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Rokugan 2000

Episode IX

Le Voyage commence

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

mardi 22 septembre 2009, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode IX, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

Le Monorail Dojicorp filait dans la nuit. A l’horizon, les premières lumières du matin brillaient comme un soleil miniature.

"Otosan Uchi," dit Washi Naizen. Il regardait par la fenêtre d’un air morne. "Nous sommes presque arrivés."

"Il est presque temps," rit Meiji, en posant son pied sur la banquette en face de lui, "Je suis heureux que vous deux, vous en ayez eu marre aussi et que vous m’avez laissé acheter des billets de train." Le wagon était vide, à l’exception des trois moines et d’une vieille femme qui dormait dans un coin. Depuis l’invasion, le tourisme dans la Cité de Diamant avait brusquement chuté.

Hoshi Kenzo releva les yeux du magazine de mode masculine qu’il avait trouvé sur la banquette. "Et bien, d’habitude, mon ordre respecte son vœu de pauvreté un peu plus sérieusement que le tien, jeune Corbeau. Mes pieds sont généralement suffisants pour m’emporter là où je dois me rendre. Dans ce cas-ci, je fais une exception." Kenzo soupira en regardant le magazine. "Quel baratin matérialiste. Comment peuvent-ils imprimer ce genre de choses ?" Il continua à lire.

"Nous sommes bientôt arrivés, maintenant," dit Naizen, en posant la main sur la vitre lavée par la pluie. "Notre voyage est presque arrivé à son terme."

Meiji lança un regard incertain vers Naizen. Le moine de l’Aigle avait plus ou moins son âge, mais il semblait plus âgé. Ses yeux étaient pleins de douleur et de désespoir. Pendant ces deux semaines où ils avaient voyagés ensemble, il n’avait pas tout à fait compris que penser de Washi Naizen. Il se sentait désolé pour lui. Il semblait avoir tellement de poids sur les épaules. Il ne se sentait pas à l’aise quand il était près de Naizen, ça c’était sûr.

La porte à l’extrémité du wagon s’ouvrit lentement. Un grand homme avec des cheveux noirs, gominés, et un costume blanc entra, portant une serviette. Il semblait être d’origine gaijin, et ses yeux étaient gris.

"Bonjour, Frères," dit-il, en s’inclinant maladroitement.

"Que Shinsei te bénisse," dit Kenzo avec un sourire amical.

L’homme acquiesça et s’avança jusqu’à l’un des sièges vides.

"Alors, quelle est notre prochaine étape, Maître ?" Demanda Meiji, se penchant en avant et se tournant vers Kenzo. "Que faisons-nous lorsque nous arriverons à la cité ?"

"Je ne sais pas," dit Kenzo. "Je suppose que c’est à notre jeune ami Naizen de décider. Il semble savoir où nous devons aller."

"Oui, je voulais vous demander ça, en fait," dit Meiko. "Comment ce Naizen peut-il savoir où nous devons aller ? Nous n’avons trouvé aucun indice, aucune information. Par les Tonnerres, je ne sais même pas ce que nous recherchons. Où nous emmène-t-il ?"

"Les Washi sont des gardiens," dit Kenzo. "Chacun d’eux a une responsabilité particulière, une charge spéciale. Ils veillent sur des artefacts et des créatures maléfiques qui ne peuvent être détruites, seulement enfermées. Leur chi est focalisé sur la protection de leur charge. Si leur charge s’échappe ou est dérobée, ils peuvent suivre la piste là où elle mène."

"Ah bon," dit le jeune moine. "C’est fou. Avec une telle capacité, pourquoi ne deviennent-ils pas la police régulière ou quelque chose du genre ?"

"Les Washi ont un rôle encore plus important que la police," dit Kenzo, en repliant son magazine. "De plus, placer une partie de l’âme de quelqu’un dans un criminel ou un artefact maléfique ne doit être fait à la légère. Quelqu’un qui voudrait le faire de son plein gré devrait méditer en permanence pour garder sa concentration, ou alors il serait perdu à jamais à la corruption de ce qu’ils gardent."

"Et qu’est-ce que Naizen garde ?" Demanda Meiji, en regardant vers l’effrayant Washi.

Naizen tourna son regard vers les deux moines, ses yeux bleus et pâles brillaient d’une lumière fluorescente.

"Le Masque est proche," dit-il. "Cela ne durera plus très longtemps."

"Alors," dit le gaijin, en se tournant dans son siège et en souriant largement vers les moines. "Je vois que vous autres êtes des hommes saints. Êtes-vous en train de faire un pèlerinage ?"

"Quelque chose comme ça, en effet," répondit Kenzo.

"C’est vraiment bien," il hocha la tête légèrement. "Je vais vous dire une chose. De retour chez moi, je leur dirai que nous ne donnons pas la même importance à la religion que vous autres, rokugani. De plus, nous n’avons pas nos dieux et kami qui nous apparaissent comme à vous, hein ? Regardez le Fils des Orages et essayez de me dire qu’il n’est pas béni d’Osano-wo, pas vrai ? J’ai raison, vous ne trouvez pas ?"

Kenzo gloussa. "Ce n’est pas parce que vous ne pouvez pas voir votre dieu, mon ami, que ça veut dire que lui ne peut pas vous voir."

"Oh, mais je sais qu’il me voit," répondit l’homme. "Il m’a même dit que vous seriez là."

Kenzo releva un sourcil. Meiji se redressa dans son siège. Naizen rétrécit les yeux, les mains serrées sur la poignée de son bô. "Que voulez-vous dire ?" Demanda Kenzo avec attention.

"Oh, je suis désolé. Je suis impoli," gloussa l’homme. Il se pencha en avant et tendit la main vers Kenzo. "Je suis Jared Carfax. L’Oracle de l’Air." Le moine prit sa main, le visage montrant sa surprise.

"Il n’y a plus d’Oracles," dit Meiji, "Ils sont morts lors de la Guerre des Ombres, et ils n’étaient certainement pas gaijin."

"Bien sûr qu’ils ne l’étaient pas," rit Carfax. "C’est vraiment une stupidité, ce que je raconte, hein ?"

"Oui," rit Meiji. "C’est stupide."

"Tonnerre," dit Carfax. Le tonnerre gronda dans le ciel.

"Éclair," dit-il. Un arc électrique bleuté d’une vive intensité tomba à quelques mètres du train.

"Grêle," dit-il. Le toit du wagon cliqueta sous l’impact de minuscules petits grêlons.

"Stop," dit-il. La tempête s’arrêta. La lune apparut, brillante, dans le ciel à présent sans nuage.

"Qui êtes-vous ?" Demanda Naizen, la voix sifflante.

"Juste un gaijin," répondit Carfax, en se rasseyant sur sa banquette. Il gardait ses deux mains en l’air, l’ancien kanji de l’air luisait sur ses paumes. Naizen recula, choqué, de la peur dans ses yeux.

"Je ne suis pas ici pour te faire de mal, mon garçon," dit Carfax. Il se redressa et se tourna pour faire face aux trois moines. "Le temps où les mortels cherchaient la sagesse des Oracles est passé. Maintenant, les Oracles doivent aller là où ils sont nécessaires. Et vous autres, avez besoin d’aide."

Kenzo se leva de son siège, observant avec crainte les symboles luisants dans les paumes de l’homme. "Ce n’est pas possible," dit le vieux moine. "La tempête…"

"Si vous ne me croyez pas, je peux comprendre," dit Carfax. "Je n’y croyais pas moi-même, au début. Je me sentirais mieux si vous me laissiez vous aider."

"Que voulez-vous de nous ?" Demanda Naizen.

"Des questions," répondit l’Oracle. "C’est tout. Posez-moi une question."

"Le rôle traditionnel d’un Oracle," acquiesça Kenzo. "Une question, et la réponse sera la vérité."

Le wagon resta silencieux pendant un instant, à l’exception des ronflements de la vieille femme derrière eux.

"C’est une question chacun ?" Demanda Meiji "Ou une question pour tout le monde ?"

"Est-ce que c’est votre question ?" Demanda Carfax d’un sourire ironique.

Meiji resta sans voix.

"Je blaguais," rit Carfax. "J’adore ça. Oui, une question chacun, Karasu Meiji."

Les moines se regardèrent, incertains. Puis Kenzo fut finalement le premier à parler.

"Trouverons-nous ce que nous cherchons à Otosan Uchi ?" Demanda Kenzo.

Jared Carfax ferma les yeux, et une brise froide passa dans le train. "Ce n’est pas ici," dit-il d’une voix creuse. "Toutefois, c’est bien à Otosan Uchi que vous trouverez ce que vous cherchez."

"Curieux," dit Kenzo.

Meiji s’avança vers l’homme. "Je suis le suivant," dit le jeune moine, "Je sais exactement ce que je vais vous demander."

Carfax ouvrit ses yeux gris. "Ne me pose pas de questions sur la mort," dit-il. "Je te préviens maintenant. Personne n’aime les réponses qu’on obtient."

"Pas grave," dit Meiji. Il indiqua Naizen du doigt. "Ce Washi nous a raconté que nous allions mourir, il y a deux semaines. Je veux savoir si c’est vrai."

Carfax acquiesça tristement, et ferma encore les yeux. Un autre vent froid balaya le wagon. "Tu vas mourir, Karasu Meiji," dit l’Oracle. Meiji avala difficilement. "Mais tu vivras encore," ajouta-t-il, "Jusqu’à ce que tu vois le visage de Shinsei."

Meiji s’assit, toute force avait disparu de ses jambes.

"Je t’avais prévenu," dit Carfax, "Je suis désolé."

"Ce n’est rien," murmura Meiji, les yeux braqués sur le sol. "Merci."

"Et toi, Washi Naizen ?" Demanda Carfax, en se tournant vers le dernier moine.

Naizen sourit, la première trace d’humour qu’il montrait depuis qu’il était en compagnie des autres. "Vais-je réussir à remplir ma mission ?" Demanda-t-il.

Carfax tomba en transe une fois de plus, mais le vent ne revint pas. Il ouvrit les yeux. "Je ne peux lire en toi, Washi Naizen," dit-il. "Tu n’as pas de destin. Ou peut-être que ton rôle est trop important pour qu’un simple Oracle puisse le deviner." Carfax observait le jeune moine pensivement.

"Nous verrons, Oracle," dit Naizen alors que le train entrait dans la gare.


Kamiko s’observa dans le miroir. Ses cheveux blancs étaient reliés en queue de cheval. L’armure de plastique bleue étreignait son corps, épousant ses courbes féminines tout en suggérant la force et la puissance qu’elle possédait également. Le katana brillait d’une lueur bleue à sa ceinture. Elle voulait faire impression. La porte s’ouvrit derrière elle.

"Le voici," se murmura-t-elle.

"Kamiko !" S’exclama son père. "Que crois-tu porter là ?"

Kamiko se retourna et s’inclina formellement. "Bonjour père," dit-elle. "Je ne fais que me préparer pour la cérémonie."

Meda la regarda de travers. "Ma fille ne se vautrera pas en armure comme une traînée de Matsu ou Otaku," cracha-t-il. "Tu vas être la prochaine Impératrice et tu vas t’habiller de façon appropriée."

"Je veux être honorée comme une héroïne de Rokugan," dit-elle. "J’avais pensé que ceci serait approprié."

Meda hocha la tête. "Non, Kamiko. J’ai parlé avec Yoritomo il y a quelque temps. Nous pensons tous les deux qu’il serait inadéquat que la fiancée de l’héritier apparaisse à la télévision comme un héros militaire."

"Vraiment," dit-elle d’un ton plat. "Pour autant que je me souvienne, Kameru va être lui aussi honoré alors je ne vois pas quel est le problème. Serait-ce parce que l’Empereur n’a pas l’intention de vous honorer vous aussi ?"

La pièce resta silencieuse. Les yeux de Meda étaient emplis d’une fureur froide.

"Où as-tu eu cette épée ?" Demanda-t-il, en indiquant la lame qui se trouvait à sa taille.

"Allez-vous m’interdire aussi de porter un katana, père ?" Rétorqua-t-elle. "Vous pensez que je suis une poupée en porcelaine, mais je reste une samurai et une duelliste. M’enlever mon arme serait aller à l’encontre des traditions que vous prétendez conserver." Elle croisa ses bras sur sa poitrine et releva le menton, le défiant de répondre à ça.

"Je suis au courant de tes tendances masculines, ma fille," dit-il. "Mais ce n’est pas ton katana. Où l’as-tu eu ?"

Elle plissa le front, sa main sur la garde d’Ambition. "Au musée," répondit-elle.

"Tu l’as volée," dit-il. "Tu voudrais aller à une cérémonie Impériale avec une épée volée."

La garde de l’épée se réchauffa sous sa main, et elle était d’abord en colère, puis furieuse. "Découpe-le," dit une voix au fond de son esprit. "Sors la lame et mets un terme à ceci." Sa main se resserra sur l’épée. Elle vit un éclair de peur dans les yeux de son père. Elle sentit la bile monter dans sa bouche.

Kamiko ôta sa main d’Ambition et prit une grande respiration. Qu’est-ce qu’elle avait failli faire ?

"Donne-moi l’épée," dit Meda. "Je la rendrai au conservateur du musée et nous oublierons que ceci est arrivé. Maintenant, va t’habiller pour la cérémonie, ma fille."

Kamiko acquiesça, toujours secouée par ses émotions changeantes. Elle détacha le saya de l’arme et la tendit à son père. Meda mit la lame sous son bras et posa une main sur son épaule. "Je suis désolé, Kami-chan," dit-il, en utilisant le nom qu’il n’avait plus utilisé depuis dix ans. C’était avant qu’il ne devienne le Champion, avant qu’il ne soit emporté par son travail. Ses yeux bleu clair étaient emplis de tristesse et de regret. "Je n’ai jamais voulu te faire de mal. Mais c’est le monde dans lequel nous vivons. L’Empire doit être préservé, et nous sommes ceux qui doivent en payer le prix."

Kamiko ne dit rien. Elle regardait ailleurs.

"Je t’aime, Kami-chan," dit Meda. "Ne doute jamais de ça."

Kamiko ne dit toujours rien.

Meda soupira profondément. Il ôta son bras de l’épaule de sa fille et quitta la pièce. Il ferma la porte derrière lui. Il regarda celle-ci à nouveau et resta planté là un long moment, indécis. Pourquoi ne comprenait-elle pas ? Pourquoi ne voulait-elle pas comprendre ? Kamiko était son monde, sa vie entière. Tout ce qu’il avait fait, tout son travail, avait été de créer un monde dans lequel elle serait fière de vivre. Et tout s’effondrait, maintenant. De plus, il ne pouvait rien faire pour ça, lui semblait-il. L’Empereur allait tout détruire et maintenant, sa fille, le centre de son monde, le méprisait.

La lame de Kamiko se réchauffa soudain sous son bras.

Et de manière inexplicable, Meda se sentit un peu mieux.


"Depuis combien de temps est-il comme ça ?" Demanda Kitsune Maiko en soupirant.

"Presque une heure," répondit tristement Ryosei. "Il semblait aller mieux aujourd’hui, mais il est devenu comme ça peu de temps après que vous soyez partie, tout à l’heure."

Isawa Saigo était recroquevillé dans le coin de la chambre, serrant ses genoux contre sa poitrine et grelottant. Les couvertures du lit avaient été déchirées et la petite table qui se trouvait à côté avait été renversée. Une cruche d’eau brisée gisait sur le sol, près de lui.

"Ça fait mal," marmonna-t-il, "Faites que ça s’arrête."

Ryosei s’agenouilla à côté du jeune prophète, son visage soucieux. "Ne vous en faites pas, Saigo", dit-elle. Elle avança sa main et caressa ses cheveux emmêlés. "Vous avez franchi la pire étape de votre récupération. Vous vous sentirez mieux si vous pouvez tenir encore un peu plus longtemps."

"Je ne veux pas aller mieux, Ryosei," murmura-t-il en grinçant des dents. "Je veux seulement mourir."

Maiko renifla de dédain, en plaçant ses mains sur ses hanches. Elle fixa le Phénix. "Alors, mourez, Saigo," dit-elle. "Ryosei et moi avons pris un risque énorme pour vous cacher ici depuis tout ce temps. Votre mort nous rendrait la vie plus simple."

"Maiko !" S’exclama Ryosei, en se retournant choquée vers la vieille femme. "Comment pouvez-vous dire une chose pareille ?"

"Peuh," gloussa Maiko. "Comme si tout ce que je disais avait de l’importance. Ce garçon n’a même pas le courage de mourir. S’il n’était pas notre seul moyen de savoir ce qu’il se passe au Palais, ça fait longtemps que je l’aurais jeté aux mains des Guêpes."

"Saigo a besoin de notre aide, pas de vos insultes," dit Ryosei, en mettant un bras protecteur autour de ses épaules.

Maiko sourit. "Vous êtes trop soucieuse au sujet de ce garçon, ma chère étudiante," dit-elle. "Je pense que c’est peut-être votre seul défaut. La compassion est pure perte concernant ce drogué au Lait-D."

Saigo releva les yeux vers la Championne de Jade, ses yeux injectés de sang étaient froids et durs. "Désolé de ne pas être né dans le luxe, Maiko-sama," dit-il. "Certains d’entre nous sont forcés d’endurer certaines douleurs plutôt que de soumettre les autres à celles-ci."

Les yeux de Maiko se rétrécirent. "Touché, Phénix. Alors, il y a un esprit derrière vos hallucinations pourries par la drogue, après tout. Avez-vous eu de nouvelles prophéties pour nous, aujourd’hui ?"

Saigo hocha la tête et ferma à nouveau les yeux.

"En êtes-vous sûr ?" Le pressa Maiko. "Avez-vous essayé ?"

"Maiko, laissez-le seul," la supplia Ryosei. "Vous savez comment les rêves l’épuisent. Il a besoin de ses forces, pour l’instant."

Maiko acquiesça. "Je suppose que vous avez raison, mon enfant. Dès qu’il ne sera plus sous l’effet du sortilège, dites-le-moi." Elle se tourna vers la porte. "Maintenant qu’il a presque récupéré de sa blessure, j’ai songé à placer une illusion sur lui et lui faire faire un tour du Palais. Ça m’intéresserait de voir qui d’autre que Kyo porte un implant tetsukansen."

"Je vous préviendrai dès qu’il ira mieux, Maîtresse," dit Ryosei, obéissante. La Championne de Jade quitta la pièce sans autre mot.

Saigo se remit soudain sur ses pieds et écarta ses cheveux défaits de son visage. Ses yeux sombres étaient clairs et alertes. Il se pressa jusqu’à la porte et coinça une chaise sous la poignée.

"Saigo !" S’exclama Ryosei. "Vous allez bien ?"

Saigo se tourna et sourit. "J’étais acteur dans une grande école," rit-il.

"Qu’est-ce que vous faites ?" Demanda-t-elle, son regard effaré alla de la porte barricadée au prophète.

"Il y a un autre moyen de sortir d’ici ?" Demanda-t-il, en courant jusqu’à la porte opposée et jetant un coup d’œil dans la bibliothèque.

"Oui, par les catacombes," répondit-elle. "Mais que se passe-t-il ? Vous m’effrayez."

"Je ne devrais pas être celui qui vous effraye, Ryosei," dit-il. Il s’avança rapidement vers elle et lui prit les bras fermement. "Maiko a été implantée."

Elle ouvrit la bouche. Elle hocha vigoureusement la tête. "Non !" Dit-elle, "Ce n’est pas possible !"

