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Rokugan 2000

Episode V

Les Leçons du passé

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

lundi 13 juillet 2009, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode IV, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

Mojo s’assit à sa table et prit une autre boisson. Il promena calmement son regard dans le bar autour de lui, se demandant ce qui pouvait prendre autant de temps. La petite serveuse approcha de la table, une fois de plus, son joli visage était assombri.

"Salut," dit Mojo avec un grand sourire, en s’appuyant confortablement contre le dos de sa chaise, "aurais-je de la chance ?"

"Je suis désolée, monsieur," dit la serveuse en gardant les yeux vers le sol, "Hachami est encore indisposée, elle ne pourra pas venir avant une heure."

Mojo secoua la tête. "C’est moche," dit-il, "Le Parc sera fermé, à ce moment-là."

"Je suis désolée," répondit la serveuse, "Peut-être pourriez-vous essayer à nouveau demain ?"

Mojo reposa son verre avec un soupir irrité. "Vous m’avez dit presque la même chose chaque jour de cette semaine. Quand est-ce que Hachami ne sera plus indisposée ?"

"Je ne sais pas, monsieur," dit calmement la serveuse, "Vous désirez une autre boisson ?"

"Non," dit Mojo d’un ton catégorique, "Je crois que je vais juste m’en aller."

La serveuse hocha la tête et présenta l’addition à Mojo ; elle l’avait déjà en main. Mojo sortit un billet de vingt hyakurai et lui tendit. "Gardez la monnaie," dit-il en se redressant. Il tira sur sa veste et ramassa son sac. Il sortit dans la maison de saké et se retrouva à la rue. Tout autour de lui, les lumières brillantes du Labyrinthe Bayushi scintillaient et étincelaient dans les ténèbres et il pouvait entendre la musique d’un carrousel venant de quelque part. À une heure du matin, il restait peu de personnes dans le parc, et elles s’entassaient en groupes pour rejoindre rapidement la rue, le parking et leurs maisons.

Mojo remarqua un garde Bayushi qui se tenait debout sur un toit, de l’autre côté de la rue, son armure rouge et noire scintillant sous les lumières des néons. Par curiosité, il s’écarta de la rue et jeta un coup d’œil rapide au sommet du Salon. Un autre garde se tenait là, l’air vigilant. Mojo examina les autres bâtiments de l’endroit, et un Scorpion se tenait sur le toit de chacun d’eux.

"Il y a quelque chose de louche, ici," se dit-il. Le personnel en général semblait être entouré d’une aura de crainte, récemment, avec des manières forcées dans leur service habituellement amical et poli ; des manières qu’ils n’avaient pas auparavant. Si on comptait en plus la sécurité du parc qui avait été intensifiée, on pouvait dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le Labyrinthe Bayushi. Il s’assit sur un banc proche avec une vue dégagée sur le Salon, pour réfléchir.

Mojo réalisa, au fond de lui, que tout ceci n’était pas ses affaires, quoi qu’il se passe. Il était, après tout, un Phénix avec des devoirs importants dont il lui fallait s’occuper. Le meurtrier d’Asa n’avait toujours pas été amené devant la justice. Ça dérangeait beaucoup Mojo, mais il n’avait ni le temps, ni les moyens d’investiguer. La plupart de ses heures en journée étaient consacrées à veiller sur l’intelligente et aventureuse fille d’Isawa Asa, Sumi, qui ne semblait pas comprendre pourquoi elle avait particulièrement besoin d’un garde du corps.

Le Scorpion sur le toit du Salon inclina la tête mollement, à moitié endormi. Mojo était dans l’allée derrière le Salon avant même qu’il ne réalise ce qu’il était en train de faire.

La seconde fenêtre en partant de la gauche, au rez-de-chaussée, était celle d’Hachami. Il n’y avait aucun escalier de secours aux fenêtres de derrière qu’il aurait pu emprunter, justement pour que ce genre de choses n’arrive pas. Mais qu’importe, il était un Phénix. Il pouvait s’adapter. Mojo ouvrit son sac et en sortit le harnais métallique assez léger qui se trouvait à l’intérieur. Dès qu’il fut solidement attaché, un tube métallique s’éleva dans son dos et fut prolongé perpendiculairement par trois hélices, à trente centimètres au-dessus de la tête de Mojo.

"Monter," dit-il simplement.

Le mini-gyrocoptère vrombit en prenant soudainement vie, les hélices se mirent à tourner et fendirent l’air, élevant tout doucement le samurai au-dessus du sol. Il flotta jusqu’à la fenêtre d’Hachami et observa l’intérieur de sa chambre. Il faisait sombre. Mojo sortit une paire de lunettes de sa ceinture et les revêtit, éveillant le kami qui se trouvait à l’intérieur des lentilles en murmurant un mot. La pièce sombre s’illumina avec des reflets de lumière verte dans les yeux de Mojo.

La pièce était vide. Entièrement vide. Il ne restait même plus de meubles.

"Je n’arrive pas à le croire," murmura Mojo.

"Amusant," dit une voix au-dessus de lui, "C’est justement ce que j’étais sur le point de dire."

Mojo leva les yeux. A deux mètres de lui, sur le toit, un grand type en costume noir pointait un très gros pistolet dans sa direction.

"Bonjour," dit Mojo, incapable d’imaginer ce qu’il pourrait dire d’autre sans se faire tirer dessus.

"Par l’enfer, tu vas monter ici et couper ce stupide gyrocoptère," ordonna le Scorpion.

Mojo obéit rapidement, volant jusqu’au toit et ordonnant au gyro de se replier dans son dos une fois de plus. Le Scorpion pointait toujours le pistolet dans sa direction. Mojo remarqua qu’il portait un masque en caoutchouc représentant un éléphant souriant.

"Joli masque, Scorpion", dit Mojo d’un ton indifférent.

"Jolies plumes, Phénix," dit le Scorpion, indiquant le panache de plumes jaunes qui se trouvaient sous les manches du manteau de Mojo, "Qu’est-ce que tu croyais faire, là en bas ?"

"Juste jeter un coup d’œil," dit Mojo, "Je suis Shiba Mojo, un ami d’Hachami. Je ne suis pas parvenu à voir Hachami depuis plus d’une semaine et j’étais inquiet pour elle. Je suppose qu’elle est partie."

"Je suis Zou, chef de la sécurité, ici," répondit le Scorpion, "Je ne pense pas avoir besoin de ton aide."

"Vraiment ?" Répondit Mojo en souriant, "A la manière dont vous avez disposé vos mercenaires dans le coin, on dirait que vous pourriez avoir besoin de l’aide de quelqu’un."

"Ecoute, Phénix, j’ai eu une mauvaise journée," grogna le Scorpion, tirant sur le chien de son pistolet, "Ne me tente pas."

"Je n’oserais même pas en rêver," dit une voix derrière lui.

Zou hésita, réalisant qu’il s’était fait avoir. La personne en face de lui, celui qu’il pensait être le Phénix, vacilla et disparut. Le vrai Mojo apparut à côté de lui, comme une vieille télévision qui s’allume. Le katana du Phénix reposait sur la nuque de Zou.

Zou sourit derrière son masque. "Crois-tu que tu pourras me découper assez pour me tuer, avant que je ne puisse te tirer dessus ?" Demanda-t-il, "Tu ferais mieux d’en être sûr."

"En fait, je ne souhaite pas te tuer," répondit Mojo, "Je trouve simplement qu’il est ennuyeux de discuter avec quelqu’un lorsqu’il pointe un pistolet sur vous. Tu es celui qui envoyait tout le temps des fleurs à Hachami, pas vrai ? Elle parlait beaucoup de toi."

Zou relâcha le chien de son pistolet. "Tu la connaissais ?" Dit-il.

Mojo baissa son katana. "C’est une bonne amie," dit-il, "J’ai l’habitude de lui rendre visite chaque semaine. C’est la seule personne que je connaisse ici en ville avec qui je peux parler de l’Opéra Shiba."

"L’Opéra ?" Demanda Zou, perplexe.

Mojo haussa les épaules. "J’ai des goûts très éclectiques. Où est-elle ?"

Zou rangea son pistolet dans sa gaine. "Morte," dit-il tristement, "Assassinée."

Le visage de Mojo devint pâle. Il ne parvenait pas à imaginer une chose pareille. Hachami était la personne la plus gentille et la plus intelligente qu’il ait jamais rencontré. Elle était totalement différente du moule du Scorpion typique. Tout le monde semblait l’apprécier. Et elle était une des rares personnes à connaître suffisamment Mojo pour savoir qu’il n’était pas le type imbécile et lubrique pour lequel il se faisait passer aux yeux des gens.

"Pourquoi ?" Dit simplement Mojo.

"J’aimerais le savoir moi-même," répondit Zou, marchant jusqu’au bord du toit et fixant la grande roue. Mojo remarqua qu’une des cabines de la roue manquait. "Je viens souvent ici, en espérant que le tueur reviendra et que je pourrais m’arranger avec lui personnellement. J’ai entendu que tu posais des questions dans le Salon, alors j’ai attendu jusqu’à ce que tu sortes et puis j’ai fais semblant de dormir en espérant que tu viendrais jusqu’ici. Mais je connais les yeux d’un tueur et tu n’es pas un tueur."

Mojo s’avança jusqu’au bord du toit, à côté du Scorpion, silencieux pendant un moment tandis qu’il réfléchissait. "Est-ce que tu as d’autres pistes ?" Demanda-t-il, "Avez-vous appelé la police ?"

"La police et les Scorpions, ça ne fait pas bon ménage," ricana Zou, "Je crains que les Licornes ne soient trop intéressés par d’autres choses qu’ils pourraient découvrir dans le Labyrinthe que pour s’intéresser au meurtre d’Hachami. Mon maître préfère ne pas leur donner cette excuse. C’est une affaire Scorpion. D’autant plus que cinq autres personnes en plus d’Hachami ont également été tuées. Mon maître dit qu’il a vu l’assassin, et qu’il n’est pas humain. Je ne sais pas quoi penser. J’ai déjà vu pas mal de choses étranges, mais un monstre ?"

"Je ne tirerais pas de conclusions trop vite, si j’étais toi, Scorpion," dit Mojo, "J’étais au cœur de l’explosion de l’Hôpital de la Miséricorde du Phénix, hier, et tu ne croirais pas en ce que j’ai vu."

"Qu’est-ce que tu veux dire ?" Demanda l’homme de main, se tournant pour examiner le Phénix.

"Tsukai," Mojo cracha le mot, "Ils ont invoqué une bête de Jigoku pour tuer les patients. On ne l’a pas annoncé dans les médias pour ne pas effrayer le public, mais je sais ce que j’ai vu. La chose a failli me tuer."

Zou fixa Mojo pendant un long moment. "Tu dis la vérité, Phénix ?"

Mojo se contenta d’acquiescer.

Zou tourna le regard vers le parc, à nouveau, croisant ses grands bras sur sa poitrine. Finalement, il reprit la parole. "Si tout ceci est vrai, alors je dois tuer cette chose. Il s’agit de mon devoir envers mon maître, envers le parc et envers la mémoire d’Hachami. Shiba, je n’ai pas été entraîné à me battre contre de telles choses. Si je la traque moi-même, je vais sûrement mourir." Il ne dit rien d’autre, mais continua à fixer le Labyrinthe d’un air grave. Mojo savait que l’homme de main serait trop fier que pour lui demander de l’aide, et qu’il ne ferait rien pour mettre le Clan du Scorpion en position de devoir une faveur à quelqu’un.

"Tu n’y verrais pas d’inconvénients si je me joignais à toi, n’est-ce pas, Zou ?" Demanda Mojo en souriant.

Le Scorpion acquiesça. "Reste simplement en dehors de mon chemin," répondit-il.


Dans le clair ciel d’hiver d’Otosan Uchi, la tour Dojicorp, faite d’argent et de saphir, étincelait froidement. Le vieil homme s’imagina que Doji Meda était quelque part à l’intérieur, dans les niveaux les plus hauts, contemplant le paysage en dessous de lui avec dédain. Il maudit Doji Meda. Il maudit Dojicorp. Il maudit le Clan de la Grue. Et il maudit… il se maudit lui-même. Autant il voulait haïr Kamiko, autant il ne parvenait pas à s’y résoudre. Après tout, si elle était trop brave, trop imprudente, trop rebelle au goût de son père, alors qui fallait-il blâmer si ce n’est l’homme qui l’avait élevée ?

Mais tout était terminé, maintenant. Jinwa tourna le dos à Dojicorp et s’enfonça dans les rues, les mains glissées dans les poches de son manteau, en quête de chaleur. La semaine dernière avait été un cauchemar. Un simple cauchemar. Dojicorp n’avait pas perdu de temps pour réduire la réputation et les possessions de l’ancien sensei à néant, l’expulsant de sa maison et le chassant de sa famille, et surtout le laissant seul aux prises avec l’hiver. Il était un rônin, maintenant, avec rien de plus que les vêtements qu’il avait sur le dos. Son katana était resté dans ses appartements initiaux, brisé, pour qu’il se souvienne du prix de son échec.

Meda lui avait interdit de commettre le seppuku, forçant Jinwa à vivre avec sa honte. Mais Jinwa ne se serait peut-être pas tué sans se poser de question. Une partie du bushido pragmatique de Kamiko avait déteint sur lui avec les années, et quelque part, au fond de lui, la vie de rônin avait toujours eu un certain attrait. Il avait toujours particulièrement apprécié les histoires aventureuses de Ginawa, le rônin qui se battit toujours malgré les difficultés et jamais pour gagner une récompense ou de l’honneur. Un homme avec un passé bouleversé et un futur incertain. Un homme qui commença par tracer un chemin fait de sang et de vengeance, et qui, dans sa quête, retrouva son honneur et devint un héros. Il y avait une certaine pureté assez séduisante, dans cette histoire. Eh bien, il y en aurait peut-être pour Jinwa s’il n’était pas si vieux et en train de geler à cause du froid mortel. Il n’était pas sûr qu’un vieil homme sans foyer puisse être séduisant. De quel intérêt pourrait-il être pour quelqu’un, de nos jours ? Qui voudrait d’un rônin détrempé ?

Le hurlement des sirènes retentit à l’angle d’une rue, et un groupe de motos Otaku rugissantes dévalèrent la rue pour rejoindre le lieu d’un crime, quelque part. Jinwa sourit. Elles étaient tellement jeunes, tellement attachées à leur but. Dans sa jeunesse, il avait été un soldat, prompt à se jeter au combat, toujours prêt pour frapper les ennemis de la Grue. Le zèle de la jeunesse avait disparu chez lui, pour être remplacé par une loyauté solide et immuable. Ou du moins, ce qu’il pensait être une loyauté immuable. Il était incroyable de voir comment quelque chose comme ça pouvait s’estomper si rapidement, complètement disparue à présent. Maintenant, il détestait la Grue.

