à compter ses doigts de pied à voix haute.

"Ohé ?" dis-je, en agitant ma main devant son visage. "Est-ce que tu m’entends, mec ? Euh... Champion de Jade ? Allo, ici Houston, répondez, Champion de Jade."

"Parfois, les petits oiseaux ne me répondent plus," dit Okura, d’un ton triste.

Oni no Akuma se tourna lentement vers nous, crachant le dernier morceau de bardeau qu’il était en train de mâchonner. "TU ES UN FOU," gronda-t-il avec un rire tonitruant. "LE CHAMPION DE JADE N’EST PLUS ! IL NE RESSSTE QU’AKUUUUMAAAA !"

"Et quelques milliers de Lions," Turi désigna l’armée derrière l’oni.

"OUAIS, ET EUX AUSSI," dit Akuma. "NOUS ETIONS EN ROUTE POUR ECRASER OTOSAN UCHI, ET TOUT CA. NOUS SOMMES TOMBES SUR CES FICHUS NINJAS SUR LE CHEMIN ET CA NOUS A UN PEU RALENTI. JE COMMENCAIS A VRAIMENT ME SENTIR FRUSTRE JUSQU’A CE QUE JE TOMBE SUR TOI. MAINTENANT, JE VAIS ENFIN POUVOIR TUER FUZAKE GAROU. EST-CE QUE CA NE VA PAS ETRE AMUSANT, LES GARS ?"

"Euh," dis-je. "Pourrions-nous en discuter ? Je veux dire, Seigneur Lune est sur le point de détruire l’Empire entier. On pourrait pas faire une trève ou un truc du genre ?"

"Seigneur Akuma a parlé !" cria un Lion à l’avant. "Nous devons suivre son commandement !"

"Attendez une seconde," dit Turi, en se mettant devant moi. Son visage était empourpré par la colère et les veines saillaient sur ses tempes à tel point qu’on aurait juré voir une carte routière. "Par Jigoku, pourquoi est-ce que vous suivez cet oni, les gars ? C’est un oni ! Et il n’est même pas un Lion ! Alors, c’est quoi ce bordel ?"

Les Lions marmonnèrent entre eux, indécis. Akuma souleva deux de ses sourcils et dévisagea Turi. L’oni regarda ensuite vers les Lions. "NE L’ECOUTEZ PAS," dit l’oni.

"Pourquoi pas ?" dit un des Lions. "C’est Turi ! C’est l’un des nôtres !"

"OUIIII," rugit Akuma. "MAIS JE SUIS PLUS GRAND QUE LUI. CE QUI SIGNIFIE QUE JE SSSSUIS PLUS MALIN. DONC, VOUS DEVEZ M’EEEECOUTER."

"Maudit soit-il !" jura Turi à voix basse. "Je ne peux pas contredire une telle logique. Akuma connaît manifestement bien les Lions."

"Alors, que fait-on ?" demandai-je.

"TU VAS MOURIR !" répondit Akuma avec un gloussement. "LEEEENTEMENT ET DE LA MANIERE LA PLUS HUMILIANTE POSSSSIBLE. RYOZO. RAMENE-MOI LE TAPIOCA."

"Pigé !" dit Ikoma Ryozo, en retournant à toute allure dans les rangs Lions.

"Nous devons combattre !" murmura Isawa Hochiu à côté de moi. "Nous pouvons toujours vaincre Akuma et faire le tour des murs !"

"C’est vrai !" dit Shiba Tetsu, d’accord avec lui. "Je vais m’occuper de la partie du plan concernant le tour des murs, vous autres, vous vous occupez du reste, ok ?"

"La ferme, Tetsu," grogna Matsu Turi.

"Euh, les mecs ?" dit Toku, en jetant un regard à la cage contenant le poulet noir. "La cage de Toturi devient vraiment lourde."

"Arrête de gémir, Toku," dit Turi. "Nous avons un problème là. Aide-moi plutôt à trouver une solution pour nous sortir de là qui n’implique pas de tuer mon propre clan. Non pas que je ne pourrais pas y arriver ou quoi, mais..."

"PAPA ?" dit une voix rude venant des rangs des Lions. "PAPA, C’EST QUOI QUI SE PASSE ?"

"OH, SALUT MON POUSSIN, VIENS VOIR ICI," dit Akuma avec une voix étonnament douce. "VIENS ICI. TU VAS POUVOIR REGARDER PAPA TRAVAILLER. JE SUIS SUR LE POINT DE TUER MON ENNEMI JURÉ, FUZAKE GAROU."

"Wow, Garou," dit Hasame. "Tu es l’ennemi juré d’Akuma ! C’est trop cool !"

"D’une certaine manière, je ne pense pas que je vais pouvoir goûter à ce prestige très longtemps," répondis-je. J’envisageai de m’enfuir en courant comme Tetsu l’avait suggéré, mais je renonçai à l’idée lorsque je vis que les Lions nous avaient encerclés. Ikomo Ryozo réapparut au centre de l’armée Lion avec un grand seau plein d’une sorte de pudding jaune bizarre. Akuma le prit en main avec un sourire malveillant.

"OH, WOUAH, COOL !" dit à nouveau la voix. "TU VAS LUI FAIRE CE TRUC AVEC LE TAPIOCA ? FAUT VRAIMENT PAS QUE JE RATE CA !" Une grande femme sortit soudain des rangs et s’avança à côté d’Akuma. Elle portait une jupe courte et un t-shirt moulant. Au premier coup d’oeil, je me suis dit qu’elle était vraiment bonne, puis elle a rejeté sa capuche en arrière et je vis les cornes. Je remarquai tout de suite la ressemblance.

"SALUT, MON CANARD EN SUCRE," dit Akuma, en soulevant le seau et en souriant affectueusement à sa fille. "GAROU, JE VOUDRAIS TE PRESENTER MA FILLE, OKURA. N’EST-ELLE PAS LA PLUS RAVISSANTE ?"

Toku faisait des petits bruits de haut-le-coeur à coté de moi. Je lui collai rapidement un coup de coude dans les côtes. "Bien sûr," dis-je. "C’est vrai. Elle ressemble à son papa."

"C’EST TRES GENTIL DE TA PART," dit Akuma, en acquiesçant. "MAIS JE VAIS QUAND MEME TE TUER."

"Oh," dis-je. "Et bien dans ce cas, c’est la plus immonde des rejetons de kappa que j’ai jamais vu ramper hors du Puits. En fait, j’ai déjà vu des tâches de teinture blanche sur des oreillers grues qui avaient plus de sex-appeal que ça. C’est son visage ça, ou alors elle est debout sur sa tête ? Parce que si c’est le cas, je crois que j’irais lui acheter une nouvelle paire de chaussures parce que celles-là ont vraiment pris un sale coup. En tout cas, je pense que nous pouvons tous dormir sur nos deux oreilles dans nos lits ce soir, sachant que c’est là tout ce que t’es capable de faire. D’ailleurs, ça me donne envie de retourner près de Shinjo et—"

"ASSEZ !" hurla Akuma, en écrasant une boutique de kimono sous sa colère. "OKURA ! PRENDS LE TAPIOCA ET FAIS CE QUE TU SAIS A FUZAKE GAROU ! ET PRENDS TON TEMPS, JE VEUX L’ENTENDER HURLER COMME LE PRIMATE QU’IL EST !!!!!!"

Okura s’empara du seau d’un geste colérique et avança vers moi. Elle montrait ses crocs, le visage marqué par la fureur et l’humiliation. Ses yeux brillaient d’un éclat rouge. "TU L’AS ENTENDU ?" gronda-t-elle. "TU VAS HURLER COMME UN STUPIDE PETIT SINGE AVANT QUE J’EN AI FINI AVEC TOI !!"

Je soulevai un sourcil. "Je *suis* un Singe," dis-je. Je relevai ma manche et je lui montrai le tatouage de fille Crabe.

"Oh, bon dieu, non," Takao posa ses mains sur ses yeux.

"Je suis un Singe ! C’était trooooop *cool* !" cria Toku. "J’aurais voulu être celui qui l’a dit."

Oni no Okura s’arrêta. Le seau de tapioca tomba de ses mains, totalement oublié. Des onis mineurs avec des petits arcs et des flèches se mirent à tourner autour de sa tête, tirant dans des petits coeurs.

