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Rokugan 2000

Episode VI

Les Vents de la Mort

L’Empire de Diamant, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

lundi 7 septembre 2009, par Captain Bug, Daidoji Kyome, Rich Wulf

L’Empire de Diamant Episode VI, par Rich Wulf - traduit par Daidoji Kyome

Bayushi Oroki observait l’écran avec curiosité, méditant sur ce nouveau développement de la situation. L’écran devant lui affichait l’image d’un homme assez costaud, habillé en costume d’homme d’affaires et avec un masque d’éléphant en caoutchouc. C’était son garde du corps et responsable de la sécurité, Bayushi Zou, rôdant dans les tunnels d’accès souterrains du Labyrinthe comme à son habitude à cette heure du soir. Toutefois, derrière lui, suivait un homme mince avec une armure orange brillante et un manteau avec des manches garnies de plumes. Manifestement, c’était un Phénix, mais qui ? Oroki pouvait jurer qu’il avait déjà vu cet homme auparavant.

Le Scorpion était assis dans la salle de contrôle principale du Labyrinthe Bayushi, et un mur rempli d’écran de télévision se trouvait devant lui. Beaucoup d’entre eux étaient raccordés aux systèmes de sécurité dissimulés partout dans le parc, mais quelques autres affichaient des endroits stratégiques dans tout Otosan Uchi. La bibliothèque d’Oroki avait fait de lui un maître du passé. Isawa Saigo avait fait de lui un maître du futur. Cette pièce avait fait de lui un maître du présent.

"Zou, Zou, qu’est-ce que tu fais ?" Remarqua le Scorpion pour lui-même. Il avait toujours supposé que le garde du corps était d’une loyauté absolue. Il servait fidèlement Oroki depuis trois ans, et semblait être du genre à pouvoir garder un secret. Ce n’est pas qu’Oroki partagea beaucoup de secrets avec Zou, du moins pas les plus importants, mais il lui en disait parfois suffisamment pour pouvoir le tester. Jusqu’à aujourd’hui, Zou s’était toujours admirablement débrouillé.

Jusqu’à aujourd’hui.

Les deux hommes s’arrêtèrent devant un pan de mur vide.

"Zou, tu vas faire quelque chose de vilain, maintenant," Oroki rit silencieusement, "Ne sois pas vilain."

Zou regarda à gauche et à droite après des caméras. Bien sur, il n’en vit aucune, même les plus faciles à trouver. Même le garde du corps n’était pas au courant de cette pièce et à quel point le système de défense et de sécurité d’Oroki pouvait être vaste. Le garde du corps posa la main sur une partie du mur et ouvrit le passage vers l’armurerie.

Oroki appuya sur un bouton sous l’écran et l’angle de caméra changea, s’orientant vers une vue bien placée, entre deux lance-roquettes dans l’armurerie. Zou entra avec le Phénix étonné derrière lui.

"C’est incroyable," dit le Phénix, "Je ne savais pas que vous aviez besoin d’un tel arsenal pour vous assurer du bon fonctionnement d’un parc d’attractions."

"Maître Oroki est prêt à toute éventualité," répondit Zou.

"En effet," se dit Oroki.

Zou marcha directement vers une étagère noire contre un mur, et ouvrit la grande boite métallique qui reposait dessus. Il sortit son pistolet et commença à le recharger avec des cartouches venant de la boite, et puis il prit un pistolet sur un râtelier proche. Il le chargea aussi avec les cartouches et le tendit au Phénix, qui regardait toujours l’armurerie d’un air incrédule.

"Merci," dit le Phénix, "mais j’ai déjà mon pistolet du Vide."

"Les petits joujous tetsukami ne pourraient même pas faire une égratignure à cette chose," dit Zou, "Voici des balles spéciales. Prends-les."

"Ah," dit Oroki, "Ainsi, voilà ce que tu t’apprêtes à faire. Hachami comptait-elle à ce point, pour que tu me désobéisses ainsi, mon ami ?" Il avait donné des ordres spécifiques à Zou et à tous ses hommes. La créature qui rôdait dans le Labyrinthe devait être repérée mais pas approchée ni attaquée. Oroki voulait l’affronter lui-même, et si possible, la capturer vivante. Les cartouches de l’armurerie avaient coûté très cher, tout spécialement à cause d’une telle mise en garde. C’était des balles explosives, et elles étaient remplies avec une dose d’un sédatif assez puissant pour endormir un éléphant. Les Soshi qui les avaient fournies avaient certifiés qu’elles feraient parfaitement l’affaire.

Les deux hommes quittèrent l’armurerie et fermèrent la porte derrière eux. Oroki remarqua que Zou n’avait pas autorisé le Phénix à s’attarder dans l’armurerie ou à prendre autre chose que le pistolet. Ainsi donc, il était désobéissant mais pas déloyal. Dans le fond, ça ne changeait pas grand chose, mais c’était bon à savoir. "Qui est ce Phénix ?" Se demanda à nouveau Oroki, "et pourquoi as-tu confiance à ce point en lui que tu désobéis à ton maître, Zou ?"

Oroki continuait à observer ce qu’il se passait. Avant qu’il ne puisse changer d’angle caméra à nouveau, il vit un autre mouvement trouble dans l’armurerie et sa main hésita. Les ombres dans le coin de la pièce ondulèrent et prirent forme, se changeant en la bête qu’Oroki avait rencontrée au sommet de la Grande Roue le jour avant.

"Par Jigoku !" Maudit Oroki. Il détestait les surprises. Il semblait plus grand qu’avant, ses bras et ses jambes musclés étaient recouverts d’une plaque chitineuse noire. Il s’avança dans la pièce jusqu’à l’étagère avec la boite de cartouches, se pencha jusqu’à elle, et l’ouvrit avec une griffe. Il en tira une poignée de cartouches, les antennes et les moustaches autour de sa bouche semblaient respirer les munitions. Après quelques instants, la créature se retourna droit vers l’écran, fixant les yeux vers Oroki.

"Et qu’est-ce que tu feras de moi, si tu me captures, Scorpion ?" Ricana la créature. Il écrasa les balles dans son poing, et la camera se coupa brutalement. Oroki tapota sur les boutons, mais il savait déjà que l’image ne reviendrait pas.

Il jeta un regard vers l’intercom. Il pouvait avertir Zou maintenant, lui faire savoir que la créature était derrière lui.

"Vous n’allez pas leur dire ?" Dit une voix derrière lui.

Oroki se retourna et glissa de sa chaise, se mettant accroupi et pointant son pistolet des deux mains au-dessus de la chaise. Un grand homme se tenait debout dans le couloir de la salle de contrôle. Il portait un imperméable vert souillé, ses vêtements étaient couverts de sang et d’immondices, et il portait une paire d’épées dans les mains. Le Scorpion se mit à rire.

"Kitsuki Hatsu," répondit Oroki, "C’est vraiment le jour des surprises."

"Allez-vous prévenir votre garde du corps ou avez-vous l’intention de laisser cette créature l’attaquer par surprise ?" Demanda Hatsu, la voix calme malgré son apparence blême.

"J’ai l’intention de laisser cette créature l’attaquer," dit Oroki, se redressant et pointant le pistolet vers le visage d’Hatsu. Les policiers portaient parfois une armure corporelle. "Considérez qu’il s’agit d’un test final. Il a été désobéissant. S’il peut survivre à une bataille avec cette chose, alors il mérite de vivre, et avec de la chance, elle va tuer ce Phénix pour moi. Maintenant, Hatsu, peut-être aimeriez-vous m’expliquer ce que vous faites dans ma salle de contrôle ?"

"Je suppose que vous avez vu les nouvelles," dit Hatsu.

Oroki ricana, "Oui, je les ai vues. Vous êtes un conspirateur dans la tentative d’assassinat de l’Empereur. C’est terrible de ne plus pouvoir faire confiance en la police, ces jours-ci."

"Nous connaissons tous les deux la vérité, Scorpion," dit Hatsu, ses yeux quittant le pistolet pour fixer le regard d’Oroki.

"Qui se soucie de la vérité ?" Répondit Oroki, "Il y a une nouvelle Championne Scorpion en ville, et elle est loyale à l’Empereur. Je parie que ça me vaudrait les faveurs de Shiriko, si je vous capturais. Mort ou vif. Maintenant, comment avez-vous découvert cette pièce ?"

"J’ai pris le chemin le plus direct vers le Labyrinthe, supposant qu’un esprit tortueux comme le vôtre ne surveillerait pas ce chemin et que vos sbires ne pourraient pas me reconnaître ; je ne me ressemble plus beaucoup. Une fois que je suis parvenu à votre bureau, j’ai simplement dit à votre secrétaire que j’avais un rendez-vous et j’ai sorti mes épées. Je n’avais pas l’intention de lui faire de mal, mais elle fut tellement troublée qu’elle me laissa entrer pour pouvoir appeler la sécurité. Ils sont probablement en train de chercher dans les environs de votre bureau, maintenant, se demandant où je suis allé. J’ai remarqué la porte secrète lorsque Sachiko et moi sommes venus vous rendre visite dans votre bureau, il y a une semaine. Le contour était très bien dissimulé mais il y avait des marques de vos empreintes digitales sur l’interrupteur. Je suppose que c’est à cause de ça que vous avez couvert chaque centimètre carré de votre bureau par des miroirs."

"Astucieux," dit Oroki, "J’arrive à peine à imaginer ce que je pourrais faire avec un cerveau aussi perspicace que le vôtre à mes côtés. C’est dommage que je sois obligé de lui tirer une balle dedans, maintenant."

Hatsu hocha la tête et rengaina son daisho. "Je n’ai pas peur de vous, Oroki."

Les yeux d’Oroki se rétrécirent, sa voix prenant un ton très léger d’irritation. "Excusez-moi, je suis en train de pointer une arme sur vous, Détective Kitsuki. Vous êtes l’homme qui a envoyé mon frère se faire exécuter, et qui maintenant a réussi à s’introduire dans mon centre de sécurité le plus secret et le plus protégé. Pourquoi est-ce que je ne vous tuerais pas ? Qu’ai-je à gagner ?"

"Je vous connais, Oroki," répondit Hatsu, "J’ai passé des mois à traquer le cerveau d’un certain cartel de Lait de Daikoku. Le cerveau criminel derrière tout ça était souple, très réactif, très adaptable et plein de ressource. De plus, il était curieux. Le genre de personne qui a besoin de tout savoir, d’être le maître de son propre environnement. C’était vous, Oroki. Vous ne vous souciez pas le moins du monde de la mort de votre frère car sinon vous n’auriez pas monté cette histoire pour le faire tomber dans le piège à votre place. Ce qui vous intéresse, ce sont les informations. Il y a quelque chose de pourri et de malsain dans cette cité. Cette chose a réussi à poser ses griffes sur votre précieux Labyrinthe, du moins d’après ce que j’ai pu voir sur cet écran. Vous ne savez pas plus que nous ce qu’il se passe actuellement et ça vous rend fou. Je suis le seul qui puisse vous aider à éclaircir cette affaire et nous le savons tous les deux."

Oroki relâcha la détente de son pistolet et le rengaina dans sa veste. "Quel merveilleux ennemi vous faites, Kitsuki," rit-il d’un ton méchant.

"Bien, nous aurons des tas d’autres occasions de nous tuer plus tard, Bayushi," répondit Hatsu, "Pour l’instant, nous avons besoin d’informations. Est-ce que ces écrans sont reliés aux bureaux de la Garde Impériale ?"

"Oui," répondit Oroki, indiquant du doigt celui le plus à gauche, "Celui-là. Je l’utilise rarement, par contre. Il ne permet pas de voir le bureau de Kyo lui-même ; les détecteurs de la sécurité sont trop puissants. De plus, la caméra de votre propre bureau est bien plus amusante."

"Mon bureau ?" Rétorqua Hatsu, jetant un regard irrité vers le Scorpion.

Oroki acquiesça, et se retourna vers un autre écran, qui délivra une vue parfaite sur le bureau du Dragon. Hatsu comprit rapidement l’angle de la caméra.

"L’éventail de ma mère !" S’exclama Hatsu, "Vous avez dissimulé une caméra dans l’éventail de ma mère !"

Oroki haussa les épaules. "Un très petit appareil tetsukami, entouré d’un voile d’invisibilité par la magie Scorpion. Une dépense énorme, mais qui en valait vraiment le coup, rien que pour sa valeur amusante. Vous ne bougiez presque jamais cet éventail, et vous n’étiez pas du genre à vous en débarrasser un jour. C’est ce que mon homme placé dans votre équipe d’intendance m’a dit, en tout cas."

Hatsu regarda le Scorpion de travers.

"Oh, ne faites pas cette tête-là, Hatsu," soupira Oroki, "Vous vous attendiez à voir ce genre de choses en venant ici. Sinon, vous ne seriez jamais venu ici pour me parler."

"C’est vrai," admit Hatsu. Il lança un regard vers les nombreux écrans, déconcerté par l’étendue et l’audace de la toile d’Oroki. Il ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi important et d’aussi bien organisé. Pas étonnant qu’il ait eu autant de mal à s’introduire chez le Scorpion. "Il y a de nombreuses choses dont il faut tenir compte en même temps," reconnut-il, "J’admets que je n’ai pas d’indice pour nous indiquer où commencer."

"J’ai une suggestion," dit Oroki, "Vous pouvez commencer dans la salle de bain, Kitsuki. Vous avez besoin d’une douche et de nouveaux vêtements. Vous sentez comme si vous aviez couru à travers les égouts."


Kameru redressa sa cravate et fixa les grandes portes du Musée d’Histoire Naturelle d’Otosan Uchi. Avec la lumière crépusculaire du soleil couchant, c’était un endroit inquiétant, ses grandes flèches et ses arches amples reflétaient la lumière rouge sang de Dame Soleil.

"Monsieur ?" Dit un homme en armure verte, se tenant derrière Kameru, "Vous avez besoin d’aide ?"

Kameru hocha la tête, et le garde du corps se recula au niveau des autres. "Allez, Kameru," se dit-il, "Pour l’amour de Daikoku, tu seras l’Empereur un jour. Des petites choses comme ça ne devraient pas te gêner. Rentre à l’intérieur et va la rencontrer."

Se penchant en avant, Kameru lissa sa veste vert foncé et son pantalon kaki, puis prit la fleur que tenait l’un de ses gardes du corps, et s’avança sur les marches.

Kamiko soupira. Le musée était vide, mais brillamment éclairé. Elle s’assit dans une des chaises trop rembourrées de l’énorme vestibule. Une statue de granit du Dragon du Tonnerre déversait de l’eau dans une fontaine derrière elle. Elle pencha sa tête en arrière sur le coussin et ferma les yeux.

