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Rokugan 2000

Episode III

Coeurs sombres

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

lundi 13 juillet 2009, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode III, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

Kameru sourit largement et tendit à nouveau son verre.

"A mon père !" Cria-t-il sur le ton d’un ivrogne, "Puisse son règne sur l’Empire de Diamant être long !"

La petite taverne resta silencieuse ; les marins fixaient le jeune homme avec nervosité.

"Quoi ? Vous n’avez pas foi en le Fils des Orages ?" S’exclama Kameru.

"Kameru, peut-être devrais-tu t’asseoir," dit Ishihn, observant attentivement les autres clients de la taverne.

"Pfff," railla Kameru, laissant tomber son verre par terre, où il se brisa. Son crâne rasé brillait dans la lumière sombre de la taverne, humide de transpiration. Il s’assit lourdement, oscillant un peu. "Ma famille a commencé comme marins," grogna-t-il, "Nous avons régné sur les mers pendant deux cent ans. Maintenant, nous régnons aussi sur cette terre et tout à coup, nous ne sommes plus assez bons pour personne."

"Ce n’est pas ça," dit Orin, tout en buvant un grand verre de bière.

"Ah ? Ce n’est pas ça ?" Répondit Kameru, "Et bien, qu’est-ce que c’est, alors, Orin ?" Il balaya d’une claque le verre qu’Orin portait à son visage, le projetant au sol, "Hein ? Qu’est-ce que c’est ?"

"Kameru, tu es saoul," dit Ishihn, "et tu perds ton calme."

Kameru se retourna vers le petit homme, fâché. Puis les choses s’éclaircirent. Ishihn était son ami. Orin était son ami. Il était sur le point de les frapper, les punir sans raison. Tout comme son père l’aurait fait. Il prit alors une profonde respiration. "Désolé," dit-il, "J’ai perdu la tête."

"C’est ok," ricana Orin, "Les gens riches comme nous ont tendance à être un peu dingues."

Kameru rit. "Une autre tournée pour tout le monde !" Cria-t-il.

La taverne l’acclama. Il était très tard dans la nuit, alors seuls les ivrognes étaient encore là. Ceux qui n’avaient rien de mieux à faire que de s’asseoir pour toujours dans un bar. Les seuls qui savaient que les boissons gratuites étaient rares et qui savaient comment les apprécier.

"Alors, comment va ton père ?" Demanda prudemment Ishihn, "Tous ceux que je connais sont inquiets à propos de cette histoire de guerre."

"Je sais," dit Kameru, déprimé. "Il ne veut pas me parler de tout ça. Il n’a pas de temps à m’accorder, il ne parle même plus à Ryosei. Pauvre fille. Son univers était centré autour de son papa. Elle était la seule à qui il avait l’habitude de parler et elle est hors de son entourage, maintenant. Il n’écoute plus que Meda et ce type, Tetsugi, maintenant."

"Tetsugi…" répéta Orin, "Un membre de la garde ?"

"Ouais, je crois," Kameru prit une autre boisson, "Je ne le connais pas bien. Il ne me parle pas beaucoup. Il est calme. Il semble être un gars convenable, à mon avis. Il fait juste son boulot."

Ils restèrent silencieux pendant un moment.

"Je déteste ça," dit Kameru, "Je déteste vraiment ça. Je veux dire que je réalise qu’il est Empereur et tout ça, mais il est mon père, aussi. Pourquoi est-ce que ça n’est pas aussi important pour lui que ça l’est pour moi et pour Ryosei ?"

"Tu lui en demandes trop," dit Orin, riant tout bas et grattant sa barbe, "Mon père m’a ignoré toute ma vie et je me suis toujours considéré comme veinard. Tout ce que j’ai jamais pu obtenir de lui quand nous parlions, c’était le dos de sa main."

Kameru haussa les épaules. "C’est ton cas, Orin. Mon père est différent. Il est… différent, maintenant. Quelque chose a changé. Ryosei croit que nous sommes en train de le perdre."

"Pourquoi ?" Demanda Ishihn.

"Je ne sais pas."

"Changeons de sujet," suggéra Orin, alors que la serveuse arrivait avec leurs boissons, "Raconte-nous comment elle est, cette petite Grue, Kameru."

Ishihn rit d’une façon paillarde. Kameru rougit.

"C’est quoi son nom ?" Demanda Ishihn, "Simiko ?"

"Kamiko," corrigea Kameru, il fixait fermement la table.

"Alors, elle ressemble à quoi ?" Demanda Orin, avec un petit sourire, "Mignonne ? Elle est bien faite ?"

"J’aimerais le savoir," dit Kameru, luttant pour ne pas sourire, "Je ne l’ai jamais rencontrée. J’ai entendu dire qu’elle était belle, en fait. Je lui ai écrit une lettre."

"Quand ?" Demanda Orin.

"Un peu plus tôt, en fait, avant que vous ne veniez me chercher."

"Kameru," dit Ishihn, secouant la tête, "Tu étais déjà saoul quand on t’a ramassé, cette nuit. Tu es sûr que tu n’as rien dit de stupide, dans cette lettre ?"

"Euh…" Kameru réfléchit, "Non. Juste un peu de poésie. Et je lui ai envoyé une photo de moi."

"Oh non," Orin secoua la tête, "Il ne fallait pas faire ça. Il ne faut jamais faire ça."

"Pourquoi pas ?" Kameru jeta un coup d’œil à ses amis.

"Elle va croire que tu es arrogant," expliqua Orin.

"Mais Kameru EST arrogant," rit Ishihn.

"Ouais, mais y’a pas de raison que la pauvre fille le découvre avant qu’elle ne soit avec !" Orin et Ishihn éclatèrent de rire tous les deux.

Kameru croisa les bras et les ignora, clignant d’un œil à la serveuse. "Si vous avez fini de rire de l’Héritier Impérial," dit-il d’un ton faussement formel, "Il est probablement temps pour moi de retourner au Palais. J’aimerais aller voir ma sœur."

"Ok, comme tu veux, Kameru," rit Ishihn.

Les trois amis se levèrent et quittèrent la taverne, s’arrêtant suffisamment longtemps pour payer et donner un pourboire généreux à la serveuse. Un moine au crane rasé se mit dans leur chemin alors qu’ils sortaient.

"Salutations, mes frères," dit-il, trottinant pour ne pas les lâcher, "Je suis de l’Église de Hoshi Jack, l’Heure du Tao, Chaîne Shinsei," il essaya de donner une fleur et une brochure à Orin, "Modération ! Considérez la vague sous toutes ses formes—"

"Hors de notre chemin, mendiant," ordonna Orin, faisant tomber l’homme.

Kameru s’arrêta. Il aida le moine à se remettre sur ses pieds. Le moine lui sourit avec gratitude, s’inclina et tendit à Kameru une brochure et une fleur. Kameru poussa la brochure dans sa poche et glissa la fleur à sa ceinture pour la donner sa sœur. Le moine poursuivit son chemin.

"Qu’est-ce qui lui prend ?" Murmura Orin à l’oreille d’Ishihn, "C’était seulement un mendiant. Il a essayé de déclencher une bagarre dans une pièce pleine de marins, dix minutes plus tôt."

"Il fera un Empereur bien plus intéressant, je crois," rit Ishihn à voix basse.


L’oni est une créature vraiment effrayante.

Ce sont des démons, des habitants du monde des esprits, nés dans les sombres royaumes de Jigoku. A l’inverse des kamis bienfaisants, et des esprits vigilants de nos ancêtres, les oni sont des créatures malveillantes. Ils n’ont pas de noms. Ils n’ont pas de formes. Ils n’ont pas d’existence dans notre monde jusqu’à ce qu’ils s’infiltrent à travers les fissures de notre réalité ou qu’ils soient invoqués par un mortel. Ils sont la peur, le désespoir, ils font naître en nous les plus sombres de nos émotions, rien que par leur nature. Ils sont le chaos incarné, invincibles, seulement tenus en respect par les plus purs éléments de notre monde. Le rythme des tambours provoque en eux la douleur. Le toucher du cristal ou du jade peut les tuer.

Il y a plus de cent ans maintenant, le plus puissant de tous ces démons fit trembler le monde jusque dans ses fondations. C’était le Seigneur Oni, Akuma. Seuls les plus terribles pouvoirs de la magie et de la technologie furent capables de blesser la bête, de la repousser et de sceller Jigoku à jamais. Depuis ce jour, le Puits Suppurant, le plus grand passage entre les dimensions maléfiques et notre monde, fut réduit au silence. Scellé. Quelques symptômes persistants de la Souillure restèrent — les bakemono, les ogres, Ichiryo, et tout le reste — mais plus aucun oni n’avait marché dans Rokugan. Il n’y avait plus aucun démon qui chassait l’humanité.

Ceci expliquait difficilement l’horreur de six mètres de haut, faite de terre et de métal, qui était en train de pourchasser Hida Yasu à travers les rues du Bas-Quartier.

"MURA SHINKO MABRU UT JIMEN, CRAAAABE !" Beugla-t-elle, levant ses bras massifs vers le ciel obscurci par la nuit. Elle rugit de triomphe, de la fumée surgissant de sa bouche grande ouverte, et de sa peau craquelée.

Yasu continua à courir. Il savait qu’il ne pourrait jamais distancer ce satané monstre. Il n’aurait jamais le temps de revenir au camion. Dans des circonstances favorables, peut-être. Il était en bonne forme, avait une bonne longueur d’avance et l’oni semblait trop confiant en lui. Malheureusement, Yasu portait une armure de trente kilos, quinze kilos d’armes diverses et les cent kilos d’Hiruma Hayato, inconscient et blessé, sur son épaule gauche. En fait, il avançait péniblement.

"JIMEN UT CRAAAABE !" Rugit l’oni à nouveau. Le géant se remit à marcher sur ses quatre jambes faisant un bruit épouvantable sur les pavés. L’oni grondait, derrière le guerrier du Crabe.

"Super !" S’irrita Yasu, en jetant un coup d’œil derrière lui, "Il a carrément des ROUES ! Merci Osano-wo. C’est sympa."

L’oni s’avançait toujours, lorgnant vers Yasu, son sang fait de magma rougeoyait à travers les fissures de sa peau. De la vapeur s’élevait de son corps et de l’asphalte fondu qu’il laissait sur son sillage.

"JIMEN UT NECROTUS, CRAAABE !"

Yasu pouvait sentir la chaleur de l’oni derrière lui. Il s’arrêta de courir et se retourna. L’oni était soixante mètres derrière lui, et arrivait rapidement. La peur, l’impressionnante aura de désespoir glissa sur Yasu. Il l’ignora.

"Tu veux m’avoir, alors ???" Cria Yasu, pressant un petit bouton sur sa poitrine. Deux petites boites noires sortirent des épaules de son armure.

Le visage défiguré de l’oni se fendit d’un horrible sourire, et il ramena ses poings l’un contre l’autre, faisant une gerbe d’étincelles. Il continuait d’avancer.

"Tu veux un petit Hida Yasu ?" Beugla le Crabe, tournant un petit cadran sur son poignet ; L’oni n’était plus qu’à trente mètres, maintenant.

"JIMEN UT CANDALFRAS, CRAAAAAABE !" Il brailla sa réponse, des flammes rouges jaillirent de ses yeux et de sa bouche.

"Ouais ?" Répondit Yasu en criant, "Alors, prends-toi ça, Jimen." Yasu appuya sur un bouton à son poignet et se mit les doigts dans les oreilles.

Jimen no Oni hurla de terreur alors que la furie du Chœur des Cent Tambours Asako, les plus grands joueurs de tambours taiko de l’Empire, surgirent des hauts-parleurs Kaiu intégrés dans l’armure de Yasu. La rue vibra et les bâtiments tremblèrent. L’oni hurla et se tordit sous l’effet d’une douleur intense, grinçant en s’arrêtant subitement d’avancer, expédiant des morceaux d’asphalte fondu alors qu’il gesticulait de douleur sur le sol.