"OKURA ?" dit Akuma, curieux. "OKURA, QU’EST-CE QUE TU FAIS ? POURQUOI EST-CE QUE TU NE TUES PAS GAROU ?"

"OH, MAIS BIEN SUR, PAPA !" dit Okura. Elle se retourna, l’air froissée, et elle planta ses deux poings contre ses hanches, la tête inclinée sur le côté pour indiquer son air exaspéré. "POURQUOI EST-CE QUE, CHAQUE FOIS QUE J’APPRECIE UN TYPE, TU ES OBLIGE DE T’EN MELER ET DE TOUT BOUSILLER ? CE N’EST PAS JUSTE, PAPA. REGARDE OKURA, PAR EXEMPLE."

"QUE VEUX-TU DIRE ? IL VA BIEN !" dit Okura, en désignant le Champion de Jade avachi.

"TU LUI AS SUCE LE CERVEAU, PAPA !" rétorqua Okura. "C’EST, COMMENT DIRE, FACHEUX, NON ?"

"IL NE L’UTILISAIT PAS, SON CERVEAU, DE TOUTE FACON !"

"OKAY, BON, EN PARLANT DE CA..." Elle tendit une main, la paume ouverte, et elle se tourna vers Akuma.

"HE ! TU—" Akuma lança un regard à ses troupes Lions. "ELLE VA ME FAIRE CE TRUC A LA JERRY SPRINGER ? ELLE ME FAIT CE TRUC A LA JERRY SPRINGER ! JE NE LAISSERAI PAS MA FILLE ME FAIRE CE TRUC A LA JERRY SPRINGER ! JE NE ME LAISSERAI PAS TRAITER DE LA SORTE DEVANT LE CLAN QUE J’AI DEROBÉ DE MANIÈRE JUSTE ET EQUITABLE ! OKURA ! OKURA, EST-CE QUE TU M’ECOUTES ?" (ndt : Jerry Springer, c’est un show télévisé américain datant du début des années 90, où Springer recevait des invités qui exposaient des dilemmes et des cas sociaux. Le coup de la fille faisant un affront à son père devant tout le public, ou lui demandant carrément en prime time s’il veut se marier avec elle sont des cas parmis d’autres dans cette émission. Voir ce site pour plus d’informations).

Elle croisa les bras et leva les yeux au ciel.

"GRAAAAGGGGHHHHRRRRRRR !" rugit Akuma, écrasant des immeubles de chaque côté de la rue. Je remarquai qu’un tas de Lions s’éclipsèrent discrètement de la scène le temps qu’Akuma se calme. "FUZAKE GAROU, C’EST DE TA FAUTE ! TU VAS MOURIIIIIIIIIIIIR !" L’énorme oni se précipita dans notre direction.

"OH, SI JE VEUX !" dit Oni no Okura, en jetant un cheval et en touchant Akuma au visage. Akuma tomba à la renverse.

"Okay," dis-je. "Maintenant, on court."

Alors on a couru. Akuma et Okura continuèrent leur dispute familiale au coeur du Village Stratégique de l’Ouest. L’armée Lion s’était dispersée comme de la cendre soulevée par le vent. Kitsu Okura était toujours assis au milieu de la rue. Matsu Turi l’attrapa par le col et le jeta sur son épaule alors que nous courions, un grand bar à saké s’effondrant juste derrière nous pendant notre fuite.

"Un plus un, c’est bon," observa Okura.

"Pourquoi l’as-tu sauvé ?" hurla Tetsu alors qu’un autre bâtiment explosait derrière nous.

"C’est un Lion," dit Turi, en lançant un regard féroce à Tetsu. "Le laisser derrière nous serait une faute. Me traiterais-tu de couard ?"

"... Non," dit Tetsu, en hochant la tête. "J’étais juste jaloux que tu ais pu l’attraper avant que je puisse le faire."

"Oh, vraiment ?" dit Turi, pensif. "Alors, il n’y a pas de raison que je me montre si égocentrique. Tu peux le porter, Phénix." Turi fit tomber le Champion de Jade sur les épaules du bushi Phénix avec un grognement. Tetsu tituba un peu et fit semblant de sourire avec reconnaissance. Dès que Turi eut le dos tourné, Tetsu roula des yeux et marmonna quelque chose dans sa barbe.

"Sommes-nous encore loin de ce fleuriste, Hasame ?" demanda Takao. "Est-ce que nous allons toujours dans la bonne direction ?"

"Ouais, si l’oni ne l’a pas déjà mangé," dit Hasame. "Il devrait être juste derrière ce coin de rue."

Nous passâmes le coin et vîmes un petit bâtiment qui semblait indemne, épargné par l’Ombre consumant la cité. Turi éclata de rire.

"Oh, par Daikoku, ’Aux Fleurs d’Hasame’ ?" dit-il, en lisant le panneau.

Hasame rougit brutalement. "Hé, ça paie pas des masses, le métier de bushi," dit-il. "Parfois, un petit job sur le côté, ça peut aider à arrondir les fins de mois, ok ?"

"Ouais, mais une boutique de fleurs ?" demanda Turi. "Ca te semble pas un peu trop... Gruesque, non ?"

"Qu’est-ce que tu veux dire ?" ragea Hasame.

"Hé !" criai-je. "Nous aurons plein de temps pour nous moquer d’Hasame une fois que nous aurons tué la lune ! Récupérons ce cristal et retournons près de Shinjo !"

Turi acquiesça et continua de marcher. Il souleva son lourd poing armuré, prêt à défoncer la porte. Hasame se rua devant lui.

"Hé, attends, mec !" dit Hasame. "Ca coute cher, ces portes ! J’ai la clé juste ici !" Il se tourna et la fit tourner dans la serrure. Turi soupira, déçu de n’avoir eu sa chance de casser une porte.

Hasame disparut dans la boutique. Nous attendîmes dehors quelques minutes, observant attentivement les rues à la recherche d’éventuels Lions, Ninja, oni, ou quoi que ce soit d’autre qui pourrait se décider à nous harceler. Finalement, Hasame ressortit. Il était chargé avec plusieurs grosses caisses qu’il posa rapidement par terre, avec un grognement.

"Voila quasiment tout," dit Hasame. "Je retourne à l’intérieur et je ramène le reste."

"Enfin, des armes que nous pouvons utiliser !" dit Turi, en arrachant le couvercle de la caisse la plus proche. Il se baissa et son visage se figea. Il ressortit une minuscule statue de lapin en cristal bleu.

"Celle-ci est pratiquement pareille," dit Hochiu, plutôt déçu. Il tendit une petite licorne en cristal, posée sur une sphère de cristal bleu.

"C’est quoi ce truc-là ?" demande Toku, confus. On aurait dit une petite statue de cristal représentant une fille Grue, avec le sourire le plus débile que j’ai jamais vu. Elle était debout sur un soupirail d’égout et elle tenait son kimono au niveau des genoux, comme si le vent venait de souffler sous elle.

"Hé, donne-là moi," dit Turi, l’arrachant des mains de Toku et la fourrant dans sa poche.

"Comment sommes-nous sensé nous battre avec ça ?" demandai-je, en observant la petite tortue de cristal que je tenais dans ma main. "Nous avons besoin de vraies armes ! Nous sommes foutus !"

"Boh, moi ça va," dit Tsuruchi en haussant les épaules, en comptant ses flèches de cristal. "Je suis juste venu avec vous parce que je ne voulais plus voir Shinjo."

"Quoi ?" dit Hasame, en ressortant de la boutique et en déposant une autre caisse par terre. "Qu’est-ce qui ne va pas, les gars ? J’ai fait quelque chose de mal ?"

"Je pensais que tu avais dit que tu avais des armes en cristal, Hasame," dis-je.

"J’ai dit que j’avais du cristal, Garou," répondit Hasame. "Nous vendons des petites figurines en cristal, ici. Les plus belles que les Kakita puissent offrir. A quoi t’attendais-tu ? Un tetsubo ? C’est juste un fleuriste, ici."

"Il faudrait nous en contenter," Toku haussa les épaules. "Garou, as-tu encore de ces potions que les Agasha t’avaient données ? Ce truc gluant que tu avais donné à Ryozo pour son visage ?"

"Quelques flacons," dis-je. "Pourquoi ?"