"Quelque chose ne va pas, Kamiko-chan ?" Demanda Maseto, sortant de dessous un passage arqué et assombri.

"C’est tellement vide," dit-elle, regardant tout autour du vestibule.

"Je pensais que vous étiez habituée à venir dans le musée après les heures de fermeture," répondit le yojimbo.

"C’est différent, dit-elle, "Il est trop tôt. Ils ont tout fermé et chassé tout le monde pour que je puisse rencontrer Kameru ici, loin des journalistes."

"Une façon de faire assez courante," répondit Maseto, "Et puis, c’est mieux ainsi. Les paparazzi sont bien le moindre des problèmes de l’Empereur, pour le moment. Yoritomo a de nombreux ennemis."

"Est-ce que ce sera ça, être Impératrice ?" Demanda doucement la fille, faisant tourner sa chevelure blanche et soyeuse, "Être protégée de ceux que je suis sensée servir ?"

"C’est mieux ainsi," répondit Maseto, "Nous devons tous porter le poids de notre propre destin."

"Peut-être," dit-elle. Elle releva les yeux vers les vitraux au-dessus de l’entrée de la section médiévale. Ils étaient de style gaijin, mais ils représentaient les Sept Tonnerres de la Guerre des Clans. Juste un peu à gauche du centre se tenait un grand homme avec une longue chevelure blanche et des yeux bleus qui fixaient le lointain, son noble ancêtre Doji Hoturi. Que regardait-il, se demanda-t-elle. Est-ce que sa destinée avait été la même que celle qu’elle aurait ?

Yoritomo Kameru toussa doucement. Kamiko se retourna avec un grand sourire et se remit sur ses pieds. Maseto s’inclina et recula dans les ombres sans faire un bruit. Kameru rendit le salut, faisant attention à garder les fleurs dissimulées derrière son dos.

"Bonjour," dit Kamiko en s’inclinant légèrement, "Vous devez être Kameru. Vous ressemblez à votre père."

Kameru ne répondit rien pendant un moment, étourdi. La jeune fille Grue était habillée d’une robe courte de soie blanche, boutonnée sur le côté droit avec deux épées d’argent croisées sur son cœur. Ses cheveux blancs étaient liés par un ruban bleu ciel, se mariant à merveille avec ses gants de soie et ses chaussures. C’était la plus jolie fille qu’il ait jamais vue. Il remarqua alors qu’elle portait un katana à sa ceinture.

"Belle épée," dit-il maladroitement.

Kamiko eut un petit sourire. "Bien sûr qu’elle est belle," dit-elle, "D’ailleurs, un samurai ne devrait jamais sortir sans sa lame." Elle lança un regard à la hanche de Kameru, et elle hocha la tête avec un air moqueur.

"J’ai du l’oublier dans la voiture," dit Kameru d’un air faussement stupéfait. Il se passa la main le long du corps, comme s’il cherchait après la lame. "Et bien, il est trop tard pour aller la rechercher, maintenant. Croyez-vous pouvoir me protéger si nous avions des ennuis ici ?"

"Et qu’est-ce que vous m’offririez en échange ?" Le taquina-t-elle.

"Ceci," dit-il, et il présenta la fleur, "Un cadeau qui vient des Jardins Impériaux. Je suis sûr qu’elles ne sont rien comparées aux fleurs que fait pousser Asahina Munashi à Dojicorp, mais c’est les plus jolies que j’ai pu trouver." C’était un grand chrysanthème avec des pétales d’un blanc immaculé, dont la tige était nouée avec un fil d’or.

"Un chrysanthème rouge symbolise l’amour," dit Kamiko, en sentant les fleurs avec un petit sourire, "Le jaune symbolise un amour simulé, et le blanc symbolise la vérité. Quelle sorte de vérité cherchez-vous, Kameru ?"

"Je ne sais pas," dit-il avec une grimace, "Je les ai choisies parce que j’ai entendu que cette couleur s’harmonisait à vos cheveux."

"Oh, non, il ne faut jamais faire ça," dit-elle, nouant le chrysanthème dans sa queue de cheval, "Vous devez considérer le symbolisme. Après tout, si mes cheveux avaient été jaunes, vous m’auriez apporté une fleur jaune, et j’aurais pensé que vous seriez venu pour vous jouer de moi."

"Si vos cheveux avaient été jaunes," dit Kameru, "Je vous aurais amené un docteur." Kamiko se mit à rire. Kameru hocha la tête avec un sourire. "Les chrysanthèmes jaunes signifient un amour simulé ? Vraiment ?"

Kamiko acquiesça. "Vous ne saviez pas que les fleurs ont une signification ?"

"Je n’en avais pas la moindre idée," dit Kameru, "De qui est-ce le travail de maintenir de telles règles ?"

"C’est la tradition, je suppose," répondit Kamiko, pliant son bras pour que Kameru puisse le prendre, "Nous les Grues sommes endoctrinés avec tous les aspects de la culture Rokugani dès notre plus jeune age."

"Et bien, je suis un Mante," répondit Kameru, "Nous naviguons et nous combattons. C’est tout ce que nous avons jamais fait. Oh, oui, et depuis le dernier centenaire, nous apprenons la façon de diriger l’Empire. Je l’avais presque oublié."

Ils marchèrent dans les couloirs du Musée, observant les reliques de l’histoire de l’Empire tandis qu’ils parlaient. Kameru n’était jamais venu dans le musée auparavant. Il était stupéfait de voir des reliques telles que la véritable Main de Jade, corrodée par des siècles de repos au fond de la mer, le Masque de Ninube ou la fabuleuse épée du premier Toku.

Kamiko avait déjà tout vu auparavant, mais elle était vraiment impressionnée par Kameru. Il ressemblait à son père, avec son petit chignon façonné à l’ancienne et son crâne rasé. Il marchait comme son père, ses épaules larges dégageaient un air d’autorité. Sa voix gardait le ton de mystère du Fils des Orages. Toutefois, elle ne voyait aucune trace d’arrogance ou de témérité chez le fils de Yoritomo VI. Il avait un sens de l’humour autocritique et un petit sourire régulier.

Ceci irritait Kamiko au possible. Elle avait marché aujourd’hui dans le musée, déterminée à haïr Yoritomo Kameru, déterminée à provoquer Doji Meda et à aller à l’encontre des traditions. Maintenant, elle ne savait plus exactement quoi penser. Elle n’avait certainement pas l’intention de se marier avec Kameru, mais elle trouvait difficile de le haïr, même si elle le voulait.

"Et quelle est cette arme-ci ?" Demanda Kameru, faisant un geste vers un katana d’argent planté dans une enclume de jade au centre de la pièce, sur un grand piédestal.

Kamiko fut surprise. Elle n’avait même pas réalisé dans quelle pièce ils se trouvaient. "C’est Yashin," dit-elle, marchant vers la lame brillante et la regardant fixement, "L’épée qui fut portée par mon ancêtre, Chomei. Il l’appelait Ambition."

"Une lame magnifique," dit Kameru, se tenant derrière elle, silencieux, pendant un instant. "Dites-moi," dit-il soudain, "Est-ce qu’être la fille du Champion d’Émeraude est aussi pénible que d’être le fils de l’Empereur ?"

"Je ne sais pas," répondit Kamiko, son sourire était brillant, lorsqu’elle rencontra ses yeux, "Comment est-ce, d’être le fils de l’Empereur ?"

"Frustrant," répondit le jeune homme, "Parfois, je pense que je n’ai même pas de père. Parfois, je me sens comme n’importe quel autre de ses sujets. Et vous ?"

"Je sais ce que vous ressentez," dit-elle, regardant sur le côté puis à ses pieds. Kameru lui serra le bras gentiment. "Et lorsque ça arrive, qu’est-ce que vous faites ?" Dit-elle, regardant à nouveau vers lui.

"Rien de plus que ce que je puisse faire," dit Kameru, "Il ne fait jamais le moindre pas vers nous. Si Ryosei ne l’aimait pas à ce point, je ne pense même pas que je m’en inquiéterais."

"Ryosei est votre sœur, n’est-ce pas ?" Demanda Kamiko.

"Oui," dit Kameru, "Depuis que maman est morte l’an passé, je pense qu’ils sont en train de changer, tous les deux. Son humeur est de plus en plus noire, et elle essaie tellement de le garder tel qu’il était que je pense qu’elle change, elle aussi."

"Et vous ?" Demanda-t-elle.

"Je ne sais rien à propos de moi. J’ai du sang d’Osano-wo dans les veines, comme mon père, et je suis probablement destiné à devenir un fou de guerre," rit-il tout bas. "Un jour, je serai Empereur et j’ai de la peine à croire que l’Empire que je dirigerai un jour sera une terre de paix."

"Lorsque vous serez Empereur, vous n’aurez pas à poursuivre la guerre de votre père," dit-elle.

Kameru hocha la tête. "Je ne sais pas," dit-il, "Oubliez ce que j’ai dit. Il est peut-être un père difficile, mais en tant qu’Empereur, il est de mon devoir de le servir. Mes sentiments ne sont pas importants."

"C’est ce que vous croyez," dit Kamiko, et elle l’embrassa.

Kameru se tendit, surpris, puis se relâcha et l’embrassa à son tour. Pendant un instant, ils oublièrent tous les deux leurs problèmes.

Et au-dessus d’eux, Ambition brillait légèrement.


Le Temple des Éléments n’était pas un grand bâtiment, mais pour le Clan du Phénix, son importance était sans égale dans Otosan Uchi. La pagode aux cinq étages se tenait au milieu d’une parcelle de gazon, un énorme parc naturel au milieu de la métropole mouvementée. Le Temple était dédié à l’illumination à travers la maîtrise des cinq éléments, et chaque étage du temple était dédié à l’étude d’un anneau élémentaire particulier.

C’était ici que les shugenja du Phénix manipulaient les kami et les esprits de la terre lors de leurs rituels les plus sacrés. En fait, le bâtiment était tellement sacré que l’intérieur était rarement utilisé ou même visité par quelqu’un d’autre que les Maîtres Élémentaires eux-mêmes et les Gardiens, un ordre de shugenja dédié uniquement à l’entretien et l’embellissement du Temple et de son parc.

Aujourd’hui, le Temple des Éléments était relativement peuplé. Un peu plus d’une dizaine de personnes se tenaient à l’intérieur du quatrième étage, l’Etage du Feu. De la neige tombait doucement derrière les fenêtres, illuminée par la lumière des lanternes du Temple, ainsi que par la faible lueur du soleil d’hiver couchant. Isawa Sumi remarquait à peine la météo ; elle était trop nerveuse. Il lui semblait que le cours de sa vie s’emballait. Hier seulement, elle était une fille ordinaire et aujourd’hui, elle allait devenir la Maîtresse du Feu. Les Maîtres n’avaient pas l’intention de perdre du temps pour son initiation, faisant juste le minimum de cérémonial requis pour que la cérémonie puisse se dérouler rapidement.

Sumi s’agenouilla au centre de la pièce, s’inclinant jusqu’au sol pour prier. Le long du mur de gauche se tenait le Champion Phénix, Shiba Mifune, ainsi que quatre samurais en armures orange vif, les membres d’élite de la Garde de la Maison Shiba. Mifune avait l’air vieux et fatigué, sa main tremblait un peu sur le pommeau incrusté de gemmes d’Ofushikai, le katana ancestral du Clan du Phénix. Le long du mur de droite se tenaient trois simples moines en robes safran, des Gardiens. Leurs bras étaient croisés dans leurs manches, et leurs yeux étaient clos, pour une méditation profonde et calme. A l’avant de la pièce, devant l’Autel du Feu, se tenaient les Maîtres Élémentaires, Asako Ishikint, Isawa Kujimitsu, le Maître du Vide, et Zul Rashid. A l’arrière de la pièce attendait la jeune fille Naga, Zin, qui jouait anxieusement avec son collier de perles.

"Isawa Sumi," dirent les Maîtres comme un seul homme.

Sumi se rassit, regardant les Maîtres avec ses yeux vert clair. "Je suis Isawa Sumi," dit-elle, "Fille du Phénix."

"Qui sers-tu, Isawa Sumi ?" Demanda Zul Rashid de sa voix dure.

"Les Fortunes. Le Phénix. Rokugan," répondit-elle.

"Quel est le chemin que tu empruntes, Isawa Sumi ?" Demanda Ishikint, s’appuyant lourdement sur son bâton orné.

"Hitsu-do," dit-elle, "La Voie du Feu."

"Et nous serviras-tu, maintenant, Isawa Sumi ?" Demanda le Maître du Vide de sa voix caverneuse et étrange.

"Pour le restant de mes jours," dit-elle, s’inclinant à nouveau profondément.

"Alors lève-toi, Isawa Sumi," dit Kujimitsu en souriant, "Nouvelle Maîtresse du Feu."

Sumi se releva gracieusement. Le Maître du Vide s’approcha d’elle pour lui donner un sac de parchemins, des sorts d’une puissance immense pour sa nouvelle position. Ishikint plaça à son doigt un anneau de cristal rouge, le Sceau du Feu. Kujimitsu s’approcha pour lui donner des robes de cérémonie, lui clignant de l’œil en même temps. Et Zul Rashid s’avança pour placer une tiare avec une topaze ardente sur sa tête. Il avait un sourire impénétrable et étrange sur son visage, et ses yeux semblaient légèrement humides lorsqu’il embrassa Sumi sur les deux joues. La pièce fut soudain remplie d’énormes applaudissements. Dehors, les éléments semblaient faire l’écho de l’ovation car la grêle commençait à frapper les fenêtres. Les Phénix quittèrent leurs postures cérémonielles et commencèrent à se mêler pour discuter.

"Félicitations, Sumi," dit doucement Zin à son amie, "Un cadeau." Elle tendit à Sumi un bracelet d’argent aussi fin qu’un fil, avec trois perles parfaites qui lui étaient enchaînées.

Sumi regarda le collier de Zin, et remarqua que quelques perles manquaient. "Oh Zin," dit-elle, touchée, "Tu n’avais pas à faire ça."

"Tu es mon amie, Sumi," répondit Zin, "Mon peuple estime grandement la loyauté et l’amitié."

Une petite brise traversa l’Étage du Feu, ce qui poussa un des Gardiens à ajuster le thermostat sur le mur. "Il y a quelque chose qui ne va pas, Zin ?"

La grêle cliquetait contre les vitres. "Quelque chose…" dit Zin, "Quelque chose est… différent."

"Il fait froid ici ?" Demanda Mifune à voix haute, "Ou ce sont simplement mes vieux os ?"

"Le thermostat n’a pas l’air de fonctionner correctement," répondit le Gardien. Ses deux assistants s’avancèrent pour l’aider.

Un vent soudain fouetta l’Étage du Feu, ce qui fit vaciller les lanternes et les bougies. "Kaze…" entendirent-ils, comme un murmure.