"Je suis désolé, Ryosei," dit-il, en fermant les yeux. "Je crois que c’est récent. Je n’avais rien remarqué jusqu’à aujourd’hui. Mais nous ne devons pas rester plus longtemps dans le Palais."

"Nous ?" Demanda Ryosei en souriant.

"Ouais," dit Saigo, en roulant des yeux et en grimaçant un peu. "Vous m’avez sauvé la vie, Ryosei. Vous m’avez aidé à lutter contre la drogue. Je… Je ne peux pas vous laisser derrière moi."

"Êtes-vous sûr que c’est ça ?" Demanda-t-elle, la voix taquine.

Saigo regarda ailleurs. "Euh, on n’a pas le temps pour ça, Ryosei. Nous devons partir. Vous venez avec moi ?"

"Où vous voulez," rit-elle. "Où allons-nous ?"

"Je ne sais pas vraiment," répondit-il. "J’ai bien quelques idées. Peut-être devrions-nous demander à Kujimitsu et aux Maîtres, pour voir s’ils peuvent nous aider. Sinon, j’ai un ami dans le Quartier Scorpion qui serait capable de nous protéger. Je ne sais pas. Je ne peux garantir que vous serez en sécurité. Mais je ferai mon possible pour vous protéger."

"A vrai dire," dit Ryosei. "Vous semblez être celui qui a le plus besoin de protection."

"Vrai," rit le prophète. "Je crois que j’ai besoin d’un yojimbo. Toujours intéressée par le boulot ?"

"Bien sûr," dit-elle.

Et ils se mirent à courir vers les catacombes.


"Je ne sais même pas ce que je fais ici," grogna Hayato. "Je n’ai même rien fait pendant l’invasion. Tu aurais dû souffrir toi-même de cette punition." Il posa son menton sur son poing tout en regardant par la fenêtre du camion.

"Oh, ferme-la, Hiruma," dit Yasu. "Il est presque temps que tu t’arrêtes de te reposer toute la journée. En tout cas, les Isawa ont dit que ton plâtre ne fera pas son boulot si tu ne te lèves pas et que tu ne marches pas un peu."

Hayato jeta un regard vers le morceau de plastique bleu qui entourait sa jambe gauche jusqu’à la cuisse. "Ce truc me gratte," se plaint-il. "Et ça me donne l’air stupide. J’espère qu’ils vont me laisser l’enlever bientôt."

"Tu aurais déjà du l’enlever toi-même, espèce de chochotte," gloussa Yasu. "L’oni n’était pas si grand que ça." Yasu fit ralentir le camion et le dirigea vers la grande place qui entourait le Palais de Diamant. Les gardes de la Mante lui firent un signe de tête alors qu’il passait.

"L’oni— Je devrais t’écraser le nez avec ma béquille," dit Hayato.

"Fais-le," dit Yasu d’un ton ironique. "Et après, j’aurai l’air bien, à la télévision." Il ouvrit la porte et sauta hors du camion.

Hayato prit la béquille qui se trouvait derrière son siège et descendit lentement lui aussi. "La télé, hein ?" Demanda-t-il, "Je ne savais pas que ce truc allait être télévisé." Les environs du palais grouillaient de dignitaires et de journalistes. Tout le monde, la Garde de la Mante et la Garde Impériale Guêpe, était vigilant.

"Ouais, c’est ça," grimaça Yasu. "Yoritomo voudrait raconter à tout le monde que je suis un héros."

"Avec qui est-ce que tu as dû coucher pour avoir ça, Yasu ?" Demanda Hayato.

"Je ne sais pas trop," répondit Yasu. "Elle ressemblait beaucoup à ta mère."

Hayato éclata de rire. Yasu criait très fort, attirant quelques remarques irritées d’un groupe de Phénix proches.

"Oups," rit doucement Hayato, en couvrant sa bouche d’une main. "Je me sens comme si j’étais revenu à l’école."

"Tu l’as dit," répondit Yasu. "En plus, je ne me souvenais pas que les profs de l’Académie des Quêteurs étaient aussi mignonnes que ça." Il fit un signe de tête vers le groupe de Phénix. L’un d’eux était une petite jeune femme avec une robe ardente en soie et de longs cheveux qui retombaient jusqu’à ses épaules.

"C’est Isawa Sumi," dit Hayato, en clignant des yeux. "Elle était la Maîtresse du Feu et maintenant, c’est la Championne du Phénix. Ce sont les dernières nouvelles. On dirait qu’elle est la plus jeune Championne que l’histoire ait jamais eue."

"Oh, mais je la connais," dit Yasu en souriant. "Crois-moi. Je ne l’avais plus vu depuis l’invasion, mais je n’aurais jamais pu oublier son visage. Je vais aller me présenter."

"Tu ne peux pas t’approcher du Champion Phénix !" Dit Hayato.

"Hé," rétorqua Yasu, "Le Crabe est sensé veiller sur le Phénix, n’est-ce pas ? Je vais juste faire mon boulot." Il commença à s’éloigner.

"Hé," dit Hayato quelques instants plus tard.

Yasu se retourna.

"Essaie de savoir si elle a une sœur," dit l’éclaireur. Yasu acquiesça et se remit à marcher.

Un mince yojimbo avec de longs cheveux noirs jetait des coups d’œils curieux vers le Crabe, tandis qu’il approchait. Yasu lança un regard aux plumes chatoyantes qui tombaient des épaules de l’armure du yojimbo et passa à côté de lui.

"Excusez-moi," dit-il, ennuyé.

"Salut," dit Yasu. Il regarda par-dessus son épaule et il releva son chapeau avec un doigt. "Comment ça va ? Belle armure."

Le visage de l’homme se plissa d’irritation. Il pointa un doigt vers Yasu. "Bon, vous allez m’écouter, Crabe-" commença-t-il. Les sourcils de Yasu se relevèrent et il sourit.

"C’est bon, Mojo," dit Sumi. "Je le connais. Ne réagis pas à ses provocations, car c’est tout ce qu’il espère." La bouche du yojimbo se referma. Il plissa le front et se recula.

"En fait, nous n’avons pas été correctement présentés," lui dit Yasu. Il retira son jingasa et s’inclina profondément.

"Non, en effet," dit Sumi, lui souriant avec curiosité. "Mais je suppose, au vu de votre armure et de votre genre, que vous ne pouvez être qu’Hida Yasu."

"Mon fardeau et mon privilège," dit Yasu avec un sourire moqueur et en s’inclinant à nouveau. "Alors, avez-vous besoin d’une escorte pour la cérémonie ? Et après peut-être ?"

Sumi posa sur lui un regard calculateur. "Yasu. Je n’ai que seize ans," dit-elle.

"Je peux m’y faire, si vous y arrivez," dit-il, "En plus, j’en ai seulement dix-huit."

Elle dévisagea l’énorme Crabe barbu. "Vous plaisantez," dit-elle.

"Deux mille ans de gènes Hida," sourit Yasu.

"Vous portez toujours des armures de batailles complètes pour les réceptions à la cour ?" Demanda-t-elle.

"La dernière fois, ça m’a été utile," répondit-il. Sa voix prit soudain un ton poli mais moqueur. "Alors, est-ce que madame aura besoin de mes services, pour ce soir ?" Demanda-t-il.

"A vrai dire, oui," dit-elle. Yasu releva un sourcil, surpris. "Il y a quelque chose que je souhaite faire après le spectacle, ce soir. Peut-être aimeriez-vous venir avec moi ?"

"Dites-moi," dit Yasu.

"Je me demandais si vous pouviez m’emmener dans le Bas-Quartier," répondit-elle.

Yasu fronça les sourcils, soudain sérieux. "Pas question," dit-il. "Le Bas-Quartier est un endroit extrêmement dangereux. Personne ne rentre la-dedans sans être dans un groupe d’au moins vingt personnes."

"Vraiment." Sumi sourit. "On m’a dit que vous l’aviez fait."

"Euh," balbutia Yasu. "C’est vrai, mais je suis un professionnel."

Sumi referma presque les yeux en le regardant. "Vous vous souvenez que je suis la Championne du Phénix, n’est-ce pas ?"

Yasu haussa les épaules.

"Et vous avez entendu dire que j’avais tué Kaze no Oni, sans aucun doute."

"Je crois que Toshimo me l’a dit," dit-il calmement.

"Et vous savez que grâce à ce traité que le Crabe a signé avec le Phénix, que le Champion Phénix peut demander l’assistance en urgence de n’importe quel Quêteur Crabe pour un shugenja Phénix."

Yasu soupira. "Très bien. Faites donc de moi votre yojimbo d’urgence. Je ne vous emmène pas au Bas-Quartier."

"Je ne ferai pas de vous mon yojimbo," dit-elle. "J’ai déjà un yojimbo. Je ferai de vous le yojimbo d’Asako Dorai."

"Qui est-ce ?" Demanda Yasu.

"Vous ne le connaissez pas," dit-elle. "C’est un shugenja mineur assigné à la recherche généalogique ancienne au fin fond des provinces Phénix. Vous pouvez faire vos valises ce soir."

Yasu se renfrogna. "C’est du chantage."

"Je suis heureuse que nous nous comprenions mutuellement," elle fit un grand sourire. "Maintenant, allez-vous m’emmener au Bas-Quartier ou pas ?"

"Pourquoi voulez-vous aller là ?" Demanda Yasu. "Je ne pense pas qu’une fille comme vous puisse éprouver un plaisir particulier en tuant des gobelins."

"Une amie a disparu," dit-elle.

"Qu’est-ce qui vous fait croire qu’elle se trouve dans le Bas-Quartier ?"

"Elle a été capturée par un Naga souillé par l’Outremonde," dit Sumi. "Celui qui a invoqué Kaze no Oni et qui a tué Mifune, Ishikint et Hashin. Nous avons cherché dans la cité pour la retrouver, mais nous n’avons rien trouvé. En tant que Championne du Phénix, on m’a parlé récemment de la vraie nature du Bas-Quartier, et il me semble que ça pourrait être l’endroit où elle a été emmenée. Malheureusement, vos amis aux portes du Bas-Quartier ne nous laisserons pas entrer sans autorisation."

"Vous n’avez toujours pas d’autorisation", dit Yasu. "Même moi, je ne peux pas vous en obtenir une. Seuls les Quêteurs ont le droit d’y entrer, et on ne peut pas passer ce droit."

"Oui," dit Sumi, "mais vous êtes un Quêteur et vous pouvez me laisser me cacher à l’arrière de votre camion."

Yasu éclata de rire. "Une ancienne Maîtresse Élémentaire et Championne de Clan qui se cacherait derrière un siège ?"

"Et son yojimbo," dit Mojo, "Je viens moi aussi."

"Oh, super," dit Yasu. Il se tourna vers Sumi. "Sommes-nous obligé de prendre l’Emplumé avec nous ? Sérieusement. Trois, c’est beaucoup."

"Mais c’est ce que je souhaite," rit Sumi. "Ce n’est pas un rendez-vous, Hida. C’est une mission de sauvetage. Maintenant, venez, nous allons être en retard pour la cérémonie. Vous pouvez être mon escorte si vous voulez, et nous pourrons parler des détails plus tard."

Yasu grommela et tendit son bras à la petite Phénix. Elle le prit avec un sourire satisfait et le mena jusqu’au Palais. Mojo gloussait et le Crabe lui décocha un regard fâché. Il pouvait voir Hayato qui boitait, au loin, l’air amusé lui aussi. Il avait espéré un flirt innocent, mais au lieu de ça, il avait été persuadé de risquer sa vie, sa réputation et son camion. Isawa Sumi. Quelle petite manipulatrice…

Il eut le sentiment qu’il allait apprécier cette fille.


"Inago," dit Sekkou, en ouvrant la porte de la salle d’entraînement. "J’ai besoin de te parler immédiatement."

"J’ai toujours du temps pour mes amis," répondit Inago. Le chef des Sauterelles portait une tenue noire et ses traditionnels masque et lunettes. Comme d’habitude, seul ses cheveux étaient visibles. Il était en train de s’entraîner, frappant avec ses poings et ses pieds sur un grand mannequin de bois couvert d’une grosse toile.

"Je ne suis pas ton ami, Inago," dit Sekkou, en enlevant son casque et en le jetant à travers la salle de gymnastique. Seul le dirigeant des Sauterelles connaissait son visage. "Et encore moins ces derniers temps."

"Quel est le problème ?" Demanda Inago, quittant le mannequin pour se tourner vers son lieutenant.

"Notre inactivité," siffla Sekkou, en faisant craquer les articulations de ses doigts. "Avant l’invasion, tu nous as promis une grande attaque. C’était il y a deux semaines."

"Elle arrive," répondit Inago. "Tu dois être patient."

"Les foules mécontentes ne sont pas connues pour leur patience," dit Sekkou. "C’est ce que sont en train de devenir les Sauterelles."

"Bientôt, Sekkou, bientôt," dit Inago. "Je tiens d’un excellent contact que le moment rêvé pour frapper approche."

"Excellent contact," répéta Sekkou. "Peut-être que c’est le même contact qui t’a averti de l’Invasion Senpet, un jour à l’avance ?"

Inago acquiesça. "Le même," dit-il.

"Qui est ce contact ?" Demanda Sekkou.

"C’est seulement à moi de le savoir," répondit Inago, en se tournant vers son mannequin. "Je ne suis pas devenu le chef des Sauterelles en offrant spontanément des informations. Ainsi donc, les hommes sont de plus en plus frustrés. Alors, donne-leur quelque chose à faire. Augmente notre activité dans le Petit Jigoku."

"Il y a l’Armée de Toturi, la-bas," dit Sekkou.

"L’Armée de Toturi n’est rien !" Rit Inago. "Une milice de quartier qui se fait des illusions de grandeur. Ils ne sont pas dignes de notre crainte."

"Je n’en suis pas si sûr," répondit Sekkou. "Ils sont de plus en plus organisés, ils recrutent de nouveaux membres."

"Lorsqu’ils représenteront une menace, on s’occupera d’eux," dit Inago. "Agir prématurément pourrait révéler notre vrai pouvoir. En attendant, nous devons, nous aussi, faire quelques recrutements. J’ai une mission pour toi, Sekkou."

Sekkou écouta. Inago semblait toujours savoir où se trouvaient les meilleurs candidats pour le clan, mais même Sekkou ne crut pas immédiatement ce qu’il entendit. Mais il s’en alla immédiatement.


"Bienvenue, héros de Rokugan," dit Yoritomo. "Vous êtes tous les bienvenus dans les Palais du Fils des Orages."

L’Empereur sortit son épée, la levant bien haut pour saluer les hommes et les femmes rassemblés dans la salle du trône. L’assemblée éclata en énormes acclamations.

"Aujourd’hui," la voix de l’Empereur fit taire la foule, "nous honorons les braves hommes et femmes qui ont risqué leurs vies pour défendre l’Empire et son peuple. Nous honorons ceux qui ont tenu ces murs, ceux qui ont rejeté les Senpet à la mer, et ceux qui ont simplement gardé espoir. Oui, aujourd’hui, il y a aura une grande célébration mais plus encore, nous devrons remercier les Dieux et Fortunes. Enfin, sur le conseil de mon fils, J’ai invité l’estimé Hoshi Jack."

Le vieux moine ratatiné grimpa quelques marches, vêtu d’un kimono de soie brillante. L’image d’un dragon et d’un corbeau était brodée sur son dos, en noir. Il s’inclina profondément devant l’Empereur, et se tourna vers la foule pour commencer sa prière.

"Nous sommes réunis aujourd’hui, comme notre seigneur le Fils des Orages l’a dit, pour honorer nos héros, ceux qui ont trouvé une voie pour conquérir l’adversité," entonna-t-il de sa voix résonnante. "Ce doit être une leçon pour chacun d’entre nous. Il y a toujours une solution si l’âme illuminée prend le temps de la chercher. Considérez la chandelle…"

Oroki baillait derrière son masque. Il ne voulait pas que le cousin de la daimyo Bayushi semble s’ennuyer, mais il détestait tellement les cérémonies. La nouvelle était tombée ce matin que les Nations Alliées du Senpet donnaient leur reddition finale et inconditionnelle. La date limite de l’ultimatum de Yoritomo n’était que dans une semaine, mais la plupart des pays voisins avaient rapidement suivi. Leurs ambassadeurs s’étaient précipités pour jurer fidélité au Trône de Diamant, et maintenant l’Amijdal était le seul pays du continent qui ne brandissait pas encore la bannière de Yoritomo.

Et donc le moment était venu pour le grand Empereur fou de se dresser et de se féliciter, pour la grande victoire qu’il avait apportée à l’Empire. La cité était détruite et de centaines de gens étaient morts, blessés ou sans abri. Tout ceci était le résultat de la déclaration de suprématie de Yoritomo. Mais les apparences, comme toujours, étaient plus importantes, et Yoritomo continuait d’essayer de faire passer sa guerre grotesque pour une bonne idée.

La ligne de soi-disant héros se dressait de chaque côté du trône. Certains étaient des officiers et des soldats qui s’étaient battus pendant l’invasion, mais la plupart étaient plus des officiers dorlotés ou des intrigants Impériaux haut-placés, uniquement présents pour les remercier de certaines faveurs ou pour d’obscures raisons politiques. Oroki reconnut Akodo Daniri, la star de films et de la télévision. Le môme de l’Empereur, Yoritomo Kameru, était bien sûr honoré lui aussi. Les daimyos de tous les Clans Majeurs, même ceux qui n’ont rien fait, étaient également présents. Le jeune rustre du Crabe à côté d’Hida Tengyu devait être Yasu, son célèbre fils. Le Quêteur semblait encore moins s’amuser qu’Oroki, bien que lui ne soit pas aussi doué pour le dissimuler. Le visage de la fille Phénix lui était étranger, mais elle ne pouvait être que la nouvelle Championne Phénix qui causait tant de consternation au sein des Shiba. Le Zokujin lourdaud, Argcklt, était une belle surprise. Il avait apparemment combattu bravement, aux côtés de ses frères, pour sauver la vie de plusieurs Lions importants. On murmurait partout que sa race recevrait bientôt les même droits que les Nezumi ont reçus après la Guerre des Ombres. Le Scorpion faillit étouffer. Là, au bout de la rangée, se trouvait la Vierge de Bataille Otaku Sachiko, la récente équipière de Kitsuki Hatsu. Oh, Oroki avait beaucoup de choses à lui dire. Il se demandait comment une simple détective pouvait avoir obtenu une telle faveur de la part de l’Empereur.

Oroki s’appuya contre le mur et mit les mains dans les poches de sa fine veste de soie. Ce n’était que des idiots. Il pouvait le voir pour la moitié d’entre eux avec juste un regard, et l’autre moitié avec moins de temps que ça, encore.

"Je vois que vous vous amusez beaucoup, Oroki," dit une voix féminine derrière lui.

"Shiriko-sama," dit Oroki pour commencer, ennuyé par le fait qu’il avait été surpris. Il se tourna et s’inclina devant la nouvelle Championne Scorpion. Elle était plus jeune qu’Oroki, mais ses yeux étaient sombres et intelligents. Elle portait un kimono de soie fine, d’un noir d’encre, avec des trames rouges qui ornaient son flanc droit avec éclat. Sa beauté était délicate et exotique, mais Oroki ne s’était pas autorisé à y succomber. Shiriko était bien trop intelligente pour avoir ce genre de relations. Elle était plus intéressante en tant qu’ennemie. "Il est bon de vous voir," dit-il.