Mais détestait-il réellement son Clan ? Si Meda revenait à lui maintenait et lui offrait de reprendre son ancienne position, Jinwa se demanda s’il hésiterait à le faire.

Soudain, il sentit une pointe acérée sur son épaule, et Jinwa se retourna pour fixer la lame d’un wakizashi. Une vie d’expérience avec des lames lui permit de voir qu’il s’agissait d’une bonne lame, de fabrication Shinjo. Un jeune homme souriant au crâne rasé la tenait, un Bishonen. Le vieux rônin put dire que le garçon était très confiant en lui, mais n’était pas très doué.

"Ton portefeuille, grand-père. Tout de suite," dit le jeune d’un faux ton poli.

Jinwa acquiesça, tira son porte-monnaie de sa poche, et le tendit au jeune homme. Le Bishonen lui arracha des mains avec sa main libre, et regarda à l’intérieur avec une grimace. "Seulement dix ?" Il cracha. Jinwa haussa les épaules. Le Bishonen le frappa sur le côté de la tête avec la garde de son épée et Jinwa s’effondra sur le trottoir.

Jinwa attendit jusqu’à ce que l’homme partit, puis s’assit sur le ciment, en fixant Dojicorp. Il se maudit pour sa couardise. Il y a dix ans, il ne se serait jamais comporté comme ça. Par les Fortunes, dix minutes plus tôt, il ne se serait jamais laisser faire. Il aurait dû défendre sa vie et son honneur. Mais maintenant, il n’avait plus de vie, et plus d’honneur. Pourquoi se serait-il défendu ? Il se demanda si Ginawa lui-même s’était un jour posé la même question.

Jinwa se remit sur ses pieds. Il était toujours souple, malgré son âge avancé, en excellente condition physique pour un homme de quarante-six ans, mais il était prudent. Il toucha sa tempe, et ne sentit pas de sang, malgré le fait que l’homme l’avait frappé d’un bon coup. Son portefeuille se trouvait dans une poubelle proche. Il le remit dans sa poche et reprit sa marche, s’écartant du spectre ricaneur de Dojicorp.

"Au secours !" Cria une voix de fille.

Jinwa se tourna en direction de l’allée, où le Bishonen avait fuit. Ce n’était pas ses affaires. Comment pouvait-il faire la différence ? Il s’avança malgré tout dans l’allée. Le vieux rônin marcha prudemment entre les immeubles, et observa derrière l’angle d’une rue. Le même Bishonen qui l’avait dévalisé et frappé était là, bousculant une jeune fille. Il la fit tomber à terre, dans les ombres de l’allée et il déchirait ses vêtements d’une main en tenant son wakizashi de son autre main.

Jinwa ne savait pas comment ce tuyau était arrivé dans sa main, seulement qu’il était là, et qu’il avait à peu près la même taille et le même poids qu’un katana. Il était en colère.

"Stop !" Dit-il d’une voix un peu plus forte que prévue.

Le Bishonen lui lança un coup d’œil. "Je me suis déjà occupé de toi, grand-père. Va-t-en." Il se tourna à nouveau vers sa victime.

"Tu n’as jamais commencé à t’occuper de moi, minable," rugit Jinwa. Il frappa la descente de la corniche avec son tuyau, créant ainsi un bruit sourd et métallique.

Le Bishonen se retourna brusquement, ses lunettes de soleil glissèrent de son visage. Il poussa de côté la fille et avança vers le vieux rônin. "Ok, vieillard. Tu l’auras voulu."

Le visage de Jinwa était froid, impassible, mais il était effrayé intérieurement. Il était assez vieux pour être le père de ce garçon, et il n’avait pas d’arme convenable. Il se fia au vide et à son instinct, de la manière qu’il avait toujours apprise et mise en pratique. Le vieil homme fit un pas gracieux en arrière, cessant soudain d’avoir l’air âgé alors qu’il balayait l’air avec le tuyau, en accomplissant un arc de cercle très fluide, et puis il rangea son tuyau à sa taille, à la manière d’une épée dans son fourreau. Le Bishonen s’interrompit un instant, surpris par la vitesse de Jinwa.

Et à ce moment, tout fut terminé. Le cœur du vieux rônin était tel le Feu, ses muscles coulaient d’un puissant courant comme l’Eau, sa lame abritait la force de la Terre et son coup eut la rapidité de l’Air. Malgré son arme grossière, ce fut un des coups les plus purs et les plus parfaits qu’il ait jamais donné. Le Bishonen tomba dans un tas d’immondices, les deux avant-bras brisés et il lâcha le wakizashi, que Jinwa attrapa en plein vol.

Le Bishonen hurla et pleura de douleur, luttant au milieu des poubelles métalliques et des sacs en plastique. Jinwa l’ignora, glissant le wakizashi sous sa ceinture, et aida la jeune fille à se remettre sur ses pieds.

"Vous allez bien ?" Demanda-t-il.

"Oui," dit-elle nerveusement. Son maquillage coulait avec ses larmes, et ses vêtements étaient en lambeaux. Jinwa lui donna son manteau pour se couvrir, et l’accompagna jusqu’à son domicile, pour s’assurer de sa sécurité.

Alors qu’il émergeait de l’immeuble quelques minutes plus tard, le ciel semblait plus clair. Il plia le manteau sur son bras, vu que le froid ne le dérangeait plus. Il lui donnait l’impression d’être vivant. Il chercha du regard les flèches de Dojicorp, mais il ne parvint pas à les trouver.

"C’est chouette de se sentir capable de faire une différence, pas vrai ?" Dit une voix.

Jinwa se retourna, curieux mais pas effrayé. Deux hommes l’attendaient, debout sur le trottoir. L’un des deux était petit et robuste, avec une barbe épaisse et un étrange cache œil métallique devant son oeil droit. L’autre était grand, pâle, et mince, avec de longues tresses dans ses cheveux et des lunettes-miroir. Les deux étaient vêtus de longs manteaux noirs, avec un symbole étrange sur la manche, un loup hurlant. Ils portaient tous les deux des épées à la ceinture.

"Qui êtes-vous ?" Demanda Jinwa.

"Des amis," dit le grand homme d’une voix douce, "Nous aimerions vous inviter pour manger. Et ne faites pas le fier," gloussa-t-il, "Les gens comme nous ne peuvent jamais se permettre de manquer un repas gratuit."

"Très bien," dit Jinwa, et quelques minutes plus tard, il dégustait un hamburger un peu gras dans un petit café proche. L’homme borgne se servait dans un panier de fromages couverts d’oignons, tandis que le grand se contentait de siroter une coupe de thé.

"Alors, qu’est-ce que voulez ?" Dit Jinwa. Des années de vie en tant que Grue lui avaient appris à mener ses affaires clairement et d’aller directement à l’essentiel.

Le borgne mâcha et avala. "La paix," dit-il, "La Justice. L’excitation. Ce genre de chose," sourit-il, mais c’était un sourire dangereux, "Les rues sont des endroits mortels, pour les gens normaux, mon ami. Nous vivons vraiment une époque désespérée, et les Clans Majeurs ne se soucient même pas du peuple qu’ils disent protéger."

"Hai," répondit Jinwa, "Je suis en train de l’apprendre."

"Et avec le Clan de la Sauterelle et les Bishonen qui deviennent de plus en plus forts, les rues ne seront bientôt plus sûres pour personne," ajouta le borgne d’un ton grave.

"Dites-moi," dit le grand homme, qui portait toujours ses lunettes noires et qui ne semblait regarder personne en particulier, "Jusqu’à quel point connaissez-vous l’histoire ? Avez-vous étudié la Guerre des Clans et le Jour des Tonnerres ?"

"Un peu," dit Jinwa.

"Donc, vous vous souvenez qu’il y eut un temps où les problèmes des Clans étaient devenus plus importants que les problèmes du peuple, où même les gens du peuple devaient porter leurs fardeaux."

"Vous n’êtes pas en train de suggérer une sorte de révolution, n’est-ce pas ?" Demanda Jinwa avec attention.

Le borgne rit, la bouche grande ouverte. "Rien de cette sorte," marmonna-t-il, puis il avala avant de continuer. "Nous suggérons simplement que l’histoire ne cesse de se répéter. Nous avons besoin aujourd’hui de ce que nous avions alors. Une bande de bons à rien, prêts à se dresser contre le chaos. Les oubliés, les sous-estimés, le dernier espoir."

"Je parie que vous parlez de Toturi," dit Jinwa, reconnaissant finalement le loup de leurs manches.

Le grand homme sourit. "Nous aimons le croire. Bien sûr, nous ne sommes pas aussi importants ou aussi bien organisés que l’Armée de Toturi originale, mais c’est l’exemple que nous suivons dans nos vies. Nous suivons les traces de nos ancêtres, en allant même jusqu’à prendre les noms des héros qui voyageaient avec le Tonnerre du Clan du Lion, Toturi. Je suis Tokei et mon ami ici se fait appeler Dairya."

Dairya refit à nouveau son dangereux sourire. "Nous avons vu ce que vous avez fait plus tôt avec le Bishonen," dit-il, "Nous étions sur le point d’intervenir nous-même, et puis nous avons vu que vous aviez la situation sous votre contrôle. Vous avez le talent et l’esprit que nous recherchons. Nous serions honorés si vous nous rejoigniez."

"Eh bien, je ne sais pas," dit Jinwa, le regard fuyant, "ça semble vraiment merveilleux, et il me semble improbable qu’une telle opportunité me soit offerte à nouveau. Mais je suis bien trop vieux."

"Bien sûr, vous êtes trop vieux," répondit Dairya, "Et moi, je suis trop cinglé et Tokei est trop ivre." Tokei tiqua, secoua la tête de dédain, et but encore un peu de café. "Personne n’est parfait. Alors, vous en êtes ou pas ?"

Jinwa réfléchit pendant quelques secondes. "J’en suis."

Tokei et Dairya hochèrent de la tête en se regardant, satisfaits. Puis Tokei parla, "Nous ne vous avons pas encore demandé, mon ami… Quel est votre nom ?"

Jinwa sourit. "Appelez-moi Ginawa."


Daniri s’assit à la fenêtre, ajustant la caméra pour qu’il puisse avoir une vue dégagée sur la rue sans que lui-même puisse se faire voir. Il avait une vue magnifique sur le repaire secret du Clan de la Sauterelle, d’où il était. Ironiquement, les techno-terroristes s’étaient installés dans un vieux magasin abandonné de matériel électronique.

Daniri ouvrit un sac brun et en sortit le dernier de ses sandwiches. Vu que des gens allaient et venaient, cette planque était pas mal du tout. Il avait fait des repérages dans des quartiers encore pires que celui-ci, et il savait depuis longtemps déjà qu’il ne fallait pas avoir confiance dans les gens qui faisaient à manger dans le coin, et qu’il était préférable d’amener sa propre nourriture. De plus, il faisait des sandwichs vraiment bons, après avoir travaillé aussi longtemps dans un bar à sushi.

Il regarda sa montre et jura. Il aurait voulu avoir plus de temps. Il allait devoir quitter sa surveillance de ce matin dans une heure, et il n’avait toujours vu aucun signe de son frère. Il allait devoir laisser une cassette dans sa caméra et la laisser tourner. Quelque chose se mit à sonner dans sa poche, Daniri sortit son téléphone cellulaire et étendit l’antenne. "Oui ?" Répondit-il.

"Salut, Daniri," dit une voix de femme amusée, "C’est Kochiyo. Vous m’avez appelée ?"

"Ouais, et en parlant de ça," dit Daniri d’un ton faussement mécontent, "J’ai eu pas mal d’ennuis pour trouver votre numéro de téléphone, et vous ne répondez même pas."

"Quels ennuis ?" Dit-elle, "Daniri, je suis dans l’annuaire. En plus, je suis une fille occupée."

"L’annuaire ?" Demanda Daniri. "Les Akodo ne savent pas lire. Vous ne le saviez pas ?"

"Hé, qu’est-ce que vous faites, ce soir, Daniri ?" Demanda-t-elle soudain.

"Heu…" Daniri jeta un regard au magasin de matériel électronique. "Je ne sais pas encore. Pourquoi ?"

"Et bien, ça manquait d’enthousiasme," rit-elle, "Daniri, j’ai l’impression qu’il y a quelqu’un d’autre dans votre vie."

"En fait, il y a maman," dit-il, "Et ma metteur en scène. Oh, et les pom-pom girls des Daidoji Steelboys, bien sûr."

"Bien sûr. Et bien, que diriez-vous de sortir pour dîner, ce soir ? C’est moi qui invite."

Daniri hésita. S’il acceptait, il manquerait une bonne partie de la nuit pour sa surveillance, et il raterait peut-être son frère. S’il refusait, elle pourrait se demander pourquoi… sans mentionner le fait qu’il n’avait pas envie de se fâcher avec Kochiyo, ni envie de lui confier son secret. Il vérifia sa caméra. Il avait encore beaucoup de cassettes. Il devrait juste essayer de revenir tôt ici, pour qu’il ne rate pas plus que nécessaire et qu’il puisse avoir le temps de revoir les cassettes.

"D’accord," dit-il, "Je passe vous prendre à sept heures."

"Génial," dit-elle.

"Où dois-je venir vous prendre ?"

"Je suis sûre que vous parviendrez à le découvrir tout seul," dit-elle, et raccrocha.


Saigo se rassit sur le divan et laissa les vagues l’emporter. Les sensations n’étaient plus aussi fortes, aussi intenses que la première fois, il y a longtemps, et les effets étaient à chaque fois moindres. Il se demanda ce qu’il devrait faire lorsque les drogues cesseraient complètement de l’affecter. Il ne savait comment il serait en mesure de s’affronter lui-même.

La chambre de Saigo était petite et plutôt encombrée. Le décor était généralement sombre et triste, avec des posters de groupes de heavy metal qui traînaient sur les murs. Des chandelles brûlaient sur la petite table et une chaîne stéréo portable diffusait une mélodie plaintive et tourmentée, dans le coin de la pièce.

Saigo pencha la tête en arrière et se frotta les yeux avec deux doigts, laissant l’aiguille lui échapper des mains et tomber par terre. Il oublia le futur pendant un petit instant, oublia le passé, et cessa de se tracasser à propos du présent. L’âme du jeune prophète était en paix.

"J’ai horreur de te déranger, mon fils," dit une voix rude, "après tout, tu sembles tellement content dans ce monde de dépendance. Toutefois, nous avons beaucoup de choses à faire aujourd’hui et peu de temps."