"Ceci est très anormal," dit Zul Rashid, en fronçant les sourcils.

La rangée de fenêtres à la droite de l’Autel du Feu explosa soudain, arrosant les trois Gardiens avec du verre et des grêlons. Les Gardiens hurlèrent et tombèrent sur le sol.

"Shiba, aux armes !" Cria Mifuna, la voix chancelante alors qu’il sortait son pistolet tetsukami. Les cinq samurai formèrent un anneau défensif autour de Zin et des Maîtres, leurs armes prêtes à agir. De la grêle et du vent soufflait vers les Phénix en proie à la confusion, hurlant à travers l’Étage du Feu avec un rire caquetant.

"Kaze !" Fit le vent, "Kazekaze-KAZE !!"

Une nuée de minuscules silhouettes sombres apparurent à la fenêtre, portées par le vent, des silhouettes ailées et noires, avec des yeux rouges comme des braises. Les créatures tourbillonnèrent autour de l’anneau des Phénix, frappant et déchirant avec leurs griffes.

"Feu !" Ordonna Mifune, bien que les Shiba aient déjà commencé à tirer avec leurs pistolets. Les balles tetsukami de feu pur et de vide déchirèrent les petites créatures. Rashid et Kujimitsu commencèrent à projeter des missiles faits d’éclair et de glace. Le Maître du Vide protégeait Zin et Sumi avec son corps imposant, tandis qu’Ishikint basculait dans une transe profonde.

Beaucoup de petits démons furent touchés et tombèrent sur le sol en se tortillant, mais certains percèrent l’anneau des Shiba, frappant les samurai et les Maîtres. Mifune dégaina Ofushikai et lacéra les créatures, en blessant trois d’un seul coup de sa fantastique lame scintillante. Deux des autres Shiba suivirent cet exemple tandis que la paire restante continuait de nourrir un feu soutenu vers la fenêtre pour empêcher que d’autres arrivent.

"Des oni mineurs," gémit le Maître du Vide, en saisissant l’un d’eux dans les airs et l’écrasant dans son poing.

"Ishikint !" Cria Rashid, "Qu’est-ce que tu fais, ratling ?"

"Pas ratling," dit Ishikint en gloussant, "Nezumi. PAR LE POUVOIR DE LA TERRE, QUE LE MAL SOIT DETRUIT !" Le shugenja leva bien haut son bâton puis l’abattit sur le sol avec une force surprenante pour son âge. Des fissures naquirent entre les pavés orange et jaune, pour tracer le symbole kanji sacré de la Terre sur le sol du temple. Une formidable lumière bleue jaillit du symbole tandis qu’Ishikint levait les bras, et les oni mineurs s’enflammèrent tous et moururent en plein vol.

La pièce retomba dans le silence, mis à part le hurlement du vent et la douce mélopée d’Ishikint. La grêle semblait terminée et il n’y avait plus que de la neige qui tourbillonnait dans le Temple des Éléments. Un des Shiba gisait dans une mare de sang sur le sol, la gorge déchirée par un oni mineur. Les trois Gardiens gisaient dispersés sur le sol au milieu des morceaux de verre, gémissants de douleur. "Que se passe-t-il ?" Demanda Mifune, la voix tremblante tandis qu’il fixait avec horreur son yojimbo abattu, "Qu’étaient ces créatures ?"

"Des servants du monstre qui me cherche," dit Zin, "Des servants de Kashrak. Je me souviens de lui maintenant. Je sais qui il est. Nous ne pouvons pas l’arrêter."

"Kaze…" murmura à nouveau le vent. Des dizaines et des dizaines de petites ombres noires avec de yeux rouges apparurent à travers les fenêtres brisées, approchant juste à la limite des bords du glyphe d’Ishikint.

"Le vent dit Kaze," dit Rashid, "Ca ne peut vouloir dire que Kaze no Oni, la Terreur Élémentaire de l’air, mon double maléfique. Souvenez-vous, le Crabe a dit qu’il avait affronté Jimen no Oni, la semaine dernière."

"Et si c’est ce Kaze ?" Demanda Kujimitsu.

"Alors notre combat ne fait que commencer," répondit Zul Rashid, et un cimeterre d’éclairs et de vent apparut dans sa main.

"Combien de temps ton glyphe peut-il tenir, Ishikint ?" Demanda Mifune.

"Assez longtemps…" dit Ishikint, le regard perdu dans sa concentration, "Si tu arrêtes… de parler à Ishikint, humain."

"Oh," dit Mifune, "Désolé." Le Nezumi acquiesça.

Une des samurais prit une radio à sa ceinture et appuya sur un bouton sur le côté. "C’est Shiba Katsumi, on a besoin d’une aide immédiate au Temple des Éléments," dit-elle, "Répondez." Elle fit une pause. "Est-ce que quelqu’un peut m’entendre ?" Une autre pause. "S’il vous plait, répondez."

"Kaze…" siffla le walkie-talkie, "Kaze t’entend très bien…"

Et puis, une grande ombre apparut parmi les oni mineurs, flottant dans les airs alors que ses yeux verts luisaient d’un air meurtrier. Elle émergea des ténèbres et se posa sur le rebord de la fenêtre. C’était une petite créature en forme d’oiseau avec une peau pâle et tachetée, couverte de petits microcircuits noirs. Une paire d’ailes sans peau se replièrent dans son dos avec un claquement métallique ; Elles étaient griffues et avec des doigts, un peu comme les ailes d’une chauve-souris, mais sans la peau, avec seulement une série de doigts métalliques et acérés.

"Shiba, feu !" Ordonna Mifune, pointant son pistolet du Vide vers la chose.

"NON !" Hurla Rashid, réalisant la vérité trop tard.

Les armes de la Garde de la Maison Shiba explosèrent dans leurs mains, consumant leurs propriétaires dans un feu magique. Le pistolet de Mifune éclata en une sphère de vide pur, et il tomba sur le sol avec la moitié droite de son torse et de sa tête tout simplement désintégrée. Les trois samurai restants hurlèrent et tombèrent sur le sol alors que Kaze no Oni mit ses doigts griffus sur son bec et rit.

"Par les Sept Tonnerres !" Haleta Kujimitsu prit d’horreur, "Meurs, Monstre !" Le Maître de l’Eau frappa l’air de son poing, libérant un trait de glace pure vers l’oni. Kaze redressa sa tête et fit un geste d’un doigt, ce qui fit que le projectile magique fit demi-tour et frappa Kujimitsu à la poitrine, le projetant sur l’Autel du Feu où il s’effondra mollement.

"Tout le monde, cessez d’utiliser la magie !" Ordonna Rashid, son cimeterre disparut, "Ce maudit oni retourne nos sorts contre nous !"

"Arrêter d’utiliser la magie ?" Répondit Sumi, terrifiée, "Qu’est-ce qu’on va faire alors ?"

"Nous allons mourir," dit Rashid, saisissant Ofushikai sur le sol, "Nous nous rencontrons à nouveau," dit-il à la lame, en souriant ironiquement.

"Ishikint," dit le Maître du Vide, "Est-ce que ton glyphe pourra le retenir ?"

"Ishikint sent que Kaze est résistant, mais pas immunisé," dit le Nezumi d’une voix enrouée, "Le sort d’Ishikint s’attaque directement à la corruption de Kaze ; Kaze ne peut rien faire pour l’éviter. Mais Kaze essayera de s’approcher, essayera d’affaiblir Ishikint pour que les oni mineurs de Kaze puissent entrer, eux aussi. Ishikint tiendra bon aussi longtemps qu’il le pourra…" Le Nezumi toussa, s’affaissant un peu sous le fardeau de son sort.

Kaze mit un pied au-delà du rebord de la fenêtre, et la lumière bleue du glyphe vacilla.

"Je vais le frapper par la droite," dit Rashid, "Maître, frappe par la gauche. Sumi, Zin, restez ici avec le ratl—" Rashid releva un sourcil, "avec le Nezumi."

Kaze entra complètement dans la pièce, la lumière du glyphe s’assombrit sensiblement. Son bec charnu s’ouvrit dans un sourire. "Viens, petit Phénix," dit-il, "Viens vers Kaze."

Zul Rashid et le Maître du Vide frappèrent en même temps, chargeant de chaque côté. Rashid l’attaqua avec le katana Phénix, alors que le Maître attaqua l’oni avec ses poings puissants. L’épée s’enfonça profondément dans la jambe de Kaze, libérant un jet de sang blanc, et le cou de Kaze se brisa sous les coups du Maître.

"Il est affaibli !" S’exclama Rashid, "On va l’avoir !"

"Kaze ne fait que goûter aux Phénix," rit l’Oni, "Vous n’aurez rien du tout." L’aile de l’oni décrivit un cercle rapide autour de lui. Le bras droit du Maître fut tranché dans une gerbe de sang, et Ofushikai fut éjectée des mains de Rashid. L’oni attrapa la tête du Maître du Vide avec une main, et le projeta contre le plafond, où il se heurta violemment puis il fendit les pavés sur lesquels il retomba.

Rashid jeta un œil vers l’épée perdue, le visage confus. Ses yeux fixèrent Sumi, et il sourit soudain. L’oni plia son aile gauche en une sorte de lame et frappa droit dans la poitrine de Zul Rashid. Le visage du sorcier khadi pâlit et il tomba à genoux. L’aile grinça et se brisa pour rester plantée dans la poitrine du sorcier, dont le corps tomba avec un bruit sourd. Le vent rugit tandis que le Maître de l’Air rendait son dernier soupir.

"Rashid !" Hurla Sumi.

Zin attrapa son collier, libérant une grande perle, et regarda méchamment vers l’oni.

"S’il te plaît, oublie ça, ma chère," dit une voix sifflante tandis qu’un épais bras écailleux attrapa Zin par derrière, "Ça ne tuera probablement pas Kaze, mais je n’aimerais qu’il parte avant qu’il ait terminé de tuer les Phénix."

"Kashrak !" Hurla Zin, se souvenant du nom du monstre alors qu’il la saisissait.

Sumi fut bouche-bée tandis qu’une énorme créature apparut de nulle part, tenant Zin dans ses bras massifs. Il avait les écailles et la tête d’un serpent, bien que sa peau soit tachetée par des croûtes noirâtres et des ampoules. Sa taille était divisée en trois queues épaisses et une demi-douzaine de cobras émergeaient de son torse, oscillants dans les airs. Sumi s’enflamma alors qu’elle se mit à invoquer les esprits du feu.

"Raté, petite fille," dit Kashrak à Sumi, et il disparut alors que le feu de Sumi créa un trou dans le mur juste derrière l’endroit où il se trouvait quelques instants auparavant.

Kaze fit un autre pas. La lumière du glyphe du Nezumi disparut complètement pendant un instant, et Ishikint s’appuya lourdement sur son bâton pour se soutenir. La respiration du vieux shugenja était bruyante, et un filet de sang s’échappa de sa gueule.

"Ishikint, nous devons partir !" Cria Sumi, "Nous devons fuir."

Ishikint toussa, hochant la tête. "Peux pas partir. Kujimitsu, les Gardiens, pas encore morts…" dit-il, la respiration haletante, "Peux pas les laisser… Le glyphe doit tenir…"

"Trop vieux tu es," dit Kaze d’un ton railleur, faisant un autre pas, "Beaucoup de douleur ce doit être pour maintenir ce sort. La mort ce sera pour toi si Kaze brise ce sort. Cours maintenant que tu le peux."

"Les démons ne sont pas bienvenus dans le temple," souffla Ishikint, des gouttes de sang coulèrent de sa bouche, "Retourne dans Jigoku."

"Stupide rat," répondit l’oni, "Kaze fait ce qui lui plait."

"Pas rat," dit le Nezumi, les yeux soudainement brillants, "Nezumi…"

Asako Ishikint s’effondra sur le sol, la lumière du glyphe disparut définitivement.

"Une mort vide de sens," dit l’oni en grognant, souriant à Sumi alors que les oni mineurs commençaient à l’entourer, "C’est la meilleure, n’est-ce pas, fille du feu ?"

"Aucune mort n’est vide de sens !" Beugla le Maître du Vide, saisissant l’oni par derrière. Les oni mineurs se dispersèrent dans les airs, se réfugiant dans les combles, confus et décontenancés par l’humiliation de leur maître.

"Toi !" Dit l’oni d’une voix grinçante, roulant sur le sol toujours au prise à l’étreinte du Maître, "Tu es un Innommable ! Kaze peut le sentir !"

Sumi eut un hoquet. Les Innommables. Cette rare variété de shugenja qui a accepté la Souillure pour combattre le mal. On avait largement murmuré qu’un tel destin était arrivé au Maître du Vide, mais entre le croire et le savoir, il y avait une grande différence.

Kaze frappa le dos du Maître avec son aile restante, brisant l’étreinte du shugenja et s’envolant. "Tu ne pourras pas t’échapper, démon," hurla le Maître du Vide, une étrange fumée violette s’éleva de derrière ses bandages. Du sang s’écoulait du moignon de son bras tranché, mais il semblait ignorer la blessure. "Je serai damné s’il le faut, mais je t’emmènerai en enfer dans mon sillage."

"Nous verrons, Innommable," dit Kaze. Il fit un geste, et les oni mineurs quittèrent les combles pour engloutir le Maître du Vide sous leur nombre. L’homme énorme tomba à genoux suite à leur assaut, ses cris étaient comme un écho terrifiant alors que les créatures déchiraient ses bandages et sa chair.

Kaze ricana à nouveau, croisant ses bras sur sa poitrine. Et le Maître sauta soudain en l’air, ignorant les démons qui s’agitaient sur son corps, et entoura la gorge de Kaze d’un bras. Les deux tombèrent sur le sol à nouveau. Sumi hurla, libérant sa propre magie dans le nuage de démons mineurs, transformant la plupart d’entre eux en tas de cendres avant qu’ils ne puissent de nouveau se joindre à la bataille. Et soudain, l’air s’épaissit dans le temple, comme si un sort puissant était sur le point d’être libéré.

"NON !" Cria Kaze.

Le Maître chantait. "PAR LA VOLONTÉ D’AMATERASU, QUE LE MAL SOIT DÉFAIT," entonna-t-il, serrant le cou du démon.

Kaze chercha une arme, et celle qu’il trouva fut le propre bras tranché du Maître. Il commença à frapper l’Innommable à la tête et au dos, mais le shugenja ignora la douleur comme si ses os étaient déjà cassés. Les oni mineurs commencèrent à tournoyer et hurler, ignorant le Maître, Sumi et Kaze.

"QUE TOUT LE MAL QUI A ÉTÉ SOIT ANÉANTI PAR LE BIEN," hurla le Maître. Les oni mineurs commencèrent à éclater comme des pétards. Kaze commença à frapper désespérément le bras valide du Maître avec son large bec.