"Oh, je suis sûr que vous êtes comblé, Oroki," dit-elle sèchement en le rejoignant, puis elle observa le Trône de Diamant.

"Ne devriez-vous pas être avec les daimyos ?" Demanda-t-il, "L’Empereur va bientôt commencer."

"Oh, je connais ma place," dit-elle, se tournant vers lui et le fixant d’un regard calculateur. "Tout comme chacun d’entre nous le devrait. J’ai entendu dire que vous avez eu des ennuis avec la Garde Impériale."

"Rien de durable," répondit doucement Oroki. "Kyo semble avoir été implanté, il était devenu un agent ennemi. Lui et ses hommes sont morts, ainsi que le Kitsuki qu’ils pourchassaient, alors cette affaire semble être arrangée. Le successeur de Kyo semble être aussi impatient d’oublier cet incident que nous le sommes. Les détails concernant sa mort n’ont pas encore été annoncés publiquement."

"Excellent," répondit Shiriko. "Mais n’oubliez pas. Un Scorpion n’oublie jamais."

"Je croyais que c’était les éléphants qui n’oublient jamais," dit Oroki.

"Taisez-vous, Oroki," soupira Shiriko, "Votre sagacité est irritante." Elle hocha tristement la tête et elle se tourna pour rejoindre les autres daimyos.

Oroki était contrarié. Depuis le gempukku de Shiriko, il n’avait pas fait grand chose, sauf la tester, la provoquer, lui envoyer des agents secrets pour la distraire ou pour l’écarter de ses plans, pour pouvoir la forcer à dévoiler une faiblesse. A ce jour, il n’en avait trouvé aucune. Elle ne semblait pas être une championne particulièrement rusée ou efficace, selon l’avis d’Oroki, mais le Scorpion avait vécu pire. Ça le tracassait énormément, car il tenait compte de la prophétie de Saigo.

"Le Scorpion Blanc montre la voie vers le chemin de la Vérité et vers le chemin des Ténèbres. Le Scorpion Blanc a son cœur empli d’obscurité et pourrait tous les détruire."

Oroki avait mémorisé ces mots. Chaque matin, il se les rappelait et tentait de les appliquer à la situation actuelle. Il avait pensé que Shiriko pouvait être ce Scorpion Blanc. Mais si ce n’était pas elle, qui d’autre ? Enfin soit, ce n’est pas important. Il se tracasserait avec ça plus tard. Pour l’instant, il voit d’autres moyens de s’amuser.

Il s’approcha calmement et discrètement de la ligne de héros. Il avait réussi à s’approcher, sans qu’on lui pose de questions. Il était un important dignitaire Scorpion, après tout. Otaku Sachiko se renfrogna lorsqu’elle le vit arriver.

"Que voulez-vous, Oroki ?" Murmura-t-elle.

Il sourit derrière son masque. "Je vous apporte des nouvelles."

"Quelles sont-elles ?" Dit-elle. Ses yeux avaient un air dangereux. Elle ne l’aimait pas du tout.

"Votre ami Kitsuki Hatsu," répondit-il. "Je l’ai trouvé."

"Quoi ?" Dit-elle, se souvenant juste à temps qu’elle devait baisser la voix. "Où ça ?"

"Il est mort," répondit Oroki. "Il s’est fait tirer quatre fois dessus par Tsuruchi Kyo, avant que Kyo ne meure lui-même. Son corps a été emmené par un groupe de fanatiques qui prétendaient être des Dragons. Si vous ne me croyez pas, demandez au Phénix, la-bas. Il a tout vu, lui aussi."

Sachiko suivit le doigt d’Oroki, et rencontra le regard de Shiba Mojo. Le yojimbo eut l’air nerveux et tourmenté, en voyant Oroki. Le Scorpion se fondit à nouveau dans la foule, ignorant les demandes de la Licorne qui le suppliait de lui donner plus d’informations. Il reviendrait la trouver plus tard. Il ne faisait que commencer à ruiner la vie d’Otaku Sachiko.


Le soleil était haut dans le ciel, au-dessus de la cité. Les rues étaient calmes, à cette heure de la journée, vides. Les pilleurs n’avaient pas encore osé sortir et les gangsters dormaient toujours, après une nuit d’excès. La plupart des rues étaient toujours encombrées par des débris et des épaves suite à l’invasion, il y a deux semaines d’ici, empêchant le passage de la plupart des véhicules dans le quartier. Le voisinage récupérait de la retraite du Senpet, mais lentement. Trop lentement, en fait. Le crime augmentait, à cause de l’incapacité de la police de patrouiller efficacement dans le quartier.

"Je déteste les médias," grogna Akiyoshi, en donnant un coup de pied dans une cannette alors qu’elle marchait. "Tu savais qu’ils appellent ce quartier le Petit Jigoku, maintenant ?" Elle jeta sa veste de cuir brun sur son épaule bronzée et elle secoua ses longs cheveux tout en racontant son mépris et son irritation.

A ses côtés marchait un grand homme avec des cheveux blancs, grisonnant, qui étaient détachés sur ses épaules. Il portait aussi une veste brune, avec le mon du loup sur son biceps droit. "Qu’il en soit ainsi," dit-il, indifférent. "Peut-être que cette réputation tiendra à l’écart les intrus. Nous n’avons plus besoin ici d’autres groupes criminels de la cité. Nous avons déjà assez de tracas comme ça."

Akiyoshi se tourna vers lui, les yeux amusés. "Et bien, regarde-toi," dit-elle. "Tu es vraiment devenu un loup, Ginawa."

"Que veux-tu dire ?" Répondit-il. Il gratta la barbe de plusieurs jours qu’il portait sur le menton avec une main.

"La manière dont tu es venu ici et dont tu fais de cet endroit ton foyer," répondit-elle, sautant sur le capot d’une voiture détruite et s’asseyant dessus. Il y a deux semaines, tu étais toujours désemparé d’avoir été chassé par Meda. Tu étais habillé comme une Grue, tu parlais comme une Grue. Maintenant, regarde-toi. C’est comme si tu avais vécu ici toute ta vie."

Ginawa sourit, un sourire tordu. "J’aime être ici," dit-il. Il regarda autour de lui les immeubles en ruine et les véhicules détruits, s’arrêtant finalement sur la façade criblée d’impacts de balles de "Chez Shotai", un bâtiment laissé relativement intact par l’invasion. "Je parie que ça te semble étrange, hein ?"

"Ouais," dit-elle. "Quoi, tu veux que je discute avec toi ? Non, je crois que tu es cinglé. Abandonner Dojicorp pour cette étable ?" Elle rit. "Tu sembles te plaire ici, malgré tout. Tu ne t’appelles même plus par ton ancien nom."

"Je n’avais pas remarqué," dit Ginawa. "Je suppose que c’est vrai, en effet. Je crois que je suis devenu Ginawa, depuis cette invasion. En fait, Jinwa n’était qu’un vieux soldat dont plus personne n’avait l’utilité. Ginawa peut encore servir à quelque chose."

Elle hocha la tête et se mit à contempler la rue craquelée. "Tu as beaucoup aidé l’Armée. Je suis toujours étonnée pour ce que tu as fait à l’église. Tout le monde l’est."

"C’était de la chance," répondit Ginawa. "Je m’attendais à mourir, pour donner un peu de temps afin que certains d’entre vous puissent s’enfuir. Je ne savais pas que ce commandant Senpet serait vraiment un homme raisonnable."

"Entre autres choses, un samurai doit se souvenir qu’il doit mourir," dit une voix bourrue venant des ténèbres d’une allée proche. Un homme mince, avec des cheveux tressés et des lunettes-miroir inclina la tête en arrivant. "Peut-être que nous ne sommes pas tous de vrai samurai, mais c’est toujours quelque chose qu’on essaie de garder à l’esprit. Dairya veut te voir, Ginawa." Tokei fit un geste au-dessus de son épaule pour indiquer l’appartement au-dessus de Chez Shotai, où Dairya vivait.

"Dairya ?" Demanda Ginawa. "Comment va-t-il ?"

"Mieux," dit Tokei, "mais ce n’est toujours pas ça. Il se la joue comme avant à nouveau, ce qui ne va pas beaucoup l’aider à récupérer plus vite." Tokei soupira et prit un paquet de cigarettes dans sa poche. Il traversa la rue, tapotant le paquet contre sa main.

"Tu ferais mieux d’aller lui parler," dit Akiyoshi avec un sourire. "Sinon, il va essayer de descendre les escaliers et de te rejoindre."

Ginawa acquiesça en riant et prit la direction du restaurant.

"Hé, Ginawa ?" Dit Akiyoshi.

"Oui ?" Dit-il, en se retournant.

"Hito a dit qu’il avait découvert un cinéma qui fonctionne encore à quelques rues d’ici. Lui et Hiroru sont en train de le bricoler, pour le remettre en marche."

"Hiroru ?" Gloussa Ginawa. "Difficile d’imaginer le ninja comme un fan de cinéma."

"Tu crois ça ?" Demanda Akiyoshi. "Tu sais, je pense qu’il a apprit la plus grande partie de ses arts martiaux en regardant des films d’Akodo Daniri."

"J’ai du mal à croire qu’Hiroru serait content d’entendre quelqu’un dire ça," répondit Ginawa, amusé. "Et Daniri non plus."

Akiyoshi haussa les épaules et lança un regard sur le côté. Elle semblait nerveuse. "Ben, en tout cas, ils vont lancer la première projection ce soir. Je me demandais si tu allais y assister."

"Je suppose, Akiyoshi," dit-il. "Ça peut être très amusant."

Les yeux d’Akiyoshi devinrent soudain brillants, et elle fit un large sourire. "Ok," dit-elle, sautant de la voiture et attrapant sa veste. "On se voit tout à l’heure." Elle s’en alla en sautillant.

Ginawa la regarda partir. Elle était déjà à une rue de là lorsque ça le frappa. Il venait d’être invité à un rendez-vous par une fille qui avait un tiers de son âge. S’il avait été à Dojicorp, une telle chose aurait scandalisé la corporation entière. Étrangement, ça ne l’ennuyait guère, maintenant qu’il y pensait. Oui, il aimait vraiment être ici. Il marcha vers le restaurant de Shotai en sifflant.

Le restaurant était rempli de membres de l’Armée de Toturi et de réfugiés du quartier, et ça sentait fort le hamburger et le poulet qu’on fait frire. "Tu es de bonne humeur," dit Shotai avec un sourire. Le gros cuisinier essuya ses grandes mains sur son tablier tandis que Ginawa entrait.

"Je suppose que oui," dit Ginawa d’un ton délibérément vague. Il était vraiment de bonne humeur, tout d’un coup. "Dairya est en haut ?"

"Je ne sais pas où il pourrait être d’autre," répondit Shotai.

"Ok, alors," dit Ginawa. Il traversa le restaurant, inclinant la tête et saluant rapidement les hommes et les femmes qu’il reconnaissait, et il grimpa les escaliers à l’arrière. L’étage du restaurant était silencieux, et très propre. C’était devenu obligatoire, car depuis l’invasion, c’était devenu un hôpital.

"Bonjour, Ginawa," dit le docteur alors qu’il émergeait de la chambre de Dairya.

"Salut, Godaigo," répondit Ginawa. Godaigo était un homme raffiné, tiré à quatre épingles, qui avait rejoint l’Armée après que l’immeuble où il habitait ait été détruit par un Scarabée qui s’écrasait. Il n’était pas un guerrier, mais un médecin talentueux, et il ne semblait jamais avoir besoin de sommeil. Ses talents étaient rapidement devenus indispensables.

"Ne reste pas trop longtemps," dit Godaigo, sa voix tranchante ne souffrait aucun argument. "Il a toujours besoin de repos."

Ginawa acquiesça, et entra dans la pièce. C’était une petite chambre qui avait été rapidement modifiée pour s’ajuster aux besoins de son patient actuel. Un grand lit dominait la pièce, sur lequel se reposait Dairya. Sur la partie supérieure de son corps se trouvait un grand plâtre blanc, et il portait un bandage épais autour de son cou. Son visage et ses bras étaient couverts de petites coupures. Il se tourna maladroitement pour regarder Ginawa avec son oeil valide. Il semblait plus ennuyé que souffrant.

"Il était temps que tu arrives," cracha Dairya, "J’ai envoyé Tokei te chercher il y a déjà une heure."

"Je patrouillais avec Akiyoshi," répondit-il. "La cité est calme, aujourd’hui."

"Je l’espère," dit Dairya. "Tu sembles vraiment beaucoup patrouiller avec Akiyoshi."

"C’est une fille bien," répondit Ginawa, "et une guerrière habile. J’apprécie sa compagnie."

"Oh, mon vieux," dit Dairya, en clignant de son œil valide. "Tu penses encore trop comme une Grue. Tu vas vite t’en rendre compte. J’ai foi en toi, tu sais. Mais ce n’est pas vraiment pour ça que je t’ai appelé ici."

Ginawa acquiesça et s’assit sur une chaise à côté du lit.

"Tu as vu le restaurant, en bas," dit Dairya. "Tu as vu tous ces gens. L’Armée grandit, et rapidement."

"Oui, on a besoin de nous," répondit Ginawa. "La police manque de mobilité, dans le coin. Nous sommes les seuls à être suffisamment équipés pour s’occuper des situations qui peuvent se produire."

"Tu ne connais pas la moitié de ce que nous sommes capables de faire," dit Dairya. "Mais à partir de maintenant, tu vas apprendre."

"Hum ?" Ginawa semblait perplexe. "Pourquoi un tel empressement, maintenant ?"

"Et bien," soupira Dairya. "Même si je déteste le faire, je te confie le commandement de l’Armée."

"Moi ?" Répondit Ginawa, les yeux écarquillés. "Pourquoi ?"

"Au cas où tu n’aurais pas remarqué," poursuivit Dairya d’un ton amer, "J’ai un peu la colonne vertébrale brisée après que j’ai écrasé une voiture de sport dans l’avant d’un tank. Je ne vais plus participer à une mission avant un petit moment."

"Euh, oui, manifestement," dit Ginawa, "mais pourquoi me choisir ? Je ne suis pas dans l’Armée depuis aussi longtemps que les autres. Pourquoi pas Tokei ou Hiroru ?"

Dairya rit. "Peut-être que tu n’as pas fait attention", dit-il. "Tokei est un soûlard et Hiroru est une jeune tête-brûlée. Ce sont de bons gars, tous les deux, mais ne me dit pas le contraire. Ce ne sont pas des meneurs. Toi, Jinwa, tu es un meneur. J’ai entendu parler de ce que tu as fait à l’église et ça… ça c’était quelque chose. Tout le monde ne l’aurait pas fait pour eux."

"Et Daniri, alors ?" Demanda Ginawa. "Il semble nous apporter un grand soutien, et il a beaucoup de charisme."

"Daniri est un allié," dit Dairya, "mais il n’est pas l’un d’entre nous. Il ne vit pas dans notre monde. En plus, la majorité de l’Armée ne sait même pas qu’il nous a aidés. Je crois qu’il préfère ça, en plus. Toi, par contre… L’Armée t’aime, mec. Ils te suivraient jusqu’au Jigoku, maintenant."

"Nous sommes au Jigoku, déjà," gloussa Ginawa.

"Exactement," dit Dairya. "Et tu es le responsable, maintenant. Va le dire à Mikio. Il a quelque chose à te montrer."

"Mais je suis le chef," répondit doucement Ginawa. "Tu ne peux plus me donner d’ordres."

L’œil de Dairya se rétrécit. "Je ne suis pas aussi amoché que j’en ai l’air, Grue. Je peux encore un peu bouger ma jambe. Ne m’oblige pas à te botter le cul."

Ginawa rit. "D’accord, d’accord," dit-il. "Je m’incline devant tes menaces, ô puissant guerrier." Il se releva et se dirigea vers la porte. "Quand seras-tu rétabli et en état de reprendre les choses en main ?"

Dairya soupira. "Pas avant un bon moment," dit-il tristement. "Il y a beaucoup de dégâts. Et donc, la thérapie sera longue. Par les Tonnerres, je déteste attendre comme ça. C’est comme si j’étais déjà mort."

"Tu seras bientôt tiré d’affaire," dit Ginawa. "Tu es le deuxième homme le plus têtu que j’ai jamais rencontré."

"Oh zut," répondit Dairya. "Maintenant, je suis obligé de vivre. Il faut que je tue cet autre type pour que je puisse être le numéro un."

"Je te souhaite bonne chance, mon ami," dit Ginawa avec un sourire, et il partit. L’œil de Dairya observa la porte pendant un moment assez long, empli de tristesse.

Ginawa trouva Godaigo qui attendait dans le couloir.

"Puis-je te parler ?" Demanda calmement le docteur.

"Bien sûr," répondit le rônin. "Comment puis-je t’aider ?"

Le docteur soupira, observant derrière Ginawa la porte fermée qui menait à la chambre de Dairya. "C’est à propos de Dairya," dit-il. "Il t’a donné le commandement de l’Armée, n’est-ce pas ? Je pense qu’il voulait le faire."

"Oui," répondit Ginawa. "Jusqu’à ce qu’il récupère."

Godaigo hocha la tête, le visage grave. "Ginawa, Dairya ne va pas récupérer."

"Quoi ?" Répondit Ginawa. "De quoi parles-tu ? A quel point est-il blessé ?"

"Il ne marchera pas pendant sept mois," dit Godaigo. "Mais le cancer le tuera avant six."

"Non," dit Ginawa, en se retournant pour regarder la porte. Il sentit la piqûre de la peur en son cœur. Il ne connaissait pas Dairya depuis longtemps, mais il considérait déjà l’homme comme son ami. "Est-ce qu’il le sait ?"

"Bien sûr qu’il le sait," dit Godaigo. "Il est au courant depuis un an. Il a été obligé de prendre sa retraite anticipée de la Garde Impériale pour des raisons médicales. Sous l’effet de la colère, il a abandonné le nom Tsuruchi qu’il portait et il est venu ici. Je pense que l’Armée sera son héritage."

"Il n’a jamais rien dit," répondit Ginawa d’une voix enrouée.

"Il ne l’a jamais raconté à personne," dit Godaigo. "Je suis le seul à être au courant."

"Que pouvons-nous faire ?" Demanda Ginawa, la voix rapide. "Comment pouvons-nous le sauver ?"

Godaigo sourit, le regret était visible dans ses yeux. "Ce n’est pas un ennemi que tu peux combattre, Ginawa. Il n’y a rien que tu puisses faire."

"Pourquoi m’as-tu raconté ça ?" Dit Ginawa avec amertume. "Je ne veux pas regarder un ami dépérir et mourir."

"Je suis un fou idéaliste, je suppose," dit Godaigo. "J’avais seulement le sentiment que tu devais être mis au courant."

"Qu’est-ce que tu attends de moi ?" Demanda Ginawa. "Que je produise une sorte de miracle ?"

"Et bien," dit Godaigo à voix basse, "Tu sembles être un expert pour ce genre de choses. Bonne journée, Ginawa." Le docteur s’inclina légèrement et s’en alla, laissant le vieux rônin seul avec ses pensées.


"Et maintenant," poursuivit Yoritomo, "Nous devons honorer un héros parmi les héros." L’Empereur se leva de son trône et s’avança vers la rangée de samurai honorés. "Un qui symbolise tout ce que Rokugan est, et peut être. Un qui a combattu l’invasion depuis le début et jusqu’à l’extrême fin. Un qui aurait tout sacrifié pour l’Empire et l’honneur. Peuple de Rokugan, je vous présente Akodo Daniri."