Toku acquiesça. Il posa la cage de Toturi et commença à piétiner lourdement le contenu de la caisse la plus proche.

"Hé !" cria Hasame. "Tu écrases toutes les petites statues précieuses de Yoshi ! Que quelqu’un l’arrête !"

Turi fut troublé un instant. "Toku, tu as un plan, là, ou tu es juste en train de casser des trucs ? Je suis curieux, parce que dans un cas comme dans l’autre, je suis juste derrière ton dos."

"J’ai vraiment une idée !" dit fièrement Toku. "Garou, prends ton onguent et commence à en mettre sur nos épées !"

"Euh... Toku..." dit Hochiu. "Tu rentres en terrain glissant, là."

"Ouais," dit Tsuruchi. "Tu veux qu’on te laisse seul quelques minutes ?"

Toku releva les yeux. "Que voulez-vous dire ? Je vais utiliser l’onguent pour faire coller la poudre de cristal à nos armes. Comme ça, on pourra blesser les ninja !"

Tout le monde digéra lentement le fait que Toku venait de prononcer un plan réalisable. Puis, on s’y est tous mis et on a obéit aux ordres du Champion du Clan du Singe. Pas un de nous ne dit un mot avant que tout soit fini. Moi, en tout cas, j’étais fier de Toku et je voulais lui laisser savourer ce moment. Je pense que tous les autres étaient si calmes parce qu’ils ne voulaient rien dire qui pourrait leur rappeler plus tard le jour où Toku sauva Rokugan. Je réalisai enfin que je n’avais toujours pas d’arme. Je ramassai malgré ça une poignée de poussière de cristal et la glissai dans ma poche.

"Okay, nous sommes prêts et il nous en reste encore beaucoup," dit Turi, en souriant à son épée recouverte de cristal. "Hé, l’Inutile."

Tetsu sursauta. "C’est à moi que tu parles ?"

"Qui d’autre ?" dit-il. "Prends le reste de ces caisses et apporte-les à Shinjo. Ils ont probablement vraiment besoin de ce truc. Les autres, on se met en chasse du Champion de la Lune."

"J’ai besoin de plus de vinaigre," fit Okura avec un sourire triste.

"Tu veux que je porte tout ça ?!?" s’exclama Tetsu. "Et le légume sodan-senzo aussi ? T’es fou ? C’est beaucoup trop de trucs à transporter !"

"T’as qu’à devenir plus fort," dit Turi.

"Hé, toi aussi tu as vu ce film !" dit Toku, d’un air radieux.

"Je, euh, ne sais pas de quoi tu parles," dit Turi. "Je viens de l’inventer." Il se mit à marcher vers Otosan Uchi. Les autres le suivirent. Hochiua marqua une pause pour donner quelques paroles d’encouragement à Tetsu. Toku sembla cafouiller un peu pour reprendre la cage de Toturi.

"Ca va Toku ?" demandai-je. "Tu y arrives ?"

"Ouais, c’est bon," dit Toku, en soulevant la cage. "Je sais pas trop ce qui m’arrive aujourd’hui. Le stress je suppose."

"’Votre adversaire doit jouer une carte de focus, s’il le peut.’" répondis-je.

Toku s’arrêta. "Hein ?"

"Désolé," dis-je. "Faut bien que quelqu’un prenne la place de Sanzo. On dirait qu’il manque quelque chose si personne ne raconte des trucs incohérents de temps en temps." (NdT : pour comprendre l’allusion, voir la carte L5R appelée "Stress")

"Je m’en passerais bien," dit Toku. "Je n’ai pas vu Sanzo depuis deux mois et je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie. Bon, à part les ninja qui veulent envahir l’Empire et tout ça. Mais à part ça, je suis très heureux. Où que soit Sanzo, j’espère qu’il va y rester pour longtemps avec son kabuki et son épée de sang et son stupide, stupide, stupide cheval aveugle."

"Les gars," dit soudain Turi. "On a un problème."

"Quoi donc ?" demandai-je.

"Les ninja semblent s’être montrés un peu plus malins que nous." dit Takao, en montant sur une pile de débris et en se retournant vers nous. Il pointa en direction d’Otosan Uchi avec son long bâton.

Les portes ouest d’Otosan Uchi étaient refermées. Et en plus d’être fermées, une paire de chaînes géantes les traversaient, reliées par un cadenas démesuré. En travers du cadenas, quelques mots étaient peints avec de la peinture verte et une très vilaine écriture, qui disaient :

"FERMÉ. ALLEZ-VOUS-EN."

"Mais que ?!?" jura Tsuruchi en tapant du pied par terre. "Mais ce n’est pas sympa ! Ils veulent détruire le monde et ils ne veulent même pas nous laisser rentrer pour les arrêter !"

"Pourquoi le feraient-ils ?" demanda Hochiu, en levant les yeux vers les murs.

"Parce que c’est un tic de super-vilain !" dit Tsuruchi, irrité. "Par exemple, prenez le Jour des Tonnerres ! Les Tonnerres voyageaient partout à l’intérieur ! Togashi se baladait même un peu partout, pillant le frigo et ainsi de suite. Bon sang, le Ronin Encapuchonné a même pris son oiseau à l’intérieur avec lui ! Il y avait des héros dans tous les coins. Fu Leng avait virtuellement invité les gens à rentrer pour le tuer !"

"Hé, ce n’est pas totalement vrai," dis-je. "C’est Kachiko qui a fait rentrer les gens en douce."

"Oh, ouais, et qui c’est qui a fait rentrer Kachiko ?" dit Takao en s’incrustant dans la conversation. "Je pense que Tsuruchi a raison. Fu Leng voulait que ces gens le tuent. Vraiment. Je veux dire, Kachiko était sa petite amie, bon dieu. Ne venez pas me dire que de tout Rokugan, seul l’omniscient sombre seigneur ne savait pas que cette Kachiko était une espèce de garce Scorpion ?"

"Les mecs, est-ce que tout ceci a un rapport avec notre situation actuelle ?" demandai-je. "Si nous ne pouvons pas passer ces murs, Shinjo non plus. Son armée a besoin de mobilité pour empêcher les ninjas de faire succomber tout le monde à la corruption de l’Ombre. S’ils se retrouvent coincés par ce mur..."

"Le mur est un problème," dit Turi. "Tout ce que nous devons faire, c’est le retirer."

"Retirer le Mur Ouest d’Otosan Uchi ?" demanda Hochiu. "Comment pourrions-nous le faire ?"

"Je... ne sais pas," dit Turi. "Mais bon sang, qu’est-ce que ça faisait cool, ma dernière phrase, non ?"

"J’ai une idée," dis-je. "Hochiu, suivez-moi si vous le pouvez." Je sortis un parchemin magique de mon sac et commençai à le lire. Un instant plus tard, une paire d’ailes de feu apparurent derrière moi, me soulevant dans les airs.

"Wow, Garou," dit Hochiu. "Tu peux lancer les Ailes de Feu toi aussi !" Il lança rapidement le même sort.

"Ouais," dis-je, en battant rapidement des ailes vers le haut du mur. J’avais volé le parchemin dans ma chambre d’hotel lors d’une visite du territoire Phénix. J’espérais voler assez vite pour qu’Hochiu ne remarque pas le gros logo Hôtellerie Naka sur mes ailes.

Nous aterrîmes au sommet du Mur Ouest d’Otosan Uchi. Je m’arrêtai un instant pour regarder la vue. Tout autour de moi, la cité était en ruines. A l’ouest, la petite prise de bec familiale d’Akuma et Okura laissait une traînée de destruction à travers la cité. Au nord, la lune était plus basse que jamais, poursuivant sa course inexorable vers la destruction. A l’est, le palais était englouti dans les ténèbres. Au-delà, les eaux de la Baie du Soleil d’Or s’agitaient. Je suppose que les nouvelles activités de la lune provoquaient un léger désordre avec la marée. Au nord, les armées de Shinjo combattaient les ninja de Seigneur Lune. Elles faisaient quelques progrès, aussi je devinai qu’elles avaient reçues le cristal de Tetsu. Toutefois, les ninja continuaient de surgir des ombrse comme des Grues à une vente de chaussures d’occasion. Mon coeur chavira. Je n’avais pas réalisé à quel point la cité allait mal. C’était aussi grave que lors du Jour des Tonnerres, mais cette fois-ci, nous n’avions pas Shinsei à notre côté. De plus, tout était de ma faute. Okay, il y avait quand même une grande part de responsabilité de Sanzo mais je me sentais quand même responsable. En-dessous de moi, je pouvais voir mes amis qui me regardaient, plein d’espoir.