"QUE LES PORTES DE L’ENFER S’OUVRENT EN GRAND POUR NOUS DEUX !" Kaze hurla alors que le corps du Maître explosait dans une gerbe de flammes rouges et brillantes, mais l’oni se libéra avec un geste désespéré, un restant de force, et il roula au loin sur le sol, éteignant les flammes sacrées. Puis, il se remit à genoux.

"Stupide mortel," gloussa péniblement Kaze no Oni en louchant, alors qu’il se penchait sur le corps brûlant du Maître du Vide, "Une mort vide de sens." Il s’éloigna du Maître pour s’approcher de Sumi.

"Aucune mort n’est vide de sens," dit Sumi, et un millier d’esprits Phénix s’écoulèrent à travers Ofushikai lorsqu’elle abattit la lame sur le cou de Kaze no Oni.

La tête roula sur les pavés et s’arrêta, un air de surprise sur son visage brûlé. Le corps de l’oni tomba à genoux pendant un instant, puis s’effondra sur le sol. Sumi jeta un coup d’œil à Ofushikai, se demandant comment la lame était soudainement apparue dans sa main. Un mystère dont elle s’occuperait une autre fois.

"Maître !" Cria-t-elle, courant à travers le Temple jusqu’à l’endroit où gisait le Maître du Vide. Elle appela les esprits du feu, éteignant les flammes qui couvraient son corps, et elle le retourna pour voir son visage. Les bandages étaient tombés, révélant les ravages qu’il avait dissimulés pendant tant d’années. Sumi n’écarta pas les yeux.

"Sumi," dit-il, sa voix habituellement forte était faible et brisée, "Tu as réussi…"

"Maître," dit-elle en sanglotant.

"Hashin," dit-il, "S’il te plaît… Maintenant je suis de nouveau Moto Hashin, et plus un Innommable…" Bien que son visage soit déchiré et couvert des cicatrices de sa bataille finale et de sa vie de tourments, les yeux du Maître étaient clairs et emplis de paix.

"Tenez bon, Hashin," dit Sumi, "L’aide arrive. Ils vont vous soigner."

Hashin hocha la tête. "Le marché a été fait, Sumi. Le prix a été payé. Ma vie est prise en gage," la respiration d’Hashin s’agitait dans sa gorge. "Mais le but de Kaze a été atteint. Zin a été enlevée. Toi seule peux la retrouver, Sumi. Toi seule peux sauver l’Akasha avant que tout soit perdu. Toi seule…" Le Maître ferma les yeux pour la dernière fois, "peux nous guider…"

"Non !" Hurla Sumi," Hashin ! Maître !" Elle posa la tête du shugenja mort sur ses genoux, "Non !"

"Il est mort, Sumi," dit Kujimitsu, tenant son bras gauche contre son corps alors qu’il s’appuyait sur l’autel du Feu effondré. "La Famille Moto a bien conçu ce sort."

"Comment vas-tu, Kujimitsu ?" Demanda Sumi, courant à travers la pièce pour s’agenouiller aux côtés de l’homme blessé. Elle remarqua que les Gardiens avaient finalement commencé à se remettre sur pied. Les trois vieux shugenja fixaient d’un air horrifié le carnage à l’intérieur de leur temple.

"Je vivrai," dit Kujimitsu, "Nous sommes sains et sauf pour l’instant, mais à quel prix. Le Maître du Vide est mort. Ishikint est mort. Rashid et Mifune sont mort. Zin a été enlevée. Et nous n’avons plus de champion."

"Faux," dit Zul Rashid. Les Gardiens sursautèrent lorsque le Maître de l’Air se leva, du sang couvrant ses vêtements, l’aile brisée de Kaze no Oni qui dépassait toujours du centre de sa poitrine. Le khadi sourit. "Nous sommes les Phénix et nous ne sommes pas encore morts…"


L’Equestrian rouge s’approcha lentement de la maison. La banlieue autour de la capitale était calme et agréable. Deux vieux messieurs étaient assis sous le porche de la porte suivante, se balançant dans leurs fauteuils à bascule et papotant. Une petite statue en plastique représentant un kenku se trouvait au milieu du gazon devant la maison, tenant une petite lanterne. Un chat blanc trottina sur la route, devant la voiture de Daniri.

"Joli voisinage," dit Daniri, un air amusé sur le visage, alors qu’il gara la voiture et qu’il coupa le moteur, "D’une certaine manière, je n’arrive pas à vous imaginer vivre dans un endroit tel que celui-ci, Kochiyo."

"Et pourquoi donc ?" Demanda-t-elle, croisant les mains sur un genou et ramenant vers l’arrière ses longs cheveux.

"Je pensais que vous seriez plus proche de…" bafouilla-t-il.

"L’action ?" demanda Kochiyo, "A vrai dire, Daniri, je suis une fille simple. J’aime le calme. La ville, j’en ai ma dose lorsque je dois escorter les gens riches et ennuyeux à des soirées que les Scorpions pensent assez importantes pour que j’y fasse une apparition."

"Alors, je suis riche et ennuyeux ?" Demanda Daniri, le coude appuyé sur la portière de la voiture.

"Certainement pas ennuyeux," dit Kochiyo.

Daniri haussa les épaules. "Donnez-moi du temps." Dit-il d’un ton d’excuse un peu forcé. "Je suis un gars vraiment très ennuyeux. Bien sûr, les séries télévisées et les films ne sont pas ennuyeux, mais la plupart du temps, il s’agit de mes cascadeurs."

"Vous n’utilisez pas de doublures, Daniri," dit-elle d’un ton espiègle.

"Oh, oui," répondit-il, feignant l’étonnement.

Elle rit, un rire léger et frais qui parcourait son corps entier. Daniri lui aussi se mit à rire avec elle, le bras l’entourant, puis ils s’embrassèrent. Après un moment, ils se séparèrent à nouveau, et Kochiyo releva un sourcil.

"Qui êtes-vous, Akodo Daniri ?" Demanda-t-elle.

"Qu’est-ce que vous voulez dire ?" Répondit-il, tenant toujours sa taille de guêpe entre les mains, "Si vous ne me connaissez toujours pas maintenant, je ne suis pas sûr de pouvoir vous aider."

"Ce n’est pas ce que je voulais dire," dit-elle, ses bras placés autour de son cou, "Je veux dire que vous n’êtes pas comme un Lion. Vous n’êtes pas impulsif, vous n’êtes pas arrogant, vous êtes juste…"

"Humain ?" Dit Daniri, "Oui, nous les Lions aimons surprendre beaucoup de gens de cette façon."

"Exactement," dit-elle, souriant ironiquement, "Vous êtes tout ce à quoi je m’attendais le moins venant de votre stéréotype."

"C’est le problème avec les stéréotypes," dit Daniri, "Ce sont juste des mensonges et des généralisations commodes. Regardez-vous. Vous êtes une Scorpion, Kochiyo, et une geisha. La plupart des gens penseraient que vous êtes manipulatrice, meurtrière, séductrice, à cause des stéréotypes."

"Bien, deux sur trois…" dit-elle.

"Je ferai comme si je ne l’avais pas entendu," répondit Daniri.

"Quoique," dit-elle, "c’est plus facile pour vous de briser le moule. Vous n’êtes pas vraiment un Lion, après tout."

"Que voulez-vous dire ?" Demanda-t-il, soudain tendu.

"Eh bien, vous êtes un Akodo, pas vrai ?" Dit-elle, le visage reflétant sa tension, "Ce n’est pas une vraie famille ; vous n’avez pas hérité de ce nom. Tous les Akodo viennent d’autres familles de samurai."

"Oh, oui," dit Daniri, essayant de ne pas montrer son soulagement, "Ok."

"Alors d’où venez-vous, Daniri ?" Demanda Kochiyo, "Qui est la personne responsable de la création du héros de Rokugan ?"

"Je suis vraiment un Lion," répondit-il rapidement, "J’étais un Ikoma avant qu’Ayano ne me découvre. Bien sûr, j’étais une sorte de mouton noir avant ça, de sorte que dans tous les vieux films que j’ai tournés, j’étais juste ’Daniri’." Il se sentit honteux de mentir, mais il ne pouvait pas faire autrement. Ce n’était pas à lui de révéler son identité. Akodo Daniri appartenait à tous les gens de Rokugan ; un misérable paysan comme Genju Danjuro ne devait pas ruiner ce nom.

"Et pourquoi étiez-vous un mouton noir ?" Demanda-t-elle, redressant un peu la tête, "Avez-vous fait quelque chose de… mal ?" Sa bouche était pincée dans un petit sourire taquin.

"Bien sûr que oui," dit-il, s’approchant encore plus d’elle et murmurant, "Je n’étais pas capable de jouer correctement."

Ils éclatèrent de rire tous les deux, et s’embrassèrent encore. Kochiyo se recula ensuite, un air sérieux sur le visage.

"Donc," dit-elle, "Il est encore très tôt. J’ai loué certains de vos vieux films. Voudriez-vous venir à l’intérieur pour les regarder ?"

"Oh, par les Sept Tonnerres, vous n’avez tout de même pas fait ça," dit-il, se couvrant le visage et rougissant.

"Oh, si," dit-elle, un éclat dans les yeux. "J’ai ‘Ninja Urbain’," elle compta sur ses doigts, "‘Le Maître de la Mort’, ‘Le Guerrier du Carnage 3’ — vous n’étiez pas dans les deux premiers ‘Guerrier du Carnage’, n’est-ce pas ? Et… oh oui, ‘La Quête de Sanzo’."

"‘La Quête de Sanzo’ ?" Rit-il, "Mais j’apparais à peine dans celui-là ! Je jouais un des méchants que Sanzo descend dans la première scène !"

"C’est là tout l’intérêt !" Dit-elle, "Quoi de plus drôle qu’un film où Akodo Daniri se fait descendre dans la première scène ? Et en plus, vous avez des cheveux noirs dans celui-là !"

Daniri hocha la tête, la couvrant de ses mains, mais lorsqu’il la regarda à nouveau, il souriait d’une oreille à l’autre, "En effet, Kochiyo, ça me semble être très amusant."

"J’ai du pop-corn, aussi," ajouta-t-elle, "Faites attention, Daniri. Donnez-moi du pop-corn et des films d’action, et je me transforme en femme féroce."

"Ha !" Daniri se mit à rire. Kochiyo était incroyable. Elle était belle, intelligente, et elle semblait le voir comme une personne, et pas un phénomène des médias. Ce qui rendit encore plus dure sa décision. "Et bien, ça a vraiment l’air génial, mais je dois dire non."

"Pourquoi pas ?" Demanda-t-elle, déçue, "J’ai eu du mal à réunir les cassettes, Daniri."

"Je suis désolé," dit-il, secouant la tête, "J’ai des obligations plus importantes, pour ce soir."

"Une autre femme ?" Demanda-t-elle.

"Non," il dit ceci en la regardant dans les yeux d’un air sincère, "Je dois aider mon frère."

"Votre frère ?" Demanda-t-elle, "Je ne savais pas que vous aviez un frère."

"Et bien, ma famille reste en dehors des feux de la rampe," dit-il, posant les deux mains sur son volant et jetant un regard au loin. "Je suis désolé, Kochiyo. Peut-être demain."

"Bien, ok, Daniri," dit-elle en soupirant, se rasseyant dans son siège et croisant les bras. Elle hocha la tête, et puis elle sortit de la voiture.

"Bonne nuit," dit-il à travers la vitre ouverte.

"Bonne nuit," dit-elle, se penchant pour le regarder, "Et bonne chance avec votre frère. Laissez-moi juste vous donner un conseil."

"Quel est-il ?"

"Avec un peu de mystère, une femme trouve un homme intrigant," dit-elle, "mais avec trop de mystère, une femme se trouve un autre homme." Elle sourit en le disant pour atténuer quelque peu la virulence de ses propos, et puis elle se retourna et marcha rapidement vers la porte de sa maison. Daniri la regarda s’en aller.

"Nom d’un chien, Jiro," dit-il dans sa barbe, "Tu ne pouvais pas plutôt rejoindre le Clan de la Sauterelle la semaine prochaine ?"


"Seigneur Yoritomo," dit courageusement le jeune samurai, faisant cliqueter l’extrémité de son yari sur le sol.

L’Empereur leva les yeux de son bureau, ses yeux durs se portèrent droit vers le Garde de la Mante.

"La Championne de Jade et votre fille vous demandent audience, votre Grandeur," dit la Mante en s’inclinant souplement.

L’Empereur se replongea dans les papiers de son bureau pendant quelques instants, ne portant aucune attention au garde et à sa déclaration. La Mante attendit docilement la réponse, restant incliné pendant presque une minute. "Fais-les entrer," dit l’Empereur, et le garde partit sans un bruit.

Yoritomo Ryosei entra dans la pièce, ses cheveux noirs ondulant derrière elle. Elle était une jeune fille, mais elle avait déjà l’aspect d’une très belle femme. Elle sourit largement à son père. Une femme plus âgée suivait Ryosei, resplendissante dans son manteau vert sombre de Championne de Jade et dans sa robe assortie aux couleurs émeraude du Clan du Renard. C’était une shugenja élégante, d’âge avancé, avec un visage dur et des yeux rusés, qui ressemblait beaucoup à une version plus âgée, plus sage de la jeune Ryosei. C’était peut-être simplement voulu, car Ryosei était la nièce de Kitsune Maiko. Les deux femmes s’inclinèrent.

"Maiko, ma fille, bienvenue," dit Yoritomo, croisant ses larges mains devant lui alors qu’il hochait la tête en signe de bienvenue, "Je vous en prie, prenez un siège."

Les deux femmes s’assirent calmement dans les chaises en velours devant le grand bureau de marbre vert de l’Empereur.

"J’espère que l’hiver vous est propice, Maiko," dit Yoritomo, "Je n’ai pas eu le plaisir de partager une conversation avec vous depuis un certain temps."

"Mes études m’occupent beaucoup," répondit Maiko, "mais il se trouve que je ne pouvais rester plus longtemps dans la bibliothèque."

"Oh ?" Dit l’Empereur, "Et pourquoi ça ?"

"Le Feu du Dragon," dit Maiko, "Les Agasha m’ont raconté que vous l’aviez lancé sur Medinaat-al-Salaam. Je vous prie de reconsidérer cet acte."

Yoritomo se mit à rire. "Les Agasha," dit-il, "Ils sont remarquablement loquaces pour une famille qui tire sa fierté de sa propre inexistence."

"Leur inexistence sert à s’assurer que des armes telles que le Feu du Dragon ne seront plus jamais utilisées à nouveau," dit Maiko, les yeux intenses et brillants de colère, "La Famille Impériale et le Champion de Jade sont les seules personnes qui sont au courant que le Clan du Dragon vit encore aujourd’hui. Vos actions impétueuses contre le Senpet ont mis en danger ce savoir. Je vous prie d’écouter mes conseils à ce sujet."