La pièce explosa dans un chœur d’applaudissements excités et le plus surpris d’entre tous était Daniri lui-même. Daniri récupéra ses esprits rapidement et s’inclina devant l’Empereur avec grâce, recueillant encore plus d’applaudissements. Une petite servante apparut aux côtés de Yoritomo, tenant un coussin sur lequel était posé un grand médaillon. L’Empereur prit le médaillon par son ruban doré et le présenta au Lion. C’était un objet en bronze, travaillé avec des diamants et du jade. Sur lui se trouvait l’image d’un lion qui écrasait un serpent sous sa patte. Daniri inclina la tête silencieusement et l’Empereur plaça le médaillon autour de son cou.

Daniri se tourna pour faire face à la foule et Yoritomo se plaça à ses côtés, saisissant la main droite de l’acteur et la levant bien haut, en signe de triomphe. La foule hurlait pour eux deux à s’en rendre sourd.

"Toutes les accusations que j’ai pu porter à propos du manque de jugeotte de l’Empereur sonnent creuses, maintenant," murmura Asahina Munashi, qui applaudissait poliment. "Je me demande si Yoritomo irait assez loin que pour faire une apparition en temps qu’invité dans la série des Machines de Guerre Akodo. Je suis sûr qu’à ce moment, son taux d’approbation monterait en flèche."

Doji Meda se tenait à côté du vieux prêtre, le visage grave et sérieux. Il grogna. "Un bon choix qu’il a fait," répondit le vieux Champion de la Grue. "Daniri est jeune, charismatique, et adulé par le peuple. L’Empire a besoin d’un symbole de force derrière lesquels se rallier."

"Et bien sûr, un crétin superficiel d’acteur Lion est un bien meilleur choix qu’un guerrier accompli, Champion d’Émeraude, de surcroît," dit Munashi d’un ton amer. "Meda, je pense que c’est une offense publique qu’il vous fait, encore plus que le rendez-vous de cette dévergondée du Renard. Lors de la bataille finale, ce Lion n’a rien fait de plus que détruire l’étrange tenue robotique qu’il portait. Ce sont vos renforts Daidoji qui ont changé le cours des choses. Tout le monde le sait."

"Comme s’il connaissait ma réticence," dit Meda. "Je n’ai pas apporté mon aide avant qu’il ne soit presque trop tard. Je ne mérite nul merci et je n’ai pas le temps de devenir un symbole insouciant."

"Modestie," gloussa Munashi, ajustant son cache œil d’une main. "C’est une qualité appropriée chez un meneur. Bien sûr, vous pourriez ne rien faire. Ce n’est pas à moi de vous le dire."

Meda rit tout bas. "Comme si ça vous avait jamais empêché de critiquer mes décisions, mon vieil ami."

"Ce sont des opinions, pas des critiques," dit Munashi. "Vous faites un excellent travail, Meda. Vous accordez une plus grande confiance en notre Empereur que celle qu’il mérite." Yoritomo avait commencé à avancer le long de la rangée, félicitant les autres jeunes héros qui ont combattu Taki-bi no Oni. "Regardez-le. Il donne vraiment un bon spectacle pour ses petits journalistes Lions. Notre glorieux Empereur avec ses jeunes héros photogéniques. Avec la reddition du Senpet, plus personne ne se dressera contre lui, maintenant."

"Je ne dirais pas ça," répondit Meda. "Toshimo a sous-entendu que les Crabes sont très irrités par le dédain de Yoritomo envers leur situation. Et Heichi Tetsugi a suggéré que l’Assemblée des Clans Mineurs craint également ce qui pourrait se passer si une vraie guerre s’ensuivait."

"Mais vous réalisez sûrement que la guerre n’est pas réellement ce que Yoritomo apporte," siffla Munashi. "Nous ne devrions que regarder Medinaat-al-Salaam pour s’en apercevoir. Il menace le monde entier de destruction."

"Oui," soupira Meda, "Je sais."

"Qu’allez-vous faire, alors, Doji Meda ?" Demanda Munashi. Yoritomo avait terminé de parcourir la rangée, et ses étranges yeux noirs rencontrèrent ceux de Meda.

"Je ne sais pas," répondit tristement Meda, "Je ne sais pas."


De tous les Chacals qui avaient accompagné Massad dans la cité, Gekkar était parmi les plus forts. C’était un homme large d’épaules avec une peau d’ébène et des muscles saillants. Il ne portait que des bottes, un pantalon de camouflage, et un collier fait d’os humains et d’animaux. C’était le plus grand des six qui s’étaient échappés de la Tour Shinjo, et le plus franc dans ses opinions.

"Tu es un fou, Omar Massad," cracha Gekkar. "Cette cité ne peut nous apporter aucune aide. Ce n’est qu’une question de temps avant que nous ne soyons capturés."

"Jusqu’à présent, j’ai réussi à ce qu’il ne nous arrive rien," répondit calmement Massad. Il se pencha contre un mur de l’allée et observa les rues avec attention.

"Jusqu’à présent !" Rugit Gekkar, en donnant un coup de pied dans une poubelle. "De quoi parles-tu ? Nous sommes dans un pays hostile ! Des hors-la-loi ! Des criminels de guerre ! Nous ferions mieux de rentrer chez nous !"

Massad posa ses petits yeux brillants et presque clos sur Gekkar. "Notre foyer n’est plus," siffla-t-il. "Medinaat-al-Salaam a été détruite. Je pense qu’Otosan Uchi fera une bonne remplaçante ; nous devons seulement attendre l’occasion. Il arrive toujours une opportunité, Gekkar."

"Foutaise," grommela Gekkar. "L’Empire entier a déclaré la guerre quiconque a un visage gaijin. Si nous sommes découverts et associés à l’invasion Senpet, la mort sera le dernier de nos soucis. Il n’y a plus d’opportunité à saisir." Les autres Chacals acquiescèrent et murmuraient entre eux, tournant leurs yeux fatigués vers Massad.

Massad rit doucement. "Vous pensez en termes spécifiques," dit-il. "Mon esprit a une vision plus large. L’occasion est là où vous la trouvez. Prenez ceci par exemple." Il mit la main dans sa veste et sortit un grand pistolet, pointant le canon vers son propre visage. Les yeux de Gekkar s’élargirent de surprise. "Je l’ai découvert dans la Tour Shinjo, sur le corps d’un policier mort. A ce moment-là, il n’était pas fort utile. Un pistolet n’aurait pas permis de lutter contre les Otaku et ce maudit robot Lion. Une fois encore, il y a une occasion à saisir."

"Comment ça ?" Demanda Gekkar.

"Il me donne l’occasion de réduire au silence ta petite rébellion, Gekkar," dit Massad. Il pointa le pistolet et tira au visage de Gekkar.

"Reculez," dit Massad aux autres Chacals. Ils obéirent immédiatement, s’écartant du corps. Massad rengaina le pistolet et sortit une ancienne sphère de verre d’une bourse à sa ceinture. Un brouillard gris tournoyait à l’intérieur. "Par l’Âme du Tueur," dit Massad, un étrange pouvoir obscur faisait écho à sa voix, "Je t’ordonne de te relever."

Le cristal s’illumina d’une lueur terne. De la fumée blanche s’éleva du corps de Gekkar, s’attardant sur place pendant un instant, avant de se mettre à tourner soudain et s’engouffrer dans la sphère avec le cri strident d’un animal torturé. Le corps de Gekkar fut pris de convulsion. Un bras s’éleva lentement, puis poussa sur le sol, pour que le corps se mette en position assise. Le visage en ruine de Gekkar observait Massad avec une faim dévorante, une colère froide, et une obéissance totale. Massad sourit de satisfaction en observant sa nouvelle goule.

"Impressionnant."

Massad se retourna et pointa son pistolet vers l’extrémité de l’allée. Un homme en long imperméable noir se tenait là, un étrange mon insectoïde et argenté ornait son casque de moto. Gekkar avança lourdement vers l’homme, les mains tendues.

"Non, Gekkar," ordonna Massad. "Attends un instant." La goule acquiesça et recula, ses yeux rouges brûlaient d’un vif éclat, au milieu de son visage détruit.

"Si vous me tirez dessus, vous mourrez," dit-il. "Je suis Inago Sekkou, des Sauterelles."

"Les Sauterelles ?" Sourit Massad. "Le groupe terroriste ?"

"Lui-même," répondit-il. "Je vois que vous savez vous tenir avec les criminels internationaux."

"Bien entendu," répondit Massad. "C’est de la courtoisie professionnelle."

"D’après votre apparence et vos capacités, vous ne pouvez être que les Chacals," répondit Sekkou. Il s’avança lentement dans l’allée ; Massad gardait le pistolet pointé sur lui. "Je parie que vous êtes à la recherche de verts pâturages depuis la colère du Feu du Dragon."

Massad acquiesça. "Des voleurs comme les Chacals ont besoin d’un environnement urbain pour fonctionner. Les autres cités des Nations ne m’intéressaient pas."

"Vous devez découvrir les tendances xénophobes des Rokugani, d’ailleurs," répondit Sekkou, en observant leurs visages fatigués et leurs vêtements en lambeaux. "Une particularité malheureuse qu’entretient la classe samurai."

"Un contretemps seulement temporaire," dit Massad. "Nous trouverons bientôt un moyen. Dans une cité aussi vaste que celle-ci, il y a un endroit pour nous quelque part."

"Peut-être que j’en ai un pour vous," répondit Sekkou. "Les Sauterelles sont sur le point de tenter un coup d’une importance colossale. Nous pourrions avoir l’usage de quelqu’un avec les talents et l’expérience de votre groupe et vous-même. La simple perspective de vos morts-vivants combinés à notre technologie est pour le moins excitante."

Massad grimaça. "Peut-être," dit-il. "Ainsi donc, nous vous impressionnons. Pourquoi est-ce que pourrions être intéressés par vous ?"

Sekkou claqua dans ses doigts. Plusieurs dizaines de cliquetis se firent entendre, au-dessus d’eux. Les Chacals levèrent les yeux pour voir trois dizaines de Sauterelles qui les visaient avec des fusils automatiques, depuis les toits.

"Je vous suggère d’arrêter de pointer cette arme sur moi," dit Sekkou. "Je ne vous veux aucune mal, mais je ne supporterais aucune tentative hostile non plus. Vous pourriez rendre mes amis nerveux."

Massad observa en l’air pendant un long moment, puis acquiesça et rangea son arme. Il sourit à nouveau. "C’est un plaisir de vous rencontrer, Inago Sekkou. Vous êtes exactement comme on m’a parlé de vous."

"Tout comme vous, je l’espère," il leva une main, et les Sauterelles baissèrent leurs armes. "Allons quelque part où nous pourrons continuer cette conversation."

Massad se tourna vers ses Chacals. "Vous l’avez entendu. Allons-y." Ils acquiescèrent et se remirent sur pied pour le suivre. Massad eut au fond de lui le sentiment qu’il triomphait. Les idées de rébellion de ses hommes étaient parties. Il avait récupéré leur loyauté.

Il avait trouvé une opportunité.


"C’est vraiment le meilleur passage, quand vous sautez de la voiture qui roule à toute allure, sur le dos de ce motard en fuite !" Gloussa Ide Ennosuke, l’ambassadeur Licorne. "Une belle démonstration de bravoure, en vérité, et quelle acrobatie renversante ! Vraiment."

"Merci," dit Daniri, "Merci beaucoup." Il n’avait pas le cœur à dire au vieil homme qu’il parlait d’une scène d’un des films d’Akodo Jiko, et non un des siens.

"Et alors, il y a aussi le passage avec la pieuvre !" Dit-il, en caressant sa moustache.

"Daniri !" Dit Kitsu Denbe, l’un des assistants qu’Ayano lui avait assignés. "Pourriez-vous prendre un moment pour parler au Ministre de l’Agriculture ?"

"Daniri," dit une femme d’affaire Yasuki blonde, "Je suis Yasuki Tsuya et j’aimerais vous parler d’abord. Avez-vous envisagé les possibilités d’une gamme de personnages en plastique à votre effigie ?"

"Euh… un à la fois, s’il vous plait," dit humblement Daniri.

"C’était une pieuvre vraiment grande, n’est-ce pas ?" Gloussa l’ambassadeur Ide, "Vous les élevez pour qu’elles soient si grosses, dans les provinces Lion, ou c’est ce que vous appelez les effets spéciaux ? Hein ?"

"Euh," Daniri ne savait pas comment expliquer qu’il n’avait jamais mis les pieds dans les provinces Lion de sa vie.

"Daniri," le pressa le Kitsu, "Ce serait vraiment bien si vous pouviez prendre un moment pour Yoritomo Kenimiru. C’est le deuxième cousin de l’Empereur."

"Imaginez un instant !" Dit Tsuya, mettant ses mains devant son visage. "Akodo Daniri avec dix-sept points d’articulations incluant un bras pivotant avec prise pour une arme ! Quinze centimètres de plastique à la gloire d’Akodo, avec six armes différentes, cinq accessoires, et qui est entièrement compatible avec notre gamme de véhicules des Machines de Guerre."

"Je ne porte pas d’armes dans la série," dit Daniri, "Et il n’y a qu’une Machine de Guerre."

"Pas pour très longtemps, d’après c’que j’ai entendu," gloussa Daidoji Heizo, un gouverneur de la Grue en visite qui semblait avoir un peu trop bu. "On dirait qu’tu vas plus rester longtemps la seule vedette à l’écran, Akodo ! Qu’ess’tu dis d’ça ?" Il louchait et oscillait dangereusement, et il se rattrapa au revers de la veste de Daniri.

"Euh, félicitations ?" Dit Daniri à titre d’essai.

"D’autres Machines de Guerre ?" Dit l’ambassadeur Ide d’un ton excité, "Elles seront pour votre série télévisée ? Quel est son nom, encore ?"

"Les Machines de Guerre Akodo," dit Kitsu Denbe, "Et les nouvelles Machines de Guerre ne sont que des rumeurs. Veuillez cesser de vous prendre au revers de Monsieur Akodo, il doit aller parler aux cousins Impériaux." Denbe fut aux prises avec Heizo, essayant de le décrocher de l’acteur.

"Et bien, ce nom n’a pas beaucoup de sens, alors !" Dit Shiba Emon, un gros marchand Phénix. "Je veux dire, le nom, c’est ’les Machines’ de Guerre, au pluriel, mais en fait, il n’y en a qu’une seule, dans la série. Le nom implique une expansion."

"En fait, c’est une sorte de jeu de mots," dit Daniri, en essayant d’expliquer. "Mon personnage dans la série est un Akodo, et c’est un ancien marine, donc, il est lui aussi une ’machine de guerre’. Vous voyez ?"

"Non, je ne vois pas," dit doucement le Phénix, en grattant sa barbe un peu grasse. "Ça n’a pas beaucoup de sens. Vous êtes sûr que c’est vraiment la raison pour laquelle ils ont appelé ça comme ça ?"

"Je connais tous les auteurs personnellement," dit Daniri, en essayant de voir au-dessus du Daidoji saoul. "J’en suis sûr."

"Mais, c’est stupide !" Gloussa Ide Ennosuke. "Comment pourriez-vous être une machine de guerre ? Est-ce que votre personnage est une sorte d’androïde ou un truc dans le genre ? C’est vraiment grotesque. Sauf si c’est un de vos effets spéciaux. C’est ça alors ?"

"Oh, un androïde Daniri !" Roucoula la Yasuki, "Quelle belle variante de personnage ça ferait ! Je vous le dis, Akodo, signez ce contrat et vous serez riche !" Elle exhiba une brochure d’une vingtaine de pages en couleur avec une couverture plastique et une reliure en spirale.

"Je pense que vous pourriez faire un personnage en plastique avec une pieuvre, Daniri," suggéra Ennosuke.

"Monsieur Akodo ne signera rien aujourd’hui !" Dit Denbe, prit de fureur. Il était toujours en train d’essayer enlever les doigts d’Heizo du manteau de Daniri.

"Je peux vous appeler Daniri ?" Demanda Ennosuke.

"Ça ne prendra qu’un instant," dit Tsuya, en tendant un stylo à bille.

"Bonté divine !" Dit quelqu’un. "C’est le Fils des Orages !"

Tout le monde se tourna pour voir.

"Où ça ?" Dit Ennosuke.

"Quoi ?" Répondit Tsuya.

"Où est-il parti ?" Demanda Kitsu Denbe.

"Je ne le vois pas," ajouta Emon.

"Non," dit Denbe, "Je voulais dire, où est-ce que Daniri est parti ?"

Daidoji Heizo était assis par terre, toujours agrippant le manteau de Daniri dans ses mains, vide. L’acteur lui-même avait disparu.

"Merci pour le sauvetage, qui que tu sois," dit Daniri, qui se trouvait dans un petit couloir.

"Hé, pas de problème," répondit un gros Crabe en armure.

"Yasu !" S’exclama Daniri. "Content de vous revoir."

"Je crois que nous en sommes quitte, maintenant," gloussa Yasu.

"Oh oui," répondit Daniri. "Je ne pense pas que ce Grue complètement saoul ait kidnappé mon manteau. J’espère que Denbe va le récupérer pour moi. Je l’ai vraiment payé cher. Mais qu’est-ce que vous faites, caché ici ?"

"J’ai grandi à Otosan Uchi," dit Yasu. "Depuis que mon papa est Champion, j’ai pu faire ce genre de choses quand j’étais gamin. Je connais toutes les bonnes cachettes."

"Vous ne m’aviez jamais dit que votre père était Hida Tengyu," dit Daniri.

"Oh, Daniri," Yasu fit battre ses cils. "Ca me touche que vous vous en souciez."

Daniri éclata de rire. "Hé, j’ai remarqué cette Phénix avec laquelle vous étiez plus tôt," dit Daniri. "Qu’est-ce que vous faites, caché ici, alors que vous avez un rendez-vous avec une fille comme elle ?"

"J’essaie de l’éviter," dit Yasu. "Peut-être que si je me cache assez longtemps, elle ne se fera pas tuer." Daniri parut confus. "C’est une affaire de Crabe," ajouta Yasu. "Et pourquoi êtes-vous si populaire, d’un seul coup ? Est-ce que les gens se sont tous vraiment mis à regarder votre horrible série ?"

"Oh non," dit Daniri en riant. "C’est à cause de cette histoire de ’Héros parmi les héros’."

"Quelle histoire de ’héros parmi les héros’ ?" Demanda Yasu.

"L’Empereur m’a proclamé ’héros parmi les héros’," dit Daniri. "Vous ne vous en souvenez pas ?"

"Je crois que je me suis endormi, après avoir eu ma médaille," répondit Yasu. "Je ne veux pas vous vexer, Daniri, mais pourquoi êtes-vous si spécial ? Je veux dire, Kameru a rallié les armées, et Sachiko a tué l’oni. Tous les autres, et nous aussi, ont seulement fait leurs boulots.

"Je suis d’accord," dit Daniri. "Peut-être est-ce parce que je suis célèbre et que j’ai un gros robot qui brille comme ami. Ce genre de trucs sont biens pour les médias. Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais rien demandé et maintenant, tout le monde me voit comme une sorte d’outil politique."

"Quels idiots !" Caqueta Yasu. "Ils apprendront bientôt qu’Akodo Daniri est seulement un outil tout à fait normal."

"Ils l’apprendront," dit-il ironiquement. "Qu’y a-t-il au fond de ce couloir ?" Il regarda curieusement autour de lui alors qu’il s’avançait un peu plus loin.