"T’es pas un amateur de musique," conclut Yasu. Il arracha les petits haut-parleurs des plaques de ses épaules et les jeta sur la rue, toujours diffusant les coups de tambour frénétiques. Il reprit Hayato sur son épaule et courut vers le camion, remerciant les Fortunes pour l’avoir permis d’être en possession de ce CD.

"JIMENNNNNN !" Hurla l’oni, vacillant sur le côté et se traînant de douleur, en direction de Yasu. La musique rythmée des tambours était une torture absolue, qui vrillait le crâne de l’oni, détruisant sa prise sur la réalité. L’oni réagissait à la musique, et le feu liquide qui courait sous sa peau commença à briller de plus en plus fort.

Yasu jeta Hayato sur le siège passager du camion, vérifiant prudemment que la jambe cassée de l’éclaireur était en position stable. Les battements de tambour commencèrent à se faire entendre de moins en moins, alors qu’ils étaient noyés par les rugissements de l’oni qui s’approchait. Yasu savait que la musique ne pourrait pas retenir la bête longtemps. Il s’installa sur le siège conducteur, claqua la porte, et mit le contact.

"JIMENNNN !" Gronda l’oni alors qu’ils s’échappaient. La peau du monstre vibrait de plus en plus et explosa dans une gerbe de flamme, détruisant les immeubles avoisinants dans une explosion de feu. De la lave et des déchets fondus s’écoulaient en vagues dans la rue, refroidissant presque immédiatement et s’amoncelant en roche rose-rouge autour de l’oni.

Le bord de la déflagration arriva jusqu’à 5 mètres du camion. Les tambours avaient cessé, les haut-parleurs fondaient à l’intérieur de la boule de feu. De la fumée se soulevait du cratère, soudainement ponctuée de deux points rouges lumineux, allant de haut en bas, accompagné d’un bruit de profonde respiration.

"C’était un bon tour," observa Yasu à distance, passant la première vitesse. Il ébranla le camion et partit à toute vitesse. Dans son rétroviseur, il put voir l’oni s’extraire de l’extrémité du cratère et tituber après lui.

Yasu secoua la tête légèrement. Il avait construit ce camion avec ses propres spécifications, profitant du talent sans égal de son Oncle Toshimo pour les quelques petites touches spéciales. Ce camion était le véhicule le plus rapide qu’il connaissait, pour sa taille. Yasu écrasa le champignon et partit rapidement.

Hayato gémit, s’asseyant un peu plus droit sur le siège, agrippant sa jambe, une expression de douleur au visage. "Que s’est-il passé ?" Murmura-t-il doucement. Une énorme contusion s’étendait de sa mâchoire à son front.

"Un rocher t’a heurté au visage," dit Yasu, "L’oni a éprouvé de la compassion pour nous et nous a laissé partir."

Au loin, les rugissements de frustration de l’oni se firent l’écho de cette remarque.

"Il semble vraiment désolé," remarqua sèchement Hayato.

"Ouais, il ne m’aime pas beaucoup," dit Yasu, arrachant le lecteur de CD de sa ceinture et le tenant entre deux de ses doigts, "Il semble que nous ne partageons pas les même goûts en matière de musique. Je l’avais pris parce que j’aime me battre avec ça. C’est venu à point."

Hayato acquiesça. "Des tambours. Ainsi, les légendes étaient vraies."

"J’espère qu’elles sont vraies," répondit Yasu, "Je vais encore essayer ça avant que la nuit ne se termine."

Le camion arriva aux portes du Bas-Quartier. Les projecteurs au-dessus de la barrière pivotèrent en direction du grand véhicule, et Yasu savait que les énormes fusils automatiques derrière eux avaient sans aucun doute pivotés également. Il alluma sa radio et transmit le signal comme quoi tout était en ordre. Le corps de garde s’ouvrit, laissant passer quelques samurai Crabe en armures, qui tenaient leurs armes fermement et jetaient des regards effrayés en direction des rugissements de l’oni.

Yasu les aida à sortir Hayato du camion, le passant rapidement à un des gardes.

"Qu’est-ce que—" demanda le garde.

"Pas le temps," l’interrompit Yasu. Il courut rapidement vers la barrière. "Tournez ces projecteurs vers la barrière !" Ordonna-t-il.

Le garde obéit, tripotant une boite à sa ceinture. Un projecteur pivota encore, faisant reluire des pierres vertes de la taille d’un poing, se trouvant sur la clôture, espacées de 6 mètres les unes des autres. Du jade, pour maintenir enfermés les mauvais esprits. L’oni rugit, au loin.

"Yasu !" Cria Hayato, "Nous devons partir !"

Yasu l’ignora et commença à fouiller dans le compartiment de son gant, "Emmenez Hayato hors d’ici," dit-il brusquement.

"Qu’est-ce que tu fais, Hida ?" Demanda Hayato, vacillant sur une jambe alors que l’autre samurai courait vers le poste de garde pour ramener une civière. "Prends ton maudit camion et passe la barricade ! L’oni sera là dans quelques minutes !"

"Je sais," répondit Yasu, sortant finalement du compartiment une grande bombe aérosol. La résine époxy de son Oncle. Yasu l’utilisait pour recoller temporairement les plaques d’armures de son camion, quand il était endommagé. Ça ne tenait pas longtemps, mais ça collait fort.

"YASU !" Hurla Hayato alors que le garde revenait avec la civière, "Tu es devenu complètement fou ?"

L’oni hurla à nouveau, et Yasu regarda dans la direction d’où venait le cri.

"Quelqu’un doit survivre," dit calmement Yasu, jetant un regard en direction du paysage désolé du Bas-Quartier. "Tu l’as dis toi-même. Quelqu’un doit survivre, Hayato. Quelqu’un doit dire aux autres que les oni sont revenus." Yasu se tourna vers son ami, les yeux emplis d’un regard intense. "Je t’ai désigné."

"Et toi, Yasu ?" Demanda Hayato. Jimen no Oni rugit, très proche, maintenant.

"Il y a quelqu’un qui aimerait me revoir," dit Yasu, "Je n’ai pas le temps."

"Qu’est-ce que tu vas faire ?"

"Je vais y retourner," railla Yasu, "et je vais le tuer."


Chobu était assis seul et se demandait où étaient ses hommes. Cela faisait presque deux jours que son père avait été tué à la télévision. Maintenant, il s’était rendu à l’Empereur pour se faire interroger et les choses n’avaient toujours aucun sens.

Pourquoi ?

Pourquoi avoir essayé de tuer l’Empereur ?

C’était absolument stupide. Ca n’avait aucun sens. Il ne savait même pas où son père avait obtenu ce fusil monstrueux ou comment il l’avait introduit dans le palais. Chobu croisa les bras et mit les mains sous ses aisselles pour réchauffer ses doigts. La pièce était bien décorée, mais elle était froide, exactement comme une cellule. Car c’était une cellule ! Oh, il y avait bien une télévision, et une lampe, et un lit, et une belle vue (que Chobu aurait pu apprécier s’il avait été amateur de belles choses), mais la porte était fermée, et la fenêtre menait quarante étages plus bas. Il n’était sensé aller nulle part.

Absolument stupide. Stupide. Certes, Chobu n’avait aucune affection pour Yoritomo VI, mais il n’y avait aucune raison de le descendre en public. Pas avec tous ces témoins. Bien sûr, papa était un peu stupide, mais pas à ce point ! C’était dingue.

Et soudain, il comprit.

Pourquoi papa avait-il raté ? Pourquoi avait-il tiré sur les Gardes à la place ?

Chobu connaissait son père. Il avait déjà vu son père dans un état de folie. La cheville de Chobu le faisait encore souffrir quand il pleuvait, c’était pour bien lui rappeler à quel point son père était dément, parfois. Son père était une brute, mais il n’avait jamais été négligent.

C’était un coup monté.

"Ichiro Chobu," dit une voix tandis que la porte s’ouvrait. Un grand homme mince, vêtu de noir, avec un bouc et un chapeau noir, entra dans la pièce et commença à se promener. Il portait le mon du Clan de la Guêpe et de la Garde Impériale sur l’épaule droite. Deux pistolets étaient rengainés à sa ceinture. "C’est vous, n’est-ce pas ?" Demanda l’homme.

"J’espère," grommela Chobu, "Je porte son pantalon."

Le magistrat ne rit pas. Il ne sourit pas non plus. Il s’assit sur le lit en face de Chobu et fixa son regard au sien. Chobu était impressionné. Il était un Blaireau, né et élevé en tant que tel, Chobu faisait deux têtes de plus que le magistrat et il était bâti comme une armoire à glace. La plupart des gens préféraient ne pas le regarder du tout, le laisser seul.

"Je suis Tsuruchi Kyo, Capitaine de la Garde," dit-il paisiblement, "Je suis ici pour apprendre les informations que vous voudriez bien partager à propos du crime récent de votre père."

Chobu garda les bras croisés. Ce type était un con. Chobu ne lui dirait rien et il se contenta de hausser les épaules.

Kyo soupira. "Pourquoi est-ce que vous, les Blaireaux, êtes-vous si peu coopératifs ?" Demanda-t-il, "Même sous la torture, aucun d’entre vous n’a rien révélé."

Chobu haussa encore les épaules.

"Et à propos des Shosuro ?" Demanda Kyo, "Votre père a-t-il des liens avec eux ?"

"Les quoi ?" Demanda Chobu, "C’est qui, eux ? Des Licornes ?"

Les yeux de Kyo se rétrécirent. "Ichiro Chobu, vous pouvez être un complice du crime le plus grave des dix dernières années. Je pourrais faire en sorte que votre clan entier soit déshonoré pour cette folie. Vous n’avez rien à dire ?"

"Vous perdez votre temps avec moi," répondit Chobu.

"Possible," dit Kyo, "Mais dans cette enquête, j’ai l’intention de ne laisser aucune pierre passer, sans avoir regardé dessous auparavant. Vous, mon ami, êtes une très grosse pierre. Ça a été une longue journée, pour mes tortionnaires, mais si ça nous amène à la vérité, je suis sûr qu’ils auront le temps de saigner un Blaireau de plus."

Chobu acquiesça. Ses hommes étaient morts. Une chose de moins à se tracasser. De plus, ce Kyo avait déjà décidé de son destin. Ca rendait les choses plus faciles.

"Vous avez quelque chose à me dire ?" Souffla Kyo.

"Ouaip," dit Chobu, "Juste une chose."

"Qu’est-ce que c’est ?" Demanda Kyo, le sourcil relevé.

"Je suis shugenja," sourit Chobu.

Les mains de Kyo plongèrent sur ses pistolets, mais il était déjà trop tard. Les esprits de la terre tiraient déjà sur son corps, attirant Kyo sur le sol avec une force incroyable. Chobu se promena dans la pièce et s’arrêta au niveau de la tête de Kyo.

"Vous… êtes… fou…" murmura Kyo, en essayant de combattre le poids de son propre corps, "Vous ne… pourrez jamais vous… évader du… Palais."

"Pas par les portes, en effet," consentit Chobu, et il écrasa la lampe sur la tête de Kyo.

Quelques instants plus tard, une fenêtre du quarantième étage du Palais Impérial volait en éclats, alors qu’un lit passait à travers. Un instant plus tard, Chobu sortait à l’air libre, enveloppé des esprits de l’air, et il partit en flottant doucement.


Jimen no Oni fit même trembler le ciel en déchaînant sa fureur. Comment ces mortels osaient-ils lui créer tant d’embarras ! Il frappa aveuglément, renversant un bâtiment d’un coup de poing. Il rugit à nouveau, levant les deux bras alors que la chaleur en lui s’élevait à nouveau. Les constructions autour de lui s’affaissèrent et fondirent en déchets liquéfiés.

Il connaissait leurs odeurs. Ils ne pourraient pas s’échapper, surtout pas eux. Les Crabes, ceux pour qui le Maître avait prévenu de se méfier. L’arrogante tribu de mortels qui avait transformé le massacre de ses frères en divertissement. Ils apprendraient quelle est la puissance d’une Terreur Élémentaire. Non, ils ne pourraient pas s’échapper. Pas celui qui avait détruit le bâtiment pour le bloquer. Pas celui qui avait osé frapper le visage de Jimen et qui avait libéré ces horribles et méprisables tambours. Oh, leur destruction serait douce, ils brûleraient dans le feu de Jimen.