"Alors, quel est ton plan, Garou ?" rit une voix. "Ou vas-tu simplement compter sur ton incroyable chance pour te tirer de ce mauvais pas comme tu l’as toujours fait ?"

Je me suis retourné vivement. Un homme portant une robe noir et un chapeau large se tenait devant moi, les bras croisés. Il souriait.

"Qui est-ce ?" demanda Hochiu, tirant son katana. "Il te ressemble, Garou."

"Goju Adorai," dit Adorai. "Bien que ce soir, tu peux m’appeler le Ninja Touriste. Je n’avais jamais visité cette cité auparavant, alors j’essaie de voir les quelques lieux historiques avant que le boss ne transforme tout en cendre. Oh, mais en voici justement un !" Il désigna une large trace de brûlé sur un mur proche. "Hé, Hochiu, je pense que c’était ton papa."

Hochiu gronda et chargea vers Adorai. Adorai hocha la tête et fit un revers de main vicieux. Des ombres surgirent de son bras, frappant Hochiu en plein visage avant qu’il puisse atteindre le maître ninja. Le Novice du Feu s’effondra contre le mur, son katana s’échappant de sa main.

"Et toi, Garou ?" demanda Adorai. "Vas-tu venir à moi, ou vais-je devoir venir à toi pour te tuer ?"

"En fait, je suis plutôt curieux," dis-je au ninja. "Qu’est-ce que tu fais ici, en fait ?"

Adorai gratta son front. "Je suis désolé," dit-il. "Je ne te comprends pas."

"Moi non plus, je ne te comprends pas," dis-je. "Si tu es un maître ninja aussi puissant qu’on le dit, serviteur du Dieu Lune et tout ça, pourquoi est-ce que tu me suis partout ? Je pensais que quelqu’un aussi puissant que toi aurait des choses plus importantes à faire."

"Ouais, c’est vrai," dit Adorai, acquiesçant. "Mais bon, un boulot, c’est un boulot." Il fit un pas vers moi. "Tu es prêt à mourir ?"

"Pas encore tout à fait," dis-je. "D’abord une question. Pourquoi diable est-ce que tu me ressembles autant ?"

Adorai fit un large sourire. "Seigneur Lune connaissait cette connerie de légende du Poulet Caché depuis longtemps, bien avant que Hoshi te la raconte," dit-il. "Il pensait qu’une personne capable d’amener le chaos et la destruction était le genre de personne qu’il voulait avoir dans son organisation. Alors il a mis en oeuvre son incroyable pouvoir pour tenter de découvrir qui serait le meneur du Poulet Caché. Il a presque réussi, toutefois. Malheureusement, il s’était trompé."

"Attends une minute," dis-je. "On est parents ???"

"Ouais," dit Adorai avec un rire lugubre. "Effrayant, hein ?"

"En fait," dis-je. "Je suis d’autant plus effrayé que mon aventure semble avoir un motif caché, maintenant !"

Adorai y réfléchit. "Ouais, ca c’est vraiment effrayant," acquiesça-t-il. "C’est trop triste que tout ceci va mal se terminer, en plus." Il continua d’avancer. Ses poings brillaient du pouvoir de l’Ombre.

N’essayez pas d’imaginer comment l’Ombre peut briller. Ca va vous filer la migraine.

"Euh, hé," dis-je, en reculant.

"Tu perds du temps, Garou," dit Adorai. "Fais face à la mort comme un homme."

"Non, vraiment," dis-je. "J’ai une question sérieuse. C’est vrai que t’es invulnérable, grâce à l’Ombre ?"

"Invulnérable ?" dit Adorai. "Complètement. Je suis protégé de toute blessure par le pouvoir de mon seigneur. Il n’y a rien qu’un mortel sur cette terre puisse faire pour m’arrêter."

"C’est tout ce que je voulais savoir," dis-je. Je me suis retourné vers le Village Stratégique de l’Ouest et je plaçai mes mains en porte-voix.

"HE, AKUMA !" criai-je. "JE SUIS UN NINJA, MAINTENANT, ALORS VIENS ME VOIR AU MUR OUEST SI T’ES PAS UNE TARLOUZE !"

"QUOIIIIIIIIII ?!?" répondit-il, audible malgré qu’il était à une demi-lieue de la cité. Une ligne d’immeubles entre Akuma et moi se mirent à exploser.

"Quoi ?" dit Adorai. "Qu’est-ce que tu fais ?"

"J’invoque un oni," dis-je. Je me suis retourné et j’ai jeté une poignée de poussière de cristal dans les yeux du ninja.

"AAAAAARGH !" hurla-t-il, trébuchant et tombant à genoux.

J’attrapai Hochiu et sautai du Mur Ouest, utilisant mes Ailes de Feu pour plâner vers le coeur d’Otosan Uchi. Je jetai un coup d’oeil par-dessus mon épaule pour voir Akuma et Okura s’élever sur le Mur Ouest. Je vis Adorai les regarder, en essayant de retirer la poussière de cristal de ses yeux. J’ai entendu la dernière chose que Goju Adorai prononça.

"Oh, mer—"

Et les onis du Lion détruisirent le Mur Ouest. Pendant quelques minutes, les bruits de destruction continuèrent alors qu’Akuma et Okura massacraient sauvagement Adorai et réduisaient les pierres du Mur Ouest en poussière dans le processus. Lorsque tout fut terminé, le mur étaient en ruines et les deux oni se tenaient au-dessus du corps inerte du ninja. Je me suis dissimulé dans les ombres, pour les observer.

Okura poussa Adorai du pied. "OH MON DIEU," dit-elle. "IL EST TOUJOURS VIVANT, PAPA."

"HMMM," dit Akuma, en croisant pensivement les bras. "JE SAVAIS QU’IL ETAIT ENNUYEUX, MAIS JE NE M’ATTENDAIS PAS A CE QU’IL SOIT IMMORTEL EGALEMENT."

"OOO !" Okura frappa joyeusement dans ses mains. "OH, DIS, JE PEUX LE GARDER ?"

Akuma gratta pensivement son menton. "BEN... JE NE SAIS PAS... TU AS OUBLIE DE NOURRIR CE LAPIN QUE JE T’AI DONNE LA SEMAINE PASSEE. EN FAIT, SI JE ME RAPPELLE BIEN, TU L’AS MANGE..."

"ET JE TE PROMETS DE PRENDRE AUTANT SOIN DE GAROU," dit sincèrement Okura, ramassant Goju Adorai et le jetant par-dessus son épaule. Le maître ninja gémit, perdu dans un océan de douleur infinie.

"BIEN," dit Akuma. "TU PEUX LE GARDER, ALORS. RENTRONS A LA MAISON, MA CHERIE. IL RESTE DU TAPIOCA DANS LE FRIGO."

"PAPA, T’ES VRAIMENT LE MEILLEUR !" gloussa Okura, et les onis partirent.

"C’est probablement le destin le plus horrible réservé à un homme que j’ai jamais vu," dit Hochiu, se relevant difficilement. "Mes compliments, Garou."

"Merci," dis-je. "Toutefois, je me sens un peu désolé pour lui. Il est de la famille, apparemment."

"Hé," dit Hochiu. "On ne choisit pas ses parents. J’en sais quelque chose."

Après quelques minutes, Turi, Toku et les autres traversèrent lentement le mur détruit. Nous les rejoignirent, et tous les sept, nous partîmes lentement vers le Palais. Les murs sombres et craquelés du vénérable immeuble nous dominaient de leur hauteur, interdisant toute entrée. Les portes principales s’étaient écroulées dans une pile de débris, empêchant également toute entrée. Heureusement, le reste des murs s’étaient suffisamment écroulés pour que nous parvenions à escalader jusqu’à un balcon au troisième étage. Une fois là-haut, Toku s’avança et frappa à une porte.

"Mais qu’est-ce que tu fais, Toku ?" dit Turi, irrité. "Tu ne t’attends quand même à ce qu’on t’ouvre parce que tu as frappé ?"