"Vos conseils ne sont pas nécessaires," dit Yoritomo d’un ton catégorique. "Notre décision a été prise. Les Terres Brûlées doivent être un exemple pour ceux qui pourraient enfreindre la Volonté Impériale."

"Vous avez l’intention d’annihiler une ville de sept millions d’habitants," dit Maiko, retombant sur sa chaise, choquée, "Vous ne pouvez pas me dire qu’il n’y a pas d’autres moyens."

"Excusez-moi," dit Yoritomo, levant un doigt, "mais pourquoi avez-vous choisi d’inviter ma fille à une discussion aussi délicate et classée affaires d’état ?"

"J’étais en train d’étudier dans la bibliothèque de Maiko-sama lorsque les Agasha sont arrivés," dit Ryosei, "Lorsque j’ai entendu par accident de quoi ils parlaient, j’ai insisté pour venir moi aussi."

"Tu as entendu par accident ?" Répéta Yoritomo. Il hocha la tête en souriant. "Parfois tu me rappelles beaucoup ta mère."

"Père, vous ne pouvez pas faire ça !" Dit Ryosei, sautant de son siège et plantant ses deux mains sur le bord du bureau, "Vous ne pouvez pas laisser ceci arriver."

Yoritomo regarda ailleurs, le visage fatigué et indécis. "Ryosei," dit-il, plongeant son regard dans ses yeux vert sombre, "Nous sommes désolés. Peu nous importe si l’histoire se souvient de nous comme d’un fou et d’un meurtrier. Peu nous importe si le monde entier se ligue contre nous pour ce que nous faisons. Tout ce qui nous importe, c’est Rokugan. Si les nations de la terre ne se tiennent pas à nos côtés dans la prochaine Guerre des Ombres, nous serons détruits."

"Absurdité syllogiste," railla Maiko. "Vous tentez de stopper l’Armagedon en le provoquant !"

"Peut-être," dit Yoritomo, "mais si nous devons choisir, nous préférerions brûler ce monde que le céder aux ténèbres, et une chose maléfique nous cherche maintenant, bien plus puissante encore que Fu Leng, Ishak, ou Iuchiban."

"Quelle chose maléfique ?" Répondit Maiko, "En tant que Championne de Jade, je suis votre conseillère principale en ce qui concerne les choses de la magie, Yoritomo. Je vous demande de me raconter ce contre quoi vous nous ’défendez’."

"Si je le pouvais…" répondit Yoritomo, "Maintenant, laissez-moi, toutes les deux. Ryosei devrait retourner à ses études et je suis sûr que la Championne de Jade a des affaires plus importantes à traiter."

Maiko et Ryosei allèrent jusqu’aux portes du grand bureau. La Championne de Jade se retourna sur le seuil. "Yoritomo, je vous supplie de reconsidérer cet acte," dit-elle, "Le Feu du Dragon n’a pas encore atteint sa cible, et il peut toujours être détruit à distance si vous le voulez. Son pouvoir est inimaginable. S’il venait à exploser, vous pourriez amorcer une conflagration qui nous détruirait tous."

Yoritomo ne dit rien, regardant à travers elles comme si elles n’étaient pas là, une expression de tristesse ennuyée sur le visage. Les portes se refermèrent.

"Votre père est devenu fou," cracha Kitsune Maiko dès qu’elles furent assez loin des gardes pour que ces derniers ne puissent les entendre.

"Il n’est plus le même depuis que mère est morte," dit Ryosei, se serrant elle-même dans ses bras et fixant ses pieds, tandis qu’elle marchait, "Il est devenu plus froid, plus irrité et plus distant. Je m’inquiète pour lui. Je crois que je suis probablement la seule à le faire."

Maiko rit. "Oh, croyez-moi, Ryosei, vous n’êtes pas la seule personne dans Rokugan qui est soucieuse de l’état d’esprit de votre père. Et si je ne parviens pas à émettre un avertissement à temps, il y aura sept millions de gens qui n’auront jamais la chance de s’étonner à quel point il est dément." Sans autre mot, Maiko se retourna et monta les escaliers de sa tour, laissant Ryosei seule dans le couloir.

Non loin de là, le mur s’ouvrait sur une des nombreuses cours du Palais. Les Chutes de Diamant tombaient majestueusement dans deux mares jumelles pleines de nénuphars tandis que la neige tombait doucement tout autour. Ryosei entra dans la cour et s’assit doucement sur un des bancs, fixant pensivement la surface ridée de l’eau. C’est alors qu’elle remarqua la piste de taches rouge sombre dans la neige, s’écartant du bord de la mare. Elle se redressa et s’approcha de la piste, se penchant pour effleurer un des points avec un doigt.

"Du sang ?" Souffla-t-elle, surprise.

"J’ai p-p-peur qu-que ce s-s-oit le m-mien," dit une voix proche.

Ryosei leva les yeux, surprise de voir un jeune homme mince recroquevillé derrière les buissons, étreignant son épaule gauche. Ses longs cheveux noirs dégoulinaient d’eau, et sa chemise noire était souillée de sang.

"Qui êtes-vous ?" Demanda Ryosei.

"Isawa S-s-saigo," balbutia-t-il, grelottant à cause de l’air froid.

"Comment vous êtes-vous blessé ?" Demanda-t-elle, se précipitant à ses côtés et s’asseyant sur le sol.

"On m’a t-tiré dessus," dit-il, "Tsuruchi K-kyo…"

"Pourquoi Kyo vous aurait-il tiré dessus ?" Demanda-t-elle, écartant sa main pour voir la blessure. Elle fut effrayée. Il y avait beaucoup de sang, mais elle ne semblait pas trop grave.

"B-b-bonne question," dit Saigo avec amertume.

"Tenez bon," dit Ryosei. Elle ôta son écharpe et l’enroula fermement autour de l’épaule du jeune homme, puis serra la main de Saigo contre la blessure. "Maintenez bien fort sur la blessure," dit-elle, en tapotant sur sa main.

"M-merci," sourit Saigo.

Ryosei ôta son épais manteau vert et le plaça sur le corps de Saigo. Ça le tiendrait au chaud pendant un moment. Elle frissonna un peu tandis que le vent d’hiver souffla sur ses épaules dénudées.

"Que f-faisons-nous, mainte-tenant ?" Demanda Saigo, "Vous n’allez pas me l-livrer, n’est-ce-pas ? Ils v-v-vont me tuer."

Ryosei se mordit les lèvres, en considérant les options possibles. Entre la tentative d’assassinat et la guerre, et le comportement de son père, il lui semblait qu’il se passait trop de choses étranges dans le Palais, ces derniers jours. Trop de choses sur lesquelles elle n’avait aucun contrôle. En voici une de plus. Un autre problème pour lequel elle était inapte. Elle pouvait entendre quelqu’un hurler des ordres beaucoup plus loin dans le couloir.

"Ils arrivent !" Dit Saigo, les yeux emplis de frayeur.

"Venez," dit Ryosei d’un ton décidé, le relevant et tirant le bras valide de Saigo autour de ses épaules.

Ils trottèrent tous les deux hors de la cour alors que trois Gardes Impériaux entraient par l’autre côté. Ils commencèrent à chercher curieusement dans la mare aux nénuphars, ignorants de l’évasion de Saigo.

"Où allons-nous ?" Demanda Saigo, les yeux fous, "Nous ne pourrons jamais sortir du Palais ! C’est bien trop gardé."

"Nous ne quittons pas le palais," répondit Ryosei, tandis qu’ils entrèrent dans la cage d’escalier qui menait à la tour de Maiko.

Derrière eux, l’air se troubla. Un ancien esprit apparut, vêtu d’une robe en lambeaux orange et noire. Il poussa un long soupir d’anxiété alors qu’il redressait la tiare ornée d’un cristal rouge sur sa tête.

"Saigo, mon fils," dit l’esprit avec une grimace, "Tu es un sacré pourri veinard."

Tsuke fit un geste, et la porte menant à la tour de Maiko se referma avec un claquement sourd.


Le Joyau du Désert était littéralement et figurativement le centre des terres antiques connues sous le nom de Terres Brûlées. Depuis des temps immémoriaux, il avait toujours été un point d’appui culturel pour l’infertile royaume désertique. C’était ici, à Medinaat-al-Salaam que les différentes factions et les royaumes mineurs du désert travaillaient pour gagner un avantage ou l’autre, échangeaient leurs biens, créaient leur art, et vivaient leur vie de tous les jours.

Le soleil se couchait sur la cité lorsque le Feu du Dragon arriva. Un minuscule point d’une terrible lumière blanche scintilla au centre de l’horizon, bientôt éclipsé par une sphère de destruction de plus en plus grande. Du feu s’éleva tel un pilier au-dessus de la cité, tandis que des immeubles d’acier et des temples de pierre étaient réduits en poussière par une onde de choc, plus vite que le bruit de l’explosion elle-même.

Des flammes aussi brillantes que le soleil et aussi noires que la mort brûlèrent le ciel, aveuglant ceux qui étaient assez fou pour les regarder, ceux qui étaient assez malchanceux pour survivre. Le rugissement étourdissant du Feu du Dragon fit trembler la terre, craquelant la roche profondément sous le désert, envoyant le sable voler en une tempête puissante qui déchirait la chair sur les os. Des gens brûlèrent jusqu’à l’état de cendres en un instant. Des gens étouffèrent lentement, à cause de la poussière et le sable. Des gens prirent des heures à mourir, coincés sous des décombres et des débris. Le feu fit rage pendant des heures, avant qu’un silence relatif ne reprenne sa place dans le désert blessé.

Un anneau de tours squelettiques et de pierres de temples à moitié brûlés se dressaient silencieusement autour du cratère brûlé qui fut autrefois le cœur des Terres Brûlées, alors que des orages emplis de la fureur de la nature et de la colère des morts tourbillonnaient éternellement au-dessus de ce carnage. Ce qui avait été la merveille d’un monde, le Joyau du Désert, n’existait plus.

Dans le Palais de Diamant, Yoritomo Six observait le tout grâce à ses satellites jusqu’à ce que des interférences magnétiques interrompent l’image. Il coupa le petit moniteur et pria les Fortunes pour qu’elles le pardonnent. D’une manière ou d’une autre, il savait qu’elles ne le feraient pas, mais il pria malgré tout.

Les lumières du petit bunker vrombirent de manière irrégulière, alors que les générateurs de secours se remettaient en marche. Un groupe de six personnes fixait incrédules l’horreur que leur cité était devenue.

"Ahmed, rapport des victimes," dit la Pharaon, ses yeux verts brillants d’un éclat rouge dans les ténèbres.

Le ministre toussa et ajusta ses lunettes. "Difficile à dire, ma Dame," répondit-il, la voix brisée, "Il est trop tôt pour avoir une estimation précise, et la vague électromagnétique générée par l’explosion a aveuglé nos senseurs."

"Le Joyau était une cité de sept millions de gens," dit la Pharaon d’un ton catégorique, "Si ça ne vous dérange pas, j’apprécierais que vous puissiez estimer la quantité de sang que j’ai sur les mains." Ses yeux rougeoyants percèrent l’esprit du ministre, le clouant à son siège. Il cligna des paupières et regarda ailleurs.

"Mais, ma Pharaon, Je—" bafouilla-t-il.

"DEVINEZ !" Rugit-elle.

Ahmed lâcha son bloc-notes ; il tomba sur le sol de la petite chambre de conseil. Les quatre autres ministres regardaient Rujdak-hai, choqués. Le pouvoir de la Pharaon était implicite ; Ses menaces étaient toujours subtiles, jamais évidentes. Une telle explosion de colère fit naître la peur même dans le cœur du représentant khadi.

"Je dirais…" Ahmed retira ses lunettes, et sa voix était enrouée, "Je dirais qu’une estimation minimum serait de trois millions six cent mille morts, avec une autre perte d’un million deux cent mille pour la semaine prochaine à cause des radiations, de la déshydratation, et de l’exposition."

"Bâtards de Rokugani !" Cria le général du Senpet, frappant avec son gantelet épais sur la table.

"Ce n’est pas de la faute de Yoritomo, Naref," dit Rujdak-hai, son regard légèrement distrait, "C’est la mienne. Il m’avait avertie, mais je l’ai stupidement sous-estimé, je l’ai provoqué pour qu’il nous attaque."

"Si un taureau tue votre enfant, c’est de la faute de l’homme qui a libéré le taureau," dit Khalifah, un prêtre assez âgé avec une peau d’ébène et une chemise blanche immaculée.

"Je ne parviens pas à croire que nous nous blâmons pour cette affaire !" S’exclama Naref. Le grand homme se leva rapidement, son siège se renversa à cause de sa rage.

"Calmez-vous, Naref," dit le khadi, frappant la lourde boite de fer qui se trouvait sur ses genoux, "Ce n’est pas le moment de nous laisser succomber à nos émotions absurdes."

"Permettez-moi d’être d’un autre avis, Al Judar," dit Khalifah, en frottant le bout de sa canne d’ivoire, "Le temps est à l’émotion. Nous avons tous des parents morts, à ce jour. Nos cœurs crient vengeance. Même le vôtre, homme sans cœur."

Al Judar jeta un coup d’œil nerveux à la boite en fer, puis de nouveau à l’homme couleur d’ébène. "Mais alors, quelle était cette discussion d’il y a quelques instants, où nous parlions de punir l’homme, et non le taureau ?" Cracha le khadi.

"Quel est l’intérêt de punir un animal stupide ?" Dit calmement le prêtre, "Vous le tuer simplement, et ainsi il ne peut plus faire de mal ; se tracasser sur ses motivations ne rime à rien."

"Je suis d’accord," dit Rujdak-hai. "Nous ne pouvons blâmer tout Rokugan pour cette atrocité, seulement un homme. Après tout, il s’agit d’un de ses conseillers qui nous a racontés ce qui allait se produire, juste à temps pour que nous puissions nous échapper et tenter toutes les évacuations possibles. Je suis prête à pardonner pour ce qui a été fait au Joyau du Désert, mais pas tant que Yoritomo Six ne sera pas mort."

"Bah !" Cracha le sixième membre du conseil, "Aucun d’entre vous ne sait ce qu’est la vengeance !" Tous les yeux se tournèrent vers lui. C’était un vieil homme habillé d’une volumineuse robe noire et d’un turban de style ancien. Il n’avait pas de nom. La Pharaon l’avait introduit dans le conseil aujourd’hui, et l’avait simplement appelé le Vieil Homme.