"Quelques pièces d’exposition avec des armes, des armures et d’autres choses," répondit Yasu. "Il y a une porte à la fin du couloir qui mène à l’étage inférieur, à la Cave à vin Impériale. On m’a attrapé là une fois, quand j’avais six ans, mais ils sont arrivés trop tard." Yasu sourit largement. "Je peux vous montrer un peu, si vous voulez."

"Peut-être plus tard," dit un yojimbo Phénix à la mine sévère, qui se tenait au bout du couloir.

"Zut," dit Yasu, "Mon chien de garde est là. On se reparle plus tard, Daniri."

"Oui," répondit Daniri alors que le Crabe et le Phénix s’en allaient, "Merci encore, Yasu."

Daniri observa avec curiosité la porte vers la cave à vin. Il ouvrit cette porte avec un haussement d’épaules et se glissa à l’intérieur. Au-delà, c’était le noir total, et Daniri tâtonna le long du mur pendant un instant, avant de trouver un interrupteur. La chambre se remplit d’une lumière faible, et Daniri siffla.

Il se tenait au sommet d’un ancien escalier de pierre. A sa droite, les escaliers longeaient un mur de pierre, et à sa gauche, ils laissaient la place à une immense pièce souterraine pleine de caisses en bois, rangées dans le noir. Quelque part, il pouvait entendre le clapotis de gouttes d’eau qui tombent.

"Wow," dit calmement Daniri en descendant les escaliers, "L’Empereur aime son vin."

"Pour être exact, il y a également pas mal de saké et de shochu, ici. On l’appelle la Cave à vin par simplicité. Il me semblait bien vous avoir vu rentrer ici, Akodo Daniri."

Daniri se retourna, observant le haut des escaliers. Une jeune geisha en robe rouge serrée avec un motif de scorpion noir se tenait à la porte d’entrée. Un simple masque en or couvrait la moitié droite de son visage. Daniri la reconnut instantanément.

"Kochiyo !" Dit-il. "Je ne savais pas que vous étiez ici !"

"Vous n’avez même pas pris la peine de m’appeler," dit-elle, apparemment blessée.

"Je pensais que ce serait vraiment ennuyeux," dit-il.

"Daniri !" Dit-elle. "Je suis une geisha. Notre rôle officiel est de fournir un certain plaisir et un peu de compagnie à des fonctionnaires ou des personnalités importantes et fatigantes. Je pouvais peut-être m’ennuyer, mais j’y suis vraiment habituée !"
Il s’approcha d’elle, mettant un bras autour de sa taille. "Et votre rôle non-officiel ?"

"Daniri, je suis choquée !" Dit-elle, en le repoussant avec un sourire taquin. "C’est seulement un mythe." Elle descendit les escaliers, en observant la Cave à vin Impériale avec de grands yeux. "Par le Masque de Shosuro," dit-elle, "J’avais entendu parler des catacombes, mais je n’avais jamais imaginé qu’elles étaient aussi grandes."

"Les catacombes ?" Demanda Daniri.

"La chambre où l’on a enterré les Empereurs Hantei," dit Kochiyo, "Les premiers Empereurs de Rokugan."

"Ils ont enterré les Empereurs dans la Cave à vin ?" Demanda Daniri, sautant quelques marches pour la rattraper.

"Ce n’était pas la Cave à vin, à l’époque, que vous êtes bête," dit-elle, en prenant ses bras dans les siens. "A ce moment-là, c’était juste des tombes. Il y a eu beaucoup d’Empereurs, depuis lors, avec tellement de possessions accumulées, qu’une partie des anciennes chambres ont du servir à plusieurs choses. Il n’y a plus d’Hantei maintenant, donc ils ne peuvent plus vraiment se plaindre, je suppose." Ils arrivèrent finalement au bas des escaliers, un léger nuage de poussière s’éleva quand ils passèrent. Quelque chose claqua devant eux, dans les ténèbres, un peu comme des bruits de pas, et tout redevint silencieux.

"Il y a quelqu’un ici ?" Demanda Daniri.

"Non, personne ne descend jamais ici," dit-elle. "C’était probablement une chauve-souris."

"Ils ne viennent même pas chercher du vin ?" Demanda-t-il.

"Non, vous ne pouvez pas boire ce vin," dit-elle. "C’est le vin de Yoritomo III. Ça appartient à Yoritomo III."

"Les Empereurs sont bizarres," observa Daniri. Kochiyo rit. "Ces caves vont loin ?" Demanda Daniri, scrutant les ténèbres.

"Assez loin, j’imagine," répondit-elle. "Je ne serais même pas surprise si vous trouviez par hasard l’ancien passage vers les égouts, par ici."

Daniri sourit. "Alors, allons-y," dit-il. "Je n’ai vraiment pas envie de remonter. Explorons un peu."

"Je ne pense pas que vous vouliez trouver les égouts, Daniri," répondit Kochiyo. "Ils sont dangereux."

"Parce qu’ils sont vieux ?" Répondit-il.

"Parce qu’ils sont dangereux," répéta-t-elle. "Je crois qu’un des Empereurs a été tué parce qu’un groupe d’assassins Scorpions s’est introduit dans le palais par les égouts. Après ce qu’il s’est passé, son successeur a engagé les meilleurs ingénieurs de Rokugan pour remplir les égouts de pièges. Une partie d’entre eux sont toujours probablement actifs."

"Ok," dit Daniri, "Je suppose que nous ferions mieux de nous contenter des espiègleries que nous pourrions faire dans une pièce remplie d’alcool, alors."

"Je croyais que vous ne buviez pas, Daniri," dit-elle, en posant un doigt sur sa poitrine.

"Je ne bois pas, à cause de mon régime," répondit-il. "Mais j’avais espéré que vous auriez pu boire, en fait."

"Vous êtes un rustre !" Dit-elle.

"C’est vous qui l’avez demandé," sourit-il. Il se pencha et l’embrassa. Ce baiser fut long, profond et brûlant, et il dura pendant un bon moment.

"Alors, qu’avez-vous fait, dernièrement ?" Demanda-t-elle, "Je ne vous ai pas vu depuis une semaine."

"J’étais occupé," dit-il vaguement.

Les yeux de Kochiyo se firent plus durs, et elle le repoussa. "Ecoutez-moi, Daniri," dit-elle. "Vous pouvez penser que vous êtes intelligent, vous pouvez penser que vous me protégez ou autre chose du même genre, mais n’essayez pas de cacher quelque chose à un Scorpion. J’ai été élevée dans une maison de secrets et je hais ma famille pour ça. Si vous voulez que ce qu’il y a entre nous devienne un peu plus sérieux que ce qui est pour l’instant, alors n’essayez pas de me cacher des choses, ou je serais vraiment en colère contre vous." Sa voix s’étrangla un peu sur la fin, et ses yeux brillaient.

"Kochiyo," dit-il.

"Je suis désolée," dit-elle, en se détournant de lui. "Je n’avais pas le droit de faire ça. Ce qui se passe pour vous, Daniri, ce sont vos affaires, après tout."

"Kochiyo, mon frère a de gros ennuis," dit-il. "J’ai passé mes nuits, mes matins, tout le temps libre que j’avais à essayer de l’aider."

"Quel genre d’ennuis ?" Demanda-t-elle, en se tournant à nouveau vers lui. Son visage montrait de l’espoir. "Daniri, j’ai des amis, des contacts. Quel que soit le problème, peut-être puis-je vous aider."

"Non, il doit s’en sortir seul," dit Daniri. "Tout ce que je peux faire, c’est attendre qu’il soit prêt pour recevoir de l’aide."

"Daniri, vous êtes toujours évasif," dit-elle. "Je ne savais même pas que vous aviez un frère.

Daniri soupira. "Très bien," dit-il. "Je vais vous raconter." Son visage était grave. Il se déplaça vers une barrique de vin et s’assit dessus.

Kochiyo plissa le front, étonnée par son sérieux soudain.

"Vous savez comment fonctionne la famille Akodo, n’est-ce pas ?" Demanda-t-il. "Ce n’est pas un vrai nom de samurai, dans le sens traditionnel. Il est accordé à toute personne qui sort du Collège d’Acteur. Les Akodo viennent de tous les clans, mais ils terminent toujours en tant que Lions. La qualité de star n’est pas quelque chose que vous pouvez hériter."

"J’en avais entendu parler," dit-elle.

"Et bien, pour tout vous dire, je ne suis pas un Lion du tout. Au contraire, je suis probablement la chose la plus éloignée de ça."

"Que voulez-vous dire ?" Demanda-t-elle, en s’essayant sur un tonneau tout près de lui.

"Kochiyo, je ne suis même pas samurai," dit-il. "Je viens d’une famille paysanne qui vit au milieu de ce qu’ils appellent le Petit Jigoku, maintenant."

"Vous ne me l’aviez jamais raconté," dit-elle, les yeux écarquillés.

"Je ne l’ai jamais raconté à personne," dit-il. "Seul Kitsu Ayano et ma famille le savaient vraiment. Peut-être qu’Ikimura s’en était rendu compte ; Je ne voulais pas l’ennuyer avec ça. Kochiyo, vous ne devez jamais parler de ça à personne. Ça pourrait ruiner la réputation du Clan du Lion. Je suis sûr que l’Empereur ne serait pas non plus très heureux de l’apprendre, maintenant qu’il semble être bon copain avec moi."

"Bien sûr, Daniri," dit-elle. "Je ne vous ferai plus jamais de mal comme ça." Elle se releva et marcha vers lui, s’agenouilla et l’embrassa. Elle essuya les larmes sur ses joues et regarda ailleurs. "Merci de me l’avoir raconté, finalement. Merci de m’avoir fait confiance."

"Je devais le dire à quelqu’un, je pense." Dit Daniri. "Ça me rongeait de garder ça pour moi." Il s’approcha et la prit dans ses bras.

Par-dessus son épaule, Kochiyo souriait.


"Inutile !" Cria Kashrak, balayant avec son bras les divers outils et dispositifs sur la table "Tout ça ! C’est inutile !"

"Je suis désolé, Kashrak-sama," marmonna le technicien de la Grue. "Nous ne pouvions pas le savoir."

La tête de Zin palpitait douloureusement. Ses yeux étaient troublés par les larmes. Ses cheveux étaient collants de sang. Toutefois, elle se sentait triomphante. Les restes brisés de l’implant tetsukansen gisaient sur le sol, devant elle. Son corps avait rejeté l’opération, plutôt violemment. Deux des serviteurs gobelins de Kashrak avaient été tués par les éclats.

"Tu aurais pu la tuer, espèce de crétin maladroit !" Gronda Kashrak. Il s’avança vers le technicien. Les cobras autour de sa taille montaient et descendaient en sifflant, à l’image de la colère de leur maître. Les autres gobelins de Kashrak avaient fui dans les ténèbres, parfaitement au courant qu’ils prenaient des risques de côtoyer leur maître quand il était en colère.

"S’il vous plaît !" Supplia le technicien Grue, s’écartant du Naga monstrueux. "Le seigneur Munashi a déclaré que l’opération était inoffensive ! Même si l’opération échouait, il n’y avait aucune chance de la blesser. Nous ne savions pas que sa physiologie Naga allait-"

"Tu as fait une erreur de calcul !" Rugit Kashrak, plantant un coup de griffe à l’homme. "Ton incompétence a menacé la vie de ma bien-aimée !"

Zin avala avec difficulté et tenta de réunir toutes les forces dont elle était capable, en tirant sur ses mains et ses genoux. Pendant deux semaines, Kashrak ne l’avait jamais quittée des yeux sans la laisser sous bonne garde. En fin de compte, il avait été distrait. Elle atteint et s’empara d’un petit bout de métal tordu, un reste de la chose qui avait été rejetée hors de sa tête.

"Elle a déjà récupéré, Kashrak-sama !" Pleurnicha le technicien, en essayant de ramener l’attention de Kashrak sur la fille couchée sur le ventre. "Son moment de faiblesse va bientôt passer ! Aucune séquelle n’est à craindre !"

Kashrak s’arrêta, en se reposant à nouveau sur sa queue reptilienne. Ses petits yeux brillants fixaient le technicien. "Ah," dit-il. "Donc, je n’ai été qu’insulté et blessé, pas détruit. C’est ce que tu es en train de dire."

"Essentiellement," répondit le technicien. "Essentiellement, oui."

"Bien, je préfère entendre ça," dit Kashrak. Sa bouche se tordit d’un sourire malsain. "Je détesterais rompre ma relation avec Asahina Munashi à cause d’une si petite chose. Il a toujours été un élève appliqué." Les cobras oscillaient doucement autour de lui.

Le technicien expira profondément, soulagé.

Zin tira le morceau tranchant vers elle, le posant contre elle puis le lâchant dans les replis de son kimono. Elle leva les yeux pour voir si quelqu’un l’avait remarquée, mais le technicien était toujours absorbé par sa peur, et Kashrak par son arrogance.

"Toutefois," dit Kashrak, en redressant la tête. "Il doit y avoir une récompense."

"Récompense ?" Répondit le technicien, la peur dans sa voix. Un gobelin fit entendre un petit rire saccadé, quelque part.

"Il doit toujours y avoir une récompense," acquiesça Kashrak. "Une blessure légère pour une blessure légère. Munashi a intentionnellement blessé ma bien-aimée. Donc, je dois lui faire une blessure légère à lui aussi. Dis-moi, est-ce qu’Asahina Munashi est le genre de personne à envoyer un de ses meilleurs techniciens au cœur du Bas-Quartier ?"

"Pardon ?" Murmura le technicien, reculant à nouveau.

"Je ne pense pas qu’il le soit," répondit Kashrak, "Je pense qu’il aurait plutôt envoyé une personne… sacrifiable." Kashrak plongea en avant avec un rugissement animal, déchirant la poitrine du technicien avec ses griffes. Le technicien hurla longtemps, et l’énorme Naga le tortura pendant tout ce temps, avant de le laisser mourir.

"Zin ?" La voix de Kashrak était étonnamment douce alors qu’il arrivait à côté d’elle. Il prit son menton dans une main. "Je vois que tu vis. Le Grue avait raison. Tes blessures sont déjà guéries. Tu as été très chanceuse. Peut-être que je n’aurais pas dû être si dur avec lui." Il lança un regard vers les restes quasi-liquéfiés du technicien et il haussa les épaules.

Zin grimaça alors que les gobelins de Kashrak la ramenaient dans sa cellule. La douleur dans son crâne était terrible, mais sa joie l’était tout autant. Il n’y avait pas que l’espoir d’évasion, il n’y avait pas que la découverte d’une arme. Il y avait quelque de plus. Lorsque la machine s’introduit dans son oreille et étendit ses tentacules, il y eut… autre chose. Une chose importante, une chose puissante. Cette chose s’est répandue en elle et a rejeté les maléfiques tentacules hors d’elle. Cette chose était toujours là, avec elle. Et ce qui est le plus incroyable, c’est que cette chose déteste Kashrak encore plus qu’elle.


Kujimitsu était assis seul à sa table, sirotant son saké tranquillement. La cérémonie était terminée, et maintenant la fête avait commencé. Kameru, d’après ce qu’on dit, divertissait les gens avec une sorte de drame dans l’une des autres chambres, mais le Maître de l’Eau n’était pas d’humeur à être diverti.

"Kujimitsu," dit Sumi, en souriant alors qu’elle approchait. Elle s’inclina devant le vieil homme. "Tu ne devrais pas rester là assis à t’ennuyer. En tant que Championne, je t’ordonne de t’amuser." Elle s’assit sur le siège à côté d’elle et se versa un verre d’eau.

"Sumi-sama," dit-il joyeusement. "Je suis désolé, mais je dois désobéir à tes ordres. Les problèmes du Conseil pèsent lourdement sur mon âme."

"Tu trouveras des remplaçants, Kujimitsu," dit-elle, "J’ai pleine confiance en toi."

"Merci, Sumi," répondit-il. "Je ne suis pas sûr d’être digne de ta confiance, mais je l’apprécie."

"Sumi, j’ai trouvé notre déserteur," dit Shiba Mojo, en marchant vers eux. Un grand Crabe le suivait avec un air sinistre sur le visage.

"Ah," dit Kujimitsu, "Vous devez être le jeune Hida dont Sumi m’a déjà tant parlé."

Sumi décocha un regard meurtrier à Kujimitsu et le Crabe releva un sourcil.

"Enchanté de faire votre connaissance, Maître de l’Eau," dit-il. "Je suis Hida Yasu."

Kujimitsu gloussa et inclina la tête pour le jeune Quêteur. "Vous étiez parmi les héros de l’Empereur. Je vous félicite."

"Je faisais seulement mon boulot," dit Yasu sans humilité.

"Recevez également mes compliments, Crabe," dit une voix mélodieuse, "Et mes félicitations à vous, Isawa Sumi, pour votre succession."

Un grand homme en robe bleue et blanche approcha de la table. Un nuage de coton couvrait son oeil gauche.

"Merci," dit Sumi, en fixant l’étrange vieil homme, "Je ne pense pas que nous ayons été présentés."

"Asahina Munashi," dit Kujimitsu, en se levant et s’inclinant poliment. "Il est le gardien des fameux Jardins Fantastiques de Dojicorp. Ca faisait longtemps, Munashi."

"En effet, trop longtemps," dit-il. "Mais ma tristesse pour votre absence passée est comblée par votre présence actuelle, mon ami, et ma joie s’envole à la vue de tels jeunes héros." Il fixa son oeil sur Yasu.

La lèvre supérieure de Yasu frémit un peu au moment où il rencontra le regard du shugenja de la Grue. "Merci," dit-il. "Venez, Sumi. Dansons."

"Danser ?"

"Danser," répéta-t-il, sérieux.

"Euh. Ok," dit-elle, en se levant et en acceptant la main de Yasu. "Mojo, pourquoi n’irais-tu pas nous chercher un peu de nourriture ou quelque chose d’autre ?"

"Oui, Sumi-sama," répondit-il, en s’inclinant et en s’en allant.

"Ah, être jeune," dit Munashi en gloussant. Il observa attentivement le jeune couple les quitter. "Une telle vie, une telle énergie. Etre jeune, c’est être immortel, je pense."

"Si seulement ça pouvait être encore vrai pour nous," dit Kujimitsu.

"Au fait, vous avez toute ma sympathie à propos de la tragédie qui accable actuellement à votre clan," répondit Munashi, tournant son attention vers le Maître de l’Eau. "Être le dernier Maître Élémentaire n’est pas un sort agréable. J’envie votre force, Isawa."

"Merci," dit Kujimitsu. "S’il vous plaît, prenez place." Il désigna l’endroit en face de lui à sa table basse. Le shugenja Grue acquiesça respectueusement et s’assit avec Kujimitsu.

"Je dois vous avouer que j’adore votre nouveau Champion," dit Munashi, observant la piste de danse avec un sourire. "Aussi belle qu’elle est puissante. J’ai entendu dire qu’elle avait éliminé l’Oni de l’Air."

"Je n’étais pas au courant que c’était un fait notoire," répondit Kujimitsu.

"J’ai des oreilles là où il le faut," dit Munashi. "Vraiment, Kujimitsu. De telles informations nous menacent tous. Vous ne devez pas être aussi secret."

"Ca semble être le meilleur choix à faire pour l’instant," dit Kujimitsu. "Trois Terreurs Élémentaires ont été détruites. Deux autres peuvent encore être dans le monde des hommes."