Et juste à cet instant, la porte s’ouvrit. Le Champion de Seigneur Lune se trouvait juste là, portait un tablier vert pomme où il était écrit "Faites un bisou au Cuisinier". Il tenait une spatule en main.

"Oh, vous êtes là !" dit le Champion, surpris. "Je ne vous attendais pas avant une heure ! Bien, entrez, entrez, je suis en train de cuire des cookies. Où est Adorai ?"

"Je pense qu’il est parti pour aller chercher du pudding," dit Tsuruchi.

"Quel homme prévenant, cet Adorai," dit le Champion. Il se retourna et s’enfonça dans le château. "Et bien, entrez, faites comme chez vous."

"Euh..." dis-je. "Ne devrait-il pas essayer de nous tuer ?"

"Oh, pourquoi m’ennuyer à faire ça ?" le Champion haussa les épaules. "Mon boulot est fini. Vous avez perdu. L’Empereur est déjà mort, vous voyez ?" Il désigna une direction. Et en effet, Toturi Premier gisait sur le sol. La tête de Toturi se trouvait à plusieurs mètres d’où elle devrait être.

"Hé," dit Toku, "Ce n’est pas le ninja changeur de forme qu’Ado—" Turi écrasa sa main sur la bouche de Toku.

"Ouaip, vous avez raison," dis-je. "Vous avez gagné, Lune." Je commençai à reculer vers la porte du balcon. Apparemment, le seigneur Lune ne savait même pas que Adorai avait remplacé l’Empereur. Peut-être que le maître ninja n’avait pas voulu expliquer à son dieu que le vrai Empereur était un poulet. Moi en tout cas, j’étais sûr que je n’aurais pas voulu raconter cette histoire. Quoi qu’il en soit, il n’y avait plus la moindre raison de s’éterniser ici. Il ne nous restait qu’à retourner dehors et attendre que Shinjo arrive ici et explose ce gros nul et puis revenir ici pour manger ses cookies. Les autres semblaient penser à la même chose, puisque tout le monde reculait également. Enfin, tout le monde sauf Toku. Il se contentait de regarder fixement la cage à poulet qu’il transportait toujours.

"Vous ne restez pas ?" dit le Champion, se retournant avec une mine dépitée. "Mes cookies sont vraiment excellents !"

"Oh, on a un tas de trucs à faire aujourd’hui," m’excusai-je. "On doit vraiment, vraiment, vraiment partir. C’est bien joué de votre part, pour Toturi et tout ça. Vraiment, super boulot pour avoir conquis Rokugan et tout. Allez, salut."

"Hé, merci !" dit le Champion. "Bye bye. C’est sympa d’être passé."

"Euh, les mecs," dit Toku. "Y’a un problème avec le poulet."

"Plus tard, Toku," dit Turi. "On va laisser notre gentil Champion à sa cuisine, hein ?"

"Non, les mecs, on a un *sérieux* problème !" dit Toku.

"Toku ! Plus tard !" se fâcha Turi.

"Il n’a pas l’air de vouloir attendre plus tard," dit Toku.

"Vous avez un problème avec quelque chose, les gars ?" demanda le Champion de la Lune, curieux.

Il est difficile de décrire le son que j’entendis ensuite. Je n’avais jamais entendu ça avant, et je ne l’entendrai probablement plus jamais, le son d’un poulet dans une petite cage de métal qui se retransforme instantanément en un homme de taille adulte, faisant exploser la dite cage avec une cacophonie d’air qui se libère et de métal qui se tord.

Mais c’est le son que j’entendis.

"Buk-gawk !" dit Toturi Premier et il s’effondra sur le sol avec des tas de marques de tiges de métal de la cage à poulet sur son visage.

"Les mecs !" dit Toku, tout excité. "Le sortilège s’est enfin dissipé !"

"Ouais, et vraiment au bon moment, en plus," grommelai-je.

"Zut," dit le Champion de Seigneur Lune, en retirant son tablier et en sortant son katana. "A cause de ça, mes cookies vont brûler."


La Guerre des Cieux, partie trois...

"Bon, écoutez Monsieur Lune," dit Toku. "Peut-être qu’il y eu une sorte de malentendu ou quoi."

"Malentendu ?" répondit le Champion de la Lune. Son katana brillait d’un éclat bleu glacial. "Ah. Peut-être que tu as raison. Peut-être que vous n’êtes pas la race de mortels qui est née du sang de ma honte, qui m’a dérobé ma lumière, les faveurs de Dame Soleil, qui a accueilli et vénéré mes perfides enfants, qui a colonisé mon monde, le remplissant de grotesques hommages à votre pitoyable arrogance. Peut-être que j’ai confondu avec les Nezumi, ou autre chose."

"Ouais," dit Hasame. "Je pense que vous avez confondu avec les ratlings. Faut jamais faire confiance à ces saloperies."

Le Champion de Seigneur Lune ignora le commentaire d’Hasame, et continua d’avancer vers nous. Une lumière pâle émanait de son armure, révélant une variété d’épées et d’outils d’étrange apparence qui se trouvaient suspendus un peu partout dans la pièce. Je m’imaginais que la pièce était remplie de butin venant de la Bataille du Cerf Blanc. Toturi Premier luttait pour rester debout. Il semblait affaibli et perdu. Des plumes noires tombaient de ses cheveux et ses vêtements.

"Votre Grandeur," l’appelai-je, "Vous allez bien ?"

"Où-où-où suis-je ?" demanda-t-il. "Où est-ce que je be-be-be-buk-GAWK !" Il posa sa main devant sa bouche, dérouté.

"Hasame, Toku, Takao, faites sortir l’Empereur d’ici !" dis-je.

"Okay," dit Toku. Il fit passer un bras de Toturi par-dessus son épaule et le grand moine s’avança pour l’aider. Hasame décampa vers le balcon derrière eux.

Ce sont des moments pareils qui apportent une certaine clarté dans votre vie. Vous sortez de vous-même et vous jetez un coup d’oeil. Vous vous demandez ce que vous faites dans le Palais d’Otosan Uchi, encerclé par des ninjas, pourchassé par l’Ombre, portant l’Armure Ancestrale du Crabe, volée, et combattant l’avatar d’un dieu omnipotent. Vous vous demandez pourquoi vous n’avez jamais eu un p’tit boulot au marchand de poisson du coin, comme l’Oncle Taka l’avait toujours désiré. Vous vous demandez pourquoi vous êtes là, avec une bande de gens qui vous encouragent à vous jeter dans des situations stupides comme celle-ci. Je me suis promis que si je survivais à tout ceci, j’essayerai de rester à l’écart des ennuis à partir de maintenant. Je retournerai sur les terres du Clan du Singe et je m’installerai avec une jolie fille de paysan qui jurera fidélité à Toku et je deviendrai un fermier ou un truc du genre. Ce sera cool, ça me changera.

"S’il te plaît, écarte-toi de mon chemin, Crabe," me dit le Champion de Seigneur Lune.

"Je ne peux pas faire ça," dis-je.

"Oh, allez," gémit le Champion de la Lune. "Tu n’es qu’un mortel. Je suis la Lune ! Je commande à l’Ombre ! Comment peux-tu espérer vaincre la Shadow ?" (NdT : toute la scène qui va suivre va se baser sur un quiproquo de Garou entre "Shadow" et "Shadowlands". Impossible en Français de conserver ces jeux de mots, je vais donc conserver temporairement dans le texte français les mots anglais, pour une meilleure compréhension)

"Je n’ai pas peur des Shadowlands," dis-je.

"Non, non," soupira le Champion, comme s’il avait déjà expliqué ça des tas de fois auparavant. "Pas les Shadowlands. Juste ’Shadow’. Un seul mot, tu vois. Les Shadowlands sont quelque chose de complètement différent. C’est pas vraiment mon territoire."

"Oh," dis-je. "Ben, il faudra que vous admettiez que les noms sont plutôt similaires. Ce n’est pas ma faute si j’ai confondu. Peut-être que vous devriez changer le nom de la Shadow en autre chose. Comme la Force Ninja ou un truc du genre."

"Hé, la Force Ninja !" dit Hochiu. "Ouais, ça serait un nom vraiment cool !"