"Avez-vous quelque chose à dire, Vieil Homme ?" Demanda Al Judar d’un ton venimeux. Al Judar avait travaillé sa vie entière pour devenir le dirigeant des khadi. Il avait commis des péchés qui auraient dû obscurcir son âme à jamais, pour obtenir sa position dans le conseil, et il n’appréciait pas ce "vieil homme", qui semblait avoir obtenu sa position en une nuit.

"A votre place, je ferais preuve de plus de respect, avec votre cœur aussi proche, khadi," sourit le vieil homme, en tapotant sur la dague courbe à sa ceinture.

"Ça suffit," dit Rujdak-hai, ses yeux fixant le Vieil Homme, "Vous savez pourquoi je vous ai amené ici."

"Oui," répondit le Vieil Homme, "Vous voulez frapper votre adversaire au cœur, vous voulez abattre Yoritomo lui-même. Et vous avez besoin, pour y arriver, d’une manière de faire qui ne ferait pas peser les soupçons sur vous."

Le Vieil Homme claqua des doigts, et la porte de la chambre du conseil s’ouvrit. Une petite femme entra dans la pièce. Elle était très mince, mais bougeait gracieusement, et était habillée de noir, avec un voile couvrant tout son visage, à l’exception de ses yeux. Elle se posta à la droite du Vieil Homme, ses yeux bruns observant rapidement tout autour d’elle.

"Voici," dit le Vieil Homme en indiquant la femme d’un geste, "Mon meilleur agent. Son nom est Fatima."

Le Vieil Homme claque des doigts à nouveau. Un jeune homme entra dans la pièce pour se poster à la gauche du Vieil Homme, en souriant et en tenant ses mains sur ses hanches. Sa tête était rasée et il portait des cicatrices jumelles sur ses joues. Il portait une tenue étrange, un mélange d’armure corporelle et de chaînes, avec une ceinture de couteaux en travers de sa poitrine.

"Cet homme," dit le Vieil Homme en gloussant, "N’a pas besoin d’être présenté."

Naref se leva de sa chaise, le visage blanc et colérique. "Omar Massad, le chef des Chacals !" Il cracha de rage. Il tira son pistolet d’argent et le pointa sur l’homme, qui saisit tout aussi rapidement un couteau entre deux doigts et grimaça.

Un éclair de lumière illumina la table du conseil, et Massad et Naref tombèrent tous les deux sur le sol en se tenant les yeux. La Pharaon était debout, tenant son bâton fumant à tête de cobra dans une de ses mains. "Retenez-vous, tous les deux," ordonna-t-elle, "Il y a un ennemi bien plus grand à combattre, aujourd’hui."

"Des Assassins !" Dit Ahmed, sa bouche grande ouverte à cause du choc, "Vous avez recruté des assassins pour tuer Yoritomo !"

"Et je vous recommande de vous faire à cette idée rapidement, Ahmed Saleem," dit le Vieil Homme, en lançant un regard au jeune ministre à faire assombrir les étoiles, "Le monde est très différent de celui dans lequel vous vous êtes réveillé ce matin. Je suis ici pour vous procurer la vengeance dont vous avez besoin. En tant que Senpet, la Pharaon elle-même pourra témoigner de l’exactitude de mes lettres de créances."

Omar Massad ricana d’un ton obscène. Les autres ministres se rassirent inconfortablement sur leurs chaises, incertains de la manière de réagir. À la tête de la table, le visage de la Pharaon était sinistre. Le prix avait été payé ; l’accord avait été passé. Maintenant, tout ce qui lui restait, c’était la vengeance.

Et dans un cratère noir à des kilomètres de là, où l’une des plus grandes cités de l’histoire s’était tenue un jour, quelque chose s’extirpa des ténèbres et ouvrit ses ailes d’un noir d’encre, puis s’envola.

Et cette chose prit la direction de Rokugan.


Ikoma Keijura fixait un point sur le miroir, ne regardant pas son propre visage, ne regardant rien du tout. Autour de lui, des maquilleurs tournaient comme des mites, appliquant de la poudre et du fond de teint sur son visage, faisant disparaître la sueur et peignant ses cheveux. Keijura était assis sans bouger et se détestait.

Medinaat-al-Salaam. La nouvelle venait de leur parvenir, il y a quelques minutes. Matsu Shingo était sorti pour un travail, et donc il incombait à lui, Ikoma Keijura, journaliste cadet, de délivrer les nouvelles à Otosan Uchi et au monde. S’il parvenait à se convaincre de le faire.

Ce n’était pas qu’il était trop nerveux. Non, nerveux, il l’était certainement, mais ça avait du bon de l’être ; la nervosité permettait de garder votre intelligence en éveil. Foruku lui avait appris cela. La nervosité n’était pas le problème. Keijura, dans sa courte carrière, avait déjà fait le compte-rendu d’affaires importantes, auparavant. Par les Tonnerres, il se trouvait dans la pièce lorsque Ichiro Chiodo avait déclenché sa fureur contre la Garde Impériale et il était resté là alors que les autres journalistes avaient fui.

C’était différent. C’était juste un crime. Il jeta à nouveau un regard à ses cartons de notes, ignorant les maquilleurs tandis qu’ils continuaient à faire leur travail.

"La cité de Medinaat-al-Salaam, capitale des Nations Alliées du Senpet, a été détruite aujourd’hui par la puissance de nos missiles du Feu du Dragon, après leur mépris évident pour l’ultimatum Impérial d’hier. Les Terres Brûlées ont appris une dure leçon pour un tel mépris. Yoritomo Six a annoncé qu’il était à présent ouvert aux supplications de reddition de la Pharaon, et qu’il était prêt à se montrer miséricordieux. Si le Senpet voit la sagesse de cette requête, cela pourrait être l’aube d’une grande et nouvelle ère pour l’Empire de Diamant."

Il ne pouvait pas lire ça. C’était de la propagande nationaliste aveugle, rien de plus. L’Empereur avait massacré une cité de sept millions d’habitants et c’était sensé être une bonne nouvelle ! Et il devait l’annoncer comme tel. Après tout, les Lions servent l’Empereur comme quiconque. Si pas d’avantage.

Keijura soupira. C’était une honte que le seppuku ne soit plus à la mode.

"Keijura, une minute," dit un des producteurs, passant la tête à la porte de la salle d’habillage alors qu’il courait dans le couloir.

Les maquilleurs se dispersèrent. Keijura mit de côté le drap blanc qui couvrait ses épaules et fixa son reflet, une fois de plus. Il était jeune et beau, avec des cheveux blonds parfaits et un menton développé. Tout ce que devrait être un lion, en ce qui concerne les apparences. Mais à l’intérieur ? Kitsu Foruku avait vu du talent en lui, et l’avait engagé pour qu’il travaille pour la chaîne, au lieu de son petit travail minable à Mamoru Kyotei, même s’il était plus jeune que tous les journalistes cadets jamais engagés à la KTSU. Le vieil homme avait toujours dit que Keijura avait la "force morale" pour y arriver, ainsi qu’une bonne voix et un beau visage.

Mais cette force morale n’avait pas fait que du bien à Foruku. Il était sans emploi, à présent, et la rumeur voulait que ce fut sur une requête Impériale. Foruku n’avait pas été très subtil quant à son opinion sur les déclarations de l’Empereur.

Keijura se leva et avança rapidement jusqu’au studio, faisant un signe de tête à un des écrivains tandis qu’il passait. Il bougeait automatiquement, comme un robot, les cartons de notes oubliés dans sa main. Bientôt, il fut assis derrière le bureau de présentateur, toutes les caméras fixées sur lui, tous les yeux du monde. De l’autre côté se tenait Ikoma Yakamura, le directeur, qui lui donna le signal d’attente.

Keijura regarda ses cartons à nouveau, puis devant lui. Pouvait-il vraiment les lire ? Que dirait-il s’il n’y arrivait pas ? Dans les ombres du studio, il vit Kitsu Mizutoki, le sodan-senzo du studio, qui le fixait les bras croisés dans les manches amples de sa robe.

Le directeur fit un signe à Keijura. Il était à l’antenne à travers Rokugan.

"Bonjour, peuple de Rokugan," dit-il doucement, le visage sérieux, "Nous interrompons cette émission pour vous apporter d’importantes nouvelles."

Il fit une pause, incertain. Dans les ombres, Mizutoki leva un de ses sourcils blancs, curieux.

"La cité de Medinaat-al-Salaam," dit Keijura, "capitale des Nations Alliées du Senpet, a été détruite aujourd’hui par la puissance de nos missiles du Feu du Dragon, après leur mépris évident pour l’ultimatum Impérial d’hier…"

Keijura continua de lire ce qu’on lui avait donné. Il le fit avec sang froid, la voix donnant aux mots un sens comme si lui-même avait cru en eux. Après tout, il était la voix du peuple. C’était ce qu’il était sensé faire.

"Plus d’informations dès que la situation évolue," dit Keijura, "C’était Ikoma Keijura, pour le journal de KTSU." Yakamura lui donna le signal de fin, et les caméras se coupèrent, laissant les téléspectateurs de l’Empire retourner au match de la finale Steelboys-Berserkers. Dans les ombres, Mizutoki était parti.

Keijura quitta le studio, avec l’impression qu’il était un lâche.


Jiro se demanda quand Sekkou reviendrait pour lui. Il était dans cette pièce, ou plutôt cette cellule, depuis qu’Inago Sekkou l’y avait déposé, hier. C’était une chambre plutôt petite, avec un lit de camp, une télévision, des toilettes et un évier. Le seul signe de vie qu’il avait pu constater était le dîner qu’il avait pu entendre de l’autre côté de la porte, la nuit dernière et ce matin. Sekkou avait prétendu que les Sauterelles avaient besoin de vérifier certaines informations sur lui, avant qu’il ne soit initié. Mais Jiro n’avait rien à craindre à propos de son passé. Celui-ci était tellement court.

En vérité, c’était un test. Hiroru lui avait dit qu’ils feraient quelque chose comme ça. Ils le laisseraient seul pendant un moment, et verraient s’il se drogue, s’il craque, s’il révèle le moindre signe de faiblesse. C’était en fait la vraie façon de le tester. Ça n’avait aucune importance pour lui. Jiro pouvait attendre. Il pouvait attendre toute la semaine, si ça lui donnait une chance de rentrer dans les rangs des Sauterelles. Ça en valait la peine.

"Genju Jiro," dit une voix derrière la porte. Elle s’ouvrit d’un grincement métallique et un grand homme en veste noire et au casque de motard entra dans la pièce. Sekkou.

"Je pensais que vous ne viendriez jamais ici," dit Jiro avec un rire nerveux. Hiroru lui avait conseillé de jouer au gosse nerveux et sur le point de craquer. Ils auraient ainsi l’illusion qu’il serait plus facile de lui faire un lavage de cerveau.

"Ouais, en fait, j’suis un homme occupé," répondit Sekkou, "C’est l’heure pour toi d’aller à un rendez-vous."

Jiro suivit l’homme hors de la pièce et dans le tunnel derrière. Les murs du quartier général étaient lisses et gothiques, de métal noir et argenté entièrement couverts de composants électriques. A travers les murs, il pouvait entendre les coups et les ronflements d’appareils mécaniques. A travers le sol, il pouvait sentir la vibration d’un puissant moteur.

"Impressionnant, non ?" Dit Sekkou, sa voix désagréable faisant écho dans le tunnel, alors qu’il se retourna et ouvrit ses bras d’épouvantail pour désigner la sombre splendeur de son foyer, "La Ruche, telle que nous appelons notre quartier général, est un endroit au grand symbolisme et aussi un endroit très fonctionnel." Sekkou se retourna et fit des gestes en direction des murs à côté de lui. "Maintenant, plus que jamais, nous sommes dans la Machine."

"La Machine ?" Demanda Jiro.

"La Machine," répéta Sekkou, "Tu vas comprendre."

Ils continuèrent de marcher. Jiro lança des coups d’œil furtifs, essayant de trouver une espèce de fenêtre ou une sortie, ou un signe de l’endroit où il était. Sekkou lui avait bandé les yeux sur le chemin de leur quartier général. Ils pouvaient se trouver n’importe où dans la cité, et il doutait que même Hiroru puisse garder un oeil sur lui dans cet endroit aussi bizarre. Il devait trouver un moyen de s’échapper en cas de besoin.

"Par ici," dit Sekkou.

Il toucha un circuit sur le mur, et une paire de portes s’ouvrirent. Jiro n’avait même pas remarqué qu’elles étaient là. La Sauterelle franchit les portes et se tourna, attendant que Jiro le suive. Lorsqu’il le fit, il découvrit qu’il se trouvait dans une très petite pièce avec des boutons le long d’un mur.

"Un ascenseur ?" Demanda Jiro.

"D’une certaine manière," dit Sekkou. Il appuya sur un des boutons, marqué ’Arène’, et les portes se refermèrent. La pièce commença à bouger horizontalement.

"C’est incroyable," dit Jiro, "J’avais entendu parler de vous, les gars, mais je ne savais pas que vous aviez ce genre d’installations."

"Les Sauterelles ont un peu d’influence," répondit Sekkou, "Je suis certain que nos amis de la Tour Shinjo seraient très surpris si jamais ils découvraient cet endroit. Par contre, il n’est pas sûr qu’ils puissent y faire quelque chose. Maître Inago est plutôt expert dans l’art de tuer les policiers."

Sekkou fixa Jiro pendant un moment, le visage du jeune garçon se reflétait bizarrement dans la visière argentée du casque de la Sauterelle. "Pourrais-tu tuer un policier, Jiro ?" Demanda-t-il, d’une voix moqueuse, "Si tu avais un flingue, pourrais-tu le pointer sur une de ces jolies Vierges de Bataille et lui tirer dans la tête ?"

"Je ne sais pas," dit Jiro en faisant un pas en arrière. Ce Sekkou commençait vraiment à lui faire peur.

"Et bien, il ne te reste plus qu’à apprendre," gloussa Sekkou, "et si tu n’y arrives pas, Maître Inago a des tas d’autres travaux que les jeunes gars comme toi peuvent accomplir. Notre guerre contre la Machine se fait à plusieurs niveaux, après tout." Sekkou considéra l’expression choquée de Jiro pendant un moment, puis éclata de rire. C’était un rire sinistre, et Jiro commença à penser qu’il avait peut-être fait une erreur d’aller si loin.

L’ascenseur s’arrêta. "Ah," dit Sekkou, se tournant vers les portes tout en tirant sur le revers de sa veste pour en redresser le col, "Nous y sommes. Mêle-toi à la foule et essaie de faire attention, Jiro, on se reparlera plus tard."