"De mauvaises nouvelles, en effet," dit Munashi. "Je pensais que les forces du mal avaient été défaites à la fin de la Guerre des Ombres."

"Peut-être pas," répondit Kujimitsu. Ses yeux étaient rouges et fatigués. "J’ai fait des recherches. Les derniers jours de la Guerre des Ombres n’en portaient aucun signe. Il n’y avait aucun descendant de Shinsei présent, aucun des Sept Tonnerres, aucune confrontation ultime. Juste une immense explosion qui a vu Akuma aller à sa perte et une bataille à son apogée avec les armées restantes."

"Vous voulez dire que le soleil doit encore se lever sur le Troisième Jour des Tonnerres," dit Munashi.

"Le millénaire est proche," dit le Maître de l’Eau avec un petit hochement de tête. "Le Destin a beaucoup d’humour, pour ces sortes de choses. Je pense que le prophète avait raison. Des temps sombres approchent."

Munashi resta un instant silencieux, perdu dans ses pensées. "Avez-vous déjà sélectionné de nouveaux Maîtres Élémentaires ?" Demanda-t-il.

"Il n’y en a pas," dit Kujimitsu. "Aucun n’est assez doué pour pouvoir occuper la position. Les Phénix ont plus de shugenja que n’importe quel clan dans l’Empire, mais notre emprise sur les kami semble étrangement réduite, comparée aux anciennes générations. Il y a Sumi, mais elle semble être l’exception plutôt que la règle. Malheureusement, elle a d’autres responsabilités. J’avais pensé qu’Asako Nitobe serait le bienvenu. Mais la seule position où il serait approprié est la mienne."

"Une triste coïncidence," dit Munashi avec un petit sourire. "Avez-vous envisagé des candidats d’autres clans ?"

"En de rares cas," répondit Kujimitsu. "Ishikint et le Maître du Vide venaient tous les deux d’ailleurs que le Phénix, mais c’était lors de circonstances exceptionnelles."

"Et nous sommes lors de circonstances exceptionnelles, mon ami," répondit Munashi. "Mon histoire n’est pas très bonne, mais je me souviens d’une situation similaire, après le Second Jour des Tonnerres."

"Peut-être," dit Kujimitsu. "Peut-être que vous avez raison." Il se leva, brossa son kimono, et s’inclina. "Merci pour le conseil, Asahina. Je pense que je vais agir selon celui-ci. Vous m’avez ôté un grand poids de la conscience. Je vais envoyer les invitations cette semaine."

"Et j’y répondrai," pensa Munashi, en rendant le salut du Maître de l’Eau avec un sourire.


"Zou ? Tu peux m’entendre Zou ?"

Le métal froid du lit de camp lui mordait le dos. Il pouvait sentir les draps chirurgicaux blancs et stériles qui lui couvraient l’estomac et les jambes. Il était vivant… cruellement blessé, mais vivant.

"Je… peux vous entendre," répondit Zou. Sa voix sonnait bizarrement. Il y avait un étrange écho qu’il n’y avait pas avant. "Qui êtes-vous ?" Il tenta de s’asseoir, mais une main poussa sur sa poitrine.

"Ne… te relève pas, et n’essaie pas d’ouvrir… tes yeux," répondit l’homme. Sa voix était criarde, frivole, et sautait d’excitation. "En ce qui concerne mon identité, tu… es en présence du seul et unique maître de l’art des… tetsukami, Soshi Isawa. Tu es… chanceux."

"Isawa ?" Demanda Zou, "Le daimyo des Soshi ?"

"Coupable," gloussa-t-il. Le bourdonnement d’un générateur prit vie quelque part, près de l’endroit d’où venait sa voix. "Je me suis appelé ainsi, d’après le shugenja… Phénix originel, ce qui provoque chez mes associés les Maîtres Élémentaires une consternation sans fin."

"Si les rumeurs sont vraies, votre nom n’est pas la seule chose que vous avez volé aux Phénix," dit Zou.

"De vilaines choses… les rumeurs," dit Isawa avec un ton amusé. "Souvent, elles sont vraies. Mais si un homme ne peut pas garder ses… idées à l’abri, alors il ne mérite pas d’en profiter. Tu… n’es pas d’accord ?"

"Pourquoi est-ce que je ne peux pas sentir mes bras ?" Demanda Zou.

"Tu as eu un vilain accident, Garde du Corps," dit Isawa, en s’approchant de lui. Le moteur d’un outil sembla s’approcher de lui. Zou pouvait sentir une fumée. "Cet Oni… du Vide t’a presque tué. Mais tu es chanceux, j’étais en ville pour donner un coup de main contre le… Senpet. Oroki m’a demandé une faveur… et me voila."

Zou sentit une décharge d’électricité qui lui parcourait l’épaule gauche et qui descendit vers ses doigts. "Que me faites-vous ?" Demanda-t-il.

"Je te répare," répondit Isawa. "Ca a prix un certain… temps, et le procédé est relativement… nouveau. En fait, ça aurait été… impossible, il y a quelques semaines, avant que je ne… vole la technologie aux Kitsu. Tu peux ouvrir les… yeux, Zou."

Zou ouvrit les yeux. Ses paupières étaient lourdes et sa vision était trouble. Il vit qu’il se trouvait dans un lit de camp, à l’intérieur d’une grande chambre obscure. Les murs étaient couverts d’écrans, de générateurs, de treuils et de pinces, et d’équipement médical. Isawa lui-même se tenait tout près, un homme mince dans un manteau rouge sombre et qui portait des lunettes. Ses cheveux noirs et gras se dressaient pour faire une tignasse désordonnée, comme s’il n’avait pas le temps ou l’envie de s’occuper de son hygiène. Un grand réservoir de liquide bleu se trouvait derrière lui. La bouche de Zou s’ouvrit en grand lorsqu’il vit ce qu’il y avait dedans.

"Tes anciens… bras," dit Isawa, posant une main sur l’épaule du Garde du Corps. "Crois-moi, ils ne vont pas te manquer… du tout. Désolé, mais je ne peux rien faire pour ton visage, et Oroki m’a dit de le laisser… tel qu’il est."

Zou regarda ses mains et ses bras, entourés de bandages. Ils semblaient normaux, mais Zou pouvait dire qu’ils étaient différents.

"Tiens," dit Isawa. Il prit un tube de métal sur une table proche et la tendit à Zou. "Voyons ce que tu peux faire… de ça."

Zou prit le tube et le plia comme si c’était du plastique brûlant.

"Par les Mensonges de Bayushi !" jura Zou. Une petite liste de chiffres digitaux verts apparurent dans le coin inférieur gauche de son champ de vision. La force de résistance du métal, la pression exercée par ses muscles, l’angle de courbure du tube, et le niveau de puissance actuel du système étaient tous affichés.

"Est-ce que l’affichage des données fonctionne ?" Demanda Isawa. "On a eu des ennuis avec ça."

Zou jeta le tube sur le côté, observant ses bras avec incrédulité. Il déchira les bandages, pour révéler la peau noire, métallique qui se trouvait en dessous.

"Les nouveaux bras sont un peu… trop voyants, je te l’accorde," dit Isawa. Le petit scientifique allait et venait dans son laboratoire tout en parlant. "Vu que… la bioméca est souvent prise pour un signe de la Souillure, je te recommande de porter des manches… longues et des gants quand tu rencontres des Crabes. Ca t’évitera de devoir t’expliquer… et ça te sauvera la… vie."

"C’est un tetsukansen ?" Demanda Zou. "Comment avez-vous fait ça ?"

"Pas de tetsukansen," rit Isawa. "Maho… bah. Juste quelques idées que j’ai eues en étudiant Akodo. Je n’avais jamais… suspecté le potentiel de ces anciens nemuranai."

"Akodo ?" Demanda Zou. "La Machine de Guerre Akodo ?"

"En effet," acquiesça Isawa. "C’est un bioméca entièrement… fonctionnel, selon mes espions. Bientôt, ce secret sera divulgué et les daimyo voudront… tous faire eux aussi leur propre copie du petit Akodo. Comme toujours, c’est… un Scorpion qui a amélioré une bonne idée. Ces crétins de Lions se sont trompés. Tu n’as pas besoin… d’un grand nemuranai, juste un… puissant. Avec l’esprit approprié… pour le guider."

"Et qu’avez-vous utilisé ?" Demanda Zou, en regardant ses bras noirs et métalliques.

"Sans importance," gloussa Isawa. "Maintenant, viens avec… moi. Je vais te montrer le reste de ta nouvelle armure."

"Armure ?" Demanda Zou. "Je ne porte pas d’armure."

"Alors tu ferais mieux de… commencer," dit Isawa laconiquement. "Nous avons fait beaucoup d’effort pour faire de toi la Machine de Guerre Bayushi."


"Et alors," cria Kameru, tenant sa lame au-dessus de lui, "Kametsu-uo cria à l’intention de son père pour défier le scélérat qui l’avait tué ! Il blâma ceux qui le protégeaient ! Il brandit sa lame et des éclairs frappèrent les portes de la forteresse gaijin ! Le bois et les barres de fer se brisèrent comme du verre face à une tempête, la porte tomba et les gardes noirs à l’intérieur frémirent de peur !"

Kameru s’arrêta un instant devant l’assemblée. Tous les yeux étaient tournés vers lui, chaque voix était muette. Les caméras de la KTSU filmaient silencieusement depuis le fond de la pièce. Il put voir un léger sourire sur le visage de son père, et un autre sur celui de Kamiko. Il sourit derrière son mempo.

"’MEURS, AU NOM D’OSANO-WO !’ Cria le premier samurai de la Mante," s’exclama Kameru, chargeant d’un bout à l’autre de la plate-forme. "Et les éclairs tombèrent en myriades autour de lui ! Kametsu-uo chargea seul la forteresse, avec seulement les éclairs de son père et sa puissante armure Kaiu comme seule protection. Les guerriers gaijin tombaient comme le blé devant le moissonneur. Leurs défenses se brisèrent devant la puissance des éléments. Et finalement, l’assassin d’Osano-Wo apparut devant Kametsu-uo, avec la peur dans ses yeux."

Un autre acteur, un petit homme malpropre, portant un masque en forme de cobra à l’allure démoniaque, reculait, effrayé par Kameru. "S’il vous plaît !" Gémit-il, "Je vous donnerai des richesses ! Je vous donnerai tout ce que vous désirez !"

"Tout ce que je veux, c’est la justice !" Siffla Kameru. Il frappa l’homme, plongeant la lame sous le bras de celui-ci. L’acteur hurla théâtralement et s’écroula sur le sol.

Les spectateurs applaudirent sauvagement. Kameru et les autres acteurs se tenaient debout au centre de la scène, s’inclinant face aux louanges qu’on leur adressait. Yoritomo gravit l’estrade et se posta aux côtés de son fils.

"Qu’aujourd’hui soit tel que le passé fut," annonça le Fils des Orages. "Que ceci soit un exemple de justice pour le monde. Et que la fête commence."

La foule applaudit encore une fois et la musique commença. Kameru s’inclina devant son père.

"Vas-y, mon fils," dit calmement Yoritomo. L’Empereur fit un large sourire. "Elle ne t’attendra pas éternellement."

Kameru cligna des yeux, stupéfait. Son père ne lui avait jamais parlé comme ça de toute sa vie. Il acquiesça et descendit les marches rapidement, enlevant son masque d’acteur et rengainant son épée de protocole. Kamiko attendait déjà au pied des marches.

"Et bien, c’était vraiment patriotique," dit-elle, en prenant son bras. "Je crois que je devrais agiter un petit drapeau de la Mante."

"C’est une idée de mon père," dit Kameru, en rougissant. "L’histoire de Kametsu-uo est l’une de ses favorites."

"Oui, je la connais aussi," dit-elle avec un sourire espiègle. "Je ne me souviens pas qu’il y avait des gaijin dedans. Je pensais que l’assassin d’Osano-wo avait trouvé refuge chez les Phénix. Et je pensais qu’il avait été remis et proprement exécuté."

"Divergence artistique," sourit Kameru, "C’est une bien meilleure histoire ainsi. Et qui t’a enseigné une telle connaissance de l’histoire Mante ?"

"C’est le privilège des femmes d’être imprévisible," répondit-elle, "Maintenant, dansons." Elle ôta son bras, prit sa main, et l’entraîna vers la salle de bal.

A l’intérieur, le gratin de Rokugan dansait et se balançait sur la musique d’une symphonie Kakita. Les caméras des médias étaient déjà présentes, retransmettant l’entièreté du bal à tout l’Empire et au monde entier. La foule était remplie de visages de politiciens inconnus, ainsi que quelques visages qu’ils reconnaissaient.

"Bonsoir, Prince Kameru," dit Daniri, entrant dans la salle juste derrière eux avec une magnifique geisha à son bras. "Voici mon escorte, Shosuro Kochiyo."

"Salut," dit Kameru. Le prince sourit un peu. "Daniri, vous ne portiez pas une ceinture, tout à l’heure ?" Kamiko étouffa un rire nerveux.

Daniri rougit brutalement. "Je dois… euh… l’avoir perdu," balbutia-t-il.

"Venez, Daniri," dit Kochiyo, attrapant son bras des deux mains avec un grand sourire. "Allons danser." Ils se mêlèrent à la foule.

"Par le sang des Tonnerres," siffla Kameru. "Tu as vu ça ?" Il indiqua Isawa Sumi du doigt, qui dansait avec Hida Yasu à l’autre bout de la pièce. Kamiko couvrit son sourire. "Je n’arrive pas à croire qu’il porte encore son armure. Et qui aurait pu croire que ces deux là allaient finir ensemble ?" Demanda Kameru.

"Et bien, si tu connaissais Yasu, ça ne te surprendrait pas," dit-elle. "Il drague tout ce qui porte une robe. De plus, si tu regardes leurs visages, ils n’ont pas vraiment l’air d’être ensembles, selon moi."

Kameru rit. En effet, Yasu semblait distrait et Sumi portait un regard soutenu au Crabe, qui semblait réprimer sa colère. "Tu as raison," dit-il. "Je devrais être prudent avec elle. J’ai entendu dire qu’elle avait son petit caractère." Son visage changea brutalement. "Hé, mais que voulais-tu dire par ’tout ce qui porte une robe’ ? Comment le sais-tu ?" Il se tourna vers Kamiko, un air sceptique sur le visage.

Kamiko rit sous cape. "Expérience personnelle," dit-elle. "J’ai du me battre pour venir jusqu’à Otosan Uchi, et j’étais avec lui, tu te souviens ?"

Kameru se renfrogna et regarda à nouveau vers le Crabe. "Mais quel arrogant-" grogna-t-il.

"Euh, je ne sais pas si je lui tiendrais rigueur, à ta place," dit Kamiko, en serrant sa main sur le bras de Kameru. "Il s’est bien comporté, en fait. De plus, c’est un de mes amis. Je n’ai pas envie que tu te disputes. Tu n’as rien à craindre pour ça, Kameru." Elle se pencha vers lui et lui donna un baiser sur la joue.

Kameru sourit instantanément. "Je savais que ça marcherait," dit-il, "Pour une Grue, tu es facile à duper." Il l’embrassa à son tour.

Kamiko souffla, faussement choquée, et le repoussa. "Comment oses-tu !" Dit-elle, "Tu crois que tu peux me manipuler juste parce que tu es l’Héritier Impérial ?"

"Non," dit-il, "Je crois que je peux le faire parce que je suis irrésistible."

Elle leva les yeux. "Pas tant que tu le penses, Mante."

"Et bien," dit-il, en prenant sa main à nouveau. "Le suis-je assez pour que tu danses avec moi ?"

"Peut-être," dit-elle, en souriant.

"Bien," dit-il, "Parce que je ne sais pas danser. Je vais probablement t’écraser les pieds quelques fois."

Kameru et Kamiko se joignirent à la danse, une valse lente qui augmentait graduellement son rythme. Kamiko aperçut son père, qui se tenait au bout de foule, et son sourire disparut soudain.

"Kamiko ?" Demanda Kameru, tracassé. Il suivit son regard. "Oh. Qu’a-t-il fait, encore ?"

"Rien," dit-elle, se tournant et posant sa tête contre sa poitrine. "Rien du tout."

Kameru lança un regard au Champion d’Émeraude, et leurs yeux se rencontrèrent. Il fit un signe de tête respectueux à l’Héritier Impérial. Les yeux de Meda étaient bleus et froids, mais il y avait quelque derrière eux, quelque chose de nouveau. C’était vraiment quelque chose que Kameru n’aimait pas. Il ne pouvait pas dire ce dont il s’agissait. Peut-être que ses sentiments pour Kamiko interféraient avec son opinion. Meda avait fait tellement de choses pour la blesser, et Meda ne le réalisait même pas. Naturellement, Kameru n’avait pas envie de l’apprécier. Ce devait être ça. Il resserra ses bras autour de Kamiko et continua à danser.

Et à la ceinture de Meda, Ambition brillait.


Le soleil se couchait alors que Toshimo ouvrait la porte du hangar abandonné. "J’espère que c’est aussi intéressant que vous l’avez promis, Lion," grogna Toshimo. "J’ai besoin de quelque chose pour passer le goût de cette maudite cérémonie hors de ma bouche." Il leva les yeux et siffla. "Ikimura, vieux gredin," dit-il. Je suspectais que vous étiez en train de préparer quelque chose, mais je n’aurais jamais deviné que c’était ça."

Un grand guerrier doré se tenait au centre du hangar. La Machine de Guerre Akodo.

"Déçu ?" demanda le petit Lion âgé, poussant le Crabe de côté alors qu’il entrait dans le hangar. Il s’avança vers l’armure gigantesque.

Cinq techniciens en simple salopette suivirent Toshimo et Ikimura dans le hangar. Ils étaient un pour chaque Clan Majeur, les plus grands scientifiques que Rokugan possédait. Et ils étaient tous stupéfaits devant la machine qui se tenait devant eux.

"Ainsi donc, voici ce dont vous faisiez de toutes ces notes sur les tetsukami," dit Isawa Chan. C’était une petite femme d’âge moyen avec de très longs cheveux, qui s’approcha rapidement d’Akodo et qui tourna autour, en observant ses mécanismes.

"Le meilleur de la technologie Lion, Crabe et Phénix," gloussa Ikimura. "Vous n’avez même jamais su ce que vous m’aidiez à construire, jusqu’à aujourd’hui."

"Et bien, le secret est découvert, maintenant, Ikimura-sama," répondit Ranbe Kuro, un ingénieur Mante assez âgé. Il observa le fier visage félin de l’armure. "Akodo Daniri s’est amusé à balader ce bébé durant l’Invasion Senpet."

Ikimura haussa les épaules. "Tant mieux. Il a sauvé des gens. Et maintenant, il est un héros et il peut remercier mon Akodo." Il tapota la peau métallique de la botte d’Akodo comme un père fier de son fils. "Mais c’est du passé, maintenant."

"Pourquoi donc ?" demanda Toshimo. Il poussa un escabeau à côté de la Machine de Guerre. Il ouvrit un panneau d’accès et commença à observer les montages électriques.

"Akodo est mort," dit Ikimura. Il passa sa main dans ses cheveux blancs et fin, et il hocha la tête. "Taki-bi a fait fondre la plupart de ses systèmes critiques. Le kami qui habite l’armure est toujours là et disposé à guider l’armure, mais je ne peux plus réparer la mécanique d’Akodo. Je me suis juste occupé des dégâts en surface."