Le Champion de la Lune plissa le front. "C’est moi qui ai trouvé le nom en premier !" cria-t-il. "Je ne changerai pas ! C’est à Fu Leng de changer ! J’étais là avant Fu Leng !"

"Ouais," dis-je, "mais personne n’avait jamais entendu parler de vous. Je veux dire, tout ce que vous avez toujours fait, c’est voyager dans le ciel. Personne ne s’attendait à ce que vous dirigiez une armée de ninja supra-humains, hein. "

Seigneur Lune prit un air fâché, il semblait perdre rapidement son sang froid. "C’est justement ça le but !" dit-il. "Une invasion de ninja ne peut pas fonctionner si tout le monde les connait ! Alors voila, ça fait des milliers d’années que je prépare mon coup, que je planifie la chute de l’humanité, et pendant ce temps, y’a Fu Leng qui vole le nom de ma horde sans visage ! Tout ça parce qu’il est trop fainéant pour vérifier s’il n’y a pas une autre force maléfique qui n’utilisait pas déjà le même nom ! Est-ce ma faute ? Hein ? De plus, ce n’est pas vraiment le même nom. D’ailleurs, c’est pas du tout le même nom. Moi c’est Shadow. Lui, c’est Shadow *lands*. Est-ce si difficile à retenir ?"

"Ben, c’est quand même pratiquement la même chose," dis-je. "Vous devriez probablement le changer pour éviter toute confusion."

A cet instant, le Champion de Seigneur Lune contra mon argument en me frappant d’un coup de poing à la poitrine. Je n’ai alors plus vraiment pensé à grand’chose à ce moment. J’ai volé sur plusieurs mètres en arrière, en travers d’une table recouverte de babioles et j’ai violemment heurté le mur. Si je n’avais pas porté l’armure de Yakamo, je n’aurais plus été là pour le raconter. J’ai donc glissé le long du mur, ma vision s’est troublée, et je perdis petit à petit le contrôle de mes bras et mes jambes. C’était comme si quelqu’un avait retiré mon squelette et l’avait remplacé par plusieurs litres de gelée aux framboises. Le Champion de la Lune éclata de rire et se tourna vers les autres. Takao, Hasame, et Toku s’étaient déjà échappés avec l’Empereur. Soudain, les portes du fond de la salle s’ouvrirent à la volée.

"Ha !" cria Matsu Turi. "L’armée de Shinjo est arrivée !"

Le Champion de la Lune se retourna, une expression de colère sur son visage alors qu’il tentait de garder un oeil sur notre groupe et sur la porte simultanément. Il prit le mempo d’acier qui pendait à sa poitrine et le posa sur son visage, se préparant au combat.

Seuls quatre hommes se tenaient dans l’embrasure de la porte, l’air gravement blessés et très fatigués. Un Dragon, un Scorpion, un Licorne, et un grand ronin aux cheveux blancs que je reconnus.

"Oh, salut les mecs," dit Toshimoko, s’inclinant. "C’est par ici la salle de bain ?"

"Quatre ?" dit Seigneur Lune, incrédule. "De toute votre armée entière, seuls quatre ont survécu pour m’affronter ?"

"Ben, on a égaré les autres," dit le Dragon, en souriant l’air penaud. "Il fait vraiment noir, ici."

"Hé, regardez !" cria le Scorpion, surpris, son masque glissant devant ses yeux. "La Lune a tué Hida Unari !" Il me désigna.

"Hein ?" le Licorne tourna la tête dans toutes les directions. Il avait un grand foulard blanc noué devant ses yeux. "De quoi parlez-vous les gars ? Qu’est-ce qui se passe ? On est déjà dans la salle de bain ?" Il avança devant lui en battant les mains dans le vide pendant quelques instants, jusqu’à ce qu’il se cogne la tête contre le mur et s’asseye par terre.

"Bon, alors, allons-y," dit le Champion de la Lune en soupirant. "Qui est le premier ?" Il fit décrire un arc de cercle en l’air à son katana, et tandis que la lame tranchait dans le tissu de la réalité elle-même, elle produisit un sifflement fantômatique et laissa une traînée de petites lumières blanches scintillantes.

"Euh..." dit Toshimoko. "Alerte aux Kolat."

"Quoi ?" dit le Scorpion.

"Je, euh, je pense que je viens de voir Akodo Kage. Vous autres, attendez-moi ici, je vais aller voir." Toshimoko bondit hors de la pièce. J’entendis le bruit de ses pas qui s’éloignaient dans le couloir, en courant très vite.

"Toi ! Scorpion !" dit le Champion de la Lune, se tournant vers le guerrier suivant. "Tu penses que vous êtes les maîtres des ténèbres ? C’est moi qui ai créé les ténèbres ! Affronte-moi si tu en es capable ! Affronte la Shadow !" Le Champion de la Lune rugit, faisant trembler les murs.

"Hein ?" dit le Licorne, en tournant rapidement la tête. "C’était quoi ce bruit ? Quelqu’un peut-il me dire ce qui se passe ?"

"Les Shadowlands ?" dit le Scorpion, les yeux écarquillés par la peur. "Je ne savais pas qu’on devait combattre des oni ! Moi j’ai signé pour des ninja ! Non, là, c’est sans moi !" Il se retourna et quitta la pièce en courant.

"Garou a essayé de vous prévenir," soupira Hochiu. "C’est le nom. Les gens vont tout le temps confondre."

"La ferme," gronda le Champion, sans regarder le Phénix. Il tourna ses yeux vers le Dragon.

"Euh, Hisa, tu ne devrais pas partir seul avec tes blessures et tout ça," dit le Dragon. "Laisse-moi te donner un coup de main. Bonne chance, Amadare !" Il fila lui aussi, laissant le Licorne assis par terre près de la porte.

"Les gars ?" dit-il, en avançant la main devant lui. "Taki ? Hisa ? Où sont-ils ?"

Seigneur Lune hocha la tête et soupira, se retournant juste au moment où l’épée de Matsu Turi descendait vers son visage. "Ouhla !" dit le Champion, esquivant de justesse au dernier moment. L’épée de Turi s’enfonça dans le sol de pierre du palais.

"Hé !" cria le Champion. "Tu voulais me frapper alors que je ne regardais pas ! Quel genre de gentil es-tu ?"

"Le genre qui a envie de survivre," Turi haussa les épaules. Il abandonna son épée bloquée et décocha un coup de poing au visage du Champion. Le Champion attrapa Matsu Turi par le bras, le souleva dans les airs, le fit tourner autour de lui trois fois, et le jeta à travers la pièce. Matsu Turi passa à travers une fenêtre et s’écrasa dans la cour derrière.

"Dommage," dit le Champion. "Il n’était pas aussi stupide que les autres." Il se tourna vers les seuls héros restants, Tsuruchi et Hochiu. "Tu es tout seul, petit Phénix," dit le Champion de la Lune. "Que vas-tu faire maintenant ?"

"Tout seul ?" Hochiu le regarda, confus. "Mais Tsuruchi est avec moi !" Il désigna le Guêpe.

"C’est un ninja," dit le Champion, en faisant un signe de tête vers le Guêpe.

Hochiu se mit à rire. "C’est ridicule !" dit-il. "Tsuruchi ne peut pas être un ninja ! C’est un ami fidèle et un allié et je l’ai juste rencontré aujourd’hui et je ne le connais pas plus que ça et bon dieu Tsuruchi est-ce que c’est vrai ?!?!?!?!?!"

"Euh. Ouais." dit Tsuruchi.

"Pourquoi ne nous l’as-tu pas dit ?" cria Hochiu.

"Je pensais que ça n’était pas une bonne idée," dit Tsuruchi en haussant les épaules. "Lorsqu’on est un ninja, les gens vous jugent tout le temps. C’est nul. C’est dur de se faire des amis lorsque les gens savent que vous passez la moitié de votre temps à assassiner des gars dans l’ombre... J’espérais que vous autres seriez différents." Sa voix était nouée. Il avait l’air d’être sur le point de pleurer.

"Tu es un serviteur des ténèbres !" cria Hochiu. "Tu es l’esclave d’un dieu maléfique ! Et lorsque tu rejoins un groupe de héros dont le but spécifique est de détruire le dieu en question, tu n’as pas pensé que le fait que tu *travailles* pour lui allait créer un conflit d’intérêts ? C’est quoi ton problème, Tsuruchi ?"