Jimen no Oni tourna à un angle avec un rire saccadé. Soudain, les rues sombres s’embrasèrent d’une lumière, et l’oni couvrit ses yeux avec ses bras. Jetant un coup d’œil, il réalisa que c’était les deux petites lumières jumelles du véhicule que sa proie avait utilisé pour s’enfuir. Maintenant, il attendait en face de Jimen.

"TA PITOYABLE PUISSANCE N’EST RIEN POUR LA TERREUR QU’EST JIMEN, CRAAAABE !" Rugit l’oni dans la langue de Jigoku. Le mortel ne pourrait certainement pas comprendre, mais l’oni n’y prêtait pas attention.

Le moteur du camion revint à la vie, grondant et cliquetant en réponse à la menace de Jimen.

Jimen abattit son poing, écrasant une petite voiture.

Le camion fit tourner son moteur avec grand bruit, de la fumée et des flammes s’élevaient des tuyaux d’échappement.

Jimen leva les bras vers le ciel, un pilier de flammes s’éleva de son corps.

Le klaxon du camion retentit, deux fois, et le moteur gronda encore plus fort. Le camion tremblait avec la puissance contenue de son moteur. Un claquement métallique se fit entendre, et la grille à l’avant du camion se plia en deux pour former à un bélier triangulaire.

"JIMEN DANSERA SUR TA TOMBE, CRAAABE !" Cria Jimen no Oni.

Un grésillement se fit entendre, en provenance du camion. "J’emmerde Fu Leng," dit une voix à travers les haut-parleurs, et les tambours recommencèrent à jouer.

Jimen no Oni beugla de rage et de fureur, rendu fou par la puissance des tambours. Le bruit de pas mécanique de ses jambes revint à la vie et il chargea en direction du camion. Le moteur du camion rugit en réponse et ce dernier grinça alors qu’il dévalait la rue en direction de Jimen, les haut-parleurs externes crachant toujours la musique du Chœur des Cent Tambours Asako.

Le mortel était un fou. Personne ne pouvait barrer le chemin d’une Terreur Élémentaire.

Le camion continuait d’approcher.

Ça allait être agréable. Le moyen de transport du mortel, sans doute un de leur plus puissant véhicule de guerre, allait se briser comme du verre contre la peau invulnérable du démon.

Le camion ne s’arrêtait pas.

Après deux cent ans de massacre des enfants de Jigoku, ces Crabes n’avaient rien appris. Le sacrifice de celui-ci ne servirait à rien.

Le camion accéléra.

Ça n’allait plus être long. Le Crabe allait dévier sa route et serait détruit. Il devait dévier sa trajectoire. Il ne pouvait pas être dingue à ce point.

Le camion ne dévia pas.

Le mortel ne pouvait pas être fou à ce point-là.

Le camion accéléra encore.

Il n’avait plus le temps.

Le camion fit retentir son klaxon.

Qu’est-ce qu’il faisait ?

Le camion arrivait.

Ce mortel préparait quelque chose.

Le camion était vraiment près.

Jimen cria de fureur.

Le camion coupa ses phares.

Et pendant un moment très court, Jimen no Oni vit la ligne de pierres vertes, grosses comme le poing, collées sur le bélier, à l’avant du camion.

DU JADE !

Jimen no Oni explosa.


Yasu se remit sur ses pieds, il était encore secoué par sa chute. Il avait attendu le dernier moment pour sauter hors de son camion. Il ne voulait même pas savoir à quelle vitesse il était lorsqu’il toucha le sol. Par chance, son armure avait tout encaissé et il n’aurait qu’une dizaine de contusions à montrer demain matin.

Yasu regarda son camion et voulut pleurer. Il était à moitié fondu dans le corps de pierre massif de Jimen no Oni, de la fumée verte s’élevait en colonne vers le ciel. Le feu qui avait touché les réservoirs était en train de mourir, mais la chaleur du corps de Jimen était toujours intense. Yasu prit son masque à la ceinture et le mit en place, et puis il marcha vers la fumée, attrapant un tube métallique au holster de sa ceinture.

Yasu grimpa sur une énorme pile de rochers, métal, et magma refroidissant, jurant et maudissant cette chaleur. Finalement, il arriva sur le tas de décombres qu’était Jimen.

"Tu es mort ou quoi ?" Demanda Yasu.

La tête massive se releva, ses yeux brillèrent de triomphe. "MUKRA SHINKO ABJUCTO MASHUS CRAABE !"

"C’est bien ce que je pensais," grommela Yasu. Le tube dans ses mains s’allongea subitement en un long gourdin à pointes. Un autre morceau de jade était collé à son extrémité.

"ACRO NOMINUS ZEKOTO—" —Dong. Le tetsubo s’enterra dans le crâne de Jimen. Yasu releva son arme et frappa encore. Et encore. Et encore. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de raison de frapper.

"Ça, c’était pour mon camion," dit Yasu, donnant un coup de pied dans une pile de petits cailloux.

Il redescendit et commença à marcher vers le poste de garde, alors que le soleil se levait derrière lui.


La tête d’Hatsu le faisait souffrir.

Il ouvrit les yeux, sa vue était trouble. Le ventilateur du plafond tournait lentement à seulement un mètre ou deux, devant lui, et il réalisa qu’il était étendu sur le sol. Il détestait cet instant. Cette stupidité temporaire, au moment où vous vous réveillez, la confusion et la désorientation alors que vos sens tentent de reprendre le dessus. Il s’assit et se massa le front. Il était encore tout habillé, assis par terre au milieu de la pièce. Il avait sûrement eu un cauchemar et était tombé du lit. Ça lui était arrivé souvent, dernièrement.

Akkan, la chienne de Hatsu, trotta vers lui et commença à lui lécher le visage. Il rit et repoussa gentiment le petit chien, tout en se redressant. Tout près, le téléphone sonna. C’était encore un de ces vieux appareils à cadran tournant, accroché au mur. Hatsu décrocha en tirant sur le cordon et rattrapa le cornet de son autre main.

"Allo," dit-il.

"Détective Kitsuki Hatsu ?" Dit une voix au bout du fil. C’était une voix profonde, pleine de tension et d’importance.

"Oui, c’est lui-même," dit Hatsu, se remettant sur pied en titubant. Qu’est-ce qu’il avait bu la nuit dernière ? Il en parlerait directement à Sachiko.

"C’est le Magistrat Tetsugi de la Garde Impériale," répondit la voix, "Je suis en train de questionner plusieurs témoins de la tentative d’assassinat contre l’Empereur. J’aurais espéré que vous accepteriez de passer par ici et d’échanger certaines informations." Le ton de la voix démentait les mots prononcés, cet homme n’était pas du genre à admettre un refus.

"Bien sûr," répondit Hatsu, "Je suis de service ce soir."

"Venez maintenant," dit Tetsugi, "Au Palais Impérial." Tetsugi raccrocha.

Hatsu regarda le téléphone pendant une seconde, comme si c’était sa faute, et raccrocha. Il sonna à nouveau.

"Allo ?" Dit Hatsu d’un ton incertain.

"Bonjour," dit une voix de femme au bout du fil, "Vous répondez toujours dès la première sonnerie, Kitsuki ?"

"Je pensais que c’était quelqu’un d’autre," répondit Hatsu, "Bonjour, Sachiko."

Elle s’interrompit. "Vous reconnaissez déjà ma voix après une journée ?"

"Bien sûr," répondit-il, "Pourquoi ne le pourrais-je pas ?"

"Oh, laissez tomber," rit-elle, "Je vous appelais pour voir comment vous alliez. J’ai passé un bon moment, la nuit dernière."

"Moi aussi," dit-il, essayant de se souvenir de ce qu’il s’était passé, "Euh, est-ce que j’ai bu quelque chose ?"

"Pourquoi est-ce que vous me le demandez ?" Dit-elle, un ton amusé dans sa voix, "Vous ne vous souvenez pas ?"

Hatsu s’interrompit, essayant de trouver quelque chose, n’importe quoi à dire.

Sachiko rit. "Après trois heures de pression, j’ai réussi à finalement vous faire boire du saké. Vous vous êtes évanoui après la seconde coupe, Kitsuki. Vous les Dragons ne pouvez apparemment pas tenir l’alcool. J’ai du vous reconduire à la maison et vous mettre au lit."

"Merci," dit Hatsu, embarrassé.

"Pas de quoi," répondit-elle, "Où avez-vous acheté ce sous-vêtement avec des petits dragons roses dessus ?"

"Quoi ?" Il s’étouffa.

"Je blaguais," répondit-elle, amusée.

"Merci," dit Hatsu sèchement, "Hé, pourriez-vous me faire une faveur ?"

"Bien sûr, Kitsuki," répondit Sachiko.

"J’ai reçu deux coups de téléphone de Doji Kamiko, hier, mais je n’ai jamais eu l’occasion de la rappeler. Pensez-vous pouvoir vous arrêter chez Dojicorp et aller la voir ?"

"Oui, je crois," répondit Sachiko, "Je suppose que depuis que vous êtes devenu un grand héros, vous êtes trop célèbre que pour vous montrer en public, non ?"

"Qu’est-ce que vous voulez dire ?" Demanda Hatsu.

"Vous ne savez pas ?" Rit-elle, "Vous passez aux informations. Il n’y en a que pour vous, Akodo Daniri et Tsuruchi Kyo. En fait, surtout Daniri. Les médias aiment les héros, surtout les médias Lion. Je vous jure que j’ai vu le passage où l’Akodo s’interpose pour se prendre la balle au moins trente fois aujourd’hui. Hé, ça passe justement maintenant."

Hatsu se déplaça jusqu’à sa télévision. Il l’alluma, donna plusieurs coups sur le dessus de la télé pour éclaircir l’image, et il utilisa une paire de pinces pour mettre la chaîne KTSU. L’image floue en noir et blanc montrait effectivement Akodo Daniri sautant au-devant de l’assassin pour se prendre la balle.

"C’est un ralenti avec une musique d’ambiance," dit Hatsu, "C’est sans intérêt ! Je suis surpris qu’ils montrent quelque chose comme ça."

"Je suis surprise que vous possédiez une télévision, Kitsuki," répondit Sachiko, "Vous n’étiez pas un original qui déteste la technologie, ou quelque chose dans le genre ?"

"Je ne suis pas contre la technologie," dit Hatsu, frappant encore sur la télévision pour clarifier l’image, "C’est juste que je ne l’aime pas beaucoup. Je ne suis pas très doué pour l’utiliser. Elle ne m’aime pas. Et je l’accepte. Mais je regarde les infos. En tout cas, j’ai un rendez-vous avec la Garde Impériale et je n’ai toujours pas pris de douche. Puis-je vous rappeler plus tard ?"

"Bien sûr" dit Sachiko, un ton d’amusement dans sa voix, "Bye." Hatsu se demandait à quoi elle pensait.

Elle raccrocha. Alors qu’Hatsu ouvrit la porte de sa douche, il réalisa qu’il ne connaissait pas son numéro de téléphone.

Bien, ça devait l’avoir impressionnée.


Le pâle soleil brillait au-dessus d’Otosan Uchi, entourant la cité d’un halo de givre. En périphérie de la cité, une vieille usine sale vomissait de la fumée et des vapeurs dans le ciel d’hiver, colorant le bleu du ciel avec du gris et du vert. Une clôture métallique noire entourait le bâtiment, devant laquelle se trouvait une ligne de gardes en armures oranges dorées et avec des casquettes de base-ball. Une foule de petites créatures verdâtres avec des cheveux noirs hirsutes et des yeux jaunes tournaient en rond devant les gardes, en portant de grandes pancartes.

"LIBERTÉ !" Cria une voix, et les caméras de l’équipe de télévision pivotèrent pour en trouver l’origine.

Les pancartes étaient peintes à la main. "Libérez nos frères asservis !" Lisait-on sur la première. "Pourquoi est-ce que les Lions nous mentent ?" Lisait-on sur une autre. La plupart disaient simplement "Liberté."