Les portes s’ouvrirent, et le grondement sourd d’une foule les submergea. La pièce devant eux était gigantesque, avec un plafond voûté comme dans une église, mais couvert de fils, de microcircuits et de pistons qui bougeaient. Elle était remplie d’un mur à l’autre de jeunes gens habillés en noir et argent, portant le symbole de la sauterelle sur leurs manches et leurs poitrines. A l’opposé de la pièce avait été installée une plate-forme, sur laquelle se trouvait une énorme sculpture de métal représentant un insecte ailé, l’emblème des Sauterelles, flanquée de chaque côté de deux grandes aiguilles de métal, surmontées de sphères imposantes.

Jiro sortit prudemment de l’ascenseur. Sekkou était déjà parti, disparu dans la foule. En regardant tout autour de lui, Jiro remarqua de grands hommes en armures noires et argents, postés le long des murs. Leurs armures n’essayaient pas d’imiter les armures de samurai des anciens temps, comme le faisaient souvent les armures des Quêteurs et des Vierges de Bataille. Elles étaient lisses, noires et fonctionnelles. Ils portaient tous des casques de motard avec un miroir en guise de visière, tout comme Sekkou, et ils avaient d’énormes fusils dans les mains. Jiro siffla d’admiration. C’était le genre d’équipement qui aurait impressionné un Crabe. Ces Sauterelles étaient plus nombreuses qu’elles ne le laissaient apparaître.

Soudain, il y eut un craquement électrique et assourdissant, et un éclair de lumière près de la scène. Toutes les têtes de la pièce se tournèrent en sa direction. Le craquement vint encore, plus fort, et un arc électrique apparut entre les aiguilles métalliques, crépitant au-dessus de la statue de sauterelle. Une odeur d’ozone brûlée remplit la pièce tandis que les aiguilles faisaient entendre des crépitements et étaient couvertes de petits éclairs, et les ailes de la sauterelle géante commencèrent à bouger.

"BIENVENUE !" Mugit une voix venant des haut-parleurs. Une grande porte s’ouvrit à l’arrière de la scène, et un grand homme, habillé d’un uniforme noir avec des gants et des épaulettes argentées s’avança sur la scène. Ses yeux étaient couverts par des lunettes d’argent, et son nez et sa bouche étaient dissimulés derrière un tissu noir. Ses longs cheveux noirs pendaient dans son dos.

"Inago !" Cria quelqu’un, et toute la salle se mit à l’acclamer. Les Sauterelles rassemblées levèrent leurs poings fermés, et Inago leur rendit ce geste, se tenant sous l’énorme statue de sauterelle et le champ électrique craquelant.

"Bienvenue dans la Machine !" Cria Inago.

Les Sauterelles l’acclamèrent encore. Jiro l’acclamait lui aussi, levant le poing comme ils faisaient. La quantité d’énergie dans cette pièce était immense, effrayante. Les visages des Sauterelles, leurs acclamations, étaient fanatiques. Jiro se dit qu’ils suivraient cet homme même en enfer. Les acclamations s’apaisèrent finalement, et tout le monde fixait Inago avec impatience. Finalement, il parla.

"Nous vivons dans une société corrompue et insipide," dit-il d’une voix profonde, pleine de menace et de colère, alors qu’il marchait sur la scène, "Une Machine construite par nos ancêtres et qui fonctionne depuis bien longtemps, bien avant l’histoire qui nous a été dérobée. Une minorité, les samurai, dirigent le peuple avec puissance et tyrannie. Personne ne sait pourquoi, personne ne se souvient pourquoi. Les samurai amassent toute la richesse. Ils amassent tout le pouvoir. Ils amassent toute la connaissance. Ils sont meilleurs que nous, parce qu’ils sont nés ainsi. Nous sommes faibles, nous sommes stupides, les pions d’une société de chaos et de soumission. Nous vivons dans une Machine sans direction, sans autre but que celui de NOUS DETRUIRE !" Il termina la dernière phrase en criant, balayant l’air avec ses poings, au-dessus de sa tête. La foule hurlait de colère.

Il attendit que les cris s’apaisent, attendant patiemment au centre de la scène, les mains tendues à ses côtés. "Alors, que pouvons-nous faire ?" Demanda-t-il, "Nous, les faibles. Les stupides. Les détestés. Rien de plus que les dents des engrenages de la Machine."

"Nous devons Connaître la Machine," dit-il, levant un doigt ganté, "car de la connaissance vient le contrôle sur chaque chose. La Machine ne peut dissimuler la vérité. Cherchez la connaissance et elle viendra à vous."

"Nous devons Haïr la Machine," dit-il, levant un deuxième doigt, "car si nous oublions notre haine, nous deviendrons des victimes de bonne volonté. N’oubliez jamais ce que la Machine a fait pour vous, et vous n’échouerez jamais dans votre combat."

"Et enfin," dit-il, faisant une pause et sortant un long bâton d’argent de sa veste, "DETRUIRE LA MACHINE !" Il pointa le bâton vers la statue au-dessus de lui. Les aiguilles métalliques explosèrent, arrosant la foule d’étincelles et projetant une lumière malsaine et bleutée sur la sculpture de sauterelle. La foule rugit d’une frénésie meurtrière pendant presque dix minutes.

Finalement, la fumée, les lumières et la fureur disparurent, et Inago attendait toujours sur la scène, observant ses gens.

"Qu’est-ce qu’on fait maintenant, Inago ?" Demanda quelqu’un.

Inago rit tout bas. "Vous avez été entraînés," dit-il, "Vous avez été préparés. Le temps est proche. Il ne nous reste plus beaucoup de temps à attendre, mais cette attente sera la chose la plus difficile. Tous les membres du Clan de la Sauterelle seront confinés ici, dans la Ruche, pour les prochains jours, jusqu’à ce que l’on vous donne l’autorisation de partir. Otosan Uchi deviendra bientôt un endroit très dangereux, et j’aimerais que le Clan de la Sauterelle puisse survivre pour pouvoir ramasser les morceaux. Pour les détruire à nouveau. Retournez à vos quartiers, et préparez-vous pour la bataille finale. La mort de la Machine est proche."

Inago leva le poing à nouveau, sous les acclamations du Clan de la Sauterelle. Il se retourna et quitta la scène. La gorge de Jiro était enrouée, à force de hurler avec eux, essayant de ressembler à une sauterelle loyale. Il lui sembla que ses espoirs d’évasion étaient de plus en plus faibles. Il devait maintenir cette mascarade et il espérait pouvoir y survivre.

Mais où donc était Hiroru ?


Daniri grimpa les escaliers quatre à quatre jusqu’à la porte de l’appartement crasseux. Il jeta un coup d’œil à sa montre. Il devait être juste à temps ; la bande de la caméra devait être tout juste terminée.

Daniri se figea. La cassette vierge qu’il avait placée en bas de la porte était toujours à sa place, mais pas le morceau de dalle. Il s’agenouilla pour observer de plus prêt. Le sol carrelé de l’appartement était brisé et craquelé. En de nombreux endroits, il avait carrément disparu. Daniri avait utilisé ceci à son avantage pour sécuriser sa petite surveillance. Il avait placé une cassette vierge devant la porte - si elle était ouverte, elle aurait été déplacée. Mais par mesure de sécurité plus poussée, il avait placé un petit éclat de dalle en équilibre sur une des charnières, appuyée contre la porte, qui tomberait à coup sûr si la porte était ouverte. Un intrus intelligent pourrait remarquer la cassette, mais il aurait beaucoup de mal à remarquer l’éclat, lui aussi.

L’éclat de dalle gisait sur le sol.

A ce moment, un homme intelligent aurait quitté l’appartement. Après tout, il n’y avait rien à l’intérieur qui aurait pu conduire à Daniri, ou qu’il ne pouvait remplacer. Sans plus de cérémonie, Daniri donna un coup de pied dans la porte.

"HAI !" Cria Daniri, sautant dans la pièce et se mettant en position de combat.

"Salut," dit l’homme assis sur le lit de Daniri, en sortant un pistolet et en le pointant sur lui. L’homme était à plus de deux mètres de lui, et semblait plutôt capable d’utiliser son arme correctement. C’était un homme du genre coriace, avec un imperméable noir et un étrange cache œil métallique.

"Désolé," dit Daniri, "Je me suis trompé de chambre." Il était sur le point de faire demi-tour.

"Ton humour est vraiment lamentable, idiot," dit un autre homme derrière lui.

En dépit de son entrée fracassante, il avait jeté un coup d’œil sur les côtés en entrant. Comment quelqu’un avait-il pu se glisser derrière lui ? Daniri se retourna et jura à voix haute. C’était le ninja blanc, Hiroru. C’était l’homme qui l’avait averti hier de ne pas s’intéresser aux Sauterelles.

"Je ne savais pas que les Ninja utilisaient des flingues," dit Daniri, en fixant le canon de l’arme qu’il pointait sur lui.

"Je suis sûr qu’ils l’auraient fait, si on leur en avait offert," répondit Hiroru, en refermant la porte derrière lui d’un coup de pied.

"Vous n’êtes pas des Sauterelles," dit Daniri, sans faire le moindre geste pour se rendre ni sans quitter le milieu de la pièce, où il pouvait voir ses ravisseurs. Hiroru ne portait aucune marque sur sa tenue blanche et l’autre homme avait un symbole étrange représentant un loup sur sa manche.

"Pas plus que toi," dit l’homme borgne, "A moins que tu ne sois un nouveau. Tokei, est-ce que tu peux voir quelque chose ?"

L’air tout près de Daniri se mit à onduler, et un homme barbu, aux longs cheveux et avec des lunettes de soleil apparut. De la magie. C’était sûrement comme ça que Hiroru l’avait surpris.

"Et bien… non. Je ne pense pas, Dairya. Je ne sens aucun de leurs implants," dit Tokei, "Bien que sa perruque soit fausse." Le shugenja s’avança et l’ôta de la tête de Daniri, libérant sa longue chevelure blonde.

Daniri, à ce moment, attrapa Tokei en lui faisant une clé de bras et pivota pour qu’il ne tourne le dos à aucun des autres intrus. "Lâche ce flingue !" Cria-t-il, en resserrant l’étreinte de son coude autour de la gorge de l’homme, "Toi le premier, ninja, je ne t’aime pas beaucoup."

"Ça alors !" Dit Dairya, et il posa son pistolet à l’écart d’un geste prudent, tout en arborant un grand sourire sur le visage, "C’est Akodo Daniri !"

"Laisse Tokei partir," dit Hiroru d’un ton colérique, en pointant son arme sur la tête de Daniri, "Sinon, je te descends."

"Tu ne peux pas le descendre !" Rit Dairya, "C’est mon acteur favori !"

"Écoute-le, Hiroru," dit Daniri, "Il a de bons goûts."

"Oui, s’il te plaît," étouffa Tokei, "Écoute-le."

"Je me fiche de savoir qui il est," dit Hiroru, "Je vais le tuer avant qu’il ne puisse mettre en danger la vie de n’importe quel membre de ce groupe."

"Si tu me tires dessus en étant aussi proche du quartier général Sauterelle," dit Daniri, "tu vas vraiment nous mettre en danger, ninja."

"Écoute-le, Hiroru," dit Dairya, en retournant vers le lit et en avalant une gorgée de la cannette de bière qui se trouvait sur la commode, "Son nouveau film est vraiment chouette."

"Merci," dit Daniri.

"Pas de quoi," répondit Dairya.

Le ninja hocha légèrement la tête, puis rengaina son arme à contrecœur, derrière son dos. Daniri libéra Tokei, qui trébucha un peu avant qu’il ne puisse retrouver son équilibre. Hiroru se mit avec le dos au mur le plus éloigné, les bras croisés.

"Mais qui donc êtes-vous ?" Demanda Daniri, "Et pourquoi me suivez-vous ?"

"Nous sommes des groupies d’Akodo Daniri," dit Dairya, "Puis-je avoir votre autographe ?"

"La plupart des gens viennent sur le plateau de tournage," dit Daniri, en marchant vers le frigo qui se trouvait près du lit et en prenant une eau gazeuse.

"Nous nous appelons l’Armée de Toturi," dit Tokei, toujours en train de se masser le cou.

"Comme l’Armée de Toturi du Jour des Tonnerres ?" Demanda Daniri, intéressé.

"Exactement," dit Tokei, "Comme l’armée de rônins originelle, de laquelle nous avons pris nos noms. Notre but est d’être les défenseurs du peuple."

"Quelque chose dont un Lion comme toi se fiche totalement," cracha Hiroru.

"Et bien, je ne suis pas incollable en histoire," dit Daniri en souriant au ninja, "mais je crois que Toturi était un Lion."

"Tu ne ressembles guère à Toturi, Akodo," dit le ninja, refusant même de regarder Daniri.

"Tu es un homme très courroucé, n’est-ce pas ?" Répondit Daniri. Hiroru l’ignora.

"C’est un vraiment beau matériel que vous avez ici," dit Dairya, en regardant les caméras et l’équipement de surveillance que Daniri avait rassemblé pour observer le quartier général des Sauterelles, "Peut-être que nous pourrions travailler ensemble, ici."

Hiroru éclata de rire. "Travailler avec un Lion ? Travailler avec CE Lion ? Dairya, cet homme représente toutes les choses contre lesquelles nous nous dressons, tout ce qui nous oppose. Nous n’avons aucun point commun avec lui. Nous n’avons à ses yeux pas plus de valeur que la poussière qui se trouve sous ses pieds. Il est notre ennemi."

"Je croyais," dit doucement Tokei, en buvant un coup du flacon qu’il avait dans sa poche, "Que notre ennemi était le Clan de la Sauterelle. Nous pourrions profiter d’un allié avec une puissance et une influence comme celle d’Akodo Daniri. Si vous êtes bien celui que vous prétendez être." Le vieux shugenja scruta avec attention l’acteur.

"Vous pouvez regarder sur mon permis de conduire, si vous voulez," blagua Daniri.

"A vrai dire, une simple question pourrait suffire," répondit Tokei, "Pourquoi un homme aussi célèbre et riche que vous serait-il ici en train d’espionner le Clan de la Sauterelle ? Qu’auriez-vous à gagner en prenant un tel risque ?"

Daniri resta silencieux pendant un long moment. "Je suis à la recherche de quelqu’un," dit-il simplement.

"Qui ?" Le pressa Tokei.

"Un ami," répondit Daniri, "Son nom est Genju Jiro."

Dairya éclata de rire. Les yeux d’Hiroru s’élargirent de surprise.

"Je pense que nous avons finalement un point commun avec le Lion, hein, Hiroru ?" Rit Dairya, en terminant sa bière.

"Quoi ?" Demanda Daniri, "Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que vous savez sur Jiro ?"

Tokei avait l’air perplexe. "Hein ?" Dit-il, "C’est qui, ce Jiro ?"

"Tu bois trop, Tokei," dit Dairya, en jetant sa bière dans la poubelle, "Tu ne te souviens pas ?"