"C’est ça," dit Tsuruchi, la voix chargée. "J’aurais pas dû vous abuser de la sorte. Je rentre chez moi." Il se retourna pour partir.

"Hé, mec," dit Hochiu, en jetant un regard au Champion de la Lune qui s’avançait. "Hé, Tsuruchi, je suis désolé, mec. Laisse-moi juste t’emprunter tes flèches de cristal une minute."

"Va mourir, Hochiu !" rétorqua Tsuruchi.

"Ok, très bien, je vais le faire moi-même !" dit Hochiu, plein de confiance. Il sortit son propre katana et se tourna vers la Lune. "J’ai reçu l’entraînement. J’ai le talent nécessaire. Je suis le nouveau Maître du Feu, bon sang ! Je suis le fils d’Isawa Tsuke ! Je suis un Phénix !"

"Ouais, et c’est cool," dit le Champion de la Lune, "Mais je suis plus grand."

Il commença à rouer de coups Isawa Hochiu, qui s’effondra par terre.

Le Champion de la Lune souleva son katana dans les airs, prêt à achever le Phénix. Je me mis à quatre pattes en gémissant, renversant une petite jarre de verre sur une table. Elle tomba par terre, et le Champion de la Lune jeta un regard dans ma direction.

"Hein ?" dit-il. "Le Crabe est toujours vivant ?" Il laissa Hochiu là où il gisait et s’avança vers moi. S’abaissant, il arracha le mempo de mon visage d’une main. Il sursauta. "Fuzake Garou !"

Je le dévisageai, confus. "Vous me connaissez ?" dis-je.

"Tu as provoqué énormément de terreur et de destruction dans Rokugan," dit le Champion de la Lune. "Cette guerre entre les Dragons et les Naga était inestimable. Le Club des Méchants serait très intéressé de te recruter officiellement. Lorsque j’aurai terminé cette conquête de Rokugan, je propose qu’on aille manger un bout ou un truc comme ça, d’accord ?"

Je pus voir Hochiu qui rampait vers le balcon, en sécurité. Je devais l’occuper encore quelques instants. "Le Club des Méchants ? De quoi parlez-vous ?"

"Toutes les puissantes forces du mal à travers l’univers," dit le Champion. "Moi, Iuchiban, le Caliphe, Yokatsu, Joel Schumacher, Britney Spears, et quelques autres. On discute de nos plans pour la domination universelle et on s’arrange pour ne pas trop empiéter sur les affaires des autres. Si Fu Leng était venu un peu plus souvent aux réunions, à l’époque, cette histoire de confusion Shadow/Shadowlands ne serait jamais arrivée. Quoi qu’il en soit, ça t’intéresse ?"

"Ouais, bien sûr, enfin je crois," dis-je.

"Cool," dit-il, souriant. "On t’appellera." Il se retourna. "Zut. Le Phénix s’est tiré. Oh, bah, il est temps de revenir à Toturi. On se voit plus tard, Garou." Il se remit debout et quitta la pièce, méditant. Les ombres semblaient le suivre.

Je savais que je devais faire quelque chose pour l’arrêter. Je ne connaissais pas Takao, mais Hasame et Toku ne pouvaient pas arrêter le Seigneur Lune. Je devais trouver quelque chose. Je me suis intéressé au tas de trucs gaijin sur lequel j’avais atterri. J’y découvris un sabre, deux horloges à coucou, un étrange récipient avec la mystérieuse inscription "Super Grosses Gorgées" et une petite sphère de verre avec un Senpet souriant à l’intérieur. J’avais déjà vu un truc comme ça avant, alors je m’attendis à voir de la neige à l’intérieur en le secouant. Rien ne se produisit. Je suppose que c’est parce que les Senpet n’ont jamais vu de neige. Essayant de m’imaginer pourquoi quelqu’un ferait un truc pareil, j’emportai juste les horloges et le sabre, et me dirigeai vers le balcon.

"Alors, c’était quoi tout ça ?" dit le Licorne, toujours assis à côté de la porte. "Que s’est-il passé ?"

"Tu es toujours là, Amadare ?" dis-je, me retournant.

"Ben, où diable pourrais-je aller ?" rétorqua-t-il. "Ces crétins sont partis et m’ont abandonné ici. Et ils m’ont fait laisser mon cheval pour aveugle à l’extérieur."

"Bon, tiens, prends ça," dis-je. Je traversai la pièce et lui donnai une des horloges, la réglant sur dix heures. "Si des ninja se montrent, tu n’auras qu’à leur fourrer ça sous le nez. Je reviendrai te chercher plus tard."

"Qu’est-ce que c’est ?" demanda-t-il.

"C’est une horloge," dis-je.

"Qu’est-ce qu’une horloge peut bien faire à un ninja ?" demanda-t-il.

"Euh... C’est compliqué," dis-je. "Et par compliqué, je veux dire stupide. Fais-moi confiance, il vaut mieux que tu ne connaisses pas les détails."

"Oh," dit-il, acquiesçant. "Très bien. Merci."

Je glissai le sabre et l’horloge restante sous mon bras et je me dirigeai vers le balcon, duquel je chutai promptement.

Note à tous ceux qui voudraient devenir aventuriers : il ne faut pas prendre une commotion à la légère. Attendez de vous sentir un peu mieux avant d’essayer de grimper sur un balcon d’un édifice vieux d’un millier d’années en train de s’écrouler, alors que vous portez une armure lourde et que vous transportez une épée et une horloge. C’est la meilleure façon de provoquer un désastre.

J’ai atterri, mais moins mort que je ne l’imaginais. Ouvrant les yeux, je réalisai que j’avais atterri sur quelque chose de mou.

"Aïe !" fit Sanzo. "Merde, Garou, descends de là, t’es sur moi !"

"Sanzo !" me suis-je exclamé. "D’où viens-tu ?"

"Longue histoire, maintenant debout !"

"Garou !" cria Matsu Turi, courant jusqu’à nous. Son visage était poussiéreux et couvert de sang, mais il était vivant. "Garou !" cria à nouveau Turi, juste devant mon nez, et il me hissa d’une main. "Où sont Toku et l’Empereur ?"

"Je ne sais pas," dis-je. "Turi, tu es vivant ?"

"Je vais bien," dit Turi. "J’ai atterri sur Sanzo aussi."

"Ravi d’avoir pu vous aider," gémit Sanzo, toujours allongé sur le sol.

"Zut, je me sens si inutile !" dit Turi, mécontent. "J’aimerais qu’il existe une solution, quelque chose qu’on puisse faire !"

"Ouais, je sais," dit Sanzo, en se relevant péniblement. "J’ai l’impression que j’ai fait tout ce chemin pour rien !"

"Buk-buk-buk-GAWK !" cria une voix. Sanzo s’effondra sur le sol alors que Toturi Premier tomba soudain sur lui.

"Mais ?" dis-je, en relevant les yeux. "D’où est-ce qu’il vient ?"

"Là haut," désigna Turi. "Ils sont sur le toit ! Garou, viens avec moi ! Sanzo, reste ici et garde un oeil sur l’Empereur !"

"Ok," dit Sanzo, à moitié conscient, sur le sol.

Avec l’aide de Turi, je réussis à escalader ce mur, cette fois. Je grimpai aussi vite que j’en fus capable alors que les bruits d’un combat retentissaient au-dessus de nous. Je pus entendre des hurlements et des cris de la part de tous les combattants. J’espérais que nous arriverions en haut à temps pour nous montrer utiles. Nous arrivâmes sur le toit du palais juste à temps pour voir le Champion de Seigneur Lune se battre avec le moine, Takao. Hasame gisait étendu sur le sol, avec Toku agenouillé non loin. Le Champion de la Lune se mit à courir vers Takao, enragé, mais le moine sauta par-dessus la charge du Champion. Il se retourna et abattit son bo d’une main, l’écrasant sur le crâne du Champion. Le Champion de la Lune éclata soudain en un millier de morceaux, se dispersant comme des atômes de lumière de lune.

"Wow !" dit Toku. "Vous avez vu ça ! Takao a sauté par-dessus la lune !"

Turi inclina légèrement la tête. "Que viens-tu de dire, Toku ?"