Une des créatures passa devant l’équipe de télévision, criant encore d’une voix bourrue "LIBERTÉ POUR LES ZOKUJIN !" Et disparut à nouveau dans la foule. La caméra se tourna pour se fixer sur un jeune reporter en tenue brun-jaune, le micro dans la main.
"Ainsi donc," dit-il d’une voix douce, "Les protestations des Zokujin se passent de manière entièrement calme. Bien que les directeurs de l’usine maintiennent que les travailleurs d’Okurachem sont payés pour leur travail et sont bien soignés, les représentants Zokujin protestent qu’ils n’ont pas été autorisés à inspecter l’usine et confirmer ces conditions de travail. Kitsu Suro, président d’Okurachem, refuse de déclarer quoi que ce soit à ce sujet. Argcklt—" le reporter trébucha légèrement sur ce mot difficile, "—le porte-parole des Zokujins, jure que la Société de Libération des Zokujin continuera de protester jusqu’à ce que leurs frères soient libérés. C’était Ikoma Keijura pour KTSU."

"Merci, Keijura," répondit un présentateur, alors que le logo de la KTSU brillait derrière lui. "Nous vous tiendrons informé du développement de ces évènements."

Il se tourna, et l’angle de la caméra changea pour se mettre droit vers lui. "Bonsoir, enfants de Rokugan, je suis votre nouveau présentateur, Matsu Shingo, et voici le journal télévisé KTSU."

La caméra se retira, alors que l’image changea pour afficher le Mon éclatant du Clan du Lion, rugissant son triomphe sur la ligne d’horizon d’Otosan Uchi. Les lettres KTSU s’embrasèrent sur la silhouette de la cité.

"Les titres de cette nuit :" Dit Shingo, prenant un air soucieux, "Ichiro Chobu, fils d’Ichiro Chiodo et conspirateur suspecté dans la récente tentative d’assassinat contre l’Empereur Yoritomo VI, s’est évadé et est encore en fuite, actuellement." Une image de qualité plutôt mauvaise du jeune homme à l’air maussade apparut au-dessus de l’épaule de Shingo. "On pense qu’il est armé et extrêmement dangereux. Si vous arrivez à l’apercevoir, les autorités nous avertissent de ne pas l’approcher, mais de prévenir immédiatement la police."

Daniri bougea sur sa chaise inconfortable et attendit son tour. En contraste avec le présentateur vraiment bien habillé, Daniri portait un t-shirt noir sans manches et un bandana brun-doré. Un bandage épais était enroulé autour de son épaule droite.

"Nous avons la chance, ce soir," poursuivit Shingo, regardant à nouveau vers la caméra avec un sourire de journaliste, "de pouvoir accueillir l’inestimable héros et superstar, Akodo Daniri, ici présent dans le studio KTSU, pour nous accorder une interview exclusive !"

Daniri sourit aux éclats alors que le caméraman lui indiqua d’un geste que c’était à lui, et fit signe à la caméra.

"Alors, Daniri," dit Shingo, "J’ai entendu dire que vous reveniez à l’instant de l’hôpital, après votre blessure."

"Ouais, ils m’ont gardé toute la nuit en observation," dit-il.

"Qu’est-ce que ça fait d’être un héros Lion ? De prendre une balle pour notre Fils des Orages, notre Empereur ?"

Daniri haussa les épaules, un sourire grimaçant au visage. "Je ne suis pas un héros," dit-il, "J’ai fait ce que n’importe qui d’autre aurait fait, je crois. Ce n’est pas la première fois qu’on me tire dessus. De plus, je ne crois pas que tout le monde se désolerait de la perte d’un héros d’action, un parmi tant d’autres. Tout spécialement ceux qui me critiquent."

Le présentateur rit tout bas. "Je pense qu’il y a un grand nombre de jeunes femmes parmi nos téléspectateurs qui ne seraient pas d’accord avec ça," rit-il.

"Ouais, peut-être," dit Daniri modestement, "Heureusement, un de ces jours, je vais rencontrer la bonne." Il adressa à la caméra son célèbre sourire de séducteur. Son agent lui avait conseillé de dire ça, ce soir. Ca allait rendre enragé le marché des femmes.

"Sinon, j’ai entendu dire que votre nouveau film allait bientôt sortir ?" Interrogea Shingo. Voici venir le coup de pub.

"Ouais, ce week-end. C’est la suite de ’Prisonnier du Senpet’. C’est appelé ’Tous Contre la Qabal’. C’est un film vraiment amusant. Je saute d’un pont et toutes ces sortes de choses, dedans."

"Et vous allez toujours tourner dans les Machines de Guerre Akodo ?" Demanda Shingo.

"Mais oui !" Dit Daniri, soudainement passionné, "Bien sûr ! Je veux dire que les films sont amusants et tout ça, ils me rapportent de l’argent, mais les Machines de Guerre, c’est ma vie. Je suis très fier de la série et de la façon dont ça se passe. Ca me suit où que j’aille. Je ne laisserai jamais tomber cette série."

Shingo se tourna à nouveau vers la caméra. "Ainsi donc, vous venez de l’entendre, mesdames et messieurs. Akodo Daniri. L’âme d’un poète. Le cœur d’un Lion. Nous sommes vos obligés, Daniri."

"Ouais, pas de problèmes," répondit Daniri, "Merci de m’avoir reçu."

"A présent, place à Kitsu Mizutoki pour les prévisions météo de ce week-end."

Le directeur du plateau fit un geste à Daniri, lui signalant que la caméra était coupée et qu’il pouvait quitter le bureau. Daniri se leva tranquillement et retourna dans les studios alors qu’un prêtre sodan-senzo assez âgé se tenait devant un écran bleu et commençait à raconter les traditionnelles prévisions météo du week-end.

"Puissent tous les kamis vous bénir," dit le prêtre chauve en s’inclinant et souriant, "Les ancêtres prédisent un excellent week-end pour chacun. La victoire favorisera la maison du Crabe, l’illumination brillera sur le Lion. Le rusé Phénix pourra s’attendre à une promotion, alors que la Licorne pourrait trouver l’amour…"

Le reste était de moins en moins compréhensible, alors que Daniri disparaissait dans les ombres du studio. Tout semblait si différent, vu de ce côté, si faux. Le présentateur était trop artificiellement gentil, le marbre doré n’était que du plastique bon marché. Daniri ricana. Les ancêtres prédisent. Il doutait que n’importe quel ancêtre lui ait dit de telles choses. Il créait sa propre chance. Il poussa les portes de la pièce insonorisée et sortit.


Hatsu ajusta son manteau, redressa son daisho à sa ceinture, prépara un bol de nourriture pour la petite Akkan, et commença à descendre les escaliers. Il se surprit en train de penser à Sachiko. Il n’avait jamais eu d’équipier auparavant, et n’avait jamais eu réellement besoin d’un. Il avait toujours craint de se retrouver coincé avec un équipier. Il ne semblait pas capable de bien s’entendre avec d’autres personnes pour de longues périodes. Étrangement, il ne regrettait pas d’être avec la Vierge de Bataille. Par contre, il lui faudrait du temps avant de retourner boire avec elle. Hatsu poussa la porte en bas des escaliers et entra dans l’herboristerie.

"Bonjour, Hatsu, mon ami !" S’exclama Hisojo, le vieux boutiquier décrépi. Il ferma le livre qu’il était en train de lire et sourit largement.

"Bonjour, Hisojo !" Dit Hatsu, prenant une feuille de ginseng hors d’une coupe à côté du comptoir et déposant quelques pièces de monnaies.

Hisojo sourit avec un rictus. "Je parie qu’il le sera !"

"Qu’est-ce que tu veux dire ?" Hatsu commença à mâcher la feuille pensivement.

"Ce n’est pas tout le monde qui peut bénéficier de l’escorte personnelle d’une Vierge de Bataille et qui peut vivre suffisamment pour le raconter," il rit tout bas, ramassant les pièces de Hatsu et les laissant tomber dans sa caisse enregistreuse.

Hatsu rougit légèrement. "Sachiko," dit-il, "Je te l’aurais présentée si j’avais été conscient. Elle est ma nouvelle partenaire. Nous nous sommes rencontrés hier."

"Ta vie semble beaucoup changer, ces derniers temps," acquiesça Hisojo, "Tout ce que je vois aux informations, c’est Kitsuki Hatsu ceci. Kitsuki Hatsu cela. Encore et encore. J’ai tout enregistré ! J’ai appelé ma sœur et je lui ai dis, ’Misa, regarde les infos, tu vois ce Kitsuki Hatsu ? C’est mon locataire et mon ami ! Je connais l’homme qui a sauvé l’Empereur ! Je le connais depuis qu’il est tout petit’." Hisojo rit pour lui-même, souriant avec fierté au jeune détective. Hatsu avait toujours habité dans la petite pièce située au-dessus de l’herboristerie, depuis que sa mère était morte, il y a quinze ans maintenant. Il avait dix-huit ans. Hisojo était un ami de la famille et avait accepté de prendre soin de Hatsu sans dire un mot.

Hatsu grimaça, regardant fixement le comptoir. "J’espère juste que les gens vont bientôt m’oublier," dit-il, "La dernière chose que je souhaite, en tant que détective, c’est bien que tout le monde sache qui je suis."

"Attends six mois, alors," dit Hisojo, "Seul l’homme célèbre maudit sa gloire. Quand tu ne seras plus personne, tu regretteras ces jours. C’est pour ça que j’enregistre les infos. Je mets les cassettes de côté pour toi, Hatsu."

"Merci, Hisojo," dit Hatsu. Hisojo acquiesça en réponse, souriant toujours. Hatsu n’avait pas à cœur de rappeler au vieil homme qu’il ne possédait pas de magnétoscope. "Je dois aller travailler, maintenant, Hisojo, je te reverrai ce soir."

Le jeune détective ouvra la porte d’entrée dans un tintement de carillons et de cloches, et il commença à marcher sur le trottoir ensoleillé. La porte se renferma d’elle-même rapidement, laissant Hisojo seul dans le magasin.

"C’est vraiment un bon garçon," ricana Hisojo pour lui-même. S’il avait eu un fils lui-même, il aurait été fier qu’il soit comme Hatsu. Hisojo ne s’était jamais marié, cependant. Le Destin avait d’autres projets pour lui. Le vieil homme soupira et s’empara du grand cristal sphérique qu’il gardait sous son comptoir. Un Dragon de Jade flottait dans les profondeurs du cristal.

"Éveil," dit Hisojo. Le cristal commença à briller. Le dragon remua dans le cristal, tournant ses petits yeux en direction du vieil homme.

"Au rapport, Agasha Hisojo," dit une voix.

"Tout se passe rapidement," dit-il, "Bientôt, il saura."

"Excellent," répondit le dragon, "Attention, Hisojo. Les Terreurs Élémentaires sont à présent dans le royaume des hommes. D’autres horreurs ont très bien pu s’infiltrer en même temps."

"Déjà ?" Haleta Hisojo, ses sourcils broussailleux s’élevèrent.

La porte du magasin s’ouvrit avec un tintement, et un jeune couple entra.

"Oh, c’est vraiment charmant !" Dit la femme, étreignant le bras de son mari.

La lueur qui animait le cristal disparut, et le dragon cessa de remuer. Hisojo le replaça prudemment sous le comptoir.

"Bonjour," dit-il avec un sourire d’expert, "et bienvenue aux Herbes et Curiosités d’Hisojo. Je peux vous aider ?"


Daniri se tenait à côté de sa voiture de sport Ide Equestrian rouge cerise et il cherchait après ses clés, dans sa poche. Il faisait frais, dehors, mais c’était très supportable, et le soleil brillait suffisamment pour lui donner l’excuse de remettre ses lunettes de soleil.

"Vous êtes un fou," dit une voix derrière lui.

"Je vous demande pardon ?" Dit Daniri, se retournant et soulevant légèrement ses lunettes de soleil.