"Comment avez-vous obtenu un kami avec une telle puissance ?" demanda Asahina Yasen. Son jeune visage affichait une expression de peur et de respect. "Les plus grands tetsukami ont toujours une taille limitée. Kyuden Hida est une exception notable, mais il se base sur le kami d’une montagne entière, avec le vaste soutien d’une technologie ordinaire. Kyuden Hida est unique en son genre."

"Merci," dit sincèrement Toshimo, les yeux toujours rivés sur les entrailles d’Akodo.

"Vous avez seulement à trouver le bon kami," dit Ikimura avec un gloussement. "Les nemuranai, des objets enchantés, sont les réceptacles de plusieurs kami puissants et relativement portables. J’ai utilisé un des plus puissants pour construire Akodo."

"Lequel ?" demanda Soshi Tango, un petit homme obèse dans une salopette trop petite pour son gabarit.

"Junsui," dit Ikimura. "J’ai fait fondre l’Armure Ancestrale du Lion. C’est sa peau." Il donna un coup sur la coquille métallique de l’armure, et elle résonna d’un ton clair.

Iuchi Razul eut un hoquet, ajustant ses lunettes alors qu’il se tournait pour observer le vieux Lion. "Mais Junsui est maudite !" dit-il. "J’ai entendu des légendes qui disaient qu’elle conduisait ses porteurs à leur perte."

"Les malédictions peuvent être brisées si vous êtes assez déterminé," répondit Ikimura avec un rire sec. "Et Akodo était une aventure incertaine, au moment de sa conception. Si je n’avais pas demandé un nemuranai qui était maudit pour commencer, je doute qu’ils m’en aurait donné un bon à la place."

"Voici l’un de vos problèmes," dit Toshimo. Il se pencha et chipota derrière la plaque du poitrail d’Akodo avec un petit outil qu’il avait pris dans sa poche. Il y eut un bourdonnement sourd et deux projecteurs sur les épaules de l’armure s’ouvrirent soudain et inondèrent la pièce de lumière. Asahina Yasen glapit alors qu’il était aveuglé.

Ikimura sourit. "Je savais que je pouvais compter sur vous, Toshimo-san. Ma propre équipe m’a dit que les lumières étaient irrécupérables. J’ai le sentiment qu’ils pensent trop linéairement."

"Et bien, je dois admettre que vous avez fait un travail remarquable," répondit Toshimo. "Je n’aurais jamais eu l’idée de combiner les tetsukami Phénix, un nemuranai Lion et la mécanique du Crabe comme vous l’avez fait. Je suis impressionné."

"Alors, vous pouvez le réparer ?" le pressa Ikimura.

"Avec l’équipe que nous avons ici," Toshimo fit un geste vers les autres, "ce sera même un jeu d’enfant de l’améliorer par la même occasion."

"L’améliorer ?" demanda Ikimura.

"Oui," dit Toshimo. "Par exemple, j’ai remarqué que toutes les armes d’Akodo sont des fausses."

"Oui," dit Ikimura. "Après tout, c’est seulement une série télévisée."

"Plus maintenant," dit Chan. Elle se releva et épousseta sa salopette. "Après l’attaque Senpet, Akodo est maintenant l’arme la plus reconnaissable de Rokugan. Peut-être même plus que Kyuden Hida."

"Alors, que disiez-vous ?" demanda Ikimura.

"Tout ce que je dis," dit Toshimo, les yeux illuminés par l’inspiration, "c’est que j’ai quelques idées pour l’améliorer."


Les rues défilaient, des stries de lumières et de couleurs qui importaient peu à Sachiko. Elle fonçait à travers le trafic des routes majeures, bien au-dessus du niveau de la ville. Sa rapide moto Otaku perçait facilement la bousculade du trafic du matin, comme un fantôme. Le danger n’était pas un facteur. Le risque n’était pas important. Elle avait l’esprit trop chargé et la vitesse était la seule chose qui pouvait l’aider à mettre de l’ordre dans sa tête.

La bataille dans le Labyrinthe, la Garde Impériale, l’oni, elle avait du mal à y croire. Elle ne voulait tout spécialement pas croire en une histoire de Bayushi Oroki. Si le yojimbo de Sumi n’avait pas confirmé la chose, elle aurait traqué et tué le Scorpion immédiatement. Et il lui semblait qu’Oroki le savait. La seule raison pour laquelle il lui avait raconté la mort de Hatsu était parce qu’il pouvait se délecter de sa douleur. Quel petit salopard suffisant !

Elle engagea sa moto sur la rampe de sortie et descendit vers le Quartier Marchand. Les immeubles résidentiels à plusieurs étages des paysans et ouvriers d’Otosan Uchi se tenaient de part et d’autre de la rue, plusieurs d’entre eux étaient endommagés par le feu et les explosions, maintenant entourés d’échafaudages. Au moins, les entreprises de constructions tiraient profits de la visite Senpet. Sachiko arrêta sa moto alors qu’elle arrivait devant l’immeuble de Hatsu.

Elle enleva son casque et secoua ses cheveux, jetant un coup d’œil à la fenêtre obscure de la façade. Le panneau indiquait "Herbes et Curiosités d’Hisojo." Un signe plus petit disait que le magasin était fermé. Elle parqua sa moto et s’avança jusqu’à la porte, actionnant la poignée pour voir qu’elle était fermée. Sachiko jeta un coup d’œil à la rue. Au loin, un bus scolaire bleu de Dojicorp embarquait des enfants au coin de la rue. Personne d’autre ne se trouvait dans la rue, si tôt le matin, mais elle se sentait quand même exposée. Elle posa ses mains sur la fenêtre de la façade et elle observa à l’intérieur du magasin, mais elle ne vit aucun signe de mouvement.

"Hisojo ?" cria-t-elle. "Vous êtes là ?" Le vieil homme devait être ici, quelque part. Il s’était obstiné à rester dans le magasin lorsque Sachiko l’avait trouvé, auparavant. Elle fit le tour par l’allée pour essayer la porte sur le côté.

Sachiko s’arrêta à l’entrée de l’allée, son instinct la prévenait d’un danger. Elle se colla contre le mur et s’agenouilla, jetant rapidement un coup d’œil derrière le coin, avec son Ot-nag en main. Elle put voir juste à temps un morceau de tissu vert qui disparaissait dans l’allée de l’autre côté de la rue, l’allée où elle avait rencontré Hida Yasu pour la première fois. Sachiko sourit et disparut dans les ombres.

De l’autre côté de la rue, l’homme attendait patiemment, observant une image du magasin à travers le cristal verdâtre qu’il avait dans ses mains. La Licorne se trouvait dans l’allée depuis plusieurs minutes. Elle était probablement entrée à l’intérieur à la recherche d’Hisojo ou d’autres indices. Il n’avait qu’à attendre son retour ici. Le magasin était sûr, et aucune Vierge de Bataille qui se respecte n’abandonnerait sa moto.

Il sentit soudain une lame s’enfoncer légèrement entre ses omoplates.

"Veuillez lever les mains et vous retourner," dit Sachiko.

"Par les Fortunes !" s’exclama l’homme, en jetant un coup d’œil par dessus son épaule, les yeux écarquillés. "Comment avez-vous réussi à me surprendre ?"

"Taisez-vous, levez les mains, et tournez-vous," dit-elle avec gaîté. Elle gardait son naginata complètement étendu pointé sur lui.

Il soupira et se conforma aux ordres. C’était un grand homme, en long manteau sombre. Ses cheveux noirs étaient noués en chignon à l’ancienne mode. Il portait une paire d’épées à sa ceinture, comme Hatsu, mais bien plus décorées. Elle lui prit le cristal vert et lui ôta ses épées, les jetant contre le mur de l’allée. Il se contracta lorsqu’elles touchèrent le sol.

"Que portez-vous sous ce manteau ?" demanda-t-elle, en tapotant sur sa poitrine avec la lame de son naginata. Le manteau résonnait métalliquement. L’homme resserra les yeux et laissa tomber son manteau, révélant une ancienne armure de samurai laquée. Deux dragons en émail doré se trouvaient sur la poitrine de l’armure.

"Ok," dit-elle clairement. "Par Jigoku, qui êtes-vous et que faites-vous habillé comme un Dragon ?"

L’homme sourit. "Etes-vous sûre de vouloir savoir ?" demanda-t-il. "La réponse que je vais vous donner pourrait changer bien des choses."

Elle acquiesça, ses yeux verts étaient calmes et froids.

"Je suis Mirumoto Rojo, daimyo de la famille Mirumoto. Je suis en effet un membre du Dragon Caché. Mon clan attend le retour des Sept Tonnerres depuis une centaine d’années. Nous pensons que votre équipier, Hatsu, est le Tonnerre du Dragon."

"C’est ridicule," dit Sachiko. "Le second Jour des Tonnerres est arrivé avec la fin de la Guerre des Ombres, et les Dragons sont tous morts. L’Outremonde a été vaincu." Cet homme semblait confirmer l’histoire du Phénix et du Scorpion. Un fanatique Dragon. Elle ne voulait pas le croire.

"Et bien, je ne suis pas mort," dit Rojo, la voix amusée alors qu’il entrelaçait ses doigts derrière sa nuque. "Et peut-être pourrions-nous discuter de la destruction de l’Outremonde avec Taki-bi no Oni. Vous avez fait connaissance, d’après ce qu’on m’a dit. Je suis désolé de vous décevoir, jeune fille, mais le Jour des Tonnerres n’est pas encore arrivé."

Sachiko sentit une peur froide dans le creux de son estomac. Les mots du Dragon semblaient impossibles, mais après tout ce qu’il s’était passé, ils lui semblaient vrais. "Que voulez-vous de moi ?" demanda-t-elle.

"J’étais avec Hatsu lorsqu’il est mort," dit posément Rojo. "Son dernier souhait était que je veille sur vous."

"Foutaise," répondit-elle. "Hatsu n’aurait jamais dit quelque chose comme ça. Il sait que je peux prendre soin de moi-même."

"En effet," dit-il. "Peut-être que je l’ai mal compris. Toutefois, je ne vous veux aucun mal. Est-ce que je peux récupérer mon ekishou et mon daisho ?"

Sachiko soupesa les mots du Dragon, observant ses yeux avec attention, et acquiesça finalement. Il y avait une certaine honnêteté dans son mystère. Il lui faisait penser à un Hatsu plus âgé. Elle recula son naginata et lui rendit son cristal. Il ramassa son daisho et le rengaina à sa ceinture.

"Ok," dit-elle. "Maintenant, pourquoi me suivez-vous vraiment ?"

"Vous n’avez pas encore deviné ?" dit le Dragon, en ramassant son manteau.

Derrière eux, un petit rire aigu se fit entendre, venant des ombres. Sachiko jeta un coup d’œil et vit un mignon petit garçon avec des cheveux blancs, habillé en robe bleu clair. Il ressemblait à une Grue. Il sourit, fit un petit signe maladroit, et rit encore.

"Tu es perdu, petit garçon ?" demanda Sachiko, gardant toujours son naginata vers Rojo. "Tu as besoin d’aide ?"

Le garçon acquiesça, et rit. Au loin, le grondement d’un bus scolaire se fit entendre. "Tu ne devrais pas être dans ce bus ?" demanda Sachiko. Elle s’avança vers le garçon et se pencha pour lui parler. "Tu ne dois pas aller à l’école ?" Rojo s’avança derrière elle, les bras croisés.

Le garçon haussa les épaules et rit encore.

"Tu es timide," elle sourit. "Quel est ton nom ?"

"Pekkle," dit l’enfant, en riant encore.

"Un nom étrange," dit Rojo. L’enfant lui tira la langue.

"Allons tous les deux vers ce bus, d’accord, Pekkle ?" dit Sachiko, caressant ses cheveux avec une main.

Pekkle sourit et ouvrit les bras.

"Oh, non," dit Sachiko avec un sourire. "Tu as l’air assez grand pour marcher tout seul. Je ne te porte pas."

Pekkle fit une grimace.

"Vous feriez une bonne mère," dit Rojo.

"Ce n’est pas l’une de mes plus grandes ambitions," répondit Sachiko. Elle prit Pekkle par la main et le conduisit jusqu’à l’entrée de l’allée. Le bus scolaire bleu arrivait justement alors qu’ils s’avançaient sur le trottoir. Sachiko fit un signe au véhicule.

"Bonjour, officier !" dit le conducteur du bus, après avoir ouvert la porte et garé son véhicule. "Vous avez trouvé un petit perdu, je vois ? Salut toi." Il fit un signe à Pekkle. "Et bien, tu es un mignon petit garçon, hein ?"

Pekkle rit et fit un signe au chauffeur.

"Tu vas à l’école, maintenant, Pekkle," lui dit Sachiko. "Ne t’égare plus à nouveau." Pekkle fit un signe de tête, rit, et disparut dans le bus. Celui-ci fit un bruit de vapeur et se remit en route.

"Revenons au sujet du jour," dit-elle à Rojo. "Connaissez-vous un vieil homme appelé Hisojo ?"

Rojo ramena son attention sur la Vierge de Bataille. Il observait le bus avec une expression curieuse et inquiète. "Hisojo ?" demanda-t-il. "Oui, bien sûr. Agasha Hisojo est l’un d’entre nous. Il fut le gardien d’Hatsu pendant longtemps. Hatsu est une personne très importante, pour nous."

"Est ?" demanda Sachiko, relevant un sourcil.

Plus loin dans la rue, un crissement de pneus et de métal tordu brisèrent le silence. Rojo et Sachiko se tournèrent tous deux pour voir le bus scolaire Dojicorp qui faisait une queue de poisson brutale dans la rue. Il démolit plusieurs voitures parquées en faisant un demi-tour complet, puis il s’arrêta. De la fumée s’élevait de ses pneus.

"Par le souffle de Shinjo !" s’exclama Sachiko. "Que se passe-t-il ?"

Le moteur du bus se remit bruyamment en marche, et le véhicule accéléra soudain en redescendant la rue vers eux. Ses grandes roues sifflèrent et laissèrent du caoutchouc sur le trottoir. Le bus accélérait et changeait continuellement de direction, écrasant des pare-chocs de voitures et des panneaux de signalisation, tout en continuant à foncer vers eux.

"Nous devons récupérer votre moto," dit calmement Rojo. "Tout de suite."

"Bonne idée," dit Sachiko, remettant son casque et sautant sur le siège. Elle fit un signe de tête et Rojo s’assit rapidement derrière elle. Elle alluma le moteur et démarra, faisant un demi-tour dans la rue et prenant la direction du bus.

"Qu’est-ce que vous faites, Licorne ?" cria Rojo pour ne pas être couvert par le moteur. "Tirez-nous de là ! Distancez simplement ce foutu bus !"

Sachiko ne dit rien, mais fit tourner les poignées de sa moto, et fonça vers le bus encore plus vite. Le bus continuait sur sa trajectoire, et bientôt, ils seraient assez près pour voir le conducteur. Un petit visage familier apparut à travers le pare-brise. Ses yeux brillaient d’un éclat rouge. Le bus fit retentir son klaxon et fit clignoter le signe "Stop" du côté du conducteur. Sachiko se mit sur le côté, au dernier moment, roulant sur le trottoir, puis à nouveau sur la route, alors que le bus passait à côté d’eux. Elle arrêta sa moto et la fit tourner, pour voir l’arrière du véhicule qui s’éloignait.

"C’était cet enfant qui conduisait !" s’exclama Rojo, en tirant son katana. "Ce doit être une sorte de démon."

"Qu’est-ce qu’il fait ici ?" demanda Sachiko.

"Peut-être que je tire des conclusions trop rapidement," dit Rojo," mais je pense que quelqu’un l’a envoyé pour vous tuer."

Le bus continuait de descendre la rue, frappant de côté plusieurs voitures garées et heurtant un kiosque à journaux.

"S’il essaie de me tuer, alors pourquoi continue-t-il ?" demanda Sachiko, en se tournant vers le Dragon.

"Il sait que vous allez le suivre," répondit le Dragon, "Il y a encore d’autres enfants dedans."

La tête de Sachiko se retourna vers le bus. Il s’était mis à accélérer encore, fonçant vers la rampe de sortie de l’autoroute, en roulant en sens inverse de la circulation. "Non !" dit-elle, ramenant la moto à la vie et dévalant la rue à toute vitesse. Elle dégaina son naginata et l’étendit en mode bâton, puis elle tira d’une main, visant plusieurs fois les roues arrière. La roue gauche se boursoufla puis explosa, mais le bus continua de rouler en perdant à peine un peu de vitesse. Le bus continuait d’aller de droite à gauche devant elle, et les voitures qui arrivaient klaxonnaient et changeaient de direction brusquement pour essayer d’éviter le monstre roulant. Elle glissa sur le côté du bus et avança jusqu’à la fenêtre du conducteur, mais Pekkle la remarqua avec son rétroviseur et tenta d’écraser le bus contre la barrière. Elle freina brusquement alors que le bus devant elle écrasa la barrière, des fragments de béton rebondirent sur son casque. Une portion de mur de six mètres se décrocha et tomba. Sachiko et Rojo jetèrent un coup d’œil à l’ouverture. En dessous d’eux ne se trouvaient que de profondes ténèbres.

"Qu’y a-t-il, en bas ?" demanda Rojo.

Sachiko retint sa respiration. "Les ruines du Bas-Quartier," dit-elle. "Nous ferions mieux de ne pas tomber. Ce serait une chute de vingt étages."

Rojo siffla. Devant eux, des voitures s’amoncelaient alors que Pekkle se créaient un chemin à travers le trafic matinal. Sachiko ranima encore sa moto à la vie et poursuivit sa course, appelant de l’aide avec la radio de son casque. Cette fois, elle n’oserait pas dépasser le pare-choc arrière pour ne pas être projetée au-dessus de la barrière de protection.

"Approchez-vous, Sachiko," cria Rojo, "J’ai une idée."

Sachiko acquiesça, accélérant encore la poursuite et regagnant aisément du terrain sur l’énorme véhicule. Rojo grimpa soudain sur le siège derrière elle, accroupit avec ses épées dans les mains. Sachiko lança un regard par-dessus son épaule, surprise du culot et de l’agilité du Dragon.

"Contentez-vous de conduire !" dit-il. "Plus près !"

Elle acquiesça et se rapprocha encore du bus. Elle pouvait voir les enfants à l’arrière du bus qui se pressaient contre la vitre, hurlant de terreur. La moto était presque à un mètre de l’arrière du bus maintenant, dangereusement proche si Pekkle décidait de freiner. Soudain, Rojo bondit, se mit debout sur le siège arrière de la moto et décrivit un arc de cercle avec son katana qu’il tenait des deux mains. La lame s’illumina à l’apogée de l’arc décrit par l’arme, projetant un rayon d’énergie qui atteint le bus, rompant la charnière supérieure de la porte de secours arrière. La porte s’affaissa et se balançait maintenant sur une charnière. Rojo lança un grand couteau qu’il avait à sa ceinture alors qu’il se laissait retomber sur son siège. La lame fila droit et traversa le bas de la porte du bus, pour l’épingler à la carcasse du bus, avant que la porte ne se décroche complètement. La porte pendait à l’extérieur du bus comme une grosse langue de métal, à seulement trente centimètres du sol.