La tête de Saigo se redressa. La pièce était vide. Son propriétaire était censé être parti pour toute la matinée, et Saigo vivait seul. D’où avait pu venir la voix ? Etait-ce la drogue ? Le Lait de Daikoku ne l’avait jamais fait halluciner auparavant. Est-ce qu’Oroki lui avait donné un mauvais paquet ?

"Le Scorpion n’est pas responsable de ta propre folie, mon fils," dit la voix à nouveau, pleine de malice et moralisatrice, "Finalement, le seul à porter la responsabilité de ta misère, c’est toi."

Saigo loucha dans la direction de la voix. Avec horreur, il réalisa qu’il pouvait discerner les contours brumeux d’un visage, suspendu dans les airs. Les yeux étaient plissés et cruels, irradiant d’une légère aura rouge. La bouche était une fine ligne sans lèvres. Tandis que Saigo le fixait, le visage devint plus solide, et un corps apparut lentement sous le visage. L’étranger avait la tête rasée, surmontée d’une couronne de cristal rouge. Une ancienne robe de couleur rouge et orange pendait sur son corps, déchirée et noircie, comme si elle avait brûlé. Le mon du Phénix brillait sur sa manche gauche, mais d’une couleur indigo profond, au lieu de sa couleur ardente habituelle.

"Qui êtes-vous ?" Haleta Saigo.

L’esprit ricana. "J’ai le privilège plutôt douteux d’être ton ancêtre, Saigo. Je suis venu pour te guider. Lors de ma vie, je m’appelais Tsuke."

"Isawa Tsuke !" Dit Saigo en riant. Il devait être en train de délirer. Isawa Tsuke était un monstre, un fou, une histoire qu’on raconte aux jeunes enfants Phénix pour les effrayer. Il n’était pas réel. "Ok, qui est derrière tout ça ?" il jeta un regard autour de lui, "C’est une blague ?"

Tsuke grogna, révélant des gencives noircies et des dents parfaitement blanches. "Fou," cracha-t-il, "Tu me dégoûtes. Tout comme le reste de ton Empire décadent. Ce n’est pas le Rokugan que je connaissais. Comment peux-tu t’attendre à préparer le futur si tu n’es même pas capable de te souvenir de ton passé ?"

L’esprit s’approcha de l’unique minuscule fenêtre et observa les rues d’Otosan Uchi. "Pour ton information, mon fils, je suis vraiment Isawa Tsuke, je suis vraiment ton ancêtre, et je suis vraiment très, très réel."

Il se retourna pour fixer le regard de Saigo, ses yeux rouges brillaient intensément. "A mon époque, j’étais le Maître du Feu. A mon époque, j’étais aussi un des plus grands maho-tsukai qui fut jamais connu. Oh, j’avais les meilleures des intentions et j’avais du mal à réaliser à chaque instant que c’était de la maho, mais j’utilisais la magie noire malgré tout. Lors de la Guerre des Clans, les Maîtres Élémentaires étudièrent tous les secrets de l’Outremonde dans l’espoir de le détruire, mais nous avons tous succombés aux ténèbres, même le Tonnerre du Phénix, Tadaka. Je fus le premier à succomber à la folie de Fu Leng. J’ai tué mes frères et mes sœurs. J’ai tué mon propre Champion avec ma magie, et j’ai attaqué les Maîtres Élémentaires en faisant l’éloge du Dieu Sombre." Saigo étaient enfoncé dans le divan, en proie à la peur.

"J’ai tué des millions de membres de mon clan," dit Tsuke, flottant au-dessus du sol en direction du prophète, "Des millions. Et je le fis avec une grande allégresse, et sans aucun remord. Je suis l’un des personnages les plus craints et les plus haïs dans l’histoire de Rokugan, et c’est tout à fait normal."

La bouche de Saigo était sèche. L’esprit était empli de haine contenue et de fureur. Le jeune prophète savait que tout ceci était réel. Bien que les esprits des ancêtres étaient soi-disant bienveillants et secourables par nature, Saigo n’était pas capable de faire autre chose que de craindre pour sa vie.

"Mais alors, Tadaka…" le regard de Tsuke devint distant et triste. "Tadaka fit ce que personne d’autre ne pouvait faire. Il porta un coup contre moi dont même Fu Leng ne pouvait me protéger. Saigo, tu sais ce qu’il a fait ?"

"Non," marmonna Saigo.

"Il m’a pardonné," répondit Tsuke, "Tandis que ma vie s’en allait, il prit ma main carbonisée et encore brûlante, la main avec laquelle j’avais projeté les flammes qui tuèrent Uona, Tomo et Ujimitsu quelques instants auparavant. Et alors que mon âme souillée et folle se préparait pour le dernier voyage, Tadaka eut le courage de se souvenir de moi tel que j’avais été, et il me pardonna pour ma faiblesse. Avec cet acte désintéressé, mon âme fut arrachée à l’emprise de Fu Leng." Les yeux de l’esprit redevinrent clairs, aiguisés et orientés vers le jeune Phénix. "Comprends-tu à présent pourquoi je suis venu ?"

"Est-ce à cause de ma prophétie ?" Demanda Saigo.

Tsuke sourit, légèrement, et seulement pendant un instant. "Exact. Tu es peut-être bien mon descendant, après tout. Je suis venu pour t’apporter un peu de perspective et peut-être m’amender en partie pour mes propres crimes, en faisant de la sorte. Si j’avais su à l’époque tout ce que je sais maintenant, je ne me serais certainement jamais aventuré sur le chemin des Ténèbres. Je peux peut-être aujourd’hui t’empêcher de faire la même erreur."

"Est-ce à propos des drogues ?" Demanda Saigo.

Tsuke lança un regard à la boite d’aiguilles à moitié vide qui se trouvait sur le sol. "En vérité, non," dit Tsuke d’un ton neutre, "Bien que je désapprouve cet acte, je sens beaucoup de douleur en toi, Saigo. Tu dois faire ce que tu peux pour trouver la force de continuer. En vérité, les drogues ont rendu possible la communication entre nous, étendant tes perceptions d’une manière que je ne parviens pas à comprendre tout à fait. Mais la leçon que je t’apporte est bien plus importante." Il lui tendit une main, couverte d’une mince couche de suie. "Maintenant, prends ma main, Saigo. Viens avec moi."

Saigo se redressa, nerveux et indécis. Il tendit la main, tremblotante à cause des secousses dues à la drogue Scorpion, et toucha la main d’Isawa Tsuke. A la surprise de Saigo, la main de l’esprit était chaude et solide, comme la main d’un homme vivant. La pièce autour d’eux se mit à tourner et devint indistincte, et les deux hommes se retrouvèrent soudain debout sur une saillie rocheuse, le vent hurlant et fouettant autour d’eux. Ils virent devant eux une terre stérile et désolée, recouverte d’une armée de choses difformes qui traînaient les pieds. Leurs colonnes s’étiraient jusqu’à l’ouest, tandis qu’ils marchaient en direction du soleil levant.

"Où sommes-nous ?" Dit Saigo, émerveillé.

"Dans l’Outremonde," répondit Tsuke, "Il y a cent quatre ans."

"La Guerre des Ombres ?" Demanda Saigo.

Tsuke se tourna vers l’ouest et pointa du doigt. Une ligne de soldats marchait en direction de l’armée impie. Certains portaient l’armure des samurai, verte et or. D’autres étaient chauves et torses nus, leurs corps recouverts de tatouages. A l’avant marchait une bête massive, un dragon pour la partie basse de son corps, et un homme gigantesque, pour la partie haute. Il fut entouré par un cercle de prêtres chantants en robes rouges et vertes.

"Le Clan du Dragon," dit Tsuke, "Faisant à présent leur première et dernière apparition de la Guerre des Ombres. Beaucoup les considéraient comme des couards ou pire, à cause de leur réticence à aider les autres dans ce conflit. Jusqu’à présent, ils étaient restés silencieux et inapprochables, au sein de leurs forteresses montagnardes, et ils avaient ignoré tous les appels à l’aide. Les Clans Majeurs les avaient abandonnés, et supposaient à présent qu’ils étaient devenus fous d’attaquer directement maintenant alors que tout semblait sans espoir."

"Mais je pensais que les dragons étaient des héros," dit Saigo.

"C’est exactement ce que les Ikoma veulent que tu penses," dit Tsuke d’un hochement de tête, "Les autres Clans réaliseront plus tard quel fut le sacrifice des Dragons et écriront les histoires pour leur accorder l’honneur qu’ils ne leur auraient jamais accordé de leur vivant. De manière posthume, bien sûr. Maintenant, regarde ce qui se passe, c’est important."

La terre commença à trembler alors que les Dragons avançaient vers l’armée des Ténèbres. La surface de la terre en ruine se craquelait et bougeait, et des bêtes impies de toutes formes et de tous genres surgirent de ces fissures. Exactement au centre de l’armée maléfique, un gouffre béant s’ouvrit soudain et une montagne s’en éleva. Non, pas une montagne, mais une masse de vrilles tourbillonnantes qui se transformèrent rapidement en un démon gigantesque aux trois yeux. Il était plus grand que n’importe quelle créature vivante ne l’était, et il dominait l’armée du mal. Son cri ébranla à la fois le ciel et la terre.

"Akuma !" dit Saigo, trébuchant et tombant un genou au sol, pétrifié de terreur.

Tsuke acquiesça, le spectacle le laissait de marbre. "Au départ, c’était un démon mineur sans rien de particulier. Il prit le nom d’Isawa Akuma, un puissant magicien et assez fou pour l’invoquer. Le démon, dès son invocation, commença à tirer ses pouvoirs du mal et de la haine de l’humanité, et depuis, il ne manqua jamais de force. Cela fait deux millénaires qu’il se nourrit de telle façon, et maintenant, il est quasiment impossible de l’arrêter."

"Mais les Dragons—" dit Saigo.

Tsuke rit brusquement, un rire sans humour, énervant. "Les Dragons ont toujours réussi à transformer l’impossible en réel. Observe."

Les deux armées se heurtèrent, les Dragons frappant avec l’acier et le feu, contre les griffes et les ombres d’Akuma. Au cœur de la bataille se trouvait le demi-dragon. Il s’élança au milieu des suppôts du mal sans trop d’efforts, tout en tenant avec lui un cône argenté de la taille d’un petit rocher. Ses yeux étaient rivés sur Akuma, tranchant les suivants du Seigneur Oni et traçant un chemin à travers les rangs ennemis, en direction du démon. Les prêtres Agasha abattaient le ciel sur leurs victimes, libérant la pluie et les éclairs sur les hommes souillés et les monstres qui se trouvaient là. Les Dragons se battaient vaillamment, mais les suivants d’Akuma venaient de partout, jusqu’à l’horizon à l’ouest et au-delà. Les samurais étaient des milliers contre des millions.

"Qu’est-ce que l’homme-dragon transporte ?" Demanda Saigo.

"L’espoir et le chaos," répondit Tsuke, "Les Dragons ne sont pas des couards oisifs, comme on disait d’eux pendant la Guerre des Ombres. Ils ont travaillé pendant de longues années, apprenant les secrets qui permettent de lier les esprits à la technologie et protégeant ces secrets à tout prix, pendant ce temps."

"De la Tetsukami ?" Demanda Saigo.

Tsuke acquiesça. "Bien que ce dans ce cas, ce fut plus qu’un kami qui fut lié par les Dragons. Les Kansen peuvent être liés aussi, prenant un plaisir pervers à hanter la machine ou la transformer en quelque chose de maléfique. Même les dragons, les vrais dragons de qui le Clan emprunta son nom, peuvent investir leurs pouvoirs dans la technologie. Cette boite que Hoshi transporte, ainsi que quelques autres qui sont actuellement amenées dans des endroits stratégiques de l’Outremonde, enferme l’essence du Dragon du Feu."

"Le Dragon du Feu ?" Répondit Saigo.

"Oui," répondit Tsuke, "Une créature de feu pur, dont la magie est inégalée et inimaginable selon les limites de l’esprit humain. Dans quelques instants, cette boite libèrera le pouvoir du Dragon du Feu, avec la puissance d’une explosion nucléaire destructrice. Bien qu’Akuma ne soit pas tué, il sera grandement affaibli. Le Clan du Phénix détectera ce changement de puissance, depuis leurs postes d’observations lointains, car ils ont attendu pendant longtemps une telle opportunité. Ils frapperont sans hésitation, liant le Seigneur Oni affaibli et le bannissant à jamais dans les profondeurs de la terre."

"On reste ici pour voir ça ?" Demanda Saigo.

"Il ne vaut mieux pas," répondit Tsuke, "Même sous la forme d’esprits, je ne suis pas certain que nous survivions à la puissance du Dragon du Feu." L’esprit tendit la main. "Mais ne t’inquiète pas à propos des Dragons. Ils savent mieux que nous ce qu’il leur faut faire."

Saigo prit la main de son ancêtre, arrachant un dernier regard au champ de bataille derrière lui. Mais alors qu’il disparaissait, il jura qu’il avait vu quelques-uns des Dragons disparaître eux aussi.


Yasu se trouvait dans le petit magasin de cadeaux de l’hôpital. Il s’y sentait comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Le magasin était petit et rempli d’étagères ; et tout ce qui se trouvait sur ces dernières semblait fragile ou cassant. Le présentoir aux magazines était plein de revues de mode de la Grue et de magazines de films du Lion, rien qui intéressait Yasu.

La vendeuse, d’un certain âge, regardait attentivement le grand Crabe, alors qu’il cliquetait dans son armure, en train d’observer les tasses à café. Yasu remarqua qu’elle l’observait et lui sourit le plus poliment qu’il le put.

"Puis-je vous aider ?" Demanda-t-elle d’une voix tremblotante.

"Je cherche quelque chose pour un de mes amis," répondit Yasu.

"Votre ami est-il malade ou blessé ?" Demanda-t-elle.

"Ouais," répondit Yasu, "C’est pour ça qu’il est à l’hôpital."

La vieille femme tiqua, "Non, je voulais vous demander si votre ami était malade ou s’il était blessé ?"

"Oh," rit Yasu, "Désolé. Il est blessé. Il s’est cassé la jambe lorsqu’il fit sauter un tuyau d’arrivée de gaz et il n’a pas réussi à sortir de l’immeuble à temps."

"Oh, c’est terrible !" Dit-elle, couvrant sa bouche d’une main.

"Oh, il va bien !" Dit Yasu d’un ton rassurant, "On fait ce genre de choses tout le temps. Nous sommes des Quêteurs." Il indiqua d’un geste sa boucle de ceinture, un gros crabe noir avec un œil, le symbole des Quêteurs.

"Oh," dit-elle, "Bien, c’est… euh… très joli," elle décida de changer de sujet. "Peut-être que votre ami apprécierait de jolies fleurs ?"