Un homme au crâne rasé et en robe lâche le fixait d’un air mécontent. C’était le sodan-senzo de KTSU. Il regarda Daniri des pieds à la tête et hocha la tête, d’un air irrité. "Vous n’êtes pas un guerrier. Vous êtes un paon ! Trop occupé à polir votre gloire pour considérer l’honneur."

"Ouais, c’est tout moi, ça," dit Daniri d’un ton agréable, se retournant vers sa voiture et sortant ses clés. L’alarme de la voiture se coupa alors qu’un signal sonore assez fort se fit entendre. "Mon gars, je me suis toujours senti désolé pour moi-même. Je suppose que je vais devoir encore me consoler avec de l’argent et des admirateurs."

"Savez-vous quelle est la pire chose à votre propos, Akodo Daniri ?" Demanda le moine.

"Non," dit Daniri d’un ton désintéressé, sans même se retourner, "mais je parie que vous allez me le dire."

"Le faux espoir que vous donnez aux gens," dit Mizutoki, la voix emplie de tristesse.

Daniri se retourna et enleva ses lunettes de soleil.

"Vous êtes si proche," continua Mizutoki, "Si proche de la vraie Voie du Lion. Vous ne portez pas la bravoure ou le courage dans votre cœur, mais à la place, vous les arborez comme une parure à la mode. Vous vous jetez devant les balles destinées à l’Empereur, mais vous ne faites tout cela que pour votre propre gloire, pour qu’on parle de vos exploits, et pour accroître votre renommée, creuse et vaine."

Daniri allait répondre méchamment, mais il regarda le moine droit dans les yeux. Quelque chose était là, dans ce regard ancien, il y avait quelque chose derrière ces yeux. Un millier de fiers Lions plissaient les yeux pour le regarder. Un millier d’ancêtres courroucés exprimaient leur mécontentement. Pendant un moment, le visage du vieux sodan-senzo fut remplacé par celui d’un puissant samurai, un guerrier courageux et borgne.

"Les ancêtres…" s’étouffa Daniri.

"Exactement," répondit tristement Mizutoki. "Jeune homme, je sais que ce n’est pas votre faute. Vous ne faites que ce que l’on vous a appris. Ce sont les nouvelles voies, peut-être, mais ce ne sont pas les vraies Voies."

Daniri ne disait plus rien, il se contentait de regarder le sol et il se sentait en colère, et idiot.

"Essayez," dit doucement Mizutoki, "C’est tout ce que je peux vous demander. C’est tout ce que chacun peut vous demander." Le vieux moine croisa les bras dans sa robe et traversa tranquillement le parking en marchant.

Daniri ramassa ses clés sur le sol. Il n’avait pas réalisé qu’il les avait laissées tombée. Qu’est-ce que tout ceci signifiait ? Que s’était-il passé ? Ce visage, ce guerrier borgne. Akodo. Le premier Lion, mort il y a presque deux mille ans. Mais pourquoi Akodo voudrait-il lui parler ? Il n’était même pas un Lion, du moins, pas réellement. En fait, il n’y avait même plus de vrais Akodo, maintenant. Son bras le lança à nouveau. Il ignora la douleur, comme on lui avait appris. Il balaya les mots du vieux magicien de son esprit, rentra dans sa voiture, et s’en alla.

Mais chaque fois qu’il les balayait, ils revenaient toujours tôt ou tard.


Sachiko ôta son casque et jeta un coup d’œil au vestibule d’entrée. Elle n’avait encore jamais eu l’occasion de visiter l’immeuble Dojicorp, par le passé, mais elle n’était pas sûre d’être impressionnée. Bien sûr, il était magnifique. Tout cet acier blanc et ces vitres bleues. Mais c’était tellement froid. Aucune émotion. Aucune vie pour quoi que ce soit. Les membres du personnel entraient et sortaient, vaquant à leurs occupations, ne prêtant aucune attention au monde qui les entoure. Sachiko remarqua qu’il y avait un grand nombre de gardes en uniformes bleus dehors, les Gardes de la Maison Doji, qui tenaient leurs postes près de l’immeuble. Ils lui jetèrent un coup d’œil attentif. Elle fit un signe à l’un d’eux, en souriant gentiment. Le garde ne broncha pas.

"Puis-je vous aider, officier ?" Demanda un secrétaire tiré à quatre épingles. Comme la plupart des Grues, il avait les cheveux blancs.

"Je suis ici pour voir Doji Kamiko," dit-elle, posant bruyamment le casque pourpre de sa moto sur le bureau couloir ivoire, "Je suis la Vierge de Bataille Otaku Sachiko."

"Ah," dit le secrétaire, regardant le casque avec dédain, "Dans ce cas, avez-vous un rendez-vous ?"

"Non," répondit Sachiko, "mais je dois lui parler, pour une affaire policière."

"Je suis désolé," dit poliment le secrétaire, "mais la fille du Champion est actuellement sous bonne garde, suite à la crise actuelle. Elle ne peut voir personne. Bonne journée, officier."

"Ah," dit Sachiko, fronçant les sourcils de frustration. "Je vois. C’est simplement parce qu’elle avait appelé mon partenaire par deux fois, hier, et je voulais juste la voir pour lui demander ce qu’elle voulait."

"Votre partenaire ?" Demanda le secrétaire, curieux.

"Le détective Kitsuki Hatsu."

Le visage du secrétaire se figea un moment, et puis se transforma en masque de totale amitié. "Bien sûr. L’homme qui a sauvé l’Empereur. Pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ?" Il prit le téléphone et appuya sur un bouton, "Je vais leur dire que vous arrivez. 75ème étage."

"Parfait," dit Sachiko. Elle marcha en hochant la tête. Elle aurait dû s’en douter. Les Grues devaient tout faire pour éviter un incident politique, et elle supposa que renvoyer la partenaire du Héros Impérial devait être quelque part sur leur liste d’affronts à l’étiquette. Elle pressa sur le bouton de l’ascenseur, qui arriva étonnamment vite.

"Pauvre Hatsu," pensa-t-elle, regardant la cité à travers les murs de verres, alors que l’ascenseur s’élevait, "Tout ce qu’il rate. Il aurait pu monter tous ces escaliers."

L’ascenseur arriva au 75ème étage avec un tintement doux et les oreilles de Sachiko se débouchèrent. Une voix artificielle dit soudain, "Bienvenue chez Dojicorp. 75ème étage."

Elle sortit et les portes se refermèrent en coulissant derrière elle, sans un bruit. "Otaku Sachiko ?" Dit une voix à sa gauche. Un grand homme vêtu d’un kimono exquis aux couleurs bleu et blanc l’attendait, maintenant le katana qu’il portait à la ceinture d’une main.

"C’est moi," répondit-elle.

"Je suis ravi de faire votre connaissance," dit l’homme d’un ton formel, tout en s’inclinant profondément. Ses mouvements étaient fluides et gracieux, et ses yeux ne quittaient jamais ceux de Sachiko. "Je suis Maseto."

Sachiko hocha la tête. "Je suis ici pour voir Doji Kamiko."

Maseto acquiesça, souriant et montrant d’un geste la porte à sa gauche. "Par ici."

Sachiko passa la porte, gardant un œil prudent sur Maseto. Quelqu’un n’allait pas avec cet homme, et elle n’avait pas l’intention de lui tourner le dos. Elle s’avança dans la pièce. Celle-ci était très grande, mais elle était remplie du sol au plafond par des armoires pleines de livres, des ordinateurs et quelques meubles. Plusieurs types d’épées, Rokugani, Senpet, Amijdal, et d’autres que Sachiko ne pouvait pas reconnaître se trouvaient là aussi. Et au milieu de tout ça, assise sur une petite chaise blanche devant un petit écran d’ordinateur, se trouvait une jeune fille de la Grue. Elle fixait l’écran intensément et de temps à autre, elle tapait sur son clavier ou déplaçait la souris. Elle était vêtue d’un simple t-shirt blanc et d’un pantalon bleu, avec une casquette de base-ball bleue aux couleurs des Daidoji Steelboys.

Elle releva les yeux. "Qui êtes-vous ?" Demanda-t-elle, "Maseto, qui est-ce ?"

"La Vierge de Bataille Otaku Sachiko, partenaire du détective Kitsuki Hatsu," dit Maseto, prenant place près de la porte.

Les yeux de Kamiko s’élargirent, et elle sourit. "Bien !" Dit-elle, "Maseto, s’il te plaît, laisse-nous. J’ai de nombreuses choses à dire à Sachiko-chan."

Maseto acquiesça, souriant à Sachiko, et il partit, refermant la porte derrière lui.

"Où étiez-vous donc ?" Demanda Kamiko, se remettant sur ses pieds d’un bond, "J’ai essayé de vous appeler toute la nuit !"

"On était occupés," dit Sachiko, légèrement surprise par le franc-parler de Kamiko. "Nous avions beaucoup de pistes à suivre."

"Des choses plus importantes à faire, vous voulez dire," dit Kamiko, tournant les yeux, "Ce Kitsuki ne pense pas beaucoup de bien de moi. C’est tout ce que je puis dire. J’ai été sous-estimée toute ma vie. Mais venez ici, regardez ça." Elle s’assit à nouveau et invita la Licorne d’un geste, tout en recommençant à fixer l’écran.

Sachiko traversa la pièce, évitant prudemment les divers manuels, carnets et les câbles tirés sur le sol. Elle n’était pas aussi technophobe que Hatsu, mais elle ne se sentait pas à son aise autour de tous ces ordinateurs. "Qu’est-ce que c’est ?" dit la Vierge de Bataille, jetant un coup d’œil au-dessus de l’épaule de Kamiko, en direction de la liste de noms affichés sur l’écran.

"Des transactions financières," dit Kamiko, "Microcircuits Shosuro Inc. J’ai mémorisé le modèle et la fabrication de ces circuits que j’ai extraits de la tête des assassins, et j’ai obtenu la liste de tous les acheteurs des six derniers mois. Il n’y en a que trois, seulement."

"Wow," dit Sachiko, "Comment avez-vous réussi à obtenir l’autorisation des Scorpions pour rentrer dans leur système ?"

Kamiko eut un large sourire, ses yeux brillèrent, "Personne ne m’en a donné l’autorisation."

Sachiko mit une main sur l’épaule de Kamiko. "Kamiko, si quelqu’un vous interroge, cette discussion n’a jamais eu lieu."

"Oh, bien sûr que non," dit Kamiko, "Quel est votre nom, déjà ?"

"Alors, qui sont ces acheteurs ?" Demanda Sachiko, s’asseyant sur un lit proche et se penchant en avant, intéressée.

"Hoshi Jack, le télévangéliste, qui les utilise dans son système de relais télévisé par satellite. Kitsu Ikimura, le grand spécialiste des effets spéciaux. C’est le type qui a inventé les Machines de Guerre Akodo. Et…"

"Bayushi Oroki," rit Sachiko, en lisant le nom de l’homme au-dessus de l’épaule de Kamiko, "Nous lui avons parlé hier, et il disait qu’il ne savait rien de tout ceci."

"Oui, peu importe," dit Kamiko sèchement, "D’après ce que j’ai entendu dire sur Oroki, il prétend souvent beaucoup de choses. Ceci nous aide à réfléchir, pas vrai ?"

"Ça nous aide beaucoup," répondit Sachiko, "Hatsu sera ravi." Elle se redressa, mettant son casque sous un bras.

"Et vous m’appellerez, hein ?" Dit Kamiko, se remettant sur ses pieds, "Faites-moi savoir comment les choses se passent. Faites-moi signe si je peux vous aider."

"Bien sûr, Kamiko," la fille semblait terriblement impatiente. Elle ne devait pas avoir beaucoup d’occasion de sortir de chez Dojicorp, vu qu’elle était la fille du Champion d’Emeraude et tout le reste. Malheureusement, Sachiko ne pouvait rien faire pour elle. Sachiko souhaita une bonne journée à Kamiko et sortit en direction du couloir. Maseto attendait pour l’escorter jusque l’ascenseur, un sourire impersonnel sur le visage.

Sachiko n’arrivait pas à dire ce qui n’allait pas avec cet homme, mais elle ne l’aimait pas. Elle le regarda depuis l’ascenseur de verre. Maseto la fixait alors qu’elle descendait, souriant froidement la plupart du temps.