A l’avant du bus, Pekkle se retourna et sourit à ses poursuivants. L’oni tendit une petite main et tira violemment sur le frein de secours. Sachiko projeta son poids en arrière et releva sa moto sur sa roue arrière, la posant peu de temps après sur la porte de secours. Elle quitta la route alors que le bus s’arrêtait avec le crissement effroyable de ses disques de frein. Les enfants hurlaient alors qu’ils fuyaient vers leurs sièges. La moto de Sachiko franchit l’allée du bus et dérapa brutalement pour s’arrêter à seulement un mètre de l’avant du bus. Pekkle se retourna sur son siège, son visage et sa robe étaient rouges du sang du chauffeur du bus, dont le corps massacré était coincé sur l’accélérateur. Des coups de klaxons retentissaient alors que le trafic faisait tout sauf ralentir, sur la route devant eux.

"Pekkle !" dit-il avec un petit rire.

"Meurs," dit Sachiko en tirant avec son Ot-nag dans son visage.

La créature fut projetée en arrière avec la force de l’impact, traversant le pare-brise bleu cristal du bus et s’écrasant sur la route. Il se remit sur ses pieds et se redressa.

"Exactement ce que je pensais," dit Rojo. "C’est un oni."

Pekkle gloussa, se tourna vers le lampadaire le plus proche et l’arrachant d’une main, il le fit s’effondrer vers le bus. Sachiko et Rojo se jetèrent au sol alors qu’il traversa le toit cristallin du bus, écrasant la moto Otaku qui était restée au milieu de l’allée. Les enfants hurlèrent de peur à l’arrière du bus et commencèrent à s’enfuir.

"Rojo !" cria Sachiko. "Sortez ces enfants de là ! Je m’occupe de Pekkle !"

"Non !" répondit le Dragon, "C’est un oni ! Vous ne pouvez pas le tuer !"

"Vraiment ?" lui répondit Sachiko en le fixant de ses yeux verts, "Et combien d’oni avez-vous déjà tué, Dragon ?"

Rojo se renfrogna. Dans la rue, Pekkle tentait de soulever une petite voiture alors que le propriétaire s’extrayait par la porte du passager et s’enfuyait. "Plus le temps de discuter, Licorne," dit Rojo, "Je fais comme vous voulez pour l’instant. Mais si vous mourez, ce sera uniquement de votre faute."

"D’accord," dit-elle avec un sourire en coin. Le Dragon acquiesça et courut vers l’arrière du bus, puis sauta sur la route.

Pekkle cessa d’essayer de soulever la voiture et observa Sachiko. Un air de joie enfantine traversa son visage et il applaudit vivement. "Pekkle !" dit-il, dansant d’un pied à l’autre avec ses mains sur ses hanches.

"Quelle sorte de démon pourrait créer une créature comme toi ?" demanda Sachiko avec dégout.

Pekkle se renfrogna. Il arracha le pare-chocs de la voiture et le lança sur Sachiko.

"Par les Fortunes !" cria-t-elle, se jetant juste à temps sur le côté. Le morceau de métal tordu déchira l’extrémité de sa cuisse gauche alors qu’elle tombait et le pare-choc se logea dans la surface de la grande route Kaiu. "Quelle est la force de cette chose ?" se demanda-t-elle.

"Pekkle !" s’exclama-t-il à nouveau, sautillant autour de la voiture et venant vers Sachiko.

Elle appuya sur le bouton de la poignée de son naginata, l’allongeant au maximum. La lame frappa l’oni en pleine poitrine, déchirant son kimono et se calant sous son bras. Pekkle jeta un regard curieux à la lame, puis sourit à Sachiko. Sachiko souleva son arme, avec Pekkle encore accroché, fit un arc de cercle et heurta violemment le petit démon, la tête la première, sur la route. Il bougeait encore. Sachiko recommença, faisait retomber le démon sur sa tête, une fois de plus. Elle le fit encore cinq autre fois, matraquant la rue avec Pekkle jusqu’à ce que l’asphalte se fissure. Le démon cessa de lutter et pendait mollement sur l’arme. Sachiko libéra un soupir de fatigue.

"Pekkle !" dit-il soudain, s’écartant alors que Sachiko se relâchait et arrachant le naginata de ses mains, en le prenant par la lame. Il fit tournoyer la longue lance et la projeta sur elle. Sachiko réagit trop tard. L’Ot-nag la frappa violemment à l’abdomen.

Elle se tordit de douleur sur la route, s’agrippant à l’arme. L’enchantement tetsukami de la lance l’avait repliée en mode bâton, au contact de l’oni, mais le recevoir dans l’estomac, projeté par une créature aussi forte que le petit oni n’était pas sans douleur. Pekkle gloussait, puis il plongea ses doigts dans le revêtement de la route et en extrait une grande plaque d’égouts. Il avança jusqu’à Sachiko, la plaque prise des deux mains, prêt à la fracasser sur son crâne.

"Bye-bye," murmura Pekkle à la Vierge de Bataille.

Un éclair de lumière illumina la rue, et la plaque fut arrachée des mains de Pekkle, rebondissant plus loin sur le toit d’une voiture arrêtée. L’oni jeta un regard fâché à Rojo qui sautait sur la carcasse d’un break, le daisho qui flamboyait dans ses mains. Sachiko profita de la distraction de l’oni. Elle attrapa la créature par la cheville et bondit sur ses pieds.

"Pekkle !" cria le petit démon alors qu’elle le balançait dans les airs d’une main.

"Bye-bye, Pekkle," gronda Sachiko, et elle projeta le petit monstre par-dessus la barrière de l’autoroute. Pekkle plongea dans les entrailles de la ville. Son kimono souillé de sang claquait doucement dans le vent. Il gloussa pendant toute la chute.

Sachiko s’écroula contre une camionnette proche, respirant difficilement alors qu’elle retirait son casque et le jetait loin d’elle. Rojo s’avança à ses côtés, rengainant ses armes.

"Vous êtes blessée ?" demanda-t-il.

Elle leva les yeux vers lui, étreignant son estomac et sa jambe ensanglantée.

"Désolé, bête question," dit-il en riant. "Je suis heureux que vous l’ayez emporté, Licorne. Votre force augure de bonnes choses pour le futur."

"Pourquoi ?" dit-elle. "Pourquoi suis-je si importante ? C’est quoi, votre problème ?"

Rojo gloussa. "La force, oui," dit-il. "Il est malheureux que l’intelligence ne soit pas aussi votre point fort. Oh, ce n’est rien. Il y a toujours la Grue et le Phénix pour ça." Des sirènes gémissaient au loin, l’arrivée des renforts de Sachiko. Rojo jeta un regard dans leur direction.

"Vous n’êtes pas obligé de disparaître," dit Sachiko. "Je me porterai garante de vous. Vous pouvez rester dans les parages, dites-moi tout ce que vous deviez me raconter."

"Ah, mais il va y avoir des questions, Sachiko-chan," répondit Rojo. "Il y a toujours des questions. Et le Dragon n’est pas prêt à donner des réponses, du moins, pas encore. Trop de gens connaissent notre secret, déjà. Pour l’instant, prenez ceci. Lorsque vous aurez besoin de nous, nous serons là." Il sortit une petite sphère de sa poche et la lui tendit. Elle était faite en pur cristal avec un magnifique dragon de jade enroulé à l’intérieur.

"Qu’est-ce que ça fait ?" demanda-t-elle.

Le Dragon était déjà parti.


"Je ne peux pas croire qu’elle aurait pu faire une chose pareille !" s’exclama Kameru, descendant les marches menant dans les profondeurs du palais. Quelques gardes Mantes venaient dans l’autre sens, et ils se divisèrent rapidement pour laisser passer l’héritier.

"C’était l’un de ses premiers ordres," expliqua Ishihn, qui courait presque pour garder le rythme du prince enragé. "Après que Kyo ait disparu et que Maiko ait pris les rennes, au moment où les nations ont commencé à se rendre et-"

"Tu n’as pas besoin de me l’expliquer, Ishihn," répondit Kameru. "Tu es l’une des trois personnes dans ce monde contre lesquelles je ne suis pas fâché pour l’instant. Mon père est celui qui est derrière tout ça."

"Je pensais que les choses allaient mieux, entre vous," dit Ishihn.

"Ouais, moi aussi," cracha Kameru. "Et puis, ceci est arrivé."

Ils atteignirent le bas des escaliers, l’entrée des anciens donjons du Palais. Un petit homme était assis derrière un bureau moderne, devant les portes.

"Pr-pr-prince Kameru !" bégaya-t-il. Il se mit immédiatement debout et s’inclina devant le prince.

"Je suis ici pour voir Orin Wake," répondit-il. "On m’a dit qu’il est dans les cachots."

L’homme se tourna rapidement vers un petit carnet sur son bureau. Il tourna quelques pages. Ses yeux s’écarquillèrent de terreur. "Je-je suis désolé, Prince Kameru," dit-il nerveusement. "Mais monsieur Wake est au niveau Zeta. C’est réservé aux traîtres et aux ennemis de l’état. Je ne peux autoriser aucune visite."

"D’accord, vous allez m’écouter maintenant," dit Kameru. Il frappa le bureau de ses poings, se penchant très près de l’homme. "Je. Suis. L’Etat. Maintenant, laissez-moi voir Orin Wake ou mon ami ici présent va vous retirer énergiquement de votre place."

Derrière lui, Ishin fit claquer ses mains l’une contre l’autre, et un crépitement d’électricité traversa ses yeux. Le sang d’Osano-Wo était très fort, chez Ranbe Ishihn.

"Tout de suite, seigneur," dit-il rapidement. Il attrapa nerveusement la carte qui se trouvait à sa ceinture et s’avança jusqu’à la porte derrière lui. Il fit glisser la carte et les énormes portes en bois s’ouvrirent lentement, révélant que l’intérieur de ces portes était en titane.

Kameru et Ishihn passèrent devant l’employé et entrèrent dans le complexe des cachots. Une rangée de portes métalliques se trouvait sur chaque mur, et un ascenseur se trouvait tout au bout du couloir. Ils approchèrent des gardes devant la porte de l’ascenseur qui s’inclinèrent rapidement.

"Emmenez-moi au niveau Zeta," dit le prince.

Les gardes se regardèrent un court instant.

"Immédiatement," ajouta-t-il.

Ils s’exécutèrent rapidement, ouvrant l’ascenseur et escortant le prince et son ami vers les niveaux les plus bas du Palais. La descente prit plusieurs minutes, car l’ascenseur plongeait à travers une centaine de mètres de sous-sols et de tunnels. Finalement, ils arrivèrent. Un mur de rayons rouges bloquait l’entrée du niveau le plus bas des cachots, et un grand bushi solitaire armé d’un fusil automatique et d’une armure lourde barrait le passage.

"Je dois voir Orin Wake," dit Kameru. "Où est sa cellule ?"

"Sixième porte à gauche, Prince Kameru," répondit le garde. Il tapa un code sur un clavier au mur, désactivant le mur de lasers.

Kameru et Ishihn s’avancèrent dans le couloir. "C’est bizarre," dit Kameru. "Je me demande pourquoi il ne nous a posé aucun problème alors que tous les autres l’ont fait. C’est sensé être le niveau le plus sécurisé de la prison."

"Justement parce que c’est le niveau le plus sécurisé de la prison," rit Ishihn. "Tout ce qui arrive aussi loin a manifestement une bonne raison d’être là."

"Etrange logique," répondit Kameru. Ishihn se contenta de hausser les épaules.

Les cellules à ce niveau de la prison étaient simples. Chacune était une pièce métallique avec trois murs, le quatrième étant apparemment une ouverture sur le couloir. En réalité, le quatrième mur était un puissant enchantement tetsukami. Une mauvaise personne tentant de passer à travers serait violemment déchiquetée par des esprits de l’air et du vide ; et le détenu de la cellule était toujours la mauvaise personne. Aucune des cellules de ce niveau ne contenait de prisonnier, mis à part la sixième cellule de gauche. Dans celle-ci se trouvait un grand homme blond qui gisait sur le sol, replié sur lui-même.

"Orin," dit Kameru, se tenant juste en dehors de la cellule. Seuls les gardes et les Champions eux-mêmes étaient capables de rentrer.

L’homme releva la tête. Son visage barbu était très gravement meurtri. "Kameru," dit-il, "Ishihn."

"Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?" demanda Kameru.

"Je suis un traître," dit-il. "Comme si tu t’en souciais. Ce sont les hommes de Yoritomo qui ont tué mon père et qui m’ont jeté ici."

Kameru jeta un regard à Ishihn, puis vers Orin. "Ton père ?" demanda-t-il, "Qu’est-il arrivé à ton père ?"

"Les hommes de Maiko l’ont tué !" gronda Orin, "Ils ont dit que nous étions un risque pour la sécurité, étant Amijdali et tout ça. Ils ont commencé par mettre notre maison en pièce, à la recherche d’appareils de surveillance. Lorsqu’il a essayé de les en empêcher, ils lui ont tiré dessus et m’ont tabassé."

"Ce n’est pas le style de Maiko," dit Kameru.

Ishihn hocha la tête. "Non, mais elle agit vraiment étrangement ces derniers temps," dit Ishihn, "depuis que Yoritomo l’a désignée comme Capitaine de la Garde provisoirement, à la place de Kyo. Je pense qu’elle essaie d’en faire un peu trop, non ?"

"En faire un peu trop ?" cria Orin, en se mettant péniblement sur ses pieds. "Elle a tué ma famille ! Elle m’a désigné comme un traître ! Par le Sang de Kharsis, elle est devenue complètement folle !"

"Calme-toi," dit Kameru. "La colère ne t’apportera rien. Seul un esprit calme prédomine en temps de crise."

"Ne recommence pas à me raconter ces conneries de ’considération de l’œuf’, Kameru !" dit Orin, en pointant un doigt vers le prince. "Je ne sais pas si c’est à cause de cette émission moine ou de cette fille, mais tu es devenu mou, ces derniers temps. Je suis sûr que tu as pris tout ton temps pour venir t’occuper de moi."

"Je ne l’ai appris qu’aujourd’hui, Orin," dit laconiquement Kameru, contenant à peine sa colère. "Je suis venu ici pour t’aider."

"Oh ?" dit Orin. Il allait et venait dans la cellule, en regardant ses amis de travers. "Et bien, tu sais quoi ? Je ne pense pas avoir besoin de ta foutue aide après tout. Pourquoi est-ce que tu ne t’en vas pas et que tu ne m’envoies pas les sbires de ton père pour me tuer, afin que mon pays puisse avoir une vraie bonne raison de virer cette foutue cité de la carte de manière définitive ? Hors de ma vue !"

Kameru fut offusqué et s’en alla. Ishihn le suivit rapidement. Le prince resta silencieux pendant la remontée entière et pendant qu’il gravissait les escaliers. Finalement, ils arrivèrent dans un grand jardin du palais, où Kameru hurla et donna un coup de pied dans un grand bonzaï mis en pot à côté de lui.

"Kameru, calme-toi," dit Ishihn. "Orin a beaucoup souffert. Tu sais, il ne pensait pas ce qu’il disait."

"Ouais, je m’en doute," répondit-il. Il serrait les poings et son visage était rouge. "Toutefois, je n’ai pas apprécié. J’ai déjà assez de problèmes comme ça, sans que je doive me tracasser de mon meilleur ami qui me menace de détruire mon pays."

"Et bien, en pratique, il ne peut pas vraiment le faire," dit Ishihn. "Il n’est que le fils d’un ambassadeur."

Kameru se tourna vers Ishihn. "C’est notre ami," dit-il avec colère.

"Je sais, je sais, tu crois que je ne suis pas au courant ?" demanda Ishihn, en tendant la main vers lui. "J’essaie juste d’être raisonnable. Qu’est-ce que tu espères, de toute façon ? Ton père ne te laissera jamais libérer un ennemi de l’état."

Kameru pensa pendant un moment, caressant son bouc d’une main. "Sauf si nous arrivons à prouver son innocence," dit-il finalement. "Il y a toujours une voie, si l’âme illuminée prend seulement le temps de le trouver."

"Encore ces conneries de ’considération de l’œuf’," soupira Ishihn.

"Exactement, ’considération de l’œuf’," dit Kameru. "La plus petite pression, la plus petite friction peut craquer l’œuf. Tu as dit que c’était Kitsune Maiko qui a ordonné l’arrestation d’Orin ? Et qu’elle agissait étrangement."

"Ouais," dit Ishihn.

"Alors, garde un œil sur elle," répondit Kameru. "La prochaine fois qu’elle fait un truc bizarre, quelque chose d’étrange, dis-le moi. J’en parlerais à mon père. On va essayer de la discréditer et Orin sera libéré."

"Ca pourrait prendre un certain temps," dit Ishihn.

"Orin n’ira nulle part entretemps," répondit Kameru. "Pendant ce temps, j’essaierai de parler à mon père. Si je peux." Kameru jeta un regard à sa montre. "Ça me rappelle que je dois le rencontrer. Ryosei a disparu depuis un certain temps et il veut me parler de ça, comme si je savais quelque chose. On se voit plus tard, Ishihn."

"Ok, à plus, Kameru," répondit Ishihn.

Kameru quitta le jardin à la hâte. Ishihn se rapprocha d’un des bancs et s’assit, observant un petit étang. "Qu’est-ce que je peux faire contre la Championne de Jade ?" se dit-il.

"Rien," lui répondit-on.

Ishihn se retourna rapidement pour voir un homme qui se tenait au bord du jardin. Il portait un pull noir, un pantalon et des lunettes de soleil. Une paire de grands pistolets noirs étaient placés dans des holsters à sa ceinture.

"Kyo !" haleta Ishihn. "Vous êtes-"

"Mort ?" finit-il avec un sourire. Il mit ses mains dans ses poches et avança lentement vers le shugenja de la Mante. "Ou peut-être ai-je juste disparu. Je ne sais pas exactement ce que le Scorpion a pu raconter. C’est quoi, l’histoire actuelle sur moi ?"

"Vous avez disparu depuis deux semaines," dit Ishin, en se mettant sur ses pieds et en observant le Guêpe avec attention. "L’Empereur veut vous voir immédiatement lorsque vous serez revenu."

"Je pensais le faire," gloussa Kyo. "Toutefois, je ne peux pas croire que le Scorpion n’en a pas dit plus sur moi. Les plans du Briseur d’Orage sont de toute façon bien trop importants. Je suppose que je ferais mieux de rester encore mort pour l’instant."

"Le Briseur d’Orage ?" demanda Ishihn. Il commença à se concentrer, pour invoquer le pouvoir de l’éclair en lui.

"Oui, l’homme qui mettra Rokugan à genoux," sourit Kyo en retirant ses lunettes. Derrière elles, ses yeux étaient comme deux puits d’un noir d’encre. "Il est celui devant qui se soumettront Fu Leng, Ishak, Junzo et Akuma. Il se débarrassera de ces fous sans intérêt. Il est l’homme qui a déjà détruit Yoritomo VI et qui détruira bientôt Yoritomo VII. Il est mon maître."

"Dommage qu’il n’ait pas pu trouver un meilleur partisan !" cria Ishihn, en lançant une main en avant et libérant un éclair d’électricité sur le Guêpe.

La lumière de l’éclair se dissipa et Kyo semblait ne pas avoir été affecté. "Tsk," dit-il, "Les gardes auront sûrement entendu ça. Maintenant, je vais devoir conclure cet entretien et jouer mon rôle dans la destruction de la vie de Kameru."

Kyo sortit ses deux pistolets et tira six fois avant qu’Ishihn ne réalise vraiment ce qu’il se passait.

"Ça inclut la destruction de ses amis, d’ailleurs," dit Kyo, en s’agenouillant devant le corps. Il se recula ensuite dans les ombres et il n’y eut plus que le vide.

A suivre...



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