Yasu la fixa un instant, sa grimace était immuable. "C’est une blague, c’est ça ?"

La vieille vendeuse sourit chaleureusement. "Des fleurs peuvent vous faire un bien fou," dit-elle.

"Oui, j’en suis sûr," répondit sèchement Yasu, "C’est bien, mais ce n’est pas ce genre d’ami."

"Et que pensez-vous d’une jolie carte ?" Suggéra-t-elle.

"Euh…" dit Yasu, jetant un regard en direction des cartes de vœux, "non-merci. Il la lirait puis la jetterait. C’est ce que je fais toujours."

La vendeuse leva les yeux au plafond lorsque Yasu se retourna. Un client difficile. "Et bien alors, quel genre de choses aviez-vous en tête pour votre ami ?" Demanda-t-elle.

Le regard de Yasu s’éclaira. "Vous avez de la bière ?"


"Oh non, j’le crois pas," Hayato éclata de rire, "Tu n’as tout de même pas osé demander à la caissière de te trouver de la bière." L’éclaireur était assis, redressé sur son oreiller, dans un lit d’hôpital, sa jambe gauche dans un plâtre et suspendue au plafond. Ses côtes étaient entourées de bandages et il avait toujours de petits pansements sur le visage.

Yasu haussa les épaules. "Je passe rarement du temps dans les hôpitaux. Comment aurais-je pu savoir ?"

Hayato sembla déçu. "Donc, je parie qu’ils n’en avaient pas."

Yasu hocha la tête d’un air triste. "Non, ils n’en avaient pas. Mais par chance, il y avait une épicerie un peu plus loin sur la route." Le Crabe exhiba un sachet de plastique de derrière son dos et en sortit un paquet de six bières, en prenant une pour lui et jetant les autres à son ami.

"Et donc, qu’est-ce que tu deviens, mon gars ?" Demanda Hayato, ouvrant sa canette et buvant, "Tu n’es plus venu me rendre visite depuis la nuit où nous avons tué Jimen."

"Nous ?" Demanda Yasu, un sourcil relevé, tandis qu’il ouvrait sa bière à son tour. "Je laisserai tomber ça pour cette fois, parce que tu es blessé. Mais qu’importe, entre aider mon Oncle Toshimo avec le nouveau camion et les faux-fuyants avec l’Empereur, je n’ai pas eu trop de temps pour moi."

"Tu as eu d’autres nouvelles du Bas-Quartier ?" Demanda Hayato. Yasu pouvait dire que l’éclaireur était rapidement devenu irritable à cause de sa jambe blessée et qu’il aurait voulu revenir au cœur de l’action.

"Aucune," dit Yasu, "J’ai mené personnellement une escouade à l’intérieur lors de chaque nuit, en plus des éclaireurs habituels. On n’a vu aucun oni, même pas de gobelins. C’était aussi tranquille qu’une tombe, là-dedans."

"C’est pas bon," dit Hayato d’un ton pensif, "Il y a toujours de l’activité, normalement. Ça me tracasse plus d’entendre ça que si tu avais trouvé un autre oni."

"Moi aussi," acquiesça Yasu, s’asseyant sur la chaise grinçante des visiteurs, "Et puis, peut-être qu’ils ont été effrayés. J’ai monté ce qu’il reste de la tête de Jimen sur l’avant de mon nouveau camion et j’ai placé de gros morceaux de jade là où les yeux se trouvaient auparavant. Cette saleté est encore plus laide que moi, maintenant."

Hayato éclata de rire à nouveau, puis se contracta et saisit sa poitrine. "Ne fais plus ça, Yasu. Mes côtes me font toujours mal."

"Pauvre Hiruma pleurnicheur," fit Yasu, "Alors, quand est-ce qu’ils te laissent sortir ? Tu es déjà ici depuis une semaine."

Hayato eut un air de dédain. "Stupides docteurs," dit-il, "Je me sens bien. Donne-moi une paire de béquilles et je m’en vais d’ici. Ils disent qu’ils sont inquiets à propos de mes blessures internes. Apparemment, j’aurais presque eu un poumon perforé ou un truc dans le genre. Enfin, j’sais pas trop." Une infirmière entra, apportant un plateau avec le dîner d’Hayato. Elle jeta un regard vers les bières, hocha la tête avec un sourire attristé, et partit.

"Elle m’aime bien," dit Hayato.

"Peu importe," Yasu haussa les épaules et but, "T’as entendu ce qu’il s’est passé à l’Hôpital de la Miséricorde du Phénix ?"

"Ouais, j’ai entendu parler de ça," répondit Hayato, secouant la tête d’un air incrédule, "Qu’est-ce qui est derrière tout ça ? C’était des terroristes ou quoi ?"

"Ils ne l’ont jamais dit," Yasu termina le reste de sa bière et jeta la canette vers la poubelle, la manquant d’une trentaine de centimètres. "Les Maîtres Élémentaires gardent l’affaire fermement étouffée."

Hayato se renfrogna. "C’est quoi ce truc ? Nous sommes sensés être leurs alliés et tout ça. On ne sera pas capable de les aider, s’ils ne nous disent pas ce qu’il se passe."

"J’ai dit la même chose à Toshimo," répondit Yasu, tournant dans sa chaise et mettant un pied sur l’autre, devant lui. "Hum. Peut-être qu’il y aura quelques mots à propos de ça aux nouvelles." Yasu prit la télécommande sur la table de chevet et alluma la télévision. Le mince et jeune visage d’Ikoma Keijura, le fameux reporter de KTSU, apparut à l’écran, les marches du Palais de Diamant derrière lui.

"Traîtrise," dit le journaliste, "C’est sous ce titre que la dernière révélation de la Garde Impériale nous est parvenue. Et il s’agit d’une révélation vraiment surprenante. De nouvelles informations ont été découvertes dans le cadre de la tentative d’assassinat de l’Empereur de la semaine dernière, des preuves qui présentent le Détective Kitsuki Hatsu sous un nouveau visage, beaucoup plus sombre. Lors d’une conférence de presse ce matin, le Capitaine Tsuruchi Kyo nous a déclaré ceci…"

L’image se changea pour laisser apparaître le capitaine de la Garde Impériale, se tenant debout derrière un podium plein de micros. Il avait l’air fâché et sinistre, avec son bouc noir et ses lunettes de soleil. "Apparemment," dit-il lentement et avec précaution, "Le détective Kitsuki Hatsu aurait refusé de se soumettre aux autorités. Il se serait enfuit avec des preuves essentielles pour cette affaire, des preuves qui auraient pu mener à la capture du chef des assassins, si elles n’avaient pas été dérobées si soudainement."

"Pourquoi le détective aurait-il fait une chose pareille ?" Demanda un journaliste de l’assemblée.

"Aucune idée," répondit Kyo en colère, "Je connais Hatsu. Je le croyais être un homme au grand courage et au caractère irréprochable. Je crains maintenant qu’il n’ait tourné le dos à la justice de l’Empereur et je dois envisager le pire des cas. Il pourrait agir en complicité avec ces assassins, et pourrait très bien avoir travaillé avec eux depuis déjà un certain temps."

"Merde," dit Yasu, écrasant sa seconde canette vide dans son poing, "Quoi qu’il se soit passé, Hatsu n’est pas derrière tout ça. C’est un coup monté."

"Tu en es sûr ?" Demanda Hayato, "Tu ne l’as seulement vu une fois, ce type."

Yasu haussa les épaules. "Je suis un bon juge du caractère des gens."

"Ouais, c’est ça," rit Hayato, se contractant à nouveau. "Tu n’étais pas si bon juge, pourtant, à propos du caractère de Kuni Hojo."

Yasu fit l’innocent. "Je ne savais pas que c’était sa sœur. Ou qu’il le prendrait si mal." Hayato gloussa. "Et puis tais-toi, j’essaie de regarder les infos," Yasu se retourna vers l’écran, croisant les bras.

L’image revient à Keijura, sur les marches du palais. "Kyo aurait déclaré que le Kitsuki est maintenant considéré comme un fugitif dangereux. Il est armé et en cavale. Si vous voyez Kitsuki Hatsu-" une photographie du jeune détective apparu, flottant au-dessus de l’épaule de Keijura, "N’approchez surtout pas. Il est armé et potentiellement dangereux. Appelez la police ou la Garde Impériale immédiatement."

Hayato se redressa un peu. "Je connais ce regard, Yasu. C’est ce regard bien particulier qui conduit dans 95% des cas aux ridicules situations où tu nous as fourrés lorsque nous sommes allés à l’Académie Hida. Qu’est-ce que tu as l’intention de faire ?"

"Je vais le trouver," répondit simplement Yasu.

"Qui ?" Demanda Hayato, "Hojo ? Je suis sûr qu’il a oublié maintenant, le —"

"Non, pas Hojo," dit Yasu, "Bien que cela ne soit pas une mauvaise idée. Je parlais de Kitsuki Hatsu."

"Yasu, la Garde Impériale peut—"

"Si les fesses de Kyo étaient en feu, il ne parviendrait pas à les trouver," répondit Yasu. "En plus, si Hatsu est devenu fou, je parierais peut-être qu’il a été victime d’un de ces implants tetsukansen, tu ne crois pas ? Et ça, c’est de la maho. C’est le terrain de chasse des Quêteurs."

"En fait, la maho est plutôt sous la juridiction du Phénix," corrigea Hayato, "Ou même des Tsugasu."

"Oh, c’est de la sémantique, ça," Yasu balaya devant lui de la main, "On pourra trier la paperasse plus tard."

"Bien, tu fais ce que tu as à faire, Yasu," Hayato fixa sa jambe brisée d’un air désespéré, "J’aurais voulu venir avec toi. Ça me paraissait amusant." Il se tourna vers son ami. "Tu as une idée où le trouver ?"

"Pas la moindre," grimaça Yasu, "Mais ce n’est pas le genre de chose qui m’a arrêté, par le passé."


Le sol était plat et aussi clair que du verre, sombre comme le ciel de minuit, et brillant ça et là, avec des petits points de lumière. Au loin, un feu blanc brûlait, immense et d’une grande intensité.

"C’est incroyable, Tsuke-sama," dit Saigo, s’agenouillant sur le sol et fixant dans ses profondeurs.

Tsuke plissa le front, fâché, les brumes de leur voyage tourbillonnaient toujours devant lui. "Cette démonstration n’a pas pour but de t’amuser," dit-il calmement, "Elle a pour but de sauver l’Empire."

"Je suis désolé," dit Saigo, choqué, inclinant la tête alors qu’il se relevait, "Je ne souhaitais pas vous offenser."

"Ces drogues ont abîmé ta raison," siffla l’esprit en étendant une main devant lui, "Regarde," dit-il, indiquant du doigt la lumière brillante. Elle s’approchait rapidement, et Saigo réalisa que son ancêtre les déplaçait dans sa direction. Une silhouette sombre bougea soudain devant la lumière, diminuant sa brillance. Le jeune prophète put rapidement voir que la lumière venait d’une femme faite de lumière, et que la silhouette sombre qui l’éclipsait était celle d’un homme fait d’ombres.

"Où sommes-nous, maintenant ?" Demanda Saigo, stupéfait.

"Au paradis," répondit Tsuke, "Tu ne le reconnais pas ? Toutes les âmes mortelles proviennent d’ici et c’est ici qu’elles retournent toutes."

"Qui sont ces gens ?" Demanda Saigo, qui n’arrivait pas à en croire ses yeux, "Sont-ils des Dieux ?"

"C’est le moins qu’on puisse dire," répondit Tsuke, "Onnotangu et Amaterasu, Seigneur Lune et Dame Soleil. La mère et le père de tout ce qui vit, du moins selon la croyance Rokugani."

Soudain, il y eut une explosion puissante devant eux et Saigo fut jeté au sol. Une comète d’argent brillante passa au-dessus de sa tête, tombant dans le dos de Seigneur Lune et le projetant sur le sol du Paradis. La comète se changea pour prendre l’apparence d’un grand jeune homme, avec une épée d’or tenue dans son poing, debout devant le dieu à terre.

"Relevez-vous !" Hurla le jeune homme d’une voix en colère, "Relevez-vous et venez m’affronter si vous l’osez, père !"

"Qui est-ce ?" Demanda Saigo, se remettant sur ses pieds à nouveau.

"Hantei," dit Tsuke, apparemment indifférent face à la scène. "Le premier Empereur, venu pour venger ses frères et sœurs. Tu connais l’histoire. Seigneur Lune les avait avalés tous, de crainte qu’ils ne le supplantent. Seul Hantei avait réussi à lui échapper."

"Chien !" Rétorqua Seigneur Lune d’une voix étourdissante tandis qu’il se remettait sur ses pieds et qu’il sortit une lame faite de pures ténèbres, "Ta mère t’a menti. Cette voie mène seulement à la destruction."

"Votre destruction, peut-être, père," répondit Hantei, un sourire hautain sur le visage.

Les deux frappèrent, leurs lames remplirent le ciel d’éclairs brillants. Le Paradis tremblait à cause du duel, et Saigo put sentir les yeux invisibles de nombreuses personnes se poser sur le duel.

"Je vois que tu les sens," dit Tsuke, "Certains sont d’autres comme nous. Certains sont des dieux de terres lointaines, venus pour observer ce qu’il se passe. D’autres sont des suppôts du mal, cherchant une opportunité."

"Mais pourquoi ?" Demanda Saigo, "Pourquoi m’avez-vous emmené ici pour voir ça ?"

"Considère ceci comme étant une autre leçon," dit Tsuke, "Continue de regarder."

Les deux duellistes divins tournaient, cherchant tous les deux une ouverture. Hantei était plus fort et plus énergique, mais Seigneur Lune avait l’expérience et le talent avec lui. Ils se valaient tous les deux. Ils continuèrent à tourner, et rapidement Seigneur Lune eut le dos tourné à Dame Soleil. Le visage éblouissant d’Amaterasu fut couvert d’un doute, tandis qu’elle regardait son mari et son fils luttant chacun pour tuer l’autre, et elle frappa, détruisant le sol sous leurs pieds avec un feu d’une puissance terrible.

"Je ne me souvenais pas de cette partie de l’histoire," haleta Saigo. Tsuke ne répondit rien.

Le sol du Paradis se fendit sous les pieds d’Hantei et d’Onnotangu, et le tonnerre gronda autour d’eux. A travers la fissure du Paradis, la terre pouvait être aperçue, tournant, avec la silhouette familière de Rokugan, tout en bas. Onnotangu lâcha son arme et tendit la main vers son fils, mais le visage d’Hantei brûlait toujours de la fougue de la jeunesse. Il frappa avec son épée et ouvrit l’estomac de Seigneur Lune d’un seul coup, puis il tomba et se rattrapa d’une main à une écharde du ciel. Le dieu sombre tomba en arrière, alors que des boules d’énergie colorée jaillirent de son abdomen et traversèrent les fissures du ciel. Bleue, grise, rouge, verte, dorée, orange, violette et noire. Elles se transformèrent en hommes et en femmes alors qu’elles tombaient vers la terre.