Chobu se dissimula dans les ombres derrière le vieil hôtel poussiéreux et maudit le jour où il était né. Les infos l’avaient proclamé meneur des assassins. Mais que se passait-il, par l’enfer ! Il ramena sur son visage le capuchon de son manteau. Il se tenait debout, vérifiant ses poches pour s’assurer que tous ses parchemins étaient encore là. Il avait eu la bonne idée de ne pas croire les flics qui l’avaient emmené et il avait caché ses parchemins avant de rejoindre le palais. Cette Guêpe a été certainement très surprise de voir qu’il pouvait lancer ses sorts sans eux.

Bon, et maintenant ? Il n’était plus un Blaireau, il était un Assassin Impérial, un bouc émissaire, le point convergent de la chasse à l’homme Impériale. Il devait quitter la cité.

Soudain, une lumière envahit l’allée alors qu’une voiture tournait au coin. Chobu jeta un coup d’œil et mit une main devant ses yeux pour dévier la lueur éblouissante. Des flics.

"Hé, vous !" Dit une voix venant des haut-parleurs de la voiture, "Venez par ici en montrant vos mains de manière à ce que je puisse les voir."

Chobu acquiesça et s’écarta du mur, tenant toujours ses mains à ses côtés. Il inclina la tête pour que son capuchon s’abaisse, afin que l’ombre recouvre son visage.

"Qu’est-ce que vous faites là ?" Craquela le haut-parleur. La portière du côté du passager s’ouvrir et un officier Shinjo sortit, regardant fixement Chobu.

Chobu continua à marcher lentement dans leur direction.

"Répondez-moi," dit à nouveau le haut-parleur.

"JE SUIS SHINJO, SEIGNEUR DU DOMAINE DES CHOUX !" Chanta Chobu et trébuchant sur une poubelle, il s’étala à terre.

"Qu’est-ce que ?" Dit le flic qui se tenait devant Chobu.

"Attention, Maku," dit l’autre flic, sortant de la voiture à son tour, "Il pourrait être dangereux."

Chobu ramassa un sandwich à demi mangé qui traînait à terre et le plaça sous son capuchon, faisait sembler de manger, alors qu’il se remettait sur ses genoux.

"Ce type n’est pas dangereux," dit Maku, "Il est simplement saoul. Ou fou."

"Ou les deux," dit l’autre flic.

"Ou aucun des deux !" Grogna Chobu, bondissant en avant et fracassant une bouteille cassée sur le cou de Maku.

"Nom de—" jura l’autre flic.

"Essaie encore de deviner, maintenant," rit Chobu, tirant le pistolet hors de la ceinture de Maku et tirant au visage de l’autre Shinjo.

Les deux policiers gisaient sur les pavés dans deux mares de sang. Chobu prit un air maussade, glissa le pistolet de Maku sous son manteau. Il flâna jusqu’à la voiture de police et prit le fusil à pompe qui se trouvait accroché à côté du siège passager. Après un court de moment de réflexion, il s’empara également des menottes qui se trouvaient sur le corps du conducteur.

Ils veulent faire de moi un tueur. Ils veulent faire de moi un fou. Chobu ricana. J’étais déjà les deux. Ils m’ont simplement donné une raison de l’être.

Et il s’enfonça dans la nuit.


Le Labyrinthe Bayushi n’était pas seulement un centre d’attractions. C’était également un chef d’œuvre du divertissement. Promenades, spectacles, restaurants, stades sportifs, centres commerciaux, le Labyrinthe disposait de tout cela, et tout avait été créé selon les instructions d’un jeune homme très particulier.

Avant que Bayushi Oroki ne construise le Labyrinthe, il n’y avait rien ici. Un cimetière de néons lumineux et des carcasses de machines provenant de diverses entreprises Scorpions. C’était le cadeau de son père pour sa majorité, une propriété sans valeur située dans une caverne humide, dans les quartiers les plus profonds de la cité. Il s’agissait plus d’une blague cruelle que d’un cadeau, une démonstration au jeune homme pour lui dire à quel point il était improbable qu’un jour il dirige le Clan du Scorpion.

Oroki prit ça de la manière dont il prend la plupart des choses, c’est-à-dire comme un défi personnel. Il utilisa les ressources dont il disposait, demanda quelques faveurs, recruta quelques investisseurs étrangers, et fit du Labyrinthe l’une des plus grandes attractions touristiques de la capitale. C’était un endroit où on trouvait tout pour tout le monde, tout ce que quiconque pourrait jamais désirer. C’était également la maison d’Oroki, son domaine, son sanctuaire privé, son rêve aux néons multicolores. Oroki se tenait à la fenêtre, au milieu des ombres de sa bibliothèque privée, regardant la grande roue tourner, au-dehors.

Un grand homme s’arrêta à quelques pas de lui, poliment, et il fit juste assez de bruit pour qu’Oroki le remarque.

"Oui, Zou ?" Répondit Oroki, se tournant légèrement. Son masque rouge reflétait les lumières de la fête.

"Soshi Zanjin et Hachami ont été tués," répondit Zou simplement.

"Explique-moi," dit Oroki, tout en continuant de regarder la grande roue.

"Ils ont été gravement mutilés," répondit le garde du corps, la voix légèrement étouffée par son masque en caoutchouc en forme d’éléphant, "Zanjin a été projeté du toit d’une de nos attractions, directement dans la vitrine d’un magasin, de l’autre côté de la rue. Hachami a été découpée en plusieurs morceaux."

Oroki se retourna vers Zou, les yeux chargés d’un regard intense et irrité. "Est-ce que quelqu’un est au courant ?" Murmura-t-il, "La police ?"

"Non," répondit Zou, "Seuls quelques membres du personnel, et ils sont loyaux. Nous avons fermé cette zone du parc et augmenté la sécurité."

"Tu as bien fait, Zou," dit Oroki, "Je ne veux pas la police dans mon Labyrinthe."

"Et concernant le tueur ?" Demanda Zou.

"Trouvez-le," dit Oroki, "Et faites avec lui comme on fait avec un ennemi du Scorpion."

"Oui, monsieur," dit Zou, "De plus, Isawa Saigo est ici pour vous voir. Il attend dans le vestibule."

"Ah," dit Oroki, jetant un coup d’œil à sa montre de gousset et la remettant aussitôt dans sa poche, "Il était temps. J’ai attendu cet instant pendant toute la semaine. Fais-le entrer, Zou."

Le garde du corps acquiesça et disparu. Un moment plus tard, il revint, menant un homme pâle et maigre aux cheveux défaits et aux yeux injectés de sang, habillé de vêtements noirs.

"Mon ami !" Dit Oroki d’un ton convivial, indiquant d’une main une des chaises rembourrées de la bibliothèque, "Assieds-toi, s’il te plaît. Comment vas-tu ?"

"Pas très bien," grommela Saigo, s’asseyant avec précaution sur la chaise et fixant d’un air suspicieux les grandes étagères pleines de livres qui étaient accrochées à chaque mur. "Je ne savais pas que vous aviez autant de livres."

Oroki gloussa, s’asseyant sur une chaise en face de Saigo, croisant les jambes. "Des informations," dit Oroki, "Mon vice, c’est mon avidité pour l’information. Ça toujours été le domaine du Scorpion, et bien sûr, de nos frères les Phénix." Saigo acquiesça alors que Zou apportait un plateau avec du thé.

Oroki regarda vers les livres. "La connaissance du passé est rare, de nos jours," continua le Scorpion, "Ca m’a permis d’arriver où je suis, aujourd’hui. Zou et ses frères me procurent la connaissance du présent, ainsi qu’un avantage sur mes adversaires. Et toi, mon bon prophète, tu m’apportes une connaissance sans égale. La connaissance du futur. Et j’ai toutes les sortes de choses que tu désires. C’est pourquoi nous sommes si bons amis, pas vrai, Saigo ?"

Saigo sourit à peine. "Je ne me suis jamais bien senti, Oroki. Je fais beaucoup de rêves."

Oroki acquiesça. "Le travail d’un prophète est sans merci," sa voix était sympathique et pleine de compréhension, "Ça doit être exaspérant de pouvoir voir tous les futurs à l’exception du sien. Les Maîtres Élémentaires sont de braves gens, mais ils sont très occupés. Ils n’ont pas assez de temps que pour pouvoir s’occuper de tes besoins correctement."

Les yeux de Saigo parcoururent la pièce rapidement, ignorant la tasse de thé que Zou avait versée pour lui.

"Zou, Zou, Zou," rit Oroki, en prenant sa propre tasse, "Cet homme n’a manifestement pas besoin de thé. Ses goûts sont plus raffinés. Va plutôt lui chercher son paiement." Zou fit un signe de tête et disparut encore. "Paiement ?" Répéta Oroki d’un ton amusé, "Je devrais plutôt dire un cadeau. On paie ses employés, pas ses chers amis. Maintenant, qu’est-ce que tu as prédit pour moi, cette semaine, prophète ?" Oroki sortit un bloc-notes et un stylo de sa poche, appuyant à l’extrémité du stylo avec son pouce.

"Les présages sont horribles, pour la plupart," dit Saigo, parcourant ses cheveux de sa main d’un geste nerveux, "De profondes ténèbres s’écoulent au cœur de Rokugan. Je crains que les Derniers Jours n’arrivent bientôt."

"Les Derniers Jours ?" Dit Oroki, écrivant chaque mot.

Saigo acquiesça. "La Bataille Finale."

Oroki gloussa. "Saigo, il semble que tu prédis toujours une apocalypse. Je te remercie pour cet avertissement. Et à propos de mon clan ?"

Saigo se frotta les tempes. "Un nouveau masque pour les diriger," marmonna-t-il, sa voix semblait ne plus lui appartenir, "Le Scorpion Blanc s’imposera grâce aux querelles et aux combats."

"Le Scorpion Blanc ?" Oroki continuait de prendre des notes.

"Le Scorpion Blanc montre la voie vers le chemin de la Vérité et vers le chemin des Ténèbres. Le Scorpion Blanc a son cœur empli d’obscurité et pourrait tous les détruire."

Oroki copia prudemment chaque mot. "Et moi ? Quel est mon avenir ?"

Saigo acquiesça encore, ses yeux roulaient dans leurs orbites. "Traqué…" dit Saigo, sa voix prenant un ton encore plus sinistre, "Vous serez traqué par le Vide… Vous ne pourrez compter que sur vous, si vous voulez survivre."

"C’est vraiment réconfortant," remarqua Oroki, sans se laisser distraire par la prophétie. Il savait parfaitement qu’il ne fallait pas ignorer ce que Saigo disait. Les prédictions du prophète lui avaient donné suffisamment d’avertissements pour le forcer à se retirer de son premier cartel et pour créer assez de preuves contre son frère Kenburo afin que cet idiot de Hatsu puisse l’arrêter. Saigo ne s’était jamais trompé. C’était la raison pour laquelle ce jeune homme était troublé à ce point. La raison pour laquelle il acceptait avec tant de bonne volonté la drogue qu’Oroki lui offrait. C’était une façon pour lui d’ignorer le futur, du moins, pour un moment très court…

Zou revint avec une petite boite entre les mains. Saigo s’en empara avidement, ouvrant brusquement le couvercle et comptant les fioles qui se trouvaient à l’intérieur.

"Tout y est ?" Demanda Oroki, griffonnant toujours calmement dans son bloc-notes.

"Oui, comme toujours," dit Saigo avec un sourire soulagé. Il se releva, "Merci, Oroki."

"Pas de quoi," répondit Oroki, déposant son stylo. "Tu as des nouvelles de l’état actuel du Maître du Feu ?"

Saigo fit un signe de tête, le visage s’assombrissant. "Coma," dit-il, "La drogue a probablement causé des dégâts irréparables au cerveau."

"Le malheureux," dit Oroki sur un ton insensible, "Ont-ils découvert qui lui fournissait du Lait de Daikoku ?"

Saigo fit non de la tête, empochant la petite boite.