"Takao a sauté par-dessus la lune."

"Y’a quelque chose qui ne va pas, Turi ?" demandai-je.

"Ne dis plus jamais ça, Toku," dit Turi.

Je me suis hissé par-dessus le rebord du mur, derrière Turi, et je réalisai que j’avais le visage plein de fragments du Champion de la Lune. Je jurai à voix haute alors qu’ils coulaient dans mes yeux et je tentai vainement de les essuyer.

Et lorsque je pus voir à nouveau, j’étais debout sur la plus haute tour d’un château, au sommet d’une montagne. Je me suis alors cogné la tête contre le plafond, puis j’ai réalisé que les montagnes n’avaient pas de plafond. La lune elle-même flottait à moins de deux mètres de la plus haute tour du château, remplissant le ciel entier. Hitomi était debout non loin, elle saignait d’une entaille à son front. L’obsidienne, qui recouvrait sa main jadis, recouvrait à présent l’entière moitié droite de son corps. Un étrange bouclier noir et une épée qui ressemblaient à sa peau gisaient sur le sol, perdus pendant un combat. Un homme gigantesque en armure noire se tenait à quelques pas, nous observant tous les deux d’un air fâché. C’était Seigneur Lune, Onnotangu lui-même.

"Garou ! Mon chou !" dit-elle, en souriant largement et en gigotant dans son armure. "Je ne savais pas que tu allais venir ! Tu aurais dû appeler !"

"Je ne le savais pas moi non plus," dis-je, en regardant autour de moi. "Comment suis-je arrivé ici, bon sang ?"

"Bah, tu as dû revenir avec les fragments de mon essence, que j’avais utilisés pour créer mon Champion," dit le grand homme. "Bah, Otosan Uchi, Kyuden Hitomi, peu importe, vous mourrez quand même. Il ne peut pas t’aider, Hitomi. Tu as échoué. Tu as sans doute réussi à rassembler l’Os du Seigneur Lune, la Main du Seigneur Lune, le Sang du Seigneur Lune et la Collection de CD du Seigneur Lune, mais aucun d’eux ne peut te servir contre moi. Je suis Onnotangu lui-même et tes misérables talents mortels ne peuvent être comparé à mon incroyable tech !"

"Tech ?" dit Hitomi.

"Ouais, ma tech," dit Onnotangu. "Je suis le dieu de la lune, et ma tech est ultra. Ultra. Balaise."

Hitomi s’écroula à genoux, l’air vaincue. "Togashi et Amaterasu," murmura-t-elle. "Que puis-je faire ? Je m’attendais à ce qu’il soit puissant, mais je ne me doutais pas qu’il serait... geek à ce point. Je n’arrive pas à me concentrer."

"Hitomi, là, prends ça !" criai-je, en lui lançant l’horloge.

Elle l’attrapa habilement et se retourna vers Onnotangu. "Regardez, Onnotangu !" cria-t-elle. "Regardez, voici votre perte !"

Seigneur Lune souleva un sourcil et rit. "Qu’est-ce que c’est ? Encore cette connerie ’d’heure d’aller au lit’ ? Je suis la Lune, pas un quelconque ninja pathétique ! Pourquoi aurais-je peur de ça ?" Il se pencha en avant et regarda l’horloge, un sourire condescendant sur le visage.

Alors, Hitomi lui fracassa l’horloge sur la tête. Seigneur Lune s’effondra. Hitomi ramassa son épée et lui coupa la tête. La lune disparut du ciel.

"Merci, Garou," dit-elle avec un large sourire. "Pourquoi ne m’appelles-tu jamais ?"

"Euh. Désolé, j’étais occupé," dis-je. "Que va-t-on faire, maintenant ?"

"Que veux-tu dire ?" demanda-t-elle. "Je suppose qu’on pourrait resortir ensemble. J’adorerais ça."

"Non, je voulais parler de la lune," dis-je, en désignant le ciel. "Elle a disparu. Qu’allons-nous faire, maintenant ?"

"Par les Tonnerres, tu as raison, Garou !" dit-elle, un air de terreur sur son visage. "Sans la lune, la nuit est encore plus sombre qu’avant ! L’Ombre sera encore plus puissante ! L’Empire est perdu ! Je dois parler à Hoshi immédiatement ! Salut, mon chou !" Elle se mit à descendre les escaliers quatre à quatre.

A vrai dire, je n’avais pas pensé à quoi que ce soit de ce genre-là. Je m’étais juste demandé qui allait devoir réécrire tous les haiku qui faisaient référence à la lune. Et Sanzo aimait aussi dire des gens qu’ils étaient dans la lune. Il allait devoir appeler ça autrement, maintenant. Mais peu importe. Nous venions de tuer la lune et il devait y avoir toutes sortes de conséquences. J’espérais que nous avions fait le bon choix.

Je suis resté au Kyuden Hitomi encore quelques jours, espérant avoir une chance de parler à Hitomi. Malheureusement, elle était vraiment débordée en essayant de trouver une façon d’éviter l’armageddon et tout ça. J’ai décidé de rentrer à Otosan Uchi et de voir comment allaient mes potes. Un grand campement avait été établi à l’extérieur de la cité par l’Armée de Toturi. Bien que les ninja avaient fuit la région, la capitale avait été jugée "trop glauque" pour y retourner avant d’avoir été examinée attentivement.

"Hé, Garou !" dit une voix. "Sois le bienvenu ! Nous pensions que tu étais mort !"

Je me suis retourné pour découvrir Isawa Hochiu qui avançait vers moi en boitant. Il avait un gros bandage sur un côté de la tête, mais il semblait vraiment heureux. "Hé, comment ça va ?" demandai-je.

"Pas mal," dit-il. "Je viens juste de revenir de la grosse cérémonie de Toturi pour les héros de la Guerre des Cieux."

"La Guerre des Cieux ?" dis-je. "C’est comme ça qu’ils vont appeler toute cette histoire avec le Seigneur Lune ?"

"Ouais, il y a eu un grand rassemblement pour ça," dit Hochiu. "Une idée de Toturi. Ouais, en fait, son idée était d’appeler ça la ’Guerre des Buk-buk-buk-gawk Cieux’, mais on a raccourci un peu le nom."

"Qui a été honoré ?" demandai-je, curieux.

"Et bien, Takao, bien sûr," dit-il. "Moto Amadare, pour avoir réussi à chasser les ninja du coeur du palais même. Shiba Tetsu-"

"Tetsu ?" demandai-je, incrédule.

"Ouais, pour avoir apporté le cristal à l’Armée de Shinjo," dit Hochiu. "C’est un héros maintenant. C’est une nouvelle sensation pour lui, j’imagine. Oh, et ton ami Sanzo a été honoré."

"Sanzo ?" demandai-je. "Pourquoi ?"

"Pour avoir sauvé la vie de Toturi," dit Hochiu. "Il a reçu le titre de ’Briseur de Chute Impérial’. Toturi lui a dit qu’il pourrait lui demander une requête et qu’elle serait accordée."

"Oh, par tous les dieux," dis-je, en couvrant mon visage de la main. "Qu’est-ce que Sanzo a demandé ?"

Et juste à cet instant, une magnifique jeune fille Grue avec une légère claudication s’avança vers nous. "Excusez-moi," dit-elle, "Mais vous êtes Fuzake Garou ? Le Gardien de l’Horloge Impériale ?"

"Euh, ouais," dis-je. "C’est moi, comment puis-je vous aider ?"

"Mon nom est Doji Shizue," dit-elle avec un sourire. "Je voulais vous parler de votre éventuelle apparition aux côtés de Monsieur Sanzo dans le prochain Sanzo Show."

Je regardai Hochiu, puis à nouveau Shizue. "Le Sanzo Show ?" demandai-je.

"Je prends ça pour un oui," dit-elle avec effronterie. "Monsieur Sanzo vous attendra aux studios à trois heures." Elle sortit une plume, griffonna quelque chose sur un petit parchemin, se retourna, et s’éloigna.

"Le Sanzo Show," répétai-je. A cet instant, j’ai senti que ma vie allait soudain devenir un peu plus compliquée.

Encore.

Demi-tour vers l’Episode IX (on vous a dit : après y’a plus rien... enfin pour l’instant)


Tous les zolis petits dessins ont été créés par Rich Wulf.



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