"Les kami," dit Tsuke, "Doji, Hida, Bayushi, Togashi, Akodo, Shiba, et Shinjo. Ils deviendront les fondateurs des Clans Majeurs."

"Et celui-là ?" Saigo indiqua la dernière boule à sortir de Seigneur Lune, la noire. Elle s’était déjà transformée en un jeune homme pâle en robe noire, s’agrippant au bord du ciel, refusant de tomber.

Le visage du garçon était empli de terreur. "Père," supplia-t-il, "sauvez-moi !"

"Fu Leng," dit Tsuke.

"Mon fils," dit Onnotangu, tandis qu’il s’approchait de son fils et qu’il lui prit la main, le tirant vers le Paradis.

L’éclat de ciel auquel se tenait Hantei commençait à craquer. "NON !" Hurla Hantei et il lança son épée, tranchant la main droite d’Onnotangu au niveau du poignet. La main tomba avec Fu Leng, qui tenta désespérément de se rattraper en saisissant la jambe d’Hantei. L’éclat de ciel qui maintenait Hantei, déjà fragilisé par le poids d’Hantei et par ses mouvements, ne pouvait tenir plus longtemps et se brisa, laissant tomber Hantei et Fu Leng vers la terre.

"Maintenant," murmura une voix calme, puis quelque chose bougea au Paradis, et tendit la main vers Fu Leng.

Et Fu Leng commença à tomber dans une direction différente, à l’écart des autres.

Seigneur Lune se mit à genoux au bord du trou du Paradis, fixant la chute de ses enfants, le visage impassible. Il ignora son bras qui saignait, ses yeux ne regardaient que ses enfants. Il se redressa, se retourna vers la lame d’obsidienne qui gisait à ses pieds, et il donna un coup de pied dedans, en direction du trou, et elle se mit à tomber en tourbillonnant, vers la terre. Amaterasu se tourna vers Onnotangu, le visage plein de regret, mais il l’ignora, se mit à marcher seul et ne se retourna jamais.

"Que s’est-il passé ?" Demanda Saigo.

"Difficile à dire," répondit Tsuke, "Après tout, qui sommes-nous pour connaître l’esprit des dieux ? Mais Seigneur Lune et Dame Soleil ne sont jamais revenus chercher leurs enfants. Il est dit que le toucher de la terre les a rendus mortels, bien que certains étaient moins mortels que d’autres."

"C’est différent des histoires qu’on raconte," dit Saigo, "Hantei se serait jeté lui-même au lieu d’attaquer. Et pourquoi Seigneur Lune a-t-il tenté de sauver Fu Leng ? Et pourquoi Amaterasu les a-t-elle frappés tous les deux ?"

"Appelle ça une leçon de choses," dit Tsuke, "Rien n’est parfait. Il y a le mal et le bien en toute chose. Souviens-toi de ça. Ça pourrait te sauver, un jour."

"Est-ce que ça s’est réellement passé de cette façon ?" Demanda Saigo, fixant le trou du Paradis.

Tsuke haussa les épaules. "Tu devras le décider par toi-même. Comme je te l’ai dit, rien n’est parfait. Tu devras décider jusqu’à quel point tu crois les images d’un homme mort et fou."

Et Tsuke sourit à nouveau.


Kashrak s’enfonça dans les égouts, alors que les cobras dansaient et se tortillaient tout autour de lui. Son visage reptilien était fendu d’un large sourire, ses dents pointues et ses écailles reluisaient à cause de l’aura bleutée qui entourait ses doigts griffus. Le samurai se faisait tout petit devant lui, et espérait qu’il allait bientôt se réveiller.

"Ce n’est pas un rêve, Shiba Kenshojo," rit Kashrak, "Et tu ne te réveilleras pas."

"S’il vous plaît, ne me tuez pas !" Implora Kenshojo, saisissant son visage entre ses mains.

Les cobras sifflèrent et élargirent leur coiffe, cinglant les airs, alors qu’ils essayaient de s’étendre le plus loin possible des hanches et du dos de Kashrak. Les cobras sortaient réellement de son corps. "Tes désirs ne sont pas importants," rit-il froidement, "J’ai seulement besoin de ta connaissance, Phénix."

Kenshojo risqua un regard de défi. "Et bien, si vous comptez me tuer de toute manière, pourquoi devrais-je vous dire quoi que ce soit ?"

Kashrak haussa les épaules, ses queues gisaient dans l’eau boueuse derrière lui. "Ce n’est pas nécessaire," dit-il, tournant sa main pour que la lueur fasse reluire ses écailles d’une lueur pourpre, "Je devrais prendre les réponses à mes questions dans ton faible esprit humain. Tu travailles à l’hôpital, n’est-ce pas ? A la Miséricorde du Phénix."

Kenshojo retomba sur le sol et se mit à geindre.

"Ah. Bien. Ton esprit est aussi faible que je l’avais prédit. Il y a eut un patient dans ton hôpital, pendant un certain temps… une femme…" Il tria les images dans le cerveau de Kenshojo tandis que les cobras se tortillaient et happaient l’air autour de leur prisonnier. "Non, pas celle-là," Kashrak hocha la tête, "Non, non, ce n’est pas celle-là non plus. Ah. Exactement. C’est elle. Mon cher, tu as été fou de venir si près du Bas-Quartier, samurai. Tu m’as tout apporté."

"Qui êtes-vous ?" Hurla Kenshojo, saisissant son crâne palpitant. L’investigation mentale du monstre n’avait pas été très délicate.

"Une Abomination," gloussa-t-il, fier d’un tel titre. "De toute manière mon nom t’importe peu, vu que tu arrives à tes derniers instants. Maintenant, réfléchis… Où l’ont-ils emmenée, après l’explosion ?"

Kenshojo lutta, essayant de remplir son esprit d’autres pensées et de résister. "Une bonne tentative," gloussa Kashrak, "Mais trop faible, trop tard. Je vois qu’elle est…" Le monstre siffla de fureur. Ses queues frappèrent le mur derrière lui et un des cobras frappa, mordant Kenshojo à la jambe. "Les Maîtres !" Gronda Kashrak, "Les Maîtres Élémentaires !"

"Bonne chance," rit Kenshojo alors que le poison l’arrachait à la conscience.

"Stupide animal," dit Kashrak, frappant la tête du cobra qui avait mordu le Phénix. "Sa vie décline… Mais il peut encore être utile…" Kashrak s’empara du long couteau à sa ceinture et le passa rapidement en travers de la gorge de Kenshojo, laissant ainsi un filet de sang s’écouler dans les eaux sombres de l’égout. "Maintenant, voyons si je me souviens du rituel… La troisième fois, comme disent les humains, sera la bonne."

Le monstre ouvrit sa bourse et saisit une perle noire, parfaite, entre ses griffes lumineuses. Il commença à chanter, lentement, alors que la perle projetait des ombres étranges partout dans le tunnel. Les gobelins qui l’épiaient dans les ombres s’enfuirent et coururent pour se mettre à l’abri. Kashrak ferma le poing, écrasant la perle entre ses doigts et dispersant la poussière pour la mélanger avec le sang, l’eau et les immondices. Kashrak ouvrit les yeux, et murmura un simple mot.

"Kaze."

L’air se troubla, légèrement tout d’abord. Puis un peu plus vite. Les vents se mirent à murmurer, doucement. Puis de plus en plus fort. La brume s’éleva, lentement. Puis le brouillard s’épaissit et un murmure s’échappa de Jigoku.

"Kaze," le son fit écho, comme s’il parlait de derrière un mur, "Kaze, kaze… kazekazekaze…"

"Kaze," répéta Kashrak, déchirant les airs avec son couteau ensanglanté et perçant un trou dans la réalité.

"Kaze," dit la voix un peu plus clairement, de plus en plus proche de l’ouverture. Et puis, il arriva.

"Kaze," dit Kashrak avec un sourire diabolique.

La créature flottait maladroitement, dans les airs, les brumes se dégageaient de son corps émacié. Il avait la tête et le cou d’un vautour, et sa peau était imberbe et pâle avec des reliefs de circuits électroniques lumineux qui poussaient ça et là comme des champignons. Ses yeux brillaient de méchanceté et de malice, alors qu’il regardait Kashrak.

"Je suis Kaze no Oni, Terreur de l’Air, Destructeur de Magie, et je suis venu," il fit entendre un petit rire saccadé et il tortillait ses longs doigts d’allégresse. "Tu es celui qui a invoqué Jimen et Akeru ?"

"Oui," dit Kashrak.

"Je suis venu pour venger Jimen, n’est-ce pas ?" Kaze le regardait avec espoir.

"Peut-être en temps voulu," dit Kashrak, "Pour le moment, j’ai une tâche plus importante pour toi, démon."

"Oui ?" Répondit Kaze, dressant la tête avec curiosité, "Oui oui ? Kaze no Oni est prêt pour nuire aux gens, semer le chaos et répandre le sang."

"Alors ma tâche pour toi est parfaite," dit Kashrak, "Va maintenant, Kaze, et tue les Maîtres Élémentaires Phénix. Et puis, ramène-les-moi."

"Ce sera fait," dit Kaze sans hésitation, et puis il disparut sans autre mot.

Kashrak rit alors que la lueur de sa main déclinait. Les cobras se mirent à déchirer avidement les restes du Phénix, alors qu’il s’asseyait sur ses queues.

"Bientôt," dit Kashrak, fermant les yeux et basculant dans le sommeil, "Bientôt, Zin, tu reviendras à mes côtés."


Zin jouait nerveusement avec les perles de son collier, regardant fixement devant elle, avec un peu de tension. Sa petite chaise se trouvait devant une grande table, avec six chaises derrière elle. La chaise la plus à droite était décorée d’une paire d’épées croisées et enflammées, dont Sumi lui avait dit que c’était le symbole de Shiba, le premier Phénix. Les cinq autres chaises étaient chacune marquées de l’un des symboles des cinq éléments. Derrière la table du conseil se trouvait le grand mon du Phénix. L’oiseau de feu étirait ses ailes de triomphe, le bec tourné sur le côté dans un cri effrayant. Il semblait très puissant, très sûr de lui. Zin aurait voulu se sentir aussi sûre d’elle, à ce moment-là.

"Ne te tracasse pas, Zin," dit Sumi, posant une main sur l’épaule de son amie, "Les Maîtres veulent juste nous parler après ce qu’il s’est passé à l’hôpital, hier."

"Je sais," dit la Naga, toujours distraite, "Ce n’est pas ça qui me tracasse."

"Vraiment ?" Demanda Sumi, soucieuse, "Quel est le problème ?"

"Ma mémoire," répondit Zin, laissant son collier et posant ses mains sur ses genoux, "Depuis que j’ai utilisé la magie des perles, elle commence à revenir. Elle est fragmentaire, incomplète, mais ce dont je me souviens ne présage rien de bon. Quelque chose… me pourchasse, Sumi. Je ne sais pas ce que c’est, mais c’est très puissant et très maléfique."

"Il faut le dire aux Maîtres !" S’exclama Sumi.

"Je ne peux pas les impliquer dans ceci," répondit Zin, "Ils ont d’autres soucis qui les préoccupent. De plus, je ne suis même pas certaine de ce qu’est cette chose." La porte de l’autre côté de la pièce s’ouvrit. Zin se mit sur ses pieds pour saluer les Maîtres Élémentaires. "Je te dirai si je me souviens d’autre chose, Sumi, je te le promets."

"Ok," dit Sumi, se redressant à côté d’elle.

Cinq personnes entrèrent dans la salle du Conseil. Isawa Kujimitsu, Maître de l’Eau, marchait en premier, gardant ses grandes mains posées sur son large ventre et adressant un sourire et un clin d’œil à Sumi. Asako Ishikint, le Maître Nezumi de la Terre, le suivait, s’appuyant lourdement sur son bâton alors que sa queue allait et venait avec sa démarche boitillante. Le troisième était le sorcier gaijin Zul Rashid, Maître de l’Air, habillé de ses habituels turban, veste, ainsi que sa tunique et son pantalon amples. Le suivant était un samurai vieillissant en armure plastique rouge, qui tirait nerveusement sur ses longues moustaches. Zin ne le reconnut pas, mais Sumi lui avait dit que le conseil devait être vu par Shiba Mifune, le champion du Phénix. Le dernier à entrer dans la salle était le Maître du Vide sans nom, effrayant et impénétrable derrière ses épais bandages blancs et son sombre capuchon.

Le conseil se déplaça silencieusement jusqu’aux places habituelles de la grande table, laissant la sixième chaise vide, la chaise du Maître du Feu. Sumi s’inclina profondément devant les dirigeants du Clan du Phénix. Cette réunion devait être très importante, finalement, pensa Sumi, pour faire venir le Champion depuis les lointaines terres du sud.

"Ainsi donc, voici l’une des légendaires Naga," dit Mifune avec une voix rude, plaçant une paire de lunettes sur son nez, pour qu’il puisse voir Zin plus clairement.

"Oui," répondit-elle, se redressant de son salut, "Je suis appelée la Zin."

"Incroyable," dit-il, simplement stupéfait, "Et vous dites ’la’ Zin. Qu’est-ce que ça signifie ?"

"Les Naga n’ont pas de nom au même sens que les humains," expliqua Ishikint, "Ils s’appellent chacun selon leur position dans l’Akasha, la famille du corps et l’esprit. Et donc, elle est la Zin."

"Et que fait une Zin, alors ?" Demanda Mifune.

"Je suis désolée, Mifune-sama," répondit Zin, "Je ne m’en souviens pas. Je suis sujette à des pertes de mémoire."

"Heureusement," dit Rashid, "Elle a réussi à récupérer suffisamment de souvenirs que pour nous sauver à la Miséricorde du Phénix, hier."

"Oui, ce qui nous amène à notre ordre du jour," répondit Kujimitsu, "Lorsque j’ai raconté la situation d’hier à notre estimé champion, il a pensé qu’il serait important qu’il vienne à la capitale et qu’il évalue la situation personnellement. Sumi, Zin, pourriez-vous partager avec lui tout ce dont vous pouvez vous souvenir à propos de qu’il s’est produit hier ? Et par pitié, faites en sorte que cet entretien soit aussi bref que possible. Mifune vient juste d’arriver d’un long vol et n’a pas encore dormi."

"Merci, Kujimitsu," dit le vieux samurai avec un sourire de gratitude.