"C’est donc un mystère," conclut Oroki, "Va, maintenant, mon ami. Et profite bien de ta soirée dans mon parc. Hachami est malade, ce soir, je vais donc te fournir une remplaçante tout aussi qualifiée."

Saigo fit un signe d’adieu alors que Zou l’accompagnait hors de la bibliothèque. Oroki regarda ses notes, perdu dans ses pensées alors qu’il tentait de résoudre les énigmes du prophète. Le Scorpion Blanc ? Ça ne pouvait être que Shiriko. Kogeiru, le père d’Oroki, était le daimyo actuel du Scorpion, lorsque son frère aîné disparu, il y a dix ans de cela. Sa fille, Shiriko, aurait dû hériter du manteau de daimyo, mais elle n’avait que sept ans, à cette époque. Maintenant, elle avait presque l’âge de prétendre à ce poste. Le père d’Oroki était un daimyo faible et inefficace, et il s’était préparé à céder la direction du Clan à Shiriko lorsqu’elle aurait atteint ses dix-huit ans. Oroki avait entendu dire d’elle qu’elle était une Scorpion très cultivée et intellectuelle, qui avait l’habitude de donner de grandes réceptions et de dépenser beaucoup d’argent. Ce genre de personne pouvait être ce Scorpion Blanc, le destin funeste de son clan. Il devait la rencontrer lorsque la situation le permettrait, pour tenter de discerner ses motivations.

Et si la situation ne se présentait pas d’elle-même, alors il existait d’autres méthodes…


Sumi s’assit sur la chaise froide en acier qui se trouvait à côté du lit d’hôpital, le visage assombri.

"Est-ce qu’il se réveillera aujourd’hui, Nitobe ?" Demanda-t-elle. Elle posait la même question tous les jours.

Le médecin se tourna vers elle, le visage sinistre. "Non," dit-il sèchement, "Isawa Asa ne se réveillera pas. Il pourrait ne jamais se réveiller. Peut-être devrions-nous envisager cette possibilité avant qu’elle ne se produise réellement."

Sumi abaissa son regard vers le sol, son visage s’assombrit encore plus. Elle était une très jeune fille, juste une adolescente, très mignonne (même si elle pensait l’inverse), et dernièrement, elle venait de découvrir qu’elle était souvent une fille très triste.

Nitobe regarda Sumi. C’était un homme très professionnel, il était très fier de la force des leçons de morale qu’il donnait. Mais là, il ne pouvait pas aider cette fille, juste se sentir désolé pour elle. "Je suis désolé si j’ai été abrupt," dit-il prudemment, "Mais l’état de votre père est très précaire. Je vous assure que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour réparer les dégâts qui ont été faits à son corps et à son âme."

Sumi acquiesça, en retenant ses larmes. Asako Nitobe quitta calmement la pièce, pour aller voir ses autres patients. Sumi s’approcha de son père et lui prit une main dans les siennes, regardant attentivement les yeux clos. Ses yeux verts étaient rouges, à force de retenir des larmes.

"Sumi," dit une voix qui venait de la porte.

Elle se retourna et sourit soudain. "Oncle Kujimitsu !" S’exclama-t-elle, sautant de sa chaise et étreignant l’homme.

"Bonjour, petite fleur," rit Kujimitsu, abandonnant toute tentative pour ôter son manteau et la serrer dans ses bras à son tour.

"Est-ce que tu ne devrais pas être en classe, mon enfant ?" Siffla une troisième voix, de derrière lui. Une personne mince et sombre fit son apparition dans la pièce.

Sumi se sépara de Kujimitsu et fixa Zul Rashid, son petit visage rond prenant un air très sévère.

Rashid lui rendit son regard, et son visage prit une expression dure et froide.

Rashid craqua le premier, le coin de sa bouche se changea en petit sourire.

"Oncle Rashid, tu es tellement sévère !" Gloussa Sumi.

Zul Rashid n’arriva pas à se retenir et éclata de rire. Il plaqua ses mains l’une contre l’autre et s’inclina très formellement, et puis embrassa Sumi sur la joue. Kujimitsu dissimula son propre sourire d’une main. Sumi était la fille du Maître du Feu, mais tous les Maîtres avaient participés à l’éducation de la fille, et pas un seul d’entre eux ne pouvait résister à son sourire.

"Comment va ton père ?" Demanda-t-il, d’une voix délicate mais sérieuse.

"Toujours pareil," dit-elle tristement, faisant un pas en arrière et indiquant d’un geste l’homme dans le coma. "Nitobe n’est pas très optimiste."

"Il ne l’est jamais," répondit Kujimitsu, "C’est un homme très acide." Il se porta aux côtés d’Asa et soupira longuement.

Asa gisait toujours, les yeux fermés, le corps affaibli et sans vie. Des tubes partaient de son nez et de ses bras ; des machines cliquetaient et faisaient de petits "bip" tout autour de lui, pour le maintenir en vie. Asa était un homme jeune, à peine assez âgé pour être le père de Sumi, mais cette expérience avait laissé son visage dans un état fatigué et usé.

"Pourquoi maintenant, mon vieil ami ?" Demanda Kujimitsu, "Pourquoi justement maintenant ?"

"Quoi ?" Demanda Sumi, son regard passant de Rashid à Kujimitsu, "Qu’est-ce qui se passe ?"

"De mauvais présages," dit Rashid, laissant une main sur l’épaule de Sumi, "Rien qui ne doive te faire de soucis, jeune fille. J’ai entendu que tu étais à la traîne, dans ta classe."

"Ce n’est pas ma faute," dit Sumi, "Ces professeurs ne savent pas de quoi ils parlent."

"En es-tu sûre ?" Demanda ironiquement Rashid.

Kujimitsu rit tout bas. "Tu as l’air fatiguée, Sumi. Pourquoi est-ce que tu ne rentres pas à la maison ? Nous pouvons nous occuper d’Asa un moment. Je suis sûr que ta mère aimerait te voir, elle aussi."

Sumi acquiesça, en baillant. "C’est une bonne idée, mon oncle," dit-elle, tout en se frottant les yeux, "Je suis vraiment fatiguée. Merci à vous, Kujimitsu-sama, Rashid-sama." Elle s’inclina profondément et embrassa son père sur le front. "Père, par pitié, réveillez-vous," murmura-t-elle. Et puis, elle partit.

"Tu ne cesseras jamais de m’étonner, Zul Rashid," rit Kujimitsu, installant son gros corps sur la chaise.

"Vraiment ? Et pourquoi donc ?" Répondit Rashid d’un ton curieux, tout en croisant les bras et en s’appuyant contre le rebord de la fenêtre.

"Tu es toujours si sombre, si sinistre, si invulnérable et mystérieux," dit le petit homme, "mais chaque fois que tu es à proximité de Sumi-chan, la façade s’effondre. Fais attention, gaijin, ou je pourrais raconter au monde entier que tu n’es pas un sorcier sans cœur, finalement."

Rashid sourit. "Elle me rappelle mes filles à Medinaat al-Salaam. Quand je la regarde, je les revois. Je me demande si elles sont devenues aussi belles ou aussi intelligentes. Je me demande si elles se sont mariées, ou si dans dix ans, elles penseront encore à leur traître de père."

"Rashid, tu n’es pas un traître," dit Kujimitsu, "Le khadi—"

"Ne me parle plus jamais d’eux !" Cria Rashid, qui cracha sur le sol. Il se calma. "Je suis Phénix, Maître de l’Air, maintenant et à jamais."

Kujimitsu se contenta de faire un signe de tête, choqué par l’explosion de colère de son ami.

"Je suis désolé," dit calmement Rashid, "S’il te plait, laisse cette histoire de khadi tranquille. Que fait-on à propos d’Asa ?"

Kujimitsu soupira, se penchant au-dessus du lit du Maître du Feu. "Que pourrait-on faire ? Le Lait de Daikoku est une drogue puissante et un poison très virulent. Nous avons de la chance qu’il vive encore. Nitobe dit que lorsqu’il se réveillera, il lui faudra des mois pour récupérer, aussi bien son esprit que son corps. Il ne sera plus jamais le Maître du Feu. Que pouvons-nous faire ?"

"Je trouverai l’homme qui lui a fait ça et je le tuerai," jura Rashid.

Kujimitsu poursuivit, surpris à nouveau par la force des émotions de Rashid. "En fait," dit Kujimitsu, "Je demandais plutôt qui nous pouvions choisir comme nouveau maître ?"

Zul Rashid hocha la tête. "Ils sont peu à être doué pour le feu, de nos jours," dit-il, "Seule Sumi fait preuve de talent. Les Kami l’adorent. Mais elle est trop jeune, son esprit manque encore de concentration."

"Le Maître du Vide dit qu’il y a quelqu’un," ajouta Kujimitsu.

"Alors," dit Rashid, "J’espère que le Maître du Vide trouvera ce quelqu’un."


Funuke était, sans aucun doute, le voleur le plus intelligent qui avait jamais existé. Qui oserait se comparer à lui ?

Personne…

Il toucha le sol avec agilité, il ôta les courroies du Mini-Gyro Asako et il le dissimula sous des buissons proches, et finalement, respira l’air parfumé des Jardins Fantastiques. Après avoir observé l’immeuble Dojicorp pendant huit mois, cette nuit, c’était la bonne. Après ce qu’il s’était passé la nuit dernière, la Garde de la Maison Doji avait joué des pieds et des mains pour renforcer la sécurité des étages inférieurs. Et ils négligeaient les étages supérieurs. Ce qui convenait parfaitement à Funuke. Il avait acheté lui-même un des gyrocoptères personnels bon-marché du Phénix, et l’avait utilisé pour venir jusqu’ici. Les Jardins Fantastiques étaient l’endroit où ils gardaient leurs plus beaux jouets.

"Et en voici la preuve," rit le voleur, déambulant dans la clairière et enlevant une petite statue de Shinsei d’une table de marbre. De l’or massif. "Première prise de la journée," dit-il en la glissant dans sa poche.

S’introduire ici avait été facile. Les Jardins étaient entourés par un périmètre de senseurs. Les lunettes de vision en lumière faible Shosuro lui avaient permis de passer à travers ce périmètre. Elles avaient coûté fort cher, mais s’il trouvait plus de jouets comme cette statuette, il pouvait se faire le bénéfice de sa vie en un rien de temps.

Des voix. Au sud.

Funuke courut silencieusement hors de la clairière et glissa sous un buisson de ronces. Sa tunique épaisse l’épargnerait de la piqûre des épines, et personne ne penserait à le chercher ici.

"Je dois vous avouer, Tetsugi," dit une des voix qui s’approchaient, "Que ce fut une soirée très enrichissante."

Funuke retint sa respiration alors qu’ils entraient dans la clairière. Doji Meda, un Magistrat d’Émeraude et le Haut Prêtre, suivis par un petit enfant en robes.

"J’ai beaucoup appris," répondit respectueusement le magistrat, "Les temps à venir seront moins difficiles si des hommes d’honneur peuvent se tenir côtes à côtes. Les jardins sont magnifiques, ce soir, Munashi-sama." Ils passèrent à côté de la table en marbre.

"Je vous remercie," dit Munashi, fixant la table de son seul oeil bleu, "Je fais de mon mieux pour les garder dans un état présentable."

L’enfant courut vers les buissons, dangereusement proche de Funuke, et commença à cueillir des fleurs. Le voleur parvint à contenir sa respiration et avança lentement la main vers son couteau.

"Je vous laisse, mon ami, je raccompagne Tetsugi," dit Meda au prêtre, "Je sais que vous avez de nombreux préparatifs à faire pour le Festival."

"En effet," dit Munashi, toujours en regardant vaguement en direction de la table, "Je dois également arracher quelques mauvaises herbes." Les deux samurai partirent.

L’enfant regarda droit vers Funuke et gloussa. Funuke prit un air maussade et plaça son doigt sur sa bouche. L’enfant imita le geste en souriant largement. Funuke n’avait jamais tué un enfant auparavant, mais s’il devait le faire… Il tira lentement le couteau passé à sa ceinture.

"Les jardins sont vraiment beaux, ce soir, non ?" Dit Munashi, probablement à l’enfant. Il passa ses longs doigts sur la surface de la table vide.