Tokei et Daniri s’échangèrent un regard vide.

"Jiro, c’est le petit nouveau," dit Dairya, "Jiro, c’est Toku."

"Attendez une seconde !" S’exclama Daniri, "Toku, comme le lieutenant de Toturi ?"

"Ouais, il nous a rejoint il y a quelque temps," dit Dairya, "Le nom n’était pas encore pris et il semblait convenir."

Daniri s’assit. Il ne parvenait pas à croire que son petit frère était devenu membre d’une pseudo-armée au service du peuple.

"En quoi est-ce que ça te concerne, Lion ?" Demanda Hiroru d’un ton suspicieux, "Que représente Jiro, pour toi ?"

Et juste à cet instant, un bip se fit entendre à la ceinture de Dairya. Dairya sortit un petit téléphone portable et en étendit l’antenne.

"Dairya," dit-il, la voix soudainement très lugubre et professionnelle. "Oui," dit-il, puis il attendit quelques instants. "Et bien, essaie de rester en dehors des ennuis," ajouta-t-il, "et n’essaie pas de m’appeler une autre fois. Ça pourrait paraître suspect." Il referma le téléphone et le rangea.

"De quoi s’agit-il ?" Demanda Tokei.

"C’était notre ami, Toku," répondit-il, "Les Sauterelles s’activent à nouveau…"

"Qu’est-ce qu’ils font ?" Demanda Hiroru, soudain très tendu.

"C’est bizarre," répondit Dairya, "On dirait qu’ils se cachent."

Hiroru et Tokei échangèrent des regards effrayés. Daniri se contenta de hocher la tête. "Se cacher ?" Demanda-t-il, "Mais de quoi ?"


"Tu ne peux plus te cacher, monstre !" Hurla Zou, envahissant le tunnel de ses cris, "Montre-toi !"

"Je ne pense pas que cela puisse nous aider," répondit Mojo, se rasseyant dans le minuscule bateau qui se laissait porter par le courant.

Zou marchait le long de la berge de la rivière artificielle, ignorant le Phénix. Il tenait toujours son pistolet dans sa main. "Tu ne vois toujours rien ?" Aboya-t-il soudain.

"Rien," répondit Mojo, observant le tunnel avec ses lunettes de vision de nuit tetsukami. "Juste quelques traces résiduelles de la souillure de cette chose. Nous sommes sur la bonne piste, cependant."

"Es-tu certain que ce fichu truc fonctionne ?" Demanda Zou, "ça fait presque deux heures qu’on se balade à travers le parc, maintenant."

"Hé, Maître Kujimitsu l’a fabriqué lui-même," répondit Mojo d’un ton plein de confiance, "S’il ne fonctionne pas, je me demande bien pour quelle raison. Et si ça ne fonctionne pas, pas de problème. J’ai toujours le reçu."

Zou hocha la tête et continua de marcher.

"Je n’aurais jamais pensé qu’un jour je ferais une croisière dans le Tunnel de l’Amour avec un garde du corps Scorpion," dit Mojo, "Du moins, pas volontairement. Zou, est-ce que tu trouves que j’ai de beaux yeux ?"

"Si tu essaies de m’amuser avec tes blagues stupides, Phénix, tu peux arrêter," dit Zou, "Je ne suis pas de bonne humeur."

"A vrai dire, c’est plutôt moi que j’essayais d’amuser," dit Mojo, "C’est bien plus facile."

"J’ai vraiment du mal à croire que tu es un yojimbo," dit Zou, foudroyant le Phénix d’un regard méprisant.

"Parce que je ne porte pas un masque d’éléphant en caoutchouc ?" Demanda Mojo.

"Parce que tu es un imbécile vaniteux et ridicule," dit Zou, "ça me dépasse que quelqu’un puisse te confier sa vie. Ça me dépasse que j’ai pu croire que tu m’aiderais à trouver cette créature."

Mojo se releva et sauta hors du bateau, sur la terre ferme, puis il se mit à suivre Zou en sifflotant. Zou jeta un regard derrière lui. "Qu’est-ce que tu fais ?" Demanda-t-il, irrité.

Mojo se laissa tomber à terre et entoura les tibias de Zou avec ses chevilles. Zou essaya de se retourner pour se mettre en position de défense, mais il s’écroula et tomba dans l’eau en éclaboussant partout autour de lui. Il lutta furieusement avec son masque, la trompe s’était soudain remplie d’eau, et il dut l’arracher de son visage avant qu’il ne se noie à cause de lui. Il nagea jusqu’à la rive, toussant et crachant de l’eau. Mojo se tenait au-dessus de lui, la pointe de son katana entre les omoplates du garde du corps.

"Si je suis un imbécile, quel effet est-ce que ça t’a fait ?" Demanda Mojo, bouillonnant de colère. Il se sentait déjà suffisamment mal dans sa peau, suite à l’affaire Isawa Asa et à la débâcle de l’Hôpital de la Miséricorde du Phénix, sans que ce rustre de Scorpion ne se mette à le juger. "Un ennemi sous-estimé a l’avantage, Scorpion. Tu devrais savoir ça. Au moins, moi, je ne risque pas de me faire tuer par mon propre costume."

Zou leva les yeux vers Mojo. Mojo recula d’un pas, et son visage se mit à pâlir.

"Ton visage !" Dit doucement Mojo.

Zou acquiesça, sortant de l’eau et pressant sur son masque pour en faire sortir l’eau. "La tradition n’est qu’une des raisons pour laquelle certains Scorpions portent des masques."

"Comment est-ce que… ?" Demanda Mojo, trop étourdi que pour finir la question alors qu’il rengainait son épée.

"La Guerre des Ombres," dit Zou, "Ma famille vivait dans les ruines de Ryoko Owari, se cachant des armées de démons. Ils n’avaient pas de radio, pas de moyen de communication avec le monde extérieur. Ils n’avaient aucun moyen de savoir que le Feu du Dragon allait exploser. Ça ne les a pas tués, mais ça a laissé une marque sur ma famille."

"Je pensais que les mutants étaient stériles," dit Mojo.

"Un mensonge très commode," dit Zou, "La plupart d’entre eux auraient souhaité l’être. Ceux qui n’étaient pas assez forts l’ont été. Dans une société qui donne une telle importance aux apparences, les mutants ne pouvaient vraisemblablement se reproduire. Nous les Scorpions portons toujours des masques, et donc nous sommes l’exception." Zou secoua les dernières gouttes puis fixa le visage de pachyderme de caoutchouc, le visage qu’il montrait au monde.

"Est-ce que ce genre de choses arrive souvent ?" Demanda Mojo, "Les mutants qui se reproduisent, je veux dire."

"Non, pas souvent," dit Zou, "La Guerre des Ombres remonte à de nombreuses générations d’ici. Il ne reste que très peu de vrais mutants. Toutefois, c’est encore une marque de dérision. Un jour, il y a quelques années de cela, un groupe de marins saouls m’ont découvert sans mon masque, pendant que je marchais avec ma femme. J’ai été presque battu à mort en essayant de la protéger d’eux."

"Et que s’est-il passé ?" demanda Mojo.

"Bayushi Oroki est sorti des ombres," dit Zou avec un petit sourire, "Et il les a tués."

Mojo siffla, impressionné. "Je parie que c’est la raison pour laquelle tu es si loyal envers lui, maintenant."

"Je lui dois beaucoup," répondit Zou, remettant le masque sur son visage, "Il est la seule personne à part ma femme qui sait qui je suis et qui ne me déteste pas pour cela."

"Je ne te déteste pas particulièrement, Zou," dit Mojo, "Mais bon, je crois que j’ai des amis plus mystérieux, encore." Le Phénix sourit largement et aida Zou à se remettre sur ses pieds, "Il faut juste que tu ne me traites plus d’imbécile, maintenant."

"C’est noté," répondit Zou, "Je n’étais pas vraiment en colère contre toi, Phénix. J’étais juste frustré que notre chasse ne porte pas ses fruits."

"Nous le sommes tous les deux," dit Mojo. Ils recommencèrent à marcher. "Amusant," dit Mojo, "Tu m’as dis que tu avais une femme. Je ne parviens pas à t’imaginer comme étant un homme marié, Zou."

"J’aurais très bien pu ne jamais l’être," répondit Zou, "Je ne lui portais pas toute l’attention que j’aurais voulu."

"Portais ?" Demanda Mojo, troublé par l’imparfait utilisé par Zou.

"Ma femme est morte, Mojo," dit Zou, "C’était Hachami."

Mojo se figea. Zou continua à marcher quelques instants, puis se retourna vers le Phénix, navré.

"Qu’est-ce qu’il y a ?" Dit le Scorpion.

"Je crois que c’est à mon tour de te présenter mes excuses," dit Mojo, "Je ne savais pas-"

"Elle était une geisha, elle faisait seulement son travail," répondit Zou.

"Et bien, elle était un peu plus qu’une geisha, pour moi, si tu vois ce que je veux dire," dit prudemment Mojo.

Zou fit une pause, puis acquiesça. "Je suppose que je le savais," dit-il, "Je ne lui en veux pas. Je ne l’ai pas assez aimée. Je ne faisais guère attention à elle. Peut-être que si j’avais été là pour elle, elle ne serait pas morte, aujourd’hui."

"Zou, tu ne peux pas-" Mojo s’interrompit soudain car le petit communicateur de sa ceinture commença à émettre un signal sonore. Il était étrange que quelqu’un l’appelle maintenant. "Mojo," dit-il, en appuyant sur l’appareil.

"Mojo," c’était la voix de Sumi. Elle semblait prête à fondre en larmes.

"Sumi ?" Dit-il, "Qu’est-ce qui ne va pas ?"

"C’est terrible, Mojo," dit-elle, "Nous sommes au Temple des Éléments. Le Maître du Vide, Ishikint et Mifune sont tous morts. Zin a été enlevée, Kujimitsu est blessé, et Zul Rashid, et bien, il est… euh, je ne sais pas comment l’expliquer, mais il ne va pas très bien…"

"Par les Fortunes !" S’exclama Mojo, "Vous allez bien ?"

"Je vais bien, Mojo," dit-elle, "mais il faut que tu viennes ici aussi vite que tu peux. Mojo, c’était un Oni. Nous l’avons tué, mais nous ne sommes pas sûrs qu’il était seul. Il y avait… il y avait quelque chose d’autre, et il est parti."

"Ok, Sumi," dit-il, "Tenez bon." Il coupa le communicateur. Zou s’était déjà éloigné.

"Zou, attends !" Dit Mojo, en courant après lui, "Tu ne peux pas courir après cette chose tout seul !"

"Tu as d’autres responsabilités," dit Zou, "Ton peuple est mourant. Va les voir et sauve-les tant que tu le peux."

Mojo hésita. Zou fit demi-tour après un moment.

Et dans ce moment d’hésitation, ils furent perdus. Akeru no Oni se laissa tomber du plafond, son gigantesque corps insectoïde apparaissant soudain dans une vague de lumière réfractée. Il abattit ses poings sur Zou au moment où il toucha la berge, clouant le garde du corps au sol. Mojo tendit la main vers son pistolet, mais Akeru cria. Une onde de Vide surgit de la bouche de l’oni et déferla sur le Phénix, engourdissant ses pensées, assommant son corps, dérobant sa conscience.

Alors qu’il s’évanouissait, Mojo se demanda pourquoi les lunettes ne l’avaient pas averti.


"En ces temps de ténèbres, tenons-nous tous ensemble," dit le moine, le visage blême et empli de larmes. La camera défila le long d’un panorama, pour révéler un temple rempli de moines en deuil. Ils avaient remplacé leurs traditionnelles robes safran par de simples soutanes noires.

Le moine en pleurs monta le long d’un grand escalier, conduisant à une gigantesque arche torii dorée. L’arche était décorée avec des lis, la fleur de la mort. Le moine se tourna et leva les mains, pour prier.

"Bonsoir et bienvenue à cette édition spéciale de l’Heure du Tao, mes enfants," dit-il, sa voix avait un fort accent, à cause de ses origines Amijdal, "Je suis Hoshi Jack. Je ne suis pas un homme de guerre. Je ne suis pas un homme de politique. Mais le destin nous projette dans des rôles que nous ne contrôlons pas, et nous devons négocier avec ces choses, tout comme nos âmes nous guident. Et aujourd’hui, l’histoire se répète. Ce jour est vraiment un jour sombre."

"Prions pour nos frères et nos sœurs des Terres Brûlées. Un nom malheureux pour une terre qui brûle aujourd’hui plus ardemment que jamais. Prions pour que leurs âmes puissent trouver la paix. Prions pour que nous trouvions tous la paix, car les temps de guerre ne sont pas une bonne époque pour que les braves gens puissent vivre en paix. Elevons nos voix jusqu’aux Fortunes au nom des âmes des défunts."

Les moines chantaient en chœur, leurs voix emplissaient le temple de leur tristesse. Jack se joignit lui-même au chant, une chanson qui avait la réputation d’avoir été écrite par Shinsei lui-même, deux mille ans plus tôt.

"La Roue Céleste tourne à nouveau,
Amenant nos âmes à un nouveau départ,
En ces temps de joie, en ces temps de conflit,
La chance accorde sa grâce à l’homme mortel.
"

Mushi frappa sur le côté de la télévision pour améliorer la réception, et il ajusta l’antenne qui se trouvait sur la télévision elle-même. Ce Hoshi Jack était un vieux fou radoteur, pour autant que le vieux Mushi s’y intéresse. Par contre, le show était amusant à regarder et la Chaîne Shinsei était presque la seule chaîne pour laquelle il avait une bonne réception.

Il prit une autre rasade de sa bouteille de saké et jeta un coup d’œil aux filets qui étaient suspendus sur les flancs de son bateau. Ils flottaient silencieusement sur les eaux de la Baie du Soleil d’Or, les cordes légèrement couvertes de givre, à cause de cette neige précoce. Bah. Ils pourraient tenir encore un peu. Mushi enfonça sa casquette sur sa tête, posa les pieds sur la table, et s’endormit en écoutant les chants des moines.

Quelques minutes plus tard, Mushi s’éveilla en entendant un grésillement. La télé était encore en panne. Il frappa sur le côté, tripota l’antenne, mais cette fois, il semblait que ça n’allait pas arranger la réception.

Un bruit sourd se fit entendre, provenant de sous les eaux, et le bateau de pêche se mit à vaciller. Mushi savait que son bateau avait été touché. Il se rendit compte qu’il sombrait. Il courut jusqu’à la radio et appela au secours. La radio ne fonctionnait pas, elle non plus.

Pris de panique, et occupé à essayer de détacher son vieux canot de sauvetage, Mushi ne remarqua pas les six grandes formes sombres qui se dirigeaient vers Otosan Uchi, juste sous la surface de l’eau.

A suivre...



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