"La Miséricorde du Phénix," répéta Rashid, "Tout le monde, qu’en pensez-vous ?"

"Une attaque terroriste, sans aucun doute," répondit Kujimitsu, "Une tentative peu judicieuse pour briser notre moral."

Ishikint marmonna, grattant ses moustaches. "Des terroristes avec de la maho," dit le Nezumi, "Une chose qu’il ne faut pas dédaigner, Maître de l’Eau. Il ne faut dédaigner la Magie Noire. Ishikint suggère une extrême prudence."

"Je suis d’accord," répondit rapidement Kujimitsu, "Je suggère simplement que les terroristes ont tenté de nous montrer leur puissance, et de manière générale, ils ont échoué. Nous pourrions ne plus jamais avoir d’ennuis avec eux, mais ignorer le problème serait de la folie."

"Et de la couardise," ajouta Rashid avec une colère réprimée, "Ils ont tué Asa. La mort d’un Maître réclame le sang en retour."

Mifune toussa nerveusement. Par nature, ce n’était pas un homme violent, et les explosions émotionnelles fréquentes de Rashid avaient tendance à le déranger. Il changea de sujet, se tournant vers Zin et Sumi. "Il me semble comprendre que c’est grâce à vous que l’hôpital tient toujours debout."

Sumi rougit mais ne dit rien. Zin haussa les épaules. "Maître Rashid et le yojimbo de Sumi se sont également battus tout aussi bravement. Même le docteur s’est bien débrouillé pendant la bataille."

"Bah," dit Rashid avec une grimace de modestie, "Ma propre magie n’était d’aucun intérêt contre les flammes, aussi puissante soit-elle. Sumi a éteint l’hôpital entier comme s’il avait été une chandelle."

Le visage de Sumi s’empourpra, et elle fixa le sol. "Mais, ce n’était pas si facile, Maître Rashid…" marmonna-t-elle.

"Et la magie des perles de Zin," ajouta Rashid, "fut tout simplement extraordinaire."

"Oui, je l’ai entendu dire," dit Mifune, "Une telle magie pourrait être d’une grande utilité pour nos shugenja si ces terroristes attaquaient à nouveau. Tout spécialement s’ils sont de mèche avec les gens qui ont organisé la tentative d’assassinat contre Yoritomo, qui avait également impliqué de la maho, si je me souviens bien."

"C’est exact," répondit Kujimitsu, "Le docteur Asako Jemonji en avait rendu compte peu de temps avant qu’il ne soit tué dans l’explosion."

"Ceci implique certainement un lien", dit Mifune. "Eh bien, Zin ? Pourriez-vous apprendre votre magie des perles aux Phénix ?"

Zin hésita, regardant autre part.

"Ça pourrait être une décision dangereuse," dit le Maître du Vide avec sa voix creuse, "Les souvenirs de la Naga sont incomplets. Elle a agi d’instinct, hier, mais peut-être que la prochaine fois, elle ne sera pas si chanceuse. Les magies inconnues sont les plus dangereuses, si on les traite à la légère, vous pouvez me faire confiance pour ça." Une des mains du maître se leva pour toucher les bandages qui couvraient son visage ravagé.

"Un conseil avisé," acquiesça Kujimitsu, "Zin, nous vous remercions de tout cœur pour votre aide d’hier, et nous prions pour que votre mémoire vous revienne rapidement, mais nous recommandons que vous limitiez vos tentatives d’utilisation de la magie des perles jusqu’à ce que vous soyez certaine que de telles tentatives seront sans risques."

"Ce ne sera pas difficile," répondit-elle, "Je ne suis toujours pas très sûre de la manière dont je l’ai fait."

"Le stress," suggéra Sumi, "Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai réussi à contrôler aussi bien le kami du feu. De plus, je pense que mon père veillait sur moi."

"Ce qui nous amène au second ordre du jour", dit Kujimitsu, "Sumi, Zin, si vous voulez bien nous excuser, nous devons discuter en privé."

"Bien sûr," dit Sumi. Elle avança jusqu’à la porte et sortit de la chambre du conseil, Zin sortit juste après elle.

"Le nouveau Maître du Feu," dit Rashid une fois qu’elles étaient parties, "Maintenant qu’Asa est mort, nous n’avons plus d’autre choix que d’en désigner un nouveau. Ne perdons plus de temps et votons aujourd’hui."

"Un choix difficile," dit Mifune, "Depuis l’époque d’Isawa Tsuke, cette position a toujours porté la marque de la malédiction de l’ancien Maître. Un esprit fort est requis pour résister à l’appel du Dieu Sombre."

"Je suggère Asako Nitobe," dit Kujimitsu, "Il a prouvé qu’il était un homme avec une forte volonté et du caractère, et la richesse de son expérience en tant que docteur et shugenja pourrait se révéler utile pour nous."

Mifune tira sur sa moustache. "Je suis d’accord," dit-il, "J’ai déjà travaillé avec Nitobe, auparavant. Il est extrêmement têtu, mais peut-être qu’une telle confiance en soi pourrait faire du bien au conseil."

Rashid hocha la tête. "J’ai l’impression que nous sommes hésitants," dit-il clairement, "Je ne suis pas d’accord avec vous car la notion de zèle aveugle n’est pas un trait de caractère positif. De plus, je dois vous avouer que je n’aime pas Asako Nitobe."

"As-tu une autre recommandation, Rashid ?" Demanda Kujimitsu.

"Non," répondit Rashid, "Je crains qu’il n’y ait personne actuellement d’assez qualifié pour cette position. En temps normal, j’aurais recommandé un tournoi, mais je crains que nous n’ayons pas assez de temps pour l’organiser ou le planifier."

"Non, nous n’avons pas de temps pour de telles absurdités," ronfla Mifune, "De plus, nous n’avons besoin que d’un vote à la majorité. Ishikint ? Maître ? Que pensez-vous de la nomination de Nitobe ?"

Ishikint frottait ses moustaches, indécis. Le Maître du Vide croisa les bras devant lui et ses yeux brillèrent dans l’obscurité de sa capuche, pendant un court instant. "Sumi," dit-il.

"Sumi ?" répéta Rashid, "Isawa Sumi ? C’est juste une jeune fille ! Sans conteste, elle deviendra un jour un grand shugenja, mais elle n’a aucune expérience."

"Sumi," répéta le Maître, "Elle est le Maître du Feu."

"Ishikint est d’accord," dit le Nezumi avec un petit rire. "Il est grand temps que ce conseil gagne un peu de sang frais. Les Crabes commencent à penser que nous sommes une bande de vieux fous croulants."

Kujimitsu soupira. "Alors, nous sommes bloqués," dit Kujimitsu, "Nous avons besoin d’un vote à la majorité et Rashid semble s’abstenir."

"Nous avons besoin d’un Maître du Feu," dit Rashid, "Est-ce que Nitobe est ici ?"

"Il attend dehors," dit Kujimitsu, "Mifune voulait lui posait quelques questions à propos de l’hôpital."

"Faites-le entrer, avec Sumi," dit Rashid, "Je vais décider maintenant."

Kujimitsu appuya sur le bouton du système de communication interne sur la table, devant lui, ordonnant que l’on fasse entrer Nitobe et Sumi. La jeune fille et le docteur entrèrent dans la chambre pour se mettre debout devant les Maîtres. Sumi tira sur sa jupe et Nitobe ajusta sa cravate avec nervosité.

"Sumi. Nitobe," dit Rashid, "Venez ici."

"De quoi est-il question ?" Demanda Nitobe alors qu’il se tenait devant le Maître, avec Sumi juste à sa droite.

"Deux questions," dit Rashid, "Répondez-y bien."

Le docteur et la fille se regardèrent et puis se tournèrent à nouveau vers Rashid.

"Qu’est-ce qui est le plus important ?" Demanda Rashid, "La justice ou la pitié ?"

"La pitié," dit Sumi.

"La justice," répondit Nitobe, "La pitié n’est pas toujours appropriée, mais la vraie justice entraînera toujours une part de pitié pour ceux qui la mérite."

Rashid acquiesça. "Et la seconde question. Il y a vingt ans, j’ai quitté les Terres Brûlées pour venir ici. L’un d’entre vous connaît les détails de cette histoire ?"

"Non", dit Sumi. Nitobe hocha la tête.

"J’ai fuit mon pays comme un voleur pendant la nuit. J’ai tué mon propre frère et abandonné ma femme et mes enfants aux sorciers sans cœur que j’ai servi un jour. Et tout ceci, pour aider un samurai solitaire, loin de sa maison, pour retrouver son épée ancestrale, l’épée que Mifune porte à présent. En retour, j’ai été acclamé comme un héros dans ce pays et on m’a procuré un refuge. Maintenant, je dois vous le demander, ai-je fait le bon choix ?"

"Bien sûr !" Sourit Nitobe, "Vous nous avez rendu l’âme de Shiba !"

"Sumi," dit Rashid, "Ai-je fais le bon choix ?"

Les yeux de Sumi étaient grands ouverts, sa bouche fermée. Elle hésita longuement. "C’est… c’est une terrible histoire, Rashid," dit-elle, la voix pleine d’émotion, "Comment as-tu pu faire une chose pareille à ceux que tu aimais ?"

"Prie pour que tu ne le découvres jamais," dit tristement Rashid, "Félicitations, Sumi. Tu es maintenant la Maîtresse du Feu."

Nitobe resta bouche bée. Puis il se renfrogna, acquiesça, s’inclina brièvement vers le conseil, puis sortit.

"C’est très clair," dit Mifune, jetant à Rashid un rapide coup d’œil, "Je suppose que tout est décidé, alors. Félicitations, Isawa Sumi. Je suppose que cette chaise à côté de moi est la tienne, maintenant."

Sumi s’évanouit.


"Où sommes-nous, maintenant ?" Demanda Saigo. Ils semblaient se trouver dans un petit couloir de pierre, avec une lumière qui brûlait derrière le coin à une extrémité. Derrière eux, ils pouvaient entendre les sons d’une grande bataille.

"Le Palais d’Émeraude," répondit Tsuke, "Il y a mille ans. Le dernier jour de la Dynastie Hantei." Il suivit le couloir. Une explosion ébranla les murs du palais, venant de l’extérieur.

"Qu’est-ce qui déclenche ces explosions ?" Demanda Saigo, fixant la poussière qui tombait du plafond, "On dirait un bombardement."

"Moi," dit tristement Tsuke, "Je suis sur les remparts, tuant mon peuple. Bientôt, je serai mort."

Ils tournèrent au coin, entrant dans la salle du Trône Impérial. Un trône d’émeraude gigantesque se trouvait à l’autre bout de la pièce. Des morts et des mourants gisaient partout, et une silhouette sombre était assise sur le trône, les yeux brillants d’une lueur intérieure.

"Les politiciens," dit l’Empereur, la voix sonnant comme si deux personnes avaient parlé en même temps, "Je n’ai jamais eu besoin d’eux."

"L’Empereur Hantei XXXIX," dit Tsuke, "Maintenant possédé corps et âme par la puissance de Fu Leng."

Soudain, l’Empereur tourna sur son trône pour regarder en direction de Tsuke et Saigo. Saigo se mit à trembler, pensant qu’ils avaient été découverts, mais il réalisa que l’Empereur fixait un homme derrière eux. C’était un grand samurai en armure verte et or.

"Ceci n’est pas important," dit Tsuke, passant à côté du premier Dragon et retournant dans le couloir.

Saigo le suivit rapidement, alors qu’une bataille furieuse commença derrière lui. Il s’arrêta lorsqu’il vit les sept personnes qui attendaient dans le couloir. Un membre élancé du Clan de la Grue dans une armure bleue endommagée, un Crabe massif dont la main droite était verte et légèrement lumineuse, une jeune vierge de bataille Licorne qui s’appuyait sur son naginata, une magnifique femme Scorpion avec un kimono décolleté et un masque fin, une femme chauve du Clan du Dragon avec une main noire scintillante, un shugenja Phénix blessé avec un chapeau à larges bords et des yeux verts, et un grand guerrier sans aucune marque sur son armure excepté un loup sur son plastron. Tous avaient l’air de s’être battus aujourd’hui, et tous semblaient craintifs à propos des évènements qui allaient suivre.

"Les Sept Tonnerres," dit Tsuke, "Tous les mille ans, le mal revient pour tourmenter Rokugan. Tous les mille ans, il est du devoir des mortels de détruire ce mal. Togashi se sacrifie à présent pour leur donner du courage, pour leur montrer ce qui est possible, rien de plus. La vraie bataille est de leur responsabilité."

"Bien dit, Maître du Feu," dit une voix.

Saigo et Tsuke jetèrent rapidement un coup d’œil à leur gauche. Un petit homme sortit des ombres, le visage couvert d’une simple capuche brune, un corbeau noir était assis sur son épaule.

"Tsuke, je pensais que vous aviez dit qu’on ne pouvait pas nous voir," dit Saigo.

"Crois-moi, mon fils, je suis aussi surpris que toi," répondit Tsuke, tout en fixant l’homme avec attention.

"Je suis désolé, Tsuke," dit l’homme, "Je ne crois pas que nous aurons jamais une autre occasion de nous rencontrer." Il rabattit sa capuche pour révéler un visage souriant, avec des petites écailles de dragon sur chaque joue. "On m’appelle le Rônin Encapuchonné."

"Le descendant de Shinsei !" S’exclama Tsuke, tombant à genoux. "Incline-toi, idiot !" Aboya-t-il à Saigo, "Tu ne réalises pas qui il est ?"

"Fais comme tu veux, prophète," dit le rônin, "Je ne désire la servitude de personne. Je n’ai pas beaucoup le temps de parler, hélas. J’ai un rendez-vous dans la prochaine pièce. Saigo, maintenant que tu es ici, j’ai une faveur à te demander."

Saigo acquiesça, incapable de parler.

"Les Tonnerres," dit le rônin, "Des forces ténébreuses que tu ne peux comprendre ont des desseins pour notre monde. Leur pouvoir est incompréhensible, ainsi que les lois qui les régissent. Ces forces testent notre genre à chaque millénaire. Si votre peuple fait défaut, vous serez détruit. Les Sept Tonnerres sont le moyen par lequel vous serez testés. Ils représentent les meilleurs et les plus intelligents des mortels, et s’ils arrivent à combattre le mal, votre sécurité est assurée pour dix autres siècles."

"Et s’ils n’y arrivent pas ?" Demanda Saigo.

"Je ne pense pas que tu souhaites que je réponde à cette question," dit le rônin en riant tout bas.

"Que voulez-vous que je fasse ?" Demanda Saigo.