"Mais en vérité, ils sont une bien plus jolie prison," continua le prêtre. Funuke aurait voulu que le vieux sac d’os s’en aille et qu’il se parle tout seul ailleurs.

"Je suis Munashi, le plus grand Asahina depuis Yajinden. Suis-je un daimyo ? Non, c’est le rôle de Meda. Suis-je le Champion de Jade ? Non, ça, c’est pour le Renard. Suis-je un Maître ? Non plus. Je n’ai pas eu la chance de naître Phénix, et l’envie est un vilain péché, très vilain." A qui parlait-il ? Apparemment, l’enfant ne le comprenait pas, car il gloussait toujours et arrachait des fleurs du buisson de ronces.

"Le destin, peut-être ? Non. Tout est déjà placé sur la Roue Kharmique, nos vies tournoient selon son bon plaisir," le prêtre observait son reflet sur la surface de la table, une expression triste sur son visage. "Les ancêtres ont dit ’Lève-toi, Munashi ! Lève-toi haut ou sois faible à jamais ! À jamais anéantissant la vermine.’ C’est un lourd fardeau mais je dois le porter. Pekkle, ramène-moi le voleur."

Funuke eut un hoquet. L’enfant sourit. Funuke recula et rampa à l’écart rapidement, mais il fut soudain saisi à la ceinture. Il se retourna et ouvrit les yeux, pris de stupeur. L’enfant avait plongé son bras à travers les ronces, l’avait attrapé, et souriait toujours, un bouquet de fleur dans son autre main. Funuke poignarda la main de l’enfant avec son couteau.

La lame se brisa.

Pekkle gloussa et extirpa Funuke du buisson de ronces. Les branches entaillèrent et percèrent la peau du voleur, et il hurla de douleur. La force du jeune enfant était incroyable. Il tira le voleur jusqu’au centre de la clairière d’une seule main et le tourna en direction de Munashi, puis il saisit fermement le cou de Funuke pour l’empêcher de bouger.

"Où est la statue ?" Demanda calmement Munashi.

Funuke la sortit lentement de sa poche et la brandit dans sa main ensanglantée.

"Sur la table, s’il vous plait, là où elle était."

Funuke la remit prudemment en place.

"Mais…" haleta Funuke, "Ce gosse… Par l’enfer, qui est-il ?"

"Pekkle ?" Demanda Munashi, le visage indifférent, "Mais c’est un oni, bien sûr. Je l’ai invoqué des enfers moi-même."

La bouche de Funuke s’ouvrit largement. Du sang coula dans l’un de ses yeux. Pekkle gloussa encore.

Munashi haussa les épaules. "Je dois bien m’amuser ici d’une manière ou d’une autre. Je n’aime pas vraiment le jardinage, et Pekkle est un compagnon très intéressant."

"Qu’est-ce que vous allez faire de moi ?" Soupira le voleur de façon pathétique. Pekkle renforça sa prise sur son cou et il le secoua un peu.

"Et bien," dit Munashi, le visage assombri, "J’abhorre la violence, mais maintenant que tu connais le secret de Pekkle, je suppose que je vais devoir te tuer."

"M-me tuer ?" Bégaya Funuke, "Mais je n’étais pas au courant, avant que vous ne me le disiez !"

"Je sais," sourit Munashi, "Ironique, pas vrai ?"

Pekkle frappa.


Genju Gemmei déposa son tricot sur le côté et changea de chaîne. Elle en avait assez de regarder la télévision. On ne parlait que de mauvaises nouvelles et de violence. Ça faisait trop mal de regarder ça. Elle entendit de nouveaux coups de feu, à seulement trois blocs d’ici, cette fois-ci. Ça pouvait être Jiro, cette fois. Il était très possible que ça soit Jiro. Il n’était toujours pas rentré à la maison.

Gemmei soupira. Elle pouvait déménager, sans doute, mais qu’est-ce que ça changerait ? Tous ses amis étaient ici. Son travail était ici. Elle avait été enseignante pendant tellement de temps. Que pouvait-elle bien faire d’autre ? Ses étudiants dépendaient d’elle, et sans doute pouvait-elle apporter quelque chose à certains d’entre eux si elle restait. De plus, Jiro ne voudrait jamais s’en aller. Il était trop têtu, comme son père et son frère.

Elle espérait que Danjuro allait bien. Elle savait qu’il se débrouillait bien, dans sa vie actuelle. Elle espérait juste qu’il n’avait pas changé, mais elle réalisa qu’au fond d’elle-même, elle savait qu’il en était autrement.

Elle regarda l’horloge à nouveau. Minuit était déjà passé. Elle soupira et regarda son tricot. Elle n’avait pas le cœur à ça. Elle s’inquiétait pour Jiro. Elle pouvait corriger certains travaux écrits de ses élèves, mais elle savait qu’elle ferait des erreurs. Elle était trop distraite.

Et soudain, on frappa à la porte. Gemmei souleva son petit corps obèse du fauteuil et pria les Fortunes pour que ce ne soit pas la police. Elle ouvrit la porte.

"Danjuro ?" Dit-elle, hoquetant alors qu’elle fit un pas en arrière.

Akodo Daniri sourit et retira ses lunettes de soleil. "Salut, maman," dit-il, "J’suis de retour à la maison."


Sumi avançait lentement le long du trottoir, en comptant les fissures. Le voisinage de l’hôpital n’était pas le meilleur que l’on puisse espérer, et si elle y avait pensé, elle aurait probablement pris un bus, mais ses pensées n’étaient pas orientées vers sa propre personne, en ce moment.

Qu’allait-il arriver à son père ? Son destin était-il aussi noir que ce que Nitobe le disait ? Qu’allaient faire les Maîtres, sans lui ? Allaient-ils le remplacer ? Par qui ? Un vent froid lui balaya les jambes alors qu’elle attendait à un passage pour piétons que le feu passe au vert. Elle tapa du pied, irritée, car elle venait de réaliser qu’elle avait oublié son manteau à l’hôpital. Soudain, une vague de chaleur l’entoura, et elle eut chaud. Elle sourit et remercia les kami pour leur protection.

Soudain, un cri surgit de derrière le coin de la rue. Un cri exprimant la peur, un appel au secours. Sumi réalisa qu’elle était la seule personne des environs. Elle courut jusqu’au coin et jeta un coup d’œil, en se tenant au mur.

Un groupe de cinq jeunes punks au crâne rasé et vêtus de vestes en cuir, des membres du gang local connu sous le nom des Bishonen, se tenaient en cercle dans la rue. Au milieu d’eux, une femme en robe et aux cheveux sombres gisait sur la rue, en se protégeant la tête.

"Relève-toi, saleté !" Dit l’un d’entre eux, en se penchant sur elle et en crachant. "Relève-toi ou c’est nous qui allons le faire !"

"Vas-y, Zak," ricana un autre, "On te la laisse."

Sumi s’agrippait au mur, se demandant si elle pouvait faire quelque chose. Elle se sentait impuissante. Juste une fille, seule.

"Un Phénix n’est jamais seul," c’était la voix de son père, lorsqu’elle était jeune. Elle s’en souvenait, maintenant. Une autre poussée de chaleur tourbillonna autour d’elle, on pouvait sentir l’irritation des kamis, un reflet de sa propre colère.

Zak se saisit des cheveux de la femme couchée à terre et tira. Elle hurla. "Hé, tu m’entends, espèce d’horreur ?" demanda-t-il.

"ARRÊTEZ !"

Les Bishonen se retournèrent tous. Sumi se tenait au milieu de la route. L’air autour d’elle ondulait légèrement à cause de la chaleur.

"C’est quoi ce bordel ?" Dit l’un d’eux.

"C’est une Phénix !" Dit Zak.

"Elle est mignonne," dit un autre.

"Qu’est-ce que vous faites avec cette femme ?" Demanda Sumi.

"C’est pas tes affaires," répondit Zak en criant et en marchant vers elle, "Vous autres, saletés de samurai, vous vous foutez pas mal de nous, alors t’occupe pas de nos affaires si tu veux pas finir comme elle."

"Une petite fille samurai," ricana un autre, "qui essaie de nous dire ce qu’on doit faire."

"En fait," dit Sumi, qui attendait encore qu’ils soient un peu plus proches, "Je suis une shugenja."

"Attrapez-là," ordonna Zak.

Sumi ne fit rien. Le kami du feu qui la protégeait, d’un autre côté, était complètement enragé. La rue autour d’elle éclata soudain d’une flamme blanche, faisant fondre les fenêtres proches. Sumi se tenait saine et sauve au milieu de la fournaise, souriant légèrement.

"Et merde !" Jura Zak, il s’écroula en frappant sur ses sourcils qui venaient de brûler légèrement.

Sumi fit un pas en avant. Le feu rugissait et décrivait des courbes devant elle, s’avançant de plus en plus près des Bishonen.

"Partez !" Ordonna-t-elle.

Les Bishonen reculèrent, et Zak sortit un pistolet de sa poche. Le cœur de Sumi se figea. Soudain, un passage s’ouvrit dans l’air derrière lui et un grand homme couvert de bandages et vêtu d’une robe rouge sombre fit un pas dans la rue, à travers ce passage. Il saisit l’arrière du cou de Zak d’une main et lui fit perdre connaissance. Un petit ratling apparut à ses côtés, étreignant un long bâton métallique.

"Nous sommes les Maîtres Élémentaires," dit l’homme aux bandages, la voix mugissante, "Partez tout de suite ou vous allez avoir des ennuis."

Le ratling frappa le sol de l’extrémité de son bâton, et la rue trembla.

Les Bishonen fuirent.

L’aura de Sumi disparut tandis qu’Ishikint et le Maître du Vide s’approchèrent d’elle. Ishikint adressa un regard interrogateur au Maître pour savoir s’il avait été aussi surpris que lui de la puissance de la jeune fille. Le Maître n’en montra aucun signe.

"Ishikint ! Maître !" Cria-t-elle, en courant vers eux, "D’où êtes-vous venus ?"

"Nous ne nous serions pas permis de laisser la fille d’Isawa Asa rentrer à la maison sans surveillance," répondit le Maître du Vide de son étrange voix creuse. Il baissa le regard, embarrassé, tandis que Sumi l’attrapait pour l’étreindre. Ishikint rit, mais à ce moment, Sumi le saisit à son tour.

"Ishikint te remercie," dit le vieux ratling, "Maintenant laisse Ishikint respirer, s’il te plaît, Sumi."

"Cette femme !" Dit Sumi, les laissant soudainement tous les deux, "Nous devons voir si elle n’a rien."

Sumi courut vers la femme en robe. Elle était assise sur le trottoir, maintenant, ses longs cheveux tombaient sur son visage.

"Bonjour ?" Dit Sumi, se tenant devant elle, "Mon nom est Isawa Sumi et voici mes amis. Vous vous sentez bien ?"

La femme regarda en direction de Sumi, et ses cheveux s’écartèrent de son visage. Elle était magnifique, peut-être la plus belle femme que Sumi ait jamais vue. Son visage était rond, ses yeux étaient d’un argent brillant, et ses lèvres rouges étaient tirées en un magnifique sourire. Et sa peau était verte.

"Merci," dit la femme, "Je suis la Zin."

Ishikint se pencha vers elle, les yeux grands ouverts. "Par les Sept Tonnerres !" S’exclama-t-il, "Regardez-la !"

Sumi plissa le front en regardant Ishikint. "Mais c’est juste une mutante. Vous avez déjà vu des mutants avant, non ? Qu’y a-t-il ?"

"Sumi ne comprend pas," dit rapidement Ishikint, courant à ses côtés pour s’incliner profondément devant Zin. Il posa son bâton sur le sol devant elle et aplatit ses oreilles respectueusement. "Asako Ishikint, Maître de la Terre, fils adoptif du Clan du Phénix," dit-il formellement. Le ratling releva le regard, ses petits yeux brillants étaient emplis de respect et de crainte. "Ishikint vous souhaite la bienvenue à nouveau dans Rokugan, Naga."

A suivre...



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