"Observe," dit le rônin, "Traditionnellement, il est du devoir de ma descendance de trouver les Tonnerres, de les rassembler et de voir s’ils sont préparés pour la crise finale. J’ai eu la chance d’avoir beaucoup de temps pour le faire. Mais je crains pour le futur. Il me semble sombre. Peut-être qu’à ton époque, il n’y aura pas de descendant de Shinsei."

"Pas de Shinsei ?" Haleta Tsuke, se remettant finalement sur ses pieds, "Alors nous sommes perdus."

"Je ne pense pas," dit Shinsei, "Ma lignée n’a jamais donné à qui que ce soit quelque chose qu’il ne possédait pas. La route peut être difficile, sans guide, mais elle n’est pas impossible. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je dois assister à cette bataille. Votre futur n’est pas nécessairement mon futur et je dois m’assurer que mes Tonnerres sont prêts." Le rônin se retourna pour partir.

"Shinsei !" L’appela Saigo.

Le Rônin Encapuchonné se retourna, le visage curieux. "Oui, prophète ?"

"Est-ce que Fu Leng va revenir ?" Demanda-t-il.

"C’est improbable," dit le rônin, "S’il meurt aujourd’hui, il mourra pour toujours, je crois."

"Alors qui avons-nous à craindre ?" Demanda Saigo.

"Il y a des choses pires que Fu Leng," dit le Rônin, "Fu Leng n’était qu’un petit garçon apeuré, avant de tomber sur la terre. Ce sont les ténèbres que nous portons en nous qui ont fait de lui ce qu’il est. Et c’est cela que tu dois craindre." Et le descendant de Shinsei se retourna pour mener les Sept Tonnerres à la bataille.


"Non," dit Sachiko, "Vraiment non."

Kojiro se mit un peu inconfortablement derrière son bureau. "Je suis désolé, c’est une affaire Impériale, maintenant, Sachiko. Mes mains sont liées."

"C’est ridicule, capitaine," dit-elle, "Vous savez qu’Hatsu n’a jamais rien eu à voir avec cet assassinat. Par le souffle de Shinjo, il a stoppé ce damné assassinat !"

"Je le sais, Sachiko", lui répondit prudemment le gros magistrat, "Mais de toute façon, c’est maintenant sous la juridiction de Tsuruchi Kyo. Il a dit qu’Hatsu avait descendu deux de ses hommes et découpé deux autres alors qu’il essayait de parler avec lui de l’assassinat."

"C’est justement ça, capitaine !" Dit Sachiko, "Pourquoi est-ce qu’Hatsu aurait porté un pistolet ? Il déteste les pistolets. Je ne l’ai même pas vu en prendre un contre les assassins !"

"Ça me tracasse, moi aussi," admit Kojiro, "C’est peut-être à cause d’un implant tetsukansen, comme le daimyo du Blaireau. Les actions d’Hatsu se sont plus les siennes. Laisse ça aux professionnels, Sachiko. Tu n’es plus concernée par cette affaire. Suis-je assez clair ?"

Sachiko se renfrogna. "Oui, monsieur," dit-elle. Furieuse, elle partit vers l’ascenseur.

"Qu’est-ce que tout ceci signifie ?" Demanda Chikafusa, qui se tenait à côté d’elle alors qu’ils attendaient l’ascenseur.

"Je n’ai pas envie de parler de ça," dit Sachiko, sans le regarder.

"Excuse-moi de vivre," siffla-t-il.

L’ascenseur fit connaître sa présence avec un "ding !" Sonore, et Chikafusa attendit le suivant, laissant Sachiko le prendre seule. Tetsukansen. Était-ce possible ? Est-ce qu’Hatsu avait été possédé comme Ichiro Chiodo et la Garde de la Maison Doji ? En fait, s’ils étaient parvenus à l’implanter dans Chiodo, ils pouvaient le faire sur n’importe qui, supposa-t-elle. Toutefois, quelque chose ne tournait pas rond. Quelque chose n’allait pas. Elle décida de se rendre jusqu’à la maison d’Hatsu et de jeter un coup d’œil là-bas par elle-même. Ce serait de la désobéissance aux ordres, mais ce ne serait pas la première fois. Elle prit son casque, mit sa moto en marche, et fonça dans les rues d’Otosan Uchi.

L’immeuble de l’appartement d’Hatsu semblait mort. Elle parqua sa moto dans l’allée de l’autre côté de la rue et elle jeta un coup d’œil dans la lunette de son naginata avec fusil intégré. Personne à l’intérieur. Mais là, sur le toit. Un Garde Impérial, observant la route. Et là, un peu plus loin, garé le long de la route. Un van sans aucune inscription avec deux autres gardes, observant la maison. Elle savait qu’il serait mieux qu’elle leur signale sa présence, mais son instinct lui criait de ne pas le faire. Elle devait trouver un moyen de rentrer à l’intérieur.

"Il n’y a aucun moyen d’entrer," grogna une voix derrière elle, "Mais vous avez l’air vraiment rapide. Je suppose qu’avec une armure aussi étroite, vous devez faire beaucoup de sport pour vous garder en forme, hein ?"

Sachiko se retourna et pointa le canon de son naginata vers le visage de l’énorme Crabe qui se trouvait derrière elle. Il la regarda et toucha le bord de son chapeau. "Bonjour," dit-il, "Je suis Hida Yasu."

"Un Quêteur," siffla-t-elle, jetant un coup d’œil à l’insigne de son ceinturon, "Mais d’où sortez-vous ?"

"Oh, je suis d’Otosan Uchi, au départ," répondit-il avec une grimace, "Bien que j’aie passé pas mal de temps dans les îles."

"Non, espèce de crétin," rétorqua-t-elle, "Je veux dire, comment êtes-vous parvenu à arriver derrière moi sans que je vous entende avec cette affreuse armure bonne à jeter aux ordures ?"

"C’est sûrement à cause des joints étanches," grimaça le Crabe, "C’est un nouvel ajout à mon armure. En plus, j’ai appris à danser le ballet pendant six ans."

"Non, je ne pense pas que vous l’ayez fait," rit-elle.

"Non, je ne l’ai pas fait," répondit Yasu, "Qui donc a bien pu raconter une rumeur aussi stupide ?"

"Vous êtes le Crabe qui a aidé mon équipier," dit-elle, l’observant à nouveau, "Je suis Otaku Sachiko, Vierge de Bataille. Ouais, Hatsu m’avait parlé de vous. Il ne m’avait pas dit que vous étiez si large, par contre."

Yasu haussa les épaules et sourit.

"Et si laid," ajouta-t-elle.

Yasu acquiesça et sourit à nouveau. "Donc, vous ne pensez pas qu’il est devenu fou, vous aussi, pas vrai ?" Demanda-t-il, soudainement redevenu sérieux.

"Non," répondit-elle. "L’histoire ne tient pas debout. J’y ai beaucoup réfléchi en venant jusqu’ici. Kyo a dit qu’il avait tué quatre de ses hommes. Mais si Kyo venait à son appartement juste pour lui parler, pourquoi aurait-il prit une escouade complète de ses hommes avec lui sans raison particulière ? Il y a quelque chose de bizarre là-dessous."

Yasu acquiesça. "Merci," dit-il.

"Merci pourquoi ?" Demanda-t-elle.

"J’avais le sentiment que c’était un coup monté, mais je n’avais aucune preuve réelle pour argumenter," dit-il, "Maintenant, j’ai une raison de le croire. Merci."

"Ok," sourit la Vierge de Bataille, "Faites-moi savoir si vous avez encore besoin que je pense pour vous, ok, Crabe ?"

"Je le ferai, ma poulette," dit-il, "A propos, vous réalisez que la seule raison pour laquelle je vous laisse parler, c’est parce que vous êtes mignonne ? Si vous étiez un homme, je vous aurais tabassé depuis déjà bien longtemps."

"Comme c’est flatteur," dit-elle sèchement, regardant à nouveau vers l’immeuble. "Alors, avez-vous pensé à une manière de rentrer à l’intérieur ?" Demanda-t-elle.

"A plusieurs, oui", dit-il, "Malheureusement, elles impliquent toutes de tuer les gardes. Je pense que c’est hors de question."

"Ouais, je pense aussi," dit-elle.

"En fait, il y a l’entrée avant," dit-il, "et il y a une autre porte sur le côté, dans l’allée. Le type sur le toit observe l’arrière et les deux autres du van observent l’avant. On ne peut pas rentrer sans que quelqu’un le remarque."

"Nous avons besoin d’une diversion", dit-elle.

"Hé, bonne idée," dit Yasu. "Vous, montez sur votre moto. Je vais les distraire. Lorsque vous aurez mon signal, vous foncez dans l’allée, vous planquez votre moto et vous rentrez à l’intérieur."

"C’est quoi, le signal ?" Demanda-t-elle.

"Vous le saurez," il eut un large sourire.

"Et comment pourrais-je sortir, après ?" Demanda-t-elle.

"Bonne question," dit-il, "On s’en occupera plus tard." Il se retourna et courut dans l’allée.

Sachiko hocha la tête. C’était dingue. Ce Crabe était dingue. Toutefois, il y avait une chance pour que ça marche. Elle monta sur sa moto et elle remit son casque. Elle attendit quelques minutes, se demandant quel serait le signal du Crabe.

Soudain, un camion monstrueux apparut dans la rue, fonçant à pleine vitesse et le klaxon retentissant. L’avant du camion avait été remplacé par un bélier vert gigantesque, surmonté d’une tête monstrueuse. Le camion dévia, frôla puis érafla le bord du van. Il fit retentir son klaxon à nouveau et dévala la rue à toute vitesse.

"Bon boulot, Crabe," soupira Sachiko, "Très subtil."

Immédiatement, le van prit vie, une lumière s’alluma sur le tableau de bord et des sirènes se mirent à hurler alors qu’il prit Yasu en chasse. Le garde sur le toit avait le regard fixé sur le camion, complètement incrédule. Sachiko mit sa moto en marche, mit le moteur en mode silencieux, et se glissa dans l’allée de l’autre côté de la rue sans que le garde s’en rende compte. Elle pencha sa moto contre le mur, derrière la benne à ordures et s’élança vivement à l’intérieur de l’immeuble.

Sachiko se retrouva dans une pièce pleine de caisses et de boites en carton, avec une odeur d’égout qui émanait de quelque part. Elle remarqua deux silhouettes dessinées à la craie sur le sol, avec deux taches de sang. "D’où est-ce que cette odeur peut venir ?" Murmura-t-elle. Elle la suivit jusqu’à sa source et tomba presque dans l’ouverture de la bouche d’égout dans un coin, derrière une rangée de caisses.

"Étrange," dit-elle en éclairant les profondeurs avec sa lampe de poche. Alors qu’elle commença à tourner la lampe depuis l’entrée de la bouche, quelque chose brilla dans les ténèbres, en dessous. Sachiko se pencha pour voir un peu mieux et elle vit un morceau de plastique cassé au pied de l’échelle. Elle descendit dans le tunnel et le ramassa. Il était très caractéristique. Elle sortit sa radio personnelle et examina le couvercle de la batterie. Les pièces correspondaient en tout point. Elle chercha après d’autres morceaux, mais ils étaient tous partis.

"La radio d’Hatsu ?" Elle mit le morceau dans sa poche. Où se trouvaient les autres morceaux ? Cette partie des égouts était sèche, inutilisée depuis des années, les pièces n’avaient pas pu aller loin. Kyo n’avait rien dit. Elle remonta à l’échelle. Le reste de la salle de stockage et le magasin sans dessus-dessous ne révélèrent rien de plus, et donc, elle grimpa l’escalier en spirale qui menait à l’appartement d’Hatsu.

"Par le Souffle de Shinjo !" S’exclama-t-elle quand elle entra. Des trous de balles perçaient les murs un peu partout, et le lit avait été déchiré en lambeaux. Le cabinet dans le coin était ouvert, et une des fenêtres avait été brisée complètement, avec du sang séché sur le rebord de la fenêtre. Elle faillit glisser sur un jouet en plastique pour le chien qui roula sous ses pieds. En fixant le mur, quelque chose la gênait. Elle regarda à nouveau l’appui de fenêtre.

"Les impacts de balle proviennent tous de la fenêtre !" S’exclama-t-elle, "Ce n’est pas exactement comme ça que Kyo en avait parlé." Satisfaite, elle se retourna pour partir. Alors qu’elle sortait de l’escalier et qu’elle revenait dans la pièce de stockage, un aboiement très net se fit entendre derrière elle. Elle se retourna pour découvrir un petit chiot qui s’assit sur le sol derrière elle, remuant la queue.

"Akkan ?" Dit-elle. Ses oreilles se redressèrent.

"Comment est-ce qu’ils ne t’ont pas découverte ?" Demanda-t-elle, s’agenouillant pour caresser la chienne.

"Je l’ai sauvée," dit une voix.

Sachiko releva les yeux et dans ses mains, son naginata rétractable s’étendit pour atteindre sa longueur maximum.

"Calmez-vous, Sachiko," rit le vieil homme, avançant lentement dans sa direction, "Je suis un ami."

"Qui êtes-vous ?" Demanda-t-elle, "Et comment êtes-vous entré ici ?"

"J’étais déjà à l’intérieur," répondit-il, "Je suis Hisojo, le propriétaire de cette boutique. Le bâtiment est très ancien, voyez-vous. Il existe des passages et des ouvertures qui sont si habilement dissimulées que même l’œil aiguisé d’Hatsu ne pourrait les trouver. Lorsque les assassins sont venus, je me suis caché et je suis resté ici depuis ce temps-là. Par chance, j’ai réussi à sauver la petite Akkan en même temps. Hatsu a préféré assurer la sécurité du chiot avant la sienne. C’est un bon garçon, ce Hatsu."

"Les assassins ?" Demanda-t-elle, "Vous ne vouliez pas plutôt dire la Garde Impériale ?"

"C’est un nom aussi bon que l’autre," dit le vieil homme.

"Kyo est venu pour tuer Hatsu ?" S’exclama Sachiko, "Pourquoi ? Parce qu’il savait à propos de la tetsukansen ? La police entière savait ça maintenant, alors cet assassinat n’aurait servi à rien."

"Ce n’était pas pour ce qu’il sait. Probablement plus à cause de ce qu’il est. Je ne sais pas," répondit Hisojo, "mais j’ai des soupçons." Le chiot courut vers Hisojo, qui le prit dans ses bras et lui gratta les oreilles. Il regarda à nouveau vers Sachiko, ses vieux yeux dorés dans le reflet de la lumière du soleil. "Trouvez-le, Vierge de Bataille, et rapidement. Des forces que vous ne pourriez pas comprendre agissent contre Hatsu. Il a besoin de vous."

Le van sans marques et abîmé passa devant le magasin à nouveau, se mettant en stationnement à quelque distance de lui. Sachiko savait qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps. "Venez, Hisojo," dit-elle, "Je dois vous faire sortir d’ici."

"Oh non," dit-il, "Je suis plus en sécurité ici que dans la Tour Shinjo elle-même. Allez-y maintenant. Je me suis occupé du garde sur le toit."

"Comment ?" Demanda-t-elle.

"Par magie," répondit-il, et soudain, il fut parti.

Sachiko ne se sentait pas à son aise. Elle en avait trop vu, trop appris d’un seul coup. Qui était ce vieil homme ? Pouvait-elle croire ce qu’il a dit ? Kyo avait-il réellement tenté de tuer Hatsu ? Pourquoi ? Son instinct prit le dessus, menant ses longues jambes jusqu’à sa moto. Elle fit démarrer le moteur en mode silencieux et quitta l’allée par derrière. En jetant un regard derrière elle, elle vit le garde affaissé sur le toit, endormi.

Soudain, un klaxon retentit derrière elle, et le camion de Yasu s’avança à ses côtés. Le Crabe lui fit un signe et un sourire plein d’espièglerie. Elle hocha la tête et indiqua une rue parallèle où ils pourraient se garer. Il y avait un petit restaurant assez proche et ils rentrèrent à l’intérieur pour manger et pour s’échanger des informations.

"Au fait, qu’avez-vous dit aux Gardes ?" Demanda Sachiko en reposant son thé sur la table.

"Quoi ?" Demanda Yasu en relevant les yeux du menu.

"Comment avez-vous persuadé les Gardes de vous laisser partir ? Je suppose qu’ils vous ont interrogé."

"Oh. Non, je les ai distancés."

"Vous les avez distancés," dit-elle incrédule, "Avec ce monstre ?"

"Il est plus rapide qu’il n’en a l’air !" Dit Yasu d’un ton offensé, "En plus, il se trouve que je suis un excellent conducteur."

Sachiko acquiesça respectueusement.

"Alors, qu’avez-vous vu à l’intérieur ?" Demanda Yasu.

"C’est difficile à décrire," dit Sachiko.

"Hé, je comprends, vous êtes une Licorne. Prenez votre temps pour parler et utilisez des mots pas trop compliqués."

Sachiko releva un sourcil.

"Je sais," dit Yasu, "Vous m’auriez déjà tabassé depuis longtemps si je n’étais pas aussi mignon, pas vrai ?"

"Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire," répondit-elle. "Mais qu’importe, on dirait que les hommes de Kyo sont arrivés avec leurs flingues dégainés et qu’Hatsu a agit en état de légitime défense. Je crois qu’il s’est échappé par les égouts. J’ai trouvé un morceau de sa radio là-bas, qui a sûrement dû leur échapper." Elle décida de ne pas parler du vieil homme à Yasu. Il ne l’aurait certainement pas cru.

"Où pensez-vous qu’il soit allé ?" Demanda Yasu.

"Je ne sais pas," répondit-elle, "mais il est malin. Je parie qu’il est en sécurité quelque part, et je pense qu’il a suffisamment confiance en moi pour me contacter dès qu’il pourra. J’espère qu’il a suffisamment confiance en moi." Son regard se fixa quelque part sur la route, son visage était un masque d’inquiétude.

Yasu connaissait ce regard. Il abandonna tout espoir de draguer la Licorne ; c’était sans espoir. Elle était follement amoureuse d’Hatsu. Oh zut, tant mieux pour lui. C’était un brave type, et il y avait des tas d’autres Vierges de Bataille pour Yasu. Toutefois, ça ne voulait pas dire que Yasu ne pouvait pas s’amuser un peu.

"J’ai une suggestion, en attendant," dit Yasu.

"Oh ?" Demanda-t-elle, "De quoi s’agit-il, Yasu ?"

"L’alcoolisme," répondit-il, "C’est vous qui payez."


Saigo savait maintenant. Il savait ce qu’il devait faire. Il lui avait fallu deux heures pour arriver au Palais, avec cette neige et ce trafic, deux de plus pour trouver quelqu’un qui avait accepté de l’écouter suffisamment longtemps pour le diriger vers le bon bureau, mais il était finalement arrivé. Maintenant, si seulement quelqu’un voulait bien l’écouter.

"Salut," dit-il à une des secrétaires d’une des nombreuses tables, "Mon nom est Isawa Saigo, prophète du Clan du Phénix. J’ai besoin de parler à quelqu’un de—"

"Le quoi du Clan du Phénix ?" Répéta-t-elle, avec un regard suspicieux.

"Prophète," dit-il, "Je suis un devin. J’ai une affreuse prophétie et je dois en parler à l’Empereur."

"Sécurité," dit-elle, en appuyant sur un bouton sur sa table.

Deux gardes entrèrent dans le bureau depuis une porte de derrière, en jetant un regard circulaire. Leurs yeux se fixèrent sur Saigo et ils avancèrent.

"Attendez, vous devez m’écouter !" Dit-il assez fort que pour la pièce entière puisse l’entendre. "Les Ténèbres reviennent ! La Guerre des Ombres n’était qu’un prélude ! Il faut trouver les Tonnerres ! Yoritomo doit être au courant !"

Les gardes l’attrapèrent par les épaules, assez durement. "C’est fini, mon garçon," dit l’un d’eux, "Il est temps pour toi de quitter les lieux."

"Attendez," dit une voix.

Les deux gardes s’arrêtèrent, laissant Saigo retomber sur ses pieds. Il se retourna pour voir un officier de la Garde Impérial, qui portait la Mante de l’Empereur sur son plastron.

"Vous êtes un prophète, dites-vous ?" Demanda-t-il.

"Oui, oui, c’est ça !" Dit Saigo d’un ton excité. "Je dois parler à l’Empereur !"

Les gardes de la sécurité prirent un air de dédain lorsque Saigo leur tourna le dos. Le Garde Impérial leur fit un clin d’œil de connivence. "Venez avec moi, monsieur," dit-il, "Je pense que vous devez parler au Capitaine." Le Garde Impérial se mit à marcher jusque de l’autre côté du grand bureau. Saigo lui emboîta rapidement le pas, jetant un coup d’œil dans son dos aux gardes de la sécurité.

Le garde mena Saigo jusqu’à une porte et lui dit d’attendre à l’intérieur. Saigo accepta, et rentra dans le bureau le plus magnifique qu’il ait jamais vu. Un mur entier était ouvert à l’opposé de la pièce. Se tenant debout devant l’ouverture, il put voir les Chutes de Diamant, les deux chutes d’eau jumelles qui coulaient sur la façade du Palais de Diamant. Il se trouvait à peu près à trente mètres du sol. Il se demanda comment le bureau n’était pas plongé dans le froid hivernal, avec un mur manquant. De la magie, sans doute. Il lança un simple sort, et il sentit la magie de la barrière anti-froid devant lui.

"Incroyable," dit Saigo.

"Fou," dit Tsuke, apparaissant soudain devant lui.

"Quoi ?" Dit Saigo, "Je pensais que vous étiez parti."

"Malheureusement, je suis toujours avec toi," railla l’esprit. "Je suis ton guide. Je ne peux te parler que lorsque tu es seul, toutefois. Et maintenant, je te suggère de quitter le palais immédiatement."

"Quoi ?" demanda Saigo avec curiosité, "Mais le Garde—"

"—agit très étrangement, tu ne trouves pas ?" L’interrompit Tsuke, "On t’ignore pendant deux heures et puis soudain, tu obtiens un rendez-vous avec Tsuruchi Kyo ? Ça sent l’embuscade, à mon avis, Saigo."

"Une embuscade ?" Rit Saigo, "mais pourquoi feraient-ils ça ?"

Tsuke s’évanouit soudainement, et la porte du bureau s’ouvrit. Un grand magistrat souriant entra. Il était vêtu de noir, avec des lunettes de soleil noires et un bouc. Une paire de grands pistolets étaient rengainés au niveau de ses hanches.

"Bonjour," dit-il, "Je suis Tsuruchi Kyo, Capitaine de la Garde Impériale. Vous êtes le prophète ?"

"En effet," dit Saigo.

"Vous vous tenez près du bord," dit-il, "La plupart des gens ont peur." Kyo retira son chapeau. Avec son sort toujours actif, Saigo put voir la faible aura de quelque chose de magique, enfoui à l’intérieur de la tête de Kyo.

"Je n’ai pas peur," dit Saigo d’un air engourdi, "Devrais-je avoir peur ?"

"Oui," dit Kyo alors qu’il sortit ses pistolets et tira.

Le Capitaine de la Garde s’avança jusqu’au bord et observa le corps du jeune prophète qui disparut dans les chutes.


Kyo ferma la porte de son bureau et s’assit devant l’ordinateur. Après avoir prononcé quelques mots, il sortit son couteau de poche et le passa sur son index, faisant s’écouler trois gouttes de sang sur le clavier. Le moniteur prit vie, révélant un visage brouillé par un codage, avec des yeux rouges et brillants.

"Oh, grand Briseur d’Orage," dit Kyo, "Votre loyal lieutenant au rapport."

"Comment vont les recherches, à propos du Kitsuki ?" Demanda une voix craquelée et déformée artificiellement.

"Pas très bien," répondit Kyo, "Il s’est échappé. De plus, votre agent Phénix a agit lentement. Les Crabes et les Licornes ont appris eux aussi l’existence des tetsukansen."

"L’agent Phénix a très bien exécuté son devoir," répondit la voix, "La connaissance de la tetsukansen sert uniquement à semer la discorde et la peur, pour l’instant. Nos ennemis n’ont aucune idée de la manière de nous contrer, et ils le savent. Néanmoins, il est impératif que Hatsu soit tué."

"Oui," dit Kyo, "Il sait maintenant que je ne suis pas ce que je semble être."

"Pour éclairer ta lanterne, esclave," rétorqua la voix avec colère, "Kitsuki Hatsu est plus un danger pour notre plan que tu ne peux l’imaginer. Il y en aura d’autres comme lui. Les Tonnerres. Nous devons les détruire avant qu’ils ne se rassemblent."

"Maître, je ne comprends pas," dit Kyo, "Nous nous sommes préparés depuis des années. Comment un simple détective peut-il espérer se dresser contre nous ?"

"Ton devoir n’est pas de comprendre, esclave. Ton devoir est de me servir comme tu as un jour servi ton Empereur. Jusqu’à ce que la vengeance soit mienne. Tue-le. Et ramène-moi son cœur."

"Son cœur ?" Demanda Kyo.

"Son cœur !" S’exclama la voix, "Intact ! Fais ce que tu veux du reste de son corps, mais j’ai besoin de son cœur en un seul morceau. Il contient un trésor qui vaut plus que tous les tetsukansen de la Grue réunis."

"Considérez ceci comme déjà acquis, maître," dit Kyo, "Notre seul problème est le suivant : le Kitsuki a disparu dans les égouts. Nous n’avons aucune idée de quand et où il réapparaîtra à la surface."

"Je sais où il s’est caché," répondit le Briseur d’Orage.

"Où, maître ?" Demanda avidement Kyo.

"Où il considère que nous penserons le moins à le chercher, dans un sanctuaire où seul un fou pourrait trouver refuge."

"Oui ?" Demanda Kyo.

"Dans le Labyrinthe Bayushi."


"Je suis la Pharaon Rujdak-hai." La voix de la femme était rapide et sûre, habituée à l’autorité, et elle n’avait pas l’air amusée. "Je veux parler à Yoritomo immédiatement."

Meda plissa le front. Il avait craint que cela arrive. "Oui, bien sûr, Pharaon," dit-il mollement. Il mit la Pharaon en attente et pressa sur le bouton de transfert.

"Parle, Champion," dit la voix de l’Empereur après une longue pause.

"C’est la Pharaon des Nations Alliées du Senpet," dit Meda, "Elle souhaite vous parler immédiatement, mon Seigneur."

Yoritomo soupira. "Qu’est-ce que la Reine des Terres Brûlées veut de moi ?" Demanda-t-il. Meda savait que l’Empereur était hors de ses bureaux, soit en train de s’entraîner au dojo, soit en train de rendre visite à sa fille. Dans les deux cas, il n’apprécierait certainement pas d’être dérangé pour n’importe quelle raison. "Je vais lui parler," dit-il finalement.

Meda connecta l’appel. Ensuite, malgré le devoir qu’il avait de couper, il laissa sa propre ligne connectée, pour continuer à écouter.

"Yoritomo," dit l’Empereur pour s’annoncer.

"Fils des Orages !" Siffla Rujdak-hai de sa voix basse et exotique, "Quelle est la signification de ce soi-disant ultimatum d’hier ? Nos systèmes de télécommunication ont été perturbés pendant des heures, à cause de votre signal pirate."

"Mes revendications étaient très claires, Pharaon," répondit-il, "Amaterasu demande que son fils se dresse contre tout ce qui pourrait advenir. Je ne fais qu’obéir à ses volontés."

"Folie religieuse !" Cracha la Pharaon, "J’aurais dû m’y attendre, de la part d’un Rokugani. Vous seriez bien avisé d’arrêter de mélanger la théologie et la politique, Mante. Un jour, le Senpet plaça le Pharaon au titre de dieu infaillible, et ça nous a presque détruit."

"Parce que votre peuple était faible, ce que n’est pas le mien," répondit Yoritomo. "Si vous aviez cru en Amaterasu à la place de vos faux dieux, votre nation serait toujours forte."

"Ecoutez-moi, espèce de lunatique," dit calmement Rujdak-hai, "Je ne sais d’où vous tirez vos illusions de grandeur, mais laissez-moi vous rappeler que Rokugan n’est qu’une petite crotte de mouche oubliée sur la carte mondiale, tandis que le Senpet dirige la plus puissante des alliances du monde. Je ne tiendrai pas rigueur à votre peuple pour votre arrogance, mais dorénavant, je ne tolèrerai plus d’insulte de votre part, espèce d’ordure."

Yoritomo resta silencieux.

"Que se passe-t-il, Yoritomo ?" Ricana la Pharaon, "Vous réalisez à quel point vous vous êtes trompé ?"

"Non, Rujdak-hai," répondit Yoritomo, la voix dénuée de toute forme d’émotion, "Je tapais un code de lancement. Vous avez six heures pour évacuer Medinaat-al-Salaam."

"Quoi ?"

"Au revoir, Pharaon." L’Empereur raccrocha.

Meda reposa le téléphone, la main tremblante. Maintenant, il savait. C’était de cette manière que l’Empereur envisageait de faire la guerre au monde entier. Il utiliserait la même puissance qui avait détruit Akuma un siècle aupravant, la puissance qui avait détruit le clan qui l’avait créée.

Le Dragon du Feu.

A suivre...



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